P. Léon Chancerel .o.f.m. Le pélerin d'Assise

II Oraisons
(Attention les textes sont retapés de la manière qu'ils ont été écrits dans le livre)

 
Ambassade du désespéré

De la part du poète déchu. Bousculé, meurtri, humilié, moqué.
Acculé au doute de soi et à la honte. Par un siècle dur et prompt qui hait l’amour.
Et où il ne s’agit plus que d’acheter et de vendre. Et de jouir, entre deux marchés, de son gain.

Voici vers toi, ô saint François, en ambassade : Tous les oiseaux du ciel.
Toutes les fleurs, et tous les fruits. Toute la verdure tout le chant de notre terre.

Vers toi, les ifs et les cyprès de Toscane et d’Ombrie. Les peupliers d’île de France.
Les lilas des banlieues.

Les pommiers fleuris aux courbes de la Seine. Les vignes tourangelles.
Les moissons beauceronnes. Le rosier de mon balcon .

Les courlis, la cigale et l’abeille. Et l’alouette amie de la lumière.
Les pigeons de San Marco. Et le moineau des Tuileries.

Vers toi, ô doux patron d’amour chanteur. Vers, ta sérénité, du fond de ma détresse.
Tout mon amour et tout mon chant.

En ambassade solennelle

Mais, reviendra-telle que je ne me sois renoncé ? Et toi qui chassas d’Arezzo ses démons.
Dont l’épaule maintint le clocher vacillant. Tout mon espoir, toute ma foi.

Tu, ramèneras l’ordre en ma cité en désarroi. Tu ranimerais la flamme sur la tour.

Et tu redonneras au pèlerin la force. D’aller, selon son cœur, sur le chemin choisi.

Car il est tout près le lâcher son bâton. Et de se coucher dans le fossé.

Comme le chien maladie qui ne trouve plus à servir.

Prière pour les riches
 

Mon Dieu, ayez piété des riches, car il leur est bien difficile.
Plus difficile qu’à quiconque de pénétrer dans le Royaume.

Mon Dieu, ayez piété des riches, possédés de ce qu’ils possèdent.

L’argent
Est le geôlier des âmes.

L’argent
Est le licou des cœurs, il est el ravageur des corps, et le Naufrageur des cervelles.

Astre hideux de la ténèbre.

L’argent
Est le signe du Mal.

L’argent
Accouche le plaisir. Il tut la joie au sein de l’homme pustule de lèpre séché
Qui propage de par le monde la contagion du péché.

L’argent
Est l’hostie de Satan.

L’argent
Germe au secret des coffres

L’argent
Croît au-dedans de l’homme, l’argent touffu, devint forêt.
Et la forêt monte à l’assaut. La bête cerne la maison.
Elle l’enserre, elle l’étouffe, bouchant la fenêtre et la porte.

«Ma maison ! Où est ma maison ? »

Dans les fourrés inéluctables, le riche, hagard se débat, le riche éperdu s’époumone.

Noble Épouse de saint François o très suave Pauvreté, O Dame de Sérénité.
Toi seul, ô Dame, peux donner. Paix sur la terre et joie au ciel.

Mon Dieu, ayez piété des riches, possédés de ce qu’ils possèdent.
Mon Dieu, ayez piété des riches, a qui le Royaume est caché.

 
Domine non sum dignus

Non, Seigneur, non, je ne suis pas digne que vous entriez dans ce bouge.

C’est plein de rufians ivres qui dorment, plein de batailles, plein de trafics et de complots.

Et il y toujours sur la table ce baladin obscène qui ricane, blasphème et vocifère.
Je ne peux pas arriver à le faire taire.

Et dans les chambres à la nuit il y ale stérile acharnement des couples.
Et dans les caves, tous vos messages d’amour, Seigneur, assassinés.

Les murs de l’auberge d’angoisse, ils sont vermoulus, Seigneur, et enfumés.
Le pavement est souillé. Ça grouille, là-dedans, de rats et de vermines.

Et les oiseaux de nuit ont fait leur nid. Dans la charpente où ne revint plus l’hirondelle.
Voyez, Seigneur, ma honte et ma détresse et mon abjection.

Voyez mes crimes innombrables.

Mais dites seulement une parole.
Mais dites seulement une parole.

Et mon âme, Seigneur, sera guérie.

 
Autre appel

Je suis l’aveugle plein d’effro.i Qui s’est perdu dans sa propre maison.

Seigneur, Seigneur, quand reverrais-je. La lumière qui fait chanter l’amour ?

La fille du Chef de la Synagogue est morte. J’entends les joueurs de flûtes et les pleureuses.

Quand pourrai-je, Seigneur, les chassant de moi-même, Chanter à pure voix l’Hosanna des petits enfants ?

Je suis le fils de la veuve de Naïm. Ma triste mère attend qu’il lui soit dit :
«L’enfant n’est pas mort, il dormait.»

Je sui le serviteur du Centurion. Qui râle dans Capharnaüm.
Et je suis le paralytique du Lac. A qui il n’a pas encore été commandé de se lever.
De prendre son lit et de retourner dans sa maison.

Seigneur, je suis la barque à l’abandon. Et le flot est rude, qui monte.

Comme une barque, tirez-moi, Seigneur. Sur le doux sable où est l’empreinte de Vos pas.

 
Le trébuchet

À pas de chat, à pas de chat. Ne l’entendus-tu pas, ma sœur Âme.
À pas de chat, à par de chat. Le braconnier ?

Des pièges ! Des pièges, partout ! À table, au lit. Dans la vieille et dans le sommeil.
Dans la brutalité des réveils vigoureux. Et dans la sournoise langueur des nuits d’été…

Dans le plaisir, dans la tristesse. Dans les livres, dans la nature.
Dans les siècles et jusque dans la solitude. Dans la prière même !

Piège par l’Orgueil. Et piète par l’humilité.
Par le travail, par le repos. Partout, chaque jour…
Pièges du dehors. Et pièges plus redoutables du dedans.

À pas de chat, à pas de chat, le braconnier… Seigneur ! ne me laissez pas succomber.
À la tentation.

Seigneur ! délivrez-moi du mal…

 
Prières pour demander pardon d'avoir cédé à la tristesse

Pardonnez-moi, Seigneur, cette tristesse amère
Où je me suis complu.

Pardonnez-moi, Seigneur, d’avoir médit des autres
Et douté de moi-même.

Pardonnez-moi, Seigneur, ce visage fermé. Et ce rire mauvais qui déforme la bouche.
Et ce dégoût de vivre et cette lassitude. Et cet abattement.

Mais, au-dedans de moi, cette fumée pesante.

Ne vient-elle pas, Seigneur. Du feu de Votre souffle a ranimé ?
Sont-ce mes détritus et mes mauvaises herbes,

Et toute ma vermine. Seigneur, qui se consument ?

Déjà, Votre Soleil entre dans ma cellule. Et votre Sainte Joie illumine ma face.
Plus de rictus, plus de grimace.

Voici que chante en moi la gaîté franciscaine. Et le rire qui est aussi une vertu.

Pardonnez-moi, Seigneur. Pardonnez-moi, Seigneur.

D’avoir médit, douté, géni, pleuré, bâillé. D’avoir haï l’immense allégresse de vivre.
Et d’avoir hébergé la Fille de Satan.

O joie, en ta demeure.

 
Exaltet aux Carceri

Sur la terrasse, au flanc du roc. Sur la terrasse, avec le puits.
D’où l’on domine le ravin. O François, Patron des Jongleurs.
Il a jailli le chant de joie. Il a enfin jailli de ton cœur à mes dents.

Allez, mes doigts ! Travaillez de votre métier.
Et dans les lettres et les signes. Joyeusement que le torrent de Dieu s’étale.

Et puissent d’autres y venir boire. Quand ma bouche ne boira plus.

Béni soit le Seigneur, mon Dieu. Bénis soient le ciel et la terre.
À cause de François notre père, De la Pauvreté son Épouse et de sainte Claire sa Dame.
Chevaliers de sa Table-Ronde et de la Croisade de Paix. À cause de Bernard, d’Égide et de Léon.

À cause de notre frère le Soleil. De la chaste Lune.
Et des craintives Étoile, nos sœurs.

À cause du Silence et de la Solitude. Qui sont les piliers du Porche.
Bénit soit le Seigneur, mon Dieu. Bénis soient le ciel et la terre.

À cause des villages qui sont graves et doux. À cause des matins frais et des chaudes journées.
Et du calme troupeau des fermes, le soir, en la vallée.

De la fraîche cour entre ses quatre murs. De la citerne bleue où se reflète l’if.
Et de la haute fumée qui dit la fin du jour. Et la soupe servie.

À cause de l’ivresse, ô Seigneur, de marcher. Dans la bonne senteur des mois printaniers.
Et de mêler ma voix redevenue sonore. Au chant des oiseaux, des arbres et des sources.
À cause du sentier qui m’a conduit ici. Où l’herbe est drue et la roche violette.
Sous les cyprès aimés des Anges.


À cause de l’Étoile, des Bergers et des Mages. À cause de l’Ane et du Bœuf.
Et à cause de la Colombe. À cause du rabot de Bethléem.
De l’Enfant devant des Docteurs. Et des soirs sur le lac semblable à ses aubes.

À cause des Paraboles. Des démon chassées.
Des lépreux guéris. De Madeleine pacifiée. Et de Lazare hors du tombeau.

Béni sois-tu, Seigneur, mon Dieu. Car voici que se dressent les vivants et les morts.
Béni sois-tu, surtout, en Jésus notre Maître : Voici que le royaume de Dieu est au-dedans de nous.
Et l’allégresse et la sérénité. Alléluia, Alléluia dans le Seigneur !

Tout ruisselant d’amour et d’allégresse. Je chanterai, je danserai.
Et je ferai scandale, sur la place publique. Afin qu’autour du baladin les hommes et les femmes.
Accourent et s’assemblent.

Et ils laisseront jusqu’à demain. Leur champ, leur vigne et leur boutique.
Pour danse et chanter avec moi. Et le ciel et la terre.
Et toues les choses vivantes. Sans la grande Paix du Seigneur, mon Dieu.

ALLELUIA ! ALLELUA !
EXALTET ANIMA MEA,
EXALTET IN DOMINO

 
La rentrée du troupeau en chantant

Hier, j’étais un écrivaine. Noir sur blanc,
Un faiseur de livres.

Que d’errements et de tourmentes. Les mots et moi, dedans la brume.

Pâtre commis à ce troupeau. Aux buissons que de laine laissées !

Je voulais assembler le bétail à mon gré. Je voulais inventer des chemins.
Et, à force de tourner dans la montagne, j’avais fini par ne même plus savoir où était la maison de mon maître. Jusqu’au soir où je m’abandonnai, vaincu, au sûr instinct du chien fidèle.

Il nos ramène ! Il nous ramène 1

Entendez sous la voûte du porche. L’allègre piétinement des moutons rassemblés.
Entendez, gens de la ferme. Le chant de joie du pâtre revenu.

Alléluia ! Alléluia ! Hier, j’étais un écrivain.
Noir sur blanc. Un faiseur de livres.

Et voici, mon Dieu, que je vais peut-être devenir un poète.

 
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