P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

Le chemin direct -4- La voie d’amour --Sévérin Rubéric : Purification et amour

 

LES TROIS ACTES DE LA VIE SPIRITUELLE par le P. Joseph du Tremblay
(Extrait de la Méthode d'oraison, ch. tx-xitt)

DE TROIS SORTES DE DANGERS QUI SE RENCONTRENT DANS LA VIE SPIRITUELLE

LA VOIE D'AMOUR

 

Il pourrait, à première vue, sembler illogique d'appuyer dès le début le renoncement sur l'amour, alors que son rôle est de le provoquer. A la vérité, cette action détachante de l'amour, avons-nous vu, ne s'exercera pleinement et de façon décisive qu'aux degrés supérieurs de la vie spirituelle, mais il n'empêche qu'il puisse et doive avoir sa part dès les premiers efforts de la lutte ascétique.

Celui qui l'entreprend n'est pas, en effet, sons avoir quelque amour pour Dieu, en dépit de ses imperfections et de ses fautes : je n'en veux pour preuve que cette démarche elle-même et le désir qu'elle suppose de progresser dans l'amour divin. Celui qui cherche Dieu, c'est qu'il l'aime déjà. Qu'il utilise donc cet acquis et, dès ici, tâche de l'augmenter, demandant instamment à Dieu de toucher son coeur et se tenant sous l'influence de la grâce, qui ne sera pas refusée à sa bonne volonté.

C'est cette grâce, cette ferveur, cet amour encore faible mais sincère, qui vont le soutenir dans le combat qu'il engage.

Ecoutons encore le P. Séverin : nous verrons comment, dès le début de la « vie purgative », s'adressant à une âme encore très imparfaite, il lui enseigne à demander l'amour, à s'appuyer sur lui pour se dégager du péché, puis à le prendre comme « maître et pédagogue » pour mar­ cher dans les chemins austères du renoncement.

Le texte qui suit est composé de différents passages cueillis au cours de cette première partie de son ouvrage, que nous ne pourrions évidemment transcrire intégralement.

PURIFICATION ET AMOUR par le P. Séverin Rubéric  DES SENTIMENTS DIVINS

Arrêtez votre regard sur la suave influence de cette chaleur amoureuse (pour parler comme saint Denys) par laquelle l'unique et très aimable Amant des âmes, Jésus-Christ, toucha vivement le coeur de la Madeleine et fit que ce coeur se tourna promptement et amoureusement vers Celui qui l'avait si doucement blessé.

La faiblesse de la volonté, son impuissance à aimer Dieu et à se convertir à lui est, dans une âme pécheresse, étrangement profonde : cette âme est tout estropiée, brisée, collée à terre par ses mauvaises affections, incapable de se relever pour aller à son Dieu. Ce retour ne peut s'opérer que si elle est prévenue par un mouvement divin.

Que feras-tu donc, ô mon âme, en cette extrême infirmité, sinon te présenter devant ton Dieu, souffrant de cette faiblesse, pour lui soumettre ta volonté malade et la laisser mouvoir par lui ? Faites, ô mon Sauveur, que votre inspiration me presse si fortement que je me lève sans tarder. Ma volonté est débile : je vous supplie de la fortifier, ô vous qui êtes la force de mon coeur.

La volonté est alors touchée si efficacement et néanmoins si doucement par la chaleur et l'inspiration vitale de la divine bonté, qu'elle commence à l'instant de se mouvoir vers Celui qui l'attire : pourvu qu'elle ne se retire pas, mais se laisse conduire par la grâce, celle-ci la remplit de douceur, puis la dilate et l'amplifie pour la faire coopérer à sa conversion.

Provoquée par ce sentiment et cet ébranlement divin, la volonté doit alors, sans tergiverser, se porter là où ce mouvement la pousse : à la crainte, ou à l'espérance, ou à l'amour. Et c'est en fin de compte vers cet acte d'amour qu'elle doit se tourner pour faire efficacement et puissamment détester à l'âme ses péchés; c'est vers cet acte d'amour nécessaire que la poussent toutes les motions divines, pour autant qu'elle veuille se laisser faire; c'est par cet acte d'amour que la sainte pénitente Madeleine se convertit.

O amour, qui as soudainement fait voler la Madeleine aux pieds du très aimable Jésus, que tu es suave et que tu es puissant! Que mon âme soit ainsi touchée et emportée vers vous, mon très unique Sauveur et Maître, par la vertu de ce seul, très pur et très puissant, très prompt et actif amour.


PREMIÈRE PURIFICATION : LE RENONCEMENT AU PÉCHÉ

L'amour divin est l'antidote de tous les péchés, si bien qu'à mesure que ce doux breuvage gagne le coeur, il y fait mourir les péchés et les tendances mauvaises, et cela sans donner à l'âme ni tourment, ni tristesse excessive, ni trouble, ni inquiétude, comme fait la crainte des peines ou l'horreur de la seule laideur du péché. De plus l'amour guérit l'âme par sa propre vertu, sans le secours d'aucun autre facteur, et il le fait avec une force qui dépasse celle de toutes les autres activités possi­ bles, dès le premier instant qu'il saisit l'âme de sa merveilleuse douceur, parce qu'il la tire tout droit vers la Bonté divine où se trouve tout son bonheur.

Il lui fait haïr et détester le péché qui la sépare de son Dieu, détruit en elle les suites du péché qui sont les habitudes mauvaises, les erreurs et les inclinations déréglées, lui fait quitter toute affection au péché même véniel qui retarde son élan, et enfin la pousse à une parfaite pénitence.

La sainte pénitente Madeleine s'en va hâtivement, portée par les ailes de l'amour, à la maison de Simon, elle tombe aux pieds de Jésus, implorant son pardon, prête à toute satisfaction.

Quel excellent amour que celui-là, qui va publiquement, au milieu d'un banquet, se reconnaître coupable et confesser ses fautes avec tant d'humilité et de mépris de soi! Il paraît bien, là, que quand l'amour saisit une âme pécheresse, il ne se contente pas de la toucher intérieurement, lui faisant détester son péché, mais lui donne un grand désir de satisfaire à la divine justice par des oeuvres d'expiation.

O pénitence qui as invité le doux Jésus à prononcer cette ineffable sentence : « Tous tes péchés te sont remis parce que tu as beaucoup aimé. » Oh! si cette parole m'était dite, pour le moins intérieurement! O mon Jésus, mon Seigneur que j'ai tant offensé, je suis prêt à faire pénitence dans l'austérité et l'humiliation. J'implore votre très ample miséricorde, donnez- moi un pardon très entier de mes fautes, afin que désormais je vous puisse parfaitement servir et aimer.


DEUXIÈME PURIFICATION : L'ABNÉGATION DE TOUTES CHOSES

Il ne suffit pas à l'âme convertie à Notre-Seigneur d'avoir détruit en soi tous les péchés par la vertu de l'amour, et les vestiges des péchés par d'ardentes résolutions, effets du même amour; il y a encore un autre effort à faire si elle veut se garder d'encore offenser son Dieu : c'est de se dénouer et détacher de toutes les choses qu'elle affectionnait avant sa conversion et auxquelles elle est encore attachée par son amour-propre. Car tant qu'une âme aime quelque chose au monde par amour- propre, elle est en perpétuel danger d'offenser Dieu et de retomber dans ses premières fautes, portant en soi les racines de toutes les tentations. Cet exercice d'ailleurs n'est pas si pénible ni si amer qu'on pourrait le penser : car l'amour de notre doux Jésus le rend suave et agréable.

L'amour divin opère l'abnégation des richesses, honneurs et plaisirs du monde. — Considérons avec quelle ferveur la bienheureuse pénitente Madeleine observe cette règle de l'amour qui est de se dépouiller de tout, comment la force de cet amour, en faisant tomber aux pieds de Jésus toutes ses vanités, la pousse à lui offrir tous ses biens, comment elle oublie ses parents et méprise tout respect humain, sans se soucier de ce qu'on pense d'elle.

Mais quoi, Madeleine, que faites-vous là ? Mais c'est être couchée comme une chienne, exposée aux moqueries de tous les invités, dénoncée par le pharisien comme une abjecte pécheresse dont la seule présence est outrageante aux honnêtes gens! Mais elle, heureuse dans le mépris, de s'écrier : « Et que m'importe d'être la poussière du monde, si je suis aux pieds de mon cher Seigneur! »

O heureux dépouillement qui met en oubli toutes choses pour la seule joie d'être aux pieds de Jésus et de le suivre! Ah! que j'abandonne tout et que je vous suive, ô mon doux Jésus, mon souverain Bien et mon Tout!

L'amour de Dieu engendre le mépris du corps et de tout ce qui le concerne. — Voyez la courageuse destruction que la Madeleine fait de sa beauté, autrefois tant prisée : ses cheveux servent à essuyer les pieds souillés d'un charpentier, les larmes ternissent l'éclat de ses yeux, et la poussière dans la laquelle elle met son visage en flétrit le teint, que la tristesse achève d'altérer.

Mais à quoi pensez-vous, pénitente oublieuse de vous-même ? Je vois les autres à table, restaurant leur corps pour lui conserver la santé. « Je ne me soucie, répondez-vous, ni de manger ni de boire, et ma santé, que j'ai si mal employée, ne m'est plus de rien. Je ne veux que me réconcilier avec mon Sauveur, et pour le reste, je m'en remets à lui : ma santé aussi sera sienne. »

Oui, il est raisonnable, doux Rédempteur, puisque pour l'amour de moi vous avez laissé tout soin de votre corps, le livrant à toutes sortes d'afflictions, qu'à mon tour je m'abandonne à vous en m'exposant à toutes les douleurs selon votre bénie volonté.

L'amour produit l'abnégation de l'amour-propre. — Finalement, la Madeleine, épanchant tant de larmes aux pieds de son Sauveur, y épanche aussi tout son coeur, par une très parfaite, totale et absolue abnégation d'elle-même, ne voulant plus être à elle, mais à son Jésus, plus vivre pour elle, mais pour son Maître bien-aimé.

O mon âme, imite-la, fais abnégation de tout ton esprit, afin de ne plus vivre pour toi-même, selon les mouvements de ta propre volonté, mais en tout et partout selon les règles de la volonté de Dieu et de l'obéissance.

O mon doux Jésus, vous vous êtes quitté tout entier sur la croix, livrant votre esprit aux mains de votre Père. Oh! ne ferai-je point, à votre exemple et pour l'amour de vous, cette abnégation entière de toutes propriétés et attaches qui sont en moi ? Et puisque c'est par votre grâce que je le fais maintenant, continuez-moi, je vous en supplie, votre très efficace assistance, afin que, me tenant ainsi toujours dénué de tout, je persévère en votre grâce et en votre amour et vous possède tout seul, vous mon tout, me rendant, par l'exercice des vertus, à vous seul agréable.

Références

1. Les numéros en caractères gras renvoient à l'appendice.

2-s. style du P. Joseph a une saveur qui est un plaisir pour l'esprit, et

il est, certes, regrettable d'y toucher. Néanmoins, comme je ne m'adresse pas aux lettrés, mais aux âmes pieuses de toutes classes, j'ai cru nécessaire de tailler dans le texte et de rajeunir des expressions vieillies qui auraient rebuté certains lecteurs. On trouvera le texte intégral dans la réédition du P. Apollinaire (voir à l'Appendice).

3. Le P. Joseph traite de l'oraison, mais pour lui prière et vie ne font qu'un. Son originalité consiste à appliquer à l'une les principes de l'autre.

 
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