Mgr Charles Jude Scicluna
Entretien avec le promoteur de justice de la Congrégation
pour la doctrine de la foi
 

Entretien avec le promoteur de justice de la Congrégation pour la doctrine de la foi

14 mars 2010

L'Eglise n'aime pas la justice spectacle, mais cela ne signifie pas qu'elle ne soit pas rigoureuse dans la vérification d'abus sexuels commis par des prêtres diocésains ou religieux, sine acceptione personarum , ou qu'elle fasse obstacle à leur dénonciation aux autorités civiles. Mgr Charles J. Scicluna — promoteur de justice de la Congrégation pour la doctrine de la foi — ne laisse aucune place aux doutes ni aux équivoques, en réaffirmant la position de l'Eglise à propos de la pédophilie.

Dans un entretien avec le quotidien «Avvenire», publié dans l'édition du 13 mars 2010, le prélat réaffirme que «sur le plan des principes, la condamnation pour cette typologie de délits a été toujours ferme et sans équivoque». Et il rappelle que la première édition de l'instruction Crimen sollicitationis établissait déjà en 1922 des normes concernant les procédures à suivre «dans les cas de sollicitation lors des confessions et d'autres délits plus graves à caractère sexuel, tels que l'abus sexuel sur des mineurs». Des normes qui — explique-t-il —, uniquement en raison d'une mauvaise traduction en anglais, ont été interprétées comme si le Saint-Siège «imposait le secret pour occulter les faits. Mais il n'en était pas ainsi. Le secret de l'instruction servait à protéger la bonne réputation de toutes les personnes concernées, avant tout des victime elles-mêmes, et ensuite des clercs accusés, qui ont droit — comme quiconque — à la présomption d'innocence jusqu'à preuve contraire».

Il faut ensuite rappeler que le Motu proprio de Jean-Paul II Sacramentum sanctitatis tutela , du 30 avril 2001, établit la compétence exclusive de la Congrégation pour la doctrine de la foi pour juger les delicta graviora , c'est-à-dire ceux commis contre la morale et dans la célébration des sacrements. Dans une lettre réservée — signée par le cardinal-préfet Joseph Ratzinger et par le secrétaire, Mgr Tarcisio Bertone — envoyée à tous les évêques de l'Eglise, le 18 mai de cette même année, la Congrégation annonçait toutes les normes, substantielles et processuelles, sur ces «délits les plus graves».

A cet égard, Mgr Scicluna révèle que la Congrégation, au cours de ces neuf dernières années — de 2001 à 2009 —, a été appelée à examiner «des accusations concernant environ trois mille cas de prêtres diocésains et religieux qui se réfèrent à des délits commis au cours des cinquante dernières années». Naturellement, les trois mille cas dont parle Mgr Scicluna ne se réfèrent pas seulement à des cas de pédophilie. «Nous pouvons dire — précise-t-il en effet, répondant à l'une des questions posées — que dans environ 60 pour cent de ces cas, il s'agit davantage d'actes d'éphébophilie, c'est-à-dire d'attraction sexuelle pour des adolescents du même sexe; dans 30 pour cent d'autres cas, de rapports hétérosexuels et, dans 10 pour cent des cas, de véritables actes de pédophilie, c'est-à-dire déterminés par une attraction sexuelle pour des enfants impubères». Les cas de prêtres accusés de véritable pédophilie — précise-t-il — s'élèvent donc environ à trois cents en neuf ans. Ces cas sont bien évidemment toujours trop nombreux! Mais il faut reconnaître que le phénomène n'est pas aussi étendu qu'on voudrait le faire croire». Ces dernières années — de 2007 à 2009 — il révèle que «la moyenne annuelle signalée par la Congrégation dans le monde entier concerne 250 cas» de delicta graviora sur un total de 400.000 prêtres diocésains et religieux dans le monde.

Vingt pour cent des cas débouchent sur un procès pénal ou administratif et normalement «il se déroule — dit le promoteur de justice — dans les diocèses d'origine, toujours sous notre supervision, et très rarement ici à Rome. Nous agissons ainsi également pour une plus grande rapidité de la procédure. Dans 60 pour cent des cas, surtout en raison du grand âge des accusés, il n'y a pas eu de procès, mais des mesures administratives et disciplinaires ont été prises à leur égard, comme l'obligation de ne pas célébrer la messe pour les fidèles, de conduire une vie retirée et de prière. Il est bon de réaffirmer que dans ces cas, parmi lesquels certains rapportés par les médias sont éclatants, il ne s'agit pas d'absolutions. Il n'y a certes pas eu de condamnation officielle, mais si l'on est contraint au silence et à la prière il y a bien une raison».

Les cas «particulièrement graves et avec des preuves écrasantes» dit Mgr Scicluna, représentent 10 pour cent et «le Saint-Père a pris la douloureuse responsabilité d'autoriser un décret de démission de l'état clérical. Une mesure très grave, prise par voie administrative, mais inévitable. Ensuite, dans les 10 autres pour cent des cas, ce sont les clercs accusés qui ont eux-mêmes demandé la dispense des obligations dérivant de la prêtrise. Qui a été rapidement acceptée. Dans ces derniers cas se trouvent des prêtres qui ont été trouvés en possession de matériel pédopornographique et qui ont pour cette raison été condamnés par les autorités civiles». A propos des relations avec les autorités civiles, le promoteur de justice, répondant à une question précise dans ce sens, rappelle que dans certains pays comme la France, «les évêques, s'ils viennent à connaissance de délits commis par leurs prêtres en dehors du sceau sacramentel de la confession, sont obligés de les dénoncer aux autorités judiciaires» et là où n'existe pas cette obligation «nous n'imposons pas aux évêques de dénoncer leurs prêtres, mais nous les encourageons à s'adresser aux victimes pour les inviter à dénoncer ces prêtres dont elles sont victimes. En outre, nous les invitons à apporter toute l'assistance spirituelle possible, mais pas seulement spirituelle, à ces victimes. Dans un cas récent, concernant un prêtre condamné par un tribunal civil italien, c'est précisément la Congrégation pour la doctrine de la foi qui a suggéré aux dénonciateurs, qui s'étaient adressés à nous pour un procès canonique, de saisir également les autorités civiles dans l'intérêt des victimes et pour éviter d'autres délits».

A cet égard, Mgr Scicluna a défini «de fausse et calomnieuse», l'accusation selon laquelle celui qui était alors le cardinal Ratzinger, précisément en qualité de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, aurait encouragé une politique de dissimulation de ces cas: «Je me permets de signaler certains faits. Entre 1975 et 1985, à ce que je sache, aucune signalation de cas de pédophilie de la part de clercs n'est arrivé à l'attention de notre Congrégation. Cependant, après la promulgation du Code de droit canonique de 1983, il y a eu une période d'incertitude sur la liste des delicta graviora réservés à la compétence de ce dicastère. Ce n'est qu'avec le Motu proprio de 2001 que le délit de pédophilie est redevenu de notre compétence exclusive. Et à partir de ce moment, le cardinal Ratzinger a fait preuve de sagesse et de fermeté dans la gestion de ces cas. Encore davantage. Il a également fait preuve d'un grand courage en affrontant plusieurs cas très difficiles et épineux, sine acceptione personarum [«sans distinction de personne»]. Accuser le Pape actuel de dissimulation est donc, je le répète, faux et calomnieux».

Enfin, le prélat considère, sur la base de la pratique habituelle, que le terme de dix ans prévu pour la prescription des delicta graviora est désormais inadapté. «Il serait souhaitable — affirme-t-il — de revenir au système précédent de l'imprescribilité des delicta graviora ». Le terme fut en effet introduit avec le Motu proprio de 2001. «Mais — conclut le promoteur de justice —, le 17 novembre 2002, le serviteur de Dieu Jean-Paul II a accordé à ce dicastère la faculté de déroger à la prescription au cas par cas, sur demande expresse de chaque évêque. Et la dérogation est normalement accordée»

 
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Ce texte leur appartient (Source AFP)

http://www.osservatoreromano.va/fr/news/leglise-face-aux-delicta-graviora

 
       

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