| Ces
Exercices comprennent deux espèces de méditations,
que nous appellerons, les unes « Méditations fondamentales
», les autres « Étapes » de l’âme.
Les
Étapes, au nombre de douze représente, en la sainte
Magdeleine, toutes les phases de à la vie spirituelle,
et tout ce que les âmes en doivent connaitre : les vérités
dont il est besoin qu’elles y prennent lumière,
les sentiments et affections qu’elles y doivent former,
les résolutions quelles doivent prendre, et les pratiques
de mortifications de vertu auxquelles il faut qu’elles
s’appliquent en chacun d’elles.
Les autres
premières, qui se rapportent à la vie purgative
traitent de la conversion et de l’abnégation ;
les quatre suivantes (vie illuminative), des vertus et de leurs
degrés ; les quatre dernières (vie unitive), des
approches et de la adhésion à Dieu, toutefois,
à cause de la double union et adhésion, la seconde
des quatre dernières est divisée en deux parties.
Les méditations
fondamentales précèdent, celles des Étapes
auxquelles elles servent en quelque sorte de base ; l’âme
y puisera la lumière pour pénétrer convenablement
les vérités qui sont les fondements et principes
de la vie d’amour et d’abnégation qui lui
est proposée.
Les premières
méditations fondamentales sont destinées à
imprimer dans l’âme les quatre premières
vérités dont il se faut imprégner pour
enter dans la Voie d’Amour ; une méditation accessoire
expose les quatre fins dernières de l’homme, objets
de la crainte de l’âme, qui est incitée de
cette matière à se convertir à Dieu, les
deux suivantes servent de principes et fondement à la
vie des vertus, et es eu dernières à la vie d’union.
Enfin, il y a en cinq qui traitent des vertus principales de
Jésus et nous enseignent comment nous les devons pratiquer
nous-mêmes ; elles peuvent nous servir de modèle
pour méditer sur les autres vertus donc nous verrons
marqués les actions du Sauveur. (1)
Références
-1 |
| Celui
qui se gouverne soi-même, est régi par un fol et
conduit par un aveugle, dit le dévot saint Bernard. Il
n’est aucun homme, si docte soit-il, si sublime en théologie,
si élevé en contemplation, si prudent, si clairvoyant,
si averti des choses d’autrui, qui n’ait besoin de
direction de conduite. Chacun est aveugle en sa propre cause.
Plus nous pensons pouvoir nos suffire à nous-mêmes
et nous gouverner sans les secours d’autrui, plus ce secours
nous est nécessaire, Dieu n’a jamais accoutumé
d’attirer les âmes à Soi dans la vie surnaturelle,
sans la conduite d’un Père et Maître spirituel,
si ce n’est celles que Sa divine Majesté, après
une voie tout à fait extraordinaire, pousse dans quelque
vaste solitude, hors de la société des hommes. Saint
Paul, ayant été si divinement et admirablement appelé
de Dieu, est renvoyé à Ananie. Ayant reçu
la révélation d’en haut, il s’adresse
et recourt aux apôtres. C’est signe que nous sommes
conduits par un mauvais esprit qui veut nous perdre, lorsque nous
rejetons ou méprisons cette voie ordinaire, qui est d’avoir
un Directeur. A
quoi est nécessaire le Directeur :
Premièrement,
à nous faire suivre la volonté de Dieu et tous
nos exercices et mouvements, tant intérieurs, qu’extérieurs,
tant que nous suivons la volonté comme régente
de la nôtre, nous sommes assurés de ne point faire
notre volonté première et en cette abnégation
de notre propre vouloir, nous sommes assurés de faire
la volonté de Dieu ; dès lors, étant ainsi
gouvernés par notre directeur, nous devons être
certains d’être gouvernés par Dieu même.
Deuxièmement,
pour nous ôter les taies des yeux, nous délivrer
de notre propre jugement, nous donner lumière sur notre
voie et sur l’esprit qui nous pousse.
Troisièmement,
pour régler notre vie et la tempérer, nous gardant
à la fois d’un trop grande rigueur et de trop de
liberté et de relâchement ; pour résoudre
nos doutes, apaiser nos scrupules, adoucir nos amertumes et
dégouts en la vie spirituelle, nous relever de nos chutes,
nous encourager en nos pusillanimités, nous fortifier
en nos tentations, nous modérer en nos passions, et nous
entretenir toujours dans le chemin de la mortification.
Quatrièmement,
pour apprendre par son entremise que notre vie est bonne, que
notre vie est agréable à Dieu, que nous marchons
droit, que nos aspirations, mouvements, affections, desseins,
résolutions et entreprises sont de Dieu.
Quel doit
être le Directeur ?
Nos supérieurs
sont de droit nos directeurs pour conduire et réagir
nos âmes, desquelles ils rendront compte ; partant, si
nous voulons être bons religieux, il nous faut nécessairement
avoir la disposition d’ouvrir noter cœur au supérieur
(quand il vaudra prendre la peine de la connaître) et
de suivre sa direction intérieure quand lui-même
nous voudra gouverner en la vie spirituel (1). Cette disposition
n’est pas de conseil mais de nécessité pour
être bon religieux et tendre à la perfection (
ce que j’entend, sans prétendre qu’on soit
obligé de se confesser au supérieur, car on peut
bien se manifester en toutes les autres choses sans qu’il
soit absolument nécessaire de lui découvrir ses
péchés). Quand le supérieur lui-même
n’en veut prendre la charge, nous nous choisirons un Directeur
(de même quand il est question de faire les Exercices)
parmi ceux qui nous seront proposé par lui. Nous aurons
soin, parmi plusieurs, de prendre celui qui fera plus d’état
des choses spirituelles, qui se montrera rigoureux à
nous mortifier et à nous faire vivre dans l’abnégation
de nous-mêmes ; et si nous n’en rencontrons sur
l’heure de semblable, du moins aurons-nous l’intention
de le choisir tel, aussitôt qu’il nous sera donnée
de le trouver. Quant à notre confesseur, quel qu’il
soit, nous lui rendrons autant que possible tout respect, soumission
et obéissance.
La confiance
en notre Directeur doit être appuyée moins sur
sa capacité, sa science, sa sagesse et sa vertu, que
sur l’assurance que nous devons avoir que Dieu, selon
l’ordre certain de Sa providence, gouverne notre âme
par lui. C’est là une vérité très
certaine, et c’est parce que nous ne la croyons pas ou
que nous l’oublions, que nous vivons dans Directeur, ou
que nous le quittons à la moindre difficulté,
dédaignant ce qu’il nous dit, accusant sous peu
de suffisance ou d’affection, plutôt que d’accepter
comme de Dieu même ses décisions et ses conseils
(à moins qu’il ne s’agisse d’une chose
manifestement mauvais, imprudente ou contraire à plus
grande perfection). C’est dans cette croyance, entière
et perfection, qu’il faut se soumettre à son Directeur,
lui manifestant tout son cœur. En cette manifestation,
laquelle supposer toujours la confiance, il faut garder, par-dessus
toutes choses, la sincérité et la vérité,
ne disant rien d’inexact, soit par fausse humilité,
soit par vaine gloire, pour lui donner bonne opinion de nous,
mais lui manifestant avec toute grande simplicité tout
le bien et le mal que nous voyons en nous-mêmes. Le mal
se réduit à ces points : notre ignorance et nos
obscurités sur les choses spirituelles ou sur les méditations
qui nous sont données ; nos difficultés, de goûts,
sécheresses, distractions, passions, inclinations mauvaise,
habitudes dépravées, tentations. Le bien, à
ceux-ci : lumière, affections, désirs de mortifications,
sentiments, succès en l’oraison, mentale, résolutions,
dévoltions particulières, exercices de vertu,
et chose semblables. Il est bon de mettre toutes ces choses
par écrit pour les lui dire, si l’on craint de
s’en pouvoir souvenir.
De tout
ce qui précède, il ressorte que celui qui fera
les Exercices doit, s’il le peut, avoir un Directeur entendu
en l’abnégation et en l’amour de Dieu, qui
l’y introduise la manière qu’il faut, en
familiarisant son esprit avec les vérités proposés
en ces Exercices, lesquelles ne peuvent être que difficiles
et obscures (quoique très claires en la lumière
de la foi) à une âme qui es encore dans les ténèbres
de ses vices et de son amour-propre.
Références
-2 |
De
la conduite du Directeur selon la diversité des âmes.
Si au commencement l’âme ne peut avoir assez de clarté
sur toutes les vérités proposées dans les
méditations, il ne faut point, qu’elle s’en
étonne ni se décourage, comme si ces vérités
étaient trop hautes pour elle, mais qu’elle les reprenne
souvent, s’exhortant et s’excitant à produire
des actes de foi ; et, s’humiliant profondément,
qu’elle mette souvent son esprit sous la divine lumière,
qu’elle doit, continuellement demander à Dieu, afin
d’entendre es divines vérités. A quoi il faut
que le Directeur aide son bon escient, portant doucement le flambeau
devant les âmes qui d’elles-mêmes sont obscures,
encourageant, les pusillanimes et distribuant des Exercices selon
les capacités et nécessités de chaque âme
en particulier, comme une bonne mère qui partage la nourriture
à ses enfants. J’ai
divisé chaque méditation parfois en trois, le
plus souvent en quatre considérations. Celles-ci sont
si abondantes en matières que chacune pourra d’ordinaire
fournir à s’entretenir pendant une heure d’oraison
mentale. Selon les esprits auxquels il a affaire, le Directeur
appuiera d’ailleurs davantage sur l’une ou sur l’autre
et choisira des considérations plus faciles et ou plus
relevées. Il pourra aussi, avec des âmes trop faibles
ou si le temps fait défaut, se borner aux deux premières
parties, pour établir ces âmes en la criante de
Dieu, l’horreur du péché, la haine de soi
et l’amour de la vertu, qui sont les principaux effets
qu’on doit poursuivre en ces Exercices. Enfin il doit
surtout les initier à l’oraison, et leur apprendre
à bien former toutes les actes intérieurs qui
sont nécessaire, pour la faire avec fruit et pour progresser
en la vie spirituelle.
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