P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

Les exercices de la voie mystique 2A-2° VIVRE AVEC DIEU-a) Marche en présence de Dieu
François Philothée :-Court exercice de la présence de Dieu
Bonaventure Dernoye : -Quelques moyens pratique de vivre devant Dieu

 

Les exercices préparatoires de la via mystica, tels que les propose
H. de Herp, peuvent s'expliciter de la sorte :

(1)

1° Penser à Dieu d'une façon qui suscite l'amour

a- tâcher de percevoir la beauté de Dieu à travers celle de ses oeuvres;

b- se pénétrer de l'amour dont il nous aime;

c- très particulièrement contempler le Christ, sa vie et sa Passion.

(2)

2° Vivre avec Dieu, ce qui comporte deux exercices simultanés :

a- marcher en la présence de Dieu;

b- lui parler, par de continuelles élévations et aspirations.

(3) (4)

3° Ces différentes démarches se condenseront à certains moments dans la pratique de l'oraison.

4° Enfin, tout cela devra se traduire en vertus : la contemplation du Christ se résoudra en imitation du Christ.

a) Marcher en présence de Dieu.

A persévérer dans ces pieuses méditations, l'âme se sentira peu à peu inclinée à aimer en retour Celui qui l'a tellement aimée. Il faudrait avoir un coeur incapable de toute affection pour n'être pas touché par d'aussi émouvantes preuves d'amour.

Pourtant cela ne suffirait pas à assurer la ferveur : les plus beaux sentiments s'émoussent s'ils ne sont pas entretenus. On ne peut toujours méditer, et entre ces exercices forcément limités, la vie va nous reprendre avec ses affaires, ses soucis, ses distractions, dissipant bientôt la dévotion que nous y avions puisée. Il ne suffit pas de penser quelquefois à Dieu : il faut, d'une certaine façon, nous efforcer d'y penser toujours, non point par une réflexion rationnelle, ce qui serait impossible, mais de telle sorte que son souvenir persiste à travers nos occupations, imprégnant toutes nos pensées et nos activités : il faut vivre avec Dieu. Tout comme nous vivons avec une personne qui nous est chère : nous restons sous l'impression de sa présence tout en vaquant à nos divers devoirs, sans avoir à y réfléchir, et ce sentiment constant influe, en toutes choses, sur notre manière d'agir. Ce que nous faisons si spontanément avec n'importe quel ami semblerait devoir être, avec notre divin Ami aussi, la chose la plus facile, la plus simple, la plus naturelle qui soit. Hélas! l'expérience prouve qu'il n'en est rien, et qu'il faut bien des efforts pour y réussir d'une façon un peu satisfaisante.

C'est que, précisément, il ne s'agit plus ici d'une chose naturelle, mais d'une chose surnaturelle — et nous sommes si peu surnaturels! Il y aura donc, ici encore, toute une série d'exercices à faire et une tactique à observer si nous voulons y parvenir. C'est par un effort de foi qu'il faudra commencer. Comme disait le bienheureux Frère Egide, « tout ce que nous pouvons penser, voir, toucher et exprimer n'est rien en regard de ce qu'il nous est impossible de penser, voir, exprimer et toucher ». Voilà ce que nous devons d'abord nettement, profondément nous inculquer : la réalité du surnaturel, l'existence transcendante de l'invisible. Il faut y penser beaucoup, y revenir sans cesse, jusqu'à opérer en nous ce précieux et si raisonnable redressement du regard et de la pensée qui est à la base de toute sainteté. Cela fait, il restera encore à mettre cette foi en action : par d'incessants retours à Dieu de l'esprit et du coeur, par de pieuses élévations, des actes d'adoration, d'union, renouvelés partout et à propos de tout, par l'acceptation filiale des événements et l'offrande de toutes nos actions, renouer sans relâche un contact qui ne demande qu'à se rompre; persévérer dans ces efforts, si assidûment qu'ils deviennent en nous une habitude, jusqu'au jour où l'Esprit-Saint, secondant notre bonne volonté, rendra permanent et stable ce sentiment de Dieu présent. Alors seulement nous vivrons d'une vie réellement, parfaitement chrétienne et raisonnable : on ne vit surnaturellement que quand on tient compte de Dieu, qui est le fondement de tout et la vie de notre vie : vivre, c'est être avec le Christ.

Une fois arrivés là, nous avons tout trouvé : la vertu, l'amour, le bonheur. Alors Jésus parle dans notre coeur, et nous sentons son ineffable action; et tout est transformé, conformé à lui, son amour nous rend toutes les vertus faciles, et il nous remplit d'une telle douceur, d'une joie si profonde, que plus rien ne peut nous attrister. Ah! quelle vie merveilleuse nous pourrions avoir si seulement nous voulions ouvrir les yeux, voir la vérité et nous rendre compte de nos trésors!

Cet « exercice de la présence de Dieu » a ses méthodes; il est complexe en sa simplicité, parce qu'il doit s'adapter à tous les détails de la vie, il faudra y employer une foule de procédés et d'industries. Je les ai décrit longuement dans mon Art de prier 1 : je dois bien y renvoyer le lecteur, ne pouvant répéter tout cela, et je reproduis simplement quelques pages où le P. Cauwe, sous le pseudonyme de P. Philothée, traite de cette matière, puis quelques conseils pratiques du récollet wallon Bonaventure Dernoye

COURT EXERCICE DE LA PRÉSENCE DE DIEU par le P. François Philothée

Pour comprendre en quoi consiste cet exercice, vous devez d'abord considérer, avec grande foi et dévotion, que Dieu, le souverain Bien, est réellement présent dans toutes les créatures et en tous lieux, avec toutes les perfections, noblesse, grandeur, sagesse, science, richesse, splendeur, qui sont en lui. Ceci est très consolant pour un homme pieux : vous savez qu'il est dans votre âme, dans votre coeur, dans votre esprit, dans toutes vos facultés, qu'il est en vous et autour de vous, partout, dans toute sa gloire et sa beauté, et que de plus il est uni à vous par sa grâce sanctifiante, du moment que vous n'êtes pas en état de péché mortel.

Vous devez considérer de plus que Notre-Seigneur Jésus-Christ est vraiment Homme, avec un corps et une âme comme nous, et aussi vraiment Dieu, et que cette nature divine n'est pas en lui comme nous venons de rappeler qu'elle est en nous, mais que c'est en sa propre Personne qu'il est Dieu, l'Etre divin, éternel qui embrasse en lui toutes les créatures.

Cette connaissance de Dieu, avec les autres articles de notre sainte foi, suffit pour mettre en pratique la façon de vivre dont j'ai l'intention de parler.

Cela étant, il faudra vous habituer à fermer vos sens, vos yeux, vos oreilles, vos lèvres, et à tourner toutes les forces de votre âme vers le Bien éternel et souverain qui est près de vous, autour de vous, en vous, réellement présent, avec toutes les perfections qu'on peut penser ou désirer. Ayez toujours devant l'esprit ce Bien suprême : Dieu, comment il est en vous et vous en lui, et réjouissez-vous en cette pensée comme en un trésor précieux que vous possédez dans votre âme et que nul ne peut vous ravir.

Apprenez ensuite, autant qu'il vous est possible, à oublier toutes les créatures, et, par une attitude de foi vive, à tenir constamment fixés sur Dieu seul votre pensée, votre volonté et votre désir. Cherchez toutes les occasions de vous occuper avec plus de calme et d'efficacité à diriger votre âme vers lui qui est en vous, songeant qu'il vous a créé pour le posséder dans l'éternité.

Mais, demanderez-vous, comment dois-je penser à Dieu ? — Voici : considérez simplement, parfois, comment ce Dieu très-haut, s'humiliant profondément, s'est fait Homme, a vécu caché en ce monde et a fini par mourir d'une mort amère et ignominieuse, uniquement poussé par l'amour éternel et inexprimable qu'il vous portait. Méditez quelque trait de sa vie, et aussitôt élevez-vous jusqu'à sa Divinité, songeant qu'il est la source de toutes les perfections des créatures et qu'il a pour vous un étonnant amour; puis revenez de cette sublime Divinité à sa très humble Humanité, tandis que vous fixez votre regard intérieur sur lui qui est présent en vous. Je ne vous en demande pas davantage : tel est le léger travail que requièrent les débuts de cet exercice.

Sainte Catherine de Sienne menait une vie très occupée; mais bien qu'elle eût à vaquer à maints travaux domestiques, elle voyait toujours Dieu présent dans son coeur, sans jamais cesser de s'entretenir avec lui. Par la parole et par la plume elle enseigna aux autres comment ils devaient toujours contempler Dieu dans leur coeur et, sans interruption, tenir leur pensée et leur désir dirigés vers lui.

A persévérer dans cet exercice, vous éprouverez la force et la douceur de la grâce divine. Que si vous ne parvenez pas d'emblée à vous recueillir de la sorte, ne vous en étonnez pas : dans les débuts, vous serez pareil au petit enfant; il a des pieds, mais il ne peut encore s'en servir pour marcher; s'essaye-t-il à le faire, il tombe, se relève avec peine; mais à la longue, devenu ferme sur ses jambes, il marche et court sans plus de difficulté. Ainsi en ira-t-il de vous, mais pour cela il faut persévérer.

Travaillez donc sans répit à fermer votre coeur à tout le créé, à garder votre esprit pur et à le laisser tendre simplement vers le Bien souverain, sans vous laisser distraire par rien d'autre. Acquittez-vous d'un coeur paisible du travail que vous imposent le devoir ou la vertu. Qu'il soit long ou bref, que vous ayez plus ou moins de besogne que d'autres, confiez tout à la provi­ dence de Dieu, qui partout vous est présent et gouverne toutes choses. Pacifiez votre coeur, obéissez simplement et, jour et nuit, tenez-vous uni à Jésus. Quoi qu'il vous survienne, beau ou mauvais temps, choses vues ou entendues, n'y pensez pas, et elles ne pourront vous nuire. Que vous alliez par les rues ou soyez en société, gardez votre coeur humble, calme et silencieux, contemplez le Seigneur avec une attention constante et de fervents désirs : bientôt, vous vous sentirez capable de surmonter toutes les tentations et l'amour croîtra dans votre âme pour Dieu votre Sauveur. Alors le monde commencera à vous peser, à cause de la grande douceur que vous ressentirez au fond de votre coeur.

Ayant ainsi uni votre âme à Dieu, priez-le humblement de vous soutenir de sa grâce. Priez-le aussi pour les autres, parents, supérieurs, confrères, pour la sainte Eglise, pour tous les hom­ mes et pour les âmes du purgatoire.

Si vous prenez à coeur ce qui précède, j'ose espérer que vous en tirerez rapidement grand profit et que vous y persévérerez.

Et encore que cet exercice semble plus approprié à des religieux qu'à des séculiers, ceux-ci néanmoins pourront, eux aussi, en recueillir de précieux avantages, du moment qu'ils ne mettent pas trop leur coeur dans les choses temporelles, mais que, cherchant avant tout le Royaume des cieux et sa justice, ils dirigent leur âme vers Dieu au sein même de leurs soucis extérieurs. Dieu nous a donné un coeur ainsi fait qu'en un instant nous pouvons le tourner vers lui, le louer, le remercier, le prier, alors même que notre corps travaille et que nos lèvres parlent à un autre. C'est pourquoi vous devez vous habituer à prendre en tout ce que vous faites, voyez, entendez ou ressentez, une occasion d'offrir à Dieu louange, prière et action de grâces.

Eprouvez-vous de la tristesse, pensez que Jésus a été triste jusqu'à la mort. Etes-vous anxieux, rappelez-vous l'angoisse qui, pour vous, lui fit suer du sang. Etes-vous accablé de soucis et de peines, voyez le lourd fardeau de la croix qu'il a traîné de bon coeur pour votre amour, et demandez-lui humblement aide et assistance pour être capable, vous aussi, de porter patiemment votre croix et de le suivre, pour sa gloire et pour le salut de votre âme. Devez-vous travailler dur pour votre subsistance ou pour quelque profit temporel, songez alors à ce qu'il vous convient de faire pour nourrir votre noble âme et pour gagner les biens éternels. Contemplez-vous le ciel, songez au séjour bienheureux; voyez-vous du feu, pensez : « Puissé-je échapper au feu éternel, et sentir dans mon coeur le feu de l'amour divin! » Etes-vous frappé à la vue d'un spectacle agréable, d'un objet beau et riche, dites-vous : « Mon Dieu est bien plus beau, plus doux, plus riche. » Et ainsi de suite.

Toutes les créatures et tous les événements peuvent nous élever vers Dieu en sorte de toujours le louer et le prier, si nous voulons y faire attention. Pour cela, vous vous efforcerez non seulement de vider votre coeur des pensées vaines, mais encore de l'emplir de pensées célestes, car celles-ci sont l'aliment de l'amour divin et de l'union à Dieu, et elles vous sont à ce point nécessaires que sans elles, sauf miracle, vous ne pourrez jamais vous maintenir dans l'amour du Seigneur.

Si au début cet exercice peut vous paraître un peu difficile et pénible, quand une fois vous en aurez goûté les fruits, il vous deviendra très doux, à tel point que vous ne pourrez plus vivre autrement et que les pensées terrestres vous seront importunes. Et pour y trouver encore plus de ferveur, rassemblez dans votre coeur, comme en un bouquet, tous les témoignages de la tendresse ineffable de votre doux Seigneur, méditez-les pieusement, repensez-y sans cesse, jusqu'à vous sentir tout brûlant d'amour pour Celui qui vous a aimé le premier.

Vous devez en outre avoir toujours prêtes à l'esprit de ces petites prières qui sont de brèves élévations et de ferventes aspirations vers Dieu, afin que se forme en vous l'habitude de la prière et qu'en tout lieu, en tout temps et en toute société, vous conversiez avec votre Seigneur.

Entretenez-vous donc de la sorte, simplement, doucement, avec Jésus. C'est le bon moyen de vaincre les mauvaises passions : ainsi plongé en lui, vous serez fort contre elles.

Et s'il arrive que vous ne receviez pas aussitôt la touche divine, que la prière reste sans saveur, et même que la vertu vous semble pénible, restez avec constance attaché à Dieu, sans rien sentir, sachant que la dévotion ne consiste pas dans les larmes, les douces impressions ni l'affection sensible, mais plutôt dans l'abnégation de soi-même et dans une volonté prête à s'offrir à tous les désirs du Seigneur.

Dès que vous sentez que le feu de l'amour s'allume dans votre coeur, vous devez brûler dans cette flamme toute trace de péché, vous offrir à Dieu de toute votre âme, vous tenir prêt à recevoir sa lumière, et faire effort pour imprimer fortement Jésus dans votre coeur, en sorte d'être disposé à imiter dans votre vie toutes ses admirables vertus.

Dans toutes vos actions, paroles et pensées, cherchez uniquement son honneur et son plaisir, le servant parce que c'est son désir et que ce service lui est agréable. Offrez-lui vos travaux, vos exercices, vos pénitences, vos peines en union avec les labeurs, les prières et les souffrances de sa vie terrestre, le priant de corriger vos oeuvres par la perfection des siennes et de les accueillir à sa louange et en satisfaction de vos fautes et de celles de tous les hommes.

Enfin, sachez que plus haut vous monterez dans la voie de la vertu, plus lourdes seront les épreuves que vous rencontrerez et plus perfides se feront les embûches du démon. Mais toujours tournez-vous vers les plaies de Jésus, confiant que Dieu ne vous délaissera jamais, tant que vous ne l'abandonnerez pas vous- même, songeant d'ailleurs que vous n'êtes pas digne de l'honneur de souffrir quelque chose pour votre Dieu. C'est alors que 'l'Époux de votre âme vous parlera : « Viens, mon amie, ma belle, ma colombe, dans les fentes des rochers escarpés. »

Lorsque les hommes se voient menacés de grandes catastrophes, ils fuient vers les endroits où ils se croient à l'abri. La vie présente est un temps dangereux : de tous côtés, nous sommes menacés : le démon cherche à nous voler notre précieux trésor en nous tentant de différents péchés. Où fuirons-nous dans ce grand péril ? Jésus, notre Dieu et Sauveur, nous l'indique : « Venez à moi, vous qui êtes dans la peine et l'angoisse. » Et à chacun de nous il murmure doucement : « Viens, mon ami, dans le creux du rocher... Car mes délices sont d'être avec toi. » Oh! la suave parole pour un homme qu'a saisi la crainte et l'anxiété! Quiconque ira à lui, trouvera un refuge assuré, à l'abri des entreprises démoniaques, il recevra secours, bonté, récon­ fort, repos, et, rasséréné, il pourra dire avec David : « Quand je marcherais au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal, parce que vous êtes avec moi. »

QUELQUES MOYENS PRATIQUES DE VIVRE DEVANT DIEU
par Bonaventure Dernoye (Exercice des vertus chrétiennes, II)

Il pourra être utile, au sujet de la présence de Dieu, d'user de quelque signe placé soit sur les vêtements, soit en quelque endroit, ou, à l'occasion de certaines rencontres prévues, d'associer la pensée de Dieu à la vue de telle ou telle personne, ou d'employer, au gré de chacun, quelque autre industrie qui nous ramène au souvenir de cet exercice. Certains choisissent un ami qui les y rappelle d'un signe ou d'une parole, particulièrement dans les occupations absorbantes ou quand quelque circonstance peut entraver cette pensée, et pour prendre, grâce à cette aide, l'habitude de discipliner l'imagination.

On peut aussi se fixer certains endroits où l'on se retrouve chaque jour ou plus souvent, de préférence ceux où se présentent plus d'obstacles et de difficultés à garder le souvenir de Dieu : pour chacun de ces endroits, mettons-nous dans l'esprit qu'il y est particulièrement présent et que, quand nous y serons, il ne cessera de regarder quel respect nous lui montrerons, avec quelle fidélité nous remplirons notre tâche et avec quelle ferveur d'esprit nous le contemplerons. Représentons-nous qu'il nous attend là pour nous faire don d'une grâce singulière, comme il attendit Madeleine pour la consoler de la mort de Lazare.

Nous pouvons de même entendre en quelque sorte notre ange gardien nous avertir, suivant les circonstances : « Ton Dieu est à l'église et t'y attend; ton Hôte divin est au réfectoire et t'invite au repas; ton Maître est dans ta chambre pour t'intruire; ton Guide se tient à la porte pour t'accompagner; ton Gardien est près de ton lit pour te protéger; Jésus crucifié est dans cette chambre de malade, attendant un mot de réconfort; ton Juge est constamment à ta droite, notant tous tes mouvements; ton Epoux est au fond de ton coeur pour y recevoir ton amour et ton dévouement; ton Roi est au choeur pour y entendre ta louange; ton Père est dans l'oratoire pour y exaucer tes prières; l'Auteur de toute beauté est dans le jardin pour réjouir tes yeux; la Justice éternelle est dans ta conscience pour t'avertir : prends-y donc garde, et partout conduis-toi de façon à ne pas offenser son regard. »

Mais veillons à ce que ce ne soit pas là un exercice aride et tout mécanique : n'ayons pas l'air, devant Dieu, du paysan qui, voyant du monde entrer dans une maison, s'y est imprudemment introduit, et, une fois là, ne sait que dire ni comment se tenir; nous devons préparer notre âme et la conserver toujours pleine de sentiments d'adoration, de prière et d'amour : nous trouverons ainsi à parler au Seigneur.

Dès que nous avons terminé quelque bonne oeuvre, de crainte de nous entendre dire : « Que restez-vous là à rien faire ? » tournons-nous doucement vers notre Roi et demandons-lui : « Que voulez-vous, Seigneur, que je fasse maintenant ? » Comme un bon serviteur qui, la tâche imposée accomplie, revient à son maître pour s'enquérir de ses désirs. Puis, heureux de le satis­ faire, nous courrons, sous son regard, au nouveau service qu'il nous demande.

A propos de tout événement, nous devons nous rappeler que Dieu l'avait prévu et qu'il dépend de sa suprême volonté : nous nous habituerons ainsi à la pensée de sa divine providence qui gouverne toute chose, dans le passé, le présent et l'avenir; nous accueillerons de sa main tous les incidents de notre vie, et chacun nous ramènera à lui.

Il est bon, enfin, de se rappeler parfois qu'au moment présent, beaucoup d'âmes pieuses s'occupent à contempler Dieu et à converser avec lui. Tâchons de nous représenter ces saints entretiens, et, honteux de notre incurie et de notre tiédeur, écrions- nous : « O mon Dieu, que d'âmes ferventes vous adorent en ce moment! Or, voici que vous êtes devant moi, attendant de moi le même hommage et le même amour; et moi, je détourne mes yeux de vous, et je vais me perdre parmi les créatures; c'est elles que je cherche et que j'aime, et c'est à peine si parfois je reviens un instant à vous! Ah! je veux cesser de vous délaisser ainsi : je veux, dès maintenant, commencer à vous adorer, à marcher sous votre regard avec un coeur pur et fervent, et à ne plus chercher en rien qu'à vous plaire, à vous, mon Dieu et mon tout, qui avez droit à tout mon être, à tous mes actes et à tout mon amour! »

b) Parler à Dieu.

Comme on, le voit par les textes qui précèdent, le commerce avec Dieu comporte la conversation avec Dieu. C'est évident : on ne va pas voir quelqu'un pour ne rien lui dire; on ne restera pas tout le jour avec le Seigneur en gardant le mutisme — à moins que ce ne soit le silence de l'amour, qui est un silence éloquent, un silence d'excès de richesse et non de pauvreté; mais il n'est pas encore question de celui-là ici.

Que dire à Dieu durant ces entretiens? Certains se trouvent embarrassés devant cette question. C'est assez étonnant, car enfin il est vraiment anormal et malheureux qu'un enfant ne trouve rien à dire à son père. Mais il s'agit plutôt d'un manque d'éducation : ces bonnes âmes ignorent avec quelle simplicité notre gracieux Seigneur désire que nous l'abordions, et qu'il sera satisfait de quoi que nous lui disions, dès que c'est fait avec confiance et affection.

On pourra commencer par de petites paroles très simples : « Mon Dieu, je vous adore. — Je vous offre ce travail, cette peine, cette joie. — Merci, mon Dieu, pour vos bienfaits sans nombre. — Pardonnez-moi de vous servir si mal. — Aidez-moi à mieux vous aimer. »

Puis, partant de là, notre prière, peu à peu, s'enrichira, chacune de ces élévations se développera, surtout elles s'adapteront à notre vie, aux circonstances, aux événements heureux ou fâcheux qui nous surviennent, à nos occupations du moment, à nos différents états d'âme : les sujets sont inépuisables, aussi variés que la vie. Nous apprenons ainsi à faire de tout une occasion de prière, à tout surnaturaliser, jusqu'aux moindres détails de notre existence quotidienne, suivant le conseil de l'Apôtre : « Que vous mangiez, que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout à la gloire de Dieu. » Le tout est d'y mettre beaucoup de simplicité, de naturel, et autant d'amour que l'on peut : parler à Dieu comme on parle à quelqu'un — à quelqu'un qui nous chérit et que nous aimons.

Et il faudra répéter ces élévations si fréquemment, en prendre si bien l'habitude qu'elles deviennent comme la respiration de notre âme. C'est un des plus efficaces moyens de sanctification. Il se peut que souvent on n'en perçoive pas sensiblement la vertu, mais elles nous maintiennent en contact avec Dieu, elles servent de véhicule à la grâce : et un beau jour, elles s'éclairent, frappent comme une révélation, pénètrent notre esprit et enflamment notre coeur : une de ces prières peut ainsi, sous l'action de l'Esprit-Saint, être le point de départ d'une vie nouvelle et d'immenses progrès dans la voie de l'amour divin.

Les auteurs franciscains insistent beaucoup sur cette pratique des aspi­ rations. Saint Bonaventure nous assure que celui qui répéterait souvent des paroles comme celles-ci : « O Seigneur, quand vous verrai-je? quand donc vous aimerai-je? » serait bien plus vite embrasé de l'amour de Dieu qu'en contemplant mille fois les processions éternelles et autres hauts mystères. Nous avons vu Henri de Herp en faire une des pièces maîtresses de sa méthode, et l'on retrouve cette recommandation dans beaucoup d'ouvrages franciscains. C'est une forme de dévotion facile, et qui présente l'avantage d'être applicable partout et toujours, sans exiger d'interrompre nos occupations, nous permettant ainsi d'observer, sans grande fatigue et d'une façon très douce, le précepte du Maître : « Il faut toujours prier, sans jamais s'interrompre. » Et notez bien que ce n'est pas là un conseil, mais un commandement, que chacun doit observer selon ses moyens.

On employait autrefois des recueils de telles aspirations qui étaient d'un usage courant parmi les fidèles. Comme on ne les trouve plus guère aujourd'hui, je donnerai quelques exemples de ces brèves élévations. Ainsi qu'on le verra, parmi ces prières, les unes concernent certaines actions ou circonstances, d'autres peuvent être dites en tout temps. Dans ces dernières, il en est de très courtes, cé qu'on appelle des « oraisons jaculatoires » : chacun en choisira une qui s'adapte à ses besoins actuels, et s'appliquera à la répéter aussi fréquemment que possible à longueur de journée.

Il va de soi que ces formules ne sont données qu'à titre d'exemples, ou, si l'on veut, d'amorces, et qu'elles ne seront vraiment efficaces que dans la mesure où on se les sera assimilées. Il est important aussi de noter qu'après chacune de ces élévations, il faudra tâcher de la prolonger, de rester sous son influence parmi les occupations qui suivront, et tendre ainsi peu à peu à se maintenir, d'une façon permanente, autant qu'il est possible, en état de prière.

 
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