Serge-Bonnet-et-Bernard-Goulex
Les  ermites
 

 

Un religieux témoigne :  Photo de Serge-Bonnet

 

 

 

 

«Les changements dans la vie de ma communauté furent provoquées beaucoup moins par l’impulsion du concile que par les événements de mai 1968. Dès l’été 69, le retour des frères étudiants donna au mouvement de réforme, jusqu’alors très calme, une ampleur et une accélération que me troublèrent. Était-ce d’ailleurs une réforme ? Celle-ci, au sens traditionnel du terme, consistes en un retour à la règle pure et forte des origines. Pour parler vulgairement, ce sont les durs qui mangent les mous, la ferveur qui emporte sur le laisser-aller, l’observance stricte sur le relâchement.

Dans l’aggiornamento, au contraire, ce furent presque toujours les mous, qui mangèrent les dures. L’énorme chute de tension qui suivit le concile s’est souvent traduite, dans la vie religieuse, par l’abandon ou l’adoucissement des austérités, la diminution du silence et des temps de prières, la disparition de l’habit et des autres marques de consécration. »

«Même ma communauté, tout en gardant une tenue honorable, s’avérait plus fragile que je n'en sais, se laissant quelques fois séduite par le courant moderniste et sécularisateur diffusé avec méthode et efficacité dans des commissions et des réunions multiples. J’en trouvais les effets navrants et me sentais étranger à toute cette fermentation, d’autant que l’idée être d’une recherche fondamentale et perpétuelle était en contradiction avec l’un des fondements les plus fermes de ma vocation. Je n’étais pas entré en religion pour inventer une règle, mais pour recevoir et appliquer celle qui avait fait ses preuves.»

Beaucoup, donc, pensent avec le cardinal Léger :

«L’Église est en état de grave malaise : on parle trop. On écrit trop. On n’a plus le temps de prier. Un pacte devrait être conclu à tous les niveaux ecclésiastiques : limiter des discours et les écrits. Mieux vaudrait même les abolir, pour un an au moins. On verrait plus clair ensuite ! »


Les débuts



Ils sont rudes.

Le choc psychologique est violent pour quelqu’un venant du monde ou d’une communauté. «j’ai connu la terreur, écrit une carmélite, On n’imagine pas tout ce que l’on entend, la nuit, quand on est seule. Au bout de quelques semaines, j’ai appris à vivre avec cette terreur. Puis, peu à peu, elle s’est estompée .»

Il faut un caractère bien trempé pour tenir dans des conditions d’inconfort, de froid, de dénuement et, surtout, dans cette solitude du cœur où la calme ne supplée pas au manque de chaleur humaine. On doit alors se raccrocher à la prière, seule bouée de sauvetage dans cette détresse que l’on peut imaginer disent tous ceux qui l’on expérimentée avant de l’avoir connue.

Après, viennent les tentations plus subtiles, lorsqu’on a surmonté les affres des commencements : la tristesse, la perte du goût de la prière, l’attachement aux choses matérielle. L’orgueil et la souffrance spirituelle aussi, qui amènent certains après quelques mois de désert à se lancer dans la direction spirituelle, à accueillir, à voyager, à donner des conseils.

Ces épreuves, ces périls sont toujours le lot de l’ermite débutant. Ne les connaît-il pas qu’il faudrait y voir un signe d’échec ou de fausse vocation. Ne pour les surmonter, il faut l’aide d’un guide expérimenté. Non pas celle du supérieur hiérarchique qu’on peut-être que lointain, mais d’un être spirituel au sens fort du terme, qui soit pour l’ermite le témoin de Dieu, le guide vers la vie parfaite. Ce sera généralement un prêtre, non ermite, qui acceptera de prendre en charge le cheminement du solitaire. Celui-ci se confiera à lui en tout, lui obéira en tout, conscient du fait qu’en ces matières le plus mauvais des guides est l’intéressé lui-même.

Père et fils spirituels se verront peu (une ou deux fois par an), mais le second écrira fréquemment et longuement a premier, lui racontant sa vie dans le détail, lui soumettant touts les décisions à prière. Sur les chemins de la mystique, il convient d’abandonner sa volonté propre…

Bien dirigé, la vie de l’ermite prendre peu à peu son visage définitif, découvrant à un moment ou à une autre que la présence de Dieu n’est plus, au désert, ce qu’elle est en communauté. «On s’y enfonce comme dans une mer», écrit un solitaire anonyme…


Affronter la solitude



Il faut maintenant affronter le long chemin de la solitude réelle, sans recours. Ici, commence le combat de chaque minute. «Vivre instant après instant, c’est tout quitter sans cesse», dit un sœur ermite (1)

Tantôt, ce serra le grand vide intérieur, les heures interminables au long desquelles tout pèse, tout semble inutile, où la prière même apparaît vaine, où le solitaire ne peut se défendre de l’impression de perdre son temps.

Tantôt, la souffrance naîtra du trop-plein : la sensibilité et l’imagination viendront apportée l’angoisse dans les chapelets de secondes en que rien d’humain en peut venir modifier.

Peut-être aussi le Mauvais apparaîtra-t-il. Il ne faut pas sourire. Si Satan est présent à tous les coins de rue du monde, il surgit aussi et peut-être de préférence dans la solitude. C’est lorsqu’il était au désert que Jésus en fut tenté et l’un des buts des premiers Pères étaient d’affronter victorieusement le démon sur son propre terrain ; la plupart des ermites qui acceptent de parler de cela à vrai dire, ils sont rares s’accordent à dire qu’au départ il y a, incontestablement, rencontre avec un monde qui se situe au-delà de l’expérience sensible. Le nier serait, pour un croyant, nier le spirituel même.

L’ermite devra donc se garder d’être le jouet des illusions du Mal, et ce sera une lutte quotidienne, toujours dure, quelquefois tragique. «On redevient le dernier des chrétiens, dit une religieuse, la solitude en lève toute illusion».

À lire les ermites, à les écouter, on doute que beaucoup au moins dans les premières années puissent complètement faire leurs ces vers de saint François de Sales :

En peu, en paix et en loisir
Dieu me suffit et mon étude.
Si tu veux me faire plaisir
Laisse-moy dans ma solitude ( attention le mot moy est écrit comme cela dans le texte.Merci)

En fait, nul n’échappe à la rudesse du désert, qui a tôt fait, dit don G.M.Oury, «de reconduire à ses frontières celui qui s’y est pas conduite par l’Esprit Saint ».


Les armes de l'ermite



Pour tenir, l’ermite ne manque pas d’armes.

En premier lieu, naturellement, la prière, qui devient pour lui une respiration aussi naturel que celle des poumons. Par elle, par sa présence jamais oubliée, toutes les pensées , tous les désirs, tous les activés sont ramenés au but unique. Toutes formes de prières sont bonnes : /récitation des offices, prières mentales, vocales, chants…, tout l’arsenal chrétien de l’orant est utilisé. Mais la prière se continue aussi dans les milles petits gestes d’amour qui émaillent une journée et que l’on nommait autrefois sacrifices ou mortifications. Tous sont d’accord pour constater que la prière, au désert, doit être simple.

L’oraison classique, que la méditation intellectuelle ne peuvent à elles seul supporter l’épreuve des journées solitaires.

La longue prière de l’ermite est une près d’amour…, et «l’amour, dit une bénédictine, peut se passer de paroles, de pensées ou de gestes, pendant longtemps».

Plus l’ermite s’enfonce dans son désert plus il simplifie l’expression de sa prière, plus, à la limite, il se tait : «C’est la contemplation, simple repos d’amour devant Dieu.»

Pour simple et humble que soit cette prière, elle doit se nourrir.

C’est la Bible, longuement lue, relue, remâchée, selon l’habitude monastique de la lectio divina. Certains ermites ne lisent plus qu’elle. Pour eux, la Parole est vraiment nourriture. Indispensables aussi, les sacrements. Mais cela ne va pas sans difficultés matérielles au moins pour les ermites qui ne sont pas prêtres (2) Beaucoup doivent marche longuement, descendre de leur montagne pour assister à la messe. L’hiver, l’état des sentiers ne le permet pas toujours et cela représente dans tous les cas une rupture de la solitude. Les plus avancés dans la contemplation disent avoir moins besoin de recevoir fréquemment l’eucharistie ; cette idée est admise traditionnellement chez les Orientaux.

En Occident, l’usage de confier des hosties consacrées aux ermites non prêtres, hommes ou femmes, s’est étendu depuis quelques années et facilite les choses.

Il n’en reste pas moins que les solitaires n’ayant pas reçu le sacerdoce souffrent souvent de cet éloignement de la «Présence Réelle». Ils y voient une rançon du désert.

Le sacrement de pénitence est un problème pour tous, hommes et femmes, prêtre ou non.

Chacun le résout comme il peut : curé d’une paroisse pas trop éloignés, directeur spirituel, autre ermite vivant dans le voisinages, etc.

Quand à l’extrême onction, elle est confiée à la miséricorde de Dieu au cas où celui-ci déciderait de rappeler à lui le solitaire dans son ermitage à même et de façon soudaine. «La pensée de la mort doit nous être habituelle et nous devenir douce», disait le père Athanase, décédé depuis.

Une prière permanente s’accompagne obligatoirement d’une ascèse rigoureuse.

On imagine mal l’ermite, entre deux oraisons, fumant tranquillement sa pipe en regardant la télévision ou en lisant un roman au fond d’un fauteuil moelleux.

«Je frappe fortement mon corps et le traîne en esclavage» Tous les ermites (avec plus ou moins d’intensité suivant l’âge et l’état de santé) suivent ce conseil de saint Paul aux Corinthiens.

L’Ascèse est une dimension indispensable à l’ermite au même titre que la solitude et le silence.

Aussi pratique-t-on dans les ermitages les vieilles recettes, un peu oubliées ailleurs, de mal mortification chrétienne, traditionnellement, l’ascète chrétien pratique le jeûne, l’abstinence et la veille.

L’ermite jeûnera donc souvent, quelquefois plusieurs jours de suite.

Et ce jeûne ne consistera pas à manger moins ou à rester sur sa faim, mais bien à s’abstenir totalement de nourriture.

L’abstinence en fait une hygiène alimentaire très stricte.

Beaucoup d’ermite, par exemple, ne se nourrissent que de légumes et de fruits, bannissant les huiles. la graisse cuite, les condiments, les boissons fortes, etc. Ces coutumes venues des premiers siècles rencontrent parfois les règles de la diététique moderne : les Pères du désert recommandaient à leurs disciples de manger à des heures fixes et de bien mâcher leur nourriture («cela surprime la gourmandise»).

Quand à la veille, en début ou en fin de nuit (et quelque fois au milieu), elle est de pratique constante dans les ermitages comme dans les monastères.

Il est bien d’autres moyens de dompter son corps.

Le froid est un commode, soit que l’ermite comme c’est le cas la plupart du temps dispose de moyens chauffage rudimentaires, soit même qu’il refuse totalement. De même le poids du temps, si on le charge suffisamment, est une protection efficace conte la flânerie ou le repos.

L’ascèse exige enfin que soient bannies les petites commandités de la vie quotidienne : meubles et vêtements confortables, appareils ménager perfectionnés, bibelots, télévisions, journaux et revues. Tout ce qui sent le confort, les aises engourdit l’esprit et n’a pas a place dans l’ermitage. Ce goût de l’austérité ne doit pas prendre une allure de performance ; on ne combat pas la faim, la soif ou le sommeil, mais seulement la gourmandise, la paresse et le refus de l’effort.


Les soucis matériels



Avec l’installation au désert, commencent les difficultés matérielles.

Il faut d’abord trouver un ermitage et qui en soit vraiment un assez isolé pour assurer le silence et la solitude nécessaires…, mais pas trop à cause de la sécurité surtout pour les femmes.

Assez pauvre aussi pour que le désert de se transforme pas en villégiature.

Encore faut-il un oratoire «digne du Seigneur» et la possibilité d’y conserver les hosties consacrées.

Pour ceux ou celles qui reçoivent, il faut prévoir un espace analogue à la clôture monastique barrière ou simple corde où jamais personne ne pénètre que l’ermite.

Au Saraha, le père de Foucauld avait établie une ligne de cailloux.

Le point d’eau doit être assez voisin, de même que le centre de ravitaillement, afin d’évier de longues et pénibles courses, pour les ermites non prêtres, le trajet doit être suffisamment bref vers une église ou une chapelle pour entendre la messe.

On voit la complexité de la recherche. Le choix est d’ailleurs faible et l’Ermite prend généralement ce qu’il trouve dès que les conditions minimales sont remplies (3) Aussitôt voit-on toutes sortes d’ermitages :

1- du presbytère abandonné
2- une baraque de chantier
3- de la petite chapelle ancienne donnée par un évêque;
4- à la bergerie de haute montagne.

Certains ermites louent le plus souvent symboliquement une petite maison dans le coin le plus retiré du village. D’autres construisent ex-même ou se contentent d’une baraque de bois, voire, dans les cas extrême, d’une grotte. Il est même des résidences plus inattendues : les combles d’une cathédrale, et le bruit cours qu’une solitaire vit depuis des années dans le clocher d’un e église de Paris. Histoire vraie ou légende ?

Certains ermites achètent des terrains et font construire…,ce qui n’est guère prisé dans le milieu. Sont-ils encore des ermites ou plus simplement des chrétiens cherchant une retraite pieuse, mais douillette ?

L’ermitage, c’est l’investissement de départ. Viennent ensuite les soucis de fonctionnement.

Pour réduite que soit là par de l’argent, il en faut un minimum et la plupart des solitaires connaissent l’insécurité financière. Charges sociales, maladies, accidents, manque de travail, expropriation, vielles, autant de charges que l’on en peut éviter et auxquelles il faut faire face avec du numéraire

De tous les ermites que nous avons visités, aucune de dispose d’un budget mensuel de plus de sept cents francs (1980). Ceux à qui leurs travaux rapporte davantage font don du surplus à leur monastère, à l’évêque ou à des œuvres. Le plus réduit de ces budgets se monte à deux cents francs. La religieuse qui vie avec cette somme ne se nourrit que de légumes cuits sur un réchaud de camping, elle habite une ancienne barque militaire près d’un camp désaffecté. Elle ne paie ni loyer ni impôts. Le bois et l’eau lui sont données, les livres prêtés, les vêtement récupérés pour elle par des habitants du village, elle s’éclaire avec des cierges cassés donnés par le curé voisins.. Mais son ermitage est toujours fleuri et d’une propreté de navire de guerre. On est loin de toute misérabilisme. La simplicité de vie même poussée très lion n’exiges pas d’être dans un état de nécessité, mais de rejeter tout superflus, de ne pas se procurer de qu’il y a de mieux et de plus pratique », de ne posséder aucune réserve d’argent, sinon ce qu’une prévoyance raisonnable impose pour ne as être charge d’autrui. C’est monter que l’on peut-être «heureux» en ne possédant rien.

Le peu d’argent nécessaire, l’ermite se le procure par le travail. Ce qui en vas pas sans difficultés : il faut en trouver, il ne put pas lui consacrer trop de temps, il faut veiller à a ne pas enlever ses ressources à quelqu’un du voisinage, il faut enfin qu’il ne suscite, chez l’ermite, ni agitation ni souci de rentabilité.

Une fois ces précautions prises, le choix est libre !

Travaux intellectuels : livres, articles, traductions, corrections d’imprimerie, cours par correspondance.
Travaux manuels : icônes, céramique, foulards, ornements liturgiques, tricot, tapisserie, bougie, pour les prêtres, peuvent s’ajouter les honoraires de messe. (4)


Ce n’es pas toute que de produire, encore faut-il écouler la production, une association, l’Aide aux cloîtres, procure des travaux d’artisanat et assure la vente,,, mais elle se limite aux moniales.

Les hommes doivent se débrouiller et vendre les objets qu’ils produisent par l’intermédiaire de monastère ou de lieux touristiques voisin.

Lorsque ceux-ci, pour une raison ou une autre, cessent de vendre, les ressources de l’ermite se tarissent d’un coupe et la situation peut devenir difficile surtout en ce qu’elle oblige le solitaire à se transformer en commis voyageur, rôle où il est mal à l’aise.

Quelques-uns travaillent comme ouvriers ou ouvrières à domicile, fabriquant des couvertures , des robes, du linge de table etc. C’est affreusement mal rémunéré, surtout si on limite les heures quotidiennes d’ouvrage pour ne pas empiéter sur la méditations, mais il n’y pas de soucis commerciaux.

À la campagne quelques ermites se louent pour les travaux saisonniers : cueillettes, vendanges, ramassage de bois, ce qui leur permet de vivre une partie de l’année. Une ermite, dans les Landes, fait des ménages. Le produit du petit jardin qui entoure souvent l’ermitage peu aussi rapporter quelques centaine de francs par an.

Enfin les dons, en antre et en argent, ne sont pas refusés s,ils correspondent à un vrai besoin. Il faut quelquefois une somme importante (relativement) pour réparer un mur ou une toiture, pour payer la cotisation de la mutuelle. «Je n’a jamais eu dit, une sœur qui vit une pauvreté absolue, une dépense indispensable à faire, sans que la Providence m’envoie une rentrée le plus souvent un don, exactement calculé pour faire face à cet obligation.»


Relations avec le monde



Par la définition, l’ermite est coupé de la société des hommes.

De tous les hommes, y compris de ceux qui, comme lui, cherchent Dieu. Mais en France et au XX siècle, la nécessité et la charité imposent des contacts, même au plus solitaires. Soit par le besoins de l’âme (sacrement du pardon, direction spirituelle, devoirs religieux), soit pour les besoins du corps (nourriture, vêtements, chauffage, maladie), les ermites se trouvent dans l’obligation de rencontrer d’autres hommes ou de correspondre avec eux. La charité, quand il s’agit d’accueillir le visiter, même importun, ou lorsqu’ il faut porter secours spirituel ou matériel à un voisin, impose elle aussi quelques accrocs à la règle de la solitude absolue.

En fait, même si l’idéal reste de réduire ces contacts a minimum et de demeurer la quasi-totalité du temps dans l’ermitage, la pratique est très différentes selon les cas, cela va de la solitude la plus compète à une vie où les rencontres des ermites déposant du téléphone ou d’une voiture, et d’autres qui en voient au sens strict du terme qu’une seul personne par an.

La plupart observant une attitude de juste milieu, limitant les sorties au maximum, mais ayant quelques contacts d’ordre religieux, ou pour gagne leur vie, entretenant de brèves correspondances avec quelques amis ou frères spirituels peu nombreux.

Ceux-là reçoivent les visiteurs qui se présentent et acceptent de donner conseils et avis si on le leur demande, mais avec sobriété. Beaucoup se réservent, au cours de l’année, des périodes de «vrais désert» qui peuvent durer plusieurs mois et pendant lesquelles ils ne rencontrent aucun être humains. C’est généralement durant l’hivers, où l’ermitage est isolé par la neige, que l’ermite organise ce «temps fort» de sa vie spirituelle.

Pour le reste, le milieu rural, même dans les régions peu accessibles et dépeuplées, ne permet guère de passer inaperçu.

L’ermite est connu du voisinage (5) et il ne peut se dérober à des contacts, même s’il les veut rares. Ils seront alors simples et cordiaux : d’instant, le paysan respecte le solitaire et, aide si besoin est. IL n’est pas rare que l’anachorète trouve quelques œufs, des fruits, un peu de beurre ou une part de gâteau, silencieusement déposes sur le pas de la porte ou même un chou déposé par une nuit glacée avec un billet : «Vous qui êtes près de Dieu, priez pour moi, pécheur.»

IL arrive cependant que l’incompréhension s’installe entre l’ermite et se voisins.

C’est généralement la faute du premier. La construction d’un chalet apparemment luxueux scandalisera de la part d’un homme ou d’une femme qui se consacre à Dieu, ou encore le «solitaire» passera son temps dans le village à bavarder et à entre dans les maisons. Ou a contraire il ne saluera personne… Ou il portera un costume extravagant. Ou enfin il n’aura pas ouvert sa porte à un blessé en montagne.

Ces cas sont rares. Ainsi que le dit un bénédictin qui compte trente-neuf ans de vie solitaire. «Si votre cœur est plein de Dieu, il s’épanche naturellement en une bienveillance attentive à l’égare de ceux que vos rencontrez.»

Quant à la famille, aux amis proches et chers, l’ermite entretient avec eux des relations normales et suivies, plus proches peut-être que celle du moine ou de la moniale enserré dans sa communauté.


Église et les ermites



Bienveillance… et vigilance, illustrent l’attitude de la hiérarchie devant la poussée érémitique.

La bienveillance éclate, «J’aime ces hommes et ces femmes, dit Mgr Collin, le tuteur des ermites, un franciscain qui fut longtemps évêque de Digne. Leur vie dépouillée, qui va parfois jusqu’à l’extrême limite de l’austérité, leur travail, leur solitude, toute témoigne d’un courage extraordinaire»

Appréciant les qualités individuelles des solitaires l’Église est consciente aussi de ce que leur témoignage pour apporter dans une société qui ne croit plus en sa propre façon de vivre. On qu’il faille attendre d’un développement numérique grandiose; le radicalisme du désert est tel qu’il sera toujours le fait du très petit nombre ; mais tout indique, chez les chrétiens comme chez les incroyants, que l’on soupire après des rythmes d’existences différents. «Solitude et silence, écrit Pierre Emmanuel, font désormais partie des nostalgies poétiques dont on parle toujours sans vraiment vouloir y revenir.»

S’il vrai que ces aspirations à d’autres horizons sont encore bien confuses, l’Église ne peut les négliger…

Cette attitude favorable n’exclut pas la vigilance aussi bien dans le discernement des aspects religieux et psychologiques (maturité, caractère, équilibre (6) que dans l’examen des conditions physiques ( bonne santé. ) et matérielle de la vocation érémitique.

Le logement et gagne-pain doivent être assurés, soit que l’intéressé appartienne à un ordre qui continuera de s’occuper de lui, soit qu’il les trouve lui-même.

Dans de très nombreux cas les évêque refusent à des candidats ermites de s’installer dans leur diocèse car qu’il en peuvent les prendre en charge matériellement.

La candidature acceptée, les responsables soumettent le postulant à une période de formation. Même le religieux ou la religieuse possédant l’expérience indispensable de la vie en communauté doit recevoir une initiation particulière.

La vie solitaire obéit à des lois que l’ancienne pratique a dégagée et que la tradition a transmise.

Il y a des techniques du désert :

Comment organiser son temps, comment se nourrir, comment faire face à telle difficulté psychologique. Cela s’apprendra souvent pendant deux ou trois ans, avec une ermite plus expérimenté auquel le supérieur ecclésiastique confiera le novice avant de l’autoriser à s’installer seul.

Alors seulement l’ermite débutant pourra-t-il, muni de la bénédiction de son supérieur, s’installer ans son propre ermitage et vérifier sa vocation au feu de l’expérience : tout prend une autre dimension lorsqu’on affronte réellement, et seul, ce que l’on ne connaît que par l’enseignement des autres.

Au plan général, se pose le problème du statut des ermites.

Pour l’Église, est ermite celui ou celle qui vit en solitaire en pratique les trois vœux classiques des religieux : pauvreté, chasteté et obéissance.

Pour le reste, chaque anachorète est dans une situation juridique particulière. Il dépend soit d’un évêque, soit d’un supérieur religieux, en réalité les liens que l’ermite noue avec ceux-ci peuvent varier du tout au tout selon la conception que le responsable a de l’érémitisme.

Certains d’entre eux seront plus exigeants, que d’autres.

Tels évêques respecteront totalement le désir de solitude, estimant que le meilleur service que l’ermite puisse rendre à l’Église et aux hommes et de demeurer dans sa cellule, vaquant à Dieu.

D’autres lui demanderont au contraire d’assumer, dans des proportions même minimes, une tâche ecclésiale.

Dans certain cas, le changement d’évêque entraînera une changement de vie de l’ermite, le nouveau venu souhaitant du solitaire un service apostolique : desservir une petite paroisse, confesser, visiter les malades…, ou tenir l’harmonium.

D’où l’idée, étudié par l’épiscopat français, de donner aux ermites un statut canonique qui leur assurerait, comme aux ordres et aux congrégations, une reconnaissance officielle de l’Église. Ainsi seraient clarifiés leurs rapports avec la hiérarchie et précisés leurs propres engagements vis-à-vis de l’Église : vœux, vie sacramentelle, moyens de ressourcement spirituel, règlement de vie, moyens matériels, etc.

Déjà, au concile Vatican II, Mgr. Remi De Roo, évêque de Vancouver, avait demandé une reconnaissance «simple et très souple» de la légitimité de la vie érémitique au sein de l’Église. En 1967, le congrès des abbés bénédictins décidait qu’il fallait «encourager les vocations à l’érémitisme…., mais après un discernement sérieux». Certains monastères étudient les dispositions à prendre dans leurs constitutions pour ceux de leurs moines qui désirent vivre en solitude. La question est donc posée.

Mais une construction juridique peut-elle régler les problèmes psychologiques et spirituelles au sein de l’Église ?

Car il en existe. Non pas entre la hiérarchie et les ermites, non pas entre ceux-ci et le clergé séculier ou les religieux apostolique, mais, comme il est naturel, entre ceux-là même qui sont les plus proches : les ermites et les moines ou moniales vivant en communauté.

La majorité des ermites français ont vécu pour la plupart pendant de nombreuses années dans des communautés religieuses. C’est de là qu’ils sont passés au désert. Or, ils usent de formules assez conventionnelles pour évoquer, dans leurs conversations ou leurs écrits, les circonstances de leur départ.

Est-ce réserve inconsciente ?

Est-ce volonté de cacher ou de minimiser des tensions anciennes ou actuelles dont ils souffrent ?

Si le religieux communautaire par son existence conteste le monde, le solitaire par son itinéraire conteste la communauté. Certains religieux, dans leurs abbayes et couvents, ne mâchent pas leurs mots lorsqu’ils parlent de leurs frères devenus ermites. La brutalité des arguments pourra choquer ceux qui ignorent tous des hommes et des femmes qui demeure dans les cloîtres ou en sortent. Pour éviter de mettre en accusation une décadence contemporaine, on se souviendra au jugement de saint Augustin. : «Comme je n’ai point trouver de meilleurs chrétiens que ceux qui dans les monastères ont fait des progrès dans le vertu, je n’ai ai point trouvé de plus mauvais que ceux qui, dans les monastères, sont tombés dans les dérèglements.

Le premier reproche que le commentaire adresse au solitaire est celui de désertion.

Même si les vocations contemplatives demeurent relativement nombreuses, un départ en solitude affaiblit la communauté. Il n’est pas question d’assimiler le cas du frère qui part au désert avec le cas des frères qui retournent dans le monde, mais les départs des uns et des autres nuisent au monastère, à son équilibre spirituel, à la vie chorale, à la richesse des échanges fraternels, à la prise en charge de toutes les besognes matérielles. L’ermite n’oublie-il pas un peut vite qu’il doit sa formation spirituelle à une communauté ? Son départ n’hypothèque-il pas la survie du monastère ?

Les trois vœux de la vie religieuse (pauvreté, chasteté, obéissance) sont vécus avec plus ou moins de ferveurs et de difficultés dans les monastères. Il serait un peu caricatural de prétendre que le vœu de pauvreté c’est le paradis, le vœux de chasteté le purgatoire et le vœux l’obéissance l’enfer du religieux. Nombre de communautaires finissent partant par penser que le vœu d’obéissance est le plus éprouvant. Si, dans le monastère, les religieux sont très dépendant de leur supérieur, l’ermite qui s’éloigne d’une tel cloître choisit alors la facilité.

A cette accusation, l’ermite peut répondre que l’évangile insiste plus sur la pauvreté que sur l’obéissance.

Il joutera que, dans beaucoup de monastères, le supérieurs ne joue plus qu’un rôle très limité ; il ne peut refuser les permissions quels religieux lui demander sans provoquer de petits drames. Le supérieur est finalement là pour avaliser par une bénédiction les initiatives, voire les lubies, des uns et des autres.

Quitter l’obéissance résiduel du monastère permet au solitaire retrouver l’esprit d’obéissance à Die et de leur pratiquer à partie de la règle qu’il s’impose. Les règles de vie que l’ermite choisit ne sont d’ailleurs pas très éloignées, au moins a point de départ, des règles en vigueur dans les monastères.

Qui du communautaire ou du solitaire le mieux silence et solitude? Quel silence peut-on trouver dans un monastère ?

On cite volontiers ce mot d’un bénédiction désabusé à propos du silence conventuel ; «ça permet de ne pas parler quand on n’en a pas envie.»

L’ermite prétendra qu’il ne peut pas s’accommoder d’un silence effiloché. D’après lui, seule la solitude radiale permet de rompre avec le relâchement et de trouver un vrai silence. Le communautaire rétorque alors que l’ermite se fait des illusions. L’ermite attire très vite beaucoup de curieux ou d’âmes en peine. Il n’a pas de frère portier pour le protéger des importuns. En un an, malgré tous ses défenses, il lui faudra recevoir plus de visiteurs qu’en dix ans de vie conventuelle.

Beaucoup de religieux communautaires pensent que l’exceptionnel attire l’anormal. N’y a-t-il pas parmi ceux qui parlent de se faire ermites un grand nombre d’inquiets, d’instables, de romantiques et d’excentriques. A partir du moment où l’après concile et l’après 1968 conjuguaient leurs effets, il était inévitable, à la suite de quelques rares et authentiques vocations d’ermites, de voir se multipliés des candidatures douteuses à la solitude. Si tant d’ermites dans leur autobiographies insistante sur l’ancienneté de leur inclination pour l’érémitisme n’est-ce pas le signe qu’ils veulent mettre leur vocation à l’abri de soupçons, voire d’accusation fréquemment fondées ?

Dans la vie érémitique comme dans la vie monastique (ou conjugale), le difficile n’est pas de commencer, mais de durer.

Le communautaire attende l’ermite au tournant du temps, il ne peut s’empêcher de penser que beaucoup d’ermites renonceront ou s’affadiront. L’ermite réponde qu’il ne peut pas envisager la persévérance comme le religieux conventuel, il n’est pas marié avec une histoire à poursuive à travers un lieu privilégié. Changer d’ermitage n’est pas un aveu d’échec. Un déplacement de lieu et d’observances peut être l’occasion d’une nouvelle étape spirituelle.

Dans les monastères, au moins dans certains d’entre eux, une partie des moines travaillent non pour équilibrer leur vie contemplative, mais surtout simplement pour gagner leur pain quotidien.

Les ermites ne sont-il pas des paresseux ?

Ne sont-ils pas tentés de vivre au crochet de quelques amis ?

Les ermites ne risquent-ils pas de revenir frapper à la porte de leur communauté d’origine le jour où leur santé les obligera à solliciter les soins constants d’autrui?

Est-il pensable qu’un religieux puisse vivre longtemps sans liturgie ?

Passe du monde au couvent c’est dans la prière passer du je au nous. L’ermite ne risque-t-il pas de régresser du nous au je. Comment éviter d’aller de la prière qui passe par les lèvres à la prière qui ne passe plus que par les yeux ?

Les va-et-vient entre prière chorale, méditation et oraison, ne vont-ils pas s’amenuiser ?

Les plus bienveillants des communautaires évitent de suspecter les solitaires, mais ils ne peuvent s’empêcher de penser que, pour éviter tous les travers et les périls de l’érémitisme contemporain, il faut renoncer à s’abandonner à la créativité. Le véritable érémitisme n’a pas à être inventé de nouveau.

Le candidat ermite n’a qu’ à se présenter à la porte des chartreux, le seul ordre religieux qui n’a jamais eu besoin d’être réformé.

Dans ce débat entre communautaires et solitaires ces derniers devraient avoir le dernier mot en se taisant.

Avec le pierres qu’on lui lance, l’ermite peu construite son ermitage de telle façon que l’Esprit y souffle davantage. L’ermite a assez lu pour se souvenir de ce que Mabilon écrivait le 17 novembre 1679 à dom Martène, exilé à Evron à cause de la publication de son ouvrage sur dom Claude Martin : «On perd toujours quelque chose auprès de Dieu lorsqu’on veut trop se justifier auprès des hommes.»

L’ampleur des tensions entre communautaires et solitaires n’empêche pas ces dernier d’être accueillis souvent très fraternellement dans les abbayes où ils chercher un appui périodique. En revanche, entre ermites, si l’on ne se conteste pas, on tient à se fréquent le moins possible.

Comment expliquer qu’un solitaire n’aime pas rencontrer un autre solitaire ?

Cézanne ne pouvait souffrir ni Van Gogh ni Gauguin. Il n’aimait pas Manet et déclarait se méfier de sa facilité. Manet trouvait que Cézanne faisait «de la peinture sale ». Banales jalousies d’artistes? Ce n’est pas de ce côté qu’on risque de trouver beaucoup de lumière. Le peintre redoute que celui qui lui est le plus proche l’influence davantage que tous les autres peintres de la terre, qu’il infléchisse son dessin, qu’il colore indûment sa palette, qu’il change son rapport au motif. Après avoir conquis une part de son être, le peintre doit ne plus chercher son salut que dans la fidélité à ses voix. L’amateur a besoin de comparer pour développer ses goûts. L’artiste a besoin de rejeter tout ce qui lui est plus proche pour créer. Le solitaire, sans se diluer, peut fréquenter un communautaire, même si celui-ci ne l’aime pas ; il doit écarter les autres solitaires qui, immanquablement, et sans le visiter, hanteraient malgré tout sa solitude.

Il y a des prêtres-ouvriers qui comme les ermites ne cherchent pas à s’agréger à des équipes de prêtres-ouvriers. Chez certains prêtres-ouvriers, se fait jour le sentiment que leur présence dans la multitude exige une rupture avec tout ce qui n’est pas leur immersion personnelle dans une usine et un quartier. On se tromperait en les prenant pour des asociaux ou des marginaux.

L’analogie ente l’ermite et le prêtre-ouvrier oblige à réaliser que le catholicisme (et sans doute bien d’autres formes de catholicisme ) appelle la diversité des formes les plus opposées d’incarnation.

Chaque ermite est une voix unique dans la communion des saints.

Ceux qui refusent que l’Esprit souffle comme il veut font penser à Napoléon disant des trappistes : «Ce sont des hommes admirables qui travaillent beaucoup et consomment peu.» Une certaine sociologie de la religion a bien du mal `a dépasser Napoléon…


Les disputes ente communautaires et solitaires, l’éloignement jalousement maintenu par chaque ermite à l’égard des autres solitaires ne doivent pas donner le change sur une réalité fondamentale : tous les ermites que nous avons rencontrés sont des chrétiens modestes, ils ne cherchent pas des disciples, ils ne croient a pas inventer la vie chrétienne , ils s’avouent pécheurs, ils ne prétendante pas juger l’Église de leur temps et encore moins de la réformer. Ce sont des hommes qui se privent d’enfant pour nous aider à mieux aimer les nôtres. Ce sont des hommes et qui privent de la parole pour nous apprendre à charger nos paroles de silence. Ce sont des hommes qui se privent des banquets fraternel pour nous proposer de mieux accueillir le Christ à notre table.

Références

1- Le Buisson ardent, op.cit

2- Les religieux on prêtres ne désirent généralement pas être ordonnés. Une ancienne tradition voit dans ce refus un signe d’humilité. D’autre part, le sacerdoce représenterait , pour s’y préparer, une longue rupture avec la vie du désert.

3- On sait que les implantations érémitiques sont plus dense dans le Midi. Le chauffage y est moins nécessaire ( donc pas de dépense), la densité démographique facilite la solitude et la « météorologie spirituelle » ( Dieu est lumière, dit saint Jean ) un est plus favorable.

4- Dans le golfe du Morbihan, un ermite marin gagne sa vie en assurant des transports entre les îles.

5- Dans un cas, nous avons pu vérifier qu’une lettre adressée simplement à « Monsieur l’Ermite, à X… sur Durance, », arrive dans les meilleurs délais à son destinataire.

6- Les évêques sont particulièrement attentifs à l’aspect psychologique. Il arrive, disent certains d’entre eux, que des supérieurs de communauté appuient une vocation érémitique…surtout pour se débarrasser de sujets difficiles.

 
Ermites-Vierges-Vierges-Consacrées
Menu-Ermites-Vierges-Veufs-Consacrees.html
les informations me sont données gratuitement je ne suis pas
responsable des erreurs de références ou des textes
 
       

Pour lire les tweets du Pape François

cliquer sur ce logo

ou

Menu-Pape-Francois-L-Ensemble-des-tweets-du-jour.html


En tout temps vous pouvez revenir à la page Menu Principale
 
 
  index.html dchristiaenssens@hotmail.com  
 
Comme le papillon allez maintenant à vôtre tour porter la Bonne Nouvelle de Dieu et faire aussi connaître mon site merci beaucoup.