P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

La vie contemplative-2-
JOIES ET PEINES DE LA VIE D'AMOUR par Jacopone de Todi (Laudes) (4)

 
Vous qui avez faim de l'amour, venez entendre ce dialogue. Ecoutez avec attention : c'est l'Ame qui, fervente, débat avec la Raison cette douce question de la vie d'amour.
 
DE L'INEXPRIMABLE DOUCEUR DE L'AMOUR

La joie qu'on éprouve en son coeur, dit l'Aine, je ne puis ni la taire ni l'exprimer toute : tant elle est ardente dans le coeur qui n'est plus que désir. Elle est plus riche que je ne pourrais dire. Qui ne la connaît d'expérience n'en peut rien comprendre.

 
DISPOSITION REQUISE POUR ÉCOUTER CE DISCOURS

L'Aine : Mais avant que j'aille plus avant, je vous demande de vous faire un coeur pur : car ceci n'est point un thème à rimes ni le chant de l'amour charnel. Je vous en avertis dès l'abord, qu'il n'écoute pas, celui qui n'a pas la charité. Peut-être lui serait-il nuisible de m'entendre parler de mon amour : car il a perverti en lui l'intelligence du coeur, ayant perdu le sens du bien.

Celui qui ordonna l'amour, ne veut pas qu'il soit enseigné en des endroits douteux; il ne veut pas qu'il soit chanté devant l'homme dont le coeur n'est pas toute charité.

L'âme qui comprend l'amour en fait sa nourriture, si toutefois elle est en état de grâce. Qui veut lire ou chanter l'amour doit renouveler entièrement son coeur et n'y laisser aucun amour charnel : alors il pourra écouter en toute sécurité.

Qui n'est pas Grec n'entend pas l'orateur qui parle grec : et mon discours paraîtrait un langage étranger à ceux qui n'ont pas l'amour : parce qu'ils n'ont pas le souci de goûter le Christ, sa douceur et son exquise saveur.

 
Du RÔLE DE L'HOMME ET DE CELUI DE LA GRACE

La Raison :L'office de l'homme est, ici de préparer son coeur et de mettre en action toutes ses énergies pour disposer son âme. L'oeuvre de Dieu est de donner sa grâce, avec largesse, à qui veut la recevoir.

Toujours le Christ est prêt à consoler, et sa lumière est toujours préparée. A qui viendra l'implorer dans la prière, rien jamais ne sera refusé. Quel que soit le vase que tu présenteras, il te sera rendu exactement rempli.

L'Ame : Oh! combien largement il nous verse ce vin pur! Combien grande est la coupe qui lui sert de mesure! Ah! qu'il se dilate, notre coeur, notre coeur si petit, pour que toujours il reçoive avec plus d'abondance!

 
DE LA PRÉPARATION DE L'AME, ET SPÉCIALEMENT DE L'HUMILITÉ

La Raison : Il est juste que tu l'aimes autant que tu le peux : si tu veux qu'il fasse en toi sa demeure, il restera chez toi tant que tu le retiendras.

Mais garde-toi bien de lui donner occasion de devoir jamais partir : car il est délicat, très fier et très sensible, et jaloux plus qu'aucun autre époux. Et puis, il veut que tu sois toujours fort attentive à l'aimer avec grande sollicitude.

Or sache-le, Dieu ne se repose pas dans un coeur qui d'abord ne se soit humilié. Il ne veut pas habiter en ceux-là dont le coeur n'est pas bien net. Il ne veut pas de leur compagnie s'il trouve encore en eux le désir du péché.

Mais le Christ Jésus ne dédaigne pas de venir dans le coeur de l'homme pur et de s'y faire sentir : il frappe à la porte de qui veut lui ouvrir, et entre chez lui amoureusement.

L'Aine : Ah! certes, il fait grande vilenie, celui qui n'ouvre pas à si noble visiteur! Le Roi du Ciel, gracieusement, vient à toi pour interroger ton coeur : et toi, âme ingrate et mauvaise, tu dédaignes un tel amour et tu n'as cure d'un tel honneur! 0 coeur misérable, mauvais et endurci, tu as éloigné de toi le Dieu du Ciel, et tu héberges un ennemi tel que toutes tes actions s'en trouvent infectées!

La Raison :O Ame, sache que c'est une grande chose que d'abaisser ton coeur orgueilleux : le Dieu de bonté, de puissance et de gloire viendra alors chez toi se donner en ami. « Ouvre-moi, te dira-t-il, tu es dans les ténèbres : refuseras-tu de restaurer ton coeur ? » O coeur, ne reste plus ainsi enténébré : humilie-toi, et tu seras élevé dans le lieu de la lumière. Vois ton Créateur, qui pour te convier est venu par excès de bonté.

La prière d'un coeur humble perce les cieux, si grande est sa puissance. Près du trône de Dieu elle est qualifiée, elle a sa place dans les hautes assemblées, en face même de Jésus, le saint et suave Rédempteur. Délicieusement, elle est bercée dans la douceur de son parfum. Et la très auguste et très parfaite Trinité l'attire à soi, et suavement entraîne le coeur humble et pieux jusqu'aux cimes de l'esprit.

L'Ame : O larmes, vous avez la force avec la grâce; à vous est la puissance, à vous la royauté, Vous allez seules devant le ( juge, nulle crainte ne vous arrête. Et jamais vous ne revenez sans rapporter le fruit de la sagesse souveraine. Nulle part autant qu'en vous on ne trouve cette force capable de contrain­ dre la puissance divine. Ah! par l'humilité vous triomphez de la grandeur; vous enchaînez le Dieu tout-puissant.

La Raison : L'humilité tire à soi les vertus et les tient toutes unies ensemble. La sagesse en est la gardienne, afin que rien ne vienne les troubler. La charité les couvre toutes, et les alimente d ans une sainte paix : en elle chaque vertu prend corps et fait échec à toute tentation. Elle est la victorieuse qui brise tout obstacle et qui sans cesse croît en puissance.

 
Du RETOUR DE L'AME A DIEU

L'Ame : O toi qui pus trahir ton Dieu comme une courtisane Invétérée, ah! reviens vite à ton Epoux! Que son amour s'enracine en toi : et tiens pour menteur tout autre amant, et pour fallacieuses ses flatteries et ses promesses.

La Raison :Oui, ton loyal Epoux ne te repoussera pas : si noire qu'ait été ; la vilenie d'une âme, dès qu'elle revient à lui, aussitôt il la reçoit avec allégresse.

L'Arne : Que feras-tu donc, ingrate, pour ton Créateur ? Il fut si bon pour toi!

La Raison : Il te dota de vastes biens, et t'en promet de plus grands encore. Et si tu lui donnes ton amour, à jamais il sera ton défenseur.Tu n'étais pas : il te créa. Tu péchas : et il t'a rachetée et lavée de tes souillures avec plus de tendresse qu'une mère ne soigne son enfant.Il te comble encore de bien d'autres dons que je ne t'ai point rappelés. Et tout cela, il le fit, ô infidèle, par pure et gratuite bonté. Montre-t'en digne : plus tu estimeras ses grâces, plus il te les confirmera.

L'Arne :Ah! tout cela, il le fit par amour, pour que je veuille de lui comme ami. Je veux fixer en lui mon coeur, je ne veux plus le laisser s'égarer.

 
DE L'ORAISON

La Raison : Lorsque survient l'esprit qui t'encourage à te retirer seule dans l'oraison, lève-toi vite pour suivre cet appel et cours en hâte à la prière. Dis au Seigneur : « Vive ou morte, je suis tienne. Donne- moi, je t'en prie, la douceur de t'aimer. » Et ton Epoux, qui est plein d'amour, voyant ton humilité, viendra avec l'indivisible Trinité habiter dans le secret de ton coeur.Heureuse alors, tu pourras t'écrier : « O Amour, que ne t'ai-je connu plus tôt! »

L'Arne :Oui, mon Amour, bien des fois tu es venu me visiter, et moi, je ne t'ai point vu! Je ne savais pas que tu m'aimais ainsi, et que tu aurais eu plaisir à te tenir dans mon coeur. Hélas! j'ai été bien vilaine, puisque je t'ai négligé et délaissé, toi mon espérance, toi mon ami si gracieux qui, humblement, étais venu à moi!

La Raison : Quand tu auras gravi un degré élevé, garde-toi plus encore, alors, de tomber. Mais reste toute craintive et contrite, et n'aie dans l'esprit nulle vaine gloire. Car toujours la nature humaine nous invite à vouloir nous attacher à quelque chose. De tout, rends grâces à ton noble Seigneur. prie, ma vie du mal. Seule fautive. Mais la grâce que j"éprouve sûrement, est de toi

L'Arne :O Christ, garde, je t'en je ne suis rien que mauvaise et j'éprouve, sûrement, est de toi.

 
DE LA CONTEMPLATION ET DES DEGRÉS QUI Y CONDUISENT

La Raison :La contemplation se gravit par quatre degrés que je voudrais expliquer. Rares sont ceux qui les comprennent bien, car ceux-là ne peuvent les découvrir qui s'obstinent à suivre des voies contraires. L'homme qui ignore le fruit de l'oraison ne peut savoir ce qu'est la contemplation : il reste comme un lourdaud et sa prière est froide et grossière.

Le premier degré est une lecture attentive faite dans un esprit droit et pur.

Le second est la méditation qui donne la connaissance de la vérité.

Le troisième est l'oraison, qui est un coeur à coeur avec Dieu, accompagné de pieuses demandes.

Le quatrième est la contemplation, qui goûte Dieu dans un fervent amour.

L'Arne :Plus on le goûte, et plus on en a soif : l'homme ici- bas ne s'en rassasie pas.

La Raison : La lecture va à la recherche des moyens d'entrer dans la place.

La méditation va s'efforçant, avec la grâce, d'y pénétrer.

L'oraison
hisse et élève le coeur, et commence à implorer la saveur mystique.

La contemplation jouit de cette douceur, et goûte des délices d'ineffable suavité. Tous les efforts de l'âme sont ici couronnés, et ce n'est pas son mérite qui le lui a valu.

La lecture est comme la matière qui amorce dans l'âme la pensée.

La méditation, bientôt, est ainsi éveillée : elle brise l'écorce du fruit et commence à le mâcher.

L'oraison, alors, de tout son pouvoir, s'applique à en trouver la saveur.

Et, avant que ne soit finie la prière, elle se tourne vers la contemplation pour savourer la manne suave.

Et Dieu est là, présent, qui donne la consolation.

 
DE LA CONSOLATION

L'Aine : Or quelle peut être cette consolation qui, pour ses arrhes, donne soupirs et larmes ? telle que pourtant celui qui l'a obtenue et éprouvée semble la désirer d'autant plus ? dont la possession met au coeur une telle joie qu'elle le fait tressaillir et chanter ?

Le Christ : O mon épouse, si tu recevais le don de tels soupirs, tu en recueillerais grande joie, grande paix, et certes, des fruits abondants.

Plus douce et plus chère est la joie, plus il y a de pleurs, arrachés par une telle douceur. Les larmes, indice de la tristesse, donnent alors au coeur une immense allégresse. Elles lui disent quel peut être le bonheur de découvrir la divine beauté, de contempler sa face resplendissante, de parler de vive voix à l'Amant, et de goûter le baiser de l'Epoux pour ne plus se séparer de lui, éternellement.

DE L'IVRESSE D'AMOUR

L'Aine : O doux Amour, combien fort tu étreins, une fois que l'âme est unie à toi! Tu ne t'arrêtes de lui verser ta douceur, que tu ne l'aies tout à fait enivrée. Puis tu la lies et te l'attaches si bien qu'elle semble être en démence.

Elle parle sans souci de la forme, elle dit ce qui jaillit de son coeur, sans avoir cure d'y mettre de l'ordre ni de plaire à ceux qui l'écoutent.

Fuis, ô mon coeur, fuis le tumulte, car ton Epoux est plein de réserve. Son amour très doux, doux au-dessus de tout amour, semble se complaire dans la solitude. Et par-dessus tout il réclame ton amour entier; il ne veut pas d'un partage, car il est jaloux.

 
Du DON DU CŒUR

La Raison :Pourtant, tu le lui caches, ce coeur qu'il te demande : et ses appels me semblent demeurer assez vains. Ah! prends garde à ton coeur, de peur qu'il n'aille se perdre; surveille-le bien.

L'Aine : O Raison, je crois bien que tu dis vrai, car tu m'as rappelé les signes qui décèlent ce malheur. Oui, tu sais que je n'ai su le reconnaître pour suivre son tendre appel. Hélas! je n'ai pas su le retenir. Je t'en prie, aide-moi à le retrouver. Ah! j'ai bien lieu de soupirer : tantôt il se montre, et tantôt il se cache: Quand je l'appelle, il ne me répond pas; et puis, soudain, il me paraît pleurer.

La Raison :Et cependant jamais il ne faudrait changer d'un si cher Amant, ni le laisser pour aucun autre : on n'en peut trouver un semblable, et qui ne veut l'aimer, vraiment, est insensé. Si parfaite est sa beauté qu'il n'est point de langue pour la décrire. Elle resplendit par-dessus toutes, comme sa suavité dépasse toutes les douceurs. Et le bonheur, et l'allégresse qu'il donne, merveilleusement, mettent dans l'âme une vie nouvelle.

L'Aine : O Jésus, donne-moi de couper mes liens! Qu'il n'y en ait plus qui me retiennent! Que nulle séduction ne puisse m'enlacer, que toujours je te porte en moi, comme mon étendard. Que toi seul, mon Amour, je puisse te chérir, et qu'aucune autre pensée ne puisse être en mon coeur!

La Raison : Oui, Ame, qui ne sait rompre reste enchaîné. Qui ne sait fuir sera pris. Qui ne sait sacrifier sera sacrifié et tombera en dure captivité.

 
LES ÉPREUVES DE L'AMOUR

L'Aine :Je sens en moi parfois une ardeur telle que je ne le saurais dire. Et quand je me souviens de l'amour, j'éprouve une grande douceur à souffrir; je m'en vais tout heureuse et toute consolée, si bien que je voudrais toujours me sentir telle. En un moment je me trouve toute changée et renouvelée en une vie délicieuse. Celui qui me verse ainsi grâce et consolation me semble bien être une fontaine de joie.

Or écoute, ô Raison, quand il s'enfuit, je demeure tout angoisée. En moi mon coeur s'écroule comme une cire chauffée à grand feu. Et comme les rugissements du lion mes soupirs montent vers lui, dans la terreur que j'ai qu'il ne m'abandonne. Et s'il ne revient pas, je ne me pardonne pas de ne pas mourir à cause de lui.

La Raison : S'il a raison, pourquoi t'attrister quand il te retire ses présents ? La mesure de l'amour s'accroît de ces retards dans le coeur qui souffre. Tu voudrais toujours, toi, nager comme un poisson dans une mer de délices. Mais songe donc combien peu tu es digne de recevoir ces grandes ardeurs, et que c'est déjà beaucoup que Celui qui règne dans les cieux reste en toi, doux comme un amoureux Epoux.

L'Aine : : Oh! de grâce, s'il est amoureux de moi, tu dois me le dire, Raison, je t'en prie.

Et s'il revient, mon Epoux, mon Aimé, je supplie qu'il n'ait plus à partir. Il y a dans mon coeur un tel désir! Je ne puis plus vivre sans lui!

Par pitié, qu'il ne reste plus caché, s'il est vraiment mon Jésus tendre et délicat, si l'amour vraiment lui a transpercé le coeur et l'a cloué sur la Croix!

 
COMMENT L'ÉPREUVE AUGMENTE L'AMOUR

La Raison: Assurément, Epouse, c'est bien ton Bien-Aimé, celui qui est venu et qui t'a visitée. Il est venu afin de toucher ton coeur. Il veut te rendre plus ardemment éprise. Mais il ne veut pas se livrer ici-bas, parce qu'il est parfait; il ne veut pas que tu sois, en cette vie, rassasiée. S'il veut bien que parfois tu perçoives son parfum autant que tu en peux sentir, c'est pour que tu devines de quelle douceur sera l'amour là où tu le posséderas pleinement.

Il veut ici te donner des arrhes, mais c'est d'ailleurs qu'il s'acquittera. Il ne te fait ici que goûter à son vin; au ciel il te le versera à satiété.

L'Aine : : Oui, il veut ici-bas se fiancer à moi : dans le Royaume seront les épousailles. Là-haut aura lieu le noble banquet et chacun sera servi selon son désir. Là il servira, le très doux Epoux, celui qui, fidèle, l'aura bien servi.

La Raison : Quand l'Epoux a cessé sa visite, alors surtout fais attention à toi. Il n'est pas loin, mais il reste caché : aussi garde-toi bien de faillir. Il est si pur, il est si lumineux! Il ne peut souffrir de souillure. Il est si beau, il est la beauté : il veut son épouse toute pure, sans tache, sans laideur, toute lumière et clarté. Or tu as en toi des espions qui t'accuseront : vis de telle sorte qu'ils t'épient en vain. Garde-toi d'eux... Tes faits et gestes, tes toilettes tes rires, tes conversations, ils observent tout, et si tu pèches, ils te dénonceront aussitôt.

Si l'Epoux s'était montré, il ne serait pas aimé de toi, ô Ame. Et si cette splendeur ne s'était pas enfuie, nul ne l'aurait poursuivie. L'amoureux, épouse, se cache parce qu'il veut qu'on le cherche. Il montre ainsi qu'il veut être aimé. Il fuit parce qu'il veut que tu l'appelles, il se cache parce qu'il veut que tu le désires et le cherches amoureusement avec une ardeur inquiète.

L'Aine : : Bien longtemps je l'avais attendu, et voici qu'il est parti si tôt! Je l'avais tant désiré : hélas! vois comme il me laisse triste. A toute heure mon coeur est percé. Peut-être, pauvrette, je ne lui plais pas... La grande douceur est devenue amertume, la générosité est devenue avare. Mais ces richesses me sont trop précieuses : je ne suis que tristesse quand je ne les ai plus.

 
DE LA PRÉSENCE PERSISTANTE DE L'EPOUX

La Raison: Ne crains point, épouse chère, reste en sécurité : si ton Epoux te retire la vue de son visage, sache bien qu'il veille sur toi. Songe que pour toi il dispose tout pour le mieux : et donc ne vis point dans la crainte. S'il te visite, puis se cache à toi, ne te désespère pas de son départ : c'est pour toi qu'il vient, et c'est pour toi qu'il part. Et il n'est pas, alors, séparé de toi, mais reste à toi amoureusement.

O épouse, demeure joyeuse à toute heure, et ne te trouble pas lorsque l'Epoux te quitte : car à toute heure il te conduit et son amour s'approche de toi; et à toute heure, je te l'assure, il est bien tien et ne s'éloigne pas un instant. Quand tu ne sens plus la même douceur, ne pense pas que pour cela il se donne moins largement, ne pense pas qu'il te méprise : oh! non, tu lui restes chère, indéfectiblement. Il reste avec toi par son amoureuse Providence, et jamais n'est séparé de toi.

Quant à cette grande consolation, elle a bien cessé quelque­ fois; et de ce degré de contemplation, quelque chose parfois est caché. Mais toujours c'est dans le dessein que tu arrives à un plus grand désir : et quand il revient, il veut que tu le tiennes alors plus étroitement et plus ardemment embrassé. Le coeur de l'homme est ainsi fait que la chose qu'il aime, il la veut; et plus on tarde à la lui donner, plus il la désire; et quand on l'a bien satisfait, il souffre d'autant plus d'en manquer. Ainsi en est-il de l'Epoux que tu aimes, qui parfois ne vient pas à ton appel. Mais plus il tarde, plus il t'affame, pour que tu l'aimes avec une ferveur accrue.

 
DES AVANTAGES DE L'ATTENTE

La Raison: S'il se donnait à ton gré ici-bas, je crois que tu y gagnerais peu. Et s'il te faisait trop de largesses, peut-être ne désirerais-tu plus l'autre vie. Si tes voeux étaient comblés, tu aurais moins de souci du royaume éternel. Il ne veut venir trop près, afin que tu aies hâte de le rejoindre en ce ciel où il retourne : s'il s'approchait, je puis t'assurer que tu ne penserais plus à quitter cette vie.

Or songe, épouse, quelle grande humilité est dans le coeur de la divinité, pour qu'ainsi elle descende en ce monde, et dans un tel abaissement, pour se montrer à toi sitôt que tu l'appelles. Elle ne veut pas que l'hôtellerie de ce monde te paraisse un palais, car ce monde est vil, instable et fallacieux. Il ne veut pas, ton fiancé céleste, t'épouser en si triste lieu : sa présence, c'est au ciel qu'il te la donnera, où tous les liens tomberont enfin.

L'amour veut, pour ses joies, un endroit agréable, et ce monde fastidieux ne peut le lui donner. N'espère donc pas posséder ici ton Epoux : c'est dans la cour lumineuse qu'il se donnera à toi. Le Christ est ta vie : et toi, aveugle, tu ne vois pas qu'il te donne mieux que tu ne demandes.

Il ne veut pas que sa grâce, tu penses l'avoir de toi, mais que tu saches que c'est un don de lui. Il ne veut pas que tu t'appropries et t'attribues son action. Or le fourbe qui ne se lasse pas de tromper la créature humaine, lui insinue la vaine gloire et la déçoit par cette pensée maudite qu'elle est elle-même l'artisan de son amour. Telle est la cause de la conduite de ton Epoux : qu'il parte ou qu'il revienne, tu réalises un grand gain, si tu sais être patiente.

 
DE LA PAIX DANS LES ÉPREUVES DE L'AMOUR

La Raison: Je t'en prie, épouse, sois en paix, et ne te trouble pas s'il ne vient aussitôt. Et s'il ne se donne autant qu'il te plairait, dis-toi : « C'est mieux ainsi pour moi. O Christ Jésus, mon fidèle Amour, donne-moi l'aliment qui me soutiendra. » Et crois-en mes conseils, épouse, ne cherche pas à l'excès l'intimité de Dieu : ne va pas la lui demander comme on réclame un droit, mais prie-le avec une humble réserve.

L'Aine : : Et toi, ma Raison, prie-le qu'il vienne, mon doux Amour, alimenter mon coeur; le besoin me contraint à réclamer encore. Laisse-moi parler. Il est bon, il ne dédaignera pas de venir bercer ma grande fatigue. Mon amour est trop fort, je ne puis me taire, je ne puis m'empêcher d'en parler à toute heure. Je n'ai cure de la honte, je n'ai cure de la crainte : rien ne me retiendra de réclamer l'amour, ardemment.

 
DE LA FIDÉLITÉ DE L'AMOUR

La Raison: Tu as déjà reçu les arrhes de ton bonheur : et à cela je reconnais que tu es aimée. Il t'a donné de lui une grande connaissance, ton Bien-Aimé auquel tu te fianças. Fixe bien en lui ton esprit, car tu eus de son amour des preuves certaines, et tu ne peux plus vouloir un autre que lui. Plus jamais donc ne laisse ton coeur se poser autre part car jamais, hors de lui, tu ne pourras trouver ce qui rassasie l'âme.

L'Aine : : O Raison, puisqu'il m'aime, c'est là mon seul vouloir : l'aimer toujours, durant toute ma vie. Je souffrirais toute autre peine plutôt que d'être séparée de lui. Sa grâce m'a donné une grande force, afin que jusqu'au bout je persévère. Car il est mon unique amour, mon Jésus très parfait, il est au-dessus de toute autre joie, mon Bien-Aimé. Il est la Joie , l'immense consolation que j'attends, et que j'aurai dans le ciel, perpétuellement.

Le Christ : O mon épouse, c'est très bien de parler de la sorte. Et maintenant, je demande aussi tes oeuvres. Efforce-toi d'avoir toujours le coeur pur, ton coeur qui est la demeure du roi de grâce. Garde-le marqué de lui et joint à lui, et que jamais n'y pénètre une vaine pensée. Je te le dis, mon épouse, si tu demeures pure, l'amour de ton Christ sera inébranlable : pour toi il a souffert une mort très dure, pour te donner à jamais une vie bienheureuse.

 
P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise
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