P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
à l' École de Saint François D'Assise

Le chemin direct -
1-LES DEUX VERTUS FONDAMENTALES
-2-À l’école du Petit Pauvre-Séverin Rubéric : union et séparation

 

1-LES DEUX VERTUS FONDAMENTALES

2-À l’école du Petit Pauvre Séverin Rubéric : union et séparation

1-Les deux vertus fondamentales.

Tous les chrétiens fervents voudraient parvenir — et rapidement — à aimer Dieu en perfection. Tous, sans doute, s'y sont essayés à certaines périodes de leur vie. Rien de plus naturel; aimer Dieu, semble-t-il, est la chose la plus normale, la plus simple qui soit, dès lors qu'on a la foi : nous sommes créés pour cela. A l'expérience, malheureusement, l'entreprise s'est avérée moins facile qu'il ne paraissait. « Dieu habite dans les hauteurs », dit le Psalmiste — et nous sommes tombés très bas : c'est d'une ascension qu'il s'agit, et longue, ardue, semée d'obstacles dont le tout premier est nous-mêmes : cette odieuse pesanteur qu'a mise en nous la chute originelle.

Peu arrivent au sommet convoité : malgré une réelle bonne volonté, on marque le pas, ou même on recule plus qu'on ne progresse. Si long est le trajet qu'après des années de labeur on ne constate pas de changement appréciable; le but, semble-t-il, s'est éloigné à l'horizon à mesure qu'on y tendait.

Aussi la « montagne de la perfection » est encombrée de traînards : devant cette désespérante lenteur, cette inutilité apparente de l'effort, cette difficulté toujours renaissante, beaucoup s'attristent, se découragent, et peu à peu se mettent à redescendre ou se stabilisent à un niveau médiocre.

Et pourtant l'appel de la cime persiste : on sent que là seulement est le repos, la joie, la vie.

N'existe-t-il vraiment pas de moyen de vaincre cette impuissance et de hâter la marche? On a dit qu'il n'y avait pas de chemins de traverse faciles pour aller à Dieu. Pas de chemins faciles, je le crois, mais il y a des traverses. Dans les pays de montagne, à côté de la grand-route en lacet, on trouve des chemins de raccourci, plus raides mais moins longs,puis, plus abrupte encore, la piste à peine tracée qui escalade les obstacles et monte droit au but.

Prendre par le plus court, dans l'ascension spirituelle, c'est, évitant les circuits des pratiques secondaires et les lenteurs des demi-mesures, s'attacher à l'essentiel, à ce qui va directement à l'union divine; et sur ce sentier lui-même on progressera d'autant plus vite qu'on y donnera un effort plus généreux.

Ces démarches essentielles, le Maître nous les signale clairement et avec insistance : « Celui qui veut être mon disciple, qu'il fasse abnégation de lui-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive. » « Si tu veux être parfait, donne tes biens aux pauvres, puis viens et suis-moi. » Et ainsi tout le long de l'Évangile : renoncer à tout, suivre le Christ; se détacher de soi, s'attacher à lui; abnégation, union d'amour.

Telle est la voie directe; tel est le double mouvement qui nous conduira le plus rapidement à Dieu. Cela est, aussi bien, parfaitement logique : le but est l'amour divin; ce qui nous retient d'aimer Dieu, ce sont les mille liens qui nous attachent au temporel et à nous-mêmes : l'abnégation est donc la première vertu qui s'impose, l'indispensable condition de tout progrès. D'abord trancher l'entrave : après quoi, libéré, on pourra et on devra suivre Jésus, s'attacher à lui, le servir, l'imiter, croître ainsi dans son amour, et, celui-ci étant l'âme des vertus, parvenir, par lui, à toute perfection.

En résumé, l'amour par le renoncement, et tout le reste par l'amour. Celui-ci constitue la sainteté; les autres vertus le préparent ou le traduisent.

C'est clair, c'est évident. Combien pourtant ignorent cette bonne piste! Ils ont compliqué le trajet, ou on le leur a compliqué, dispersant leur effort sur des points accessoires sans aborder l'essentiel. Beaucoup ne s'en sont jamais enquis; ils suivent mollement le gros de la troupe : on est si habitué aux grands chemins — et c'est tellement plus confortable! D'autres ont pris peur devant la raideur du sentier; et s'ils ont essayé, ils ont bientôt renoncé, rebutés par la difficulté.

Car il faut le dire, et cela saute aux yeux, la voie abrégée n'est pas une voie facile; elle est même essentiellement ardue : arcta est via. Plus le chemin est tout, plus il est malaisé. Ce sont les violents qui forcent le Royaume. C'est pour cela qu'on hésite, qu'on tourne autour de l'obstacle et, si souvent, qu'on abandonne.

Combien on a tort! Rassurons-nous : à l'inverse, plus l'effort est vigoureux, plus il sera bref. Et cette voie ménage des joies très pures. La peine est compensée par la satisfaction de progresser. Le chemin est sûr, ici, chaque effort porte. Et puis la grâce est là : plus on donne, plus on reçoit. Et Celui qui nous invite à cette laborieuse montée est lui-même déjà là qui nous attend, nous accompagne, nous seconde, aplanit les obstacles.

On y trouve l'amour; ceci est la grâce des grâces : à chaque sacrifice répond un don d'amour. Celui-ci, bientôt, devient maître de l'âme. Et dès lors, la peine disparaît, on ne sent plus que le chemin monte, ou plutôt on s'y sent enlevé vers les régions supérieures bien plus que l'on n'y marche : c'est l'amour qui alors nous soulève, et aucun moteur n'est puissant comme celui-là.

C'est pourquoi cette voie s'impose si l'on veut aller jusqu'au bout : tous les grands chemins s'arrêtent à une certaine altitude, seul le raidillon pousse jusqu'au sommet..

A L'ÉCOLE DU PETIT PAUVRE

C'est ce qu'ont fait les saints : pour conquérir l'amour ils y ont mis le prix; et l'amour leur a donné des ailes et les a portés de vertu en vertu.

C'est ce qu'a fait, magnifiquement, le séraphique saint François. Nul n'a mieux illustré la transcendance de cette méthode évangélique. Il a eu l'héroïque et très sage candeur de prendre l'Evangile à la lettre et de le vivre à la lettre, de croire sans commentaire à la parole du Christ et de vouloir, sans calcul, l'imiter jusqu'au bout de ses forces : de là un renoncement, extérieur et intérieur, dont on trouverait difficilement un exemple plus absolu. Alors l'amour l'a envahi, lui a dévoré le cœur, brûlant en lui tout ce qu'il y avait de terrestre, et en a fait un séraphin, tellement rivé à Jésus par la sainte compassion qu'il reçut dans ses membres les plaies de son Amour crucifié.

Transformé dans le Christ par la souffrance et par l'amour : c'est bien là le sommet de la perfection chrétienne.

La vie du Petit Pauvre peut sembler, plus que toute autre, souriante et harmonieuse. En réalité, il est le saint des excès : excessif dans le sacrifice, excessif dans la tendresse; et c'est à force d'excès qu'il a gardé le juste milieu, parce que ce dédain de la mesure portait également dans les deux sens : comme un balancier assure d'autant mieux l'équilibre qu'il est plus long de part et d'autre.

Saint des excès, et néanmoins saint du sourire, parce que toujours il unit les deux pôles : chez lui, la pénitence est amour et la douleur s'appelle la « joie parfaite ». A ce niveau, la folie est sagesse et l'excès suprême mesure. C'est de la sorte qu'il est monté tout droit, d'instinct et comme natu­ rellement, aux cimes : il est le modèle des impatients du Royaume.

Cette sereine intrépidité, il l'a laissée comme sa marque dans l'esprit de ses disciples. Leur conception de la vie spirituelle est aussi simple qu'énergique; elle tient en trois points :

D'abord creuser la voie à l'amour par une désappropriation, un dépouillement complet, extérieur autant que possible et surtout intérieur, selon les directives données dans l'Evangile, et en prenant comme règle l'imi­ tation du Christ.

La vie et le coeur étant ainsi purifiés, simplifiés, restaurés, susciter l'amour affectif par la contemplation assidue de Jésus, surtout dans sa Passion, et par l'élévation continuelle de l'âme vers Dieu, cherché et reconnu en toutes choses.

Enfin mettre en oeuvre cet amour par la conformité au Christ aimé et la pratique parfaite de toute vertu dans l'unique souci de lui plaire.

On estimera peut-être que cela n'a rien de bien neuf, et que ces enseignements se retrouvent dans toutes les écoles de spiritualité. Il est vrai. Aucune école n'a le monopole d'aucune vertu chrétienne, aucune ne présente ni ne peut présenter une doctrine nouvelle, et celle de saint François moins que toute autre, étant directement et simplement évangélique. Mais c'est une question d'accent et de manière.

Ce qui caractérise le franciscain, c'est une façon hardie et libre, un peu jeune, un peu héroïque, de s'attacher au Christ, de recueillir de sa bouche même les règles d'idéal surnaturel et de s'y conformer avec l'intransigeance qui est le propre de l'amour. Il ne recule pas devant un dé­ pouillement effectif total. Il n'a pas peur, d'autre part, d'un sentiment tendre et passionné pour Jésus, avec toutes les abdications qu'il implique. Pauvreté dans la vie, flamme d'amour dans le coeur; le reste suivra de soi comme la fleur sort de la plante, ce qui permettra de simplifier la stratégie ascétique en ramenant systématiquement tout à l'essentiel.

Qu'on ne croie pas d'ailleurs à des périodes successives consacrées chacune à l'un des exercices indiqués à l'exclusion des autres : tout le long de la voie, les deux éléments, renoncement et amour, iront de pair; mais toujours c'est l'amour qui prime et qui commande, le renoncement n'ayant de sens que par lui et pour lui, qui est l'essence de la perfection — un amour d'ailleurs très concret, très humain, un amour de tendresse pour le Christ Jésus. Il est le centre : origine, moyen et fin de toute vie spirituelle. C'est sur lui que l'on compte pour stimuler l'effort autant que pour l'adoucir, et vers lui que toujours et uniquement on tend.

C'est ce que nous inculque très clairement un franciscain récollet du XVI le siècle, le P. Séverin Rubéric (1 ), dans la préface de ses Exercices sacrés de l'amour de Jésus (2) .

 
P. Martial-Lekeux o.f.m. Voie raccourcie de l'amour Divine,
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