P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

Le chemin direct -3- Unité de la vie spirituelle
-Joseph du Tremblay : Les trois actes de la vie spirituelle

 

LES TROIS ACTES DE LA VIE SPIRITUELLE par le P. Joseph du Tremblay
(Extrait de la Méthode d'oraison, ch. tx-xitt)

DE TROIS SORTES DE DANGERS QUI SE RENCONTRENT DANS LA VIE SPIRITUELLE

Il y a trois principales sortes de périls qui se présentent dans l'oraison et dans la vie intérieure , tous trois provenant d'un manque d'ordre et de méthode.

Le premier consiste à délaisser l'exercice de la vie purgative : on refuse d'amender ses passions, de mortifier ses inclinations naturelles et d'arracher à force de bras, par des efforts vigoureux, intérieurs et extérieurs, les racines de l'amour-propre.

Le second provient de ce qu'on néglige l'exercice de la vie contemplative ou illuminative : c'est le cas de l'âme paresseuse et endormie qui, faute d'ouvrir les yeux de son esprit à la recherche de la connaissance de Dieu, les laisse devenir chassieux et se couvrir des taies d'une ignorance épaisse.

Le troisième péril est d'omettre l'exercice de la vie unitive, où est le paradis de l'âme et où elle trouve son centre en l'union et en la jouissance de son Seigneur aimé. C'est ici que l'amour- propre dresse ses embûches avec le plus de soin : pareil à l'adultère qui ne désire rien tant que de détourner la femme des yeux de son mari, il tâche, pour empêcher l'âme d'entrer en cette sainte union d'amour, de la distraire et de l'embarrasser dans toutes sortes d'exercices compliqués et d'actes de vertus que Dieu, souvent, ne veut pas.

Ceci se comprendra mieux par la comparaison qui suit :

L'homme est le temple et le palais du grand Dieu, lequel mérite bien de le remplir et de l'occuper entièrement, puisque la terre et les cieux ne peuvent contenir son amplitude. Ce palais est bâti à trois étages :

Le plus bas est celui des sens extérieurs, qui sont comme les portes des grandes cours royales à l'entour des châteaux des princes. Ces cours, où se trouvent les écuries des chevaux et les loges des chiens de chasse, représentent les sens : c'est là que siègent nos passions, effrénés comme des chevaux excités, aboyant et mordant comme des chiens rageurs, et qui pourtant peuvent servir au plaisir de Dieu notre roi quand elles lui sont bien soumises.

Le second étage contient les belles et grandes salles, bien éclairées et bien orientées, qui ont bel air de l'extérieur et, au-dedans, sont tapissées de riches tableaux, toutes lambrissées d'or et d'azur. Ce sont nos facultés supérieures.

Le troisième étage est l'appartement privé, orné d'objets choisis plus précieux que tous les autres. Ce bel endroit est destiné aux plus intimes délices dont jouit notre esprit uni à Dieu, au titre de mariage indissoluble et de communauté de tous biens.

Or, il appartient aux trois vies, purgative, contemplative et unitive, ainsi qu'à trois dames d'honneur, de préparer ces trois étages pour recevoir l'Esprit de Dieu.

La vie purgative tient les clefs des portes, qui sont nos sens extérieurs, de peur que la nature, oubliant de garder la maison, ne laisse accès au péché. Elle soumet aussi nos passions à la raison et nettoie les ordures que font ces chevaux et ces chiens.

La vie illuminative ou contemplative ouvre les fenêtres de notre esprit, nous fait voir la beauté des tableaux, qui sont les actions du Sauveur peintes en notre mémoire, remplit notre volonté d'une solide charité, dont les actes sont autant de feuilles d'or appliquées les unes sur les autres.

La vie unitive fait que l'âme, recueillie en l'unité de ses puissances au sommet de l'esprit, prend tous ses plaisirs avec Dieu et se délecte uniquement en lui.

Cette comparaison nous fait voir clairement de quelle façon l'âme, selon l'ordonnance de ces trois étages, commet les trois manquements que nous avons signalés :

Quant au premier, elle manque, dans la vie purgative, au devoir de mortifier les sens, si elle laisse tout en désordre, donnant licence à ses passions de ressembler à des chevaux échappés et à des dogues déchaînés.

Mais il ne faut pas non plus que, sous prétexte de s'exercer à la vie purgative, elle se tienne toujours dans l'étable, empêtrée et enfoncée dans la litière des chevaux; ou qu'elle soit tellement préoccupée de nettoyer les cours et avenues pour l'entrée de son Seigneur qu'elle ne veuille le suivre et monter avec lui dans les belles salles de la vie contemplative. Car enfin, elle sentirait le fumier et se rendrait indigne de tenir le rang qui convient à sa qualité d'épouse de Dieu.

Le second manquement serait que, dans les hautes chambres, l'âme s'amusât à dormir, les fenêtres fermées, ou à regarder les passants, tournant le dos à son Epoux.

Le troisième consisterait en ce que, au lieu de conduire l'Epoux dans la chambre nuptiale de la vie unitive, tenant sa main serrée par une constante attention intérieure, l'âme retourne courir après les bêtes, s'embrouillant derechef en toutes sortes de troubles et d'activités intempestives.

PREMIER PRINCIPE DE LA VIE SPIRITUELLE

Or, pour remédier à tous ces maux, il faut établir ce premier principe de la vie spirituelle : c'est que l'âme doit être toute à Dieu, comme Dieu est tout à elle. D'où il s'ensuit qu'elle doit lui préparer tous les étages, l'aimant de tout son coeur par le droit usage des sens et de l'affection, l'aimant de toute son âme par le droit usage des trois facultés supérieures, l'aimant de tout son esprit par le droit usage du sommet ou fond de l'esprit : ce que l'Ecriture appelle aimer Dieu de toutes ses puissances. De ce principe découle cette conclusion : qu'il ne suffit pas de préparer et consacrer à Dieu ces trois étages l'un après l'autre, mais tous à la fois, comme on le voit à la lumière de la comparaison précédente. Car il ne suffit pas d'introduire le roi dans les cours et les écuries des sens, lui fermant les chambres de l'âme et le sanctuaire de l'esprit — comme aussi il ne faut pas se contenter de vaines spéculations et regarder par la fenêtre, ni vouloir se confiner dans l'appartement privé, laissant tout le bas du logis dans une confusion de coupe-gorge.

CONDUITE A TENIR

La meilleure méthode sera donc celle qui, tout à la fois, embellit et met en bon ordre ces trois étages, en sorte que chaque jour on puisse pratiquer ces trois vies, purgative, illuminative et unitive.

Sur quoi il faut observer que les commençants doivent s'arrêter davantage à la vie purgative, les progressants à l'illuminative, les parfaits à l'unitive, sans que pourtant aucun d'eux omette de s'exercer dans les trois vies, chacun selon le rang de son état.

Si l'on prétend qu'il faut mener ces trois vies l'une après l'autre, je dis que ce serait contre le premier principe, qui veut que, sans tarder, Dieu soit aimé de toutes nos forces, qu'il soit logé par tous les étages de notre palais, comme un maître absolu, auquel on présente toutes les clefs ensemble. On doit dire, au contraire, qu'il faut mener ces trois vies, non pas l'une après l'autre, mais l'une plus que l'autre, selon la classe de ceux qui les pratiquent. Car l'autre formule implique séparation, voulant que, pour un temps, le commençant s'occupe uniquement à purifier ses sens et à se mortifier, sans la lumière requise pour se servir des facultés supérieures de l'âme, ou sans pouvoir lever les yeux vers le désir de s'unir à Dieu par-dessus tous les hasards des détresses et des tentations d'ordre sensible ou spirituel.

Dans toutes les phases de la vie spirituelle, il est nécessaire à chacun de savoir, au plus fort des tempêtes, jeter au besoin son regard vers le Bien souverain comme vers un phare brillant qui de loin rayonne vers lui, vers lequel il tâche d'arriver par cet acte d'union, non pas à la façon éminente des parfaits, non pas à pleines voiles ni en la pleine mer d'un dépouillement total, dans l'abandon des moyens ordinaires, comme font les grands navires, mais en côtoyant le rivage connu, sans perdre contact avec la terre, sans laisser la méditation et les autres actes qui, méthodiquement, conduisent à l'union. Vouloir interdire aux commençants cette manière d'élévation spirituelle serait, à la vérité, priver d'un grand secours des âmes parfois dangereusement agitées en ces commencements : faute de ce secours, certains pourraient faire naufrage, n'étant pas initiés à profiter du conseil de l'Apôtre qui voulait (s'adressant à des chrétiens encore commençants) que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, gardât et garantît nos coeurs et nos esprits, c'est-à-dire nos mouvements sensibles et intellectuels.

Cette idée est chère au P. Joseph — en quoi il se montre bien franciscain : il y revient, avec insistance, vers la fin de son livre, quand il parle de la vie unitive :

Il n'est nullement blâmable de donner aux commençants quelque accès à l'union. Car on ne peut les tenir toujours sous l'étroite férule de la vie active, ainsi que des enfants enfermés dans un collège sous un maître si sévère qu'il leur interdirait de jamais voir leurs parents.

Une telle rigueur pourrait être un mal nécessaire pour en prévenir un plus grand si le débutant abusait de cette ouverture pour se permettre des libertés indues, s'attacher aux contentements sensibles ou tomber dans la paresse : il faudrait alors le tenir de court et le disposer progressivement à l'union.

Mais quand on a affaire à un esprit droit, j'estime fort utile que de bonne heure on accoutume le commençant à vaquer quelque peu à l'acte d'union. Là, il s'habitue à se rendre souple aux mouvements de la grâce, à aimer la pénitence, à connaître le coeur de Dieu. C'est dans cet acte d'union que le Saint-Esprit aide notre faiblesse et nous apprend à gémir dans le regret de nos fautes et le désir des vertus.

Et de vrai, sans cette union intérieure, le joug de l'école chrétienne est dur. Et l'âme qui n'a pas appris par la vertu de la grâce à régner sur ses passions, vient à perdre courage.

Le P. Joseph adopte, on le voit, la classification des « trois voies », qu'il appelle « vies » purgative, illuminative et unitive, et qui sont en réalité, selon saint Bonaventure, les trois formes d'activité de l'âme. La première correspond à l'exercice du renoncement et la dernière à celui de l'union. Quant à la lumière, elle est nécessaire aux deux autres. C'est pourquoi il semble préférable de s'en tenir à la division plus simple du P. Séverin Rubéric : détachement et union, tous deux avec l'aide de la grâce divine qui est à la fois lumière et force.

 
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