P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

Les exercices de la voie mystique -3 A--3° L'ORAISON-3- L'Oraison
-3- Mathias Croonenborgn : Manière simple de faire oraison

 

Les exercices préparatoires de la via mystica, tels que les propose H. de Herp, peuvent s'expliciter de la sorte :

1)

1° Penser à Dieu d'une façon qui suscite l'amour

a- tâcher de percevoir la beauté de Dieu à travers celle de ses oeuvres;

b- se pénétrer de l'amour dont il nous aime;

c- très particulièrement contempler le Christ, sa vie et sa Passion.

(2)

2° Vivre avec Dieu, ce qui comporte deux exercices simultanés :

a- marcher en la présence de Dieu;

b- lui parler, par de continuelles élévations et aspirations.

(3)
3° Ces différentes démarches se condenseront à certains moments dans la pratique de l'oraison.


(4)
4° Enfin, tout cela devra se traduire en vertus : la contemplation du Christ se résoudra en imitation du Christ.

3° L'ORAISON


Cette pratique des aspirations répétées au cours de la journée, pour sanctifiante qu'elle soit, ne constitue pourtant qu'une partie de la vie d'union. Elle présente un inconvénient : mêlées aux occupations courantes, ces prières trop brèves et plus ou moins espacées n'ont pas le temps de pénétrer l'âme et d'y exercer leur action avec toute l'efficacité voulue; après une aspiration, on est repris par le flux des soucis terrestres et, sauf le cas où l'action de la grâce s'est fait sentir puissamment, on risque beaucoup de retomber dans la distraction. Il faut tâcher, avons- nous vu, de rester sous l'influence de cette prière, de la prolonger dans l'action; mais précisément cette influence, faute de temps, n'aura pu, bien souvent, s'imposer avec assez de force pour persévérer longtemps. Aussi faut-il considérer cet exercice plutôt comme un procédé d'entretien d'une action qui se sera exercée autre part. Ce sont, dans nos jardins spirituels, des ondées, bienfaisantes sans doute mais passagères, et qui ne peuvent suppléer à la pluie persistante, seule capable d'imprégner le sol.

Pour permettre à la grâce d'opérer en profondeur et de laisser des résultats durables, il faudra, à côté de cette pratique nécessaire, se ménager des temps d'arrêt, des heures privilégiées où, se libérant de tout autre souci, l'âme se plonge longuement dons la prière, uniquement occupée à penser aux choses de Dieu, à s'unir à lui, à capter les grâces de l'Esprit- Saint et à se les assimiler : c'est l'exercice de la sainte oraison.

Nul n'est plus nécessaire à celui qui prétend vivre surnaturellement et progresser dans l'amour divin. Là, dans ce contact prolongé avec Dieu, l'esprit s'imprègne de la lumière d'en-haut, le coeur s'échauffe dans l'amour, l'âme peut à loisir examiner son état, y trouver les remèdes, prendre les résolutions qui vont amender sa vie et lui imprimer un nouvel élan.

Il est donc indispensable que chacun se réserve chaque jour le temps voulu pour un aussi bienfaisant exercice. L'amour s'entretient par la fréquentation, non seulement par quelques mots passagers, mais par des conversations de longue durée, et d'autant plus que Dieu doit être cherché et que son amour ne nous est pas naturel comme celui des créatures. Prétendre impossible de trouver ce temps-là, c'est avoir organisé sa vie au rebours de tout sens surnaturel et se priver de toute chance de jamais arriver au but.

Aussi bien, vous ne réussirez dans l'exercice des aspirations que si vous vous acquittez aussi de celui de l'oraison : c'est dans celui-ci que vous ferez le ressourcement de votre piété, que vous trouverez les saintes pensées et les sentiments d'amour qui devront nourrir votre âme parmi les tâches du jour, y susciter ces incessantes élévations, les rendre faciles et ferventes. Les deux pratiques se soutiennent mutuellement et doivent toujours marcher de pair.

Certaines personnes éprouvent des difficultés à faire oraison.

Elles doivent savoir que cela est normal aussi longtemps que l'âme n'est pas complètement conquise à l'amour, qu'au demeurant, c'est en forgeant qu'on devient forgeron et qu'à la longue, à s'y exercer et à mesure que leurs efforts dans la vertu et l'oraison elle-même les rapprocheront de Dieu, celle-ci leur deviendra douce, facile et comme naturelle.

Elles doivent ensuite prendre une notion exacte de ce qu'est l'oraison. C'est un exercice qui intéresse tout ensemble l'esprit, la volonté et le coeur. Sous sa forme principalement rationnelle, réflexive et volontaire, elle prend plutôt le nom de méditation; celle-ci, comme nous l'avons vu, trouve surtout sa place dans la phase ascétique de la vie spirituelle. Au stade où nous sommes parvenus, il s'agira plutôt d'une oraison affective, qui est un simple entretien cordial avec Dieu : l'essentiel est ici d'éveiller de pieux sentiments, de les entretenir et de les aviver, afin de rendre l'amour plus fervent. Le but est l'union avec Dieu.

Il faut enfin, pour réussir dans l'oraison, employer une méthode judicieuse. Les franciscains ont, en général, une préférence pour une oraison très simple, assez libre, surtout affective, dont l'objet est Dieu lui-même, et surtout le Christ et sa Passion. Elle consistera parfois en simples aspirations répétées, comme au courant de la journée, mais déga­ gées cette fois du voisinage des soucis extérieurs.

Nous trouvons un exemple caractéristique de cette façon chez le récollet flamand Mathias Croonenborgh, qui cherche à rendre l'exercice de l'oraison aussi simple, facile et naturel que possible. Il prend comme sujet la contemplation des saintes plaies de Jésus, mais sa méthode peut s'appliquer à toute autre matière apte à nourrir l'amour.

MANIÈRE SIMPLE DE FAIRE ORAISON par Mathias Croonenborgh
(L'oraison simplifiée,
ch. if-iv) MARCHE GÉNÉRALE DE L'ORAISON

Pour faire votre oraison, vous pourrez procéder de la sorte :

Premièrement, sitôt à la place où vous voulez prier, fermez les yeux du corps et, ouvrant ceux de l'esprit, mettez-vous, par la foi, en présence de Dieu, vous rappelant que Jésus, par sa divinité, est près de vous et en vous, à tel point que cette divinité vous entoure et vous imprègne complètement.

Devant ce Seigneur ineffable, humiliez-vous profondément; dites-lui votre regret d'avoir offensé son infinie bonté à qui reviennent toute louange, tout service, tout amour; puis remettez-vous entre ses mains, entièrement, laissant tout autre souci, n'ayant plus qu'un désir : que par cette oraison vous puissiez mieux le connaître, l'aimer, le bénir et le servir.

Deuxièmement, ainsi préparé par cette reprise de contact avec Dieu, contemplez simplement les saintes plaies de votre Sauveur. Souvenez-vous que, dans l'effusion de son sang précieux, il endura les plus atroces douleurs, que ce sang divin, d'un prix et d'un mérite infinis auprès de son Père céleste, fut la sura­ bondante rançon de nos âmes, qu'il a fait et souffert tout cela poussé par un pur et indicible amour pour vous pécheur qui n'y aviez aucun droit.

Troisièmement, tenez alors votre esprit en repos dans cette contemplation de Jésus crucifié, sans vous étendre davantage en réflexions ou représentations. Mais, sachant est là, près de vous, en vous, efforcez-vous d'éveiller dans votre coeur de saintes affections, offrez-lui votre pauvre âme, confiez-vous à lui, unissez-vous à lui, reposez-vous en lui.

Puis, au nom de ces saintes plaies et du sang précieux qui en jaillit, demandez à Jésus, à son Père ou à l'Esprit-Saint, tout ce que vous désirez pour vous-même et pour vos amis vivants et défunts.

EXPOSÉ PLUS DÉTAILLÉ DE CETTE FAÇON DE PRIER

Beaucoup d'âmes pieuses s'embarrassent et se tourmentent si bien au sujet de la méditation qu'elles finissent par n'en éprouver qu'ennui et aversion.Devant les gros livres qui, pour cet exercice, donnent une multitude d'explications et de règles, elles sont comme des enfants devant un épouvantail. Elles se persuadent que l'oraison est au-dessus de leurs forces, apprenant qu'elle requiert de multiples opérations intellectuelles, de longues réflexions, des raisonnements et considérations complexes sur la matière pro-Posée et ses divers aspects.

En réalité, si l'on expose correctement ce qu'est l'oraison, on se rendra compte que méditer par exemple sur quelque mystère de la vie du Christ, et en particulier sur ses saintes plaies, n'est vraiment pas aussi ardu que ces bonnes âmes l'imaginent.

La méditation consiste simplement à prendre d'une chose une certaine connaissance pour amener notre volonté à l'aimer ou à la repousser, suivant que nous en jugeons. C'est considérer intérieurement un objet, en vue d'émouvoir la volonté et de lui faire produire de saintes affections. Celles-ci sont toujours le point essentiel qu'il faut chercher dans l'oraison — ce qui implique évidemment une connaissance préalable de l'objet : on ne provoque la volonté à l'aimer que si l'on voit qu'il est aimable.

Mais on peut connaître un objet de deux façons :

D'abord par raisonnement : on considère la chose sous différents points de vue, on pèse les raisons qui la rendent digne d'amour ou de haine, et l'on accumule les réflexions propres à susciter ou aviver les sentiments voulus. Cette méditation est bonne, et elle peut être à conseiller; mais il faut convenir qu'elle est laborieuse et peu à la portée de certains esprits : il est des personnes qui ne seraient guère capables de pareils développemnts sur un sujet donné; elles aiment ou détestent suivant une appréciation de simple intuition. Que si l'on veut les contraindre à réfléchir longuement sur un mystère dans tous ses détails, elles ont bientôt épuisé la matière et dévient sur toutes sortes de pensées étrangères.

Elles feront bien de s'en tenir à leur manière habituelle, qui est la deuxième façon de connaître un objet : par un regard unique, sans raisonnement ni spéculation ; c'est ainsi que nous connaissons les choses de la foi, qui nous propose les mystères divins simplement et sans arguments. Bien que ce soit là une connaissance obscure, surnaturelle et indépendante de la raison, elle donne plus de certitude et a plus d'efficacité que l'autre pour émouvoir la volonté. Elle suffit pour porter à l'amour et à l'union divine. Car si la seule vue d'une belle créature ou le simple souvenir d'une chose agréable suffisent à enflammer le coeur, pourquoi l'âme qui cherche Dieu ne serait- elle pas attirée par le charme divin des saints mystères, qui se révèle à tout esprit qui les contemple avec foi ou se les rappelle pieusement ? D'autant plus qu'en cette vie mortelle notre coeur a plus de capacité à aimer Dieu que notre intelligence à le connaître.

Voyez maintenant combien il est facile de faire oraison par la contemplation des saintes plaies du Christ. Elle n'exige pas de vous un esprit vaste ni subtil : il vous suffit de regarder avec attention et piété le mystère des saintes plaies, du précieux sang et de l'amour de Jésus, et de vous remémorer tout cela par la simple connaissance que vous en donne la foi. Après quoi vous n'avez plus qu'à éveiller en vous des sentiments d'amour, de désir, d'union et de bon propos. C'est là toute la substance d'une parfaite oraison. Et c'est le fond de toutes les règles et méthodes que l'on trouve dans les livres.

Y a-t-il homme d'un esprit si lourd ou à ce point absorbé par ses affaires qu'il ne puisse, le matin, se représenter par la foi que Jésus, Dieu incarné, a eu les mains et les pieds cloués à la croix, que, par un indicible amour et dans d'atroces douleurs, il a répandu son précieux sang pour nous sauver, et que le coeur très aimant de Marie fut en même temps percé d'un glaive ? Et quel est celui qui, considérant ces choses, ne puisse tout aussitôt provoquer dans son âme de saintes affections pour son Sauveur crucifié ?

C'est tout ce qui vous est demandé : vous rappeler d'abord ceci que vous savez par la foi : que Jésus, qui a été cloué à la croix, en a conservé cinq plaies sanglantes. Alors, unissez votre volonté à la sienne, demandez-lui toutes grâces par le mérite de ces blessures, promettez-lui de mieux le servir, offrez- lui toutes les pensées, paroles, actions et souffrances de la journée en union à ses précieuses souffrances et à son incomparable amour.

Quand vous serez à court d'idées, répétez par exemple quelques demandes du Pater en les appliquant à cette contemplation des saintes plaies, ou redites lentement la Salutation angélique, suppliant votre douce Mère de s'unir à vous pour louer son divin Fils. Et si à un moment vous éprouvez un attrait particulier pour quelque sentiment, arrêtez-vous-y, sans chercher davantage, aussi longtemps qu'il persistera. Vous aurez fait de la sorte une excellente oraison.

Vraiment, ce procédé est si facile et si bien à la portée de tous, que nul ne pourrait s'en excuser sous prétexte d'incapacité, et qu'on ne pourrait en imaginer un qui soit plus aisé, ni plus profitable.

Faites-en l'épreuve : vous en constaterez bientôt les heureux résultats, tant dans la dévotion que dans le progrès des vertus. L'amour dans votre coeur dépassera de loin les connaissances de votre esprit, vos mauvais penchants diminueront peu à peu, vous deviendrez plus vaillant pour vous vaincre, plus peut-être que ceux-là qui se seront évertués à de longues et profondes spéculations.

On objectera peut-être qu'à se tenir à cette manière on sous- estimera et négligera les procédés classiques enseignés par les livres. A quoi je réponds : qu'importe qu'on abandonne le grand chemin quand on peut arriver au but par un sentier plus court ? Quand, par le simple regard de la foi, on arrive à enflammer son coeur, à aimer Dieu et à s'unir à lui, qui doit être l'unique lieu de notre repos, quel inconvénient y a-t-il à abandonner la longue route des raisonnements à ceux qui ne peuvent ou ne veulent prendre ce sentier de raccourci ?

ORAISON DE SIMPLICITÉ

Il est des âmes, déjà plus exercées dans la prière mentale ou spécialement attirées par. Dieu, qui, aussitôt devant Jésus crucifié, s'élèvent jusqu'à l'amour divin et y demeurent, tranquillement, se tenant en sa présence avec un respect sacré et une amoureuse soumission de tout leur être à son divin plaisir. Elles ne pensent plus à aucun point particulier, et moins encore à elles-mêmes, mais, uniquement occupées de lui, restent, comme Madeleine, dans un complet abandon à sa sainte volonté, attendant qu'il leur parle, les éclaire, leur dispense ses dons et fasse d'elles tout ce qu'il voudra.

Comme un enfant humble et aimant se tient avec respect et affection près de la table de son père pour lui être agréable, n'exigeant rien et se confiant en lui, ainsi ces âmes demeurent devant leur Dieu dans l'oubli d'elles-mêmes, pleines d'adoration et d'amour, uniquement désireuses de lui plaire et de se soumettre à sa volonté. S'il ne leur donne rien, elles acceptent de ne rien recevoir : puisqu'il le veut ainsi, elles restent calmes et paisibles. Ont-elles des distractions, éprouvent-elles quelque trouble ou des imaginations étrangères, elles tâchent doucement de ramener leur coeur à Dieu par des désirs et des affections d'amour et de complaisance, ranimant leur mépris pour tout ce qui est hors de lui, sans trop s'inquiéter de ces pensées impor­ tunes. Quoi qu'il leur survienne, elles se gardent simplement attachées à l'Amour infini qui est en elles et qui est Dieu lui-même.

Rien ne fait mieux saisir ceci que l'image de l'aiguille aimantée, qui, mystérieusement, revient toujours vers le nord, de quelque façon qu'on la pousse et la détourne. Ainsi ces âmes, touchées par l'amour divin, se maintiennent constamment orientées vers Dieu, et de la sorte demeurent continuellement en sa présence. Non pas qu'il leur faille sans cesse renouveler la pensée de cette présence en répétant intérieurement : « Dieu est présent en mo i », ce qui ne serait pas possible; mais elles conservent — et cela suffit — une attention virtuelle à la divine présence, qui consiste à être, au fond d'elles-mêmes, absorbées en Dieu, désireuses de lui plaire et d'accomplir sa volonté, n'aspirant qu'à le connaître et à l'aimer.

Heureuses les âmes qui sont ainsi attirées par Dieu pour l'adorer en esprit et en vérité! Rien d'étonnant que deux heures d'oraison leur semblent souvent trop courtes, et qu'elles passent fréquemment et sans peine la moitié de la nuit en prière, n'exhalant parfois que quelques mots très simples : « Mon Dieu et mon tout! O Jésus, au nom de votre amour, parlez, votre serviteur écoute : je ne suis qu'un rien devant vous, que désirez-vous que fasse ce rien ? Divin Seigneur, jetez un regard sur moi, pauvre petit », et ainsi de suite.

Et qu'on ne pense pas que ces âmes restent oisives dans cette quiétude. Bien au contraire : elles pratiquent, dans leur fond intime, les plus hautes vertus : la foi en la présence de Dieu, en sa bonté, en son amour; l'espérance, en se remettant uniquement à lui pour en recevoir ce qu'il leur sait utile : la résignation, s'abandonnant entièrement entre ses mains; l'action de grâces, ayant le désir habituel qu'il soit adoré, aimé et loué en elles; l'humilité la plus profonde par l'aveu sincère de leur néant.

Et si vous voulez juger de cette oraison à ses fruits, vous constaterez que ces âmes deviennent de plus en plus éloignées du péché, que si parfois elles tombent encore par surprise ou par faiblesse, aussitôt l'amour les fait rebondir vers Dieu, si bien que leurs chutes leur sont un profit, qu'elles en retirent une compassion plus grande pour les pécheurs, deviennent plus prudentes, plus mortifiées et plus patientes, et se détachent de plus en plus de tout ce qui n'est pas Dieu.

Les âmes qui désirent arriver à cette sorte d'oraison doivent savoir d'ailleurs qu'elles n'ont pas à faire plus grand cas qu'il ne convient de la dévotion sensible, et moins encore des dons gratuits tels que visions et révélations. Cependant, si dans cette quiétude on se sent attiré à s'arrêter à quelque pieux sentiment, il ne faut point négliger cette grâce, comme certains l'enseignent abusivement sur la foi de quelque livre qu'ils ont mal compris.

Si par exemple notre coeur se sent porté à la contrition parfaite de ses fautes ou à quelque acte d'amour ou de gratitude, nous pouvons certes et nous devons suivre cet attrait autant qu'il est en notre pouvoir et entretenir ces sentiments aussi longtemps que notre coeur y est incliné et s'y maintient : agir autrement serait enrayer les inspirations divines.

D'autre part, il faut comprendre qu'une âme vertueuse peut aimer Dieu sans sentir qu'elle l'aime. Un pécheur peut, avec l'aide de la grâce, faire un acte de contrition parfaite et avoir un sincère amour pour Dieu, sans rien ressentir. Alors, pourquoi cette âme pieuse ne pourrait-elle faire un acte d'amour sans le sentir ? Même quand il lui semble ne rien faire et demeurer oisive, alors encore elle ne cesse d'aimer Dieu et d'être unie à lui, comme le prouve ce désir profond qui persiste en elle de s'attacher à lui et d'accomplir en tout sa volonté, tandis que toute pensée contraire est comme un dard qui blesse son coeur. Elle voudrait brûler d'amour pour son Dieu, mais le Seigneur la laisse dans l'obscurité et la sécheresse pour des raisons profondes que connaît sa sagesse.

Certains peut-être trouveront trop simple la méthode du P. Croonen­ borgh, et ne parviendront guère à s'y tenir longtemps, s'efforçant en vain à tirer de leur coeur les sentiments qu'il nous suggère. C'est que peut-être ils ne sont pas mûrs pour l'oraison affective pure et simple, ou qu'ils traversent une période de sécheresse, à moins que ce ne soit simplement une question de tournure d'esprit.

Ils pourront essayer d'une oraison mixte, à la fois discursive et affective, de façon à chercher dans la pensée un aliment pour le coeur : qu'ils commencent par réfléchir sur un sujet capable d'éveiller l'amour; et s'ils ne trouvent rien d'eux-mêmes, qu'ils prennent un livre. Saint Pierre d'Alcantara signale la lecture et la méditation parmi les éléments qui peuvent concourir à une bonne oraison. Peu à peu, ils s'entraîneront ainsi, et ces préliminaires tomberont d'eux-mêmes quand ils ne seront plus nécessaires.

Pour tous, au demeurant, des difficultés, des dangers, des erreurs sont possibles. Des âmes simples, naturellement affectives et déjà ferventes, pourront s'en tirer sans trop de peine, mais pour d'autres, différentes questions se poseront, devant lesquelles elles pourraient se trouver arrêtées ou se fourvoyer. L'oraison est la chose la plus simple qui soit, mais nous excellons à compliquer les choses simples, par inadaptation au monde surnaturel.

Nous demanderons la réponse à ces problèmes à un maître incontesté de la vie spirituelle, saint Pierre d'Alcantara . De son précieux petit Traité de l'oraison nous prendrons, sauf quelques coupures, les Avis, qui en sont la partie la plus remarquable, On admirera la sagesse et le solide bon sens de ce grand contemplatif, la précision et l'équilibre de sa doctrine, et comme il sait allier l'énergie et la prudence, l'élan et la discrétion. On sent l'homme à qui une grande expérience des choses spirituelles permet de circuler à l'aise parmi toutes les difficultés.

Il faut lui savoir gré aussi de signaler un point souvent négligé : l'étroit r apport qui existe entre oraison et dévotion, entre l'exercice et le fonds d'où il doit tirer tous ses éléments, c'est-à-dire l'âme elle-même et ses dispositions intimes. Et c'est bien ce qu'il importe de ne jamais oublier : parmi les facteurs de succès ou d'échec dans l'oraison, l'état préalable de l'âme, et donc la vie elle-même, compte pour la part, de loin, la plus importante

 
P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
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