Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli,

Libye : les chrétiens restent pour témoigner
Entretien avec Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli,

 

Libye : les chrétiens restent pour témoigner-Entretien avec Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli,

Anne Kurian-ROME, 17 février 2015

- Les Libyens chrétiens sont « prêts à témoigner de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font », affirme Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli, vicaire apostolique de Tripoli, après le massacre de 21 coptes par des djihadistes en Libye.

L'évêque franciscain exprime au micro de Radio Vatican sa détermination à « rester » dans le pays, qui compte moins de 3% de chrétiens : « Comment puis-je laisser les chrétiens sans personne ?... saint François a dit : "Qui veut aller chez les Sarrasins doit tout quitter et doit y aller". Nous sommes ici, au nom de Dieu et au nom de saint François, avec le désir d’être témoins de Jésus dans le style de François. »

Il confie que les chrétiens de Libye – qui sont en majorité des Philippins – sont « prêts à témoigner de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font » : « il y a un peu de peur... mais nous sommes ici, justement témoins de ce que Jésus nous dit de faire. Et cela suffit. »

Il détaille la « situation ambiguë » actuelle : « Les djihadistes sont à Tripoli, c’est sûr... Nous pouvons sortir. Peut-être qu’à un moment ou à un autre, ils vont nous prendre et nous dire : "Tu es contre l’islam"… »

Cette situation engendre « beaucoup de souffrance pas seulement pour les chrétiens, mais aussi pour les Libyens eux-mêmes qui nous aiment bien, qui font tout pour qu’on puisse retrouver une relation plus normale », assure Mgr Martinelli.

A la base de « cette division entre les différentes civilisations », il diagnostique « de nombreux facteurs », mais surtout un « manque de dialogue » : « il a manqué un certain dialogue avec le pays et avec l’islam en particulier... tout est à refaire... il n’y a pas eu de dialogue depuis si longtemps, maintenant il faut récupérer le temps perdu ».

Mais la paix est possible, affirme-t-il : « Il suffit de le vouloir, c’est possible, comment ne le serait-ce pas ? ». Il encourage à « aider [les Libyens] à réfléchir, pas par la force, mais par le dialogue ».

Il s'agit de « se faire petit, se faire simple » et d'avoir « le courage de rencontrer ces gens avec la volonté de les comprendre avant tout, la volonté de les aider à comprendre ce qu’ils veulent ».

Mgr Martinelli appelle la communauté internationale à « amorcer un dialogue avec ce pays qui est divisé et qui peine à retrouver avant tout son unité interne ».

Il déplore « un vide dans la culture occidentale » : « Un vide de dialogue, un vide d’engagement à rencontrer l’autre, en se préoccupant seulement des intérêts et moins des personnes et des valeurs ». Dans le cas de la Libye, dénonce-t-il, la communauté internationale à pensé « à ses intérêts » dans le pays et a « un peu oublié le dialogue humain, sincère, entre les parties ».

Pour « revenir à une vie normale », il faut aujourd'hui « un dialogue fraternel entre civilisations : c’est l’unique voie pour rendre possible cette rencontre ».

Avec une traduction de Constance Roques

 
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