P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

La vie parfaite -1A -LE TRIOMPHE DE L'AMOUR-L'AMOUR DIVIN REND TOUT FACILE ET DOUX par Diégo d'Estella -L'AMOUR DIVIN REND L'AME CONFORME AU CHRISTET Y PRODUIT TOUTES LES VERTUS -par le bienheureux Barthélemy de Saluces (Alphabet de l'Amour divin, ch. xi, et xi,i)

 

La vie parfaite -1A

LE TRIOMPHE DE L'AMOUR

Une fois que brûle dans le coeur cet « amour transcendant » dont parle le Docteur séraphique et qui est le don suprême de l'Esprit divin, il ne demande qu'à s'activer, s'embrasant de lui-même de jour en jour jusqu'à devenir un incendie qui atteint l'âme jusqu'à ses fibres les plus secrètes et la transforme tout entière en amour, comme le métal rougi au feu devient lui-même feu et chaleur.

Cet amour, avons-nous vu, a des degrés et produit dans l'âme des effets divers et des états successifs. Mais dès sa naissance, cette « inflammation d'amour » va suffire à opérer la bienheureuse transformation qui dans la suite ira s'approfondissant jusqu'à la perfection de la sain­teté. Dès lors, elle est possédée par l'amour; celui-ci, devenu une passion divine, est son moteur intime qui la porte, spontanément et vigoureusement, à tout bien : c'est le Saint-Esprit qui, d'une action souveraine, agit désormais en elle, suppléant excellemment à ses infirmités. Dans les débuts de cette vie nouvelle il y aura encore, certes, des déchets, des erreurs, des fléchissements involontaires, mais qui, généralement, n'atteindront pas le fond de l'âme et ne blesseront pas l'amour. Et peu à peu tout cela s'amendera, à mesure que l'amour lui-même deviendra plus envahissant.

Dans l'ensemble, cet amour régnant dans l'âme va y susciter toutes les vertus, d'une façon plus parfaite et avec moins d'efforts que jadis, comme naturellement, et de ce fait beaucoup plus sûrement et plus puissamment que quand elle devait, pour s'y décider, raisonner et discuter avec sa nature : c'est celle-ci même qui est amendée, l'âme a retrouvé, jusqu'à un certain point, sa vraie nature telle que Dieu l'avait originellement conçue : une nature entièrement orientée vers lui.

L'amour, qui est le fond de cette nature, principe de toute activité de 'âme, a retrouvé son sens normal, qui est d'aller à Dieu : la plus foncière des passions humaines, l'amour de soi, souche de tous les vices, s'est muée en amour de Dieu, facteur de toutes les vertus : ce « poids de l'âme » ayant rectifié sa direction vers son pôle divin, tout est redressé du fait même, la tendance fondamentale entraînant toutes les autres avec elle. Et c'est ici qu'on peut dire à l'homme avec saint Augustin : « Aime, et fais alors tout ce que tu veux : car tu ne pourras plus vouloir que selon l'amour et agir selon le bien. » C'est ici l' « ascèse mystique » dans toute sa plénitude.

A la source de l'action il y a désormais une entente parfaite, un accord foncier entre l'âme et son Dieu : elle n'a plus à chercher ses directives audehors; elle n'a qu'à s'écouter pour entendre le Seigneur, les deux esprits étant confondus.

Il ne s'agit plus maintenant d'imitation du Christ, mais de conformité au Christ, conformité acquise et solidement établie, qui sera poussée jusqu'à l'identification : « C'est le Christ qui vit en moi, peut-elle dire avec l'apôtre, c'est lui qui commande tout; il a levé sur moi sa bannière qui est l'amour, et il est maître de mon vouloir. » Parce qu'elle l'aime en perfection, il lui est devenu moralement impossible d'agir contre lui, de voir, de vouloir, de désirer autrement que lui; sa vie est de lui plaire, son souci est de deviner ses désirs pour les accomplir avec allégresse, si ardu que ce puisse être; et plus pénible est ce qu'il désire, plus elle s'y porte avec élan, trop heureuse de pouvoir souffrir quelque chose pour lui : toute tristesse s'est ainsi convertie en joie, la croix est devenue sa grande douceur. Elle sait ce qu'est la « joie parfaite » que chantait saint François.

Les vertus prennent la forme et les dimensions de l'amour. Or la nature de l'amour est d'être héroïque parce qu'il fait sortir de soi-même, et sa mesure est de ne point avoir de mesure. On n'arrive guère à l'héroïsme des vertus par une autre voie : seul l'amour opère cette « extase », cette sortie de soi qui supprime les obstacles tendus par l'égoïsme. C'est l'amour qui fait les saints. Totalement déprise d'elle- même, puissamment attirée vers le seul Bien-Aimé, l'âme s'élance sans entraves vers la sainteté à laquelle il la conviait.

L'AMOUR DIVIN REND TOUT FACILE ET DOUX par Diégo d'Estella
(Méditations de l'amour de Dieu, ch. xxv et )(Lyot)

Votre saint amour, Seigneur très bon et très aimant, est aux autres vertus ce que l'or est aux autres métaux : comme l'or l'emporte sur tous en prix et en beauté, ainsi l'amour domine si bien toutes les vertus, qu'elles n'ont ni saveur ni mérite si elles ne sont fondées sur la charité, qui est leur reine.

C'est ce que nous dit saint Paul : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité je ne suis qu'un airain qui résonne et une cymbale qui retentit. » Les autres vertus tirent d'elle tout leur prix, toutes relèvent d'elle, qui ne relève d'aucune et qui les contient toutes.

C'est elle qui fortifie la foi et avive l'espérance. C'est elle qui endure dans l'abnégation, qui triomphe dans la force, qui compatit dans la miséricorde. Elle est muette dans la patience, la douceur et la docilité, large et magnifique dans la générosité : en un mot elle s'exerce dans toutes les vertus et les anime toutes. « La charité, dit l'apôtre, est patiente, elle est douce, elle n'a point d'envie, elle n'est pas inconsidérée, elle ne s'enfle pas. Elle n'a pas d'ambition et ne cherche pas son intérêt; elle ne s'irrite pas, elle ne voit pas le mal. Elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais se réjouit dans la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. »

Chacun de ces effets est propre à quelque vertu, mais la charité les embrasse tous ensemble en elle seule, l'expérience en fait foi. Dans l'amour profane lui-même, quand un homme en aime un autre, il lui donne créance, lui confie tout, lui abandonne tout ce qu'il possède; il lui pardonne le mal qu'il en a reçu et la peine qui lui vient de lui. Il n'est pas jaloux du bien qu'on lui fait, mais l'estime fait à lui-même, il ne s'applique qu'à le satisfaire et à éviter de lui déplaire. Pour lui il subit volontiers toutes les fatigues, consent tous les labeurs, s'expose à tous les dangers, Il ressent plus vivement, sans comparaison, les peines et les chagrins de celui qu'il aime que les siens propres. Il supportera sans se plaindre ses maux à lui, mais il ne peut voir souffrir la personne qu'il aime sans en être touché jusqu'au fond du coeur : la voit-il triste, il tombe lui-même dans la tristesse, devient inquiet et tout pensif; est-elle malade, il souffre de son mal; est-elle dans le besoin, il est plein de souci et toutes les richesses du monde ne pourraient le rendre heureux; un malheur la frappe-t-il, il en est si affecté qu'il ne saurait plus goûter ni plaisir ni joie.

Que si l'amour d'une créature produit de tels effets dans le coeur qu'il a saisi, que sera-ce de l'amour divin dans une âme droite que la grâce a touchée ? Que ne fera-t-elle pas pour celui qu'elle aime, qui est la perfection souveraine d'où procèdent toutes les perfections, principe et source de tout ce qui charme le coeur ? Puissance infinie de l'amour divin! O vertu sans pareille! que ton pouvoir est merveilleux, que tes effets sont admirables! Qu'y a-t-il dont tu ne sois capable, si impossible que la chose paraisse ? Qu'y a-t-il de si pénible que tu ne tentes, de si ardu que tu ne surmontes ? O amour divin! amour puissant et victorieux! tu es plus fort que la mort, tu es plus vigoureux que ce qu'il y a de plus robuste, et en même temps plus suave que ce qu'il y a de plus délicieux. Puissance prodigieuse de l'amour qui, sans armes, tient les créatures sous son empire avec une douceur ineffable, qui enchante et ravit les coeurs et, par la seule force de son charme, met le monde à ses pieds.

Le feu du saint amour ne brûle pas, mais il brille et éclaire; ou bien nous dirons qu'il brûle sans détruire : consumant les liens, il supprime les attachements mauvais, rompt les chaînes des vices, éloigne les tentations, mais ne fait aucun mal, comme le feu de la fournaise ne brûla pas un cheveu des trois jeunes Hébreux, image de l'amour divin qui ne les embrasait que pour les purifier.

Telle est l'action du feu de l'amour divin qui, épurant les sens, les rend spirituels et les amène avec l'esprit à se réjouir en vous, ô mon Dieu : « Mon coeur et ma chair tressaillent dans le désir du Dieu vivant. » C'est un prodige bien étonnant que la chair, si infirme, rampante et vile, se voie élevée à un tel degré de sublimité, si parfaitement accordée à l'esprit qu'elle puisse jouir de Dieu avec l'âme. Mais que ne peut la force de ce feu divin, puisque, avant même la résurrection, le saint amour nous donne un avant-goût de ce jour désiré où l'esprit régnera parfaitement sur la chair et que dès ici-bas il établit la paix entre le corps et l'âme, ces deux ennemis dressés l'un contre l'autre par le péché ?

Celui qui aime fait tout avec joie et plaisir. L'homme épris du Seigneur ne trouve rien de fâcheux ni de difficile; il est toujours actif et toujours appliqué; et quelque bien qu'il fasse, il lui reste le désir de faire davantage. O âme, si vraiment tu aimais ton Dieu, si tu lui étais dévouée comme il le mérite et comme tu le dois, tu ne serais pas agitée de tant de troubles. Ce qui maintenant te chagrine tellement ne te causerait aucune peine. Si tu es triste et abattue, c'est que l'amour divin n'a pas pénétré ton coeur, car il n'est rien que l'amour de Jésus, ton Epoux, ne lénifie et ne rende aimable.

Le saint amour de Jésus-Christ change en suavité toutes les peines et les disgrâces de la vie. Non seulement il purifie le coeur du goût des plaisirs vils, mais il change en plaisirs les souffrances qui nous atteignent.

On lit dans la Genèse que Jacob aimait Rachel d'un amour si passionné qu'il servit Laban durant sept ans pour obtenir sa main, et que ce long espace de temps ne lui parut que quelques jours, tant la violence de son amour allégeait son labeur. Ainsi les années ne sont que des jours à celui qui aime, et tout ce qu'il fait pour son aimé lui paraît peu de chose. Si l'amour de Jacob eut ce merveilleux effet, que sera-ce, ô mon Dieu, de votre saint, de votre divin amour ? Si nous vous chérissons, Seigneur, ainsi que c'est notre devoir, tous nos services, toutes nos fatigues nous sembleront chose minime et nous compterons pour rien nos peines, nos travaux et tout ce que nous pourrions faire et souffrir pour cet amour.

Si nous trouvons de la difficulté et de la répugnance à garder votre sainte loi, s'il nous est dur et ennuyeux de faire les efforts et de subir les peines qu'exige votre service, ce ne peut être que faute de vous aimer. Pour celui qui aime, en effet, les divers commandements n'en paraissent qu'un seul, et pour celui qui n'aime pas, un seul précepte semble en être plusieurs. C'est ce que le Maitre nous fait entendre quand il dit à ses disciples : « Si quelqu'un m'aime, il observe mon commandement. Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes commandements. » Ces deux façons de parler donnent à penser, semble-t-il, que la loi de Dieu apparaît aux premiers comme un précepte unique, tandis que les autres y voient une multitude de prescriptions.

Telle est, ô mon Dieu, la nature de votre saint amour, que de diverses choses il n'en fait qu'une, réduisant tout à lui-même. Aussi il n'est rien dont il ne vienne à bout; toujours vainqueur, il surmonte tous les obstacles; il rend suaves les pires désagréments, il enivre et insensibilise si bien l'homme qu'il a pénétré, qu'il ne ressent plus rien des douleurs de la vie : « Ils m'ont battu, et je ne l'ai point senti, ils m'ont couvert de plaies, et je ne m'en suis pas aperçu » (Prou., xxul , 35).

C'est ainsi, Seigneur, que vous avez rempli vos martyrs de votre souverain amour pour leur rendre supportables les tourments les plus terribles; et comme ils étaient vos favoris, vous les avez inondés non seulement de l'amour substantiel qui est la charité, mais encore de la joie spirituelle et de l'amour sensible. C'est par cette aide et cette faveur spéciale que le supplice l eur fut doux et léger, car l'amour divin rend suave ce qu'il y a de plus douloureux et fait supporter avec joie ce qu'il y a de plus pénible.

Si donc tu veux savoir, mon âme, quelle est ta charité et si l'amour de Dieu t'anime et te possède, vois simplement si tu trouves de la difficulté dans la mortification et dans la pénitence, et si tu éprouves de la répugnance dans l'exercice de la vertu et des oeuvres pénibles. Car rien ne paraît ardu à celui qui aime; il ne craint rien, étant couvert du bouclier de l'amour, qui est à l'épreuve de tous les traits des hommes et des démons : et, savourant la douceur d'aimer et d'être aimé, il ne connaît plus ni aigreur ni amertume. Aime donc, mon âme, ton Seigneur et ton Dieu, aime-le tendrement, aime-le de toutes tes forces : et après une vie douce et heureuse, tu posséderas au ciel, avec ton Bien-Aimé, la vie de gloire dans l'éternité bienheureuse.

L'AMOUR DIVIN REND L'AME CONFORME AU CHRISTET Y PRODUIT TOUTES LES VERTUS
par le bienheureux Barthélemy de Saluces (Alphabet de l'Amour divin, ch. xi, et xi,i)


Jésus : C'est le propre de ceux qui s'aiment de n'avoir qu'une même volonté en toutes choses : ce que l'un dit, l'autre l'approuve, ce qui déplaît à l'un offense l'autre, en tout ils agissent comme s'ils étaient un seul être. C'est là le signe de l'amour profond : s'ils pouvaient différer, c'est que leur affection serait encore bien faible.

Cette concorde est le fait du lien de l'amour dont parle mon apôtre : « Par-dessus tout ayez la charité, qui est le lien de la perfection. » Oui, le lien de l'amour forme le noeud le plus parfait et le plus difficile à rompre. L'amour est une telle chaîne que quand une âme s'y est prise elle ne peut plus s'en dégager.

Unissant ainsi deux âmes, l'amour fait que l'une suit et imite l'autre en tout. Et cela est normal : quand un homme veut autre chose que son voisin, d'où cela vient-il, sinon de ce qu'il estime sa propre opinion meilleure que la sienne ? Or celui qui aime vraiment ne peut concevoir que ce que l'autre fait, dit ou entreprend ne soit pas, absolument, meilleur que ses vues propres : aussi n'hésite-t-il jamais à suivre le sentiment de l'aimé plutôt que le sien.

Vois, ma fille, comment les saints en ont agi avec moi : ils m'aimaient, eux, d'un ardent amour, et en tout ils cherchaient à sé conformer à moi, mais très spécialement dans l'humilité et la souffrance; car par-dessus tout c'est ici le signe évident de l'amour.

Ecoute ces cris de mon apôtre : « Pour moi, je n'ai pas prétendu connaître autre chose que le Christ Jésus, et Jésus crucifié. A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de mon Seigneur Jésus-Christ : je porte en mon corps les stigmates du Christ... C'est ainsi que, toujours mortifiés dans notre chair, nous manifestons la vie de Jésus en nous. »

Contemple mon très fidèle et aimant serviteur François qui, pour me ressembler, a choisi une vie misérable et abjecte, qui, uni à ma Passion, l'a tant pleurée qu'il en devint presque aveu­gle, qui désira tellement la partager que pour le consoler j'ai imprimé mes plaies dans sa chair, le rendant extérieurement conforme à moi alors qu'en son coeur il s'était étudié à se mouler sur moi, et faisant de lui un nouveau crucifié.

L'âme : Très doux Seigneur, je voudrais bien, moi aussi, souffrir pour votre amour, je voudrais bien être conforme à vous en tout. Mais comment pourrais-je vous imiter, vous qui êtes Dieu ?

Jésus : Ne crains rien, mon enfant, aie confiance en moi : tiens-toi près de moi, adhère à moi, et l'amour t'embrasera, toi aussi; et c'est lui que te rendra capable de tout et semblable à moi.

L'amour fervent est l'abîme d'où sortent tous les biens, il est la cause de tous les dons, la source de toutes grâces et de toutes vertus. Il s'assimile complètement l'âme qu'il a conquise et la configure à son exemplaire, l'Amour éternel d'où procèdent toute beauté, toute bonté, toute suavité, toute sainteté.

L'amour est une lumière qui éclaire toute l'âme et la rend sage et raisonnable, lui faisant goûter et aimer tout ce qui est beau, pur et juste.

L'amour est chaste, unissant l'âme, dans un ineffable commerce, à la pureté divine. Il est détaché de tout ce qui n'est pas Dieu et dédaigne les nourritures terrestres. Il est humble et sincère, étant sans ambition ni calcul, il obéit avec facilité, il est doux, charitable et patient, il supporte tout et reçoit les épreuves avec joie.

L'amour est fort, ardent et dévorant comme le feu. Il est actif et généreux. Il est inventif pour le bien, plein de zèle pour l'honneur et la joie de l'aimé. Jamais il ne se repose, jamais il ne croit avoir fait assez. Il est vaillant dans la lutte, cuirassé contre ses ennemis, toujours avide de conquêtes. L'amour est invincible.

L'amour m'attache les âmes d'un lien si solide que plus rien ne peut le rompre : « Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La tribulation ? les angoisses ? la faim, la nudité ? les dangers, la persécution, le glaive ? Mais en tout cela nous triomphons par celui qui nous a aimés. » Car l'amour, qui procède de moi, sans cesse passe de moi dans l'âme, et de l'âme revient à moi, opérant la fusion entre elle et moi.

Oui, l'amour est tout désirable, il rend l'âme belle, semblable à son Epoux et digne d'être aimée chaque jour davantage.

L'âme : Maître très sage, Seigneur très bon, donnez-moi, je vous en prie, de vous aimer. Allumez en moi ce désir très ardent de vous chercher et de vous trouver; que seul vous soyez tou­ jours devant mes yeux et dans mon coeur, et que tout le reste me devienne vil et méprisable. Que je coure à l'odeur de vos parfums, et que l'amour m'unisse à vous d'un si indissoluble lien que je ne puisse plus craindre de séparation.

O mon Maître, ô Jésus, mon Epoux, mon Amour, prenez-moi, transformez-moi en vous, faites passer en moi vos ineffables vertus, partagez avec moi vos douleurs. Que ne puis-je mourir pour vous, être crucifiée avec vous qui avez voulu l'être pour moi! Que ne puis-je, mon très doux Jésus, être percée de la lance qui a ouvert votre poitrine, être avec vous persécutée et méprisée, et être heureuse de vous ressembler! Alors seulement je saurai que je vous aime vraiment. Et je saurai de quel amour vous m'aimez : car c'est là le signe dont vous marquez vos préférés, le plus précieux des dons que vous leur faites et qui, le plus parfaitement, les conforme à vous dans la douleur et dans l'amour. Daignez donc, mon Epoux très doux, m'accorder cette grâce, la seule gloire que je désire, qui est de vous ressembler un peu, ô vous qui m'avez tant aimée que le premier vous avez voulu souffrir pour moi!

Comme il ressort de ces textes, c'est surtout dans la souffrance que se réalise la conformité au Christ et que s'éprouve l'amour authentique. Jésus a souffert pour nous : l'amour ne se satisfait qu'en partageant ses douleurs. On ne l'embrasse pas sans embrasser sa croix : la souffrance est la robe nuptiale des épousailles spirituelles. C'est le thème d'un très beau petit livre dû à la plume d'un de nos meilleurs auteurs flamands, François Vervoort . Dans ses pieuses méditations on retrouve comme un écho de l'Alverne.

LES SEPT CHANTS DE L'AME CRUCIFIÉE par François Vervoort
(La robe nuptiale,
ch. xxiv) AVEC LE CHRIST JE SUIS CLOUÉ A LA CROIX

C'est sur la croix que s'éprouve le véritable amour pur d'égoïsme. Heureux l'homme qui, élevé nu sur la croix du délaissement, s'y trouve fixé par les trois clous de la foi, de l'espérance et de l'amour, et qui, attaché d'un côté, le Christ l'étant de l'autre, peut chanter avec lui les sept chants qu'il a modulés dans sa passion.

Le premier chant est celui que profère le prophète figurant la Personne du Christ : « Je suis un ver, et non plus un homme, un objet de risée et de mépris pour tous. » C'est ce que ressent exactement cet homme affligé, et c'est d'un sentiment très vrai qu'il peut dire cette parole avec Jésus. Or, c'est son grand bonheur et sa pure consolation de se voir ainsi semblable à lui.

Le deuxième chant qu'il murmure avec lui est celui des Thrènes : « O vous qui passez, voyez s'il est une douleur pareille à la mienne » : car il lui semble que vraiment personne ne souffre tant d'amertume et d'angoisse que lui, hors le Christ lui- même dont il partage la peine.

Le troisième est celui-ci : « Mon Dieu, les renards ont leur tanière et les oiseaux leur nid, mais moi, malheureux, je n'ai rien où reposer ma tête » : car il se voit privé de tout réconfort, au-dehors et au-dedans, de la part de Dieu, des hommes et de lui-même. Il se sent le plus pauvre, le plus misérable des hommes. Oui, le pire pécheur lui paraît avoir plus de consolation, plus de confiance en sa prière que lui. C'est pourquoi il sou­ pire : « Je n'ai rien où appuyer ma tête pour y trouver quelque repos. »

Le quatrième chant est le cri de Jésus à son Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? » Avec grande amertume, l'homme éprouvé le répète dans l'angoisse qui l'étreint. Cette parole-là est si lourde, si mystérieusement profonde que personne ne peut complètement la comprendre sinon Dieu lui-même. Mais l'âme aimante, qui est devenue tellement semblable au Christ, peut la dire en pleine connaissance, elle peut, et nulle autre, en goûter l'amère saveur, et son cri part d'un sentiment profond : car cet appel : « Mon Dieu, mon Dieu! » témoigne d'un tel élan vers Dieu et d'un si intense amour qu'elle ne trouve pas d'autres mots pour l'exprimer; et par ces mots : « Pourquoi m'avez-vous abandonnée ? » elle exhale une souffrance que plus rien ne peut dépasser. Elle a en effet tout laissé de ce qui pouvait lui donner quelque douceur, pour obtenir ce qu'elle aimait avec un tel désir; elle est comme ivre d'amour — et sans cet abandon elle ne serait pas arrivée à ce degré de connaissance et d'amour de Dieu. Et son cri de détresse montre qu'elle l'aime tellement qu'elle ne voit plus comment elle pourrait l'aimer davantage, et que si elle le voyait, elle s'y porterait de tout l'élan de son coeur. Et entendant ce même cri dans la bouche de son Sauveur, elle sait aussi comment lui l'a aimée, et ne voit pas comment il aurait pu l'aimer plus qu'il ne l'a fait en luttant et souffrant ainsi pour elle.

Ce grand cri exprime mieux que les autres la désolation de cet amant du Christ, mais en même temps lui fait mieux sentir combien il est uni à lui dans la conformité de l'amour.

Alors, avec lui, il murmure cette cinquième parole : « J'ai soif », et, plein de désir, il soupire avec le prophète : « Comme le cerf altéré aspire à la fontaine, ainsi mon âme languit vers mon Dieu. Quand parviendrai-je devant le visage de mon Seigneur ? Mes larmes sont mon pain du jour et de la nuit, tandis que l'on me dit : Où est ton Dieu ? » Ici il goûte mieux encore l'amour qui l'unit au Christ, et sa confiance renaît, car il sent que la fin de ses tribulations approche.

Et, dans la crainte de s'élever, il prend la place du larron crucifié et, avec une amoureuse confiance, il dit au Sauveur : « Seigneur, moi qui suis votre compagnon de souffrance, si ifférents que soient votre cas et le mien, je vous en prie, souvenez-vous de moi dans votre royaume de gloire. »

Humblement, il le prie : « O cher Seigneur, bien que, crucifié comme vous, je \vous sois conforme dans la peine, je sais trop bien que ce que je souffre, moi, c'est à juste titre, à cause de mes péchés, et que je n'ai pas mérité de partager votre gloire; mais vous, vous ne souffrez que par amour pour nous, qui ne pourrions nous secourir nous-mêmes, et votre gloire est de suppléer par vos souffrances ce qui nous manque par notre faute : c'est pourquoi, Seigneur, souvenez-vous de moi dans votre gloire. »

Et le Sauveur, voyant cette foi, cette confiance, cet amour et cette grande humilité, se tourne alors, plein d'amour, vers l'homme suppliant, et lui donne cette merveilleuse consolation : « En vérité, je te le dis, aujourd'hui même et dès ce soir tu seras avec moi dans mon paradis. » Et ceci est le sixième chant. Par le soir de la vie nous entendons l'heure de notre mort qui nous ouvrira le ciel; mais ce n'est pas seulement alors, c'est dès maintenant et pour aujourd'hui même que nous entendons la douce promesse : « Dès ce soir tu seras avec moi dans le paradis », ce qui signifie que l'homme sera complètement passé en Dieu et Dieu en lui : alors il porte le paradis en lui-même, car le paradis, c'est Dieu, et il l'emporte partout où il va; et tout ce qu'il fait, Dieu le fait par lui.

Le septième-Alors il se met à chanter, d'une voix douce et joyeuse, le dernier chant : « Seigneur, tout est consommé de ce que vous m'aviez dit de faire, de sacrifier et de souffrir pour pouvoir vous posséder. Me voici arrivé à la conformité de vie et de douleur avec votre Fils unique, ne désirant plus que d'être offert comme lui-même s'est offert, pour votre gloire et le salut des hommes. Cher Seigneur, je remets mon âme entre vos mains : faites de moi ce que vous voulez et, pour accomplir cette sainte volonté, ne m'épargnez pas plus que vous n'avez épargné votre Fils. »

Ainsi reposent en Dieu ces hommes sanctifiés, et Dieu repose en eux. Et ces hommes-là sont indispensables à la sainte Eglise. Oh! ce sont là d'heureux morts, qui sont morts en Dieu, dans la passion et la mort du Christ, et qui sont ensevelis avec lui. Ils reproduisent en eux la passion du Sauveur, ne cherchant plus, par une parfaite conformité, qu'à le louer et à lui rendre grâces. O bienheureux morts qui, cachés dans le tombeau du Christ, attendent de ressusciter! Comment ? C'est lui qui ressuscitera par leur mort. Ils connaîtront une double résurrection : l'une au dernier jour, quand tous les hommes se lèveront, l'autr dès maintenant : car s'ils sont ainsi morts et ensevelis en Die si bien abattus qu'ils semblent pour un temps disparaître, bief tôt Dieu les investira de tels dons et fera par eux de si grandes choses, qu'ils ne pourront rester cachés plus longtemps, si féconde sera leur vie : celle-ci manifestera Dieu, et Dieu les honorera devant les hommes afin que, voyant de quelle valeur ils sont devant lui, ceux-ci comprennent les leçons d'une telle vie.

C'est par la croix du Christ que l'homme portera des fruits : autrement il travaille en vain.

Et celui qui, avec lui, aura pris part à ses souffrances, aura part aussi à sa joie dans la gloire éternelle. Amen.

Quand donc, Seigneur ? Quand donc ?

LA JOIE SPIRITUELLE

Oui, l'âme qui aime le Christ est crucifiée avec lui, mais chacune de ses douleurs est un chant, parce que la souffrance est un vêtement nuptial : et toujours c'est la joie qui domine. Le jardin de l'Epoux est un domaine de joie.

Celui que l'amour possède goûte les « fruits du Saint-Esprit », qui sont la charité, la joie, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la mansuétude, la foi, la modestie, la continence, la chasteté. Parmi tous ces fruits précieux, les franciscains insistent sur la joie. C'est encore un héritage de celui qui fut par excellence le saint de la joie parce que, étant le saint de l'amour séraphique, il avait su, merveilleusement, goûter la douceur de la souffrance. « O frère Léon, si nous supportions toutes ces avanies avec patience et avec bonheur en pensant aux souffrances du Christ, songeant combien il nous est bon de souffrir par amour pour lui, écoute-moi bien, frère Léon, c'est en cela que consisterait la joie parfaite. »

C'est bien là le dernier triomphe de l'amour, que de nourrir sa joie de ce qui, chez les autres, la détruit, et de l'avoir placée à une altitude où elle se trouve à l'abri de toutes les contingences.

Quand l'amour divin a établi son règne dans un coeur, qu'il est devenu une réalité profonde, la réalité de la vie, la vie elle-même, il rapporte tout à lui et illumine tout, soulevant l'âme dans une lumière douce et radieuse, sans ombre et sans éclipses. Cette âme est au-dessus des choses terrestres, et si elle les voit et les ressent encore, l'amour aussitôt les convertit en lui-même et en tire de la joie.

L'amant du Christ souffre, et plus que tout autre, de la longueur de l'attente et d'un désir qui se dilate sans cesse, mais c'est une attente d'espérance et l'impatience d'une fête dont déjà il savoure l'avant-goût. Il souffre des douleurs du Christ, et aussi du dard brûlant enfoncé dans son coeur, mais cette souffrance est une souffrance d'amour et lui est chère comme son amour lui-même.

Ainsi tout se résout en bonheur. Chez celui qui aime d'amour le Christ, se réalise en perfection la bienheureuse parole : « Votre tristesse se convertira en joie. » Seul l'homme qui est arrivé à cette plénitude d'amour sait ce que c'est que d'être heureux.

Et cette joie, fruit de l'amour, est une force, un inégalable ressort pour le bien : elle achève l'oeuvre de l'amour dont elle est issue. Le P. Ambroise de Lombez (25) a écrit un Traité de la joie de l'âme chrétienne. Voici une gerbe de pensées cueillies, de-ci, de-là, parmi toutes les choses excellentes que contient ce beau petit livre.

LA JOIE, FRUIT DE L'AMOUR par Ambroise de Lombez
(Traité de la joie de l'âme chrétienne, extraits)

( Ste Catherine du Sinaie morte martyre)

Dieu aime ceux qui l'aiment, et il leur fait part de ses dons les plus précieux, parmi lesquels la joie tient un des premiers rangs, puisque c'est elle qui fait valoir tous les autres, et que sans elle tout languit en nous.

Dieu vous aime; il désire ardemment de s'entretenir avec vous, et il en fait ses délices. Quel bonheur de pouvoir s'entretenir avec Dieu, lui parler à coeur ouvert, avec la dernière simplicité et la plus entière confiance! Les plus grands, les plus longs et les plus pénibles services devraient nous paraître comme un rien si nous pouvions à ce prix obtenir la faveur d'une audience de Dieu. Et cette faveur que nous ne saurions jamais mériter, Dieu nous l'offre, il nous invite à en jouir, et il regarde comme un service que nous voulions bien l'accepter...Ah! mon Dieu, il n'y a que vous, Etre infini, qui puissiez être d'une bonté sans bornes.

... Vous êtes l'objet de l'amour et de la tendresse de Dieu, des attentions de sa providence, de ses recherches empressées et, si j'ose dire, de ses inquiètes sollicitudes : et vous ne vous livrez pas à la joie ? Et vous pourriez encore être susceptible de quelque atteinte de la tristesse ? Eh! que manque-t-il à celui qui possède Dieu ? Et celui qui a Dieu pour lui, qu'a-t-il à craindre ? Ouvrez vos fenêtres, la lumière vous éclaire, et il en entre autant que vous pouvez en contenir. Sa grâce, qui entrera dans votre âme, en étendra même la capacité.

Aimez Dieu, et vous aurez la joie; ayez la joie et vous aimerez Dieu. Nous ne trouvons que du plaisir et de la joie à aimer, et plus l'objet est aimable, plus notre joie est sensible. La joie, à son tour, nous dilate le coeur et le rend susceptible des douces impressions de l'amour. Notre esprit se fatigue dans ses opéra­ tions, mais notre coeur trouve son soulagement dans les siennes.

O mon Dieu! comment pourrait-on être triste quand on vous aime ? On vous trouve partout, on vous possède entièrement, vous remplissez tout notre coeur et il sent que rien ne lui manque. Le coeur de ceux qui cherchent véritablement le Seigneur sera toujours dans la joie; et un coeur parfait possédera toujours, auprès de lui, la joie parfaite.

L'oraison est le grand remède à la tristesse; mais l'oraison demande une âme pure, qui goûte Dieu, qui ne goûte que lui, qui se plaît à converser avec lui, qui est là comme en son centre, qui languit partout ailleurs, qui, ne mettant aucun milieu entre Dieu et elle, s'unit immédiatement à l'Infini, source nécessaire et inépuisable de toute consolation. Ce contact immédiat, si j'ose m'exprimer ainsi, de l'âme avec son Dieu, doit nécessairement exciter en elle une sensation toute céleste et toute divine, qui lui fait goûter des délices ineffables; au lieu qu'une âme qui ne voit Dieu qu'à travers le limon dont elle est toute couverte, ne le connaît que très superficiellement, ne l'aime que très imparfaitement, le goûte très peu et languit en sa présence.

Ayez un véritable amour pour Dieu, tel que vous l'exigez de vos amis : ce n'est pas trop demander pour l'Etre suprême que de le mettre au niveau de nos semblables. Après cela, chantez, réjouissez-vous, livrez-vous aux transports de la joie, puisqu'en Dieu vous possédez toutes les sortes de biens et que, pro­ tégés de Dieu, vous n'avez à craindre aucun mal réel.

La véritable et souveraine joie, dit saint Bernard, est celle qu'on goûte en Dieu et que personne ne peut nous ôter, puisque nous avons Dieu dans notre coeur, où il la renouvelle sans cesse. Toute autre joie comparée à celle-là n'est que tristesse, amertume et affliction.

Or, la joie est utile à tout bien. La vertu surmonte les difficultés, la joie les aplanit. Tant que vous serez dans la joie, votre esprit sera plus fécond et plus alerte, vos idées plus nettes, votre imagination plus vive, votre coeur plus content, votre humeur plus gaie, votre commerce plus agréable, votre santé plus ferme ou moins mauvaise, votre piété plus tendre, votre vertu plus généreuse : vous serez agréable à Dieu et aux hommes, et bon à tout. Dieu veut que nous soyons toujours dans la joie; et nous ne pouvons lui plaire, ni être saints qu'autant que nous accomplissons sa volonté. La joie est un des fruits du Saint-Esprit, et la plénitude du Saint-Esprit qui fait les saints fait aussi la plénitude de la joie. C'est à cette plénitude que le disciple bien-aimé nous exhorte. Tous les autres Apôtres nous donnent le même conseil, et leurs épîtres ne respirent que la sainte joie. Leurs exhortations étaient soutenues par leur exemple : ils souffraient des persécutions, des tourments, des peines de toute espèce, mais ils surabondaient de joie dans toutes ces tribulations. Ce n'est pas seulement une merveille que nous devons admirer, mais encore un modèle que nous devons suivre.

A l'exemple des Apôtres, les martyrs étaient comblés de joie devant les tribunaux, dans les prisons, au milieu des supplices. Les solitaires, au fond du désert, goûtaient les douceurs d'une joie que les grands du monde ne trouvent pas dans les délices de l'opulence. Après eux, tous les saints, en imitant leur vertu, ont participé à leur joie; et ceux qui ont suivi de plus près leurs traces ont été les plus embaumés de cette odeur de sainteté qui réjouit le coeur et qu'ils laissaient après eux. Toutes les histoires de la vie de saint François s'accordent en ce point, qu'il était tout aimable et que la joie était toujours sur son visage.

Le Fils de Dieu nous l'a apportée du ciel, cette joie sainte, et le prophète Isaïe nous l'avait annoncé : « Alors la solitude tressaillira de joie et les déserts fleuriront comme le lis. Ceux que le Seigneur a rachetés viendront dans Sion pleins d'allégresse en chantant les louanges du Seigneur, et leur joie sera éternelle. »

 
P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise
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