P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

LES EXERCICES DE LA " VOIE MYSTIQUE " 1-B

LES CHEMINS DE L'AMOUR FERVENTLes chemins de l'amour fervent. -2- b) Dieu reconnue dans son amour :Diègo d’Estella : Que toutes les créatures nous invitent
et nous conduisent à l’amour de Dieu Diègo d’Estalla : Que nous devons aimer Dieu parce qu’il nous aime


 

QUE TOUTES LES CRÉATURES NOUS INVITENT ET  NOUS CONDUISENT A L'AMOUR DE DIEU
par Diégo d'Estella    (Méditations de l'amour de Dieu, ch. I - II)


Toutes vos créatures, Seigneur, me disent de vous aimer; chacune est une langue qui publie votre grandeur et votre bonté. La beauté des cieux, la splendeur du soleil, le scintillement des étoiles, les mouvements des eaux, la verdure des campagnes, l'infinie diversité des jolies fleurs qui émaillent les prés, tout ce qu'ont formé vos mains très saintes, ô mon Dieu tout aimable, me dit de vous aimer. Tout ce que je vois m'accuse si j'y manque; je ne puis rien entendre qui ne soit un héraut de votre bonté : tout ce que vous avez fait m'annonce qui vous êtes.

Toutes les créatures nous prêchent l'amour du Créateur, plus encore que les dons qu'elles en ont reçus. Quand l'Ecriture, parlant de la création du monde, dit que l'Esprit du Seigneur était porté sur les eaux, c'est pour nous faire comprendre que, comme l'artiste penche avec ferveur sa pensée sur la matière à façonner pour en tirer une statue parfaite, ainsi l'Esprit divin s'appliquait dès lors à marquer toutes les créatures de cet amour qui les soutient et les gouverne par des lois pleines de douceur.

Tout cela est issu d'une source vive d'amour; tout ce qui subsiste est saturé d'amour : en sorte que, si notre âme n'était aveuglée par les passions et le souci d'elle-même, la première chose qu'elle découvrirait en tout ce qu'elle voit serait l'amour du Créateur. C'est ainsi, Seigneur, que vos saints, par un art plus subtil que celui qui tire du feu de la pierre, font jaillir de toutes les créatures, si infimes qu'elles soient, des étincelles de votre amour.

Car si la terre me sert et me nourrit de ses fruits, c'est que ce saint amour l'y a ordonnée en la créant; si l'air me rafraîchit et me garde en vie, c'est que l'amour lui en a fait le commandement; si l'eau me désaltère, me donne ses poissons et retourne à la mer pour y recommencer son cycle, tout cela ne s'exécute que pour accomplir le précepte de l'amour. Si le feu produit la chaleur, si le ciel rayonne sa lumière, si des forces inconnues forment les métaux divers dans le sein du sol, tout cela ne se fait que pour le service de l'homme, pour la satisfaction de cet unique ami que notre Dieu a voulu établir sur la terre, poussé par le penchant de son amour infini.

Que sont, Seigneur, les éléments, les plantes, les animaux, la chaleur, la lumière, sinon des dons que vous me faites pour allumer une flamme dans mon coeur et le disposer à mieux vous aimer ? Que sont le soleil et la lune, le ciel et la terre, sinon des joyaux précieux qui nous viennent de votre main pour nous faire connaître quel est votre amour et votre attachement pour nous ?

Chaque matin, mon âme, tu trouveras à ton lever l'univers à la porte de ta maison; les oiseaux, les animaux, les champs et les cieux qui t'attendent pour te servir, afin que tu payes pour eux tous l'hommage d'un amour libre que seule tu dois rendre à leur Créateur et au tien. Toutes choses te conduisent à l'amour de ton Dieu et te sollicitent à le servir. Le cri immense de toutes les créatures t'invite à l'amour du Créateur; et c'est avec des voix claires et manifestes qu'elles publient sa beauté et sa gloire.

Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament publie les ouvrages de ses mains. Par leur silence, ils proclament votre grandeur, Seigneur. Et ils nous disent assez quelle sera la demeure des élus, puisque déjà à nos yeux mortels vous laissez voir tant de beautés. Que vous êtes opulent et magnifique, ô mon Dieu, pour nous donner des lampes si précieuses! Et de quel dessein a pu sortir un ouvrage si grandiose et si splendide ? O mon coeur pesant, est-il possible d'être à ce point attaché à la terre que le désir de la beauté ne t'emporte vers les demeures célestes ?

Que si je me tourne vers l'homme, qui est un monde en raccourci, et que j'arrête mon regard sur moi-même, c'est encore là, Seigneur, que je trouve le plus de motifs de vous aimer, puisque vous n'avez créé le reste que pour moi. « Je reconnais en moi, dit le Psalmiste, une science admirable qui me vient de vous, ô mon Dieu; et, réfléchissant sur moi-même, je m'élève à la connaissance de votre sublime sagesse. » Ce sont ces hautes pensées qui poussaient Isaïe à crier aux hommes : « Revenez à vous, pécheurs, rentrez en vous-mêmes : et vous connaîtrez qui est votre Dieu, quelles sont ses perfections; et combien il mérite d'être aimé. »

Comme la flèche ne s'arrête pas en l'air et file jusqu'à son but, ainsi notre pensée ne doit pas s'arrêter aux choses de la terre, mais doit aller jusqu'à vous, mon Dieu, qui êtes leur terme.

Celui que n'éclaire pas la splendeur des créatures est un aveugle, celui qui ne s'éveille pas à une si haute clameur est véritablement sourd, celui qui ne loue pas Dieu parmi tant de bienfaits est un muet coupable; et celui-là est insensé qui, devant tant d'indices, ne reconnaît pas le premier Principe et le motif pour lequel il a tout créé.

Ouvre donc tes yeux, tes oreilles et tes lèvres, homme mortel, et élève ton esprit vers ton Dieu, si bien qu'en toutes ses créatures tu le voies, l'entendes, l'aimes et le loues, de peur que l'univers entier ne se lève contre toi pour t'accuser d'avoir failli à ta mission. Puisses-tu chanter avec le Prophète : « Vous m'avez ravi de joie, Seigneur, à la vue de vos oeuvres! »

Cet épanchement de l'amour divin dans la création serait certes à lui seul un motif suffisant pour nous provoquer à aimer en retour Celui de qui nous tenons tout et qui a tout créé pour nous, alors qu'il n'avait besoin de personne ni de rien.

Mais l'amour de Dieu revêt une autre forme, plus personnelle, plus touchante, qui n'est plus seulement de la bonté et de la munificence, mais, dans toute la force du terme cette fois, de l'amour : l'amour du père pour son enfant, de l'ami pour son ami, un amour de tendresse, qui s'adresse directement à chacun de nous, et qui a porté Notre-Seigneur à de bouleversantes démarches.

C'est celui-là surtout que nous devons nous étudier à comprendre, car c'est par lui qu'il est merveilleusement évident que Dieu est amour; c'est de lui que nous devons nous pénétrer si nous voulons que notre coeur s'émeuve et que notre froideur se transforme en ferveur, car. c'est ici surtout que se vérifie la loi de tous les attachements réciproques : l'amour appelle l'amour.

QUE NOUS DEVONS AIMER DIEU PARCE QU'IL NOUS AIME   (Ibid., ch. xi, XII, mn)
DIEU NOUS AIME D'UN IMMENSE ET INDÉFECTIBLE AMOUR

Si tant de motifs, ô mon Dieu, n'étaient pas suffisants pour émouvoir mon coeur et le porter jour et nuit à brûler de votre saint amour, la tendresse excessive que vous avez pour moi devrait du moins me réveiller et me pousser à vous aimer pour reconnaître et payer de retour, autant qu'il est en moi, cet immense et éternel amour.

Il n'est rien qui engage davantage à aimer que l'amour lui-même : nous aimons ceux qui nous aiment; si même ils ne le méritent pas, nous sommes portés cependant à les aimer, uniquement parce qu'ils nous aiment. Où trouvera-t-on un homme si insensible qui ne se sente pas incliné vers celui qui lui montre de l'affection ? Et pourtant, Seigneur, les hommes insensés refusent d'en user de même envers vous, qui, étant ce que vous êtes, les avez aimés si tendrement, avec un tel excès que vous vous êtes donné vous-même pour prix de leur salut! S'il est, donc vrai qu'un amour ne puisse se payer que par un autre amour, il est bien juste, Seigneur, que je vous chérisse, que je brûle pour vous d'une ardeur qui m'embrase de ses flammes, ô vous qui m'aimez d'un amour infini et d'une ardeur démesurée. Que si, mon âme, tu pouvais douter de l'amour de ton Dieu, regarde donc les témoignages qu'il t'en donne : ils sont si étonnants, si merveilleux que tu ne sauras tenir contre tant de marques d'amour. La Croix le montre éloquemment; les clous et les épines, les douleurs et les plaies, les ignominies et les humiliations, les fouets et les ruisseaux de sang en sont d'évidents témoignages; et la mort cruelle qu'il a soufferte pour toi en est une preuve incontestable et éclatante. Ces terribles tourments lui paraissaient peu de chose au regard de l'indicible tendresse qui le brûlait pour toi; et s'il eût été possible, il aurait voulu souffrir plus encore pour te prouver la profondeur de son amour. C'est ce qu'il te dit sur la croix, quand il s'écrie qu'il a soif. Il paraît altéré de souffrance aux derniers moments de sa vie; rassasié de l'amour dont son Coeur déborde, il a soif d'en donner des preuves et d'en voir les effets. Ah! mon âme, si tu restes froide pour un Amant si parfait, tu te montres plus dure, plus insensible que les pierres, qui, tu le sais, se brisèrent devant l'amour du Rédempteur. Apprends donc d'elles à aimer ton Sauveur, et rougis en voyant les rochers faire l'office des hommes. Ce que vous nous avez donné de plus précieux, ô mon Dieu, ce que nous avons reçu de meilleur parmi tant de bienfaits dont vous nous avez comme accablés, c'est l'amour. Votre amour pour l'homme est un don intérieur et secret, c'est une grâce du coeur toute singulière qui surpasse tous les présents.

Il est l'origine et le fondement de tous vos bienfaits, de toutes les grâces que nous avons reçues de vos mains. Et l'incompréhensible profusion de vos dons ne fait que témoigner quel est votre amour pour nous et jusqu'à quel excès et quelles extrémités il est capable de se porter. Si parfait est cet amour que vous tirez notre bien des châtiments mêmes que vous nous envoyez, nous incitant par là à mieux nous connaître, à nous humilier, à nous corriger et à devenir meilleurs : ce que vous cherchez, c'est de nous détourner du mal et de nous porter au bien. Ainsi, Seigneur, vous aimez en moi non seulement ce qui vient de vous, mais encore ce qui vient de moi et de mon libre arbitre, s'il s'y trouve quelque chose de bon; vous aimez les créatures que vous avez formées, et vous persistez à les aimer malgré l'horreur que vous avez de leurs péchés, qui ne procèdent que de leur malice et du dérèglement de cette liberté que vous leur aviez donnée. S'il était possible, vous châtieriez les péchés des damnés sans châtier leur personne, tant il est vrai que vous aimez la nature humaine d'un indéfectible amour. C'est ainsi, ô mon Dieu, que votre amour persévère, immuable, aimant toujours la créature, que vous avez faite bonne en la formant. La prédestination de vos élus est un effet de votre amour. La création du ciel et de la terre et la production de tous les êtres ont le même principe et viennent de la même source. Et comme vous voulez que nous vous imitions en toutes choses, vous exigez, en conséquence, que tout ce qui procède de nous soit tout brûlant d'amour. Vous dédaignez nos dons, vous rejetez nos offrandes, le culte et les services que nous vous rendons, si vous ne les voyez animés par l'amour : car celui qui vous présente des oeuvres, de l'or ou de l'argent, ne vous offre que des choses extérieures; mais celui qui vous aime se donne lui-même à vous. Vous nous dites, doux Sauveur, que vous nous aimez comme votre Père vous aime. En effet, Seigneur, comme votre Père vous aime par grâce, quant à la nature humaine dont vous vous êtes revêtu, vous nous aimez aussi par grâce, sans que nous l'ayons mérité.

Comment donc, ô mon âme, pourrais-tu ne pas aimer Celui qui t'aime d'un amour si tendre et si gratuit ? Que si maintenant cela te paraît difficile, sois certaine que quand tu auras une fois commencé à l'aimer, tu y trouveras tant de charme et de délices, que tu éprouveras plus de peine à être privée d'un plaisir si doux que tu n'en auras ressenti à rompre avec le monde pour l'amour de Jésus ton Epoux.

DIEU NOUS A AIMÉS LE PREMIER

!Voulant être aimé de nous, ô mon Dieu, vous nous avez aimés le premier, afin qu'ainsi prévenus de vos grâces, nous ne puissions nous dispenser de vous aimer en retour. Vous ne pouviez, Seigneur, trouver de meilleur moyen de vous faire aimer, que d'aimer le premier ceux dont vous vouliez l'amour.

Vous nous avez aimés le premier, dit saint Jean. Sans rappeler que votre amour est infini et ne peut être égalé par le nôtre, il nous est si glorieux que vous nous ayez aimés le premier, c'est une faveur si précieuse, une marque d'amour si admirable, qu'il nous est impossible d'y répondre dignement. David ne put jamais payer le premier amour dont il fut prévenu par Jonathas. L'amour, chez celui-ci, fut si grand et si généreux qu'il le fit dépouiller de ses habits pour en revêtir son ami, auquel il donna jusqu'à son arc et son épée pour lui prouver la violence de son amour. Aussi David fut-il si touché d'une telle tendresse qu'à son tour il aima Jonathas comme sa propre vie. Vous êtes, ô mon Dieu, plein de douceur et d'amour pour tous les hommes; vous ne congédiez personne, vous ne dédaignez, vous ne rejetez qui que ce soit; vous courez après ceux qui vous fuient, vous cherchez sans vous lasser ceux qui vous offensent et, d'une voix pleine de douceur, vous les appelez pour les ramener à vous; vous pardonnez dès qu'on se repent, vous recevez dès qu'on revient, et vous attendez jusqu'à la fin ceux qui, de jour en jour, diffèrent la pénitence. Vous remettez dans le bon chemin celui qui s'est égaré, vous invitez au banquet et pressez celui qui refuse de s'y rendre, vous encouragez le paresseux, vous embrassez tendrement celui qui vient à vous, vous consolez celui qui pleure, vous relevez celui qui est tombé, vous ouvrez la porte à celui qui frappe. Il est admirable, ô mon Dieu, que le pécheur qui vous a abandonné, vous la bonté infinie et le souverain bien, ne trouvant aucun repos en rien de ce qu'il aime, se voie réduit à revenir à Celui qu'il a offensé et ne trouve d'autre remède à ses maux. Il ne peut vivre sans vous, mon Dieu, et lorsqu'il vous a abandonné, la nécessité le contraint de retourner à vous comme à son unique recours. Seigneur très doux, vous nous aimez avec un tel excès que, pour gagner notre coeur, vous avez pris sur vous toutes nos douleurs, vous vous êtes chargé de nos infirmités, vous vous en êtes revêtu, vous avez fait avec nous un échange étonnant, nous livrant tous vos biens et prenant tous nos maux. Vous pleurez pour nous donner la joie, vous jeûnez pour que nous mangions, vous travaillez pour nous procurer le repos. Vous vous faites pauvre pour nous enrichir, et vous mourez pour nous rendre la vie.

Nous vous avons couvert de notre infirmité, et vous, nous revêtant de votre force, vous nous avez donné le salut. « Le véritable ami aime en tout temps, dit le Sage, et c'est dans l'adversité qu'on le reconnaît. » O mon véritable Ami, vous m'avez aimé, vous, en tout temps, dans l'affliction comme dans la joie, dans la disgrâce comme dans le succès. Dans le temps même que nous méritons le moins d'être aimés, c'est alors que vous faites les plus généreux efforts pour nous manifester votre amour. Vous prêchiez plus souvent à Capharnaüm et y faisiez plus de miracles que dans les autres villes, pour que votre compatissant amour brillât d'autant plus dans cette ville pleine d'usure et de vices qu'elle était plus indigne de votre préférence : où abondait le péché, la grâce surabon­ dait. Qui donc n'aimerait un Seigneur si doux et si bienfaisant ? Un Dieu qui ne dédaigne pas d'aimer là où il est moins aimé ? Est-il un coeur si corrompu qui puisse encore désespérer de sa miséricorde ? Est-il un coeur assez dur pour ne pas s'attendrir en présence d'un Amant dont rien ne décourage l'amour et qui nous chérit avec d'autant plus d'ardeur que nous devenons plus mauvais ? L'Evangéliste saint Luc, rapportant que le Sauveur se retira dans le jardin de Gethsémani, la nuit qui précéda sa Passion, dit qu'il s'écarta de ses disciples pour prier et s'éloigna de la distance d'un jet de pierre. Mais nous devons remarquer qu'il se sert en cette occasion d'une expression extraordinaire : auul­sus est ab eis, qui signifie : « Il s'arracha à eux », comme on dirait d'un arbre qu'on arrache violemment avec la terre et les racines. Votre âme, doux Seigneur, était unie aux vôtres d'une si étroite affection que quand il fallut vous séparer d'eux, ce fut comme si l'on vous eût déchiré le coeur. O indicible amour de mon divin Sauveur, qui ne peut supporter sans une cruelle souffrance l'éloignement de ceux qu'il aime, même pour peu de temps et à la distance d'un jet de pierre! Et toi, mon âme, tu demeures, hélas! si longtemps séparée de lui, et tu ne ressens rien, et tu ne t'en aperçois même pas! Oh! c'est là un grand défaut d'amour, tu n'oserais le nier. Quelle différence entre son amour et le tien! Dieu est amour, dit saint Jean; il est doux, amoureux et ten­dre; il lui est naturel de nous aimer, parce que nous sommes l'ouvrage de ses mains; et qui n'aimerait son propre ouvrage ?

Mais aussi est-ce avec grande justice qu'il exige que nous l'aimions de tout notre coeur et de toutes nos forces, puisque nous sommes ses créatures. Il veut que, seul à seul, nous lui prêtions serment de fidélité : c'est à lui seul que nous devons notre affection, tout notre amour et toute notre tendresse. O suave commandement! O douceur du saint amour! Quel délice est égal à celui de vous aimer, divin Ami qui m'avez aimé le premier! Ah! votre favori, le disciple bien-aimé, a bien trouvé votre nom quand il a dit : « Dieu est amour, et celui qui reste dans l'amour demeure en Dieu et Dieu en lui. » O admirable société! ô échange inouï ! Echange d'un profit infini et au-dessus de tout prix, puisque, étant ce que je suis, vous vous mettez, Seigneur très-haut, en échange avec moi, puisque dès que je vous aime vous m'aimez aussi, vous vous donnez à moi quand je me donne à vous, et vous payez ainsi mon amour par le vôtre

L'AMOUR DE DIEU EST ÉTERNEL ET SANS REPENTANCE

Mais vous n'avez pas attendu que je vous aime, Seigneur, pour me donner votre divin amour. Vous m'avez aimé de toute éternité, et votre amour a précédé ma naissance et mon être : c'est lui-même qui a présidé à ma création.

Vous connaissez toutes choses en vous-même, ô mon Dieu, il n'est pas nécessaire qu'elles soient faites pour être connues de vous, et vous n'attendez pas qu'elles agissent pour savoir ce qu'elles font et feront. Elles sont nouvelles à nos yeux, mais éternelles aux vôtres : c'est pourquoi votre amour est lui aussi éternel, de même que votre miséricorde. Dans votre éternité vous avez connu parfaitement nos misères et nos péchés, vous nous avez vus déchus, mauvais et malheureux, méritant d'être damnés; et vous avez eu pitié de nous, vous avez voulu nous secourir, nous aider, nous donner votre grâce pour nous guérir de nos maux, nous rendre la vie et nous conduire au bonheur. Pour ingrats et pervers que vous nous ayez connus, ô mon Dieu, jamais vous ne vous êtes repenti de nous avoir fait du bien, jamais vous ne nous avez retiré votre miséricorde, parce que vos dons sont sans repentance et vos promesses fidèles pour l'éternité. Vois donc, mon âme, combien tu es obligée d'aimer Celui qui t'a aimée si longtemps avant que tu ne puisses l'aimer. Mesure ces deux instants, l'un celui de ta naissance, l'autre au fond de l'éternité de Dieu, qui t'aime dès lors : compare, et tu te trouveras vaincue. Ah! puisses-tu l'être, vaincue sous la puissance d'un tel vainqueur! Seigneur, il y a peu de jours que je suis en ce monde, et je les ai passés dans l'oisiveté, et, ce qui est pire, j'en ai abusé, vous offensant de mille façons. J'ai souvent résolu de vous aimer, puis je vous ai délaissé; parfois j'ai commencé à vous servir, et l'instant d'après je suis retombé dans mes dérèglements : les anges en sont témoins, aussi bien que mon coeur et que les créatures. Ah! quelle honte! Et que cette confusion me serait salutaire si j'y réfléchissais pour mon bien! Quand est-ce, mon Dieu, que vous avez été sans m'aimer et sans me connaître ? Avez-vous attendu l'heure de ma naissance pour me vouloir du bien ? La laideur de mes péchés a-t-elle empêché votre radieuse beauté de s'attacher à moi et votre ineffable bonté de m'envelopper de votre tendresse ? Non certes, Seigneur, car vous m'avez aimé de toute éternité sans vous être jamais rebuté de mon indignité. O mon Dieu, mon doux Sauveur, bonté infinie, amour éternel, unique salut des hommes, je ne vous ai connu que plusieurs années après avoir reçu la vie; et quand, dans votre miséricorde, vous vous êtes fait connaître à moi dans la suite et que, pour m'attacher à vous, vous m'avez attiré par le charme de votre beauté et de votre bonté, je vous ai abandonné; et, cessant de vous aimer, vous le Bien infini, la gloire des bienheureux, la beauté qui ravit les anges, j'ai mis mon amour dans de viles et corruptibles créatures; prenant mon plaisir en des choses que vous-même m'aviez données pour ma joie et pour me porter à vous, je vous ai oublié pour m'arrêter en elles. Votre bonté, Seigneur, et ma méchanceté luttent et se combat­ tent entre elles. Plus vous me montrez d'attention et de générosité, plus vous me trouvez dur, ingrat et froid; et pourtant une conduite si indigne n'a jamais pu dessécher votre amour; et comme l'amour ne peut rester oisif, vous persistez à me combler de biens, à être inquiet de moi, à vous ingénier à me plaire, à m'aider de vos grâces, à me promettre le ciel si je veux être fidèle.

0 Dieu, bonté, amour infini, comment ne consentirais-je à vous aimer, me voyant ainsi prévenu de votre amour, voyant que vous avez été le premier à m'aimer et à me rechercher, que vous m'avez donné de telles marques d'un amour si profond que rien ne parvient à le lasser ? Ah! que la violence de cet éternel amour attire enfin à lui toutes les forces de mon âme et de mes sens et les assujettisse sous votre joug suave. Entraînez-moi après vous, que je coure à l'odeur de vos parfums et que je vous suive fidèlement partout où vous irez, ô vous le seul Amour, qui m'avez toujours aimé.

c) Contemplation du Christ.

Parmi les motifs qui doivent nous porter à aimer Dieu, Diégo d'Estella donne comme facteur décisif l'Incarnation, l'amabilité touchante du Dieu fait homme, l'étonnante générosité du Christ, ses souffrances, son sacrifice, sa mort consentie pour nous sauver.

Si excessif qu'il semble, c'est un trait qui eût manqué à l'amour de notre Dieu : cet amour ne peut qu'être parfait et s'adapter en perfection à son dessein, qui est de nous porter à l'aimer en retour. Or il est trop sublime, trop divin pour nos coeurs d'hommes; il nous fallait un Dieu qui fût notre semblable. On sait avec quelle insistance la doctrine franciscaine met le Christ au centre de toute l'économie de la création : Dieu a voulu une créature qui l'aimerait en perfection, il a voulu le Christ avant toute chose, si bien que l'Incarnation aurait eu lieu indépendamment du péché de l'homme et de toute rédemption. Nous rejoignons cette conclusion par une considération analogue partant non plus de Dieu mais de nous : nous avions besoin de voir Dieu sous un aspect qui nous rendît l'amour facile : et à ce titre aussi on peut croire qu'il se serait fait homme si même nous n'avions pas péché, uniquement pour s'accommoder à notre condition et se faire aimer : tout simplement pour se rendre aimable à nos yeux. Désormais, c'est Jésus qui est la voie normale pour accéder à Dieu. Tout converge vers lui, il est l'alpha et l'oméga, la voie, la vérité, la vie. Le christianisme, c'est cela : plus qu'une doctrine et qu'une morale, il est essentiellement le culte, l'amour, l'adoration de la Personne sacrée, divine et humaine, de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Si vous voulez mettre en valeur cette grâce des grâces et lui faire rendre en vous son effet, qui est d'engager votre coeur à l'amour, c'est vers lui qu'il faut vous tourner; c'est par la contemplation du Christ Jésus, de sa beauté, de son amour, de ses souffrances, de ses mystères ineffables, que vous parviendrez, mieux que par tout autre moyen, à réveiller votre coeur pour lui faire prendre le rythme de l'amour. Or, c'est par l'Evangile que nous le connaissons : c'est !à que nous apprenons quel il était, comment il a vécu parmi nous, quels étaient ses sentiments et ses pensées — et quels ils sont encore — et à quels divins excès son amour l'a porté. L'Evangile est la source de cet amour nouveau, de cet amour chrétien, inconnu aux hommes de la loi ancienne. Il y a différentes façons de lire l'Evangile : on peut en faire une étude scientifique, ou y rechercher les enseignements du Maître, ou enfin y chercher Jésus lui-même, afin de mieux le connaître et, par là, de mieux l'aimer : lire l'Evangile comme l'histoire terrestre de notre Dieu-Sauveur. C'est cette dernière façon qui sera la nôtre ici : c'est sur la Personne même de Jésus que te concentrera notre attention et notre pieuse méditation, pour susciter l'amour dans notre coeur. Rien ne nous y aidera mieux que ce commerce familier avec lui. Car il ne faut pas seulement lire ces pages sacrées, pas seulement les penser, mais les vivre, avec lui, nous transporter en esprit parmi ces événements et y être présents, sachant que pour lui ils sont toujours actuels, chacun d'ailleurs devant bien se convaincre que dès ce temps- là Jésus le connaissait, pensait à lui, et que c'est pour lui personnellement qu'il a fait tout cela. Les auteurs franciscains affectionnent cette forme de dévotion à l'exemple de leur Père séraphique, et reviennent sans cesse à la contemplation du Christ, de sa vie et de sa Passion.

Deux ouvrages sont particulièrement intéressants — et bienfaisants — dans ce domaine : d'abord les célèbres Méditations de la vie du Christ (11) qui furent un des livres de chevet des chrétiens du moyen âge, puis un écrit qui n'est guère connu qu'en Flandre, Le pèlerinage de Jésus-Christ de François Cauwe (12). Celui-ci s'inspire du premier, dont il reproduit de longs passages, mais il est moins didactique, plus uniquement centré sur le Christ lui-même, le ton est plus affectif, plus simple aussi et plus familier : il arrive au bon franciscain de manquer un peu de goût, mois on le lui pardonne pour sa ferveur d'amour, et aussi pour tous les détails savoureux où il entre volontiers et qui rendent tout cela singulièrement vivant. Par moments un pieux lyrisme le saisit, et c'est un poème qui s'échappe de sa plume — oh! en vers bien naifs et sans une ombre d'art; mais Dieu nous garde de chercher de la littérature là où il n'y a que de l'amour.

On lira ici des extraits du livre du franciscain flamand, dans lequel on retrouvera d'ailleurs des citations du premier.

 
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