
La
« Vie de Marie » selon la Bible commence avec l’Annonciation
de l’Ange à la virginale fiancé de Joseph.
Puis elle relate beaucoup d’événements du
commencement de la maternité, de Marie; ensuite, sautant
plusieurs années, elle en arrière à la
Mère de l’Enfant de douze ans venu au temple. De
nouveau, elle se tait jusqu’aux Noces de Cana et jusqu’à
cette énigmatique journée de Capharnaüm,
ou les parents des Jésus, voulant soustraire le Seigneur
à son activité publique, ont amené avec
eux Marie qui, pourtant, ne dit rien. Sans parole, elle se tient
au pied de la Croix; elle prie au milieu des Apôtres qui
attendent avec foi la descente du Saint-Esprit. La « Vie
de Maire » selon la foi commence avec à la naissance
de l’Immaculée chez sa mère, sainte Anne,
et elle reconnaît également la mort bienheureuse
et le couronnement au ciel de la mère de Dieu, La CC
selon l’art est la plus riche, car elle puise dans toutes
les traditions, celles de l‘Écriture, celle de
la foi, et celle des pieuses légendes, qui entourent
les deux autres comme des plantes grimpantes.
En
tête de notre petite « Vie de Marie » issue
du domaine (1) de l’art,
nous plaçons un fragment du célèbre tableau
du Titien représentant la première montée
au Temple de Marie, événement qui, en fait, ne
nous est pas rapporté par la Bible. C’est un symbole
éclairant du caractère qu’a revêtue
dès le commencement de la vie de Marie, de son abandon
total à la conduite divine. Devant la petite Marie de
Titien, rayonnante et environnée de rayons, commence
à luire le Fiat qui se tiendra ensuite, immense et exclusif,
au-dessus de sa vie.
(2)Comme presque toues les représentations
de la naissance de Marie, la scène d’une beauté
majestueuse de Sainte-Marie-du-Transtévère respire
une secrète intimité est le sécurité,
quand on lui compare la pauvreté et l’abandon de
la naissance du Sauveur. La mère, sainte Anne, est entourée
de nombreuses servantes qui s’occupent d’elle et
de l’enfant; elle-même, dans son repos plein de
grâce et de noblesse, pressent peut-être quelque
chose du secret de son enfant, vers qui viendra l’Ange
porteur d’un message inouï.
Ensuite,
l’Annonciation est la grande ouverture de cette vie au
cours laquelle Marie deviendra « la Mère de la
Foi » (3) Konrad Witz, avec
qui le moyen âge a manifestement dépassé
l’apogée de sa spiritualité, mais qui a
trouvé un langage neuf et puissant, fait de formes précises
de couleurs franchement contrastées,-- Korand Witz ne
sait pas seulement donner au visage fermé de paysanne,
mas ému par le message de l’Ange, de Marie une
calme puissance, puissance qui vient d’en haut et qui
est comme le reflet féminin de la puissance de l’ange
au moment ou il s’acquitte de sa mission ; il sait aussi
rendre éloquents les murs et les poutres, des dalles
et les fenêtre; il fait jubiler les vêtements, dans
une grande harmonie de vert, de route et de blanc, au sujet
de la grâce qui vient de se manifester ici, et sur l’or
mat des cheveux, il fait luire l’or surnaturelle de la
prédestination.
Celle
qui vient d’être ainsi comblée de grâce
se hâte dans les montagnes vers sa cousin Élisabeth
à qui, dans un âge avancé, vient d’être
accordée la grâce miraculeuses de la conception,
annoncé à Marie par l’Ange en signe de sa
mission. Au moment de la charmante rencontre de deux mères,
le témoignage de l’Esprit saint annonce par une
salutation et un chant de louange l’incomparable félicité
de Marie. C’est au cœur de cette félicité,
pour (4) ainsi dire, là
ou elle accomplit le passage vers la plus haute, à la
plus consciente gravit, que le vieux maître catalan a
pénétré, semble-t-il : Dans l’embrassement
des deux femmes, dans les grands yeux de Marie, c’est
un destin devins qui nous regarde.
Dans
toutes les images des époques suivantes de la vie de
Marie, ce n’est plus Marie qui est le centre, c’est
Jésus. Sans doute est-ce à elle qu’il appartient
d’abords, et d’innombrables images de Madones ont
cherché à rendre l’intimité de cette
Mère et de cet Enfant. Mais plus images contiennent de
foi, plus Marie ‘ montre’’ son Enfant; elle
devient témoin et prophétesse du salut qui, par
cet Enfant, descend sur tout l’univers.
Ainsi,
la tablette d’ivoire de la naissance du Christ
(5) à Cologne est caractérisée par
le grand geste de Marie, allongée, montre la crèche
au-dessus d’elle ; Maire a une expression de très
profond recueillement et de très profonde émotion,
mais dans un sens presque impersonnel; elle est plus un témoignage
qu’un témoin du salut. La Naissance du Christ de
Hans Baldung Grien a transformé (6)
en grâce la sévérité du vieil ivoire;
cependant, chez lui aussi, la lumière répandue
sur Marie n’est que le reflet de la lumière qui
vient de l’Enfant.
D’accord
avec l’Écriture, l’Adoration des Mages (7)
d’Aldorfer, animée et colorée, est avant
tout hommage rendu à l’Enfant, et non à
la Mère, qui ne veut être que le Trône du
Roi vers lequel des étrangers sont venus en pèlerinage
de leurs pays lointains. Mais l’effacement Marie est si
joyeusement consenti que c’est précisément
en voyant plus grand qu’elle reposer sur son sein que
la pureté et la grandeur de son propre être rayonnent
dans tout l’éclat du mystère capté
par les arceaux de pierre pleins de chuchotements, par le feuillage
murmurant, par le flottement des nuages, mystère qui
semble planer dans le ciel illuminé d’étoiles.
Tandis
que l’art présente encore volontiers la Vierge
de Bethléem dans sa délicatesse de jeune fille,
il fait apparaître Marie, lors de la Présentation
du Temple, dans la pleine maturité de femme, comme une
mère déjà marquée par la vocation
de son Fils. Ainsi la voir Roger (8)
de la Pasture, tandis qu’elle accueille dans la clarté
sévère et réservée la prophétie
de Siméon. Le lien, unique en son genre, qui unit le
destin de cette Mère et de cet Enfant dans le plan divin
du salut, les détache tous deux (9)
dans la peinture de Giotto, de leur entourage, et les sépare
de Joseph et des autres qui tous n’appariassent qu’en
fleur qualité d’accompagnateurs engagés
au service de Dieu, car la Mère, qui se tient, recueillie,
sur l’âne docile, et L’Enfant qui, dans un
geste d’un merveilleux élan, cherche son refuge
auprès d’elle, semblent enveloppés dans
une protection divine toute particulière. Le Repos pendant
la (10) Fuite en Égypte
d’Isembrant est d’un délicieux abandon et
plein d’une perfection mélodique propre aux Néerlandais
à une époque ou tout paysage contemplé
avec amour était encore pour eux transparent comme le
vêtement changeant de celui qui a créé la
terre et l’a de nouveau (11) sanctifiée
par son Incarnation, La scène ou Mère de Dieu,
heureuse et sereine, reposer avec son Enfant, si on la détache
des circonstances de la Fuite, est à l’Origine
de beaucoup d’images de Madones.
Avec
Jésus retrouvé au Temple commencent dans la vie
de Marie ces scènes dans lesquelles Marie est préparée
par la douleur à l’heure ou elle devra se tenir
au pied de la Croix sans la vaillance de sa foi. Elle devra
toujours avantage croître dans cette foi qui lui est demandée
et qui à ce moment annonce ses exigences. La vieille
image du Code d’Egbert, si pleine d’expression,
fait (12) apparaître quelque
chose de la manière dont, Marie s’en remet à
une foi plus forte que son trouble. Même aux noces de
Cana, le Seigneur renvoie sa Mère au Père céleste
qui a fixé du Fils l’heure de l’action. Ici,
Marie n’est plus déconcertée ni incompréhensive
comme au Temple, mais elle accompagne, ainsi que le (13)
montre le rétable de Vreden par la prodigieuse union
des feux figures, d’un regard confiant le geste de bénédiction
de son Fils; ses mains levées n’expriment pas seulement
la surprise, mais en même temps elles adorent celui qui
pour la première fois manifeste sa gloire. C’est
de la séparation pleine de foi d’avec son Fils
que parle, jusque dans l’Étreinte elle-même,
l’émouvante petite image que le Livre de la Passion
de Sainte-Cunégonde consacre, dans (14)
le style vibrant du haut moyen âge, à la rencontre
de Marie et de l’Homme de Douleur couvert de blessures.
La
force donnée par la foi à la Mère de Dieu
au pied de la Croix était si grande que beaucoup d’artistes
n’ont pas pris à la lettre le témoignage
de l’Écriture, qui la représente se tenant
debout fermement, mais ils l’ont montrée le plus
souvent à l’apogée de la douleur, effondrée
ou dans un bienfaisant évanouissement. Mais dans la Crucifixion
de Cranach, qui frémit dOrages surnaturels, (15)
nous la trouvons debout, se tordant les mains et ne laissant
pas son regard se détourner de son Fils sur la Croix
pour écouter les consolations de saint Jean; elle est
pleine d’une douleur inépuisable, mais inébranlable
dans sa foi en lui.
(16) La Marie de la Déposition
de Croix de Duccio di Buoninsegna n’est pas, elle non
plus, brisé; une surnaturelle suavité, une fermeté
s’expriment dans le geste dont elle reçoit le corps
glissant vers elle, sa main droite soutenant et caressant la
tête tout à la fois. A l’opposé, la
figure de Marie, qui s’effondre, mas la puissante Déposition
de (17) de Croix de Roger de la
Pasture nous apparaît bouleversante: avec la vie de son
Fils, c’est le plus intime de sa propre vie qui semble
s’échapper, et c’est presque la même
pâleur de mort qui marque son visage et le corps (18)
du Crucifié. Chez l’Espagnol Liuis Borrassa, l’amertume
de Roger et la grâce de Duccio paraissent résumés
dans la magnifique austérité de l’abandon
à la douleur, et dans âpreté empreinte de
grandeur espagnole. Mais le même(19)
Altdorfer, dont le pinceau fit naître la magique Adoration,
nous montre dans sa Mise au Tombeau une Marie si désespérée
dans sa volonté de repousser toute consolation qu’en
regard de cette extase douloureuse toute compassion humaine
doit demeurer muette.
La
tradition, d’une voix unanime, nous affirme que le Seigneur
est apparu à sa Mère le matin de Pâques,
afin de lui expliquer, comme aux disciples d’Emmaüs,
qu’il avait dû souffrir afin d’entrer dans
sa gloire. Le tableau de (20) Roger
nous rappelle celui de la Présentation du Temple et de
sa Prophétie de Siméon. C’est la même
femme, là comme ici, mais elle est plus âgée,
elle est marquée du coup d’épée qui
lui a percé le cœur, son visage est sillonné
de larmes; avec un effroi joyeux, elle lève mains, dans
un geste d’adoration et de réserve; ce geste n’a
pas la même signification que celui de Marie-Madeleine.
Marie
est prête à partir de ce moment- et elle l’eût
été même si cette scène n’avait
pas eu lieu- à prendre rang parmi les membres pleins
de foi, de la jeune Église, à ne rien demander
pour elle de particulier. Cependant, dans presque touts les
images de la Pentecôte, par exemple dans le Psautier d’Hermann
de Thuringe, Marie au (21) milieu
des Apôtres, comme eux dans l’attente et comme eux
comblée, semble être leur véritable centre.
Aussi
la légende et l’art ont vu volontiers sa mort bienheureuse
au milieu de la troupe des Apôtres. L’image imposante
et animée de Hugo van der Goes montre tous
(22) les Apôtres, et chaque visage est à
lui seul un univers et une histoire; mais l’univers le
plus grandioses et l’histoire la plus sublime se reflètent
dans le visage de Marie, qui à peine encore présente
dans son corps, se soulèves son Sauveur et son Fils qui
vient à sa rencontre avec le chœur des Anges; Le
privilège unique lui est alors conféré
d’être accueillie au ciel par son Fils, à
l’instant même ou son corps transfiguré vient
de s’endormir. (23) Le mystère
de son Assomption se trouve contenue dans l’Ivoire de
Saint-Gall avec une mesure merveilleuse, dans des allusions
très délicates et d’autant plus persuasives.
La vie de Marie s’accomplit dans le couronnement au ciel.
La pure musique du Couronnement de Starsbourg (24)
merveilleux pendant de la Mort de Marie, d’une
beauté insurpassable, de la même cathédrale,
conclut par la réunion céleste de la Mère
couronnée et du Fils qui la couronne, le pèlerinage,
de celle dont la vie, dès ses premiers commencements,
fut pur abandon et qui porte maintenant la prière (25)
la couronne de la vie éternelle.
Table
des reproductions