Le
mot légende a beaucoup de sens.
Au
Moyen-Age, la légende d’un saint, c’est
tout simplement sa biographie, le récit des événements
de sa vie, racontés le pus souvent dans leur ordre
chronologique.
Trois Compagnons de saint François d’Assise,
les frères Léon, Ange et Rufin, écrivant
le11 août 1246, au ministre général de
l’Ordre, Crescent de Lesi, pour lui transmettre leur
témoignage sur leur Père spirituel, se défendent
d’avoir voulu composer une « légende »,
une « histoire continue », alors qu’il en
existe déjà d’autres. Et ils expliquent
que leur recueil a les caractères de ce que nous appelons
aujourd’hui un florilège (1)
À
notre époque, le mont légende, et surtout l’adjectif
légendaire, ont une signification toute différente,
voire toute contraire : l’histoire s’oppose à
la légende, et dire d’un récit qu’il
est légendaire, c’est le reléguer dans
le domaine des contes de fées.
Dans ce titre les Légendes franciscaines, le mot subtil
est employé en un troisième sens, et qui est
purement étymologique : une légende, c’est
ce que les hommes de plusieurs siècles ont lu sur la
vie d’un saint, donc sur la vie de saint François
d’Assise ; ce sont les récits de ses compagnons
d’abord, puis des compagnons de se compagnons et ainsi
plus outre; ces récits nous ont été transmis
parfois directement, et parfois à travers une longue
tradition orale qui les a inconsciemment modifiés ;
la part de vérité qu’ils rendement est
par suite fort variable.
Il
n’a pas été de mon objet d’essayer
de la déterminer. C’est affaire aux historiens
; et ils s’acquittent fort bien de ce travail. Quelques-uns
parmi eux nous affirment q’en utilisant exclusivement
certains textes, ils nous révéleront ce qu’a
été véritablement saint François
d’Assise. Souhaitons qu’ils réussissent
sans dissimuler un léger scepticisme. La figure historique
du Poverello a gardé et gardera beaucoup plus de mystère,
et le mystère du génie, que ne l’a soupçonné
aucun de se anciens biographie, fut-il même aussi rhéteur
que Thomas de Celano.
Dans
ces pages, on ne trouvera point de critique, qui est chose
nécessaire, mais ennuyeuse. Des récits dont
la valeurs historique n’est discutée par personne
y accompagnent d’autres récits dont le caractère
légendaire, au sens moderne, n’est guère
contestable. Et la ligne de démarcation n’est
point tracée.
On
ne rencontre d’ailleurs plus de gens assez barbares
pour s’imaginer que ce que nous appelons aujourd’hui
légende ne soit qu’une méchante ivraie
qui mérite le feu, Paul Sabatier, qui est un pasteur
protestant, a réhabilité les Fioretti contre
les attaques d’ un Jésuite.
Les
Trois Compagnons de Greccio écrivaient : « Nous
avons seulement cueilli, comme dans une aimable prairie, quelques
fleurs qui nous paraissaient les plus belles …»
J’ai fait comme le s Compagnons… J’ai cueilli
quelques fleurs qui me paraissaient très belles. Mais
je ne sais si parmi celles que j’ai laissées
de côté, il n’en restera pas encore de
plus belles : c’est un souhait qu’il n’est
pas interdit de former ; car s’il se trouvait réalisé,
bien des lectures sur seraient peut-être conduits à
lire complètement les livres dont ils n’auront
ici que des extraits.
Et ils en éprouveraient une très grande
joie franciscaine.
Les
textes choisis ont été groupés en cet
ordre : d’abord, ceux qui montrent comment saint François
a, pendant sa vie, violemment surexcité l’opinion
mobile de contemporains, et comment se sont formées
et recueillies les légendes franciscaine elles-mêmes
; puis, quelques récits qui rappellent comment sa prédication
eut ce caractère tout particulier d’être
un spectacle, un « Mystère » médiéval,
ce qui contribua très vivement à son succès
; les chapitres suivent présentent l’apôtre
de la paix, l’amant de la pauvreté, le frère
des oiseaux et le jongleur de Dieu ; enfin, les derniers chapitres
concernent les hommes que le saint a façonnées
à son exemple, et les deux sanctuaires privilégiés
qui furent ceux de sa vocation et de sa passion.
Il
y a bien quelques arbitraire dans une telle classifications,
de nombreuses légendes figuraient indifféremment
dans plusieurs chapitres. Mais il faillait de cadres où
distribuer en un certain ordre une matière surabondante
; et ces cadres, nécessairement artificiels, ne peuvent
avoir que le mérite de manquer d’une ennuyeuse
et inutile rigidité. Le bref commentaire qui accompagne
ces vénérables textes n’a d’autre
but que d’en faciliter la lecture, à l’abri
de tout appareil d’érudition , en apportant à
ceux qui ne sont point des franciscains de profession quelques
éclaircissements indispensables. Il ne vise qu’à
la simplicité (1).
Référence:
1)
voir chapitre 1 er, p. 43)