| 1
partie-vie de saint Pascal |
| Ch.
I |
Enfance
de Saint Pascal |
Ch.
II |
Adolescence
et Jeunesse |
Ch.
III |
Vers
le cloître. Premères faveurs eucharistiques |
Ch.
IV |
Le
religieux |
Ch.
V |
L'amant
et le confesseur de l'Eucharistie |
Ch.
VI |
Le
privilégié du Saint-Esprit |
Ch.
VII |
La
mort |
Ch.
VIII |
La glorification |
|
Ch.
I- Enfance
de Saint Pascal |
|
Le
Patron des Congrès et des Œuvres Eucharistiques
Saint Pascal Baylon.
1ière
Partie Vie de Saint Pascal (1) Enfance de Saint Pascal.
C’est
qu beau jour de la Pentecôte, 16 mai 1540, que naquit
à Tore Hermosa, humble bourgade du royaume d’Aragon,
le petite Baylon. Ses parents, modèles de piété
et de vertu, lui donnèrent au Baptême le nom de
Pascal, et lui imprimèrent de bonne heure les sentiments
religieux qu’ils possédaient à un très
haut degré.
L’enfant
balbutiait à peine : papa et maman, que déjà
prononçait très distinctement les noms sacrés
de Jésus et de Marie, les premiers que sa pieuse mère,
Élisabeth, eut placés sur ses lèvres enfantines..
C’était plaisir de voir que le oreille attentive
il prêtait aux choses de Dieu avec le sérieux il
faisait son signe de croix et joignait ses petites mains paru
la prière.
Ces présages d’une véritable et ardent piété
furent bientôt corroborés par des indications pas
caractéristiques.
Un beau dimanche, la digne mère de notre petit ange,
voulut l’emmener à la grande messe. Prenant son
trésor dans ses bras, et toute fière de son jeune
Pascal, elle entra avec lui à l’Église.
Le saint sacrifice venait de commencer. C’était
la première fois que les regards de l‘enfant allaient
rencontrer la sainte Hostie, pendant tout le temps de l’office
qui fut très long, Pascal suivait avec attention continue
et un intérêt croissant les divers mouvements du
prêtre. Ses yeux ne se détachaient pas de l’autel,
et lorsque le célébrant éleva la Sainte
Hostie et que les fidèles fléchirent les genoux
pour l’adoration, il tressaillit dans les bras de sa mère.
Que
se passa-t-il en ce moment béni qui porta en germe tout
la vie de notre saint ?
Nul ne saurait le dire. Ce sont de ces mystères de grâces
que Dieu opère dans le replis les plus intimes d’une
âme et que personne ne saurait pénétrer.
Toue ce que nous en augurons, c’est qu’une vertu
secrète s‘échappa de l’hostie et vint
toucher l’âme de l’enfant.
Dès ce jour, en effet, Pascal se sentit irrésistiblement
attiré vers la maison de Dieu, où dans son Tabernacle
réside Jésus, notre divin Sauveur, la plus grande
joie que sa mère pouvait lui causer, c’était
de le porter à l’église pour y assister
avec elle aux saints offices.
Bien
plus, aussitôt que ses forces lue lui permirent, l’enfant,
laissé seul à la maison, d’échappa
a maintes fois pour se diriger du côté de l’Église,
et là dans le sanctuaire grimpait plus qu’il ne
marchait, jusqu’au pied du Tabernacle. Quelle ne fut pas
la surprise de sa pieuse mère lorsque, à l’occasion
de la première de ces figues, ayant vraiment cherché
partout son enfant, avec des inquiétudes mortelles, elle
le trouva à genoux, à demi accroupi sur les degrés
de l’autel, les yeux fixés sur le Tabernacle et
si absorbé dans sa muette, contemplation, qu’il
en s’aperçu même pas du bruit que se fit
autour de lui !
Élisabeth
essaya d’un timide reproche à l’égard
d précoce fugitif, mais commençant à comprend
que cet enfant était pour Dieu, elle le pressa sur son
cœur plus tendrement qu’elle ne l’avait jamais
fait et le consacra au Seigneur.
Cependant, à la pensée des dangers courus par
une pareil évasion, les parents de notre saint lui prodiguèrent
caresses et menaces pour le retenir dorénavant à
la maison, mais peine perdue : chaque fois que la surveillance
paraissait se relâcher quelque peu, le petit fugitif en
profitait pour s’évader de nouveau et revenir à
Celui qui l’attirait si puissamment. Ces pieuses et nombreuses
escapades prient fin, quand, arrivé à l’âge
de raison, Pascal compris, la portée de la défense
de ses parents, motivée uniquement par leur tendresse
et leur sollicitude. Dès lors plein de respect et de
soumission pour leurs moindres désirs, il ne leur résista
et ne leur désobéit plus jamais.
Prévenu
d’une façon si manifeste de la grâce d’en-
Haut, Pascal se faisait remarquer par une piété
et une sagesse sans cesses croissants. La prière, la
récitation du rosaire, les exercices de dévotion,
la vénération des images des saints avaient pour
lui plus de charmes que les jeux de son âge.
Aussi
rein d’étonnant que cet enfant se sentit de bonheur
appelé à la vie religieuse. Il en manifestait
le goût vers sa septième année. Voici dans
quelles circonstances racontés par une témoin.
« Mes parents, dit Francisco Delgado, , dévot à
Saint François d’Assise, m’avaient voué
a Séraphique patriarche. Je portais, taillés pour
mes huit ans, le froc, le capuchon et la corde franciscaine.
La première fois que Pascal me vit revêtu de cet
habit, il se mi tout près de moi et ne voulut plus me
quitter. Je fus obligé de le chassé de force.
Un jour que j’étais malade, il vient me visiter,
et apercevant au pied du lit ma robe franciscaine et la corde,
il s’en empara comme d’un bien vacant, puisque j’était
au lit. Ce fut l’affaire d’un instant. En un clin
d’œil, Pascal était revêtue de mes petites
livrés et radieux apparaissait à son tour en «
franciscain» Jamais, il ne s’était vu si
beau… Il allait et venait à la façon de
moines, les mains dans les manche,
faisant dévotement les révérences et les
génuflexions. Mais arriva le moment de partir. Lorsqu’on
l’invita à quitter son costume d’emprunt,
il entra ans une vraie désolation et opposa une résistance
désespérée il ne fallut rien mois que l’intervention
de sa mère qu’on alla chercher en toute hâte,
pour le décider à rendre ce qui m’appartenait
et que je ne prétendais pas céder si facilement.
A la voix d e sa maman, Pascal rendit et le cœur gros,
tout en sanglotant , dépose pièce par pièce
des son uniforme, y attachant un long et humide regard d’envie
». « Eh bien, dit-il ,quand je serais grands, je
me fera religieux. Je veux porter le costume de Francisco !
..
Dès
ce moment il le répéta souvent et sa sœur
Jeanne aimait à le plaisanter en l’appelant désormais
son fraylino, petit moine. Plus tard, quand elle le vit franciscain,
elle disait toute radieuse : « Pascal , mon filleul, a
tenu parole Ah! que j’en suis fier !»
D’ailleurs
les historiens de notre saint nous disent qu’elle se croyait
bien pour quelques choses dans sa détermination. Nous
comprenons facilement son bonheur et sa légitime fierté
d’avoir contribuée à faire germer une vocation
qui conduisait son frère à une si haute sainteté.
Référence:
(1) Pour notre narration , nous aimons à nous inspirer
de la belle vie de Saint Pascal par le R. P. Louis- Antoine
de Porrentry, Frères Mineur capucin-Paris, librairie
Plon et Nourrit. |
Ch.
II- Adolescence
et Jeunesse |
|
Dès
l’âge de sept ans, Pascal fut chargé de la
garde des troupeaux de ses parents. Cette occupation en rapport
avec l’âge et les forces de l’enfant répondait
aussi merveilleusement à la nature méditative
et à son besoin de recueillement et de silence.
Le
perspective de vivre au milieu de la belle nature, loin des
bruits et des dissipatione du monde, sous le regard de Dieu,
l’enchantait,
Il
aurait des fonctions que lui donneraient tout loisir de prier
à son aise !
Son premier soin fut d’apprendre à réciter
le petit office de la Sainte Vierge. Pourtant, il ne savait
pas même la première lettre de l’alphabet,
et ce n’est pas aux champs qu’il pouvait espérer
trouver une écoule et un maître.
Mais
son amour et sa dévotion pour Marie le firent triompher
de cette difficulté, en apparence insurmontable. Il fit
si bien, il recourut à des moyens si ingénieux,
qu’il arriva assez vite à pouvoir lire couramment
le psautier de la vierge.
Autant que possible il conduisait ses troupeaux auprès
d’un sanctuaire de Mare, à Notre-Dame de la Sierra,
afin de pouvoir mieux prier sa divine Mère et de se trouver
plus immédiatement sous sa sauvegarde. Lorsque malgré
tout, il fallait s’éloigner pour aller à
d’autres pâturages, ils ne quittait pas sa protectrice
céleste, son génie en effet, lui avait inspiré
de tailler l’images de Notre-Dame dans sa houlette et
au dessus de la couronne de Marie son couteau avait également
fait rayonner l’Hostie de Tabernacle. Quand l’ombre
du rocher marquait l’heure de l’office le saint
enfonçait à terre sa houlette vénérée
et à genoux, devant ces champêtres images, il récitait
son office et disait ses heures, comme s’il eût
été en présence de Marie et du Très
Saint Sacrement.
Bientôt notre petit berger se fit apôtre. Il se
mit à enseigner aux autres pâtres les prières
du rosaire sur les chapelets en corde qu’i faisait lui-même
et qu’il leur donnait. Ces pauvres enfants d’éducation
négligée et sans piété y prirent
tant de goût que les louanges de la Vierge Immaculé
remplacèrent désormais sur les lèvres les
paroles grossières et les blasphèmes.
Aux prières et à l’apostolat , Pascal savait
encore joindre les austérités des saints pénitents.
Il prenait la discipline, disait-il, pour expier ses péchés.
Dans les tentations que l’esprit infernal, jaloux de tant
de vertu, ne manquait pas de lui susciter, il s’armait
d’un branche d’épines et frappait à
tour de bras sa chair virginale jusqu’à ce que
la sensation de plaisir se changeât en gémissement
de douleur. Les compagnes, témoins de cette piété
angélique, en étaient profondément édifiées.
Ils vouaient à notre adolescent une réelle vénération
et s’abstenaient en sa présence de toutes paroles
déplacées. Au besoin ils lui confiaient leurs
peines et le jeune saint trouvait toujours dans son cœur
le paroles et des encouragements qui remontaient leur cœurs
abattues.
Une vertu dont le
petit pâtre donna surtout l’exemple, ce fut l’honnêteté
ou amour de la justice. On peut dire qu’il alla jusqu’au
scrupule dans la pratique de cette vertu. Chaque fois qu’il
s’apercevait que ses brebis aient occasionné le
moindre dommage dans les terres de quelques propriétaires
voisins, il se faisait un devoir de restituer le prix du larcin
involontaire et souvent bien insignifiant. Jamais on ne put
le dissuader de cette délicatesse presque exagérée
En diverses circonstances les pâtres essayèrent
d’entraîner Pascale à la maraude ou de lui
faire partage le fruits de leurs larcins ; mais toujours ils
le trouvèrent inébranlable comme le roc, le majoral
ou chef des bergers voulut au temps des vendanges faire entrer
de force notre saint dans une vigne pour y voler du raison.
C’était un homme terrible ce majoral, et tous tremblaient
devant se violences. Malgré sa jeunesse Pascal fut seul
à résister à un entraînement coupable
et à maintenir devant un courroux effrayant les droits
imprescriptibles de sa conscience.
«
Je n’entrerai pas, dit l’enfant, cela n’est
pas permis….
Tu entreras, s’écrit le brutal en fureur, ou je
te tue…
vous pouvez me tuer, mais jamais vous ne pourrez me faire prendre
ce qui ne m’appartient pas ». et il n’entra
pas.
Il
est facile de comprendre que pareille compagnie et pareils méfaits
devaient peser à l’âme si pur et si pieuse
de Pascal.
«
Ce métier est bien mauvais, disait-il un jour à
un de ses compagnons, Aparicio, qu’il aimait comme un
frère ; je ne veux pas passer ainsi ma vie. Je me ferai
religieux. »
Cette ouverture n’étonna nullement l’interlocuteur.
Quoique dans le monde, notre saint suivait déjà
les habitudes religieuses. Son âme adonnée presque
sans relace à la prière ; ses occupations remplies
avec la plus rigoureuse exactitude et par amour pour Dieu, les
austérités, les jeûnes auxquels il se livrait
et qu’il n’arrivait pas à dissimuler ; toute
indiquait qu’il était fait pour le cloître.
D’ailleurs,
bientôt une apparition merveilleuse fit connaître
au saint berger la volonté du Ciel à son égard.
Il raconta à son amie privilégié qu’un
jour dans la solitude, alors qu’il récitait à
genoux ses prières, il vit apparaître soudain un
religieux de Saint François et une sœur Clarisse
qui, après l’avoir salué, comme un frère,
lui dirent : « C’est da la part de Dieu et en son
nom que nous venons du Ciel pour t’inviter à quitter
le monde et à entrer en religion .»
Un
miracle éclatant ne tarda pas à prouver à
Jean Aparicio la vérité de cette apparition, on
était au temps des grandes chaleurs. La fontaine où
les berges venaient d’ordinaire se désaltérer
et abreuver leurs troupeaux était presque à sec
et n’offrait qu’une eau trouble et boueuse. A cette
vue Jean propose à Pascal de se rendre à une autre
fontaine . « Non, répondit le saint, restons ici,
je me charge de trouver de l’eau fraîche et limpide
». Il se dirigea alors vers un endroit stérile
et pierreux et après avoir déposée son
bâton et sa panetière, il se mit à creuser
la terre de ses mains, tous semblaient annoncée que ce
serait une pure perte. Mais voilà que tous à coup
il se lève et reprenant sa houlette, il frappe le sol
avec assurance et en fait jaillir une belle source. Son compagnon
resta stupéfait et muet d’admiration, vraiment
il avait comme ami un saint. « Quand tu manqueras d’eau,
lui dit Pascal, frappe la terre à de ton bâton
et tu en trouveras.». « Jamais je n’a osé
tenter cette expérience, avoue le témoin de ce
miracle, mais repassant par là plus tard, je plantai
une croix en souvenir du prodige. »
Dieu
voulait donc bien à son service celui qu’il honorait
déjà du don des miracles. Une seconde apparition
bien presser le peux pâtre d’obéir au plus
tôt aux ordres du Ciel. De niveau un Frère Mineur
se présenta à Pascal, il lui remit une bure franciscaine
et lui manda de quitter bien vite le monde pour se faire religieux.
Abandonnant à ses deux sœurs et à son frère
sa part de modeste héritage paternel, Pascal dit adieu
à sa faille et à ses compagnons, puis se dirigea
aussitôt vers un monastère de Frères Mineur.
Il venait d’atteindre à peine sa dix-huitème
année. |
Ch.
III- Vers
le cloître. Premères faveurs eucharistiques |
|
Avant
de s’enfermer définitivement dans le cloître
Pascal voulut recevoir sa sœur aînée Jeanne,
établie fermière à Pénas de sa Pedro.
Ce revoir, après une longue absence, fut plein de joie
et de douceur.
Jeanne ne se laissait pas de regarder et d’admirer son
petit moine. Elle était surtout heureuse de la voir persévérer
dans son pieux desseins et sur le point de le mettre à
exécution.
On
devine qu’elle voulait bien traiter son jeune frère.
Repas copieux, chambre confortable, tout se préparait
avec entrain. Mais quelle ne fut pas la déception de
la digne sœur lorsque Pascal vint lui dire : « Ne
vous donnez pas tant de peine, je me contenterai d’un
morceau de pain trempé dans l’eau. »
Attribuant
le manque d’appétit à la fatigue du voyage,
Jeanne se consolait en pensant que son petit Pascal allait du
moins faire honneur à la chambre et à la couche
moelleuse qu’on lui avait destinées. Mais de nouvelles
surprises l’attendaient. Mais de nouvelles surprise l’attendaient.
D’abord notre saint coupa court à la causette que
sa sœur aurait volontiers prolongées. Puis au lieu
de se coucher immédiatement, il fit de longues prières,
et quelque temps après on l’entendit se frapper
cruellement, curieuse de savoir exactement ce que faisait le
bien aimé visiteur, Jeanne se rendit à pas de
loup à la chambre et appliquant l’œil à
lune des fentes de la porte, elle entrevit Pascal, armé
d’une corde noueuse, se frappant sans piété
avec l’acheminement d’un bourreau.
Déjà ses épaules déchirées
et meurtries ne formaient plus qu’une plaie et la discipline
sanglante ne prenait pas de fin. « Ah ! le saint fraylino
», se dit Jeanne en sanglotant, et, tout en larmes, elle
se retira ne pouvait supporter plus longtemps ce navrant spectacle.
Le
lendemain matin, nouvelle déception pour la tendresse
de la grande sœur, Pascal n’avait pas touché
;à son lit ; il s’était reposer de ses pénitences
et de ses prières en restant étendue sur le carreau
de la chambre. Presser de manger avant de partir, il ne voulut
rien prendre ; il n’accepta même pas de provision
par son voyage. « Mets un peu d’eau fraîche
dans ma gourde, dit-il, à sa sœur ; si j’ai
faim en route je demander l’aumône d’un morceau
de pain. » Jeanne le vit partir souriant et radieux, mais
elle rentrait à la maison le cœur gros et profondément
émue.
Comme
une vision du ciel, Pascal n’avait fait que passer, mais
il lavait laissé les plus douces impressions. Tous les
gens de la maison et touts les voisins mis au courant de l’attitude
du voyageur s’écriaient d’une voix unanime
: « Mais c’est un saint ce jeune homme-là
! »
Pascal arriva à Montéforté où les
frères Mineures de la Réforme avaient bâti
un de leurs premiers convents sous le vocable de Notre-Dame
de Lorette.
C’est
à la porte de ce monastère que le saint adolescent
vint frapper, demandant avec instance qu’on voulût
bien l’admettre au nombre des Frères.
Sa
grande jeunesse, son air mystique, peut-être aussi son
costume bizarre, mirent en défiance les supérieurs
et les firent ajourner. Ce fut une cruelle épreuve pour
notre postulant. Mais dans les desseins de Dieu elle ne devait
servir qu’à mieux faire éclater sa vertu,
sa constance et la réalité de sa vocation.
De temps en
temps et sans se décourager, Pascal revenait frapper
au couvent ; mais chaque fois on déboutait le pauvre
solliciteur et on le rejetais dans un monde où de plus
en plus il se sentait dépaysé.
Force
lui fut de reprendre son état de berger. Mais pour ne
pas s’éloigner, même corps, de ce couvent
où était son cœur, Pascal se mit au service
de Martinez Garcia, riche propriétaire de Montérforté,
et tout en gardant ses troupeaux, il reprit la vie de prière
et de pénitence qu’il menait auparavant à
la Sierra. On peut dire que sa piété allait encore
grandissant, stimulée sans doute par ses désirs
de vie religieuse.
Bien avant le lever du soleil, on trouvait le jeune berger à
genoux, la face tournée vers Notre –Dame de Lorette.
Une
fois entré en prière, rien ne pouvait troubler
son recueillement. Il restait aussi insensible au vent qui lui
fouettait le visage qu’à la pluie qui le trempait
jusqu’aux os. On eût dit un ange adorateur.
À
l’heure es messe du couvent, sa ferveur, si intense déjà
prenait de prenait accroissent et Pascal s’absorbait tout
entier, corps et âme, dans la méditation du divin
sacrifice.
Mais
combien il lui était pénible de ne pouvoir assister
chaque jour à la messe ! Retenue loin de l’Église
par le devoir d’état, le serviteur fidèle
ne pouvait que très rarement y aller en semaine. Quelle
privation pour son âme eucharistiques !
Pourtant le bienheureux s’efforçait d’y suppléer
d’une autre manière. Grâce aux tintement
de la cloche du monastère, dont il connaissait à
fond les signes et le langage expressif, Pascal se tenait uni
au prêtre et suivait les diverses phases du saint sacrifice
avec la même attention que s’il eût été
à genoux au pied de l’autel.
Mais ces regards et ces pensées dirigés vers l’hostie
de nos tabernacles ne faisaient qu’aviver davantage la
soif de cette âme altérée de Dieu.
C’est de tout
près, dans le sanctuaire, que Pascal voulait de plus
en plus contempler le grand mystère de notre foi et l’adorer.
Dieu allait récompenser merveilleusement des désirs
si ardent et si sincères.
Un
jour donc, écrit le Père Louis Antoine, que la
cloche du monastère annonçait les approches de
l’Élévation, Pascal, de plus en plus dévoré
de la nostalgie divine, tomba dans une sort d’agonie,
impuissant à supporter davantage la privation et l’éloignement
de Divin Dieu. Éperdu, il jette vers le ciel, un de ces
cris de foi, de désire d’amour auxquels le Seigneur
ne sais pas résister :
«
O maître adoré, faites donc que je vous voie !
» À peine cette amoureuse plainte, s’est-elle
échappé de ses lèvres, que levant les yeux
vers la hauteur, il aperçoit au firmament un point lumineux
dont il ne peut détacher son regard. C’est une
étoile resplendissante comme celle des mages. Après
avoir brillé du plus vif éclat, elle s’éteint
et la nue s’entrouvrant, Pascal, à travers cette
déchirure du Ciel, vois apparaître les anges prosternées
devant l’Hostie qui sort du Calice. C’est son Dieu,
le Dieu de l‘Eucharistie. À cette vue, il tombe
la face contre terre, il adore. Puis s’enhardissant, il
contemple ravi la céleste vision. »
Transporté, il se relève, et tout transfiguré
comme Moise, il cours vers ses compagnons : « à
genoux, leur dit-il à genoux. Ne voyez-vous pas là-haut
le calice d’or les rayons qui s’échappent
de l’hostie, et du doigt il leur montrait le pont lumineux
: C’est le Saint Sacrement de l’autel : les anges
l’adorent . Venez, adorons-le avec eux .»
Comme
il arrive généralement en pareil cas et comme
des faits analogues l’ont montré de notre temps
à Lourdes, à Pontmain, le privilégié
de Dieu était seul `a pouvoir contempler la vision céleste.
Les berges, sans doute pas assez dignes d’une si grande
faveur, ne virent rien à l’horizon. Néanmoins
ils se prosternèrent pour adorer, tant ils étaient
assuré que leur saint camarade était incapable
de mentir. Ils crurent comme s’ils avaient vu et nul n’entre
eux ne mis en doute la réalités du prodige qui
s’offrait aux yeux de Pascal.
Cette
scène du paradis, disent les historien, ne fut pas un
fait isolé, et une apparition fugitive dans la vie du
saint, tous s’accordent à affirmer qu’elle
se renouvela souvent et qu’elle devint même presque
habituelle. Aussi pour déterminer la caractéristique
de l’existence du saint, les hagiographes ont-ils choisi
ce miracle comme donnant mieux que tous autres la note dominante
de son admirable vie ; l’adoration du Saint Sacrement.
A son tour l’iconographie représente toujours Pascal
à genoux contemplant le calice et l’hostie que
les esprits célestes présente à son adoration.
Une dernière tentation bien séduisant vint éprouver
la vocation du berger de Montéforté. Son patron,
Martinez Garcias, n’ayant pas d’enfant, aurait voulu
s’attacher et adopter Pascal. « Mon fils, li dit-il
un jour, nous nous faisons vieux, ma femme et moi, et nous sommes
sans postérité. Pourquoi ne serais-tu notre fils
adoptif ? Nous t’aimons tendrement, viens avec nous en
ville. Tu habiteras notre maison, nous te choisirons une épouse
digne de ta vertu, riche et sans soucis, tu vivras auprès
de nous, tu pourras alors prier à loisir et fréquenter
l’église, selon ta volonté. » Depuis
longtemps Martinez nourrissait ce dessein et caressait ce rêve.
Il aurait été si heureux d’en voir la réalisation
! Mais Saint François, avait déjà retenu
cet enfant de prédilection.
«
Je vous remercie vivement, répondit Pascal à son
maître. Vous êtes trop bon, je ne mérite
pas pareille faveur. D’ailleurs je ne puis accepter votre
offre. J’ai résolue de me faire Frère et
de vivre pauvre et dépouillé de tout.».
Une
renonciation si désintéressée à
un héritage que beaucoup auraient envié devait
faire un grand bruit dans le pays et accroître la bon
opinion que l’on a avait déjà de la grande
vertu du bienheureux.
Au couvent des Frères Mineurs on ne tarda pas à
l’apprendre. Cette fois on ne pouvait plus douter des
dispositions d’un postulant si pieux et si vertueux, La
porte du monastère allait enfin lui être ouverte. |
Ch.
IV- Le
religieux |
|
La
dévotion ardente que pascal professait à l’égard
de la Sainte Vierge lui mérita de revêtir les livrées
religieuses et d’émettre sa profession au jour
d’une fête de Marie. C’est le 2 février
1564, fête de la Purification, qu’il reçut
le saint habit : l’année suivante, le 21 novembre
jour de Présentation, il fit ses vœux solennels.
Dès les premiers jours du noviciat, le frère Pascal
se fit remarquer par une ferveur et une vertu qu ni se démentirent
pas dans la suite. « Jamais un novice, disaient ses biographes,
ne fut plus humble, plus fervent, plus docile » Une grande
bénédiction vient de descendre sur notre famille
religieuse, répétaient en pleurant de consolation
les anciens religieux, émerveillés de tant de
piété. Ce frère sera un jour l’honneur
et la gloire de notre réforme. » Ils prophétisaient
juste, car les débuts de notre novice présageaient
de grandes choses et préparaient un avenir magnifique.
Son
intelligence pénétrante, son esprit ingénieux
auraient pu le f aire monter au sacerdoce. Autour de lui on
aurait voulu l’y pousser, mais fidèle imitateur
de son Père Saint François, il se trouvait trop
indigne de la dignité sacerdotale condition de frères
convers.
Partout
où le religieux passa, dans toues es convents où
il fut envoyé, il se fit remarquer par sa piété,
son obéissance, son humilité et sa charité.
De
bonne heure on lui confia les fonctions les plus délicates
dans une communauté, l’office de portier auquel
il joignit l’office de réfectorier.
L’accomplissement
de ces fonctions lui donna l’occasion de montrer la constance
et la grandeur de sa vertu.
Les
visiteurs ou bienfaiteurs auraient sonné des milliers
de fois à la porte du couvent, Pascal s’y serait
rendue des milliers de fois avec le même entrain que si
Dieu lui-même l’eut appelé. Ce n’est
que dans les moments d’extase provoqué pas ses
visites au Saint Sacrement, que les visiteurs étaient
parfois obligé d’attendre. Ordinairement il se
rendait avec empressement au signal de la sonnette, recevait
son monde avec une bonté, une patience, une aménité
et un respect qui subjuguaient les esprits de les cœurs.
Toujours gai, le visages souriant, il s’acquitta fidèlement
auprès des Pères, des messages multiples et parfois
bien ennuyeux de visiteurs. Malgré les dérangements
continuels et les occupations incessantes occasionnées
par sa charge, il se maintenait toujours uni à Dieu,
prolongeait son oraison, lorsqu’il n’avait pu s’y
adonner avec la communauté. Bien des fois, dans la journée,
il courait se cacher dans les taillis du jardin pour donner
à son âme la facilité de s’échapper
en exclamations enthousiastes et en soupirs de dévotions.
Dieu
lui avait donné pour le pauvres une véritable
tendresses de mère. Aussi étaient-ils toujours
bien reçus à Notre-Dame de Lorette. Jamais ils
ne se retiraient sana voir leur misère soulagée.
Le Bienheureux leur préparait lui-même et leur
donnait de la soupe et des légumes. Plusieurs fois, pour
subvenir aux besoins de cette charité inépuisable
du saint, Dieu renouvela dans ses mains le miracle de la multiplications
des pains ; en temps de disette, soupes, légumes, pommes
de terre ne s’épuisaient point mais s’accroissaient
selon les besoins urgents des affamés. La misère
honteuse surtout trouvait près du saint portier un secours
délicat et approprié, beaucoup d’étudiants
pauvres en finrent l’heureuse expérience. A tous,
non seulement il donnait sans compter le pain du corps, mais
il adressait quelque bonne parole pour leur âme, afin
de les attacher davantage ou de les ramer à Dieu.
Le renom de sainteté
de notre bienheureux le faisait souvent appeler au près
des malades pour leur apporter du soulagement et de la consolation.
Le bon frère s’y prêtait volontiers, son
cœur si tendre ne pouvait rester insensible devant la souffrance
et l’infirmité, il savait toujours remonter le
courage et fortifier la patience de ses malades. Souvent sa
visite amenait une guérison miraculeuse, sinon il avertissait
de se préparer à la mort et un tel conseil, émanant,
d’un saint, faisait accepter sans murmure le sacrifice
de la vie à ceux à qui Dieu allait le demander.
«bien
des fois aussi il fut employé à dissiper des peines
et des rancunes que les apôtres les plus zélés
avaient été impuissants à faire disparaître.
Notre saint réussissait toujours : les accents de sa
parole, l’efficacité de ses prières avaient
raison tôt ou tard des inimités les plus invétérées.
Que dire de a charité à l’égard de
se confrères ? À l’exemple du Maître
il aima tous ses frères sans en excepter un seul, il
leur réserva ce que son affection avait de plus exquis
et jusqu’au dernier jour, il leur en donna la fine fleur.
Chacun n’avait qu’a se louer des procédés
délicats, respectueux et aimables du portier, et des
services empressés et discrets du réfectorier,
en préparant le réfectoire, Pascal avait soin
de mettre aux supérieurs, aux prédicateurs et
aux frères malades ou fatigués ce qu’il
y avait de meilleur, de plus frais et de plus appétissant.
Mais pour n’éveiller la jalousie de personne et
ne pas mettre à la gêne ceux qui étaient
l’objet de ses petits gâteries, tout était
soigneusement dissimulés sous le napperon du religieux.
Double délicatesse dont la pensée ne pouvait venir
qu’à un saint !
Bon
et compatissant pour les autres, il était dur et impitoyable
pour lui-même. Il réalisa vraiment toute sa vie
l’idéal qu’il s’était proposé,
en ayant pour Dieu un cœur de fils, pour le prochain un
cœur de mère et pour lui-même un cœur
de juge inexorable . « Tu n’es qu’un cadavre,
se disait-il à lui-même, en conséquence
tu dois êtres traité avec l’horreur et la
répugnance qu’inspire un cadavre «. De fait,
il n’avait pour son corps aucune ménagement, il
s’arrangeait pour toujours pour avoir la cellule la plus
étroite, la couche la plus dure, les vêtements
les plus rapiécés. Par esprit de pénitence,
il s’adonnait sans relâche au travail, se privant
même de la sieste de midi pour pouvoir piocher au jardin
ou ratisser les allées. Il se prêtait volontiers
à tous les travaux les plus ennuyeux qu’on ne se
faisait pas scrupule de lui demander, comme de remettre à
flot les vieilles sandales, repriser le linge usée et
troué, et raccommoder les habits. Mais jamais on ne le
vit s’accorder une minutes de repos. A cette vie de labeur
continuel il joignait les austérités des anachorètes
; disciplines sanglantes, colliers, bracelets et chaînettes
de fier, labouraient tour à tour sa chair virginale.
Et pour toute nourriture, il ne donnait guère à
son corps que du pain sec et de l’eau.
Le Bienheureux André Hibernon, qui fut de résidence
avec le frère Pascal dans plusieurs couvents, exalte
dans sa déposition la fidélité du serviteur
de Dieu aux mondes observances de sa règle et déclare
n’avoir jamais rencontré un aussi vrai fils de
saint François, « Bien que dans sa vie, il soit
impossible, ajoute-il, de trouver une faute vénielle
commise de propos délibéré, ce saint frère
alla si loin à la voie de l’austérité
qu’on peut en tout vérité le tenir pour
un prodige de pénitence. » Et le gardien de Villaréal,
dernière résidence du saint, ne craint pas de
dire : « Je n’a connu personne qui fût à
la fois plus dure et plus doux ; plus dur à lui-même
et plus doux pour les autres. »
|
Ch.
V- L'amant
et le confesseur de l'Eucharistie |
|
Encore
dans le monde, saint Pascal possédait déjà
un attrait irrésistible et une dévotion ardente
à l’égard du Sacrement de nos autels. Nous
ne devrons pas nous étonner si dans sa vie religieuse,
il manifesta les mêmes dispositions, mais avec une intensité
extraordinaire.
Jour
et nuit, on retrouvait presque à chaque instant, notre
saint portier da la chapelle du couvent, absorbé dans
la prière ou d’adoration. Chaque fois qu’il
lui restait un moment de libre dans l’exercice de ses
fonctions habituelles, disent les « Actes des saints »,
il était comme poussé par une sainte violence
à se à se rendre à l’Église,
y allait des centaines de fois, comme il s’en retirait
des centaines de fois, pour se rendre au son de la clochette
qui l’appelait à la porte.
Toujours
le premier à l’office de nuit, il était
encore le dernier à quitter le chœur pour regagner
sa cellule. Après quelques heures bien courtes d’un
léger sommeil, il était de nouveau sur pieds en
marche vers le sanctuaire.
Qui
pourrait décrire sa dévotion dan le moments qu’il
passait ainsi devant le tabernacle ? Lorsqu’il arrivait
devant l’autel, il se prosternait la face contre terre,
puis se relevant, il joignait les mains, les doigts entrelacés
; alors les élevant à la hauteur du front, les
couds en avant et dégagés du corps, il restait
à genoux, immobile, les yeux fixés sur le Tabernacle.
Un
Jeudi saint, absorbé par la contemplation du mystère
eucharistique donc ce jour appelle l’institution, il persévéra
dans cette attitude cinq heures durant, sans plus bouger que
s’il eût été de pierre ou de marbre.
Parfois, lorsqu’il se croyait seul et sans témoin,
il restait tout de son long contre terre, retenu ainsi par le
sentiment profond qu’il avait de la grandeur infinie de
Dieu et des son propre néant.
Toujours les accents les plus embrasés partaient de son
cœur vers l’Hôte divin de nos églises
; leur ardeur et leur suavité devenaient telle que parfois
notre adorateur était soulevé de quelques palmes
et restait flottant entre ciel et terre, aussi longtemps qu’il
plaisait à Notre-Seigneur de le tenir sous la charme
de ses divines perfections.
Ce que Pascal affectionnait le plus , parmi les occupations
de sa journée de frères convers, c’était
de servir la messe. On ne pouvait sur ce point rassasier sa
pieuse avidité. Plus on lui proposait de messe à
servir, et plus il était ravi, et il n’éprouvait
jamais plus de contentement que lorsque, par suite du défaut
d’un servant, on venait le chercher encore pour une nouvelle
messe. Il arrivait ainsi à en servir huit à dix
chaque matin, toujours avec la même ferveur, avec la même
attention.
Il communiait très souvent ; d’aucuns disent tous
les jours. On le voyait s’approcher du divin banquet sans
une attitude de modestie qui frappait les spectateurs. Au sorti
de la sainte Table, écrivent les Bollandistes, on aurait
pu lire sur son visage radieux la joie intérieure de
son âme, honorée par la présence de l’Hôte
divin. Chaque fois qu’il devait communier, il voulait
auparavant se confesser pour purifier son cœur des imperfections
qui auraient pur lui échapper. Délicatesse et
pureté de saint ! Comme elle devait attirer les grâces
et les faveurs du divin Visiteur !
D’ailleurs,
pour se préparer à la communion, il avait composé
et il employait des formules où éclatent les sentiments
de l’humilité la plus profonde, l’amour et
les désirs les plus ardents.
Tant
de ferveur intérieure ne pouvait manquer de se trahir
au dehors d’une façon merveilleuse.
«
Les habitués de la chapelle ne furent pas longtemps à
s’apercevoir de l’angélique piété
avec laquelle le jeune frère servait la messe et recevait
la communion. C’était à donner la foi à
un mécréant et à le jeter à genoux
en adoration aux pieds de ce Dieu caché que l’attitude
se profondément recueillie de Pascal rendait presque
visible.»
«
En dépit des précautions dont il s’entourait
pour ne pas attirer sur lui l’attention du public, le
feu sacré qui couvrait au dedans transpira au dehors
et vit trahir le divin secret. Passant à travers le voile
opaque de la chair, il le rendait lumineux et empourprait le
visage du serviteur de Dieu de mystérieuse rougeurs et
de reflets qui lui donnaient une beauté céleste.»
On se le raconta les us aux autres, et bientôt avide de
merveilleux, la foule accourut pour jouir de cette fête
que se renouvelait chaque jour, sans que le bon frère
soupçonnait qu’il était ainsi donné
en spectacle au monde, à Dieu et à ses anges.
Cette ardente dévotion envers le Saint Sacrement le suivait
partout. Ainsi lorsqu’il était en voyage, au milieu
de la campagne, il chantait des cantiques au Saint Sacrement
avec tant de suavité et d’onction que ses compagnons
ne se lassaient pas de l’entendre.
La première visite en arrivant dans un pays était
toujours pour l’Église, ce n’est qu’après
une longue adoration devant le Tabernacle, qu’il se rendait
dans les maisons où l’appelait le but de ses déplacements.
Dans ses tournées de quête, alors que harassé
de fatigue, il aurait pu prendre un repos bien mérité,
il passait encore ses nuits en adoration devant le Saint Sacrement.
Le tabernacle était vraiment l’âme de sa
vie, l’aimant qui l’attirait partout d’une
façon irrésistible.
Une mission extraordinaire vint mettre le comble à cette
dévotion inouïe en donnant à notre bienheureux
l’occasion de souffrir pour la Sainte Eucharistie.
Le Custode des Mineurs déchaussés d’Espagne
ayant un message important à faire parvenir au Ministre
général des Observants, Christophe de Cheffrontaines,
alors en résidence à Paris, Pascal fut désignée
pour porter les lettres destinées au successeur de Sian
François.
Mais il faillait traverser toute la France, notre belle France,
alors ravagée par le guerres de religion. Les Huguenots
animés par une rage sectaire contre tout ce qui paraissait
attaché à l’Église Romaine, à
son chef, à ses dogmes, en particulier au dogme de l‘Eucharistie,
saccageaient tout en faisaient subir une mort cruelle aux prêtres,
aux religieux, aux fidèles que ne voulaient pas abjurer
leurs croyances. Et Pascal, en habit de franciscain, devait
passer par les provinces tombées aux mains de ces hérétiques
forcenés ! Quels dangers ne devait-ils pas courir ?
De fait, en maints endroits, il fut insulté, frappé,
bousculé, couvert d’immondices, chassé à
coups de pierres.
À
Orléans, il faillit mourir martyr de L’Eucharistie.
Arrivé en face des remparts de cette ville, il se vit
cerné, puis renversé par une bande de furieux.
Après l’avoir roué de coups, les hérétiques
le relevèrent pour lui faire subir un interrogatoire
dont les réponses, quelles qu’elles fussent, devaient
lui attirer toutes sortes de mauvais traitements.
«
Papiste, lui dit-on, crois-tu que Dieu est dans ce sacrement
que vous consacrez et que vous appelez la messe ? »
«
Oui, s’écria Pascal, de l’accent des martyrs
d’autrefois, oui, je le crois, et j’affirme hautement
que notre Dieu est aussi réellement présent dans
la sainte hostie consacrés, qu’il l’est dans
les splendeurs des cieux . »
Et le confesseur de la foi, répondant au fur et à
mesure aux sophismes des Calvinistes contre le dogme eucharistique,
détruisit pièce par pièces la thèse
hérétique, puis rendant la thèse catholique
l’adorateur passionnée de l’Eucharistie leur
prouve le dogme cher à son cœur, avec une telle
supériorité de doctrine et une si triomphante
évidence, qu’à bout de raisons les hérétiques
recourent à la violence.
Ils ramassent des pierres les lancent contre ce moine importun,
Pascal eût infailliblement succombé si, à
ce moment, Dieu ne l’eut protégé miraculeusement.
Les projectiles qui venaient l’atteindre passaient par-dessus
sa tête ou s’écartaient à droit et
à gauche. Un seul l’atteignit. Lancé à
toute force il braisa l’épaule gauche du bienheureux,
il souffrit le reste de sa vie de cette fracture.
Un peu plus loin comme il cheminait appliqué à
la prière, il vit arriver vers lui, à bride abattue,
un cavalier qui, armé de sa lance, fondit sur lui et
le menaçant lui demande : « Moine Dieu est –il
au ciel ? » « Oui, répondit le Saint sans
hésiter. Bien certainement Dieu est au ciel. »
Le cavalier était huguenot. I parut satisfait de la réponse
et s’éloigna au galop.
Réfléchissant
après coup, sur cet étrange personnage, et sur
la répartie qu’i lui avait faite, il comprit la
réponse qu’aurait due lui donner : « Dieu
est au ciel et dans l’eucharistie. »
Et continuant sa route, Pascal ne pouvait se consoler d’avoir
perdu une si belle occasion de mourir pour soutenir la vérité
du mystère, l’objet de ses prédilections.
Après
avoir échappé à plusieurs autres dangers
de mort il arriva enfin à Paris. Son retour fut mouvementé.
Il rendra saint et sauf dans son couvent d’Espagne.
«
Ah ! disait-il souvent en gémissant, si j’avais
été un vrai serviteur de Dieu, je ne sera pas
sortit vivant des mains des Huguenots .» Sans doute il
ne fut pas mis à mort par les hérétiques,
mais les souffrances, les mauvais traitements qu’il subit
durant ce périlleux voyage durent être bien pénible,
car notre bienheureux parti avec des cheveux noirs revint blanc
comme neige. En quelques mois il avait vieilli de dix ans.
|
Ch.
VI- Le
privilégié du Saint-Esprit |
|
Une
âme si fervente ne pouvait manquer que mériter
les prédilections divines, des grâces et des faveurs
de choix.
Il
en est deux surtout : la science infuse et l’esprit de
prophétie qui firent l’étonnement et l’admiration
des contemporains et qui attirèrent autour du saint frère
un mouvement extraordinaire.
Pascal n’avait fait aucune étude. Grâce à
son initiative et à ses efforts personnels, il arriva
à savoir lire et écrire, tout juste ce qu’il
faut pour ne pas être classé dans la dernière
catégorie des ignorants.
Et
pourtant on vit succomber près de lui des bacheliers,
des licenciés, des docteurs même qui venaient l’interroger
sur les questions les plus difficiles de la théologie,
de la mystique, de l’Écriture sainte. Tous se retiraient
émerveillés des réponses du pauvre frère
convers et étaient obligés d’avouer comme
le Père Emmanuel Rodriguez, illustre théologien
de ce temps : « C’est stupéfiant ! Ce frère
possède à n’en pas douter la science infuse.
» Et avec le Père Jean Ximénès, lecteur
de philosophie et de théologie et docteur de Salamaque
: « J’étais tout confus d’entendre
les réponses merveilleuses du Saint, elles me firent
voir que si pour d’autres j’étais un maître,
`a peine pouvais-je prétendre que titre de disciple de
ce maître éclairé.»
Un
jour de Noël, le Gardien de la communauté, pour
éprouver l’obéissance de son sujet, lui
commanda de parler de la naissance de Notre-Seigneur à
la communauté réunie au chœur.
Il
s’en tira si bien, les considérations qu’il
présenta sur tous les fruits du mystère furent
si élevées, si exactes, qui trois illustres prédicateurs
que l’entendaient n’en pouvaient croire leurs oreilles
et que tous les religieux demeurèrent convaincus que
Dieu lui avait tout inspiré.
Plus
d’une fois, sur la demande de jeunes prédicateurs,
il composa des canevas de sermons qui leur permirent de faire
des instructions aussi solides que touchantes.
La Sainte Écriture état pour le bienheureux un
livre ouvert. Il la comprenait dans ses passages les plus obscurs
et en donnait les divers sens comme ne put jamais le faire le
plus brillant professeur d’exégèse.
Non seulement le serviteur de Dieu parlait à ravir les
choses les plus sublimes de l’ascétisme et de la
mystique m ais encore, par la grâce de ce don de science
infuse, il écrivait avec le même bonheur sur ces
matières extrêmement compliquées. Pour sa
usage et sa consolation personnelle, il composa plusieurs ouvrages
sur les mystères de notre foi et des questions les plus
ardues de la théologie.
Un
de ces traités tomba un jour entre les mains du vénérable
Don Juan de Ribéra, archevêque de Valence et patriarche
d’Antioche, un des plus saints personnages de son temps.
Après l’avoir parcouru attentivement, il désira
connaître l’auteur qui avait écrit de si
merveilleuse chose. On leur conduisit l’humble frère
et entre le prélat et le serviteur de Dieu s’établirent
des relations qui furent la joie et l’honneur du prince
de l’Église.
Outre
ce don de science infuse Pascal posséda aussi le don
de prophétie et de pénétration des cœurs.
Bon
nombre de malades, même en voie de guérisons, des
personnes en parfaite santé, furent avertis par le saint
de leur mort prochaine. On ne voulait pas y croire, mais Pascal
insistait pour qu’on se confessât et qu’on
reçut les derniers sacrements, et toujours l’événement
suivait bientôt les prédictions du saint.
Il prédit quatre mois à l’avance la fin
de la carrière d’un éloquent prédicateur
du couvent de Villaraéal, il annonça à
une bienfaitrice de la communauté l’élévation
au provincialat du Père Jean Ximénès, son
pupille, l’élection comme définiteur et
maître des novices du Père Didace Gastellon, son
gardien.
Chargé d’une
mission de confiance auprès du supérieur de la
province, Pascal avait été envoyé à
Valence pour y trouver le prélat. Durant ce voyage, recevant
l’hospitalité chez une pauvre veuve, il distingua
un de s es enfants en qui Dieu lui avait montré les germes
d’une vocation franciscaine. Malgré les difficultés
et les objections de la mère, Pascal emmena le petit
Jean Ximénès. Il avant bien présagé
de cet enfant : Jean Ximénès devint un saint et
savant religieux et mérita, selon la prédiction
du saint, de gouverner la province Saint Jean –Baptiste.
Ce fait n’est pas le seul qui montre dans Pascal le don
de pénétration des cœurs, recevant un jour
l’hospitalité chez un pauvre paysan, Pascal à
peine à table conjura son hôte de se confesser
sans tarder. Ne tenant nullement à s’approcher
des sacrements à cette époque insolite pour lui,
le paysan ne voulait rien entendre ; mais Pascal insista pour
que le jour même il se confessât au Père
qui l’accompagnait et que Dieu, disait-il, lui avait envoyé
pour se mettre en règle. L’hôte s’exécuta
et avoua qu’il avait, en effet, grand besoin de se confesser
pour accuser un grand péché qu’il n’avait
pas osés le dire dans sa confession précédente.
À
la veille du chapitre provincial, une bienfaitrice du couvent
de Villaréal, Élisabeth Xéa, fatiguée,
disait-elle, des changements continuels apportés dans
le personnel de la communauté, se permettait bien tout
bas, de ne plus venir en aide au couvent, si le Gardien était
déplacée. Quelle ne fut pas sa surprise de voir
le frère Pascal venir à elle et lui dire sans
autre préambule :
«
Sœur, quoi qu’il arrive, ne cessez pas de faire à
l’avenir à notre monastère tout le bien
que vous lui avez fait jusqu’à ce jour. »
Se
voyant devinée, Élisabeth rougit, et sans tarder
revins sur sa mauvaise résolution et promit de faire
comme par le passée l’aumône aux Frères
de Notre-Dame du Rosaire.
A
ces dons merveilleux le saint Esprit ajoutait la faveur de l’Extase.
Déjà nous l’avons vu, pascal dans es nombreuses
visites au Saint Sacrement était souvent soulevé
de terre, mais il arriva aussi maintes fois que le digne religieux
même en communauté fût ravi par les transports
de l’amour divin. C’était généralement
aux grandes solennités de l’Église. A la
méditation, aussi bien en récréations,
on le voyait soudant s’élever de terre ou s’échapper
dans la solitude pour donner libres cours aux élans d’amour
qui animaient son cœur, et on le retrouvait, gisant inanimé,
épuisé par la véhémence des aspirations
que la Divinité lui inspirait.
Ce n’est pas par les faveurs extraordinaires que nous
devons juger de la sainteté d’une âme. L’accomplissement
intégral du devoir, malgré les difficultés,
une piété intense et une vertu sans défaillance
même au milieu des plus rudes épreuves : tels sont
les indices de la sainteté : telles sont les raisons
qui attirent les complaisances divines et les faveurs célestes.
Mais la vertu caractéristique de notre saint, celle d’ailleurs
qui garde toutes les autres vertus et enrichit surtout l’âme
des grâces les plus précieuse, ce fut l’humilité.
Entre les humbles, Pascal chercha à être le plus
humble. Il se regardait et se proclamait sincèrement
comme le dernier des hommes, le rebut de l’humanité.
Des mépris, des humiliations, il faisait son régal,
« Toutes les diffamations, calomnies et injures, si graves
et si atroces soient-elles, dit-il dans son règlement,
tu les boiras comme une liqueur délicieuse, et c’est
avec une singulière joie et un tressaillement de cœur
que tu les recevras. »
Certes, il eut maintes occasions de pratiquer cette résolution
durant les quelques années pendant les quelles il fut
sous l’obéissance d’un Gardien d’humeur
sombre et atrabilaire, affecté d’une véritable
antipathie contre son portier. Les coulpes pleuvaient sur le
pauvre frère. Les moindres manquements devenaient prétextes
au plus amers reproches, et cela devant toute la communauté
parfois les religieux présents en étaient eux-mêmes
contristés. Mais notre saint, tête baissée,
écoutait les paroles mortifiants que lui étaient
adressées, avec plus d’avidité que si l’on
eût fait son panégyrique. Et comme après
coup, certains religieux, pris de commisération, cherchaient
à encourager ou à consoler le pauvre patient,
il répondait invariablement : « Ne me plaignez
pas, rassurez-vous, sachez que j’ai pris ces paroles comme
si elles fussent sorties de la bouche du saint -Esprit. »
Pascal, on a déjà
pu le constater, était l’esclave de son devoir.
Alliant la contemplation de Marie avec la vie active de Marthe,
il était toujours à son poste, prêt à
rendre tous les services qu’on pouvait lui demander et
joignant les délicatesses aux générosités
de la charité à l’égard de tous les
personnes avec qui il vivait ou qu’il approchait.
Bien des fois ses prodigalités à l’égard
des pauvres lui attirèrent de dures observations de la
part de quelques confrères trop zélés.
Notre saint supportait tout, sans mot dire, et se montrait plus
bienveillant encore pour ceux qui lui avaient fait de la peine.
La pureté de Pascal était celle d’un ange,
et de lui, comme de S.Bonaventure, on pouvait presque dire qu’il
n’avait pas péché en Adam. Nul cependant
ne prit de plus énergiques moyens et ne multiplia davantage
les précautions pour préserver de toute atteinte
le lis délicat de la chasteté
Aux austérités qu’il pratiquait, il joignait
la prière la plus ardente pour obtenir de conserver intacte
la pureté de son corps, et c’est ainsi qu’il
put déjouer victorieusement la ruse et les sollicitations
infernales d’une créature infâme que le démon
lui avait envoyée à Valence pour le faire tomber
dans le mal.
Toujours par le même amour de l’humilité,
il s’efforçait de cacher tout ce qui aurait pu
être interprété à son avantage.
Les religieux de la Providence, sans tenir compte de ses résistances
désespérées, le placèrent à
la tête d’un de leurs couvents en qualité
de président, bien qu’il ne fût pas prêtres.
Almanda, couvent de noviciat , le voulut pour maître des
novices. Par obéissance il accepta. Mais quel supplice
pour son humilité de devoir commander aux autres ! Toutefois,
il s’ingénia par tous les moyens à s’effacer
dans sa supériorité. Perdu au milieu de «
ses enfants » il paraissait l’un d’entre eux.
Avec eux on le voyait au travail comme à la prière.
Il inspirait tant de confiance qu’on lui avouait tout
sans détour, on ne pouvait avoir de secret pour lui.
De son côté, il en profitait pour donner à
chacun des conseils appropriés à son état.
D’ailleurs,
partout où elle s’écoula, la vie du bienheureux
fut une véritable apostolat. Avec séculiers, aux
pauvres spécialement qu’il recevait à la
porte, il faisait un bien immense par ses bonnes paroles et
par son amabilité de saint, les religieux à leur
tout étaient stimulés dans la voie de la ferveur
par les exemples entraînants du vénérable
convers.
Avant son entrées en religion, Pascal avait déjà
montré une grande dévotion à l’égard
de la Ste Vierge. Une fois au couvent, cette dévotion
alla toujours en croisant à tel point, nous disent les
Bollandistes, qu’on ne pourrait expliquer la piété
et l’amour qu’il manifestait pour sa divine mère.
Il ne pouvait entendre prononcer son nom béni sans qu’aussitôt
inclinait la tête en amenât tous ses confrères
à faire de même, lorsqu’il se croyait à
l’abri de tout regard, il faisait la génuflexion.
Il récitait avec la plus grande ferveur le Rosaire de
Marie et recommandait fortement autour de lui cette pratique
si chère à la Reine du ciel, si riche en indulgences
et en fruits spirituels.
Il avait une dévotion particulière pour l’Immaculée
Conception. Quand l’occasion s’en présentait,
il défendait ardemment cet insigne privilège de
sa souveraine bien-aimée. Pour son usage personnel il
avait voulu copier l’office de l’Immaculée
tel qu’on le récite dans l’Ordre franciscaine.
Lorsque arrivait le jour de la solennité du 8 décembre,
on le voyait animé d’une telle joie, d’une
telle ferveur que son visage en paraissait radieux, enflammé
: on eût dit qu’il était ce jour-là
dans une continuelle extase.
S’il lui arrivait
alors de rencontrer un novice ou un jeune religieux, il l’invitait
à se mettre à genoux, et à dire avec lui
: Bénie, louée, gonflée et exaltée
soit l’Immaculée Conception !
Rien
d’étonnant qu’une telle dévotion à
l’égard de la Vierge Immaculée lui avait
valu de conserver une pureté sans tache.
Pascal, on le devine, affectionnait surtout les résidences
dont l’Église et le couvent étaient sous
le vocable de Marie.
Il parcourut tous les couvents de la province avant de devenir
l’apôtre et le bienfaiteur de Villaréal.
C’est là qu’il devait terminer sa carrière
religieuse, dans un monastère dédié à
Marie comme le couvent où il avait revêtu les livrées
de saint François. Le ciel voulait ainsi récompenser
ici-bas sa piété à l’égard
de la très saint Vierge, en comblant ses plus chers désirs. |
Ch.
VII- La
mort |
|
Dieu
avait fait connaître depuis longtemps à Pascal
le lieu de sa mort. A Viilaréal, au couvent de Notre-Dame
du Rosaire, il quitterait ce monde pour la patrie céleste.
Seul le jour précis restait encore dans l’obscurité
et le mystère. Mais bientôt ce secret lui fut dévoilé.
Aussitôt qu’il le connut, son être tout entier
tressaillit. Dès lors, une joie dévorante, plus
expansive que de coutume se remarqua sur son visage et dans
son attitude. On soupçonna vite que le saint homme avait
dû recevoir quelques révélations touchant
sa fin prochaine.
Le frère infirmier en conçut plus le moindre doute
à ce sujet lorsque, contre toute attente, Pascal vint
lui dire : « Frère voudriez-vous bien me laver
les pieds ? Je puis d’ici peu devenir sérieusement
malade ; alors me donnera l’Extrême-Onction, par
respect pour le Sacrement il est bon que je prenne d’avance
mes précautions et que j’aie le pieds bien propres.
»
C’est qu’en effet le lendemain, il était
cloué sur u lit de douleurs, terrassé par une
pleurésie.
Le médecin, appelé en toute hâte, constata
au premier diagnostic que la maladie était mortelle.
Le saint ne pouvait se rétablir à moins d’un
miracle.
«
C’est votre dernière maladie mon bon frère,
lui dit le docteur. »
«
Vous ne pouvez me donner une plus joyeuse nouvelle, répondit
le malade. Voilà des années que je soupire après
ce jour et que je demande au Seigneur de me faire sortir de
ce lieu d’exil. »
Bientôt le bruit de la maladie de l’aimable portier
se répandait dans toute la ville. Alors ce fut une procession
ininterrompue de visiteurs dans la chambre du patient. On voulait
à tout prix, revoir une dernière fois ce saint
frère, entendre quelques paroles d’encouragement
et recevoir une suprême bénédiction. Force
fut de satisfaire ces légitimes désirs, et malgré
ses souffrances malgré son désir de recueillement.
Pascal s’y prêtait par charité et par la
conviction de faire encore du bien aux âmes.
«
Frère, lui dit un religieux, n‘auriez-vous pas
un avis pour moi? Donnez-moi, je vous prie, un moyen sûr
et infaillible de faire mon salut ».
Le
saint ouvrant les yeux et souriant péniblement lui répondit
: « Servez Dieu de tout votre cœur. Aimez beaucoup
les chers pauvres, ayez une grandes dévotion au Saint
Sacrement, n’oubliez pas la Sainte Vierge. Soyez bien
fidèle à votre règle et vous irez en paradis.
»
Le pharmacien de Villaréal, Barthélemy Sart, fut
un des visiteurs les plus assidus de notre bienheureux qui l’aimait
beaucoup. On avait pris chez lui divers remèdes, et Pascal
se préoccupait du règlement de cette petite dette.
Le dévoué pharmacien ne voulu rien accepter, trop
heureux, disait-il, de donner gratis, pour l’amour de
Dieu, les remèdes dont le digne malade pouvait avoir
besoin. Pour tout salaire il réclamant une grande bénédiction
du saint. Comme la faiblesse du malade était grande et
qu’il pouvait à peine faire un mouvement : «
Je pris sa main droite, raconte Barthélemy lui-même
, et après l’avoir baisée respectueusement,
je la plaçai sur ma tête. O providence de Dieu
! A peine cette main bénie m’eût-elle touché
que je sentis comme une révolution s’opérer
dans mon cerveau. J’était guérire radicalement
de la migraine dont je souffrais depuis neuf ans. »
Cependant
Pascal se prépara à recevoir les derniers sacrements.
Avec une humilité qui arracha des larmes aux assistants,
il demande pardon aux religieux de la peine qu’il avait
pu leur causer.
Puis il reçut le saint viatique dans les sentiment de
ferveur qui lui était habituels. Les traits transfigurés
par le bonheur de posséder que dernière fois dans
l’exil son bien-aimé Sauveur, il resta plongée
quelque moments dans une douce extase. Alors se réveillant
comme d’un songe ravissant : « L’extrême-onction
», soupirait-il, et après, il demande d’être
revêtu du saint habit. Il aurait même voulue qu’on
l’entendit sur la terre nue afin de pouvoir mourir dans
la même attitude que son séraphique Père.
Par piété pour sa faiblesse, le Gardien ne crut
pas devoir lui accorder cette consolation.
Pascal baissa la tête, offrant à Notre-Seigneur
ce dernier sacrifice.
Mais voici que soudain son visage prend une expression d’effroi
et de terreur. C’était une vision d’enfer
qui passait, le dernier assaut du démon contre le serviteur
de Dieu, « De l’eau bénite, demanda-t-il,
aspergez-moi, aspergez la cellule ». Il e signa plusieurs
fois, serra son rosaire entre ses mains et fixa ses regards
sur le crucifix. La tentation s’évanouit et un
clame céleste reparut sur les traits du mourant.
Le
moment de partir approchait.
On était au beau jour de la Pentecôte, ( 17 mai
1592 ) « A-t-on déjà sonné la messe,
» demanda-t-il?
À
la réponse affirmative qu’o lui donna, à
l’assurance que le Saint Sacrifice venait de commencer
il ne se sentit plus de joie.
Il
savait par révélation qu’il rendrait son
âme à Dieu, en cette belle fête de la Pentecôte,
pendant la sainte messe et au moment de l’élévation
Quand
donc la cloche du couvent tinta pour l’élévation
de l’hostie, un sourire effleura les lèvres du
bienheureux, il prononça deux fois le nom de Jésus,
puis saisissant la main de son confesseur et se tournant vers
lui, il expira.
Dieu
récompensait ainsi merveilleusement dan son serviteur
l’incomparable dévotion qu’il avait toujours
témoignée au Saint Sacrement. Il rendait son dernier
soupir en adorant en esprit Jésus-Hostie, au moment même
où la divine victime s’immolait sur nos autel,
Pascal avait cinquante-deux ans et en avait passé vingt-huit
dans la vie religieuse.
A l’instant même de sa mort, aux deux extrémités
du royaume de Valence, deux personnages, en grands renom de
sainteté, aperçurent l’âme du serviteur
de Dieu, rayonnante de gloire et emportées vers le ciel
sur un char de feu.
De
la cellule du serviteur de Dieu le bruit de sa mort était
descendu dans l’Église du Rosaire, alors remplie
de fidèles accourus pour la solennité de la Pentecôte.
Au sortir de la messe la triste nouvelle volant de bouche en
bouche fut vite connue dans la cité et aux environs.
Partout ce fut une consternation générale.
Mais aussitôt les visiteurs affleurèrent en masse,
venu de tous côtés pour vénérer le
corps de ce bon frère que l’on regardait comme
un saint.
Pour que tous hommes et femmes, puissent voir et toucher la
vénérable dépouille, on l’avait transportée
dans une chapelle de l’église extérieur
et on avait eu soin de l’entourer d’un corps de
garde afin d’éviter tout désordre et tout
larcin indiscret.
Couché sur
son lit funèbre, le bienheureux semblait plongé
dans un profond sommeil. De sont front découlait une
ligueur dont le parfum suave embaumait les airs et pénétrait
l’âme d’impressions célestes.
Lorsqu’on
soulevait les paupières, les yeux brillaient clairs et
limpides comme ceux qu’un vivant, et sur les lèves
errait un sourire angélique.
Dès
le second jour les miracles éclatèrent avec une
soudaineté et une profusion dont on prouve peu d’exemples
dans les annales de la sainteté.
La guérison subite d’un paralytique commença
cette série de prodiges.
Tout le monde connaissait le pauvre infirme. On l’avait
vu enter dans l’église et arriver péniblement
soutenu par deux hommes, auprès du corps du saint. Aussitôt
qu’il eût touchée la main du bienheureux,
il put se redresser, brandir sa béquille est s’écrier
dans un délire de joie : « Miracle, miracles !
Je suis guéri ! ‘’
L’assistance ne put contenir ses exclamations et fit connaître
partout le prodige dont elle avait été témoin.
Alors les foules arrivèrent encore plus nombreuses des
environs. Les malades et les infirmes demandèrent à
approcher de la dépouille mortelle pour la toucher ou
au moins pour recueillir un peu de la liqueur qui découlait
toujours de son front, et les prodiges continuèrent à
s’opérer se succédant presqu’à
chaque instant.
Cependant
un miracle d’un autre genre mais plus merveilleux encore
se produisit le second jour, Les assistants les plus proches
du lit funèbre ne perdait pas de vue le corps de Pascal
; ils ne pouvaient se rassasier de contempler les traits du
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