P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

Les exercices de la voie mystique -3 B-3° L'ORAISON-3- L'Oraison
-3- Saint Pierre d'Alcantara : Conseils pour l'oraison

 
CONSEILS POUR L'ORAISON de saint Pierre d'Alcantara (Tirés du Traité de l'oraison)
I. — QUELQUES AVIS PRATIQUES AU SUJET DE L'ORAISON

Le grand Maître de l'oraison est l'Esprit-Saint. Il n'en est pas moins vrai, l'expérience l'a assez montré, que pour s'y adonner il est besoin de certains conseils : car la voie qui mène à Dieu est ardue et semée de difficultés, si bien qu'un guide y est nécessaire. Faute de cette aide, beaucoup s'égarent, perdent un temps précieux hors du droit chemin, et en tout cas parviennent moins vite au résultat désiré.

Premier avis. — Au sujet de la matière et de la marche qu'on s'est fixées pour l'oraison, il ne faut pas en être esclave au point de croire mal faire de passer à quelque autre sujet qui nous donnerait plus de dévotion. Car la fin de tous ces exercices est la dévotion : et donc ce qui nous approche le mieux de ce but doit toujours être estimé le meilleur et le plus profitable. Il ne faut pourtant pas changer de sujet à la légère et pour le premier motif venu, mais seulement quand on y voit un avantage sérieux et manifeste.

Si donc en un endroit de l'oraison on ressent plus de ferveur, qu'on s'y arrête aussi longtemps que durera ce sentiment, quand bien même tout le temps de l'exercice y passerait. La dévotion étant le but, il serait déraisonnable de chercher ailleurs, avec un espoir douteux, ce que l'on tient avec certitude.

Deuxième avis. — Il faut éviter dans l'oraison l'excès des spéculations mentales : il sera plus efficace de recourir aux effusions du coeur qu'aux raisonnements qui flattent la curiosité de l'esprit. Aussi ceux-là se trompent qui abordent la méditation des saints mystères comme s'ils étudiaient en vue de préparer un sermon : c'est là disperser l'esprit plutôt que le recueillir, c'est se distraire plutôt que rentrer en soi-même. Le résultat est qu'au sortir de l'oraison, ces hommes se trouvent secs, sans dévotion et aussi prompts qu'avant à la dissipation. En réalité, ils n'ont pas prié, mais étudié et disserté, ce qui est tout autre chose que de faire oraison. Qu'ils se souviennent plutôt que dans cet exercice il nous faut davantage écouter que parler.

Pour s'en bien acquitter, qu'on s'y présente avec l'humilité d'une vieille femme ignorante; qu'on y apporte une volonté disposée à sentir et à goûter les choses divines, plutôt qu'un esprit aigu soucieux de les disséquer et de les analyser : ceci est le fait de ceux qui s'appliquent à l'étude d'une science, et non pas de celui qui s'adonne à la prière et à la méditation, en vue de toucher et d'enflammer son coeur et de verser les larmes d'une pieuse dévotion.

Troisième avis. — Si, comme nous venons de le voir, il faut modérer l'activité de l'intelligence et la subordonner à celle de la volonté, il convient de remarquer d'autre part qu'à la volonté elle-même il y a lieu d'assigner des limites qu'elle ne peut franchir sans dommage : il est à craindre qu'elle mette à son action trop de véhémence et d'agitation. Sachons donc que la dévotion ne doit jamais être extraite de l'âme à force de bras, comme se l'imaginent certains qui, méditant sur les souffrances du Christ, excitent en eux une tristesse immodérée et forcée pour se contraindre aux larmes et à la compassion : par cette conduite ils se dessèchent plutôt le coeur et, comme le dit très justement Cassien, le rendent inapte à recevoir les visites divines. Il arrive, de surcroît, que ces excès portent préjudice à la santé du corps : et souvent, par suite de l'impression pénible que cette violence laisse dans l'âme, celle-ci en garde une telle répugnance qu'elle appréhende de retourner à un exercice qui lui a valu une telle tablature. Que l'homme d'oraison ne se mette donc pas exagérément en peine, quand il contemple la Passion du Christ, de ressentir une compassion sensible; mais qu'il lui suffise de se mettre devant les yeux ce que le Christ a enduré et d'y arrêter un regard simple et tranquille; qu'il contemple ces souffrances d'un coeur tendre et compatissant, plus disposé à recevoir les sentiments que lui inspirera la miséricorde divine qu'à en provoquer par des efforts violents. Cela fait, qu'il ne s'attriste et ne se trouble pas de ce qu'il n'aura pas plu à Dieu de lui accorder,

Quatrième av i s.

— De ce qui précède on peut déduire quelle est l'attention qu'il convient d'apporter à l'oraison : il y faut un coeur alerte, tendu vers les réalités d'en-haut et détaché des choses terrestres; mais il n'est pas moins nécessaire de mettre à cette attention une sorte de suave modération, tant pour ne pas nuire à la santé que pour ne point contrarier ou éteindre la dévotion.

Cinquième avis. — Parmi tous ces avis, celui-ci est le plus important. Si, se mettant en prière, l'homme d'oraison ne ressent pas d'emblée cette douceur de dévotion qu'il désire, qu'il ne se laisse pas abattre et n'abandonne pas l'exercice commencé, mais, avec patience et persévérance, qu'il attende la venue du Seigneur : qu'il songe à la sublimité de la Majesté divine, à la bassesse de notre condition et à l'importance de la démarche qu'il fait : tout cela mérite bien que parfois on attende un peu au seuil de ce Palais sacré. Si, après quelques délais, le Seigneur vient à lui, qu'il lui rende grâces de cette condescendance aussi bienveillante que gratuite. Que si l'attente se prolonge, qu'il s'humilie devant son Seigneur et avoue qu'il ne mérite nullement cette grâce. Et si alors même Dieu ne le visite pas, qu'il supporte cela d'une âme sereine, estimant suffisant de s'être offert à lui avec tout ce qu'il a et d'avoir fait de son côté ce qui était en son pouvoir. Bien qu'il n'ait pas adoré Dieu d'une affection sensible, qu'il se contente de l'avoir fait en esprit et en vérité : c'est de la sorte que Dieu veut être adoré.

Qu'on le tienne pour assuré, c'est ici l'écueil le plus dangereux et le plus perfide de la navigation qu'est la vie spirituelle,c'est l'endroit où se reconnaissentles vrais serviteurs de Dieu, séparent des déserteurs. Celui qui sortira victorieux de cette épreuve-là triomphera dans toutes les autres.

Au demeurant, s'il vous semble que vous perdez votre temps à poursuivre une oraison où vous vous fatiguez la tête sans profit, rien ne vous empêche après vous y être essayé de votre mieux, de prendre un livre et de remplacer l'oraison par la lecture. Mais que celle-ci ne soit ni hâtive ni superficielle : faites- la lentement, tâchez de goûter ce que vous lisez, et, fréquemment, faites-y une pause pour mêler l'oraison à la lecture. Cette méthode, très profitable, est accessible à tout fidèle, même aux plus incultes et aux plus novices en ces voies.

Sixième avis. — Cet avis-ci ne diffère pas beaucoup du précédent; et il n'est pas moins nécessaire. Le serviteur de Dieu ne doit pas se contenter de trouver dans la méditation quelque vague impression sensible, comme ceux-là qui, ayant versé une petite larme aride ou ressenti une légère émotion du coeur, mettent fin à l'exercice et estiment avoir atteint le but. Cela ne suffit nullement au dessein que nous nous proposons. Pour féconder la terre, il ne suffit pas d'une ondée passagère qui ne fait qu'agglutiner les poussières et humecter superficiellement le sol, mais il y faut des pluies abondantes qui pénètrent profondément le terrain, l'abreuvent à satiété et lui permettent de fructifier : ainsi pour nous rendre aptes à produire les fruits des bonnes oeuvres, nous avons besoin d'une abondance des eaux célestes.

C'est donc à juste titre que les maîtres de la vie spirituelle nous conseillent de consacrer à cet exercice un temps aussi long qu'il nous est possible. Et il sera certes plus efficace de prendre en une fois un espace de temps assez considérable que de morceler ce même espace en plusieurs. Car si la durée de la prière est courte, elle sera dépensée presque entièrement à apaiser l'imagination et à recueillir le coeur, et souvent, le moment venu de récolter les fruits de ces efforts, on interrompt l'oraison (1) .

Il est vrai que, quand la méditation succède à quelque autre exercice de piété, tel que les matines, la sainte messe, une lecture pieuse ou une prière vocale, l'âme est mieux disposée au recueillement et y arrivera à moins de peine. Le bois déjà sec s'enflamme facilement : ainsi le coeur déjà préparé s'allumera plus vite au feu divin.

Quant à ceux qui sont tellement assujettis aux multiples occupations des affaires qu'ils ne pourraient disposer d'un temps long, qu'ils donnent néanmoins à Dieu le peu qu'ils ont, aussi fit la pauvre veuve de l'Evangile : car s'il n'y a pas de leur négligence à y mettre obstacle, Celui qui subvient aux divers besoins de toutes créatures pourvoira aussi aux leurs avec libéralité.

— En relation avec ceci, les auteurs donnent cet Septième avis. quand l'homme de prière, au cours de l'oraison ou en dehors, éprouve un sentiment de dévotion particulièrement vif, il doit saisir cette occasion et éviter absolument de laisser passer cette grâce sans profit. Car sous le souffle de cette brise tranquille, il fera plus de chemin en une heure qu'il n'en ferait autrement en bien des jours. C'est ainsi qu'agissait notre Père saint François : il attachait tant de prix à ces visites divines que, même en voyage, s'il recevait de Dieu une de ces faveurs, il faisait prendre les devants à ses compagnons ou ralentissait sa marche pour demeurer seul jusqu'à ce qu'il eût assimilé - ce suave aliment que lui dispensait le ciel. Ceux qui n'ont pas ce souci de bien recevoir les visites du Seigneur en sont punis en ceci que quand, dans la suite, ils cherchent Dieu, ils ne le trouvent plus.

Huitième avis. — Ce dernier avis est, lui aussi, d'une grande importance. Dans l'exercice de l'oraison, il faut unir la méditation à la contemplation, celle-là étant l'échelle qui conduit à celle-ci. Il importe de ne pas perdre de vue le rôle de l'une et de l'autre. Celui de la méditation est de s'appliquer à considérer les choses divines, s'attachant tantôt à l'une tantôt à l'autre, en vue d'éveiller dans le coeur quelque pieux sentiment, comme on bat le briquet pour en tirer une étincelle. La contemplation, qui prolonge la méditation, a à sa disposition le feu ainsi allumé : cette ferveur laborieusement suscitée, elle la goûte dans le silence et la paix de l'esprit, non plus à grand renfort de raisonnements et d'efforts intellectuels, mais par une sorte d'intuition pure et simple de la vérité. La méditation, dit un saint Docteur, agit avec grand travail et mince résultat, la contemplation le fait sans aucune peine et avec d'immenses profits : celle-là cherche le fruit, celle-ci le savoure; celle-là mâche les aliments, celle-ci s'en nourrit; celle-là examine et raisonne, celle-ci, d'un simple regard, contemple ce qu'elle aime et le goûte. Pour conclure, l'une se présente comme le moyen,l'autre comme la fin, l'une comme la route et la marche, l'autre comme le terme et le repos.

Tout cela se résume dans cet axiome enseigné par tous les maîtres de la vie spirituelle, mais dont peu saisissent le sens réel : « Le but atteint, on laisse les moyens. » Une fois au port, la navigation cesse : ainsi celui qui, par le labeur de la méditation, est parvenu au calme suave de la contemplation, doit abandonner les voies pénibles du raisonnement discursif, se contenter du souvenir de Dieu que, d'un simple regard, il perçoit comme présent devant ses yeux, et, dans la joie, savourer le sentiment qu'il lui inspire, soit l'amour, soit l'admiration, soit le bonheur. La raison en est que le but à atteindre consiste plus dans l'amour et les affections de la volonté que dans les réflexions de l'esprit : quand donc la volonté est parvenue à cet état affectif qu'elle cherchait et se trouve sous son influence, il faut autant que possible s'abstenir de tout raisonnement et de toute réflexion, pour laisser l'âme libre de concentrer toutes ses forces sur ce sentiment sans être troublée ou distraite par l'action des autres facultés. De là ce conseil que donne un docteur : Dès que vous vous sentez enflammé de l'amour divin, laissez tomber toute autre pensée, si profondes et sublimes que puissent être ces conceptions : non pas qu'elles soient mauvaises, mais parce qu'alors elles empêcheraient un bien plus grand. Ce qui veut dire qu'une fois au but il faut laisser le travail de la méditation pour l'amour de la contemplation.

C'est, pour en venir au concret, ce que nous pourrions faire à la fin de chaque oraison, quand, après les autres points, nous avons demandé la grâce de l'amour divin.

Et cela pour deux raisons : d'une part il est à supposer que les efforts précédents auront produit quelque fruit de dévotion : « La fin de l'oraison est meilleure que le début », dit le Sage; et d'autre part, après le labeur de la méditation et de l'oraison, il semble raisonnable de laisser l'esprit respirer et reposer paisiblement dans les bras de la contemplation.

A ce moment donc, que l'on refoule toute imagination qui se présenterait à l'esprit, qu'on mette la réflexion au repos, et qu'on garde la mémoire fixée en Dieu, songeant qu'on se trouve en sa présence, sans pourtant le contempler sous un aspect particulier : qu'on se contente de cette connaissance que nous donne la foi; et sur cette connaissance qu'on fasse agir la volonté et le coeur, puisque c'est l'amour qui seul embrasse Dieu, en quoi consiste le fruit de toute la méditation : car c'est à peine si l'intelligence peut comprendre quelque chose de l'Etre divin, tandis que le coeur peut l'aimer intensément.

Qu'on s'abstraie donc alors de toutes les choses sensibles et se recueille en soi-même, en ce centre de l'âme où est de Dieu. Là, qu'on l'écoute attentivement, comme on prêterait l'oreille à une voix venant d'une haute tour, ou comme le possédant au centre de son coeur, ou comme si dans le monde il n'y avait plus que deux choses : soi-même et Dieu. J'irai plus loin : qu'on oublie jusqu'à soi-même et ce qu'on fait : car, comme dit un Père, la parfaite oraison est celle où l'on prie sans avoir conscience que l'on prie.

Ce n'est d'ailleurs pas seulement à la fin de l'exercice qu'il faut agir ainsi, mais au cours même de l'oraison, en quelque endroit que nous saisisse cette espèce de sommeil spirituel, l'intellect étant comme endormi par l'ardeur de la volonté : il faut alors savourer cet aliment très délicat aussi longtemps qu'il nous est donné. Celui-ci assimilé on retournera à la méditation pour poursuivre l'exercice. Ainsi fait le jardinier qui veut irriguer un carré : y ayant versé de l'eau, il attend que le sol l'ait complètement absorbée, puis il recommence à verser et ainsi de suite jusqu'à ce que la terre soit profondément pénétrée d'une bienfaisante humidité.

Ce que l'âme éprouve dans cette quiétude, la lumière qui l'inonde, la joie, le rassasiement, les délices qui la comblent, la charité et la paix intime dont elle se sent imprégnée, aucune langue ne peut l'exprimer : c'est là la paix qui excède tout sentiment, et ce bonheur est tel qu'il dépasse tout ce qu'on peut ressentir ou concevoir ici-bas. Il en est que l'amour de Dieu a si bien embrasés qu'à peine ont-ils pensé à lui, la douceur de son nom leur fait fondre le coeur. Ceux-là, pour aimer Dieu, n'ont pas davantage besoin de considérations ou de raisonnements qu'une mère ou une épouse n'ont besoin d'être excitées à aimer leur fils ou leur mari. Il en est qui, non seulement dans l'oraison mais jusque dans les occupations extérieures, sont tellement plongés et absorbés en Dieu que son amour les rend comme étrangers à toute chose et à eux-mêmes. Et il n'y a pas lieu de s'étonner de ces effets de l'amour divin : celui des créatures n'en opère-t-il pas d'analogues, au point de conduire parfois à la folie ? La grâce serait-elle moins puissante que la nature et le péché ?

Quand donc l'âme éprouve cette action de l'amour divin, en quelque partie de l'oraison que ce soit, qu'elle se garde de la refouler, quand elle y resterait plongée tout le temps de l'oraison, sans même aborder le sujet proposé (à moins d'une obligation spéciale). Car de même qu'il faut, selon saint Augustin, laisser la prière vocale si elle entrave la dévotion, ainsi doit-on laisser la méditation si elle empêche la contemplation.

Mais s'il convient d'abandonner la réflexion pour l'affection et de passer du moins au plus, parfois au contraire on devra renoncer à l'affection pour revenir à la méditation. Ce serait le cas si l'émotion devenait si intense que la santé pût en souffrir sérieusement : ce qui arrive souvent à ceux qui s'adonnent à cet exercice sans discrétion ni mesure, séduits par la douceur de l'amour divin. Le meilleur remède selon un saint Docteur, est alors de se retirer de la contemplation et de passer à quelque autre sentiment, d'éveiller par exemple la compassion en pensant quelque temps à la Passion du Christ, ou de méditer sur le péché et les misères de ce monde : ce procédé soulagera le coeur et évitera une tension excessive.

II. - DE LA DÉVOTION

1. Nature de la dévotion

Parmi toutes les peines et les difficultés que rencontrent ceux qui s'adonnent à l'oraison, je ne sais s'il en est de pire que le manque de dévotion qu'ils y ressentent fréquemment. Avec la dévotion, en effet, rien n'est plus doux, plus agréable, plus facile que de prier; sans elle rien n'est plus ennuyeux, plus ardu, plus pénible. Il ne sera donc pas hors de propos d'en parler après avoir traité de l'oraison.

La dévotion, dit saint Thomas, est la vertu qui rend l'homme prompt à toutes les autres vertus et lui donne une certaine facilité pour le bien : d'où apparaît avec évidence sa nécessité et son universelle fécondité.

Elle est, d'autre part, un don spécial du Saint-Esprit, une rosée céleste, un secours et une visite de Dieu qui s'obtient par l'oraison et qui soutient l'oraison : elle dissipe la tiédeur, rend l'âme vive et ardente, éclaire l'esprit, fortifie la volonté; elle éteint les mauvais désirs, inspire le dégoût du monde et la haine du péché; elle confère à celui qu'elle pénètre et possède, une nouvelle ferveur, un nouvel esprit, un nouveau courage, une nouvelle ardeur à bien faire.

On voit clairement par là ce qui constitue l'essence de la dévotion : elle ne consiste pas dans cette tendresse du coeur dont les élans comblent souvent ceux qui s'appliquent à l'orai- son, à moins que ce sentiment ne soit uni à une certaine promp- titude à faire le bien — d'autant plus qu'il n'est pas rare de trouver l'une sans l'autre, Dieu le permettant ainsi pour éprouver la ferveur des siens. On ne peut nier, néanmoins, que souvent ces sentiments naissent de la dévotion et du zèle à accomplir des oeuvres bonnes et pieuses, et qu'à l'inverse ces consolations et goûts spirituels contribuent à accroître la dévotion : il est donc licite de les désirer et de les demander, non pour la satisfaction qu'elles apportent, mais parce qu'elles suscitent et activent singulièrement la dévotion qui porte au bien, ainsi que l'atteste de lui-même le Prophète royal : « J'ai couru dans la voie de vos préceptes quand vous avez dilaté mon coeur », c'est-à-dire quand vous m'avez réconforté par vos consolations qui ont allumé en moi cette ardeur.

2. De neuf moyens qui aident à acquérir la dévotion

Voici, parmi beaucoup d'autres, quelques pratiques qui peu­ vent favoriser la dévotion :

1° Apporter aux exercices de la dévotion un coeur généreux, prêt à entreprendre ou à supporter tout ce qu'il faudra pour acquérir cette perle précieuse, quelque pénible et difficile que ce soit : car il n'est rien de grand qui ne soit ardu — et la dévotion est de cette sorte, surtout dans les débuts.

2° Avoir soin de tenir son coeur éloigné de toute pensée vaine et inutile, des affections étrangères, du trouble et des passions : tout cela entrave la dévotion, qui demande un coeur paisible et libre d'attachements déréglés, comme une cithare bien accordée.

3° Surveiller les sens, particulièrement les yeux, la langue et les oreilles : car c'est par eux que la dissipation s'insinue dans le coeur. Ce qui pénètre dans l'esprit par la vue et l'ouïe y introduit une foule d'images qui troublent et ruinent peu à peu la paix et la sérénité de l'âme. Ce n'est pas sans raison qu'on a dit que le contemplatif devait être aveugle, sourd et muet : moins il se répandra au-dehors, mieux il trouvera en lui-même le calme et le recueillement.

4° La solitude : non seulement elle éloigne les occasions de péché et les principales causes de distractions, mais elle porte puissamment à se concentrer en soi-même pour y converser constamment avec Dieu dans l'oubli des choses sensibles : l'iso­ lement même de l'endroit y invite en retranchant toute autre société.

5° La lecture spirituelle : les livres pieux fournissent des éléments à la réflexion, éloignent l'esprit des choses créées et avivent la dévotion; l'âme s'attache à méditer ce qu'elle y a goûté, et la mémoire revient volontiers à ce dont le coeur est plein.

6° Le souvenir habituel de Dieu et la pensée persistante de sa présence : tenez-vous constamment sous son regard, exhalant fréquemment ces soupirs que saint Augustin appelle oraisons jaculatoires. Ces brèves aspirations gardent la maison du coeur et entretiennent la chaleur de la dévotion, si bien que l'âme est toujours prête à l'oraison comme à toutes les vertus. C'est là un des principaux leviers de la vie spirituelle. Et c'est l'uni­ que ressource de ceux qui n'ont ni temps ni endroit convenable pour faire de longues oraisons. Sans aucun doute, ceux qui consacreront quelque effort à multiplier ces aspirations, feront de grands progrès en peu de temps.

7° La persévérance dans les exercices de piété, et la fidélité à respecter les heures et les endroits fixés à cette fin, notamment pour les exercices matinaux.

8° L'austérité corporelle, l'abstinence, une table frugale, un lit dur, le cilice, la discipline et autres macérations : ces pénitences procèdent de la dévotion et en retour l'accroissent, nourrissant, entretenant et fortifiant la racine même qui les a produites.

9° Les oeuvres de charité : elles nous inspirent confiance pour paraître devant Dieu et nous tenir en sa présence; nos bonnes oeuvres accompagnent nos oraisons, celles-ci ne sont plus des prières sans fruits et, sortant d'un coeur bon et compatissant, elles méritent d'être mieux accueillies par le Seigneur.

3. De six obstacles à la dévotion

Parmi ces obstacles nous citerons :

1° Les péchés — et non seulement les péchés graves, mais les fautes légères : car, encore qu'elles ne tuent pas la charité, elles lui enlèvent peu à peu cette ferveur qui se confond à peu près avec la dévotion. Il faut donc avoir grand soin de les éviter, tant pour le bien dont elles nous privent que pour le mal qu'elles nous font.

2-Les soucis exagérés, qui empêchent l'âme de se reposer et de goûter cette quiétude spirituelle que produit l'usage fréquent de l'oraison; bien plus, c'est dans celle-ci qu'ils la troublent et la distraient davantage.

3° L'excès des occupations et des affaires qui absorbent tout le temps : elles étouffent l'esprit et ne lui laissent ni loisir ni liberté pour s'occuper de Dieu.

4° Les plaisirs des sens : ils font perdre le goût des exercices spirituels et arrêtent les consolations divines : « Celui qui cherche sa consolation dans le monde, dit saint Bernard, ne mérite pas les visites de l'Esprit-Saint. »

5° La curiosité, celle des sens et celle de l'esprit, tel que l'empressement à apprendre des nouvelles ou à voir des choses intéressantes : tout cela fait perdre un temps précieux, trouble et inquiète l'âme, disperse l'esprit et suscite une foule d'obstacles à la dévotion.

6° Une interruption, même brève, des exercices spirituels, sauf par nécessité ou pour un motif louable : car l'esprit de dévotion est très délicat, et une fois éloigné il ne revient plus ou ne se retrouve qu'à grand-peine. De même que les arbres ont besoin d'eau en temps voulu et, s'ils en manquent, se des­ sèchent et périssent, ainsi la dévotion meurt facilement faute de pieuses méditations.

III. - DES TENTATIONS DE L'ORAISON ET DE LEURS REMÈDES

1° L'aridité. — Quand les consolations spirituelles vous sont refusées, voici le remède à employer : Ne délaissez pas l'oraison, quelque insipide et inutile qu'elle vous paraisse, mais mettez-vous en présence de Dieu comme un accusé et un coupable, examinez votre conscience et voyez si peut-être ce n'est pas par votre faute que vous avez perdu cette grâce; priez-le alors avec grande confiance de vous pardonner cette faute et de faire éclater en vous les immenses richesses de sa patience en supportant et en absolvant celui qui ne sait que l'offenser. De cette façon vous tirerez grand profit de votre aridité : vous en prendrez occasion d'une humilité plus profonde à la vue de tous vos péchés, et d'un plus grand amour devant la bonté de Celui qui vous les pardonne si généreusement.

Encore que vous n'éprouviez aucune satisfaction dans vos exercices, ne laissez donc pas d'y persévérer : ce qui est profitable n'est pas nécessairement savoureux. Et, l'expérience le prouve, ceux qui persévèrent dans l'oraison malgré la séch resse, y apportant simplement le soin et l'attention dont ils sont capables, en sortent souvent consolés et pleins de joie, conscients d'avoir fait leur possible. Celui-là fait beaucoup aux yeux de Dieu, qui fait tout ce qu'il peut, quand même ce serait peu; celui-là donne beaucoup qui donne tout ce qu'il a. C'est notre bonne volonté qui compte. Ce n'est pas merveille de prolonger l'oraison sous l'affluence des grâces divines; mais s'y tenir quand ces grâces font défaut et supporter avec cou­ rage cet abandon, cela, c'est le signe d'une grande vertu, d'une réelle humilité, d'une louable patience et d'une volonté persévérante dans le bien.

Il importe aussi, dans ces temps d'aridité, de veiller avec plus de soin sur soi-même, de mieux garder ses sens, de surveiller plus attentivement ses pensées, ses paroles et ses actions : comme on ne peut pas compter sur cette allégresse du coeur qui est la rame principale de notre barque spirituelle, il faut y suppléer par plus de vigilance et d'effort. Dans cet état, dit saint Bernard, songez que vos sentinelles se sont endormies et que vos murailles sont tombées, et que tout votre espoir est dans vos armes et dans la force de votre bras. Oh! quelle est la gloire de l'âme qui triomphe de la sorte, qui va au combat sans bouclier ni protection, qui est vaillante sans soutien et qui, se voyant seule, garde autant de courage qu'au milieu d'une armée! C'est là, nous l'avons dit, la pierre de touche des vrais amis de Dieu.

Les pensées inutiles. — Contre ces pensées importunes qui parfois assaillent l'esprit dans l'oraison et nous causent un véritable tourment, la conduite à tenir est de les combattre pour les empêcher de nous dominer, sans y apporter toutefois de l'anxiété ni un effort excessif : car ceci dépend moins de nos forces que de la grâce divine et de notre humilité. Quand vous subissez cette épreuve, tournez-vous donc vers Dieu sans angoisse ni scrupule (car souvent on n'y peut rien ou presque) et, avec dévotion et grande soumission, dites-lui : « Voyez. Seigneur, ce crue je suis. Que peut-on attendre d'un fumier sinon de mauvaises odeurs ? Que peut-on espérer d'une terre maudite sinon des ronces et des épines ? Que peut-elle donner de bon si vous, Seigneur, ne l'expurgez de ses mauvaises raines ? » Ayant ainsi prié, reprenez le fil de votre méditation et attendez avec patience la visite du Seigneur qui jamais ne manque aux humbles. Que si les distractions persistent à vous troubler, continuez avec constance à les refouler de votre mieux. Croyez-moi, cette lutte persévérante vous vaudra un profit et un mérite plus grands que si vous aviez joui des plus hautes grâces d'oraison.

3' La fringale de science. — Contre la passion immodérée de l'étude et de la science il faut réagir par une sage réflexion : considérer combien la vertu l'emporte sur la science et la sagesse divine sur la sagesse humaine, et qu'il est donc raison­ nable de consacrer plus de temps à celle-ci qu'à celle-là; songer qu'aucune science terrestre, fût-elle la plus éminente, n'échappe à cette suprême misère de s'évanouir avec la vie. Quoi de plus vain que de se donner tant de peine pour acquérir ce qui si vite doit périr ? Tout ce qu'on peut savoir en cette vie est autant que rien, tandis que l'amour divin porte un fruit éternel dans lequel nous verrons et connaîtrons toutes choses. Qu'on se rap­ pelle enfin qu'au jour du jugement on ne nous demandera pas ce que nous aurons lu, mais ce que aurons fait, non pas si nous aurons discouru avec art, mais si nous aurons bien vécu.

Le zèle indiscret. — La conduite à tenir pour réprimer le souci déréglé de l'apostolat, est de vaquer au bien spirituel du prochain de telle sorte que ce ne soit pas au préjudice du nôtre, et de réserver à celui-ci tout le temps qui nous est néces­ saire pour conserver dans notre coeur la dévotion et le recueil­ lement. C'est là ce que saint Paul appelle « marcher dans l'Esprit », c'est-à-dire vivre en Dieu plus qu'en soi-même. Et puisque c'est là le principe et la source de tout le bien que nous pouvons faire, tout notre effort doit tendre à une piété si intense et si parfaite que notre coeur puisse se maintenir cons­ tamment dans cette dévotion et ce recueillement. Or il faut pour cela une oraison non pas quelconque, mais profonde et prolongée.

IV. - ENCORE QUELQUES AVIS AU SUJET DE L'ORAISON

Premier avis. — Ce qui importe d'abord dans les exercices spirituels, c'est d'en voir le but. Or le commerce avec Dieu est de soi plein d'une céleste suavité, si bien que certains, alléchés par cette douceur qui surpasse toute autre, s'attachent à Dieu et se livrent aux exercices spirituels, lecture, oraison, usage des sacrements, pour y goûter les délices qu'ils leur procurent, de sorte que le principal mobile qui les y pousse est le désir de jouir de cette suavité. C'est là une très grosse méprise, et beaucoup y versent : la fin principale de toutes nos actions doit être d'aimer Dieu et de le chercher de tout notre coeur; or ceux-là s'aiment plutôt eux-mêmes et cherchent leur propre satisfaction. C'est là, dit un Docteur, une sorte de gourmandise et de luxure spirituelles, non moins nocives que celles de la chair.

De cette aberration en procède une autre tout aussi lourde : c'est qu'ils s'estiment eux-mêmes et jugent les autres selon l'abondance ou la pénurie de ces douceurs spirituelles, mesurant la perfection de chacun aux consolations éprouvées; or, c'est une énorme erreur.

Le remède à ce double travers se trouve dans la doctrine générale suivante : que chacun soit bien convaincu que la fin de tous les exercices et de toute la vie spirituelle est d'observer les préceptes de Dieu et d'accomplir sa volonté : ce qui implique la mort de notre volonté propre pour permettre à celle de Dieu de vivre et de régner en nous, l'une étant opposée à l'autre. Comme, d'autre part, une telle victoire ne peut se gagner sans une abondance de faveurs et de douceurs divines, il faut se livrer fréquemment à l'exercice de l'oraison pour y obtenir ces grâces et atteindre par là le but proposé. A cette fin-là on peut désirer et demander à Dieu ces suavités de l'orai­ son, comme faisait David quand il s'écriait : « Rendez-moi la joie de votre visite, et fortifiez-moi par votre Esprit souverain. »

On voit par là quel est le but qu'il faut se proposer dans l'oraison, et aussi sur quel critère chacun doit juger de ses progrès et de ceux des autres : non point sur les impressions ressenties ou les consolations reçues, mais sur ce que l'on aura consenti d'effort pour faire la volonté de Dieu et renoncer à la sienne propre. La pierre de touche de la vertu, affirment les Maîtres, n'est point le plaisir éprouvé dans l'oraison, mais la patience dans les épreuves, l'abnégation de soi-même, le souci de faire parfaitement la volonté de Dieu et d'observer en perfection sa loi, encore que pour y parvenir l'oraison et la douceur qu'on y goûte nous soient d'un précieux profit.

C'est pourquoi on doit constamment être attentif à vaquer l'une part et principalement à la mortification, et d'autre part à l'oraison, car cette mortification ne s'acquiert jamais en perfection sans l'aide d'une oraison fervente et de la contemplation choses divines.

Deuxième avis: S'il nous arrive de recevoir de Dieu des et de les faire connaître, si ce n'est à notre directeur spirituel. C'est pourquoi saint Bernard voulait que toute personne pieuse inscrivît en grandes lettres ces mots dans sa chambre : « Mon secret est à moi, mon secret est à moi. »

Troisième avis. — Le serviteur de Dieu doit se fixer chaque jour un certain temps pour s'entretenir avec Dieu. Mais outre cet exercice quotidien, il faut encore qu'à certaines époques il se retire de toute espèce d'affaires et d'occupations, si saintes et si bonnes qu'elles soient, pour se livrer entièrement aux exercices spirituels : il faut de temps en temps restaurer son âme par une abondante nourriture surnaturelle, afin de réparer les faiblesses quotidiennes qu'on constate dans sa vie et d'acquérir une vigueur nouvelle pour de nouveaux progrès. Et encore que cela puisse se faire en tout temps, il est particulièrement indiqué d'y vaquer à l'occasion des grandes fêtes de l'année, aux périodes d'épreuve, au retour d'un long voyage ou après des affaires difficiles qui nous ont valu de multiples occasions de distraction et de trouble intérieur : il importe alors de dégager le coeur des choses terrestres et de le ramener au recueillement.

Quatrième avis. — Il est, dans les voies de l'oraison, un péril plus grand que tous les précédents. Certains, ayant éprouvé l'inestimable vertu de l'oraison et constaté d'expérience que tout le progrès de la vie spirituelle en dépend, en viennent à croire que tout consiste en elle seule et qu'elle suffit au salut, si bien qu'ils négligent les autres vertus et se relâchent en tout le reste. Or les vertus sont comme le fondement qui soutient tout l'édifice de la vie spirituelle, en sorte que, cette base venant à manquer, toute la construction s'écroule : et il se fait ainsi que, plus ils mettent d'ardeur à cultiver la seule oraison, moins ils y réussissent et moins il sse retirent de profit.

Le serviteur de Dieu ne peut donc s'adonner à cette unique vertu de l'oraison, si exceptionnelle que soit son excellence, mais il doit les pratiquer toutes ensemble. Dans une cithare une corde ne fais pas la mélodie si les autres n'y concourent :

ainsi une seule vertu ne suffit pas à réaliser l'harmonieux ensemble de la vie spirituelle si les autres ne l'accompagnent. Et de même qu'une horloge dont une seule dent se cale se trouv e complètement arrêtée, ainsi en va-t-il de l'horloge spirituelle dès qu'il y manque une seule vertu.

Cinquième avis. — Pour terminer, il faut savoir que tous les exercices que nous avons suggérés pour augmenter la dévotion, ne doivent s'entendre que comme d'une préparation par laquelle l'homme se dispose à recevoir la grâce divine : il doit s'y adonner virilement, mais en plaçant sa confiance non pas en eux, mais en Dieu. J'insiste sur ce point parce qu'il en est qui ramènent ces règles à un art, s'imaginant que, comme l'artisan qui observe exactement les règles du métier y devient rapidement expert, il leur suffira d'appliquer ponctuellement ces principes pour arriver sans retard au but. Ils ne voient pas que c'est là réduire la grâce à un art, et attribuer à des procédés humains ce qui est pur don et miséricorde du Seigneur.

Toutes ces pratiques doivent donc être embrassées non comme un travail d'art, mais comme des instruments de la grâce : que celui qui s'y adonne n'oublie pas que le principal moyen d'y réussir est une profonde humilité et l'aveu de sa misère et de sa bassesse, accompagné d'une grande confiance en la miséricorde divine : afin que de cette double connaissance procèdent une incessante fontaine de larmes et une prière assidue, et que l'homme, se présentant à Dieu par la porte de l'humilité, accède par elle au terme de ses désirs, et, humble­ ment, en rende grâces à son Seigneur sans rien attribuer à ses propres efforts ni à quoi que ce soit hors de lui.

Références
01-Le Saint estmaint qu'une heure et demie ou deux heures était peu pour faire une bonne oraison.
 
P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise
Menu-Pere-Martial-Lekeux-Voie-raccourcie-de-L-amour-divin.html
 
       

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