P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

LES EXERCICES DE LA " VOIE MYSTIQUE " 1-C

LES CHEMINS DE L'AMOUR FERVENT-Les chemins de l'amour fervent. -3-c- Contemplation du Christ :-1-François Cauwe : Le pèlerinage du Christ Jésus ( Extraits)


 

LE PÈLERINAGE DU CHRIST JÉSUS par François Cauwe (Extraits)

L'ENFANCE - Bethléem.

Jésus est né dans le dénuement de l'étable. Les bergers, avertis par l'ange, sont venus l'adorer.

Vous aussi, âme pieuse, attardez-vous près de la crèche, tombez à genoux pour adorer votre Seigneur et Dieu, et laissez alors jaillir les flammes de votre amour. Mille fois, souhaitez la bienvenue à votre Sauveur, penchez-vous sur la crèche et, des deux bras, embrassez le doux Enfant, sans arrêt, jusqu'à ce que votre coeur fonde d'amour et éclate en larmes de joie. Contemplez avec bonheur le Fils du Dieu vivant, le Messie des promesses, le Sauveur du monde. Ah! mon âme, comment te séparer de ce doux Agneau ?... Répétez donc avec l'Epouse sacrée : « Je l'ai saisi, et je ne le laisserai pas aller... » Serrez-le sur votre coeur, serrez-le bien, car il vous appartient, comme l'affirme Isaïe : « Un Enfant nous est né, un Fils nous a été donné. » O indicible suavité, joie céleste, charmant plaisir de garder dans ses bras le doux petit Enfant Jésus! Celui qui aime sentira ici son coeur brûler et défaillir, car cet Enfant sait jouer avec les coeurs avec une merveilleuse douceur.

Pendant tout le temps que la Très Sainte Vierge et saint Joseph demeurèrent en cet endroit, restez-y avec eux, contemplez leur pauvreté, leur humilité, leur aménité, adorez l'Enfant divin, et rendez-leur, en esprit, tous les services que vous pourrez. Voyez quels sont leurs besoins, et veillez attentivement à ce que rien ne leur manque. Amassez du bois le long des chemins et dans les champs pour faire du feu, apportez de l'eau et chauffez-la pour baigner l'Enfant Jésus et laver ses langes; allez acheter ou mendier de quoi manger et boire pour sa Mère et saint Joseph; et pendant qu'ils prennent leur repas, jouez avec le petit Jésus, car il émane de lui une vertu céleste pour aider et consoler les âmes.

La fuite en Egypte.

Obéissant à l'ordre du Seigneur, ils se sont mis, hâtivement, en route pour fuir la persécution d'Hérode.

« Considérez, dit saint Bonaventure, comment Dieu permet que les siens soient affligés de persécutions et d'adversités. Car c'était une grande peine pour Marie et Joseph, et une lourde épreuve de savoir qu'on cherchait à tuer leur Enfant, et de devoir aller, pauvres et sans ressources, habiter comme réfugiés un pays étranger. Vous donc, quand vous subissez quelques revers, restez patient, et n'attendez pas du Seigneur un privilège qu'il n'a pas accordé à son Fils unique. « Voyez aussi la grande douceur de Jésus, comment, persécuté si tôt et réduit à un dur exil, il cède sereinement à la rage d'un homme qu'il pourrait anéantir à l'instant. Quelle humilité, et quelle patience! Le Maître fuit devant son serviteur, ou plutôt devant le serviteur du démon! Nous devons imiter cet exemple : ne pas contester, ne pas vouloir tirer vengeance de ceux qui nous critiquent, nous attaquent, nous poursuivent, céder humblement à leur violence, et même, suivant l'enseignement du Seigneur, prier pour eux l. »

Méditez comment, accablés de fatigue après avoir marché toute une journée, ils se virent, pleins d'angoisse, surpris par l'obscurité. Ils n'apercevaient autour d'eux qu'un affreux désert où ils entendaient le rugissement des lions, se demandant où ils passeraient la nuit. L'Enfant se mit à crier, tout transi de froid. Le bon saint Joseph, tout attristé, cherche une place sous un arbre pour y faire reposer la Mère et l'Enfant. Aidez-les à déposer leurs paquets, et étendez une couverture sur elle et son Jésus. Ils n'ont pour tout repas que des biscuits et quelques figues. Voyez si vous n'avez pas dans votre sac quelque chose de meilleur, et offrez-le-leur avec grand amour. Puis prenez l'Enfant. Son petit visage est bleui par le froid : baisez-le; ses yeux sont humides de pleurs : séchez-les. On mon âme, tu as un coeur de pierre si tu n'es pas émue jusqu'aux larmes de voir ton Dieu, ton Créateur dans une telle misère. Ah! les larmes m'empêchent de poursuivre... Combien plus jailliront-elles chez une personne simple et pieuse qui se représentera tout cela attentivement! Les orgueilleux, les ambitieux qui ne cherchent que l'éclat extérieur et la gloire humaine souriront de ces choses avec dédain. Pour vous, âme droite, faites-vous toute petite, car ce sont les petits qui goûtent combien est doux le petit Jésus. Si vous demeurez avec lui dans cette simple contemplation, vous éprouverez, soyez-en sûre, ce que le monde ne peut connaître et qui est inexprimable : « La langue ne peut dire, la plume ne peut exprimer, celui-là seul qui en a l'expérience peut savoir ce que c'est qu'aimer Jésus. » Ah! que ne peut-on apprendre cela aux hommes! Je crois qu'ils ne vou­ draient plus s'occuper d'autre chose.

Après le repas, demandez à Marie de pouvoir garder toute la nuit dans vos bras le doux Enfant. Réchauffez-le, figurez-vous que l'âne vient s'étendre près de vous et avance son museau pour le réchauffer lui aussi comme il a fait à la crèche. Prenez-y votre joie, et passez ainsi la nuit à embrasser le cher petit Agneau.

Saint Jean-Baptiste.

La Sainte Famille revient d'Egypte et se dirige vers Nazareth.

Quand le petit Jésus et ses parents traversèrent le désert de Juda, dit saint Bonaventure, ils y rencontrèrent saint Jean- Baptiste. Celui-ci n'avait guère que huit ans, et déjà, dans cette solitude, il vivait dans une rude pénitence, non comme un homme, mais comme un ange terrestre. Averti par un ange de l'arrivée des saints voyageurs, il courut à leur rencontre. Voyez- le voler vers Jésus, tomber à genoux devant lui et baiser ses pieds avec une indicible ferveur. Le doux petit Jésus en est si ému qu'il saute au cou de Jean et l'embrasse avec grande affection. Et voyez donc comme ces deux petits cousins s'étrei­ gnent, se couvrent de baisers, incapables de se séparer, sans pouvoir cependant dire un mot, si excessive est leur joie et si brûlant leur amour.

Paralysé par la douceur de cet embrassement, Jean est devenu comme un charbon incandescent; inondé de larmes ferventes, il s'affaisse dans les bras de Jésus; son âme, fondue par l'amour, s'envole, son visage pâlit, ses yeux se ferment, sa tête choit sur l'épaule de Jésus, ses bras pendent le long de son corps, il est tombé en défaillance. La Sainte Vierge accourt, le prend sur ses genoux et le fait reposer sur son coeur.

O noble enfant, où est allée ton âme ? Vers où s'est s'envolé ton coeur ? O ange terrestre, brûlant séraphin! Lumière du monde, comment t'es-tu obscurcie en présence de l'amour divin ? Où as-tu, amour, ravi cette âme ardente, et pourquoi laisses-tu ce petit coeur amoureux blessé et comme sans vie ? Ah! c'est au-dedans de son Jésus qu'il vit, c'est là qu'il se repose, là qu'il trouve son bonheur, devenu un seul coeur et un seul esprit avec lui. O doux Jésus, qu'avez-vous fait de votre petit cousin ? Ravisseur des coeurs, ah! que faites-vous des coeurs de ceux qui vous aiment!

O aimable puissance de l'amour divin! Il incline Dieu jusqu'à la terre, élève l'homme jusqu'à la patrie céleste et unit Dieu avec l'âme. Brasier de l'amour qui fond l'âme en Dieu! Mon âme était dure comme le diamant, et voici que, liquéfiée par l'amour, elle sort de soi et s'écoule en Dieu, et, abîmée en lui, s'oublie elle- même. Que te rendrai-je, amour, toi qui me fais divin, qui transfigures la boue en Dieu ? Rien n'est plus puissant, plus doux, plus noble que le divin amour.

Cependant, le petit Jean, tout doucement, revient à lui, ses yeux s'entrouvrent, il regarde affectueusement Marie et reçoit d'elle un gentil baiser. Se levant alors, il prend son divin cousin par la main, le mène à la grotte qui lui sert de logis et prépare à la Sainte Famille un ascétique repas, qu'ils prennent avec une joie céleste au coeur.

Le soir tombe. Chacun s'étend sur le sol. Et vous, couchez- vous, avec Jean, tout près de Jésus, embrassez-le et reposez en écoutant chanter les anges.

A la fontaine de Nazareth

Pour ma propre joie et le bien des autres pour que soit béni et loué Jésus, je veux raconter l'heureuse rencontre qui a dissipé mon chagrin.

Depuis de longs jours j'étais dans la peine, le soleil s'était éteint en mon âme, je ne trouvais plus Dieu dans ma prière, je ne savais plus s'il m'aimait encore. Or en ce soir-là, me sentant troublé, las d'avoir pensé, je fermai les yeux.

Et comme c'est lui que cherchait mon coeur, c'est vers son pays que glissa mon rêve : c'est à Nazareth que je me trouvai. Je m'étais assis près d'une fontaine. « Il doit bien souvent, pensais-je en moi-même, venir puiser l'eau ici pour sa Mère. »

Et c'est cet espoir qui m'attirait là, le coeur tout ému de l'attendre ainsi. « S'il pouvait venir! Je le retiendrais, il ne pourrait pas m'échapper si vite! Je lui parlerais. Ah! je veux savoir quelle est sa pensée, et s'il m'aime un peu. » Or, tout se passa selon mon souhait et comme en esprit je l'avais prévu. Je le vis venir... Mon coeur s'arrêta.

Plus il approchait, plus mes yeux ravis restaient attachés à l'aimable Enfant. Sa démarche était calme et gracieuse, il n'était vêtu que d'une tunique, et je contemplais son gracile couet ses joues rosées et son front serein. Un souffle de vent jeta sur ses lèvres une boucle d'or de ses beaux cheveux. J'aurais voulu voir aussi son regard : il restait baissé, pensif, vers le sol.

Mais quand il fut là, tout près, devant moi, il ouvrit soudain ses yeux de lumière, comme pour savoir qui je pouvais être, et puis, de nouveau, baissa ses paupières. Oh! ce regard! Je ne puis dire la fête qu'il mit en mon âme. La joie qui m'étreignit alors fit jaillir des pleurs de mes yeux.

Tremblant, je saluai l'humble Enfant, mon Seigneur. Puis je lui demandai de vouloir me permettre de puiser l'eau pour lui. Et j'entendis alors sa douce voix chanter avec un beau sourire :

« Oh! je viens souvent à cette fontaine prendre l'eau qu'il faut à ma bonne mère, car notre maison est proche d'ici. Mais bien volontiers j'accepte un service offert de bon coeur et si gentiment. »

Quand je lui eus remis la cruche bien remplie et qu'avec des mots doux d'une charmante grâce il m'eut remercié, il voulut s'en aller...

Oh! non, je ne pouvais si vite le quitter : à peine sortait-il de l'enfance, et déjà il était à mon coeur le plus cher des amis. L'heureuse fortune était là, trop belle : je lui demandai quel était son nom.

Il me regarda avec un sourire : « Tu demandes là ce que tu sais bien! Mais je voulais, moi, entendre ce nom de sa bouche même : t'eût été pour moi, je le sentais bien, un rayon de miel.

Il comprit, je pense, et dit, simplement : « Mon nom est Jésus. » Je crus que mon âme allait s'envoler, tant ce nom béni sur ses douces lèvres m'avait pénétré jusqu'au fond du coeur. Lors je m'enhardis, et lui demandai, encore anxieux, s'il me connaissait.

Il me dit, : « Je t'aime. Mon Père est ton Père. Tu as été bien gentil : et je penserai à toi. » « Je t'aime!... » Oh! ce mot m'était trop suave : je l'ai pris alors, je l'ai embrassé, j'ai mis sur sa joue un fervent baiser, un très long baiser, afin d'étancher la soif de mon coeur.

Et j'ai senti un tel bonheur qu'il m'a semblé monter au ciel : je crois bien que j'ai goûté là ce qui fait que le ciel est ciel. Il a bien fallu qu'à la fin Jésus retourne vers sa mère. Mais il est resté dans mon coeur. La douce pensée m est présente partout, me remplissant de joie.

Et tout mon chagrin est tombé. Et je puis aller maintenant me reposer tranquillement. Dans mon âme tout est paisible puisque Jésus m'a dit : « Je t'aime », je suis heureux! Je sais que cette nuit je vais rêver de lui.

LA VIE PUBLIQUE Le baptême de Jésus.

Quand Notre-Seigneur Jésus eut achevé ses vingt-neuf ans dans la vie humble et pénible de Nazareth, il dit adieu à sa Mère et se mit en route vers le Jourdain où Jean baptisait.

Préparez-vous, âme pieuse, à partir avec lui pour lui tenir compagnie et le servir en tout comme un petit page : car désormais et jusqu'à sa mort il n'aura plus guère de repos, mais constamment de durs travaux et de pénibles voyages.

Dans ce trajet, le Maître du monde s'en va seul, car il n'avait pas encore de disciples. Contemplez-le, marchant nu-pieds, sans aucune société, sur ce chemin très long. O doux Jésus, où allez-vous de la sorte ? N'êtes-vous pas le Maître de tous les rois de la terre ? Cher Seigneur, où sont donc vos barons, vos comtes, vos ducs, vos capitaines et vos soldats ? Où est votre escorte, où sont les gardes qui vous défendent et les courriers qui vous précèdent ? Où sont les trompettes et les étendards ? Où sont les honneurs et le faste dont nous, vers de terre, aimons nous entourer ? Le ciel et la terre ne sont-ils pas, Seigneur, remplis de votre gloire, pour que vous alliez ainsi, humble et inconnu, foulant le sol de vos pieds nus ?

Mais je crois en savoir la raison : c'est que vous n'êtes pas dans votre royaume : celui-ci n'est pas de ce monde. Ici vous êtes comme nous pèlerin et étranger : vous vous êtes fait esclave pour que nous devenions rois. Vous êtes venu pour nous con­ duire à votre royaume et vous nous en montrez la voie.

Pourquoi dédaignons-nous cette voie ? Pourquoi, au lieu de vous suivre et d'être humbles nous aussi, tenons-nous tant à la gloriole et à des biens caducs ? Pourquoi ? Parce que notre royaume, à nous, est de ce monde et que nous ne nous y considérons pas comme des étrangers. De là tous nos maux. Hommes frivoles que nous sommes! Nous troquons le réel pour l'illusoire, l'éternel pour le passager. Ah! bon Seigneur, si nous songions sérieusement que nous ne sommes que voyageurs, nous vous suivrions allégrement, nous contentant du nécessaire, et, libres et sans bagages, regardant toutes ces choses comme déjà passées, nous ne penserions plus qu'à courir à l'odeur de vos parfums (2) . »

De Nazareth au Jourdain, il y avait trois ou quatre journées de marche. Où Jésus a-t-il pu s'abriter, se reposer, dormir la nuit ? Il était partout inconnu et n'avait ni bagage, ni bourse, ni argent, car il l'interdirait plus tard à ses disciples, et l'Evangile atteste qu'il faisait d'abord lui-même ce qu'il devait dans la suite enseigner.

Voyez comment, ayant faim, il demande humblement l'aumône à la porte d'une maison, lui qui est Dieu, avec quels gracieux remerciements il reçoit un morceau de pain, pour aller ensuite s'asseoir près d'un ruisseau ou d'une fontaine et, ayant béni son Père, manger ce pain sec et puiser l'eau avec sa main. Hélas! doux Seigneur, c'est un bien maigre festin que vous ont servi là les fils d'Adam pour vous restaurer de vos fatigues.

Vous donc, petit page de Jésus, voyez si vous n'avez pas quelque chose à lui offrir. Puis asseyez-vous à ses pieds et contemplez avec bonheur ce divin visage qui réjouit les anges. Quand vous verrez ce cher regard plonger dans le vôtre, je crois que vous n'aurez plus guère envie de manger, mais plutôt d'em­ brasser les pieds de Jésus et de les arroser de larmes.

Poursuivez maintenant votre voyage avec lui. Le moment vient où il faut songer à un gîte pour la nuit. Le Sauveur frappe à une porte et, humblement, pour l'amour de Dieu, demande l'hospitalité. L'homme est riche, Jésus n'en reçoit que des paro­ les offensantes : « Qui êtes-vous ? D'où venez-vous ? Je ne vous connais pas. Qui me dit que vous n'êtes pas un voleur ou un bandit ? Allez voir ailleurs. Voyez avec compassion votre Seigneur couvert de confusion et recevant patiemment les affronts de cet homme sans coeur.

Jésus poursuit son chemin et s'adresse à une autre maison. Là, on l'envoie à l'étable. Il remercie affablement et va à ce pauvre gîte, où, dans un coin, il passe la soirée à prier avec larmes pour le salut de ces hommes dont il reçoit si peu d'amour. O Jésus, Fils du Dieu vivant, que vous êtes abaissé et humilié! Infinie Majesté, je vous vois méprisé comme si vous étiez le dernier des hommes. Vous son petit page, tâchez de le consoler, entourez-le de soins et d'amour, prenez ses pieds dans vos bras pour les réchauffer et passez la nuit de la sorte.

Arrivé au Jourdain, Jésus y trouva Jean qui baptisait une foule de gens, et parmi eux beaucoup de pécheurs. Il se mêle à eux et demande, lui aussi, le baptême. Mais Jean le reconnaît : « C'est moi, s'écrie-t-il, qui devrais être baptisé par vous... Et c'est vous qui venez à moi! — Laisse-moi faire pour cette heure, lui répond Jésus, car c'est ainsi que nous devons accomplir toute justice. Ne dis rien pour le moment, Jean, ne me fais pas connaître : baptise-moi, c'est maintenant le temps de l'humilité. » Et entrant dans l'eau froide, il reçoit le baptême de Jean.

C'est ainsi qu'il opère notre salut en instituant le sacrement de baptême pour effacer nos péchés. C'est ici qu'il a épousé la sainte Eglise et chacune des âmes fidèles dans la foi du baptême. Et au moment de cette oeuvre auguste, voici que se mani­ feste la très sainte Trinité : le Saint-Esprit descend sur Jésus sous la forme d'une colombe, et la voix du Père se fait enten­ dre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances. »

Émerveillez-vous de ces choses avec grande dévotion. Gardez précieusement les vêtements de Jésus, et aidez-le ensuite pieusement à se réhabiller

Début du ministère.

Le temps étant venu pour Jésus de travailler publiquement à la conversion des hommes, il quitta Nazareth avec sa Mère, Jean et les autres disciples. Ils allèrent habiter à Capharnaüm dans la maison de Pierre, qui exerçait le métier de pêcheur dans cette ville.

Brûlant d'un zèle ardent pour le salut des âmes, le bon Sauveur n'eut plus désormais un instant de répit. Il quitta bientôt Capharnaüm avec sa petite troupe de fidèles pour parcourir la Galilée.

Voyez d'abord comment l'humble Seigneur prend congé de sa Mère bénie et lui demande sa bénédiction. « Mère chérie, dit-il, je te recommande à mon Père; que ta joie soit toujours en lui. Je dois, pour lui obéir, voyager dans tout ce pays. » La Sainte Vierge, alors, s'agenouille à son tour, embrasse son Fils divin et lui dit, les yeux pleins de larmes : « Va, mon Fils, au nom de Dieu, avec la bénédiction de ton Père très saint et la mienne; accomplis ce que t'impose l'obéissance, et souviens-toi de moi. Et moi, je vais rester ici comme une veuve, à soupirer après toi. » Puis elle le laisse aller, et il s'éloigne avec ses disciples.

Que de pensées s'éveillent en nous, à suivre Jésus pérégrinant sans relâche de ville en ville, de village en village, dans la poussière et la chaleur, blessant ses pieds sur les mauvais chemins, semant partout sa céleste doctrine, guérissant les malades et les infirmes!

Le voici qui arrive, épuisé et couvert de sueur, à l'un de ces villages; et au lieu de prendre un peu de repos et de rafraîchissement, il commence aussitôt, avec une grande ardeur, à prêcher au peuple, puis à imposer les mains à ceux qu'on lui amène et à les délivrer de leurs maux, afin de confirmer ainsi ce qu'il leur avait enseigné.

L'accueil.

Ici, âme pieuse, changez de personnalité, voulez-vous, et imaginez que vous êtes un habitant de cet endroit. Allez trouver le Sauveur fatigué, tombez à ses pieds, et priez-le humblement de daigner prendre l'hospitalité dans votre maison. Avec grand bonheur, faites-le entrer chez vous, allumez un bon feu pour sécher ses vêtements, chauffez de l'eau et agenouillez-vous pour lui laver les pieds; apitoyez-vous de voir ces pieds précieux tout blessés, songez que ce sont les pieds du Dieu très-haut, et vous les baiserez et les arroserez de larmes.

Vous étant levé, prenez avec respect et amour les mains du bon Jésus dans les vôtres, contemplez son cher visage, dites- lui : « Pourquoi donc, Seigneur, êtes-vous si cruel pour vous- même ? On dirait que vous vous haïssez pour nous aimer ! — Cher enfant, vous répondra-t-il peut-être, c'est pour te montrer la voie du ciel : car le Royaume céleste souffre violence, et ce sont les violents qui le conquièrent. Prends cette voie à ma suite, mon enfant, car il n'en est pas d'autre qui conduise au salut. »

Oh! qu'il est doux de converser avec Jésus! Vous devez le faire fréquemment : souvent, ainsi, à l'improviste, vous éprouverez intérieurement de touchantes et fortes inspirations qui vous éclaireront merveilleusement et vous rempliront d'ardeur pour la vertu.

Après vous être entretenu avec lui, vous préparerez un repas pour lui et ses disciples, heureux de pouvoir donner au Sauveur cette réfection. Invitez-les à prendre place à votre table, admirez avec quelle simplicité ses compagnons lui parlent, comme font entre eux les paysans. Puis mettez-vous aux pieds de Jésus, baisez encore ces pieds meurtris pour vous, contemplez-le, écoutez-le, et vous sentirez passer dans votre coeur des choses plus douces que le miel et que la langue ne peut traduire.

Par les chemins de Galilée.

Le lendemain, bien sûr, vous éprouverez le désir de ne plus le quitter : mettez-vous donc à genoux devant lui, et, comme lui-même vous y a invité, demandez-lui de pouvoir le suivre et le servir partout où il ira. Il vous répondra sans doute : « Mon enfant, veux-tu souffrir beaucoup de désagréments, de privations et d'avanies, alors viens avec moi, car telle est ma vie et celle de ceux qui me suivent. » Et vous direz : « Cher Seigneur, je ne vaux pas mieux que vous, et c'est avec bonheur que je souffrirai avec vous : votre douce présence me réconfortera toujours. » Et laissant votre maison et tout ce qui s'y trouve, vous suivrez Jésus.

Vous pourrez voir alors tout ce que votre Sauveur a enduré pour vous de peines et de fatigues, marchant, d'un bourg à l'autre, par des chemins pleins de cailloux et d'ornières, tantôt par une chaleur accablante, dans la poussière et le soleil brûlant, tantôt sous la pluie, glissant dans la boue qui colle à ses pieds, le soir, mendiant un gîte, n'ayant pas une pierre où reposer la tête. Hélas! doux Jésus, que votre pèlerinage est dur! Comment pourrai-je encore chercher le repos et le confort, quand je vois les souffrances, les fatigues, la misère que vous avez voulu subir par amour pour moi ?

Mais il ne pense pas à lui-même : uniquement soucieux de sauver ceux qu'il aime, il ne compte pas ses peines. Sitôt arrivé dans un village, il prêche aux habitants : « Faites pénitence, car le Royaume des cieux est proche. » Ecoutez avec respect et reconnaissance ces divins enseignements, et gravez particulièrement dans votre esprit cette leçon-ci : c'est par la pénitence que vous aurez accès au Royaume de Jésus, et ce Royaume est un Royaume de joie. Sachez-le bien, c'est au sein des plus grandes misères que Jésus nous fait surtout goûter sa douceur : quand vous partagez ses tristesses, c'est alors qu'il vous donne le plus de joie. C'est ce qu'éprouvent toutes les personnes pieuses : leurs pénitences paraissent très affligeantes aux hommes sen­ suels, et pourtant elles les introduisent dans un paradis de délices. Squffrez donc un peu avec Jésus si vous voulez vous réjouir avec lui, car, comme dit le poète, dulcia non meruit qui non gustavit amura, ce qui signifie : celui-là ne mérite pas la douceur qui n'a pas goûté l'amertume.

Peut-être alors vous prendra-t-il parfois à part pour vous dire : « Sois béni, mon enfant, pour la joie que tu me donnes. » Et vous sentirez vous-même une joie merveilleuse de pouvoir consoler votre Seigneur dans sa grande misère.

Naïm.

Mais voici qu'on approche du bourg appelé Naïm. Un convoi funèbre en sort : c'est le fils unique d'une veuve que l'on porte au cimetière. La pauvre mère suit en pleurant. A la vue' de sa douleur, le bon Sauveur est ému de compassion. Il lui dit : « Ne pleurez plus. » Et s'approchant, il touche le cercueil et dit : « Jeune homme, je te le commande, lève-toi. » a le mort se redresse et se met à parler, et Jésus le rend à sa mère.

O douce bonté du coeur de Jésus! Il ne sait pas voir pleurer cette pauvre veuve, la pitié l'étreint devant ces larmes, il veut qu'elle retrouve son fils : « Ne pleurez plus. » Douce parole! Ah! puissiez-vous l'entendre vous aussi et être consolé par lui! Oui, vous l'entendrez si vous savez écouter. Quand vous serez dans la peine, privé de toute consolation et renonçant aux compensations humaines, Jésus ne voudra pas que vous versiez des larmes de tristesse : c'est par des pleurs de joie qu'il les remplacera. A vous aussi il dira : « Ne pleure pas. » Et il vous donnera la plus douce des consolations : il se donnera lui-même à vous. Et quand vous aurez goûté sa divine douceur, toutes les consolations du monde vous sembleront de l'amer­ tume, vous ne voudrez plus que lui, et vous serez comblé.

Contemplation.

Continuez à le suivre avec les disciples, et vous éprouverez cette douceur. O aimable société! Oh! qu'ils étaient heureux — et comme vous pouvez l'être vous-même — de pouvoir toujours être près de l'ineffable Seigneur, contempler son visage, entendre sa voix suave qui les pénétrait jusqu'au fond du coeur et y éveillait l'amour! Quelle inexprimable joie de vivre dans la familiarité du Dieu-Amour fait homme! Aux âmes pures, bien sûr, quelques rayons se révélaient de cette divinité cachée; ce qu'il exprimait assez quand il disait à ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez! Je vous le dis, beaucoup de rois et de prophètes ont désiré voir ce que vous voyez, entendre ce que vous entendez, et cette joie ne leur a pas été donnée. »

Cela se produisit d'une façon sensible au Thabor, où les trois heureux Apôtres choisis purent voir la gloire de Jésus. Ceci, vous ne pouvez plus l'imaginer : seul l'Esprit-Saint peut ouvrir les yeux de l'homme sur de telles lumières. Mais il est un autre Thabor où vous pouvez monter et contempler Jésus dans la beauté de sa divinité. Thabor signifie pureté. Rappelez-vous ce qu'a dit Jésus : les coeurs purs verront Dieu.

Telle est la montagne que vous devez gravir avec Jésus : la montagne de la pureté, qui est celle de la sainte contemplation. Renoncez aux plaisirs inférieurs, travaillez à dégager votre coeur de toutes les choses créées, et, dans cette liberté et cet oubli de tout, ne pensez plus qu'à lui, demeurez avec lui par une prière continuelle : et il se manifestera, merveilleusement, à vous, dans une 'lumière divine, comme l'attestent tous les contemplatifs. Et vous aussi, vous crierez, comme saint Pierre : « Seigneur, il fait bon ici, dressons-y notre tente. » Et plus jamais vous ne voudrez d'autre plaisir.

Mais pour cela il faut persévérer dans la prière, comme lui nous en donne l'admirable exemple. Voyez, le soir est venu, les Apôtres se reposent, et lui, malgré la terrible fatigue du jour, il monte seul sur une montagne et, dans la nuit froide, se met en prière. Oh! qu'il était beau, le Fils de Dieu, dans son humble humanité, priant son Père pour les hommes! Demandez- lui de pouvoir parfois l'accompagner dans ces saintes veillées : le calme de la nuit est propice à la prière; et contemplez alors son céleste visage illuminé par l'amour : qui voit le Fils voit le Père, et avec lui vous monterez jusqu'à la contemplation de la divinité. Rien ne vous apprendra à prier comme de voir Jésus prier. Oh! certes, vous voudriez passer ainsi toute la nuit avec lui. Mais souvent il vous dira, comme aux Apôtres, qu'il est temps pour vous de prendre un repos qui est aussi un devoir. Soyez sage alors, comme un enfant que sa mère met au lit, sachez vous détacher d'un plaisir trop doux, et ne vous attristez pas : lui, qui sait lire dans votre coeur et qui jamais ne se lasse, priera à votre place, et il vous bénira.

La tristesse de Jésus.

C'est un jour de sabbat. Jésus est entré dans une synagogue pour` y enseigner le peuple. Et voici qu'on lui amène un homme dont la main droite était desséchée. Il y a là des scribes et des pharisiens qui l'épient, curieux de voir s'il va guérir cet homme, malgré la loi du sabbat, car ils cherchaient un prétexte pour l'accuser. Jésus, connaissant leurs pensées, dit à cet homme : « Lève-toi, et tiens-toi là », puis, se tournant vers eux : « Est-il permis de faire du bien le jour du sabbat ? » Et il guérit la main malade.

C'était la sagesse confondant leur imbécillité. Mais la haine les aveugle : ils vont se concerter avec les hérodiens pour trouver le moyen de le perdre.

Soyez présent à cette scène, assis dans la synagogue près de Jésus. Voyez le regard attristé qu'il promène sur ces pauvres égarés qui haïssent leur Sauveur. Plus il fait du bien, plus s'accroît cette haine diabolique, au point qu'ils veulent le faire mourir à cause de ce miracle. Tandis qu'ils tiennent conseil pour perpétrer ce forfait, il s'est simplement éloigné.

Suivez-le, plein de compassion, avec Madeleine dont le coeur semble transpercé. Baisez ses mains, tenez-les avec amour, dites-lui : « Maître, pourquoi fuyez-vous ? — Mon enfant, vous répondra-t-il, ils cherchent à me tuer. » Oh! comme cette parole, à moi aussi, me traverse le coeur! Doux Seigneur, comment est-il possible ? On vous en veut, on vous hait, vous la bonté, vous la douceur, vous l'amour! Comment peut-on vous haïr ? Oh! ils veulent vous faire mourir, vous mon amour, ma lumière et ma joie! Et, en pleurant, vous cacherez votre visage sur son coeur, et vous le tiendrez embrassé avec infiniment d'amour pour le consoler de sa grande tristesse.

LA PASSION - Béthanie : les adieux'.
Le Seigneur soupait, ce soir-là, avec ses disciples dans la maison de Marie et de Marthe. Pendant que sa Mère prenait son repas avec les autres femmes dans une pièce voisine, Madeleine, qui le servait, lui fit cette requête : « Maître, rappelez- vous que vous devez faire la pâque avec nous; je vous en prie, ne me refusez pas cette faveur. » Comme Jésus n'y acquiesçait pas, elle se retira gémissant, et, tout en larmes, alla trouver Notre-Dame, la suppliant d'intervenir elle-même et de le retenir pour la pâque.

Le repas fini, Jésus revint à sa Mère et s'assit avec elle à l'écart, la laissant jouir encore de cette présence qu'il devait bientôt lui ravir. Pendant qu'ils s'entretenaient ainsi, voici que Madeleine vient à eux et, s'asseyant à leurs pieds, elle dit : « Ma Dame, j'ai invité le Maître à faire ici la pâque, mais il semble décidé à aller la faire à Jérusalem. Il y tombera aux mains de ses ennemis... Je vous en prie, ne le permettez pas. » Alors Marie s'écrie : « Mon Fils, je t'en conjure, qu'il n'en soit pas ainsi! Faisons la pâque ici : tu sais que des embûches sont tendues pour s'emparer de toi. » Mais Jésus lui répond : « Mère chérie, c'est la volonté de mon Père que je fasse la pâque à Jérusalem, car le temps de la rédemption est arrivé. Voici que va s'accomplir ce qui a été écrit de moi, et que mes ennemis feront de moi ce qu'ils voudront. »

A ces mots, elles furent percées de douleur, car elles comprirent que c'était de sa mort qu'il parlait. Ayant à peine la force d'articuler ses paroles, sa Mère gémit : « O mon Fils, ce que tu me dis me bouleverse, et mon coeur m'abandonne... Que ton Père te garde, car je ne sais plus que dire... Je ne veux point m'opposer à sa volonté; mais... s'il lui plaisait de différer pour le moment, oh! demande-lui, je t'en prie, que nous fassions encore cette pâque avec nos amis. S'il voulait, il pourrait pourvoir autrement à la Rédemption... sans que tu doives mourir; car tout lui est possible. »

Oh! s'il nous était donné de voir Marie fondant en larmes en parlant ainsi, et Jésus pleurant lui-même en entendant ces paroles, et Madeleine, comme ivre de douleur, éclatant en sanglots, sans doute vous ne pourriez, vous non plus, contenir vos pleurs. Pensez en quel état elles pouvaient être en un tel entretien! Le Seigneur les consolait doucement, leur disant avec tendresse : « Ne pleurez pas : vous savez que je dois obéir à mon Père; mais ayez confiance : je reviendrai bientôt et je ressusciterai le troisième jour. Il faut donc que, selon la volonté de mon Père, je fasse la Cène sur la montagne de Sion. » Alors Madeleine reprit : « Puisque nous ne pouvons le retenir ici, allons donc, nous aussi, à notre maison de Jérusalem. Mais je crois que jamais elle n'a vu une pâque aussi amère. »
Jésus est triste jusqu'à la mort, et,  priant au Jardin des Oliviers, la une sueur de sang

Avant cette méditation, il faut relire dans l'Evangile le récit de ces heures douloureuses : l'angoisse et le dégoût qui saisissent l'âme sainte du Sauveur, la triple prière à Gethsémani, le sommeil des apôtres, l'agonie, la sueur de sang. O âme pieuse, ici commencent les faits qui, plus que tous, doivent susciter en vous l'amour et la compassion. Si vous aimez Jésus, votre coeur trouvera ici un amer aliment, il doit ici s'en­ flammer d'un feu ardent, être blessé d'un glaive de pitié et faire jaillir vos larmes. Rendez-vous donc présente au Jardin des Olives et considérez-y bien toutes choses. Inquiet du sort de ses chers disciples, le doux Seigneur leur a révélé qu'ils l'abandonneraient, le laissant seul dans l'épreuve, et, pour rabattre la présomption de Pierre, il lui a prédit sa chute. Maintenant, il lui reproche sa somnolence, comme pour dire : « Comment pourrais-tu mourir pour moi, si tu n'es pas capable de veiller une heure avec moi ? »

Oh! comme cela dut percer le cœur du doux Jésus, de trouver si peu de fidélité parmi les hommes! Après tant d'années passées sur terre à travailler pour eux, douze à peine lui étaient restés attachés jusqu'ici, et parmi ceux-là, un le trahissait et les autres dormaient au moment de son accablante épreuve. O âme, allez-vous, vous aussi, dormir ? Serez-vous, vous aussi, insensible, voyant votre Jésus aimé dans une si terrible angoisse ? Voyez comme il chancelle, défail­ lant, le visage tout pâle, disant d'une voix tremblante : « Mon âme est triste jusqu'à en mourir... » Oh! ces mots me traitspercent comme une lame acérée!

O mon Epoux, mon Bien-Aimé, comment vous voir sans pleurer dans ce misérable état ? Comment, sans fondre en larmes, vous entendre dire : « Mon âme est triste à en mourir » ? O amour, où es-tu ? Que vas-tu faire ? Jésus est triste jusqu'à la mort... O Jésus, mon Amour, serez-vous triste et l'amour ne le ressentira-t-il pas, lui qui est un avec vous ? Mais, ô mon Dieu et mon Tout, si vous qui êtes toute ma joie et le bonheur des anges, vous êtes vous-même dans l'affliction, qui va pouvoir vous consoler ?

— O âme, voulez-vous soulager le bon Jésus dans son accablement ? Ne l'abandonnez pas, vous, restez près de lui, veillez avec lui, soyez triste avec lui et pleurez si vous le pouvez. Tombez à ses pieds, baisez-les, puis prenez-le dans vos bras, le contemplant avec grande compassion, car son âme est noyée d'amertume et son coeur mortellement angoissé. Voyez, avec des yeux pleins de larmes, comment son angélique visage s'est soudain obscurci, comment ses doux yeux se sont remplis de tristesse, et dites-lui, avec de profonds soupirs : « Mon coeur se brise, , ô doux Jésus, de voir une telle souffrance sur votre cher visage.

O mon doux Ange, pourquoi êtes-vous triste ? Maître chéri, pourquoi êtes-vous angoissé, angoissé jusqu'à mourir ?... » Puis, quand la douleur arrêtera les paroles sur vos lèvres, continuez à le contempler de toute votre âme : et les regards navrés que parfois il lèvera sur vous vous per­ ceront le coeur de part en part. Pensez alors que Jésus vous prend par la main et vous dit : « Mon enfant aimé, ne m'abandonne pas en cette suprême épreuve. Car voici que commence mon amère Passion, et elle est bien plus affreuse dans mon âme que dans mon corps : mon Père m'a enlevé toute consolation, et il va me laisser, jusqu'au moment de ma mort, dans cette déréliction; et cela pour ton amour, mon enfant, pour expier tes fautes. Donne-moi ce récon­ fort de rester près de moi au milieu de mes peines, gardant tes yeux fixés sur moi avec une tremblante et fidèle attention. Tu ne pourrais rien faire qui adoucisse mieux ma souffrance que de me suivre en ma Passion avec un coeur pieux. Mais garde-toi bien de t'endormir par mollesse, tandis que je suis à ce combat, ou de me délaisser, vaincu par le chagrin, comme firent mes disciples, ou d'échanger la tristesse de ma Passion contre des satisfactions terrestres : car ceci serait faire comme Judas. » Voyez maintenant, ô âme, comme le doux Seigneur s'éloigne, seul, pour prier, et, tombant à genoux, son visage béni sur le sol, commence, avec beaucoup de soupirs et de larmes, à implorer son Père céleste : « Père, s'il est possible, et tout vous est possible, que ce calice s'éloigne de moi... « Souvent déjà, il a prié ici; mais alors il priait pour nous, comme notre Avocat, maintenant, il prie pour lui-même. Ayez grande compassion, étonnez-vous de son inconcevable humilité : voyez, il est à genoux, prosterné, suppliant, comme n'importe quel homme pécheur, comme s'il eût oublié qu'il est Dieu lui- même, aussi puissant et éternel que son Père qu'il prie.

« Considérez aussi sa merveilleuse obéissance. Car pourquoi prie-t-il ? Pour que la Passion et la mort lui soient épargnées : il le demande comme homme, parce que sa sensibilité humaine éprouvait l'horreur de la mort et le rendait tout angoissé. Et pourtant il n'est pas exaucé : son Père veut, inexorablement, qu'il meure, car il nous a tant aimés qu'il n'épargne pas même son Fils unique et le livre à la mort pour nous. Le doux Jésus reçoit avec respect cette sentence de son Père, disant : « Que votre volonté se fasse, et non pas la mienne. »

« Admirez cet ineffable amour et du Père et du Fils pour nous, à cause duquel le Père commande à son Fils de mourir et le Fils accepte la mort de tout coeur : c'est pour nous que l'arrêt de mort est prononcé, c'est pour notre amour qu'il est subi (4) . » Cependant, la détresse et l'angoisse ne cessaient de croître dans le coeur du doux Sauveur, lui faisant enfin une telle violence qu'il tomba en agonie et qu'une sueur de sang s'échappa de son corps, ruisselant jusqu'au sol : si bien qu'il serait mort en cet endroit si la Divinité ne l'avait fortifié et conservé en vie.

O âme aimante, si vraiment votre amour est profond, ceci doit vous déchirer le coeur. Allez donc avec un coeur meurtri auprès de votre Bien-Aimé, ne souffrez pas qu'il reste plus longtemps ainsi étendu, son très doux visage sur le sol, relevez-le avec infiniment d'amour et de respect. Contemplez avec pitié son visage chéri inondé de la sueur de sang, essuyez-le avec un linge blanc, et faites-le reposer sur vos bras, car la mort l'a déjà touché, et son âme est saturée d'horreur. Et restez ainsi avec lui, tandis que votre cœur chancelle et que les pleurs coulent de vos yeux. Ah! qui me donnera une fontaine de larmes pour pleurer jour et nuit, et mélanger mes larmes au sang de mon Jésus, et mêler mes soupirs au martyre de son Coeur ? Jésus, mon Bien-Aimé, ah! que ne puis-je éprouver moi-même l'angoisse qui vous étreint, et mourir ici dans vos bras ? Que ne puis-je payer de larmes de sang votre sueur de sang! Oh! si l'ardeur de mon amour pouvait étreindre mon coeur autant que la douleur a oppressé le vôtre! Pourtant cette violence de 'l'amour me serait douce, alors que celle de la souffrance, hélas! vous a été cruellement amère... O Jésus, comme vos vêtements sont mouillés de cette terrible sueur! Il me semble que je le sens sur moi. Hélas! innocent Agneau, où vous ont conduit mes péchés! Quelle tristesse vous ont value mes coupables satisfac tions! Et comme j'ai écrasé votre Coeur d'avoir voulu, sans règle, jouir d'une liberté mauvaise!

Cependant, le doux Seigneur se lève pour son dernier voyage : il va à ses disciples et leur dit : « Dormez maintenant et reposez- vous. » Et tandis qu'ils sommeillent, lui, bon Pasteur, se dépense à la garde de son petit troupeau. O amour admirable! Vraiment, il a aimé les siens jusqu'à la fin, puisque, dans l'accablement de cette agonie, il veille encore sur leur repos.

Pourtant, il voyait déjà de loin ses ennemis qui venaient avec des torches, des bâtons et des armes; mais il n'éveilla ses disciples que lorsqu'ils furent tout proches, et alors seulement il leur dit : « Vous avez assez dormi maintenant, levez-vous, car voici que celui qui doit me trahir approche. »

Les larmes de Marie-Madeleine.

C'est au Calvaire. Jésus, crucifié, achève son terrible combat. Au pied de la croix, Marie, Jean et Madeleine, les trois fidèles, sanglotent silencieusement.

Considérons un peu maintenant cette chère amante de Jésus, Marie-Madeleine : le coeur déchiré d'amour et de compassion, elle est abîmée dans ses larmes. Elle est tombée à genoux et, d'un indicible élan, a embrassé la croix; immobile, comme privée de sens, elle baise éperdument les pieds divins percés, au contact desquels elle a reçu tant de grâces et les arrose des larmes qui coulent de ses yeux comme de deux fontaines. L'amour et la douleur lui étreignent le coeur avec une telle violence qu'il semble se briser. O Jésus, votre amour est un tourment suave, mais quand il est mêlé à une si immense tristesse, il devient une mer d'amertume.

Oh! comme la sainte pécheresse appuie ses lèvres sur les chers pieds douloureux : sa bouche est toute tachée du sang qui en découle. Oh! ce grand clou qui les transperce... il lui emplit les yeux de larmes et la gorge de sanglots; elle essaye de l'arracher et, n'y pouvant parvenir, elle défaille de douleur. Ce clou lui tra­ verse le coeur, le brûlant d'une inexprimable souffrance. « Mon doux Maître! gémit-elle, mon bien-aimé Seigneur!... » Mais son coeur oppressé l'empêche d'en dire plus. Elle lève la tête, mais ses yeux brouillés de larmes ne voient plus. Elle veut parler à son Bien-Aimé : « 0 mon... » Mais les sanglots brisent sa parole : elle n'exhale plus que des soupirs et des gémissements, et son amour blessé et sa tumultueuse souffrance refoulent le reste au fond de son coeur.

O âme pieuse, contemplez bien ce déchirant spectacle, et, vous aussi, il vous fera fondre en larmes, car il ferait pleurer des pierres. Mais que ferez-vous dans votre amour ? Vous ne pouvez ici partager avec Madeleine comme vous pouviez le faire chez Simon le pharisien, car les déux pieds divins sont cloués ensemble; et on la tirerait avec des chevaux qu'on ne parviendrait pas à l'en détacher. Mais agenouillez-vous près d'elle et, saintement jaloux de son amour, laissez votre coeur aussi se blesser, et que vos larmes et vos gémissements se mêlent aux siens.

Complainte de la mort de Jésus.

Mais qui dira ce qui se passait dans l'âme de Marie, tandis qu'elle voyait son Fils béni s'affaiblir peu à peu dans ces tortures, languir, pleurer et enfin expirer ? Je crois que, noyée, engloutie dans sa douleur, elle restait privée de sens et comme morte. Près d'elle, ses deux soeurs, Jean et Madeleine. étaient là, consternés, regardant, immobiles, le Seigneur mort sur la croix et pleurant sans remède.

Avec eux, contemplez votre Jésus sans vie. Hélas! qu'est devenue sa beauté ? Ses doux yeux, obscurcis, se sont fermés, ses joues sont creusées, ses lèvres bleuies, tout son visage est envahi par la pâleur de la mort. Oh! coulez donc, mes larmes, ne cessez plus de couler, pour pleurer toute ma vie la mort de mon Amour! Les anges eux-mêmes pleurent à ce spectacle, et moi, je ne pleurerais pas ? Le soleil s'est voilé, endeuillé, et je ne serais pas dans le deuil ? La terre tremble, les pierres se fendent, toutes les créatures sont bouleversées par la mort de leur Auteur, et seul je resterais insensible ? Ah! ce sont des larmes de sang que je devrais répandre, voyant que mon Sauveur a lutté pour moi jusqu'à la mort et, pour moi, a donné son sang jusqu'à la dernière goutte.

O âme, regardez longuement votre Bien-Aimé : de 'la tête aux pieds, tous ses membres ont enduré d'affreux tourments. Oh! que de douleurs, d'avanies, de mépris, d'injures il a dû subir avant de quitter ce monde par une mort cruelle et infamante! Hélas! Le voici sans vie, Celui qui donne vie à tous les êtres, le Fils de Dieu, pend, inerte, la tête baissée! O Jésus, mon Amour, qui pour m'avoir aimé avez voulu connaître l'amertume de la mort, vers vous crie mon coeur en deuil, vers vous crient mes soupirs et mon amour blessé, vers vous montent tous mes désirs. Ah! que dirai-je de plus ? Mon Jésus, ma joie, ma dou­ ceur, mon espérance, est mort... Hélas! Jésus est mort! et je ne puis plus que pleurer.

Les écrivains franciscains, en fidèles disciples du séraphique François, ont montré une prédilection pour ce thème de la Passion. Avec l'amour de la pauvreté, la dévotion à Jésus souffrant est le trait le plus caractéristique de cet amant du Christ. Nul doute que ce fervent attachement au Sauveur crucifié n'ait été un des plus puissants facteurs de son admirable sainteté et de sa conformité au Christ.

Ceux qui veulent marcher sur ses traces doivent s'efforcer de l'imiter dans cette sanctifiante dévotion : aucune n'est plus capable de les con­ firmer à la fois dans l'amour et dans l'abnégation : elle est au centre de la piété chrétienne.

Un de ceux qui ont le plus éloquemment parlé de la Passion est Jacques de Milan , dans son Aiguillon de l'amour, qu'on a longtemps placé parmi les œuvres de saint Bonaventure. En voici quelques extraits, à la suite desquels on trouvera sa belle prière Transfige, que l'Eglise a insérée dans l'action de grâces du prêtre après la messe.

 
P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise
Menu-Pere-Martial-Lekeux-Voie-raccourcie-de-L-amour-divin.html
 
       

Pour lire les tweets du Pape François

cliquer sur ce logo

ou

Menu-Pape-Francois-L-Ensemble-des-tweets-du-jour.html


En tout temps vous pouvez revenir à la page Menu Principale
 
 
  index.html dchristiaenssens@hotmail.com  
 
Comme le papillon allez maintenant à vôtre tour porter la Bonne Nouvelle de Dieu et faire aussi connaître mon site merci beaucoup.