P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

La vie parfaite -1BLE TRIOMPHE DE L'AMOUR-LES SEPT CHANTS DE L'AME CRUCIFIÉE-par François Vervoort -LA JOIE, FRUIT DE L'AMOUR par Ambroise de Lombez (Traité de la joie de l'âme chrétienne, extraits)

 

LES SEPT CHANTS DE L'AME CRUCIFIÉE par François Vervoort
(La robe nuptiale,
ch. xxiv)
AVEC LE CHRIST JE SUIS CLOUÉ A LA CROIX

C'est sur la croix que s'éprouve le véritable amour pur d'égoïsme. Heureux l'homme qui, élevé nu sur la croix du délaissement, s'y trouve fixé par les trois clous de la foi, de l'espérance et de l'amour, et qui, attaché d'un côté, le Christ l'étant de l'autre, peut chanter avec lui les sept chants qu'il a modulés dans sa passion.

Le premier chant est celui que profère le prophète figurant la Personne du Christ : « Je suis un ver, et non plus un homme, un objet de risée et de mépris pour tous. » C'est ce que ressent exactement cet homme affligé, et c'est d'un sentiment très vrai qu'il peut dire cette parole avec Jésus. Or, c'est son grand bonheur et sa pure consolation de se voir ainsi semblable à lui.

Le deuxième chant qu'il murmure avec lui est celui des Thrènes : « O vous qui passez, voyez s'il est une douleur pareille à la mienne » : car il lui semble que vraiment personne ne souffre tant d'amertume et d'angoisse que lui, hors le Christ lui- même dont il partage la peine.

Le troisième est celui-ci : « Mon Dieu, les renards ont leur tanière et les oiseaux leur nid, mais moi, malheureux, je n'ai rien où reposer ma tête » : car il se voit privé de tout réconfort, au-dehors et au-dedans, de la part de Dieu, des hommes et de lui-même. Il se sent le plus pauvre, le plus misérable des hommes. Oui, le pire pécheur lui paraît avoir plus de consolation, plus de confiance en sa prière que lui. C'est pourquoi il sou­ pire : « Je n'ai rien où appuyer ma tête pour y trouver quelque repos. »

Le quatrième chant est le cri de Jésus à son Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? » Avec grande amertume, l'homme éprouvé le répète dans l'angoisse qui l'étreint. Cette parole-là est si lourde, si mystérieusement profonde que personne ne peut complètement la comprendre sinon Dieu lui-même. Mais l'âme aimante, qui est devenue tellement semblable au Christ, peut la dire en pleine connaissance, elle peut, et nulle autre, en goûter l'amère saveur, et son cri part d'un sentiment profond : car cet appel : « Mon Dieu, mon Dieu! » témoigne d'un tel élan vers Dieu et d'un si intense amour qu'elle ne trouve pas d'autres mots pour l'exprimer; et par ces mots : « Pourquoi m'avez-vous abandonnée ? » elle exhale une souffrance que plus rien ne peut dépasser. Elle a en effet tout laissé de ce qui pouvait lui donner quelque douceur, pour obtenir ce qu'elle aimait avec un tel désir; elle est comme ivre d'amour — et sans cet abandon elle ne serait pas arrivée à ce degré de connaissance et d'amour de Dieu. Et son cri de détresse montre qu'elle l'aime tellement qu'elle ne voit plus comment elle pourrait l'aimer davantage, et que si elle le voyait, elle s'y porterait de tout l'élan de son coeur. Et entendant ce même cri dans la bouche de son Sauveur, elle sait aussi comment lui l'a aimée, et ne voit pas comment il aurait pu l'aimer plus qu'il ne l'a fait en luttant et souffrant ainsi pour elle.

Ce grand cri exprime mieux que les autres la désolation de cet amant du Christ, mais en même temps lui fait mieux sentir combien il est uni à lui dans la conformité de l'amour.

Alors, avec lui, il murmure cette cinquième parole : « J'ai soif », et, plein de désir, il soupire avec le prophète : « Comme le cerf altéré aspire à la fontaine, ainsi mon âme languit vers mon Dieu. Quand parviendrai-je devant le visage de mon Seigneur ? Mes larmes sont mon pain du jour et de la nuit, tandis que l'on me dit : Où est ton Dieu ? » Ici il goûte mieux encore l'amour qui l'unit au Christ, et sa confiance renaît, car il sent que la fin de ses tribulations approche.

Et, dans la crainte de s'élever, il prend la place du larron crucifié et, avec une amoureuse confiance, il dit au Sauveur : « Seigneur, moi qui suis votre compagnon de souffrance, si ifférents que soient votre cas et le mien, je vous en prie, souvenez-vous de moi dans votre royaume de gloire. »

Humblement, il le prie : « O cher Seigneur, bien que, crucifié comme vous, je \vous sois conforme dans la peine, je sais trop bien que ce que je souffre, moi, c'est à juste titre, à cause de mes péchés, et que je n'ai pas mérité de partager votre gloire; mais vous, vous ne souffrez que par amour pour nous, qui ne pourrions nous secourir nous-mêmes, et votre gloire est de suppléer par vos souffrances ce qui nous manque par notre faute : c'est pourquoi, Seigneur, souvenez-vous de moi dans votre gloire. »

Et le Sauveur, voyant cette foi, cette confiance, cet amour et cette grande humilité, se tourne alors, plein d'amour, vers l'homme suppliant, et lui donne cette merveilleuse consolation : « En vérité, je te le dis, aujourd'hui même et dès ce soir tu seras avec moi dans mon paradis. » Et ceci est le sixième chant. Par le soir de la vie nous entendons l'heure de notre mort qui nous ouvrira le ciel; mais ce n'est pas seulement alors, c'est dès maintenant et pour aujourd'hui même que nous entendons la douce promesse : « Dès ce soir tu seras avec moi dans le paradis », ce qui signifie que l'homme sera complètement passé en Dieu et Dieu en lui : alors il porte le paradis en lui-même, car le paradis, c'est Dieu, et il l'emporte partout où il va; et tout ce qu'il fait, Dieu le fait par lui.

Le septième-Alors il se met à chanter, d'une voix douce et joyeuse, le dernier chant : « Seigneur, tout est consommé de ce que vous m'aviez dit de faire, de sacrifier et de souffrir pour pouvoir vous posséder. Me voici arrivé à la conformité de vie et de douleur avec votre Fils unique, ne désirant plus que d'être offert comme lui-même s'est offert, pour votre gloire et le salut des hommes. Cher Seigneur, je remets mon âme entre vos mains : faites de moi ce que vous voulez et, pour accomplir cette sainte volonté, ne m'épargnez pas plus que vous n'avez épargné votre Fils. »

Ainsi reposent en Dieu ces hommes sanctifiés, et Dieu repose en eux. Et ces hommes-là sont indispensables à la sainte Eglise. Oh! ce sont là d'heureux morts, qui sont morts en Dieu, dans la passion et la mort du Christ, et qui sont ensevelis avec lui. Ils reproduisent en eux la passion du Sauveur, ne cherchant plus, par une parfaite conformité, qu'à le louer et à lui rendre grâces. O bienheureux morts qui, cachés dans le tombeau du Christ, attendent de ressusciter! Comment ? C'est lui qui ressuscitera par leur mort. Ils connaîtront une double résurrection : l'une au dernier jour, quand tous les hommes se lèveront, l'autr dès maintenant : car s'ils sont ainsi morts et ensevelis en Die si bien abattus qu'ils semblent pour un temps disparaître, bief tôt Dieu les investira de tels dons et fera par eux de si grandes choses, qu'ils ne pourront rester cachés plus longtemps, si féconde sera leur vie : celle-ci manifestera Dieu, et Dieu les honorera devant les hommes afin que, voyant de quelle valeur ils sont devant lui, ceux-ci comprennent les leçons d'une telle vie.

C'est par la croix du Christ que l'homme portera des fruits : autrement il travaille en vain.

Et celui qui, avec lui, aura pris part à ses souffrances, aura part aussi à sa joie dans la gloire éternelle. Amen.

Quand donc, Seigneur ? Quand donc ?

LA JOIE SPIRITUELLE

Oui, l'âme qui aime le Christ est crucifiée avec lui, mais chacune de ses douleurs est un chant, parce que la souffrance est un vêtement nuptial : et toujours c'est la joie qui domine. Le jardin de l'Epoux est un domaine de joie.

Celui que l'amour possède goûte les « fruits du Saint-Esprit », qui sont la charité, la joie, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la mansuétude, la foi, la modestie, la continence, la chasteté. Parmi tous ces fruits précieux, les franciscains insistent sur la joie. C'est encore un héritage de celui qui fut par excellence le saint de la joie parce que, étant le saint de l'amour séraphique, il avait su, merveilleusement, goûter la douceur de la souffrance. « O frère Léon, si nous supportions toutes ces avanies avec patience et avec bonheur en pensant aux souffrances du Christ, songeant combien il nous est bon de souffrir par amour pour lui, écoute-moi bien, frère Léon, c'est en cela que consisterait la joie parfaite. »

C'est bien là le dernier triomphe de l'amour, que de nourrir sa joie de ce qui, chez les autres, la détruit, et de l'avoir placée à une altitude où elle se trouve à l'abri de toutes les contingences.

Quand l'amour divin a établi son règne dans un coeur, qu'il est devenu une réalité profonde, la réalité de la vie, la vie elle-même, il rapporte tout à lui et illumine tout, soulevant l'âme dans une lumière douce et radieuse, sans ombre et sans éclipses. Cette âme est au-dessus des choses terrestres, et si elle les voit et les ressent encore, l'amour aussitôt les convertit en lui-même et en tire de la joie.

L'amant du Christ souffre, et plus que tout autre, de la longueur de l'attente et d'un désir qui se dilate sans cesse, mais c'est une attente d'espérance et l'impatience d'une fête dont déjà il savoure l'avant-goût. Il souffre des douleurs du Christ, et aussi du dard brûlant enfoncé dans son coeur, mais cette souffrance est une souffrance d'amour et lui est chère comme son amour lui-même.

Ainsi tout se résout en bonheur. Chez celui qui aime d'amour le Christ, se réalise en perfection la bienheureuse parole : « Votre tristesse se convertira en joie. » Seul l'homme qui est arrivé à cette plénitude d'amour sait ce que c'est que d'être heureux.

Et cette joie, fruit de l'amour, est une force, un inégalable ressort pour le bien : elle achève l'oeuvre de l'amour dont elle est issue. Le P. Ambroise de Lombez (25) a écrit un Traité de la joie de l'âme chrétienne. Voici une gerbe de pensées cueillies, de-ci, de-là, parmi toutes les choses excellentes que contient ce beau petit livre.

LA JOIE, FRUIT DE L'AMOUR par Ambroise de Lombez
(Traité de la joie de l'âme chrétienne, extraits)

( Ste Catherine du Sinaie morte martyre)

Dieu aime ceux qui l'aiment, et il leur fait part de ses dons les plus précieux, parmi lesquels la joie tient un des premiers rangs, puisque c'est elle qui fait valoir tous les autres, et que sans elle tout languit en nous.

Dieu vous aime; il désire ardemment de s'entretenir avec vous, et il en fait ses délices. Quel bonheur de pouvoir s'entretenir avec Dieu, lui parler à coeur ouvert, avec la dernière simplicité et la plus entière confiance! Les plus grands, les plus longs et les plus pénibles services devraient nous paraître comme un rien si nous pouvions à ce prix obtenir la faveur d'une audience de Dieu. Et cette faveur que nous ne saurions jamais mériter, Dieu nous l'offre, il nous invite à en jouir, et il regarde comme un service que nous voulions bien l'accepter...Ah! mon Dieu, il n'y a que vous, Etre infini, qui puissiez être d'une bonté sans bornes.

... Vous êtes l'objet de l'amour et de la tendresse de Dieu, des attentions de sa providence, de ses recherches empressées et, si j'ose dire, de ses inquiètes sollicitudes : et vous ne vous livrez pas à la joie ? Et vous pourriez encore être susceptible de quelque atteinte de la tristesse ? Eh! que manque-t-il à celui qui possède Dieu ? Et celui qui a Dieu pour lui, qu'a-t-il à craindre ? Ouvrez vos fenêtres, la lumière vous éclaire, et il en entre autant que vous pouvez en contenir. Sa grâce, qui entrera dans votre âme, en étendra même la capacité.

Aimez Dieu, et vous aurez la joie; ayez la joie et vous aimerez Dieu. Nous ne trouvons que du plaisir et de la joie à aimer, et plus l'objet est aimable, plus notre joie est sensible. La joie, à son tour, nous dilate le coeur et le rend susceptible des douces impressions de l'amour. Notre esprit se fatigue dans ses opéra­ tions, mais notre coeur trouve son soulagement dans les siennes.

O mon Dieu! comment pourrait-on être triste quand on vous aime ? On vous trouve partout, on vous possède entièrement, vous remplissez tout notre coeur et il sent que rien ne lui manque. Le coeur de ceux qui cherchent véritablement le Seigneur sera toujours dans la joie; et un coeur parfait possédera toujours, auprès de lui, la joie parfaite.

L'oraison est le grand remède à la tristesse; mais l'oraison demande une âme pure, qui goûte Dieu, qui ne goûte que lui, qui se plaît à converser avec lui, qui est là comme en son centre, qui languit partout ailleurs, qui, ne mettant aucun milieu entre Dieu et elle, s'unit immédiatement à l'Infini, source nécessaire et inépuisable de toute consolation. Ce contact immédiat, si j'ose m'exprimer ainsi, de l'âme avec son Dieu, doit nécessairement exciter en elle une sensation toute céleste et toute divine, qui lui fait goûter des délices ineffables; au lieu qu'une âme qui ne voit Dieu qu'à travers le limon dont elle est toute couverte, ne le connaît que très superficiellement, ne l'aime que très imparfaitement, le goûte très peu et languit en sa présence.

Ayez un véritable amour pour Dieu, tel que vous l'exigez de vos amis : ce n'est pas trop demander pour l'Etre suprême que de le mettre au niveau de nos semblables. Après cela, chantez, réjouissez-vous, livrez-vous aux transports de la joie, puisqu'en Dieu vous possédez toutes les sortes de biens et que, pro­ tégés de Dieu, vous n'avez à craindre aucun mal réel.

La véritable et souveraine joie, dit saint Bernard, est celle qu'on goûte en Dieu et que personne ne peut nous ôter, puisque nous avons Dieu dans notre coeur, où il la renouvelle sans cesse. Toute autre joie comparée à celle-là n'est que tristesse, amertume et affliction.

Or, la joie est utile à tout bien. La vertu surmonte les difficultés, la joie les aplanit. Tant que vous serez dans la joie, votre esprit sera plus fécond et plus alerte, vos idées plus nettes, votre imagination plus vive, votre coeur plus content, votre humeur plus gaie, votre commerce plus agréable, votre santé plus ferme ou moins mauvaise, votre piété plus tendre, votre vertu plus généreuse : vous serez agréable à Dieu et aux hommes, et bon à tout. Dieu veut que nous soyons toujours dans la joie; et nous ne pouvons lui plaire, ni être saints qu'autant que nous accomplissons sa volonté. La joie est un des fruits du Saint-Esprit, et la plénitude du Saint-Esprit qui fait les saints fait aussi la plénitude de la joie. C'est à cette plénitude que le disciple bien-aimé nous exhorte. Tous les autres Apôtres nous donnent le même conseil, et leurs épîtres ne respirent que la sainte joie. Leurs exhortations étaient soutenues par leur exemple : ils souffraient des persécutions, des tourments, des peines de toute espèce, mais ils surabondaient de joie dans toutes ces tribulations. Ce n'est pas seulement une merveille que nous devons admirer, mais encore un modèle que nous devons suivre.

A l'exemple des Apôtres, les martyrs étaient comblés de joie devant les tribunaux, dans les prisons, au milieu des supplices. Les solitaires, au fond du désert, goûtaient les douceurs d'une joie que les grands du monde ne trouvent pas dans les délices de l'opulence. Après eux, tous les saints, en imitant leur vertu, ont participé à leur joie; et ceux qui ont suivi de plus près leurs traces ont été les plus embaumés de cette odeur de sainteté qui réjouit le coeur et qu'ils laissaient après eux. Toutes les histoires de la vie de saint François s'accordent en ce point, qu'il était tout aimable et que la joie était toujours sur son visage.

Le Fils de Dieu nous l'a apportée du ciel, cette joie sainte, et le prophète Isaïe nous l'avait annoncé : « Alors la solitude tressaillira de joie et les déserts fleuriront comme le lis. Ceux que le Seigneur a rachetés viendront dans Sion pleins d'allégresse en chantant les louanges du Seigneur, et leur joie sera éternelle. »

 
P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise
Menu-Pere-Martial-Lekeux-Voie-raccourcie-de-L-amour-divin.html
 
       

Pour lire les tweets du Pape François

cliquer sur ce logo

ou

Menu-Pape-Francois-L-Ensemble-des-tweets-du-jour.html


En tout temps vous pouvez revenir à la page Menu Principale
 
 
  index.html dchristiaenssens@hotmail.com  
 
Comme le papillon allez maintenant à vôtre tour porter la Bonne Nouvelle de Dieu et faire aussi connaître mon site merci beaucoup.