P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

Déchetement de soi-
Le dépouillement intérieur
Propos du bienheureux
Frère Richer de Mucie

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1- Le dépouillement intérieur
Propos du bienheureux
Frère Richer de Mucie
3-La technique du combat spirituel
Alphonse de Madrid : L'art de servir Dieu
2- Pacification
Jean de Bonilla :
traité de la paix de l'âme
4-En quête de l'aide divine
Barthélemy de Saluces : L'âme demande au Maître divin de l'instruire et de la seconder.


Ne nous faisons pourtant pas illusion. Pour arriver à la pureté de ce dépouillement total, il ne suffira pas de quelques élévations du coeur,si ferventes soient-elles. C'est une oeuvre de longue haleine, qui prendra du temps et qui exigera des efforts concrets. Le raccourci abrège la distance, mais ne la supprime pas. Seul l'amour parfait consommera le détachement parfait; or, dans ces débuts l'amour est encore bien faible, ce n'est qu'un amour naissant, une jeune plante encore fragile qui devra beaucoup croître et se fortifier pour donner tout son fruit.

On ne pourrait donc se contenter d'entretenir cette aimable fleur : il faudra travailler, amender le terrain, protéger et accroître l'amour lui-même par l'exercice positif et direct du renoncement. Beaucoup se trompent et achoppent ici, se bornant à nourrir dans leur coeur de tendres sentiments où ils trouvent leur contentement, sans se résoudre à l'effort ascétique qui s'impose : et, laissant végéter l'amour dans un terrain plein d'ordures et de ronces, le rendent improductif et le voient peu à peu s'étioler. Ce n'est pas cela la « voie étroite » que nous propose le Maître; ce n'est pas cela la voie de saint François : il ne serait pas devenu le séraphin de l'Alverne s'il n'eût été d'abord le petit pauvre du Seigneur; l'amour est une conquête

Ce fut sa première démarche, la première pensée que lui inculqua le Christ, son nouveau Suzerain : « François, tout ce que tu as aimé, tu devras le mépriser; et tout ce qui jusqu'ici te paraissait amer se changera pour toi en joie et en douceur. » Ce fut la pensée de toute sa vie. Tendre, il le fut certes dans son amour, et plus que nul autre, mais chez lui la tendresse, toujours, reposa sur la vaillance.

Voulant trouver le Christ, il prit pour Dame la pauvreté, et c'est une règle toute basée sur cette sainte pauvreté qu'il donna à ses frères.

Mais ne nous y trompons pas : la pauvreté matérielle n'est pour lui qu'un signe, une des manifestations d'un dépouillement beaucoup plus profond, plus entier et plus difficile, celui qui atteint l'homme dans son être intime : le dépouillement de soi-même, le détachement intérieur, la mort de l'amour-propre. C'est cette pauvreté spirituelle qu'il veut voir dans ses disciples; et s'il s'attache tellement à leur inculquer l'autre, c'est précisément pour donner à celle-ci un cadre, une garantie, une traduction concrète.

Or il y avait parmi ses compagnons un frère nommé Richer. Il avait voué à son Père un tel culte que, se croyant repoussé par lui, il en faillit devenir neurasthénique. François devina sa détresse, l'assura de son amitié et lui permit de rester avec lui tant qu'il vivrait. Ce que Richer fit avec allégresse : durant la dernière maladie du saint il demeura à son chevet, se nourrissant avec ferveur des paroles de son maître bien- aimé. Et quand celui-ci eut disparu, il prit la plume et composa un petit traité, le plus ancien livre de spiritualité franciscain; nous y trouvons l'écho direct de la pensée de saint François, transcrite par un de ses plus intimes et plus fidèles disciples, en un style singulièrement dense et savoureux dans sa simplicité.

PROPOS DU FRÈRE BICHER DE MUCIE (3) compagnon du bienheureux Père François
COMMENT L'HOMME PEUT ARRIVER RAPIDEMENT A LA CONNAISSANCE DE LA VÉRITÉ

Celui qui veut parvenir par un chemin rapide et direct à la connaissance de la vérité et à la paix parfaite de l'âme, il faut qu'il se dépouille de l'amour de toute créature, y compris de lui-même, et cela de telle sorte qu'abandonné totalement à Dieu, il ne se réserve quoi que ce soit, pas même la libre disposition de son temps, ne se pourvoyant de rien suivant son propre sentiment, toujours prêt à suivre l'appel et la conduite de Dieu.

Qui veut s'unir à Dieu ne peut laisser aucun intermédiaire entre lui et Dieu. Or, il y a autant d'intermédiaires qu'il y a de choses qu'on aime. Pour ne pas faire obstacle à l'union, qu'on supprime donc toute affection interposée 1 .

Telle est la cause pour laquelle on voit des hommes, en apparrente très spirituels, qui gardent des observances louables avec une constance rigide et un soin scrupuleux et qui, néanmoins, restent toujours tièdes et n'arrivent pas à un état de perfection solide : c'est qu'ils restent attachés à certaines choses, qui font écran entre eux et Dieu. Et à cause de ces affections qu'ils entretiennent dans leur âme, ils sont sujets à de continuelles fluctuations : si parfois ils goûtent la douceur divine, si même ils persévèrent dans l'oraison et les autres exercices et éprouvent quelque sentiment de dévotion, dans la suite ils retournent à l'oisiveté, aux murmures, aux entretiens frivoles et aux autres distractions qu'ils affectionnent, tout comme s'ils n'avaient rien ressenti de l'action divine : ils font comme les mouches qui se posent tantôt sur le miel, tantôt sur un crachat ou une im­ mondice.

D'où vient, en effet, que le souvenir de la Passion du Christ, dont la vertu souveraine devrait en un moment déchirer les coeurs les plus durs, n'arrive pas à changer des hommes — et ils sont nombreux — qui s'exercent dans sa méditation depuis quatre ou cinq ans et plus ? Qu'après y avoir éprouvé du repentir, de la tendresse et d'autres beaux sentiments, ils ne changent pourtant pas de vie, mais, à peine sortis de l'oraison, retombent dans leur relâchement accoutumé ? Soyez-en sûrs, cette inconstance n'a d'autre cause que ceci : les affections interposées qu'ils conservent empêchent l'âme d'approcher du Christ, et le Christ de l'âme. Et si parfois ces affections semblent avoir disparu, elles ne tardent pas à revenir, comme à une maison vacante où elles se trouvent chez elles.

Mais quand l'âme s'est déprise de tout amour créé et qu'elle a établi son coeur dans la vraie pauvreté d'esprit, ne se délectant plus en aucune créature, alors elle est soulevée et envahie par l'amour divin, dans lequel elle s'abîme entièrement. Que si par la suite ces objets aimés qu'elle a quittés se représentent, ils ne trouvent plus accès en elle : car la demeure est pleine, occupée par l'amour divin, et toutes les affections sont fixées : ainsi font les voyageurs, qui ne vont pas frapper aux hôtelleries déjà retenues par d'autres, mais à celles qui ont place pour héberger les nouveaux venus.

Or, quand l'âme est de la sorte envahie et emplie par le divin amour — ce qui arrive immédiatement, dès que Dieu la voit vide de tout autre amour (y compris celui d'elle-même) —, alors elle commence à être illuminée par la Vérité même, qui est Dieu.

Et, dans cette Vérité, elle voit la pauvreté de toutes les créatures, et elle connaît les choses viles comme viles et les choses précieuses comme précieuses. Et, percevant, dans cette lumière, le peu de prix des créatures et de toutes les choses terrestres, elle voit aussi le déplaisir qu'éprouverait Dieu et le préjudice qu'elle subirait si elle s'y attachait.

Aussi elle ne se laisse plus tromper par elles, bien qu'elle en voie beaucoup courir à leur recherche.

Si quelqu'un avait la certitude qu'il y a du poison dans l'aliment qui lui est présenté, quand même les autres en prendraient, lui disant : « Mangez de ce plat, il est bon », il refuserait certes d'y goûter et dirait : « Je sais pertinemment qu'il y a du poison dans ce mets, et je n'en mangerai pas. Quant à vous qui en prenez, vous faites simplement une chose stupide, car vous y trouverez la mort. »

Ou si quelqu'un voyait une maison prête à s'écrouler, on aurait beau lui dire : « Entrez et demeurez-y en sécurité, car nous allons faire de même », il se garderait d'acquiescer, mais se raillerait bien de ces gens.

Ainsi l'homme conduit par cette lumière, non seulement n'a plus d'affection aux choses terrestres, mais les méprise et les déteste comme apportant la mort : car elles empoisonnent l'âme; et comme elles s'écrouleront certainement, elles entraîneront dans leur ruine celui qui s'y sera abrité.

Et si d'aventure il lui échoit quelque avantage temporel, cette lumière lui apprend à le dédaigner, parce qu'il poursuit de plus grands biens. Comme si l'on disait à un empereur : « Je vous propose l'achat d'une excellente parcelle de terrain que je vous laisserai pour soixante livres, alors qu'elle en vaut bien soixante- dix, en sorte que vous ferez un bénéfice de dix livres », cer­ tainement l'empereur ferait peu de cas de ce marché et ne daignerait même pas écouter, parce que son ambition va à acquérir des villes et des places fortes et à d'autres grandes entreprises. Ainsi l'âme qui vise aux gains célestes dédaigne de poursuivre des bénéfices terrestres et temporels.

 

-1-

Dans cette lumière également l'âme acquiert la perfection de toutes les vertus. Qu'est-ce en effet que l'humilité, sinon une certaine lumière de la Vérité ? Qu'est-ce que la charité, qu'est-ce que la patience, qu'est-ce que l'obéissance, que sont les autres vertus, sinon des rayonnements de la Vérité ? Grâce à cette lumière l'âme se trouve en état de discerner l'excellence et l'utilité de ces vertus, et à embrasser leur exercice, et par là à les acquérir et à les posséder d'une façon stable.

Et inversement, dans cette même lumière, l'homme prend en horreur et en haine tous les vices. Aussi, si l'on plaçait devant lui cent femmes, des plus belles qui soient au monde, illuminé par cette clarté, il n'aurait pour elles que dédain et ne serait pas un instant porté au mal. De même pour la gourmandise : loin de céder à cette passion, ce serait avec ennui et répugnance qu'il mangerait les mets raffinés et délicats qui lui seraient servis. Et ainsi des autres vices : il les déteste, s'étant rendu compte, à cette lumière, de leur indignité.

Et, en général, cette âme est guidée par la clarté divine dans chacune de ses actions particulières, parce que Celui dont elle est pleine éclaire son regard et lui fait considérer, en tout ce qui s'offre à faire, l'honneur de Dieu et sa volonté. Car elle l'aime seul, lui seul très uniquement, et c'est pourquoi, en toutes choses, son but est l'honneur de son Dieu et l'accomplissement de sa volonté.

Ce faisant, elle imite le Christ, qui eut ce double dessein dans l'oraison qu'il fit au temps de sa Passion. Car, en se prosternant pour prier comme le premier venu et le moindre des hommes, il honora le Père; et en disant : « Que votre volonté se fasse et non la mienne », il témoigna qu'il ne voulait que son bon plaisir. Ainsi l'âme, grâce à cette lumière, suit l'exemple du Christ : et si ce qui se présente à faire est conforme à l'honneur et à la volonté de Dieu, elle l'adopte et l'exécute; si au contraire elle voit que cette action leur est opposée, elle s'y refuse : et elle ne s'y prêterait pour aucune raison ni en considération de qui que ce soit. Au point qu'elle évite jusqu'aux paroles oiseuses, aux mauvaises pensées et aux moindres fautes, sachant que tout cela est contre la gloire et la volonté de Dieu, comme l'en instruit parfaitement cette lumière.

Et quand l'âme s'est accoutumée et affermie en cette voie, il se fait que cette lumière ne lui est plus voilée par les autres occupations et bonnes œuvres dont elle a à s'acquitter, que ce soient les charges d'une prélature, le souci de la prédication, ou celui de pourvoir de quelque autre façon au bien du prochain.

Un homme qui a devant son regard un mur à une certaine distance, voit du même coup d'oeil le mur lui-même et tout ce qui l'en sépare : ainsi l'âme illuminée de cette lumière voit en même temps Dieu et tout ce qu'elle a à faire. Et elle ne dévie point, dans ses occupations, du chemin où elle s'est engagée, encore que sa contemplation se trouve interrompue pour un temps.

Dans cette lumière aussi l'âme découvre la vérité sur sa misère; et plus elle est unie à Dieu, plus elle se reconnaît vile : parce qu'elle se voit d'un regard lucide, et qu'elle ne s'attribue rien de ce qu'elle reçoit de Dieu ou accomplit par sa grâce; mais elle en reporte tout l'honneur sur lui et reconnaît que tout ce qu'elle a reçu lui a été dispensé par sa bonté sans aucun mérite de sa part. Aussi elle ne s'enorgueillit pas, et elle ne perd pas ses biens par l'ingratitude. Bien plus, le Seigneur, voyant qu'elle ne lui dérobe rien mais lui rend tout, lui confie abondamment ses trésors et lui donne plus qu'elle ne demande ni ne désire.

Tout cela, l'âme l'obtient par ce renoncement à toutes choses, parce qu'ayant éloigné les mauvais désirs, les ambitions, les affections déréglées et tous les intermédiaires créés qui font écran à l'amour et obscurcissent l'esprit, elle donne accès à la lumière divine qui l'emplit, l'illumine et l'instruit comme il a été dit.

 

-2-

Ce n'est pas tout : par ce détachement l'âme n'acquiert pas seulement la grâce de la lumière de vérité, mais encore celle de la paix et de la stabilité : et alors Dieu établit sa demeure en elle, car il ne se fixe que dans un séjour de paix.

C'est pourquoi dans tous les ennuis, les échecs, les humiliations, les soucis, une telle âme conserve la sérénité et la patience et demeure constante et ferme :

D'abord parce qu'elle se confie totalement en Dieu et se conforme parfaitement à sa volonté : d'où, considérant que ces accidents arrivent uniquement sur son ordre, elle se trouve d'accord avec lui et les supporte non seulement avec résignation, mais de bon coeur.

Ensuite parce qu'elle s'est entièrement jetée et définitivement établie en Dieu : en sorte que les injures, les dommages temporels, les désagréments ni aucune chose au monde n'atteignent plus jusqu'à elle, parce qu'ils ne peuvent monter jusqu'à Dieu, en qui elle a fixé son séjour. D'autant plus qu'elle n'a plus de contact avec eux et qu'ils ne la trouvent plus là où elle avait accoutumé d'être : comme si quelqu'un, cherchant à me trouver, scrutait tous les endroits où je me tiens d'habitude sans songer à celui où je suis : quand il chercherait par le monde entier, il ne pourrait me découvrir. Ou encore, quand la maison brûle en l'absence du maître, celui-ci n'en ressent ni peine ni ennui, parce qu'il est loin et ignore l'incendie : ainsi celui qui ne regarde pas le temporel n'a cure de sa perte.

En troisième lieu, parce que l'âme est alors fortifiée et affermie par l'exemple du Christ qui habite en elle, et qui a tant souffert pour elle : cette pensée achève de l'enflammer du désir de le suivre dans les tribulations, si bien qu'elle se réjouit en elles, et n'en est pas plus troublée que s'il ne lui arrivait absolument rien.

Et par suite de cette sérénité intérieure, l'âme acquiert en même temps une certaine paix jusque dans ses sens corporels : ayant, une fois pour toutes, rejeté les créatures pour l'amour du Créateur, elle ne vagabonde plus parmi elles avec des sens insoumis, mais elle ordonne ceux-ci et les affermit dans le bien, les remettant avec confiance dans les mains de son Seigneur et lui disant, au sortir de l'oraison : « Seigneur, gardez-moi attachée à vous, réglez mes sens et ne permettez pas que je me fourvoie au dehors. »

Et, en général, l'âme en vient, par ce renoncement total, à une telle maîtrise de son corps, il règne entre elle et lui une telle paix, une telle entente, que tout désaccord a cessé : le corps se soumet volontiers à l'âme et la suit en tout ce qu'elle veut faire, dans la rigueur des jeûnes et des veilles comme en toute espèce de pratiques et de souffrances.

Car le corps se rappelle le poids dont l'accablaient ces peines et ces épreuves au temps où l'impatience, la colère, l'envie, l'ambition, les mille soucis terrestres les lui faisaient porter à contrecoeur; et, se voyant à présent établi dans un tel apaise­ment, il prend le parti de supporter de bonne grâce les labeurs de la pénitence, afin d'en éviter d'autres plus affligeants, plus fâcheux et sans profit. Ainsi un homme qui aurait l'assurance que, pour cent deniers, on lui en donnerait mille, n'hésiterait pas à céder ces cent deniers, mais ne demanderait qu'à en donner le double : de même le corps, sentant qu'il réalise là un grand profit, supporte avec plaisir toutes ces afflictions, et même va au-devant d'elles et ne cherche qu'à les prévenir.

 
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