P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

Déchetement de soi-3
La technique du combat spirituel
Alphonse de Madrid : L'art de servir Dieu

 
1- Le dépouillement intérieur
Propos du bienheureux
Frère Richer de Mucie
3-La technique du combat spirituel
Alphonse de Madrid : L'art de servir Dieu
2- Pacification
Jean de Bonilla :
traité de la paix de l'âme
4-En quête de l'aide divine
Barthélemy de Saluces : L'âme demande au Maître divin de l'instruire et de la seconder.
LA TECHNIQUE DU COMBAT SPIRITUEL

Jean de Bonifia est un maître aimable. Si austère que soit son enseignement, on y sent une douceur, une sérénité, une modération ennemie de toute violence : la seule contrainte à quoi il nous invite est d'éviter toute contrainte. Il est le docteur de la paix.

Avec Alphonse de Madrid (5) et son Art de servir Dieu, nous nous trouvons devant un tout autre tempérament : le premier est un sage au sourire serein, le second un rude maître d'ascèse; l'un invite à la paix, l'autre à la violence sur soi et à la haine de soi. C'est pourquoi ils se complètent à merveille.

Jean de Bonilla indique la ligne de conduite à suivre : constamment redresser vers Dieu les mouvements du coeur. Mais si facile que soit en principe cet exercice, on se rend bientôt compte que, dans la pratique, une telle discipline exige un gros et persévérant effort : si l'idée en est simple, nous sommes compliqués. Il faudra donc pousser plus loin l'étude de la tactique à employer.

Alphonse de Madrid est un excellent tacticien : il va mettre au point la manoeuvre, préciser les rouages de la méthode et en montrer le fonctionnement jusque dans les extrêmes détails.

L'ART DE SERVIR DIEU par Alphonse de Madrid (Extraits 1 (2 )
QUE LA VOLONTÉ DE DIEU DOIT ÊTRE LE MOTIF ET LA FIN DE TOUS NOS ACTES

Prenons-y bien garde, personne ne peut s'excuser de servir Dieu en perfection et s'en tenir à l'observance matérielle d'une règle ou des commandements, sous prétexte que cela suffit au salut : car la volonté de Dieu, au témoignage de saint Paul, est notre sanctification.

Dans le monde, les hommes ne se tiennent pas satisfaits des biens qu'ils possèdent, mais cherchent à gagner toujours plus, et cela contre la loi de Dieu : ne soyons pas contents, nous, si nous n'accroissons chaque jour ce bien très précieux qu'est la vertu et le prix que nous en espérons, puisque Dieu désire tellement nous voir obtenir l'une et l'autre.

Dieu Notre-Seigneur n'a pas voulu nous contraindre, sous peine de mort éternelle, à vaquer constamment à son service : cette menace ne concerne que les commandemants formels. Mais sa bonté nous fait une autre loi qu'il convient que nous gardions, nous fils d'un tel Père : d'où l'obligation, non pour les seuls religieux, mais pour tous, de tendre à une très haute sainteté et de nous appliquer sans relâche au service d'un si noble Seigneur et Père.

Or, de même que le lien le plus étroit qu'un' homme puisse contracter avec son roi, consiste à n'avoir avec lui qu'un même dessein et une même volonté, ainsi la véritable sainteté se ramène à cet unique point : être un seul esprit et une seule volonté avec Dieu.

Le serviteur de Dieu soucieux de plaire à son Seigneur doit, au prix d'efforts répétés, planter dans son âme une ferme volonté, une disposition habituelle d'agir avec la conscience que toutes ses actions, spirituelles et corporelles, toutes ses pensées et ses paroles, tous ses actes de vertu, ses pratiques de pénitence et de dévotion, que tout sera accompli pour l'unique motif que voici : Dieu le désire et le demande de nous, et il est très digne, lui, l'infinie bonté, que nous le servions de la sorte; c'est-à-dire, pour parler simplement, que cet homme fera toutes choses en vue de plaire à Dieu.

Il doit si bien épouser la volonté de Dieu, vouer si totalement à son service tout son être et toutes ses énergies intérieures et extérieures, qu'en aucune de ses démarches il ne se sente poussé par un autre mobile que le désir de lui faire plaisir.

Posons d'une part Dieu, Notre-Seigneur et notre très grand Ami, et chacun de nous en face de lui. Quand notre volonté se porte à telle ou telle vertu ou bonne action, examinons quelle est la raison qui la fait agir : le plus souvent, nous constaterons que c'est la crainte du châtiment, ou le désir du ciel, ou l'estime de la vertu. Ces motifs ne sont point mauvais, mais nous ne pouvons nous en contenter.

Notre volonté, en effet, est maîtresse de choisir un objet et d'en rejeter un autre (nous reviendrons sur ce point). Nous savons d'autre part que la volonté divine est préférable à la nôtre et doit nous décider plutôt que celle-ci. Faisons-nous donc violence, cessons de vouloir comme nous avons accoutumé, et entraînons notre volonté à se porter à ces mêmes biens, mais pour une raison meilleure, c'est-à-dire parce que Dieu le veut ainsi et qu'il a droit à toute notre soumission

.Que le bon plaisir de Dieu soit l'unique fin de tout ce que nous faisons, jusqu'aux humbles actions auxquelles nous astreint la condition où le Créateur nous a placés. Nous ne pouvons tout de même les omettre : accomplies pour l'amour de Dieu, elles concourent, tout en pourvoyant à notre vie matérielle, à accroître notre vigueur spirituelle. De la sorte, l'acte le plus minime aura devant Dieu une plus grande dignité que l'exploit le plus haut réalisé sans cet excellent motif. Chose admirable et qu'il ne faut jamais oublier : prendre sa nourriture dans cette intention d'amour est, aux yeux de Dieu, une action plus éminente que de jeûner, de verser des larmes ou de s'infliger de rudes disciplines dans le désir de jouir des délices du ciel. Non point que ce désir ne soit bon, mais parce que le premier motif le dépasse autant que le monde entier l'emporte sur une noisette.

Pour acquérir l'habitude d'agir sous l'impulsion de cette bienheureuse fin, il importe de veiller soigneusement à ne jamais passer d'une occupation à une autre, à ne jamais rien commencer sans nous y sentir poussés par ce motif que nous estimions répondre ainsi au désir de Dieu — qu'il s'agisse d'ailleurs d'activité physique ou spirituelle.

Car le Seigneur, avec une infinie jubilation, veut être possédé et aimé de tous les hommes. Il veut que sa divine volonté soit le motif actuel de tous nos mouvements d'amour et de tous les actes, sans exception, que nous faisons à chaque instant de notre vie.

Voici donc la règle générale à suivre : chaque fois que nous nous disposerons à agir, commençons par lever les yeux vers notre Dieu, et restons ainsi jusqu'à sentir que par cet acte nous lui donnerons cette joie infinie qu'il a de nous voir bien faire. Puis, comprenant combien il mérite que nous le contentions et le servions en ceci, tenons-nous comme rivés à sa très haute volonté pour nous acquitter de ce devoir, oubliant complètement notre bien personnel.

Il faut que la volonté de Dieu finisse par si bien dominer la nôtre, que plus rien ne procède de notre seule initiative, mais que tout dérive uniquement de la volonté divine régnant sur la nôtre.

Les débutants éprouveront de grandes difficultés avant d'arriver à agir d'une manière et pour une fin aussi élevées. Longtemps même ils n'y réussiront guère à leur gré. Qu'ils ne se découragent pas; qu'ils regardent plutôt autour d'eux, dans le monde : que de gens poursuivent, et pendant plus longtemps, des biens dérisoires qu'ils n'atteignent jamais! Nous, au contraire, nous sommes certains d'arriver au but, à condition d'y mettre une profonde humilité et de persévérer dans les exercices que nous proposons.

Il est bon, je crois, de signaler ici une sorte de tiédeur dont souffre parfois, dans les débuts, l'homme encore novice dans des pratiques si hautes. Peut-être s'étonnera-t-il qu'à suivre une méthode plus relevée il éprouve moins de dévotion : comme si à s'approcher du feu on se refroidissait.

Il convient de résoudre cette difficulté. D'abord, à examiner la cause de cet attiédissement, nous verrons qu'il est inévitable. Ensuite, il ne diminue en rien le mérite de nos oeuvres. Cette cause, en effet, est que nous cessons d'agir et d'aimer pour notre propre bien, comme nous avions accoutumé et comme il est naturel : agissant pour le seul amour de Dieu, nous arrachons pour ainsi dire de nous-mêmes la racine d'où nous vient normalement toute joie, c'est-à-dire notre propre bien et nos propres commodités, pour mettre notre fin et notre satisfaction dans le bien d'un autre : dans la gloire de Dieu. Or, c'est là chose surnaturelle et très opposée à nos habitudes : aussi ce changement est pénible, au point de nous faire tomber, des douceurs que nous goûtions, dans une affligeante aridité.

Celle-ci persistera jusqu'au jour où nous serons si bien inclinés à apprécier et à aimer la gloire et la volonté de Dieu par­ dessus les nôtres, que nous viendrons à les considérer comme nôtres plus que nos propres désirs, y étant plus attachés qu'à ceux-ci. Une fois parvenus à ce point, nous serons en contact avec un feu qui ne souffre ni froid ni tiédeur, et notre mérite s'en trouvera grandement accru.

 
DE L'USAGE DES FACULTÉS DE L'AME ET PREMIÈREMENT DE L'INTELLIGENCE

Tout comme le corps, notre âme a ses instruments pour agir : l'intelligence pour connaître, la volonté pour décider, et les diverses puissances affectives.

L'oeuvre vaudra ce que vaut l'instrument et la façon dont l'ouvrier le manie : l'emploi judicieux des facultés de l'âme sera donc d'une souveraine importance dans notre vie spirituelle tout comme dans les choses naturelles. Il convient donc de préciser la méthode à suivre pour exploiter ces facultés que jusqu'ici nous avons tant laissé végéter. Mais au préalable rappelons-nous quelques notions de psychologie qui seront à la base de notre doctrine.

L'appétit sensitif cherche instinctivement l'objet auquel il incline ou qui lui paraît désirable : point n'est besoin de l'y inviter, il s'y porte, pourrait-on dire, nécessairement. La volonté ne procède pas de la sorte. Elle commence par consulter la raison, puis, une fois établi que l'objet est convenable, elle se détermine librement à l'adopter : on ne peut rien vouloir, dit le philosophe, qui ne soit d'abord connu. La connaissance présentée par l'intellect sert ainsi de lumière à la volonté en lui indiquant le motif qui doit la décider.

Pour nous tenir à l'essentiel, voici donc, d'abord, comment nous utiliserons l'intelligence.

Il s'agit par exemple de nous entraîner à faire quelque action vertueuse, ou à désirer quelque chose qui nous dispose à la vertu, comme d'être méprisé des hommes, ou de fuir les plaisirs dont se sont détournés les grands ascètes : en ces choses et en tout ce qui nous paraît difficile à exécuter ou à accepter, recourons à l'intelligence, examinons l'objet proposé à notre vouloir pour mettre en lumière ce qu'il a de précieux, d'agréable à Dieu et d'avantageux pour notre salut éternel.

Aperçu sous ce jour favorable, il stimulera la volonté et l'entraînera à s'y porter, à l'embrasser et à passer à l'action. Bien des fois en effet, devant la difficulté d'une oeuvre pénible, la volonté, toute libre qu'elle est, s'effraye, se dérobe, et pèche ainsi par omission. Mais si l'intelligence lui vient en aide, elle s'en trouvera encouragée, si bien que, devant l'excellence de cette chose ardue, elle s'y décidera et finira par l'accomplir presque aussi facilement qu'un désir naturel.

L'homme parviendrait de la sorte à pratiquer aisément une haute vertu, à réparer en grande partie les maux produits en lui par le péché, et à exécuter avec facilité ce qui le rendra heureux au ciel et dès ici-bas.

 
DE L'USAGE DE LA VOLONTÉ

Voyons maintenant comment utiliser l'instrument le plus parfait de l'âme, qui est la volonté. Ce point mérite une particulière attention, et il importe de le bien comprendre et de le garder toujours présent à la mémoire : car il est le principal fondement de toute notre doctrine, voire de toute la vie spirituelle.

Il repose sur un principe bien remarquable, dérivé de notre libre-arbitre, et qui est de nature à réveiller l'âme de sa torpeur en lui dévoilant la puissance de notre volonté. Ce principe est le suivant : la nature a donné à chacun la faculté de vouloir ou non ce qu'il lui plaît ou ce qu'il croit de son devoir de vouloir ou de repousser, comme aussi d'assigner à ses actes la fin qu'il lui plaît, et enfin de répéter cet exercice à son gré.

Prenons un exemple concret : ce que nous en dirons vaudra pour tous les autres cas.

Etre tenu en piètre estime est une chose qu'il est possible de désirer, en ce sens que celui qui veut éveiller en soi ce désir peut y parvenir, quelque difficile qu'il paraisse de s'y déterminer.

On peut, de plus, le désirer pour divers motifs, parmi lesquels chacun choisira librement : on peut avoir en vue d'acquérir par là l'humilité, et c'est une fin louable; ou de ressembler quelque peu au Fils de Dieu qui pour nous a voulu être méprisé, et c'est une fin meilleure; ou de rendre à Dieu un hommage agréable par la charité parfaite dont s'inspire cet amour du mépris, et c'est là une fin plus excellente encore.

A l'inverse, chacun peut ne pas vouloir ou ne plus vouloir être honoré, aimé particulièrement ou estimé, et pour les mêmes raisons, malgré que la nature dévoyée l'incline à souhaiter le plus possible d'estime et de considération.

Et de même qu'il est au pouvoir de l'homme de vouloir ou de refuser quelque chose, ainsi il est maître aussi de répéter ces actes autant de fois par jour et par heure qu'il le trouvera bon. Plus souvent il y forcera sa volonté, plus vite il corrigera en lui les mauvais penchants et affermira les vertus. Dans chacun de ces actes, au demeurant, il y a un singulier mérite s'ils sont faits pour plaire à Dieu.

Pour mieux faire saisir tout ceci nous dirons : vouloir une chose pour laquelle nous éprouvons une répugnance naturelle, consiste en ces deux points :

d'abord considérer qu'il plaît à Dieu que nous la voulions, et ensuite plier résolument notre volonté à la vouloir. Ainsi un malade se résout à prendre une médecine dont l'amertume lui cause une répulsion instinctive, parce qu'elle lui apportera la guérison.

A l'inverse, ne pas vouloir ce que la nature nous porte à désirer, c'est nous rendre compte, d'abord, que cet objet délectable n'est ni voulu par Dieu ni avantageux pour nous, puis contraindre notre volonté à le refuser. Et c'est vraiment là ne pas vouloir, restât-il une certaine révolte dans notre sensibilité. Ainsi du malade qui s'abstient d'un aliment dont il a envie, parce qu'il lui est nuisible : c'est sa vie qu'il défend en le repoussant, malgré l'appétit déraisonnable qui le presse.

Voilà donc un point bien établi : il est en notre pouvoir de faire autant d'actes vertueux qu'il nous plaît. Mais ce qui nous sera particulièrement profitable dans cette méthode, c'est d'appliquer notre volonté à la répression des premiers mouvements qui peuvent survenir chez les âmes les plus avancées dans la vertu, et auxquels il nous arrive de nous attarder, ou même de consentir. Il s'agit, bien entendu, des impulsions qui peuvent conduire à quelque légère faute d'action ou de pensée.

Si nous voulons garder toujours la maîtrise de nous-mêmes et f aire le bien avec facilité, il nous faut réagir d'emblée contre les premiers mouvements par une énergique offensive de la volonté, nous forçant à accepter les ennuis qui nous adviendraient, faisant ainsi échec au déplaisir qui est notre première réaction devant ces désagréments. Et quant aux vaines satisfactions qui provoquent un sentiment de complaisance, nous devons protester aussitôt, par un acte de volonté, que nous ne les vou­ lons pas, nonobstant notre tendance naturelle. A multiplier ces combats, nous en sortirons pleins de bonnes habitudes et libérés des mauvaises.

Là se trouve la clef de notre restauration spirituelle.

Il faut tenir compte aussi que souvent nos mauvaises habitudes nous rendront malaisé d'aller au bien, de fuir le mal, d'adopter ou de rejeter une intention. Néanmoins, tout cela, nous l'avons vu, nous reste possible. Sans doute, au début ces actes seront si débiles qu'il vous semblera que ce n'est là ni vouloir ni ne pas vouloir. Ne laissez pourtant pas de les faire : peu à peu ils acquerront une grande vigueur; et si même ils vous paraissent médiocres, ils vous vaudront un abondant mérite.

Que tout cela vous semble de mince profit dans les commencements, c'est normal. Voyez l'élève qui entreprend l'étude d'une langue : un mot appris ne lui paraît pas un progrès considérable. Mais à ce mot va s'en ajouter un autre, puis un troisième, si bien qu'au bout d'un an il comprendra et parlera couramment cette langue, et au bout de deux la possédera parfaitement.

C'est qu'il étudie chaque jour, et durant bien des heures, et qu'il y consacre de grands efforts d'intelligence et de mémoire, et que tout ce labeur est nécessaire à son progrès. La même application est bien plus indispensable dans l'étude de la science sublime qui nous apprend à servir le Christ : car ce service exige non pas une vertu, mais de multiples vertus, telles que la charité pour Dieu et le prochain, notamment pour nos ennemis, l'humilité, la patience, le renoncement; et chacune est plus longue à acquérir que n'est l'étude d'une langue ou d'une science, à cause de la présence en nous d'habitudes diamétralement opposées, ce qui n'est pas le cas pour ces autres disciplines.

Ne l'oublions pas, l'infirmité de notre nature nous impose avant tout de travailler avec vigueur à déraciner nos vices. Or, leurs racines se trouvent dans tous les penchants, petits ou grands, que nous sentons agir en nous contre les préceptes ou les conseils du saint Evangile. Mettons-nous donc à l'oeuvre comme des hommes et des fils de Dieu! Poursuivons nos efforts jusqu'à l'extirpation complète de ces racines, si profondes soient-elles. On n'arrive pas du premier coup à déraciner certaines plantes, ni du deuxième ni du troisième, mais seulement après des efforts répétés. Il en faudra bien plus pour arracher nos habitudes vicieuses, qui sont encore plus solidement ancrées dans notre corps et notre âme.

DE LA HAINE DE SOI-MÊME

Vraiment, nous ne pourrions rien faire de plus avantageux que de haïr tous nos désirs sensuels, pour qu'ainsi règne en notre volonté la sublime volonté divine, c'est-à-dire Dieu lui- même : c'est là le plus haut faîte de grandeur auquel nous puissions atteindre en ce monde. .

Pour le respect que nous devons à Dieu, pour l'infini désir qu'il a de notre élévation, et pour notre propre désir d'acquérir le bien suprême, ah ! ne soyons donc pas négligents, mais donnons-nous mille peines pour trouver les moyens de nous haïr saintement et de mériter ainsi d'immenses et éternelles richesses

Pour réussir au mieux dans cette entreprise, voici un procédé qui à première vue pourra sembler assez futile, mais qui à la longue se révélera singulièrement efficace. C'est l'exercice qui doit nous être le plus habituel si nous voulons arriver à nous haïr :

Il consiste à pourchasser sans relâche les innombrables petits mouvements de notre volonté propre que nous découvrirons à tout instant si nous y sommes attentifs. Il faut, pour les dépister, employer la tactique de l'homme qui épie un adversaire dangereux : exercer sur nous-mêmes une active surveillance pour voir si d'aventure notre désir ne dévie pas vers quelque objet qui ne serait pas de Dieu ou pour Dieu. Que si nous nous surprenons à prendre plaisir à quelque chose en dehors de Dieu, il faut à l'instant même contraindre notre volonté à désavouer cette complaisance et à y renoncer, en mettant en oeuvre le pouvoir de libre détermination dont nous avons parlé. Que s'il survient un sujet de peine, nous devons aussitôt forcer notre volonté à l'accepter.

A persévérer dans cette conduite, nous arriverons très vite, sans nul doute, à une maîtrise de nous-mêmes impossible à concevoir tant qu'il n'aura plu au Seigneur de nous la donner. Je ne saurais assez insister sur la diligence à y apporter : très certainement on y trouvera une clef secrète qui donne accès à la plus haute perfection et une garde pour la protéger.

Mais il convient, en une matière qui doit nous devenir tellement familière, de donner quelques précisions sur la façon pratique de procéder.

Il faut bien noter ceci : au moment d'incliner notre volonté à accepter quelque contrariété, nous ne devons pas d'emblée mettre celle-ci sous nos yeux et nous forcer à la désirer. A moins d'être prévenu de l'onction du Saint-Esprit, il serait en effet bien difficile d'embrasser de bon coeur la souffrance au moment même où elle nous assaille ou quand elle est toute récente. Usons plutôt d'un sage artifice, et agissons de la façon suivante :

Il nous arrive d'essuyer une injure imméritée et très pénible. Nous voilà dans un trouble mortel : notre sensibilité en ces rencontres se montre toute défaillante, et notre pauvre petite raison, qui n'est plus aussi maîtresse d'elle-même qu'il faudrait, en a compassion, comme d'une soeur, alors qu'elle est son ennemie. Enfin le démon, qui ne dort pas, fait donner la grosse artillerie de sa malice pour aviver en nous le sentiment de l'injustice. Mais Dieu est fidèle, dit saint Paul, et ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces.

Voyons donc ce qu'avec l'aide de Dieu nous pouvons et devons faire en pareille circonstance.

Au moment où l'injure nous atteint ou va nous être faite, tâchons de nous en abstraire autant que possible, ne fût-ce que pour quelques instants. Dans cet intervalle, élevons notre esprit vers l'amour divin, songeons aux infinis trésors que recèle cet amour, et, à la faveur de cette pensée, inclinons notre volonté à s'éprendre d'un si grand bien. Puis quand nous serons pénétrés de ce désir et de cet amour, ramenons la volonté à l'injure en quelque sorte oubliée : regardons-la comme un moyen nécessaire pour arriver à ce précieux amour et, mettant en action notre faculté de vouloir ce qu'il nous plaît, appliquons-nous à l'accueillir avec ferveur. Apaisée et raffermie par l'espoir de l'amour et de ses récompenses, la volonté, sans doute, sera prête à plier et à embrasser ce qui d'abord l'affolait.

A répéter cet exercice, nous nous y habituerons si bien que nous arriverons à faire avec un véritable plaisir ce qui auparavant nous semblait inhumain.

Car c'est à cela que tendent toutes ces pratiques, c'est à cette joie qu'il faut en venir — non pas sans peine, bien sûr, mais cette lutte est indispensable pour pratiquer les vertus, amortir nos passions, vaincre notre amour-propre, pacifier notre âme, en un mot pour tout l'Art de servir Dieu.

Et puisque notre lâcheté nous retient de nous traiter comme il conviendrait, souhaitons donc et admettons avec grand amour d'être méprisés et persécutés par les autres.

La persécution est une forge et un marteau qui nous décape de la rouille et des scories spirituelles. C'est un scalpel ou un cautère qui vide l'âme du venin de l'amour-propre. Nous sommes bien aises de trouver un chirurgien qui guérisse nos plaies corporelles, encore que son intervention nous atteigne au vif. Mais rencontrer un persécuteur qui nous maltraite sans raison et nous prive du nécessaire est un bonheur bien plus grand, car si nous acceptons de bon gré ces injustices nous serons guéris de l'infection mortelle de ce poison qu'est l'amour-propre.

Tant qu'elle en est intoxiquée, notre âme est incapable de tout bien. La persécution l'en guérit, la rendant apte à l'oeuvre par excellence, qui est d'aimer Dieu.

Exultons donc de joie quand les maux et les injustices nous accablent. Ecrions-nous, dans un grand élan d'amour pour Dieu et pour notre persécuteur : « D'où me vient ce bonheur de trouver sur la terre quelqu'un qui rende la santé à mon âme empoisonnée et me soit occasion d'accéder aux sublimes trésors de Dieu ? »

Heureux qui comprendra cette doctrine et se décidera à l'appliquer avec ardeur et constance! Plus heureux celui qui, assailli par la persécution, en boira à longs traits l'amertume pour acquérir et conserver le véritable amour! Mais plus heureux que tous celui qu'une longue patience aura si bien fixé au sommet de cette haine très suave, que, transporté par le fervent désir de croître en l'amour de Dieu, il éprouvera dans la persécution non plus l'atteinte de la douleur, mais la saveur très douce d'une chose ardemment désirée.

Quand un homme a appris à se haïr de la sorte, c'est alors seulement qu'il a pour soi l'amour qu'il doit se porter : c'est quand nous nous refusons le mal que convoitent nos tendances perverses, c'est quand nous nous épargnons à nous-mêmes le mal que nous désirons, c'est quand nous haïssons en nous notre propre mal, que nous nous aimons parfaitement, d'un véridique et sanctifiant amour.

 
P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
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