P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

La vie contemplative-1AB -LA VIE CONTEMPLATIVE MYSTIQUE
LES SEPT DEGRÉS DE L'ORAISON par David d'Augsbourg

 
Cinquième degré.

Il arrive un moment où cette dévotion a si bien enivré.l'âme de Dieu, qu'elle la jette dans une sorte d'oubli de toutes les choses extérieures : l'âme accède alors au cinquième degré; elle est tellement absorbée par la dévotion que, sans devoir faire aucun effort, elle reste fixée dans son intime contemplation et devrait se faire violence pour s'en àrracher. La force de l'amour qui la tient attachée à Dieu, la chaleur du désir qui soupire vers sa présence, refoulant en quelque sorte tout essai d'évasion, l'empêchent de se dissiper et la tirent en haut vers Dieu, la rendant inapte à s'appliquer aux occupations extérieures et à sortir d'elle-même : tout entière recueillie en son centre, tant en pensée qu'en affection, tendant de tout son esprit au-dessus d'elle-même, vers Dieu, elle oublie les fonctions des sens corporels et n'aspire qu'à adhérer à Dieu dans cette « paix qui surpasse toute intelligence ».

Le degré précédent faisait songer à un homme qui a bien bu et qui se sent l'esprit joyeux et alerte; mais qu'il augmente un peu la dose et dépasse la mesure, il commence à perdre le sens et à tomber dans la somnolence : il en va de même de l'Esprit-Saint, de ce « vin jeune » qui avait enivré les apôtres. Au quatrième degré l'âme était réconfortée, réjouie, soulevée dans la connaissance de Dieu; mais au cinquième, une irruption plus abondante de dévotion la soustrait aux choses extérieures et la replie sur elle-même, et l'âme, peu à peu, s'assoupit dans une sorte de quiétude et de repos intérieur : tel un homme tenté par le sommeil, qui, s'il veut secouer son engourdissement, doit se faire violence pour se tenir éveillé.

C'est de cette qualité d'oraison que parle le Seigneur dans l'Evangile de saint Matthieu : « Pour vous, quand vous prierez, retirez-vous dans votre chambre, fermez la porte et priez votre Père dans le secret. » Notre chambre, c'est ce repos de l'âme dans lequel nous devons entrer pour « prier le Père dans le secret », soustrayant notre esprit à tous les embarras extérieurs et éloignant même de ses yeux toute image matérielle, si sainte et si pieuse qu'elle soit, afin de pouvoir fixer notre regard spirituel sur le mystère des choses invisibles et, suavement, savourer dans l'intime de nos coeurs la présence de Dieu.

Sixième degré.

Quand une âme en est là, elle aspire violemment à jouir de son Dieu; et il arrive parfois, encore que rarement, qu'il luise à son regard un rapide et éclatant rayon de la très divine lumière : et l'esprit, ravi au-dessus de lui-même, peut alors, en quelque sorte, « voir Dieu comme dans un miroir ». Ici la raison humaine succombe, tout souvenir de l'extérieur s'évanouit, et l'âme s'endort, suavement, dans la contemplation de Dieu parmi les embrassements de l'Epoux. Dès lors aucun objet inférieur à Dieu ne pourrait plus s'offrir au regard de l'esprit sans troubler et interrompre cette joie très pure de la jouissance divine. C'est alors qu'il est vraiment donné de « goûter combien le Seigneur est suave ». Alors aussi on reconnaît clai­ rement que « la miséricorde de Dieu se répand à jamais ceux qui le craignent ». Et, dans l'extase, l'homme s'unit à Dieu, selon qu'il est écrit : « Celui qui adhère à Dieu est un seul esprit avec lui »; et encore : « Pour vous, contemplant à face découverte la gloire de Dieu, vous êtes transformés à sa propre image. » Car le rayon de la divine lumière, envahissant l'esprit, se mélange avec lui, et faisant un seul esprit de deux, soulève celui de l'homme et le transforme en quelque sorte en Dieu : non pas qu'il devienne Dieu, mais il est rendu conforme à Dieu. Cette union de l'esprit avec Dieu ne s'opère que dans une très grande ferveur de dilection, dans une charité totale et dans un très pur élan d'amour dans lequel l'âme entière s'échauffe, perd sa dureté habituelle, s'amollit, se liquéfie au feu du Saint- Esprit et, comme une cire fondue, s'écoulant sur l'image divine qu'elle perçoit dans l'extase, prend la ressemblance de la forme que celle-ci lui imprime. « Il y a, dit saint Bernard (2) , une certaine ressemblance qui est tellement spéciale qu'on ne doit plus l'appeler ressemblance, mais unité : l'homme, dans cet état, devient un seul esprit avec Dieu, non seulement par l'identité de fait des vouloirs, mais encore par une certaine unité plus stricte et plus profonde de volonté qui la rend incapable de vouloir autrement que Dieu. Cette unité s'appelle « unité de l'esprit », non seulement parce que c'est l'Esprit-Saint qui l'opère en touchant l'esprit de l'homme, mais parce qu'elle est elle-même l'Esprit- Saint, le Divin Amour : lui qui est l'amour du Père et du Fils, leur unité et leur suavité, leur bien, leur baiser, leur embrassement et tout ce qui peut leur être commun dans cette suprême étreinte qui est l'unité de la vérité et la vérité de l'unité, il produit une chose analogue dans l'homme selon le mode humain d'agir quand il l'unit à Dieu : c'est, toute proportion gardée, la même sorte d'unité que dans l'union substantielle du Fils au Père et du Père au Fils, qui se reproduit en lui quand, l'amour servant en quelque sorte de lien entre lui et Dieu, il reçoit le baiser et l'embrassement du Père et du Fils et que, d'une façon ineffable et inconcevable, il mérite de devenir un homme divin : non pas d'être Dieu, mais d'être par la grâce ce que Dieu est par nature. »

Atteindre à de telles cimes ne peut être le fait d'aucun effort humain : seul l'Esprit-Saint, par sa lumière et son amour, peut y ravir l'esprit, là où tout ce qui est de l'homme se tait et s'immobilise et où seule opère la puissance divine. Bien qu'en effet la créature raisonnable soit faite pour connaître Dieu, elle ne peut cependant par elle-même se dépasser elle-même : seul celui qui l'a faite peut aussi, par bonté, la soulever plus haut. Car telle est la dignité naturelle de l'être raisonnable : non pas de pouvoir par soi comprendre le divin, mais d'en être capable si Dieu veut l'y admettre, ce qui n'est le propre d'aucune créature, hors celle qui fut faite à l'image de Dieu. C'est pourquoi ce ravisse­ ment de l'âme en Dieu, cette unité avec Dieu est la plus haute perfection de l'homme en cette vie.

Septième degré.

Aller plus loin, monter jusqu'au septième degré, voir Dieu sans le miroir qui nous le reflète en cette vie, le voir face à face, tel qu'il est, comme nous le verrons quand nous lui serons devenus parfaitement configurés, cela n'est point le lot d'un homme chargé d'une chair mortelle. On croit pourtant que l'apôtre saint Paul, ce « vase d'élection », fut élevé jusque-là, lors de son sublime ravissement dans le paradis céleste qu'il appelle le troisième ciel; et cela est tellement extraordinaire pour un homme, qu'il en vint à douter si ce fut « dans la chair ou hors d'elle ». On pense aussi que l'âme de la Bienheureuse Vierge Marie se trouva dans l'état de vision béatifique tout en étant encore dans une chair mortelle. On ne peut aucunement en douter pour ce qui concerne l'âme de l'Homme-Dieu, Jésus-Christ, « dont nous avons vu la gloire : gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité ».

Ce septième degré d'oraison est l'entrée dans la Cour céleste. Au-delà il n'y en a plus, car au ciel tous voient la face du Père. Ce bonheur est réservé aux bienheureux, qui en jouissent, dans des mesures diverses, quand, soulagés de la charge du corps, débarrassés de tous les obstacles du péché ou de la corruption, ils pourront, comme des aigles, prendre un libre essor vers les cimes et fixer des yeux purs sur l'éclatante splendeur du Soleil éternel, le ravissant, l'éblouissant visage du Tout-Puissant. de pouvoir tout au moins, en veillant à la porte, recevoir de menues étincelles de cette fournaise et apercevoir par les fentes étroites de faibles rayons d'une telle splendeur. Ils peuvent juger par là et de l'indigence de cette vie et de la félicité de la bienheureuse patrie. Aussi, revenus à eux, ils se retrouvent dans une sorte de deuil étonnant : accablés de douleur et de désir, ils se consument en larmes et en gémissements, martyrisés de se voir détenus dans une prison, exilés sur cette affreuse terre étrangère, si loin de l'immense et radieuse félicité dont ils ont goûté quelque chose dans l'extase de la contemplation.

C'est ainsi que gémit le prophète : « J'ai mêlé mes larmes à ma boisson, voyant votre colère et votre indignation. Car après m'avoir élevé, vous m'avez rejeté loin de vous : et voici que mes jours sont comme l'ombre qui s'allonge, et je me dessèche comme l'herbe qui se fane... » Il voit que le péché de l'homme a provoqué l'indignation de Dieu, qui l'a exclu de la vue de son visage; et, dans la lumière de la contemplation, il a compris plus clairement quel grand malheur était cette privation. C'est pourquoi il se plaint d'être retombé de son extase, au moment même où celle-ci le soulevait : et ainsi, revenu à lui, il mêle à la coupe de la divine consolation les larmes de son amère tristesse.

C'est pourquoi aussi il s'écrie : « J'ai dit, dans le transport même de mon esprit : j'ai été rejeté de devant vos yeux! » « En effet, explique saint Bernard (3) , jamais l'homme ne prend mieux conscience de l'imperfection de sa condition terrestre, que dans la lumière de la Face de Dieu, dans le miroir de ses divines visites. » Celui qui jamais encore n'est parvenu jusque- là ne peut avoir cet ardent et véhément désir d'être là-haut et de sortir de ce monde : ignorant les délices de cette vie bienheureuse, il sent moins les ennuis de l'exil; et n'ayant aucune idée de biens supérieurs, il se satisfait de n'importe quels biens, si vils qu'ils soient. Mais les saints, qui déjà avaient goûté quelque chose des transports de cette vie céleste, en ont senti s'allumer en eux un dévorant désir, et, dans l'impatience d'y parvenir, ils n'ont plus supporté que comme un dur martyre les retards de cet exil; et dans l'espoir d'en voir plus tôt le terme, ils ont souhaité ardemment de subir tous les tourments possibles, sachant bien que, aussitôt déposé le fardeau de ce corps cor­ ruptible, ils recevraient l'incorruptible couronne de la gloire éternelle — à laquelle nous conduise Jésus-Christ, notre Seigneur, qui vit et règne glorieux avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Amen.

 

LES ÉPREUVES DE LA CONTEMPLATION

Une telle ascension ne se fera pas, on s'en doute, d'une marche unie et régulière. Elle présente des hauts et des bas, des montées et des descentes, des périodes heureuses où l'âme, ignorant tout trouble et toute incertitude, goûte des joies célestes, et des périodes d'épreuve, où, le soleil de l'amour semblant se 'voiler, elle sombre dans l'aridité, la dépression, l'inquiétude, et endure de cruelles souffrances. Ces périodes se suivent comme des saisons, et comme celles-ci elles sont nécessaires, les unes préparant les autres. Comme le dit le P. Claude Frassen dans l'extrait qui suit, l'épreuve est l'hiver de l'âme, qui déjà porte les promesses du printemps. Ou plutôt c'est déjà le nouveau printemps mystique qui se fait sentir, mais de telle façon que l'âme, non encore habituée à un monde si purement surnaturel, en est désorientée, si bien que ce qui est lumière nouvelle lui paraît ténèbres, et ce qui est amour profond lui semble tiédeur. C'est une purification, et une préparation : Dieu, qui veut élever l'âme à une oraison plus purement surnaturelle, bloque ses activités naturelles pour les empêcher d'enrayer la sienne propre; voulant l'amener à se mettre sous l'influence du Saint-Esprit, il la rend incapable d'agir selon son mode accoutumé qui était une façon humaine et imparfaite. L'épreuve passée, elle débouchera à une altitude plus haute, dans une atmosphère plus pure et un amour plus fervent. Puis, quand celui-ci aura mûri, elle se trouvera capable d'aborder une nouvelle zone d'aridité, et ainsi jusqu'au terme suprême. Dans ces passages obscurs, il importe que l'âme sache comment se comporter. Si nous retournons au P. Croonenborgh, il nous donnera à ce sujet des avis pertinents. C'est, au fond, très simple — et il suffit de le savoir : ce qui est demandé à l'âme dans ces périodes, c'est, avant tout, la chose la plus simple, assurément, qui soit : ne rien faire; je veux dire ne plus tenter, dans l'oraison, d'agir par elle-même, mais se tenir sous l'influence de l'Esprit-Saint, attendant que lui agisse; c'est de persévérer, sans trouble ni tristesse, dans cette oraison d'attente; et enfin d'être fidèle à ses devoirs et à ses exercices spirituels comme au temps où tout allait à son gré.

Sous une forme poétique, le bienheureux Jacopone de Todi , chantre inspiré du Stabat Mater, a décrit les joies et les peines de l'âme contemplative. Il n'y apporte pas, bien sûr, la précision d'un saint Jean de la Croix; n'est ni possible ni nécessaire ici de creuser à ce point cette question. I l suffira d'écouter les sages conseils de la raison : car le poème est un dialogue entre l'âme et la raison, ou plus exactenet entre le coeur; et, comme il est juste, c'est la raison qui a le dernier mot.

L'ORAISON DE RECHERCHE par Claude Frassen (Conduite spirituelle, III, ch. 1H)


Quand Dieu se fait sentir au centre de l'âme, toutes les facul tés se retournent vers ce divin objet qui les attire à soi par l'attrait de sa suavité. Et l'âme, connaissant la grandeur infinie de Dieu et sa propre bassesse, demeure tellement surprise de cette auguste présence, qu'elle entre dans l'admiration et s'écrie comme Job : « Qu'est-ce que l'homme, ô Dieu très-haut, pour que vous l'éleviez à une dignité si sublime ? » Mais un jour vient où elle doit ajouter : « Vous le visitez le matin, mais aussitôt 'vous l'éprouvez. » Il arrive souvent en effet qu'après avoir donné à l'âme ces marques de sa bienveillance, Dieu se retire, la privant de ces douceurs et de ces consolations célestes. « Mon âme, disait la sainte Epouse, s'est fondue de bonheur quand mon Epoux a parlé; mais aussitôt je l'ai cherché, et je ne l'ai plus trouvé, je l'ai appelé et il ne m'a pas répondu. » De là vient qu'on passe ordinairement de l'oraison de recueillement à L'Oraison de recherche, qui est un désir ardent de trouver et de posséder Dieu, que l'âme croit avoir perdu par sa faute, bien qu'il ne se soit retiré que pour éprouver sa fidélité et pour pouvoir couronner sa confiance par des grâces plus hautes. Cette perte est si sensible à l'âme qu'après avoir répandu un torrent de larmes pour pleurer son malheur, elle met en oeuvre tout ce qu'elle peut de mortification, de prières, de bonnes oeuvres et d'intercessions pour obliger son divin Epoux à revenir chez elle. Et s'il diffère trop son retour, elle devient toute languissante, sans force, sans ressort et sans action, parce que l'amour, comme un feu sous le vent, recevant un accroissement d'ardeur de ses soupirs, consume et épuise toute sa vigueur et son activité. De là viennent les sécheresses, les désolations et les anxiétés que l'âme ressent parfois d'une manière si affligeante qu'elle croit que Dieu l'a abandonnée comme une réprouvée.

Mais, dit saint Bernard, ne craignez pas, épouse, ne vous affligez pas de l'absence de celui que vous désirez : c'est un éloignement, et non pas un délaissement. Vous gagnerez beaucoup pendant cette éclipse de l'Esprit divin, qui n'est que pour un temps. Le soleil qui fertilise les campagnes ne le fait pas toujours par les chaleurs de l'été et du midi. Il y a des nuits qui le cachent, des hivers qui l'éloignent, des brouillards qui l'obscurcissent. Il semble alors nous avoir abandonnés et ne plus devoir revenir; pourtant ces nuits, ces hivers, ces brouillards, ces gelées, ces neiges et ces frimas sont avantageux : ils engraissent la terre, fortifient les arbres, enfoncent les racines, et les disposent à produire des fleurs et des fruits. Il ne faut donc pas s'étonner si les âmes les plus saintes passent par ces aridités, qui font sécher de peine ceux qui les endurent : cet éloignement de Dieu leur est avantageux, il les conserve dans l'humilité, éprouve leur persévérance, les purifie de ce qui reste en eux d'imparfait et de trop humain.

Puis, quand Dieu revient, comme un soleil, dissiper ces nuages de tristesse et d'amertume en remplissant l'âme de lumière et de consolation, et que de nouveau il se présente à elle, lui dévoilant son adorable beauté et l'inondant de ses dons, elle est tellement émerveillée de ce retour qu'elle entre dans l'oraison de ravissement et, dans un divin transport, s'élance dans le sein de son Bien-Aimé. Plus elle a eu d'amertume de son absence, plus elle a de joie de son retour; elle goûte les délices de la pos­ session avec un bonheur d'autant plus grand qu'elle en a été longtemps privée, comme un cerf altéré qui se jette au milieu d'une fontaine pour étancher la soif brûlante qui le consumait.

CONDUITE A TENIR DANS LES ARIDITÉS par Mathias Croonenborgh  (L'oraison simplifiée, ch. V)

Ce qui souvent rebute et attriste les âmes d'oraison, les mettant en péril de délaisser une entreprise bien commencée, c'est l'aridité, l'inappétence et l'insensibilité qu'à certaines époques elles éprouvent dans la prière : privées de toute émotion sensible et de toute saveur dans la dévotion, elles sentent leur coeur sec comme la pierre, dur comme le métal, froid comme la glace, si bien qu'elles en viennent à croire que leurs prières ne plaisent pas à Dieu, qu'elles n'ont plus de ferveur, que tout est peine perdue, et qu'elles emploieraient mieux leur temps à quelque autre occupation. Par suite de cette tristesse, beaucoup de débutants, encore inexpérimentés dans la vie spirituelle, tombent dans une lourde erreur : ahandonnnant l'oraison, ils deviennent souvent plus tièdes, plus mous, plus inattentifs dans la prière vocale elle-même, qu'ils n'étaient auparavant. Ce travers est fréquemment le fait d'un manque de lumière. Il importe de bien noter ceci : que la dévotion ne consiste pas dans la douceur goûtée dans la prière ni dans quelque émotion sensible, mais dans une promptitude de la volonté à embrasser ce qui est agréable à Dieu. Ceux-là sont vraiment dévots qui en toute chose ne désirent que l'accomplissement de la tout aimable volonté divine. Quand donc, dans l'oraison, vous vous trouvez en butte à la sécheresse, à la tristesse, à l'insensibilité, à l'inertie, à l'obscurité et à d'autres tourments de ce genre, n'allez pas vous décourager et croire que de rester en cet état devant Dieu soit du temps perdu. Gardez-vous, d'autre part, de vous faire violence pour provoquer la dévotion sensible et arracher quelques larmes de votre coeur : de telles larmes ne peuvent plaire à Dieu, et elles pourraient, de plus, nuire à votre santé et vous porter au dégoût de la prière. Exercez-vous plutôt à la patience, au complet abandon de votre volonté à celle de Dieu, au mépris et à l'oubli de vous-même, à la connaissance et à l'aveu de vos misères et de votre impuissance. Persistez malgré tout à rester en prière tout le temps fixé pour l'oraison, convaincu que c'est une grande vertu de demeurer ainsi devant Dieu de la manière qu'il lui plaît. Résignez-vous à tout ce qu'il veut faire de vous, dépouillez-vous de toute volonté propre, vous reconnaissant indigne de toute faveur et ne voulant qu'une chose : que sa sainte volonté s'accomplisse en vous. Soyez-en sûr, vous aurez fait de la sorte une excellente oraison, y fussiez-vous resté aussi sec qu'un bâton. Dieu aura pour agréable votre patience, votre humilité, et votre bonne volonté, plus que les plus beaux sentiments d'une dévotion sensible. Que votre dévotion consiste simplement en ceci : persévérer patiemment en dépit de la sécheresse, tenant la barque de votre volonté ancrée, par la foi, à la volonté divine : comme un pauvre admis à la cour du roi se contente de ce qu'on lui donne, si peu que ce soit, trouvant que c'est déjà trop qu'on le tolère et lui permette de rester à la cour au service du souverain.

Ah! plaise à Dieu que tous les hommes d'oraison aient cette profonde humilité ou s'appliquent résolument à l'acquérir! Ils demeureraient alors, au milieu même de l'aridité et de l'épreuve, paisibles et sans tristesse, aussi prompts et fervents que jamais dans tous les exercices spirituels. Dieu, qui éprouve les siens, permet souvent que ses amis de prédilection tombent en de si grandes désolations, sécheresses et tentations, qu'il leur semble s'être égarés loin de lui et ne plus lui plaire, alors qu'ils lui demeurent très agréables. Comme un Père bon et sage, il en use de la sorte pour les purifier et leur donner de bas sentiments d'eux-mêmes, les maintenant en cette vie tels que des petits enfants pour en faire plus tard de grands saints dans le ciel. Il arriva un jour dans le royaume de Valence, qu'ayant abattu des cyprès, on les laissa longtemps couchés dans la vase. Comme on demandait aux bûcherons pourquoi on ne les enlevait pas, l'un d'eux répondit : « C'est parce qu'on veut en faire des statues de saints. » Et quelqu'un ayant avancé qu'il ne semblait nullement nécessaire pour cela de les laisser ainsi traîner dans la pluie, le vent et la boue, il repartit : « Vous n'y entendez rien : la pluie, le vent, la boue et la tempête les rendent plus propres à être travaillés; à faire de celui-ci, par exemple, un saint Jérôme, de celui-là un saint Antoine, de cet autre une sainte Marguerite. » Par quoi l'on comprend pourquoi Dieu laissa sainte Thérèse dans l'aridité durant dix-huit ans : c'était pour en faire une Mère séraphique; et pourquoi sainte Catherine de Sienne sembla abandonnée pendant cinq ans au milieu des plus impures tentations : c'était pour en former une fille selon le coeur de Dieu. Si donc vous vous voyez abandonné dans la sécheresse, prenez confiance : c'est que, par une providence éternelle, l'Artiste céleste veut faire de vous une belle statue. Humiliez-vous donc, âme pieuse, au temps de l'aridité. Répétez : « Seigneur, je ne sais pas prier, mais je veux demeurer en votre présence jusqu'à la fin et, pour votre amour, souffrir ce qu'il vous plaira. »

Sans doute, cela coûtera de l'effort; comme l'ont noté d'anciens Pères, aucun labeur n'est comparable à celui de l'oraison quand le coeur languit dans l'aridité; mais si nous y persévérons nous en serons surabondamment récompensés.

Références

1- s. Allusion à un passage de l'Exode (38, 8) : « Moïse fit la cuve d'airain (des ablutions) avec les miroirs des femmes qui s'assemblaient à l'entrée de la tente. »

2. Ce passage n'est pas de saint Bernard, mais de son ami Guillaume de Saint-Thierry (Epist. ad fratres de monte Dei, I, 2, C. 3, n. i6). Il convient d'ailleurs de l'entendre hors de toute tendance panthéiste
3-s. Cette citation est, elle aussi, de Guillaume de Saint-Thierry (toc. cit.).

4-I. Les sous-titres ont été ajoutés.

 
P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise
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