Série 25 - 22 pages

Les 7 paroles de la vierge Marie
auteur chamoine Goerge-Joseph de Geuser

Le Bienheureux de Montfort a donné à sa « Consécration » le nom de « Saint Esclavage. » Il importe d’approfondir cette appellation afin d’en bien comprendre la justesse et la légitimité.

Pour mieux préciser l’étendue et la profondeur de la royauté universelle de Marie. Le Bienheureux distingue avec soin les deux manières différentes d’appartenir à un maître, ou comme esclave, ou comme simple serviteur : » L’esclave appartient tout entier et pour toujours à son maître, avec tout ce qu’il possède, sans aucune exception. Il travail sans exiger aucun salaire, sans avoir le droit de quitter son maître et celui-ci a sur lui pouvoir de vie et de mort. Le simple serviteur reste libre, il loue seulement ses services pour un salaire et pour un temps convenus, se réservant toujours le droit de quitter son maître. »

Il nous suffit de cette simple définition pour nous convaincre que vis-à-vis de Dieu et de Jésus-Christ et par suite vis-à-vis Marie, nous sommes, non de simples serviteurs, mais de vrais esclaves. Et notez-le, « ce n’est pas là une formule nouvelle, suspecte ou inspirée par une piété exaltée,… c’est la pensée fondamentale de la religion, l’idée vraie du saint baptême, ce qu’il y a de plus radical en nous comme hommes et comme chrétiens. » (Lhoumeau.) C’est là aussi le sens exact qu’ont dans l’Écriture les mots : « Servus » et « Ancilla. » Quand les Prophètes désignent le Messie comme « Serviteur de Dieu ; » quand saint Paul nous enseigne que Jésus-Christ a pris « la forme de serviteur ; » quand Marie se qualifie « la servante du Seigneur ; » quand le Grand Apôtre s’appelle « serviteur du Christ, » etc, etc, entendez bien qu’il s’agit toujours de l’esclavage et non du simple office de serviteur au sens moderne de ce mot.

Toute la tradition parle le même langage : « Je suis l’esclave du Christ, disait sainte Agathe, à ce titre, je me déclare de condition servile.- Afin d’être le dévot esclave du Fils, écrivait saint IIdefonse, j’aspire :" Devenir le fidèle esclave de Marie. » - Et saint Bernard : « Je ne suis qu’un vil esclave, pour qui c’est trop d’honneur de servir en cette qualité le Fils de Marie. » Ainsi ont parlé saint Pierre Damien, sainte Thérèse, M. Olier, le bienheureux Eudes, le P. De Condren, M. de Bérulle, etc, D’autres, sans employer le mont, précisent très bien la chose : Ainsi saint Ignace dans sa célèbre prière : « Recevez, Seigneur, ma liberté ! » Et le P. Zucchi : « O ma Souveraine… gardez moi comme votre bien et votre propriété. » Les Papes ont sanctionné ces formules : Urbain VIII, en 1631, approuvait les Chanoinesses du Saint-Esprit, se consacrant en qualité d’esclaves à Jésus et Marie. Léon XIII, en 1887, a approuvé de même «les Esclaves du Sacré-Cœur. » Et le même Pape a enrichi d’indulgence une consécration inspirée de Notre-Seigneur lui-même à la Bienheureuse Marguerite-Marie, et qui se termine ainsi : « Je veux faire consister tout mon bonheur à vivre et à mourir en qualité de votre esclave. » (1)

Il n’est donc rien de mieux autorisé que cette doctrine. Sans doute, les souvenirs odieux du paganisme ont discrédité le mot d’esclavage ; mais il va sans dire qu’en préconisant l’idée de notre servitude vis-à-vis de Dieu, nous répudions et la tyrannie du maître et de la dégradation de l’esclave, circonstances accidentelles qui n’entrent nullement dans l’essence de cette condition de Dieu est le meilleur ces maîtres et « le servir c’est régner- Servire Deo, regnare est. »

Sans doute encore, il nous est permis d’employer dans le langage ordinaire, le mot de serviteur, mais à la condition de conserver toujours la pensée du domaine suprême de Dieu sur nous. Toutefois gardons-nous d’exclure totalement ces mots d’esclavage et de servitude qui expriment si énergiquement une vérité capitale du christianisme. Eh quoi ! même dans note siècle d’indépendance et d’orgueil, on entend chaque jour des hommes se proclame esclaves du devoir, esclaves de l’honneur, esclaves d’une beauté périssable ; et nous, Chrétiens, nous hésiterons à nous dire esclaves de Dieu, esclaves de Jésus-Christ, esclaves de la beauté idéale de Marie !

Références du texte
 (1)- ON a objecté contre la dévotion du saint esclave, qu’elle semblait en opposition avec l’esprit d’enfance, de liberté et d’amour qui anime le christianisme. On cite à ce propos des textes célèbres ; « Voici, dit Notre-Seigneur, (Jean, XV,) que je ne vous appellerai plus serviteur mais amis. »-

« vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude dit, saint Paul,(Rom.,VIII,17) mais l’esprit d’adoption des ses enfants. »

Et encore, (Gal.,IV, 7) « le fidèle n’est plus esclave, mais fils. » Toutefois, comme l’explique Franzelin, (de Verbo incarnato, Thes.38 ; scol. 2,) d’adoption et le droit à l’héritage céleste n’enlèvent pas absolument la servitude essentiellement attachées à la créature, mais par notre adoption divine, nous cessons d’être esclaves, en ce sens que nos ne sommes plus des étranger qui n’ont plus droit à l’héritage.

D’autre part, la servitude que saint Paul oppose à la condition de fils est celle du péché, de corruption et de crainte servile, dont Jésus-Christ nous délivre en effet. (Voir Rom. V. Lhoumeau, 120)

 

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