Collectanea-Ciaterciensia
Références selon du droit canonique art. 603,
 

Références selon du droit canonique art. 603,

1. La définition
2.La nature de la vie érémitique
3.La reconnaissance canonique
4.De la vie érémitique
La définition

La vie érémitique ou anachorétique

La vie érémitique est une vie menée au désert, elle est également appelée anachorétque, parce qu'elle est vécue dans la solitude; elle désigne ainsi une vie très retirée du monde, menée par un moine seul, un solitaire.

Le canon 603, qui traite de la vie érémitique, doit être considéré comme un fait nouveau, dont on ne peut que se réjouir. Les ermites seuls et solitaires n'ont jamais reçu dans l'Église, de loi propre qui définisse leur état de vie. Une loi se donne pour un groupe de personnes, non pour des personnes individuelles.

Cette position ne fut pas celle de la Commission. Heureusement! Vivant seuls, les ermites forment en Églises une classe de personnes et sont aujourd'hui toujours plus nombreux. Ils portent un témoignage important: le témoignage de leur prière et de leur contemplation, celui de la pénitence, du silence et de la solitude.

En considérant la vie érémitique, le Code y voit, ce qu'elle fut, l'origine et le modèle de la vie religieuse consacrée. La vie cénobitique a comme orignes, des ermites qui se groupèrent pour obtenir une direction régulière d'un maître spirituel, d'un Père -Abbas-reconnu pour son expérience.

Ces moines sont devenue cénobites; plus tard, à partir des monastères, s'instaurent les Couvents de frères qui se dévoueront aux œuvres de charité, à la prédications et aux ministères sacerdotaux. Les Ordres mendiant remplaceront ainsi les moines au même titre que les nombreux instituts religieux de fondation plus récente qui ont permis à la vie monastique de retrouver sa première ferveur dans le silence et la solitude et de vivre une vie régulière inter saepta monasterii», entre les limites du monastère, comme dit le Concile (PC no 9a).

La vie érémitique est donc à l'origine de la vie religieuse communautaire, même apostolique. Le fait est à souligner aujourd'hui ou l'on constate, dans les instituts religieux d'hommes comme de femmes, une diminution, si on une perte réelle, des Valeurs essentielles que sont le silence, la solitude, la prière, l'austérité de vie, les pénitences habituelles à ce genre de vie, tous éléments qui sont propres à leur charisme de fondation.

Le canon 603 contient deux paragraphes:

Le premier établit les valeurs spirituelles de la vie érémitique;

Le deuxième pose les exigences canoniques prévues pour qu'un(e) ermite soit reconnue tel par le droit de l'Église.

Ce premier paragraphe reste très important pour sa valeur doctrinale qui concerne toute la vie consacrée et comme nous le disions, plus particulièrement la vie consacré religieuse.

La nature de la vie érémitique

La vie érémitique est de soi solitaire, elle ne constitue pas un institut de vie consacrée; elle est et reste une institution vénérable qui est à l'origine de la vie monastique et religieuse dans l'Église. Tout chrétien appelé par Dieu à ce genre de vie peut se faire ermite, à condition qu'Il puisse discerner la volonté divine sur sa vie et y soit aidé par des personnes compétentes.

Le Concile Vatican 11 a fait discrètement allusion à ce genre de vie et cela à la demande expresse d'un Père conciliaire In Aula. Le Concile Vatican 11 ne pouvait ignorer cette demande, discrètement exprimé dans la Constition «Lumen gentium», no. 43a et dans le décret "Perfectae carutatis", no.1b. Il est étrange qu'on n'y ait pas fait expressivement allusion dans le décret "Ad gentes", no. 13d, d'autant plus que ce genre de vie n'est pas inconnu dans les religions non chrétiennes. Peut-être peut on voir implicitment une allusion à ce genre de vie et de l'adapter aux traditions authentiquement religieuses des peuples qu'Ils évangélisent (AG no.40b).

Le code énumère sobrement les éléments essentiels de la vie érémitique: ce sont :

1-un retrait plus strict du monde,

2-le silence de solitude,

3-la prière et la pénitence assidues,

4-la consécration de vie à Dieu,

5-vie vouée à la louange divine et au salut du monde.

Il nous faut analyser chacun de ces éléments.

1-un retrait plus strict du monde.

Ce retraite est dit plus strict que celui de la vie monastique et de toute vie religieuse. Il est même plus strict que celui de la Chartreuses, qui vit une telle vie anachorétique en même monastère. Non sans raison, les chartreux dénomment aujourd'hui de préférence leur vie comme semblable à la vie érémitique. C'est toute la sagesse cartusienne que d'unir les éléments de la vie au désert à la stabilité monastique et à une vie fraternelle qui assure, en communion et cohabitation, le silence de solitude exigé par leur charisme. Saint Bruno se retira comme ermite au désert de Chartreuse et si on dit son Ordre «monastique», il faut l'entendre dans son sens plénier d'Ordre érémitique.

Beaucoup d'ermites suivent cependant une voie propre, plus personnelle, qui les même à un retrait plus complet du monde qui va jusqu'à être pratiquement total en certaines situations. Le Code parlant d'un retrait "plus strict" suggère une comparaison avec la vie monastique: les moines, aujourd'hui, jouissent en effet dans leurs abbayes et monastères d'un retrait du monde moins strict, moins absolu.

2-Le silence de solitude:

L 'expression est cartusienne. Elle a été reprise dans le canon 603; elle dit plus que silence de solitude, elle unit ces valeurs. A vrai dire, le silence de solitude n'est pas le silence externe de la solitude, du désert. Il est plus; ils est ce silence que suppose la solitude de Dieu qui est plénitude de vie et d'amour; il signifie l'effort d'une vie qui tend à cette union à Dieu, qui rend solitaire en Dieu celui qui se fait silencieux dans cette solitude divine. Ce silence de solitude exige d'autre part le silence du lieu, de l'entourage, du site, tout comme la solitude favorise et maintient ce silence en éloignant ce qui peut le troubler, tous ceux qui ne suivent pas cette voie de vie solitaire. Pour vivre une vie érémitique sérieuse, il faut rechercher et exiger cette solitude du lieu et de la vie, ou un silence réel et profond est possible et peut être maintenu et approfondi, loin des habitations urbaines au bord de la mer, sur une île, en montagne ou en forêt.

3a-La prière assidue:

Le Code parle de prière, terme général qui recouvre autant la prière mentale que vocale; il ne s'applique pas à expliquer la "scala Dei", cette échelle qui mène à Dieu à partir de la lecture des Écritures, Lectio Divina, qui fait l'objet de la méditation, comme "rumination"; cette rumination de la Parole, qui permet un approfondissement de la vérité révelée, nourrit la prière qui peu à peu se simplifie en attention du cœur et devient contemplation dans l'adhésion à Dieu, l'abandon à sa volonté, et permet d'être tout à Dieu seul, comme attitude propre de cette vie qui est recherche continuelle de Dieu.

Prière assidue, dans ce contexte, signifie une prière qui revient un état de vie selon la grâce reçue. Cette assiduité de l'oraison est, en effet, diverse selon la vocation personnelle. Les clercs resteront obligés à la récitation de l'Office divin; les autres ne suivent pas cette voie; certains sont attirés par une prière plus simple qui, de jour en jour, se fait plus intense en se simplifiant et prend des formes litaniques d'invocations brèves, répétées de manière rythmée et adapté à un silence qui se fait plus profond comme adhésion toujours plus forte à Dieu.

3b-La pénitence assidue:

Comme la prière, la pénitence se fait attentive, habituelle. Le Code y voit un trait spécifique de la vie érémitique; qui dit pénitence dit conversion, attention à Dieu. C'est tout d'abord, pour l'ermite, la solitude du lieu, le silence de la vie, la stabilité dans ce monde de vie. Déterminant cette exigence, le code assure le sérieux de la vie solitaire. Les ermites n'ont pas toujours observé cette constance, certains, gyrovagues furent toujours en quête d'une meilleure solitude, d'un conseiller plus compétent, d'une situation plus tranquille! L'austérité de la vie provient toujours d'une prière qui se veut plus continuelle, plus fidèle, plus attentive à Dieu. De plus, la prière prolongée, plus fructueuse pour l'Église, connaît des tentations et vexations diaboliques que la tradition des Pères du désert ont signalé comme propres à cet état de vie et qui supposent un combat à tout; il le fait à un titre nouveau, celui de sa vocation, il le fait pour l'honneur de Dieu, l'édification ou la construction de l'Église, le salut du monde.

Ce qui rejoint les finalités définies au canon 603. SS1. Il recherche ainsi la perfection de la charité dans le service du royaume de Dieu; toute sa vie lui est vouée, et devient ainsi en Église un signe lumineux qui annonce dès ici-bas la gloire céleste. A un titre majeur, l'ermite réalise sa vocation de vie consacrée et cela de façon publique, approuvée par l'Église et évidence pour tous ceux qui le voient vivre en silence de solitude.

4-la consécration de vie à Dieu,

Un lien sacré confirme l'observance des trois conseils.

Ce lien peut être un vœu ou tout autre lien sacré, c'est-à-dire une promesse renforcée ou non par un serment.
Il peut se faire également par déclaration publique, à la manière du "propositum sanctum" des vierges consacrées dont parle le canon 604, ss1. Notons une fois de plus qu'une promesse ne se fait pas directement à Dieu de qui en ferait un vœu mais qu'elle se fait "porter Deum", à cause de Dieu qui appelle et donne grâce de vocation, fidélité et constance. Le "protositum sanctum" peut être, comme déclaration publique, un vrai lien sacré. Il se fait devant Dieu et devant l'Église et exprime une volonté ferme de suivre de plus près le Christ et de l'imiter plus fidèlement dans la vie solitaire. Il fera de plus référence à la loi de vie dont par le Code et qui, approuvée par l'évêque responsable, entrera dans plus de détails.

Cette formule de profession érémitique pourra se concevoir de la façon suivante:

À la louange de la Très Sainte Trinité et pour le salut du monde, en réponse à l'appel de Dieu, je me consacre à Lui tout entier dans le silence de solitude et le retrait complet du monde.

Afin de vivre fidèlement cette consécration à Dieu, je Lui promets (je me propose) de vivre en pauvreté, chasteté et obéissance évangéliques une vie d'oraison et de charité universelle.

Le tout selon ce qui est exprimé dans ma loi de vie
J'en fais profession entre les mains de...
Évêque de ce diocèse de…le…du mois de... De l'an de grâce 19… en l'Église de ….... à …....
Que Dieu veuille accepter mon offrande et me donner la grâce d'y rester fidèle jusqu'à la mort.Si on ne fait pas vœu, on peut dire "je promets devant Dieu et ses saints"; si on fait un saint propos, on dire "je me propose".Quelle forme d'obligation préférer? Le "sanctum propositum" a l'avantage d'être une réponse à Dieu sans cependant avoir les obligations propres au vœu, obligations qui sont souvent objet de doute ou d'inquiétude, d'autant plus que le vœu comporte, en plus de la matière à observer, une obligation supplémentaire en raison de la vertu de religion. On préférera le "saint propos" à unesimple promesse; on ne voit d'ailleurs pas de raison de confirmer cette promesse par un serment qui entraîne lui aussi des obligation de religion.

4-la consécration de vie à Dieu,

La nature de la vie

La loi de vie prend pour l'ermite une importance majeure du fait qu'elle situe et règle sa vie et ses obligations diverses. Elle sera rédigée par l'ermite et doit être approuvée par l'évêque qui reçoit sa profession de vie érémitique. L' Évêque s'entourera de conseillers capables de juger la valeur de cette loi de vie; il fera appel, si posible, à un ermite ayant une longue expérience de vie solitaire. Il serait en effet imprudent d'agir seul en cette matière et un dialogue avec l'ermite qui demande son approbation est nécessité évidente.

Que déterminer dans la loi de vie?

Cette loi est un programme de vie "ratio vivendi" dit le Code; en plus des éléments spirituels déjà rappelés, ce programme établira la stabilité dans l'ermitage, au lieu choisi comme plus apte à ce genre de vie; il faut en effet éviter toute instabilité. Plusieurs ermites, furent gyrovagues, indisciplinés, paresseux, jusqu'à faire scandale. D'ou une certaine réserve de l'Église pour ce genre de vie, malgré sa valeur spirituelle et son témoignage importants.

La loi de vie déterminera comment l'ermite compte pourvoir à son entretien, par le travail, s'il en est capable, ou par tout autre moyen, comme le sont les intentions de messe et de prière.

Le travail sera de préférence manuel; il permettra une détente nécessaire, tout en favorisant l'union à Dieu dans la prière continuelle. Certains travaux de peinture, de céramique, de sculpture (objets religieux, icônes, statues, rosaires ou autre objets de culte) peuvent faciliter la prière.

Plus difficiles sont les travaux de traduction, de transcription, car sont évidement à rejeter tous textes non religieux ou trop critiques ou polémiques.

Quant aux conseils évangéliques, une détermination prudente de leur matière, adaptée à la vie érémitique, est importante pour la paix de l'âme et le progrès dans les voies de Dieu. S'il y a vœu, il est nécessaire d'en préciser clairement les obligations qu'il convient d'ailleurs de restreindre au minimum. Toute l'ampleur du conseil ne peut être matière de vœu. Ce qui n'empêche pas de donner aux conseils évangéliques toutes les dimensions qu'ils comportent dans les divers aspects ce la vie érémitique.

Il faudra faire la distinction entre normes fondamentales et applications concrètes qui, avec l'expérience, modifiées, soit avec l'accord de l'évêque, soit avec l'autorisation par l'évêque.

La chasteté n'est pas seulement chasteté du corps mais aussi du cœur et de l'esprit, chasteté de l'amour unique du Seigneur et des autres en Lui. La clôture de l'ermite sera une protection à établir le silence devra être protégé contre tout moyen de communication pouvant le troubler. La chasteté sera une continuelle union à Dieu; elle sera soutenue par l'oraison et la pénitence comme expression d'un amour unique et toujours croissant.

La pauvreté est avant tout l'abandon de tout pour être à Dieu seul, elle est vécue avec le Christ qui a tout reçu du Père et lui a tout remis, pour faire sa volonté jusqu'à la mort dur la croix et la résurrection en gloire.

Cette pauvreté s'exprime et se maintient par l'oraison qui devient un "Amen" au Père du Christ Jésus et se prie dans la force de l'Esprit. Ceci établi, on déterminera la façon concrète de vivre la pauvreté évangélique en renoçant à toute propriété ou au moins à tout usage libre de biens personnels; ces biens, acquis ou prévus héréditairement, peuvent recevoir leur destination finale par testament; leur usage et la disposition d'éventuel revenue seront déterminés par la loi de vie, on ne permettra pas à un ermite d'en user pour faire l'aumône; cela risquerait de troubler sa solitude et de lui faire perdre le silence et la paix.

Quant à l'obéissance, elle aussi est avant tout obéissance à Dieu dans toute la vie, dans l'oraison, la pénitence, la solitude et le silence. Cette obéissance se réalise en résistant aux tentations propres à cette vie solitaire de prière et d'austérité et en gardant, en augmentant si possible, la solitude externe et le silence que ne doivent pas troubler les contacts avec la famille, les amis, les connaissances et les personnes qui éventuellement demanderaient conseils et direction spirituelle. Une correspondance abondante risquerait de détruire le silence demandé par Dieu.

La loi de vie prévoira certaines interventions de l'évêque qui peut, pour le bien de l'ermite et le sérieux de sa vocation, lui imposer certains préceptes, au nom de l'obéissance, en vertu du vœu ou de tout autre lien sacré. Il interviendra en matière grave comme le sont la stabilité, la solitude, le silence, l'austérité de vie, la régularité de la vie de prière, et tout excès en matière de communications avec l'extérieur. Ceci sous peine de se voir refuser l'approbation canonique de sa vie érémitique le droit de séjour dans le diocèse.

Quant à l'oraison, un certain rythme de prière peut être prévu dans la vie de l'ermite. A ce sujet une grande souplesse est exigée.

La liturgie des heures obligatoire pour les clercs, peut en effet régler l'horaire du jour et de la nuit; l'ermite peut s'obliger à réciter ou à chanter tout ou une partie de l'office divin.

Certains clercs préfèreront parfois s'en tenir à la récitation des heures importantes; Laudes et vêpres, en y ajoutant complies, ceci pour favoriser une prière plus simple, plus contemplative. Un autre élément peut rythmer cette vie solitaire: ce sont les temps destinés la méditation, la récitation du rosaire, à celle de certaines litanies, à des heures fixes. Tout cela, prévu avec sagesse et prudence, ne peut être un carcan mais doit devenir, dans l'application seule et régulière à la fois, une structure de vie qui puisse soutenir l'essentiel: vivre pour Dieu seul dans la plénitude de son silence éternel et de sa solitude d'amour.

Si l'on compare le canon 603 à celui du projet, deux points sont à noter:

Le premier paragraphe reprend la doctrine énoncée au canon 94 du projet et souligne ainsi sa valeur doctrinale;

le deuxième paragraphe a restreint la possibilité de reconnaissance canonique aujourd'hui réservée à l'évêque diocésain; il nous faut dire la raison de cette restriction.

Enfin il nous faudra parler des "laures" d'ermites, de leur utilité, de leurs difficultés et de leur viabilité.

La nature de la vie érémitique

Dans le projet de 1977, on prévoyait une reconnaissance publique de l'ermite en Église, si la profession de vie érémitique se faisait entre les mains d'un supérieur religieux, supérieur de monastère - abbé ou prieur -ou entre les mains d'un responsable d'un Tiers -Ordre. Ce qui ne manquait ni de sagesse ni de discrétion. Un abbé, vu son expérience, peut être de bon conseil; un supérieur d'un ordre religieux peut avoir dans sa tradition des éléments d'érémitisme non négligeables; songeons à la tradition franciscaine et à l'expérience personnelle de saint François.

Aujourd'hui, le droit de reconnaître publiquement un ermite est réservé par le Code à l'évêque ou vit l'ermite et c'est entre ses mains que celui-ci doit faire profession des conseils évangéliques selon sa loi de vie, approuvée préalablement par l'évêque qui le reçoit dans son diocèse.

Cette profession de vie érémitique, si elle supposait les trois vœux, rapprochait l'ermite du religieux; mais contrairement au projet de 1977, l'ermite peut aussi se lier par d'autres liens que les vœux, à savoir par promesse, renforcée ou non d'un serment, par un " propositum", déclaration semblable à celle que font les vierges consacrées, ou toute autre forme d'engagement valable.

Ces liens sont sacrés du fait qu'ils répondent à une vocation divine et sont reconnus comme tels par l'Église.

Les déterminations apportées par le Code au sujet de la vie érémitique reconnue publiquement par l'Église sont donc plus exigeantes que celles que prévoyait le code de 1977. Que penser de ces déterminations plus concrètes? Chaque évêque n'est certes pas toujours au courant des exigences particulières d'un tel genre de vie; il peut lui être difficile en ce cas de discerner le sérieux d'une telle vocation. Comme nous le disions, un abbé pourrait recevoir l'ermite, même comme oblat de son monastère, sans qu'il vive pour autant sur le territoire de l'abbaye.

Une chose est certaine : la qualité d'une vie érémitique ne dépend pas de sa reconnaissance juridique, qui d'ailleurs ne lui assure pas nécessairement la meilleure direction spirituelle.

La loi de vie de l'ermite est importante; celui-ci doit la rédiger et la soumettre au jugement de l'évêque qui doit l'approuver.

Cette approbation peut être donnée sous certaines réserves ;


1- elle peut être temporaire; elle peut poser au sujet du sérieux de la vie érémétique des conditions qui entraîneraient le retrait de l'approbation donnée.

2- si la loi de vie n'était pas observée ou même le renvoi du territoire imposé par l'évêque, en cas d'infidélité grave ou de scandale.

3-La détermination de la spiritualité que veut suivre l'ermite peut être utile. Il peut se mettre à l'école des Pères de l'Église, de saint Bruno, de saint François d'Assise, de la tradition cistercienne.

4-La loi de vie déterminera également comment soumettre certains écrits de l'ermite à la censure épiscopale et comment en permettre l'édition, tout en gardant la discrétion nécessaire et même l'anonymat. Il faut éviter que ces écrits ne suscitent des consultations nombreuses ou une correspondance qui troubleraient le silence de l'ermite et pourraient détruire sa vie solitaire.

LAURES OU COLONIE ERMITES

Reste à examiner une dernière question: celles des laures. Une laure est un lieu ou vivent ensemble plusieurs ermites. Certains essais récents ont en effet réuni des ermites sous la direction d'un ermite expérimenté qu'ils se sont choisi comme maître spirituel.

Le Code est prudent à ce sujet. Il ne parle pas de laures. En effet, ces ermites restent rarement en un même lieu, même s'il est solitaire et très étendu. Les engagements qui les lient tous à un "ancien"sont souvent nuls ou très lâches. Ils ne sont d'ailleurs pas essentiels à une vrai vie érémitique. Aussi est-il difficile d'établir une laure et plus difficile encore de lui donner le statut d'une association privée ou de l'approuver et de l'ériger comme association publique. Le plus souvent, la laure sera connue comme union fraternelle; son existence dépendra de la volonté des ermites qui s'y sont réunis.

En tant que vie solitaire, vraiment érémitique, mieux fixée et plus stabilisée, il existe encore aujourd'hui des ordres comme celui des Camaldules et celui des Chartreux, qui, tout en assurant une solitude exigence ne prévoient pas un isolement complet ; ils assurent une plus grande stabilité, une séparation du monde rigoureuse, un silence de solitude profond tout en ayant des éléments de vie commune comme la participation à une partie de l'office divin, et la célébration de l'Eucharistie. Ces ordres vivent une vraie vie solitaire; ils sont appelés plus justement ordres "érémitiques" qu'ordres "monastiques". Le terme "monastique" recouvre aujourd'hui trop de formes de vie différentes, aussi, par souci de vérité ceux qui veulent retenir l'antique solitude comme élément essentiel de leur vie, l'évitent.

Conclusion

On peut se réjouir de ce que le Code fasse mention de la vie érémitique, car elle n'est pas, comme le projet de 1977 le disait, un préliminaire aux divers types de vie consacrée.La vie érémitique a pris place parmi les normes communes, comme vie consacrée individuelle, non institutionnalisée.

Ayant fait mention des ermites comme des vierges consacrées, cette partie du Code aurait pu prendre comme titre : "de la vie consacrée" ou même, "de la vie consacrée à Dieu pour le salut du monde".

En tout cas le canon 603 répond aux exigences de la vie ecclésiale actuelle. Grâce aux dons de l'Esprit, le nombre des ermites est tel qu'une législation adaptée ne pouvait taire leur existence, ni ignorer leur statut canonique. De plus, l'Église se doit de reconnaître en cette forme de vie l'origine de toute vie consacrée, même séculière. Ainsi, rappelée discrètement par le Concile Vatican 11, elle est aujourd'hui clairement proposée et canoniquement constituée dans la vie de l'Église.

 

Ermites ( autres informations)

Phénomène répandu, mais toujours oublié de l'historiographie religieuse, l'érémitisme (soit la vie religieuse en solitaire "dans le désert") suisse prend ses racines si l'on excepte le légendaire saint Béat -- à l'époque mérovingienne.

Saint Amé, moine de Saint-Maurice, se retire en 611 dans les rochers qui surplombent l'abbaye. Saint Gall, moine peut-être irlandais, s'installe autour de 630 dans la vallée de la Steinach et son ermitage et sa tombe seront à l'origine d'une abbaye importante. Au milieu du IXe s., Meinrad quitte l'abbaye de Reichenau pour devenir ermite dans la "forêt sombre" ; à l'initiative d'un autre ermite, saint Benno, l'abbaye d'Einsiedeln s'élèvera sur le lieu de son séjour et de son assassinat. Ces précurseurs sont bien connus par les sources hagiographiques. Dès le Xe s., les nécrologes fournissent en outre les noms de reclus vivant emmurés dans des maisonnettes (Reclus et recluses).

Les sources de la pratique juridique et administrative, qui se multiplient dès le XIIIe s., révèlent que l'érémitisme est très fréquent, aussi bien dans les villes et les bourgs que dans les campagnes. Dès lors, on a des ermites une image plus sociologique qu'hagiographique: bien intégrés à la société, à leur famille, les ermites, convers, converses, Béguines et bégards font des transactions immobilières, testent, fondent des anniversaires, obtiennent des subventions, bataillent devant les tribunaux avec les confrères et les ordres mendiants qui leur font concurrence dans la mendicité. Dans le domaine spirituel, les ouvrages des dominicains, les recueils de sermons, de visions, de miracles, les éditions et traductions très nombreuses des ouvrages religieux, en particulier de l'Imitation de Jésus Christ et des Vies des Pères du Désert, montrent que la retraite et la méditation au désert rencontrent auprès des laïcs, non seulement en Rhénanie, mais aussi dans les Alpes suisses, un intérêt croissant, cela sans nier le risque toujours présent d'accusation d'hérésie. Le cas de Nicolas de Flue illustre à la fois cet attrait des laïcs pour la Devotio moderna et le poids politique occulte des ermites à la fin du Moyen Age et sous l'Ancien Régime.

Dès le XVe s., les registres des conseils communaux et les procédures pénales et civiles livrent une image plus nuancée des ermites, permettant de connaître leur genre de vie, leurs relations avec les paroisses et les collégiales qui souvent les emploient comme sacristains ou gardiens de chapelles. C'est alors qu'apparaissent les ermites vaguants, les escrocs à la charité, les délinquants (voleurs, violeurs, voire assassins), mais aussi les ermites entrepreneurs, constructeurs de chapelles, créateurs et animateurs de pèlerinages et pèlerins eux-mêmes. Certains sont maîtres d'école, organistes, artistes peintres, sculpteurs.

Cette activité intense, contraire à la vocation d'un véritable ermite, a incité certains d'entre eux, soucieux de la réputation de leur profession, ou des évêques, désireux d'imposer une certaine discipline à ces personnages dont le statut n'est pas clairement défini par le droit canonique avant 1983, à grouper les ermites d'un diocèse en congrégations, à leur imposer un noviciat et des règles, à organiser des chapitres généraux et des visites d'ermitages.

Les ermites du diocèse de Constance, tout au moins ceux de sa partie helvétique, obtiennent de leur évêque l'autorisation de se constituer en congrégation au début du XVIIIe s.; la règle, imprimée à Augsbourg en 1777, a été utilisée avec quelques aménagements jusqu'à la fin du XIXe s. Les préceptes qu'elles contient complètent la règle du Tiers Ordre Franciscain, auquel la plupart des ermites sont rattachés ( Franciscains ).

La congrégation était divisée en trois provinces, la province orientale, comprenant l'Oberland saint-gallois, la Thurgovie, Appenzell Rhodes-Intérieures et le Toggenbourg; la province occidentale, avec Fribourg, Soleure et la région de l'ancien évêché de Bâle, et la province de Suisse centrale, la mieux connue: elle compte en 1761 vingt-huit ermites, ayant à leur tête un visiteur (Altvater) et un maître des novices, répartis en huit custodes (Zipfel), et qui se réunissent chaque année à l'Annonciation (25 mars) en chapitre général. A la fin du XVIIIe s., elle accueille des Autrichiens et des Français chassés de leur ermitage par le joséphisme et par la Révolution française. Mise à mal par la suppression du diocèse de Constance, la congrégation est restaurée en 1815. Basée d'abord à Küssnacht am Rigi, puis à Zoug (chapelle de pèlerinage de Sainte-Vérène), puis dès 1846 à Luthernbad (comm. Luthern), la congrégation se transforme en 1904 en groupe de Barmherzige Brüder ayant vocation de soigner les malades mentaux. Elle achète en 1908 le terrain d'Oberwil bei Zug pour y construire le Franziskusheim, à la fois maison de retraite pour les ermites et clinique psychiatrique, y transfère son siège, qui s'y trouve toujours, devient en 1922 vicarie suisse des Barmherzige Brüder de Trèves. Elle possède encore un noviciat au Steinhof à Lucerne.


L'érémitisme traditionnel subsiste en Valais, toujours resté extérieur à la congrégation des ermites suisses (à Longeborgne, sporadiquement à la chapelle Notre-Dame-du-Scex à Saint-Maurice dans la dépendance de l'abbaye), à Schwytz (chapelle de Tschütschi), à Soleure (ermitage de Kreuzen) et au Tessin

 
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