P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

union de la voie mystique -3- Regard d'ensemble sur cette doctrine-Pour éviter les écueils

 

1- La seconde démarche essentielle
Henri de Herp : Comment d'âme parvient à un très parfait amour de Dieu

3- Regard d'ensemble sur cette doctrine
Pour éviter les écueils

2- La voie mystique

Henri de Herp : Miroir de la perfection (extraits)

4-Sur les sentiments de dévotion

François d'Osuna : De la consolation spirituelle
Diègo d'Esertella : De la douceur et consolatoin qui est en Dieu
REGARD D'ENSEMBLE SUR CETTE DOCTRINE

En résumé, la méthode revient aux points suivants :

La base est le renoncement, dans la vie contemplative comme dans la vie active, et on peut dire toujours. Non pas qu'il faille attendre qu'il soit parfait (à ce compte-là on ne commencerait jamais) : un certain détachement suffit : ce qui est nécessaire pour s'engager avec la liberté voulue dans la « voie mystique ».

Ce fondement assuré, dans la mesure ainsi définie, il faut, sans plus tarder, tendre à la contemplation, non seulement pour elle-même, mais aussi pour consolider le renoncement et acquérir toutes les vertus en perfection.

Remarquons que, quand on parle ici de voie mystique, ce terme est pris dans un sens assez large, embrassant les approches de la contemplation, l'exercice même de la contemplation et la perfection par la contemplation. C'est le premier de ces points qui nous intéresse pour le moment.

Dans cette progression, les exercices s'échelonnent comme suit :

1° Méditation propre à provoquer un certain amour, notamment celle de la vie et de Passion du Christ (le cintre de soutien).

2° Cet amour allumé, l'entretenir et l'aviver par un commerce assidu avec le Seigneur et de continuelles aspirations.

3° L'amour unitif étant devenu assez vif et profond pour se déclencher spontanément, s'y abandonner en laissant tout autre exercice : ceci est l'instrument de la contemplation, offert à l'action divine.

4° L'Esprit-Saint s'en empare et achève lui-même l'oeuvre.

5° Cet amour unitif enfin se traduit dans la conduite : dans la première phase par l'imitation des vertus du Christ, dans la seconde par la conformité foncière au Christ et l'union constante avec Dieu.

La contemplation ou vie mystique n'est autre, selon Herp, que le règne de l'amour unitif savoureux, don du Saint-Esprit, et ce primat de l'amour est tout à fait dans la ligne de la pensée franciscaine. C'est pourquoi il compte surtout, pour y parvenir, sur les facultés affectives. C'est pourquoi aussi il passe si simplement de la vie de charité ordinaire à la vie mystique, et ne craint pas de proposer celle-ci comme la voie normale de la plus haute perfection.

POUR ÉVITER LES ÉCUEILS

Avant de passer à la pratique, il convient de faire une dernière halte autour de quelques observations importantes.

Comme toutes les méthodes, celle-ci présente des écueils. Aussi bien les démarches les plus directes, si elles donnent de plus grands résultats, comportent d'ordinaire plus de risques. Voici ceux que signale le Directoire, en même temps que les moyens de les éviter :

Certains, d'abord, s'adonnent aux exercices proposés avec une tension et une continuité si excessives qu'ils leur occasionnent un véritable surmenage nerveux. Il convient d'y apporter une sage discrétion : chacun doit tenir compte de ses limites, et s'accorder les détentes que réclame la nature.

D'autres, friands de douceur spirituelle, s'arrêtent aux dons de Dieu pour en jouir, au lieu de les dépasser jusqu'à l'Auteur des dons : en quoi ils se recherchent eux-mêmes plus que le Seigneur.

L'amour se trouve ainsi vicié, mêlé d'un poison d'autant plus dangereux que presque toujours il est ignoré. Cet amour bâtard produit une foule d'erreurs et de misères : gourmandise spirituelle, recherche indiscrète de la dévotion sensible, hypertrophie de l'amour-propre (ce que l'auteur appelle l'esprit de propriété), une tendance à se croire plus saint qu'on n'est, une détestable vanité et une présomption périlleuse. Le remède à cette tentation très courante est de tenir pour accessoires les émotions et les douceurs éprouvées, de ne chercher qu'à plaire à Dieu, de rester très humble et, contemplant Jésus crucifié, de préférer toujours le sacrifice à la jouissance.

D'autant plus que celle-ci ne nous sera pas toujours donnée : il y a des périodes d'épreuve; ceux qui n'auront compté que sur cet appui incertain tomberont avec lui et abandonneront le combat. Pour traverser sans dommages ces zones de sécheresse, il faut avoir résolument embrassé la croix : les souffrances de l'abandon ne produiront alors qu'un plus grand amour.

Ce travers, on le voit, se greffe sur un autre plus général : toute aux suaves effusions de l'amour unitif, l'âme est facilement tentée de négliger l'effort ascétique et d'oublier la loi du sacrifice. On ne pourrait trop insister, et c'est le moment d'y revenir une fois encore, sur ce principe fondamental : à la base de toute perfection surnaturelle, à la base de l'amour lui-même, il y a le renoncement, dans la vie contemplative aussi bien que dans la vie active; et même, plus s'élève l'édifice, plus solide et profonde doit être cette assise. Jusqu'au bout, il faudra rester attentif à pratiquer cette vertu de base, non seulement comme dans les phases initiales, mais en outre sous des formes nouvelles qu'impose la vie contemplative si l'on veut la maintenir saine et assurer son développement.

Enfin, il faut persévérer dans cette abnégation totale, et c'est le point le plus difficile. Beaucoup ont éprouvé, à certaines périodes de leur vie, quelques débuts de contemplation, qui n'ont été que des éclaircies passagères, bientôt oubliées. Peu ont poussé la lutte jusqu'au La mystique exige un effort intérieur constant, une répression de soi-même qui, par moment, peut paraître inhumaine. Aussi — ceci est le dernier et le plus dangereux écueil de cette « voie étroite » — la plupart en viennent un jour à se lasser de l'effort, à s'asseoir au bord du chemin, et à ne plus vouloir reprendre une marche trop pénible. Ils s'accordent d'abord quelque relâche qui semble nécessaire, s'habituent bientôt à l'euphorie qu'il leur procure, oublient les joies trop pures de l'amour divin, et peu à peu se laissent glisser sur la pente de la déchéance. Le pire est que, souvent, ils gardent une sorte d'amour sensible superetficlesiel qui n'est plus guère qu'une habitude du passé, qui les empêche de constater leur chute.

Ceux-là seuls parviendront au sommet qui auront lutté sans faiblir jusqu'à l'extinction de la nature corrompue, qui, suivant leur Sauveur jusqu'au complet sacrifice, consentiront à être cloués avec lui sur la croix, ne se glorifiant plus que dans la croix de Jésus-Christ, morts à eux-mêmes, ne vivant plus que par lui, leur Amour. Ceux-là présenteront à Dieu une âme purifiée où les trois Personnes divines pourront établir leur séjour pour y opérer leurs merveilles.

SUR LES SENTIMENTS DE DÉVOTION

Dans son ardeur à nous pousser au parfait détachement, Herp montre une telle insistance à nous mettre en garde contre toute satisfaction, même d'ordre surnaturel, qu'on a pu voir en lui un ennemi déclaré de toute espèce de dévotion sensible — ce qui serait assez étonnant chez un auteur franciscain. Il y a dans le Directoire, outre quelques passages épars, un chapitre consacré à la dévotion sensible, où, il faut le dire, elle se voit assez malmenée. Mais, à en examiner posément le texte et à le situer dans l'ensemble de l'ouvrage, on est amené à en juger d'une façon moins tranchée.

Il ne dit rien, en somme, que nous ne retrouvions chez tout auteur spirituel sérieux : qu'il y a un certain amour affectif qui tient pour une bonne part au tempérament et à d'autres facteurs naturels, et qu'il n'est pas nécessairement en proportion de l'amour foncier; que cette dévotion sensible ne donne donc pas la mesure de l'amour, qu'elle peut décevoir et qu'il ne faut pas s'y attacher, sous peine de tomber dans différents travers; qu'enfin le vrai test de l'amour doit se chercher dans la solidité des vertus, l'oubli de soi pour Dieu et la joie de souffrir pour lui.

Herp a en vue une certaine dévotion sensible, encore assez naturelle et superficielle, qui se rencontre chez les débutants : il parle ici à ceux qui sont encore dans cette première phase de la vie spirituelle (« vie active »), où souvent la disproportion est particulièrement marquée entre affection et vertu; ils doivent savoir cela, et que les sentiments éprouvés ne font pas d'eux des saints et ne les dispensent pas de la lutte.

Même cette dévotion imparfaite, il ne la condamne pas, mais seulement le trop grand cas qu'on en fait et les conclusions fausses qu'on en tire, l'attachement intéressé à une chose secondaire, et la désertion des disciplines ascétiques, alors qu'elle était donnée pour inciter à un plus grand effort.

Ces abus évités, la dévotion sensible est bonne en soi; elle est une grâce qui avive l'amour et porte à plus de générosité. Et si nous nous r eportons à l'ensemble de l'ouvrage, nous constatons que c'est précisément sur elle que compte l'auteur, dans sa « voie mystique », pour former dans le coeur ce qu'il appelle l'instrument de la contemplation. Ce recours aux facultés affectives, cette méditation de la Passion, ces continuelles aspirations vers Dieu, qui doivent frayer la voie à la « grâce sensible » et à l' « amour brûlant, force unitive et désir du Bien-Aimé », tout cela est bien de l'amour sensible, de l'amour affectif à coup sûr qui ne demandera qu'à se traduire d'une façon sensible.

De sa nature l'amour devient, en principe, de plus en plus ardent et sensible à mesure qu'il croît en profondeur, comme il se voit chez les saints : le sentiment d'amour prend chez eux les proportions d'une passion. Tel est l'amour mystique, « Passion divine » et extatique, tel est l'amour séraphique ainsi que l'a vécu saint François. Et cet amour du cœur est nécessairement « senti » d'une façon ou d'une autre, soit dans la suavité de l'union, soit dans le vide douloureux de l'absence.

La spiritualité franciscaine se souvient des larmes, des ardeurs, des tendresses du Petit Pauvre séraphique. A sa suite, elle a gardé comme caractéristique d'être très affective, de ne pas nourrir de prévention excessive envers le sentiment, trouvant tout naturel qu'il s'épanche dans l'amour du Christ, et d'en faire un élément intégrant de la dévotion, de façon à aller à Dieu avec toute son âme, le coeur aussi bien que l'esprit et la volonté. C'est ce qui lui confère cet aspect aimable, sympathique, éminemment humain, qui fait son attrait propre.

On lui assigne généralement comme caractère spécifique son « christocentrisme ». Ce n'est pas assez dire : celle de Bérulle est tout aussi christocentrique, et pourtant quelle distance entre le savant cardinal et l'humble saint d'Assise! Le ton, l'inspiration sont si différents de l'un à l'autre que, sur cette conception commune, ils font l'effet de deux pôles opposés. Chez l'un, le thème de fond est la religion, chez l'autre, l'amour. Bérulle voit surtout dans le Christ le Verbe incarné, François, la sainte Humanité, l'un adore dans un religieux anéantissement, l'autre aime avec un coeur brûlant, le Maître de l'Oratoire tire ses splendides élévations des profondeurs du dogme, le Petit Pauvre est toute simplicité et se dit ignorant, ne, prétendant connaître que le Christ crucifié. A côté de lui, Bérulle, jusque dans ses ardeurs, semble tendu et presque froid : la marque de saint François et de la spiritualité issue de lui consiste dans la qualité « séraphique » de la dévotion au Christ : c'est, dans une parfaite simplicité, la tendresse brûlante et passionnée pour Jésus.

Ceci, bien entendu, sans jamais oublier cette autre face, ce revers de l'amour qui est le renoncement, la très haute Pauvreté, extérieure et intérieure. Cet amour séraphique, cet élan qui projette en Dieu et donc hors de soi-même, est précisément corrélatif du détachement, il fait oublier tout et renoncer à tout pour le seul Bien-Aimé : les deux choses ne font qu'un. C'est en cela que l'amour sensible des parfaits se distingue de celui des débutants : il est libre et détaché. Et c'est pourquoi la pierre de touche de l'amour authentique est l'abnégation — ce qui ne condamne nullement l'élément affectif, au contraire, mais seulement l'abus qu'on en peut faire.

Voici, au demeurant, un extrait du Troisième Abécédaire spirituel de François d'Osuna, le livre qui révéla à sainte Thérèse les voies de la contemplation. Il y a, dans cet ouvrage célèbre, un chapitre sur les larmes et un sur le « goût » ou la « consolation » spirituelle, où il ne craint pas de prendre position avec une belle intrépidité, et avec des arguments qu'on aurait peine à rétorquer. C'est le second de ces chapitres qu'on trouvera ici. Tout en le suivant avec plaisir sur son terrain, il conviendra de garder présentes à l'esprit les judicieuses réserves de H. de Herp, que lui-même d'ailleurs a soin de faire ailleurs.
 
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