P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

LES EXERCICES DE LA " VOIE MYSTIQUE " 1-D-LES CHEMINS DE L'AMOUR FERVENT-Les chemins de l'amour fervent. -4-D) Contemplation du Christ :2-Jacques De Milan ; L'aguillon de l'amour ( extraits )

 

L'AIGUILLON DE L'AMOUR .......par Jacques de Milan ...l((Extraits)

MÉDITATION SUR LA DOULEUR DE MARIE AU PIED DE LA CROIX

Près de la croix de Jésus se tenait sa Mère. O ma Souveraine, où êtes-vous là ? Est-ce bien près de la croix ? Oh! bien plutôt, c'est sur la croix avec votre Fils : là, vous étiez crucifiée avec lui. Il l'était dans son corps, vous l'étiez dans votre coeur; et les plaies répandues sur son corps étaient toutes réunies dans votre âme. Là, ô Reine, votre cœur fut percé par la lance et blessé par les clous; là, il fut couronné d'épines, accablé de dérisions, de mépris et d'insultes, abreuvé de vinaigre et de fiel. O Dame, pourquoi êtes-vous allée vous immoler pour nous ? La Passion du Fils était-elle donc insuffisante si la Mère n'était crucifiée avec lui ? O Coeur d'amour, pourquoi êtes-vous changé en un globe de douleur ? Je regarde votre coeur, ô Dame, et je ne vois plus un coeur, mais de la myrrhe, de l'absinthe et du fiel. Je cherche la Mère de Dieu, et je trouve des crachats, des fouets et des plaies, car vous êtes tout entière changée en ces choses cruelles.

O pleine d'amertume, qu'avez-vous fait ? Pourquoi d'un vase de sainteté avez-vous fait un vase de châtiment ? O Notre-Dame, pourquoi n'êtes-vous demeurée solitaire dans votre chambre ? Pourquoi être venue au Calvaire ? Il n'était point dans vos usages, ô Reine, d'aller à de tels spectacles. Comment n'avez-vous pas été retenue par votre modestie virginale ? ni par la timidité féminine, ni par l'horreur du crime, ni par le dégoût d'un tel lieu, ni par la foule de la populace ? Comment la haine du mal ne vous a-t-elle pas éloignée ? ni le bruit des clameurs, ni la rage de ces déments, ni les bandes des démons assemblés ? Vous n'avez rien considéré de tout cela, ô Dame, parce que votre coeur, de douleur, s'était échappé de vous; vous n'étiez plus en vous, mais dans l'affliction de votre Fils, mais dans les blessures de votre Unique, mais dans la mort de votre Bien-Aimé. Votre coeur ne voyait pas la foule, mais les plaies de Jésus, non la presse, mais sa crucifixion, non les cris, mais son corps livide, non l'horreur du spectacle, mais sa douleur, à lui. O Souveraine, retournez d'où vous venez, de peur qu'en perdant notre Pasteur, nous ne vous perdions aussi, et qu'en une même heure nous nous voyions privés de nos deux protecteurs. Ce n'est point la coutume de condamner une femme à une telle mort : ce n'est pas contre vous, ô Reine, qu'a été portée cette sentence.

Mais vous n'êtes plus capable, je crois, d'entendre ces paroles, parce que vous êtes saturée d'amertume, et que tout votre coeur est englouti dans la Passion de votre Fils. Chose étonnante, vous êtes tout entière passée dans les blessures du Christ, et le Christ crucifié est tout entier dans le fond intime de votre coeur. Comment cela se peut-il ? O homme, laisse ton coeur se blesser, et tu comprendras ce mystère; laisse-le ouvrir par les clous et la lance, et la vérité y pénétrera. Le soleil de justice n'entre point dans un coeur fermé.

Mais vous-même, ô Notre-Dame blessée, blessez mon coeur, renouvelez-y la Passion de votre Fils, joignez à notre coeur votre Coeur transpercé, et qu'avec vous nous soyons percés de ses plaies. Oh! si du moins vous me confiiez votre Coeur pour que, partout où j'irai, je vous voie crucifiée avec Jésus! Mais si, ô Reine, vous ne voulez me donner ni votre Fils ni votre Coeur meurtri, accordez-moi seulement, je vous en prie, ses blessures, les injures, les moqueries, les opprobres qu'il endura et ce que vous-même en avez ressenti. Quelle mère ne s'empresserait d'éloigner d'elle et de son fils les souffrances, si elle pouvait les faire retomber sur son esclave ? Mais si vous êtes à ce point enivrée de ces souffrances que vous ne vouliez en séparer ni votre coeur ni votre Fils pour les donner à un autre, tout au moins, ô ma Reine, veuillez partager avec moi, très indigne, ces ignominies et ces plaies, pour que je sois, près de vous et de votre Fils, l'ami qui vous console dans vos peines. Oh! que je serais heu­ reux si je pouvais seulement vous être associé dans vos tourments!

O ma Souveraine, pourquoi ne m'accordez-vous pas ce que je vous demande ? Si je vous ai offensée, faites-en justice en me perçant le coeur; et si je vous ai servi, je vous demande des blessures pour récompense. O ma Reine, où est votre tendresse, où est votre immense bonté ? Pourquoi m'êtes-vous devenue cruelle, vous qui toujours m'aviez été si douce ? Pourquoi vous montrez-vous avare après avoir été si largement généreuse ? Je ne vous demande pas, ô Reine, le soleil ni les étoiles, mais seulement des blessures : serez-vous parcimonieuse d'un tel don ? Ah! enlevez-moi la vie ou donnez-moi des plaies : car c'est trop de confusion, c'est trop de honte pour moi de voir mon Seigneur blessé et vous, ô Souveraine, blessée avec lui, et moi, vil esclave, libre et indemne. Mais je sais ce que je ferai : prosterné à vos pieds, avec cris, avec larmes, je ne cesserai de vous supplier, je vous serai si importun que vous devrez céder : ou vous m'exaucerez, ou, si vous me frappez pour m'éloigner, je resterai, je recevrai vos coups jusqu'à en être criblé, puisque je ne demande que des plaies. Si au contraire, au lieu de me frapper, vous voulez me flatter, je n'en persévérerai pas moins, je recevrai vos caresses, et elles-mêmes me blesseront de votre amour. Et si vous refusez de rien me dire et de rien faire, alors mon coeur sera percé de tristesse et de peine, et je ne nie retirerai pas sans blessure. Amen.

QUE L'HOMME DOIT METTRE TOUT SON CŒUR A MÉDITER LA PASSION DU CHRIST, 
ET COMBIEN CETTE MÉDITATION EST SALUTAIRE

Accourez, ô hommes, voyez comme Dieu vous aime, et étonnez- vous de votre aveuglement et de votre malice. Si le Fils de Dieu a voulu s'unir indissolublement à la nature humaine, combien plus nous devrions nous empresser à lui unir inséparablement notre âme! Si le Fils de Dieu a voulu, avec une telle ferveur de charité, s'allier à une aussi vile poussière, avec quelle avidité chacun devrait-il ouvrir son coeur pour le recevoir! Quelle est la folie d'une âme qui, négligeant de telles avances, préfère s'attacher à la boue!

O étonnant aveuglement de l'homme! Partout et constamment Dieu s'offre à lui, et pour ce don de lui-même il ne demande d'autre prix que la mort subie par son Fils : et pour des biens fugaces, l'homme secoue le joug de son Dieu, dédaigne ses appels, ses présents, ses inspirations intimes, et, au mépris de son propre bien et de tous ses intérêts, se refuse à suivre la volonté du Seigneur. S'il n'était descendu au-dessous des animaux, mais il devrait aimer par-dessus tout bien ce Dieu dont il est l'image, et se désintéresser de tout le reste.

Mais puisque vous voulez aimer la chair, attachez-vous donc à la chair divine du Christ et à nulle autre : elle a été offerte, sur l'autel de la croix, pour vous et pour le salut du genre humain. Repassez donc constamment son sacrifice dans votre coeur : cette méditation continuelle de la Passion du Christ élèvera votre esprit, elle vous éclairera dans vos actions, vos pensées et vos sentiments, elle vous enflammera pour les choses difficiles, vous fera aimer d'être abaissé et méprisé, et ordon­nera tout en vous : pensées, paroles et actions.

O mort admirable et Passion tout aimable! Quoi de plus merveilleux qu'une mort qui donne la vie, des blessures qui guérissent, un sang qui lave et purifie, une poitrine ouverte qui unit le coeur au coeur ? Etonnez-vous de voir le soleil obscurci donner plus d'éclat, le feu éteint enflammer davantage, un supplice infamant être une source de gloire; mais ce qui vraiment est prodigieux, c'est que le Christ altéré sur la croix nous enivre; nu et dépouillé, il nous couvre des riches vêtements des vertus; ses mains clouées au bois brisent nos chaînes, ses pieds transpercés nous aident à courir; en exhalant l'esprit, il nous communique la vie, en mourant sur la croix, il nous appelle au ciel:

O  Passion digne d'amour, qui transforme si bien celui qui la médite qu'elle le rend non seulement angélique, mais divin. Car celui dont la pensée reste fixée sur les souffrances du Christ cesse de se voir lui-même pour ne plus voir que Dieu; contemplant sans cesse son Sauveur immolé, il veut avec lui traîner la croix; portant dans son coeur Celui qui tient l'univers dans sa main, il trouve tous les fardeaux légers; avec lui dépouillé, il veut souffrir du froid, et l'excès de l'amour le rend tout brûlant; avec lui, il veut goûter le vinaigre, et c'est un vin exquis qui lui est donné à boire; avec lui crucifié, il veut être bafoué, et les anges lui font honneur et la bienheureuse Vierge l'adopte pour son fils. S'attristant avec son Sauveur, il se sent inondé de bonheur; s'affligeant avec lui, il est consolé par lui; souffrant de ses douleurs, il trouve une délicieuse suavité. Il veut, avec Jésus, être suspendu sur la croix, et Jésus l'embrasse tendrement, et, comme il incline son front couvert des angoisses de la mort, Jésus lève sa tête pour lui donner un ineffable baiser. O mort chargée d'amour et de douceur! Ah! que n'ai-je été à la place de cette croix pour que mes mains et mes pieds fussent unis aux siens par les clous! Oh! certes, j'aurais dit à Joseph d'Arimathie : « Ne m'enlève pas mon Bien-Aimé, mais ensevelis-moi avec lui dans le sépulcre, car je ne veux plus m'en séparer. » Mais si je ne puis le faire dans mon corps, je veux du moins le faire dans mon coeur. Il m'est bon d'être avec lui; en lui je veux faire trois tentes : une dans ses mains, une dans ses pieds et une, qui sera ma demeure habituelle, dans son côté. C'est là que je veux prendre mon repos et mon som­ meil, manger et boire, travailler et prier. Là, je parlerai à son Coeur, et j'en obtiendrai tout ce que je voudrai.

O âme formée à l'image de Dieu, comment peux-tu te contenir encore ? Voici que ton Epoux très doux, blessé pour toi et maintenant glorieux, aspire à t'embrasser et à te donner ses suaves baisers; et tu ne te hâtes pas ? Dans l'excès de son amour, il a ouvert sa poitrine pour te donner son Coeur; il a voulu que ses mains et ses pieds fussent percés pour que, venant à lui, tes mains pénétrant dans ses mains et tes pieds dans ses pieds, tu lui sois inséparablement unie. Je t'en conjure, fais-en l'épreuve, et si tu te trouves bien près de lui, ne t'en éloigne plus : et certes je ne doute pas qu'après cette expérience tout ce qui n'est pas lui te semblera amertume; tu souhaiteras que ces ouvertures sacrées se referment sur toi pour que tu n'en puisses plus sortir. Tu t'étonneras alors de ton aveuglement passé et de celui des autres hommes; et en même temps, tu éprouveras une telle douceur que tu seras inondée de joie, ton coeur sera dévoré de telles flammes qu'il semblera chercher à sortir réellement du corps pour se fixer dans les blessures du Christ. Et tu seras enivrée d'un tel excès de tendresse et de ferveur que tu ne pourras plus qu'avec peine t'appliquer à autre chose. O plaies qui blessez des coeurs de pierre, qui enflammez des âmes glacées et liquéfiez dans l'amour les êtres les plus durs! O notre vie, notre douceur et notre espérance!

0 Seigneur, Père saint, au nom de votre immense bonté et de celle de votre Fils, de la mort qu'il a endurée pour moi, de la sainteté très excellente de sa Mère et des mérites du bien­heureux François et de tous les saints, bien que je sois pécheur et indigne de toute faveur, accordez-moi de ne plus aimer que vous, d'être altéré de votre honneur, de porter toujours dans mon coeur la magnanime Passion de Jésus, de reconnaître ma misère et de désirer être honni et méprisé de tous. Que rien ne me touche désormais que vous, que plus rien ne m'attriste que le péché. Amen.

COMMENT L'HOMME DOIT SE STIMULER A L'AMOUR DE DIEU

Le coeur du contemplatif ne cesse pas ou ne doit pas cesser de chercher comment aviver toujours plus en lui l'amour de son Créateur : c'est pourquoi je me suis appliqué à balbutier quelques pensées qui pourront l'y aider.

Reconnais d'abord, ô homme, que rien n'est propre à enflammer en toi l'amour de Dieu comme l'immense générosité de ses bienfaits : impossible de te rappeler la libéralité qu'il a mise à te combler de dons ineffables, sans reconnaître qu'il t'aime jusqu'à l'excès. Mais y a-t-il rien qui porte mieux à l'amour que de se voir choisi et aimé ? Les hommes les plus barbares cèdent à ce sentiment : ils aiment qui les aime — cependant que, poussés par le démon, ils oublient de le faire envers leur Créateur. Imagine quoi que ce soit : en tout tu trouveras d'abondants motifs d'aimer Celui qui te créa.

Approche-le de cette façon : mets-toi en présence de ton Dieu, ceci n'est pas une fiction, mais la pure réalité, car il est partout où tu es aussi bien que dans le ciel empyrée; songe que tu es à lui, et non à toi; et ne doute pas d'obtenir de lui tout ce que tu demanderas d'utile non pas à ta perte, mais à ton salut. Tout cela est de nature, certes, à enflammer l'amour : comment n'aimerais-tu pas Celui qui, t'ayant donné l'être, est prêt à tout te donner ? N'éprouves-tu pas de l'affection pour celui qui t'a fait un présent ? Combien plus alors pour Celui à qui tu dois tout, et qui d'abord t'a donné à toi-même ? Si donc tu t'aimes, com­ ment ne pas aimer Celui qui t'a créé ? Tu t'aimes alors que tu as causé ta ruine et la causes encore; et lui qui t'a formé, qui t'a restauré, qui te conserve, tu ne l'aimes pas ? Dis donc au Seigneur : « Mon Dieu, je suis votre créature, et vous ne pouvez vous refuser à mon coeur. »

Mais avant d'aller plus loin, médite ce que tu viens de dire, et que l'amour t'enflamme. Qui pourrait, en effet, se contenir, et, oubliant toute chose, ne pas se jeter en Dieu sans réserve, en songeant que lui, son Seigneur, le bien souverain, les délices des anges, la récompense des bienheureux, ne peut se refuser à un homme infirme et corruptible dont la misère dépasse toute expression, que, si misérable que soit cet homme, s'il se tourne vers lui et lui demande de se donner à lui, il sera exaucé, qu'il désire que nous lui fassions cette demande pour pouvoir se donner ? Je ne sais vraiment comment nous nous fatiguons tant, comment chaque jour nous nous tourmentons pour des riens, alors qu'il nous est possible de posséder le Créateur du monde. Que cherchons-nous autre chose, quand il nous est donné de posséder tout bien, et sans effort, en lui ? Pourquoi courir après les futilités de cette vie qui n'est faite que de misères ?

O mon Seigneur, mon Dieu, vous donnons-nous autre chose que des avanies pour que si volontiers vous vous offriez à nous ? Quand nous vous possédons, quel profit en retirez-vous ? Et pourtant vous nous aimez au point de déclarer que vos délices sont d'être avec nous! Pourquoi nous aimez-vous tellement que vous vous donniez plus volontiers vous-même que toute autre chose que nous pourrions demander ? Ah! je ne veux plus posséder rien d'autre à l'avenir, puisque par ma prière je puis posséder mon Dieu. Je me parerai de perles et je l'introduirai dans le secret de mon coeur, et là, c'est avec lui que désormais je prendrai mon repos. Je sais bien que lui-même ne désire que cela : il aspire à entrer, et voici longtemps qu'il frappe à ma porte. Ah! je pleure de m'être tant d'années privé d'un tel bien!

Dites-lui donc : je sais que vous m'aimez plus que je ne m'aime moi-même. Aussi, je ne m'inquiéterai plus de moi désormais, je m'attacherai à goûter vos délices, et vous, vous pren­ drez soin de moi. Je ne puis m'occuper en même temps de vous et de moi : et donc, changeant de rôle, vous veillerez sur ma misère et vous la soutiendrez, et moi, je me tiendrai attentif à votre Toute-Bonté pour y trouver ma joie. Et, bien qu'avec vous j'aie infiniment à gagner, tandis que vous ne retirez rien d'être avec moi, je sais pourtant que vous restez plus volontiers avec moi que moi avec vous, et qu'il vous est plus doux de me garder et de m'enrichir qu'à moi de jouir de votre bonté. D'où vient donc cela ? Ah! c'est que je me hais, et que vous, vous m'aimez.

O mon Dieu, votre amour pour l'homme est donc bien grand, puisque vous l'avez aimé au point de vouloir que l'homme fût Dieu et que Dieu portât le nom d'homme. Qu'auriez-vous pu faire de plus que de vous l'unir ainsi indissolublement ? Cette preuve d'amour, vous ne l'avez pas donnée aux anges : car votre Fils ne s'est pas fait ange, mais homme.

C'est vraiment une chose surprenante que le coeur des hommes ne se brise point d'amour. Après notre péché, que vous restait-il à faire que de nous rejeter dans l'abîme et de former aussitôt, s'il vous plaisait, une créature plus noble ? Que votre amour est étonnant! Après notre chute, vous êtes venu, miséricordieusement, nous chercher pour nous élever plus haut qu'avant l'offense! Quoi donc ? Notre péché avait-il mérité l'honneur ? Non certes, mais pour nous rendre la fuite désormais impossible, vous avez résolu de vous unir inséparablement la nature humaine. Quel amour merveilleux ! Vous aimez, vous exaltez ceux qui vous haïssent. Si donc l'Etre souverain s'est épris de notre néant, comment nous, misérables, ne chérissons-nous pas le Bien suprême ? O vous qui méditez ces choses, comment votre coeur ne défaille-t-il pas de tendresse devant un aussi ineffable amour ? O mon Dieu, vous voulez nous enivrer à force d'amour! Quelle condescendance, de la part de notre Créateur, de tellement désirer nous enchaîner à lui par le lien de l'amour! Comment est-il possible que l'homme puisse encore penser à autre chose ?

Pour nous élever, ô notre Dieu, vous avez voulu naître enfant; pour rendre célestes ceux qui étaient tombés au niveau des bêtes, vous avez voulu être placé dans une mangeoire parmi les animaux. O effusion admirable de la bonté divine! O odieux aveuglement de nos yeux! O bloc de glace qui n'es plus un coeur, comment ne fonds-tu pas devant un tel brasier ? Malheur à moi! Par quelle voie Dieu nous cherchera-t-il encore s'il ne peut nous atteindre par de pareils moyens!

Est-il besoin d'en dire plus ? Je passe sous silence le cours de votre vie, qui fut toute pénétrée par l'amour, pour en venir aux soufflets et aux crachats de votre Passion. Vraiment, cette marque d'amour dépasse les conceptions du coeur humain. Quand vous n'auriez rien fait d'autre et que je ne dusse rien attendre de vous hors cette merveille, que vous, mon Dieu, avez voulu subir dans ma nature de telles ignominies, cela devrait suffire à m'enflammer totalement de votre amour.

Qu'y a-t-il de plus auguste que Dieu, et de plus vil que le pécheur ? Et pourtant, ô Seigneur! vous avez voulu être conspué et bafoué pour des pécheurs et par des pécheurs. Quoi, mon Dieu! vous avez toléré ces avanies de la part de votre créature, que vous pouviez détruire en un instant! Et à ceux qui vous disaient possédé du démon, vous ne répondiez qu'avec une infinie douceur. O preuve sublime de votre charité : vous supportiez de telles injures, quand c'est eux qui étaient démoniaques! Quel souci aviez-vous donc de nous pour vous exposer ainsi à toutes les humiliations ? Ah! c'est votre excessif amour qui vous faisait tout endurer sans vous plaindre.

O coeur plus dur que la pierre, comment ne fonds-tu pas de tendresse ? La pierre se désagrège à la chaleur, et toi tu demeures impassible devant une telle ferveur d'amour! Plût à Dieu que tu fusses donc en réalité de pierre et non de chair! Coeur barbare! comment peux-tu ne pas aimer Celui qui t'aime d'un tel amour ? ne pas ouvrir à Celui qui te cherche ? O rochers, créatures insensibles, pleurez la folie de mon coeur!

Vraiment, Seigneur Jésus, quand même vous me haïriez, je devrais vous aimer, parce que vous êtes mon Dieu, mon seul refuge, mon protecteur et mon guide : combien plus ne le dois- je pas quand je vois que vous m'aimez au point de me poursuivre de vos bienfaits, alors que je vous fuis ? Vous m'aimez jusqu'à paraître vous haïr pour moi : vous le Juge de tous les hommes, n'avez-vous pas voulu, pour moi, être mis en jugement et subir la mort la plus déshonorante et la plus affreuse ? O mon Dieu! qu'auriez-vous dû faire de plus pour moi ? Ou, dites-moi, qu'auriez-vous bien pu faire de plus ? Si le dernier des hommes m'en avait fait autant, je devrais le chérir jusque dans l'éternité : et moi, je ne vous aimerais pas, mon Dieu ? Votre seule vue devrait suffire à m'enivrer : combien plus alors l'effusion de votre sang, débordement de votre charité, et votre cruelle et ignominieuse Passion! Ah! c'est certain, vous me voulez entiè­rement à vous, puisque vous vous donnez tout entier à moi.

Qui donc, mon Seigneur, vous demandait un tel bienfait ? Pourquoi une telle sollicitude pour une créature aussi vile ? Ah! seule votre excessive bonté et votre immense amour l'ont exigé de vous. Car si vous vouliez nous racheter, vous aviez d'autres moyens en votre pouvoir; mais vous avez daigné agir de la sorte pour mieux nous brûler de votre amour. O amour, désir de mon coeur! douceur, suavité de mon âme! ô ardeur qui embrase ma poitrine! ô lumière, clarté de mes yeux! douce symphonie à mes oreilles! O hostie d'agréable odeur à Dieu! ô breuvage délicieux du sang divin! ô tendre caresse du côté transpercé! ô mon âme! ô ma vie! tréfonds de mon coeur, moelle de mes os, souffle et réconfort de ma chair, inspiration de mon esprit et ma félicité! pourquoi ne suis-je pas tout entier changé en votre amour ? Pourquoi y a-t-il en moi autre chose que l'amour ? Comment puis-je encore m'intéresser à autre chose ? Qu'y a-t-il de plus doux que votre amour et qui captive davantage ? Pourquoi donc ne suis-je pas enchaîné, prisonnier de l'amour ? Votre amour m'environne de toutes parts, et j'ignore ce qu'est l'amour! Hélas! pourquoi resté-je ainsi insensible, et sans aucun motif ? Pourquoi la vanité me séduit-elle plus que la vérité ? Pourquoi l'iniquité des créatures m'attire-t-elle plus que la tendresse de mon Sauveur ? Pourquoi ai-je aimé l'odeur de la pourriture plus que l'amour sans mesure de mon Rédempteur ?

Comme vous avez aimé l'homme, mon Dieu! Non content d'avoir souffert pour lui sur la croix, vous l'avez visité aux enfers et ramené avec vous dans les cieux. Ne pouviez-vous, Seigneur, lui envoyer un de vos anges, plutôt que d'aller vous-même en cet endroit pour l'en tirer ? Pourquoi voulez-vous partout vous associer à l'homme ? Pourquoi voulez-vous toujours habiter avec l'homme ? Que trouvez-vous en lui si ce n'est l'abjection ? Pourquoi donc l'aimez-vous de cet amour démesuré ?

Et après votre résurrection, vous avez encore voulu, pendant quarante jours, apparaître à l'homme, manger avec lui, malgré la gloire où vous étiez entré, et, lui donnant la paix, lui offrir vos blessures à toucher. N'était-ce point assez, Seigneur, d'avoir été crucifié pour l'homme et de l'avoir vous-même retiré des enfers ? Il semble que vous l'aimez tellement que vous ne puissiez vous passer de sa société. Ignoriez-vous que nous n'aurions qu'ingratitude pour l'insigne bienfait de votre Passion ? Ceux-là mêmes que vous aviez choisis se sont montrés incrédules. Comment, après cela, pouviez-vous encore nous regarder ?

Que votre amour est admirable! Vous n'avez pu vous résoudre à nous quitter : c'est pourquoi, avant de remonter à la droite de votre Père, vous avez donné à l'homme le pouvoir de vous posséder sur l'autel chaque fois qu'il le désire; et c'est avant d'aller mourir que vous le lui avez conféré, afin qu'il ne pût craindre de vous perdre. Pourquoi ce nouveau prodige, alors que vous alliez lui envoyer l'Esprit-Saint ? Non seulement vous êtes avide de demeurer avec nous, mais vous avez encore voulu nous incorporer totalement à votre propre corps et nous abreu­ ver de votre sang, afin qu'enivrés ainsi de votre amour, nous n'ayons avec vous qu'un coeur et une âme. Car en nous donnant à boire votre sang, siège de votre vie, que faites-vous, sinon lier indissolublement notre âme à la vôtre ? Oui, c'est bien cela que vous voulez, c'est cela que vous désirez, doux Jésus, c'est pour cela, pour réaliser cette union, que vous êtes resté si longtemps ici-bas et que vous avez, ô mon Rédempteur et mon Seigneur, peiné depuis votre enfance. Daignez donc nous l'accorder, vous qu'un excès d'amour a conduit à verser votre sang pour nous.

PRIÈRE

Transpercez, très doux Seigneur Jésus, le tréfonds de mon âme du dard suave et bienfaisant de votre amour. Blessez le centre de mon coeur d'une charité véritable, fraternelle et apos­ tolique; qu'il brûle, qu'il défaille, qu'il se fonde au feu de votre seul amour et du désir de vous. Qu'il soupire et languisse après votre demeure, qu'il aspire à mourir pour être avec vous. Faites que mon âme ait toujours faim de vous seul, pain de la vie céleste descendu du ciel, pain des anges qui êtes la réfection des âmes saintes, notre pain quotidien et supersubstantiel ren­ fermant toute douceur, toute saveur, toutes délices et suavité. Vous que les anges désirent contempler, que sans cesse mon coeur ait faim de vous et se nourrisse de vous, et que les pro­ fondeurs de mon âme soient rassasiées de votre ineffable saveur. Que sans cesse il ait soif de vous, source de vie, source de sagesse, fontaine de science et d'éternelle lumière, torrent de délices et de la surabondance de la maison de Dieu. Que sans cesse il soit en quête de vous, vous cherche, vous trouve, tende vers vous et parvienne à vous, qu'il pense toujours à vous, parle de vous et fasse toute chose pour l'honneur et la gloire de votre nom très doux, avec humilité et discrétion, avec amour et allégresse, avec facilité et ferveur, avec patience, sérénité, progrès et persévérance jusqu'à la fin. Et que vous seul me soyez toujours tout en toutes choses, que vous soyez mon unique espérance, ma confiance, ma richesse, mes délices, mon plaisir et ma joie, mon repos et ma tranquillité, ma paix, ma suavité, mon parfum, ma douceur, ma nourriture et ma réfection, mon amour, ma pensée, mon réconfort, mon attente, mon refuge et mon secours, ma patience, ma sagesse, mon partage, mon trésor, dans lequel soient à jamais fixés, affermis et immuablement enracinés mon esprit et mon coeur. Amen.

Références

1-i. Ce passage est tiré des Méditations de la vie du Christ.
2-. Méditations de la vie du Christ.
3-
Ce chapitre est pris des Méditations de la vie du Christ.
4- méditation de la vie du Christ

 
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