Sept-Paroles-N.S.J.C.en
Croix-1
AVANT-PROPOS
|
Ces
méditations ont été écrites suivant
la méthode donnée à ses religieux par
le Bienheureux P. Julien Eymard, fondateur de la Congrégation
du Très Saint-Sacrement.
A
la fois très simple et très variée, cette
méthode convient particulièrement à la
méditation faite aux pieds de Notre-Seigneur vivant
dans la Sainte Hostie. Par son état de victime en l’eucharistie,
Jésus-Christ perpétue, en effet, la prière
de son oblation au saint sacrifice de la Messe. Comme sur
l’autel, Jésus-Christ, dans son état sacramentel
adore, rend grâces, fait amende honorable et supplie.
Rien
de meilleur par conséquent que de prier comme Lui par
les quatre fins du sacrifice.
Puisse
ce modeste travail apporter à ceux qui s’en serviront
tout le réconfort que leur souhaite l’auteur.
Ch.
De. K.S.S.S.
Janvier 192
|
1ère
Parole : L'apogée
de la charité
L’APOGÉE
DE LA CHARITÉ
Et
Jésus disait : ‘’ Père, pardonnez-leur,
car ils ne savent pas ce qu’ils font.’’
St. Luc XXIII,34
|
| 1er
Parole
L’APOGÉE
DE LA CHARITÉ
Au
cours de l’entretien qui précéda la Cène,
Jésus disait à ses apôtres : ‘’
Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites
biens. Je le suis en réalité
(1) N’est-ce pas en L’entendant prier pour
ses ennemis, qu’à l’exemple des Apôtres,
nous nous sentions portés à Le saluer comme notre
Maître et notre Seigneur !
Oui,
Jésus, en cette circonstance, se montre vraiment notre
Maître. Aimez vous ennemis, faites du bien à ceux
qui vous haïssent,(2)
avait-il dit. Et, joignant l’enseignement
de l’Exemple à celui de la parole. Il s’était
attaché à défendre l’autorité
des pharisiens qui en voulaient à sa vie. Il avait multiplié,
pour les éclairer, les preuves de sa mission et sa charité
lui avait inspiré de recourir aux moyens les plus énergiques
: réprimandes, anathèmes, pour les arracher à
leur aveuglement. Mais, à mesure que leur haine grandissait,
la charité de Jésus se révélait
d’autant plus miséricordieuse, et, lorsqu’ils
eurent assouvi contre Lui leur rage et leur cruauté en
Le clouant à la croix, à ce moment, Jésus
qui redoutait pour eux la vengeance du Ciel, laissa tomber de
ses lèvres mourantes cette sublime prière : ’
Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils
font.’’ – O mon Jésus, que Vous méritez
bien votre titre de Maître ; Vous avez le droit de nous
dire : écoutez-moi par ce que Vous pouvez dire : imitez-moi.
Jésus
en cette circonstance se montre aussi vraiment notre-Seigneur.
Tandis que les autres hommes, et surtout les plus saints, à
l’approche de la mort tremblent au souvenir de leurs fautes,
et qu’ils ne cessent de se purifier par des actes de repentir
pour se préparer à paraître devant le tribunal
du Dieu trois fois saint, Jésus, à cette heure
suprême, n’a pas laissé paraître la
moindre arrière-pensé qu’il ait eu besoin
de pardon pour Lui-même. Il implore le pardon des autres,
mais Il n’exprime pas le plus léger regret d’aucune
de ses pensées, d’aucune de ses actions. Et cependant,
s’il en avait eu réellement besoin, aurait-il manqué
de le faire, Lui qui avait manifesté toujours la plus
vive horreur du péché, qui avait passé
sa vie à prêcher la pénitence ! Aurait-il
refusé de s’humilier en ce moment décisif
Celui qui se proclamait doux et humble de cœur ! Non :
mais Jésus, jusque dans l’excès de ses abaissements
et dans l’angoisse de ses tortures, était pleinement
conscient de sa dignité, Il avait ta conviction de la
pureté parfaire de son âme, et c’est pour
cela que, même aux approches de la mort, Il a joui intérieurement
d’une sérénité qu’aucun remords,
qu’aucune criante n’est venu altérer.
O
Jésus, mon Seigneur; je Vous adore; Vous êtes le
vrai Fils de Dieu que personne n’a jamais pu convaincre
de péché. Avec les sentiments de la foi la plus
profonde, je redis à votre louange ces paroles de la
Ste Église : Tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus
Altissimus. ( 3) Vous êtes
le seul Saint, le seul Seigneur, le seul Très-Haut.
II
Le
précepte qui, par son élévation et son
étendue, distingue la loi chrétienne et de la
loi juive, celui que, pour cette raison, Jésus-Christ
appelle son précepte propre, c’est celui d’aimer
notre prochain comme nous-mêmes. Or l’acte le plus
héroïque de cette loi divine est assurément
l’amour des ennemis. Pourtant n’est-ce pas chaque
jour que nous avons l’occasion de l’Exercer ! Les
hommes sont ainsi faits que nous passons rarement une journée
sans que nous ayons à souffrir de quelques méchantes
paroles ou de quelque mauvais procédé; tout au
moins notre susceptibilité ou notre imagination croit-elle
trouver des raisons de nous froisser et d’éprouver
du ressentiment, notre-Seigneur le savait bien. Aussi n’a-t-il
pas voulu seulement que sa première parole de crucifié
fût une expression de pardon. Il a mis sous nos yeux l’exemple
toujours actuel de sa charité dans les Sacrements de
Pénitence et d’Eucharistie. Sans cela nous n’aurions
pas manqué de chercher des excuses pour esquiver un devoir
si répugnant à la nature. Justes ou pécheurs
nous aurions pu dire : ‘’ Seigneur, c’est
si loin votre Passion : nous voudrions bien Vous voir pratiquer
la charité envers les ennemis ‘’. Mais à
présent nous n’avons plus de raison de nous plaindre
; nos vœux sont comblés, il n’y a plus qu’à
admirer et à remercier.
‘’
Pourquoi Notre-Seigneur reste-t-il jour et nuit sur tant d’autels
ou personne ne vient prendre les grâces qu’Il offre
à pleines mains ! Il aime, il espère, Il attend
! S’il ne venait sur nos autels qu’à certains
jours, il craindrait qu’un pécheur, mû par
un bon désir de retour et le cherchant, ne le trouvant
pas et attendît : il aime mieux attendre Lui-même
le pécheur pendant des années, que de le faire
attendre un instant, ce qui le découragerait peut-être
quand il voudrait sortir de l’esclavage du péché.’’
(4) Et, lorsque touché par
cette patience et cet accueil bienveillant, lorsque, déjà
purifié peut-être par un acte de contrition parfaite
que cette bonté aura provoquée, le pécheur
vient solliciter le pardon officiel de ses fautes dans le Sacrement
de Pénitence, qu’elle est délicate et prévenante
la bonté de Jésus ! Il a donné ordre à
ses ministres d’absoudre sans retard tous ceux qui manifestent
leurs péchés avec un vrai repentir, et le prêtre,
sans commettre lui-même une faute rave, ne pourrait les
frustrer du bienfait de l’absolution.
Mais
si Notre-Seigneur attend ainsi les pécheurs, c’est
parc e qu’il sait qu’ils viendront : Il leur a mérité
Lui-même la grâce du repentir ! A Chaque instant
du jour et de la nuit, Il s’immole pour eux, en quelqu’endroit
du globe, mais le Saint Sacrifice, redisant alors à Dieu
la supplication du Calvaire : Père, pardonnez-leur, il
ne savent pas ce qu’ils font. Enfin pour sanctionner d’une
manière indubitable la réconciliation, Jésus
invite les pécheurs au baiser de la Communion. Sans cela
bien des convertis tomberaient dans la tristesse, car plus leur
retour à Dieu est sincère et plus ils sont peinés
de L’avoir tant offensé. Au moment de la Communion
Jésus dissipe tous ces souvenirs pénibles, Il
répand la joie et la paix dans leur âme, et ne
voyant plus alors que la miséricorde infinie, sentant
pour ainsi dire qu’ils sont pardonnés, les pécheurs
s’écrient ravis ; ‘’ Oui, je suis l’ami
de Jésus, puisqu’Il s’est donné tout
à moi’’
O Jésus, merci des exemples si touchants de charité
et de miséricorde que Vous nous donnez. Les imiter sera
mon action de grâces pour le pardon que tant de fois Vous
m’avez accordé.
III
C’est
le moment de nous demander ou nous en sommes quant à
la pratique du commandement que Notre-Seigneur nous à
fait de pardonner à nos ennemis.
Pardonner,
dit-on, m’est impossible ; le soin de mon honneur et ma
dignité me commandent la réserve ! La réserve,
soit ; mais il ne faudrait pas se prévaloir de ce mot
pour excuser les paroles méprisantes, les manières
hautaines, les procédés blessants. Votre dignité,
votre honneur ! Que n’en êtes-vous aussi jaloux
lorsqu’il s’agit de commettre le péché
qui dégrade votre âme en la livrant plus ou moins
complètement au démon ! Et, précisément
parce que vous êtes pécheur, n’avez vous
pas mérité tous les mépris ?
Avec
deux onces de sens chrétien, vous jugeriez vos offenses,
même plus gratuites, ne sont que la juste punition de
celles que vous avez vous-mêmes infligées injustement
à Dieu, D’ailleurs êtes-vous plus grand que
Jésus –Christ ? Et Lui, n’a-t-il pas oublié
sa dignité et ses droits pour aller au devant de ses
ennemis en leur offrant le pardon et en le demandant pour eux
à son Père ?
Je
pardonne, dit-on encore, mais je n’oublie pas; je pardonne,
mais j’évite leur présence ; je pardonne,
mais c’est bon pour une fois. Misérables restrictions
de l’amour-propre qui ne veut pas se renoncer complètement.
Est-ce ainsi que Jésus-Christ pardonne?
Il ne creuse pas en re Lui et ses ennemis l’abîme
de l’oublie ; Il les aime et Il prie pour eux. Et quand
nous retomberions mille et mille fois dans le même péché,
nos fautes passées sont oubliées, effacées
comme si elles n’avaient jamais été commises,
Voila notre modèle ! Ne rusons pas avec le pardon que
nous accordons, car Dieu, qu’on ne trompe pas, mesurera
sa miséricorde de sur la nôtre.
Que
d’illusions les âmes pieuses se forgent en cette
matière! Pour sauver les apparences, elles feront bon
visage à ceux qui les ont offenses, mais intérieurement
elles jalouseront leur prospérité ! ; se réjouiront
de leurs insuccès et savoureront les critiques qu’elles
entendront, tout en ayant l’aira de ne pas les approuver.
Table
Des Matières
Avant
Propos
1ère Parole : L'apogée de la charité
2ème
Parole : La royale Réponse
3ème
Parole : L'amoureuse donation
4ème
Parole : Le fond de l'abîme
|
5ème
Parole : L'indicible tourment
6ème
Parole : Le suprême témoignage
7ème
Parole : Le dernier homage
Chemin
de la croix :
|
Méditées
au pied du Très Saint-Sacrement.
Librairie
Eucharistique
530 Ave Mont-Royale Est. Montréal Qc. Canada
Édité en 1928
Chanoine
De. Keyser, s.s.s. |
Nihil
Obstat :
Eug.
Couet sup.gen. Congr.SSmi Sacr.
Romae, die 13a Julii 1928
Impritur
:
+GEORGES,
arch.coad. de Montréal Qc. Canada le 31 août
1928 |
|
|
Examinez
attentivement votre conduite pour voir si, selon la recommandation
de Saint Paul, tout y est conforme aux sentiments du Christ
Jésus. Puis réparez le crime des ennemis de
notre religion qui travestissent et bafouent cette vertu si
sublime de l’amour des ennemis ; réparez par
des actes d’amour le crime de ceux qui vivent dans la
haine de leur prochain ; consolez Notre-Seigneur de l’humiliation
qu’il reçoit des chrétiens qui résistent
à la force de ses exemples, aux appels de sa grâce,
à l’action de son Sacrement d’amour et
qui persistent dans leurs antipathies, dans leurs ressentiments,
dans leur rancunes. Récitez, avec un sincère
désir d’amendement et de progrès, l’acte
de charité.
O
Dieu, qui, aimant la paix et la charité, vous en constituez
aussi le gardien, donnez à tous nos ennemis ces dons
si précieux ; accordez-leur aussi le pardon de toutes
leurs fautes et par votre puissance souveraine délivrez-nous
du mal qu’ils voudraient nous faire. Par Jésus-Christ
Notre-Seigneur (5)
IV
Qu’elle
est belle et instructive cette prière de la Sainte
Église ! Pardonner ne veut pas dire approuver ou laisser
faire, Nous pouvons et nous devons haïr dans nos offenseurs
les intentions, les desseins, les vouloirs, les actes pervers
dont nous sommes victimes ; la charité ne nous défend
ni de penser et de juger que leur conduite à notre
égard est misérable, ni de demander et de poursuivre
la réparation des torts qu’ils nous ont causés.
Mais en tout cela nous devons agir sans aigreur, sans désir
de vengeance, par pur amour de la Justice, par horreur du
scandale, en épargnant, autant qu’il est possible,
la personne des coupables. C’est pour cette raison que
l’Église, lorsqu’elle nous enseigne à
prier pour nos ennemis, en même temps qu’elle
nous fait demander à Dieu de nous délivrer du
mal, qu’ils veulent nous faire, nous invite aussi à
leur obtenir la grâce de la paix en ce monde et dans
l’autre, en priant Dieu de leur accorder l’esprit
de charité et la rémission de leurs péchés.
Entrez
dans ces dispositions de l’ Église, votre mère.
Demandez à Dieu que votre charité prenne les
dimensions de celle de Jésus ; il le faut pour que
vous soyez un membre bien proportionné de son corps
mystique. Demandez cette grâce, par l’intercession
de Marie et des saints qui se sont signalés dans la
pratique de cette vertu en particulier St Étienne,
le premier des Martyrs.
|
2ème
Parole : La royale Réponse
L’autre
larron disait à Jésus : ‘’ Seigneur,
souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé dans
votre royaume.’’ Et Jésus lui dit : ‘’
En vérité, je te l’assure, tu seras aujourd’hui
avec moi dans le paradis.’’ St. Luc XIII,42-43
|
|
I
2ième
La Royale Réponse
Il
était environ la sixième heure ( midi) lorsque
sur le sommet du Calvaire, déjà couvert en partie
par les ténèbres, s’éleva la voix
de Jésus priant pour ses bourreaux. Frappé par
ces paroles comme pour un coup droit, l’in des larrons,
crucifiés aux côtés du Sauveur, se tourne
vers Lui, et, bouleversé par la grâce, il s’enhardit
à proférer cette prière : ‘’
Seigneur, souvenez-vous de moi, quand vous arriverez dans votre
royaume.’’ Et Jésus répond, avec un
rayonnement de bonté et de joie ineffable. ‘’
Aujourd’hui, je te l’assure, tu seras avec moi en
paradis.’’ Quelle scène et quel entretien
! Pourquoi faut-il que les hommes, si avides d’émotions,
si passionnés pour la lecture des romans, restent si
différents au grand drame du Calvaire, tout rempli d’épisodes
poignants et merveilleux ?
Aujourd’hui,
ô Jésus, je viens étudier cette ineffable
réponse que vous avez daigné adresser au larron
pénitent. Donnez-moi la lumière nécessaire
pour la bien comprendre et qu’elle embrase mon cœur
d’un nouvel amour pour Vous.
Vous
serez aujourd’hui avec Moi en paradis, Quel est donc celui
qui fait une si extraordinaire promesse ? N’est-ce pas
celui qui a dit : ‘’ les renards ont leurs tanières
et les oiseaux leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a
pas où reposer la tête ?’’ (6)
N’est-ce pas celui que, il y a peu d’instants,
les Juifs provoquaient d’un ton railleur : ‘’
Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ? Oui, c’est
bien ce même Jésus : mais, s’IL a vécu
pauvre, c’est par amour pour nous ; s’Il est réduit
à l’impuissance, c’est par ce qu’IL
le veut bien. En réalité, Il est roi, rex ego
sum., le Roi des rois, Rex regum ; Infiniment riche, Il porte
en Lui les trésors de la Divinité ; infiniment
puissant, Il pourrait, d’un acte de volonté, anéantir
ses ennemis. Un jour viendra ou toute sa grandeur se manifestera
; Il apparaîtra alors comme le souverain Maître,
le Juge, suprême de la terre et des cieux ; les élus
partageront son bonheur, les damnés éprouveront
éternellement les effets de sa colère, Mais cette
heure n’es pas encore venue. Jésus n’en fait
pas moins, en cette circonstance, éclater sa divinité
d’une manière bien frappante. Pourrait-il, s’il
n’était pas Dieu, promettre à ces pécheurs
à peine converti qu’il entra en paradis aussitôt
après sa mort ? C’est donc qu’il a lu au
fond de la conscience de cet homme, qu’il a jugé
de la sincérité de ses dispositions, q’IL
lui a pardonné ses péchés et remis les
peines qui leur étaient dues. Et des prérogatives,
évidemment divines, Jésus se les attribue en propre,
ajoutant à ses paroles la force d’un serment :
En vérité, c’est Moi qui te le dis, aujourd’hui
tu sera avec Moi en paradis.
O
Jésus, je crois fermement à votre divinité,
malgré le dénuement, la honte, l’impuissance
qui Vous enveloppèrent sur la Croix ; votre parole me
dit suffisamment que Vous êtes le vrai Fils de Dieu et
je Vous offre mes humbles adorations. Mais combien plus je me
plais à Vous reconnaître dans le silence et l’anéantissement
de l’Hostie ! ‘’ Sur la Croix ne se cachait
que la Divinité, mais ici disparaît même
l’humanité ; à toutes deux cependant je
crois, et confessant leur réalité je renouvelle
la demande du larron pénitent .’’ (7)
II
Là
où le péché avait a bondé, la grâce
a surabondé (8) Cette parole
par laquelle l’apôtre S. Paul caractérise
la Rédemption, s’applique également à
chaque détail de ce grand œuvre ; elle est vraie
tout particulièrement de la conversion du bon larron.
Quel prodige en effet que ce retour à Dieu instantané
et complet ! Telle la flamme qui embraserait tout-à-coup
un bois encore vert, telle la grâce dans l’âme
de ce pécheur encore rempli des vices qui l’on
conduit au gibet. St Augustin, comparant l’une à
l’autre la résurrection d’un mort et la conversion
d’un pécheur, ne sait où éclate davantage
la puissance divine, mais il n’hésite plus quand
il les envisage au point de vue de la miséricorde ; dans
les conversions celle-ci triomphe et atteint son apogée.
Oui, mon Jésus, je loue votre amour miséricordieux
qui vous a fait habiter sur la terre dans une chair passible
pour sauver les pécheurs. Je Vous bénis en particulier
d’avoir sauvé le larron crucifié à
vos côtés et je m’unis aux transports de
reconnaissance qui ont jailli et jailliront à jamais
de son cœur. Mon âme tressaille de joie aussi en
pensant aux innombrables âmes qui le désespoir
guettait et qui, à l’évocation de la parole
adressée par Vous à un malfaiteur, on senti leur
confiance renaître en votre pardon.
Mais
ce n’est pas seulement aux pécheurs que cette promesse
de Jésus doit inspirer confiance. S’il a été
si bon et si libéral envers un scélérat
qui, jusqu’à ses derniers moments, n’a fait
que le mal, que ne doivent pas espérer ceux qui emploient
toute leur vie dans l’exercice des vertus? S’il
donne son royaume pour si peu de chose à un de ses ennemis,
le refusera-t-il à ses amis, à ceux dont le souci
constant est l’honorer et de l’aimer ? Aussi l’
Église nous fait-elle chanter : En absolvant Maire-Madeleine,
en exauçant le larron, Vous nous avez donné, Seigneur,
l’espoir du pardon. (9)
Cette
assurance, Il nous la donnera tout particulièrement lorsque
nous le recevrons dans notre cœur pour la dernière
fois, La Communion en viatique est, pour ainsi dire, un recours
en grâce portant la signature personnelle de Jésus,
c’est notre Juge nous donnant, avant que nous nous présentions
à son tribunal, un titre à sa miséricorde,
un droit à l’acquittement, une caution qui n’est
autre que Lui-même.
En
attendant nous pouvons jouir dur la terre de ce vrai paradis
qu’est la présence perpétuelle de Notre-Seigneur
dans la Sainte Eucharistie. N’est –ce pas chaque
matin, à notre première rencontre avec Lui, que
Jésus semble nous redire : aujourd’hui vous serez
avec Moi dans le Ciel ? Si nous savions L’apprécier,
comme nous serions heureux de la Sainte Eucharistie, comme nous
serions avides de La contempler, fidèles à raviver
en nous son souvenir ! Mais notre attachement aux choses de
la terre nous en empêche. Les Saints, eux, La comprenaient,
tel le Bx. Père Eymard qui s’écriait dans
un transport d’amour : l’Eucharistie est, que voulez-vous
de plus ! Unissons-nous à ces âmes privilégiées
afin de mieux remercier Notre-Seigneur des merveilleux efforts
de son amour pour nous rendre heureux sur la terre et nous associer
à son bonheur dans l’Éternité.
III
À
la demande du bon larron : Seigneur, Souvenez-vous de moi quand
vous arriverez dans votre royaume, Jésus répondit
: En vérité, Je te le dis, aujourd’hui tu
seras avec Moi en paradis. Ainsi se réalisait, avec une
analogie frappante d’expression, la prédiction
que Notre-Seigneur avait fait aux Pharisiens : En vérité,
Je vous le dis, Les publicains et les femmes de mauvaise vie
vous précéderont dans le royaume de Dieu (10).
Les
Pharisiens ont entendu les déclarations formelles de
Jésus touchant sa divinité, ils ont vu ses miracles
: rien n’a piu les éclairer ; au pied la da Croix,
ils ricanent. Tandis qu’au larron il suffit de l’attitude
résignée de Jésus pardonnant à ses
bourreaux pour en être touché et reconnaître
en Lui le vrai Messie que les Juifs blasphémaient. Quelle
leçon d’humilité et de charité le
Sauveur nous donne dès lors par sa réponse !
Leçon
d’humilité. Saint Paul l’avait comprise,
lui qui, après avoir té favorisé de grâces
extraordinaires et élevé à l’honneur
suprême de l’apostolat, après avoir pratiqué
des vertus héroïques et acquis d’immenses
mérites, écrivait aux premiers fidèles
: .. Je crois n’avoir rien à me reprocher, mais
ce n’est pas une raison pour présumer de mon salut.
‘’ (11) Non, rien ne
garantit contre les plus tristes défaillances. Alors
que de misérables pécheurs se convertiront après
une mission, ou même une bonne lecture, des hommes dont
les œuvres paraissent louables sont tombés aussi
bas qu’on peut tomber, et j’ai vu ( ainsi parler
l’auteur de L’Imitation ) ceux qui se nourrissaient
du Pain des Anges faire leurs délices de la pâture
des pourceaux (12)
Leçon
de charité. Il arrive souvent que les bons chrétiens,
dépassant les limites du zèle véritable,
ne voient dans les incroyants ou dans ceux qui mènent
une vie licencieuse que des ennemis sur lesquels il faut prier
le Ciel de lancer sa foudre. Jésus pourrait leur dire
comme aux apôtres Jacques et Jean : vous ne savez pas
de quel esprit vous devez être animés ; c’est
l’esprit de charité, de miséricorde avec
lequel Il a répondu, plein d’empressement, aux
avances du larron. Ne l’oublions pas : tant qu’une
âme habite un corps vivant, son salut, si compromis soit-il,
n’est pas définitivement impossible. Toute notre
conduite se ramènera donc à cette règle
; ne rien dire, ne rien faite qui soi de nature à éloigner
les âmes de Jésus-Christ tout dire, tout faire
pour rapprocher les âmes de Jésus-Christ. Cela
ne nous empêchera nullement de hait le mal, de stigmatiser
les vices, mais nous devons nous interdire toute parole, toute
démarche qui pourrait avoir pour résultat de rendre
plus difficile aux âmes le chemin, déjà
si rude par lui-même, du retour à Dieu.
Faisons
porter sur cette double leçon de Jésus notre examen
de conscience. Au lieu de nous enfermer dans l’attitude
orgueilleuse des Pharisiens, si méprisants pour les publicains
et les débouchées, rappelons-nous que toute grâce
est un don gratuit de Dieu ; et, bien loin de jeter la pierre
à ceux qui vivent dans le péché, ayons
compassions de leur malheureux état, demandons pour eux
miséricorde et pardon.
Iv
Aujourd’hui
vous serez avec Moi en paradis ! Le larron n’avait demandé
qu’un simple souvenir, et Jésus, parce qu’Il
est roi, parce qu’il est Dieu, répond avec magnificence
à cette prière. Telle est, dit St Amboise, la
ligne de conduite que Dieu s’est tracée. Il accorde
toujours plus ou mieux qu’on ne lui demande. La même
pensée se trouve exprimée par l’Église
dans la collecte du 11ème Dimanche après la Pentecôte
: Dieu tout puissant et éternel qui, par l’excès
de votre bonté, surpassez les mérites et les désires
de ceux qui Vous supplient, répandez sur nous votre miséricorde
; faites nous remise de ce que notre conscience nous fait appréhender
et accordez-nous les grâces que nous n’osons attendre
de nos prières. Donc, confiance !
Mais
pour que la prière touche le Cœur de Jésus,
elle doit ressemble à celle du bon larron,.. Seigneur,
souvenez-vous de moi ‘’, c’est un vrai cri
du cœur, éloquent dans sa simplicité, complet
dans sa brièveté. Dire à quelqu’un
qu’on aime et dont on est aimé : souvenez-vous
de moi, n’est-ce pas tout lui demander et tout lui dire
? Gardons-nous bien de vouloir aller à Dieu avec ces
prières logues et compliquées. L’amour n’a
besoin que d’un moi, Seigneur, souvenez-vous de moi !
Cela suffit à tous mes besoins. Souvenez-vous de mes
péchés pour les effacer, de ma faiblesse pour
me tendre la main, de mes souffrances pour les alléger,
de mes tristesses pour y compatir, de mes tentations pour m’aider
à les vaincre. |
3ème
Parole : L'amoureuse donation
Ayant
vu sa mère et auprès d'elle le disciple qu'il
aimait, Jésus dit à sa mère :
'' Femme, voilà votre fils ' ; puis il dit au disciple
:'' voilà votre mère.'' St Jean, XIX, 26-27
|
|
I
Épouvantée
par les ténèbres mystérieuses qui se sont
abattues sur le Calcaire, la foule s’en est allée,.
A ce moment, Jésus appelle sa Mère. ‘’
Femme, dit-il doucement…’’ Marie tressaille,
avec Jean et les saintes femmes elle s’approche de la
Croix,…’’ Celui-ci sera désormais votre
fils, ‘’ et du regard, Jésus désigne
Jean. Puis, tournant vers le disciple qu’Il aimait ses
yeux douloureux : ‘, voilà votre Mère.’’
Fut-il jamais disposition suprême plus touchante et plus
importante que celle contenue dans ces paroles de Jésus
! C’est l’expression tout d’abord de son amour
pour Marie : jusqu’au bout, Il veut rester pour elle un
mon Fils. Il prenait soin de sa mère pendant sa vie publique,
et maintenant qu’Il va la quitter, Il ne veut pas qu’elle
demeure isolée et sans soutien ; Il lui désignera
l’un de ses amis sur qui elle puisse compter. Mais sur
qui va porter la choix de Jésus ? Ah ! Si Pierre était
là ! Marie ne lui revenait-elle pas de droit à
llui, le chef de l’ Église, le vicaire du Christ
?
Jésus lui a pourtant préféré Jean.
Non pas seulement parce que Jean se trouvait là et pour
récompenser sa fidélité, mais parce que
Jean était l’apôtre vierge, et , selon la
pensée de saint Jérôme, le Christ vierge
ne pouvait confier la Reine des vierges qu’à celui
dont la virginité avait déjà fait le privilégié
de son Maître.
Il y a cependant
dans cette parole du Sauveur plus qu’un témoignage
d’amour pour sa Mère, plus qu’une privauté
pour Jean. La Tradition est unanime à affirmer que l’apôtre
bien-aimé était à ce moment le représentant
de l’humanité entière pour recevoir en notre
nom le legs d’amour que Jésus, nous faisait. Aux
hommes qu’Il avait appelés ses mais, ses frères,
Jésus avait donné déjà sa parole,
ses miracles, ses promesses, sa personne tout entière
sous les espèces sacramentelles, son sang dont il ne
resterait bientôt plus une goutte dans sa chair épuisée,
dans les veines taries, dans son cœur transpercé,
Il n’a plus rien, plus rien que sa Mère ! Eh bien,
Il La leur donne. ‘Femme, voici votre fils ‘’.
C’est comme s’IL disait : au nom de mon autorité
divin et au nom de l’amour que Je leur porte, Je veux,
ô Mère, que vous reportiez sur les homes les s
sentiments que vous avez pour Moi ; ‘, Je transporte sur
eux les droits que J’ai à votre amour maternel
: tout ce que vous ferez pour eux, sera fait pour Moi ; ‘’Je
vous remets entre les mains les fruits de ma Rédemption,
le salut des âmes, le soin de mon Église, le culte
de mon Eucharistie.’ (13)
O Jésus,
j’adore votre infinie puissance qui réalise avec
une simplicité vraiment divine les plus grands chefs-d’œuvre.
Quelques mots Vous ont suffi pour changer la substance du pain
en votre Chair sacrée, et quelques mots Vous suffisent
pour opérer dans le cœur de Marie ces merveilles
de grâce que supposée le rôle de Mère
du genre humain. Je bénis aussi votre amour qui n’a
pas craint d’affronter les pires humiliations afin de
vivre parmi nous dans l’Eucharistie, ni d ‘imposer
à votre Mère les plus cruelles souffrances pour
étendre sa maternité à tous les hommes.
II
L’évangile
n’a pas rapporté las réponse de Marie à
la volonté de Jésus, mais qui pourrait douter
de son acquiescement en considérant ce qu’elle
a fait et ce qu’elle continue de faire chaque jour pour
le moindre de ses enfants ! N’est-ce pas à l’inspiration
de la Très Sainte Vierge qu’est due la fondation
des innombrables congrégations de religieux et de religieuses
qui sont au service de l’humanité nécessiteuse
et souffrante ? Oui, toute la gloire des exploits accomplie
par la grande armée de la charité revient à
Marie, car lorsqu’on remonte aux origines de ces institutions
religieuses, partout on la retrouve inspirant les fondateurs,
les éclairent, les soutenants bénissant leurs
œuvres naissantes, travaillant à leur développement
et à leur stabilité. Et, non contente d’envoyer
ainsi ses serviteurs et ses servantes pour subvenir aux besoins
de sa famille, que de fois Marie n’est elle pas intervenu
en personne pour affirmer par des prodiges sa vigilance et sa
bonté maternelle ! On l’a vue berçant de
ses mains virginales des enfants abandonnés, donnant
du pain aux pauvres, délivrant les captifs, guérissant
les malades, consolant les moribonds ! N’y a-t-il pas
tous les pays des pèlerinages célèbres
pour attester l’assiduité avec laquelle Marie se
prête aux vœux de ses enfants ?
A ces bienfaits
généreux, ces faveurs miraculeuses joignez les
grâces dont elle comble chaque chrétien dans les
circonstances ordinaires de la vie. Aux justes elle donne la
lumière et la force pour persévérer et
progresser dans la vertu : elle les protège contre les
embûches du démon et les fascinations du monde.
Aux pécheurs elle inspire la honte de leurs fautes, le
besoin de s’arracher à leur malheureux état
et elle les dérobe à la colère de Dieu.
A un titre spécial elle est aussi une Mère incomparablement
bonne pour les adorateurs de l’Eucharistie. ‘’
Oh ! n’ en doutez pas, si vous êtes entrés
au Cénacle, si vous avez le bonheur de connaître,
d’aimer et de servir le Très Saint Sacrement, c’est
à Marie que vous le devez ; c’est elle qui vous
a demandés au Père céleste pour la garde
d’amour du Dieu de L’Eucharistie ;c’est elle
qui vous a conservés purs au milieu du monde, elle qui
vous a conduits comme par la main au pied du trône eucharistique,
elle qui vous communiquera tous les secrets de l’amour
de son Fils et fera de vous une parfaite copie de ses vertus
.’(14)
Remerciez
donc Marie pour toutes les grâces de votre vie et surtout
pour la plus grande
de toutes, celle d’aimer et de servir le Roi des rois
dans son Sacrement d’amour. Remerciez-la avec les saints
et les élus qui lui sont tous redevables de leur bonheur
et de leur gloire.
III
Femme,
voici votre fils. Quand Marie entendit de la bouche de Jésus
cette parole si consolante pour nous, elle eut dû mourir
de douleur. C’était donc là le dernier adieu
de son Fils ! Et Marie qui, éclairée d’en–haut
saisissait toute la portée de cette parole, entrevoyait,
dans le douloureux contraste qu’offraient ceux qui l’entouraient,
contraste qu’offraient ceux qui l’entouraient, l’histoire
du monde jusqu’à la fin des temps, d,une part Jean
et les saintes femmes, de l’autre les bourreaux. Son cœur
se sentit alors percé à fond par le glaive prophétique,
mais comme elle avait vu son Fils étendre ses mains et
ses pieds aux clous, elle offrit son cœur à l’immolation.
Compatissez
à la douleur immense que Jésus a éprouvée
lorsque, du haut de la Croix, embrassant de son regard divin
toutes les générations, Il vit une grande partie
de l’humanité refuser d’aimer Marie et s’acharner
à lui arracher tous ses titres de gloire. Offrez votre
compassion aussi à la Très Sainte Vierge, et redites,
avec toute l’affection dont vous êtes capable, cet
acte de réparation :
O Cœur
Immaculé de Marie, chef-d’œuvre de Dieu, délices
de la Très Sainte Trinité, vous bénir et
vous glorifier devrait être notre bonheur, vous nous avez
tant aimés ! Après Dieu, c’est à
vous que nous devons tout, Vous nous avez donné Jésus
et ‘ pour nous, et pour notre salut, ‘ vous avez
souscrit à son immolation ; vous avez partagé
ses souffrances ; ‘ votre douleur a été
grande comme la mer ! ‘’.
Pourtant,
au lieu de vous aimer, hélas, il y a des malheureux inspirés
par l’enfer, qui osent lancer contre vous, contre vos
privilèges les plus glorieux, d’exécrables
blasphèmes ! Et chaque jour, par leurs péchés,
des milliers de chrétiens renouvellent la Passion de
Jésus et la vôtre !
Et moi-même
que de fois, par mes fautes, je me suis uni aux bourreaux du
Calvaire!
O Mère
de miséricorde, Refuge des pécheurs, pardon !
Pardon pour
moi. Que désormais je sois pour vous, comme saint Jean,
un fils plein de tendresse !.
Pardon pour
vos blasphémateurs et pour tous les pécheurs de
l’univers. Pour eux, Jésus a versé tout
son sang. Pour eux, Il vous a confié toutes les grâces,
fruits de sa mort. O Mère, si puissante et si bonne,
ayez pitié de vos enfants, ‘’ fils prodigues’’.
Éclairez-les, touchez-les,convertissez-les, et qu’un
jour, ils aillent au Ciel célébrer à jamais
vos bontés maternelle. (15)
IV
Monstra
te esse Matrem, sumat per te preces, qui pro nobis natus, tulit
esse tuus. Montrez que vous êtes notre Mère : qu’IL
agrée par vous nos prières, Celui qui vouant naître
pour notre salut a daigné se faire votre Fils. Cette
belle strophe de l’Ave maris stella nous indique de quelle
manière la Très Sainte Vierge remplit son rôle
de Mère à l’égard de ses enfants
è elle offre à Dieu nos prières en y joignant
les siennes. Par sa maternité divine en effet, Marie
s’est assurée le privilège d’être
la première associée de son Fils dans sa méditation
universelle entre les hommes et Dieu, tous les trésors
formés par les souffrances et le sacrifice de Jésus
sont à la disposition de Maire, parce que c’est
elle qui Lui a donné son corps, instrument de la Rédemption,
elle aussi a qui a librement accepté et préparé
son immolation sur la Croix. Sans doute elle n’est qu’une
simple créature et c’est pourquoi elle ne peut
pas disposer en maîtresse absolue des trésors du
Sauveur ; lorsqu’elle veut y puiser ce dont ses enfants
de la terre ont besoin, elle doit le demander. Mais cette prière
étant celle d’une mère à son fils,
Marie est certaine d’être toujours exaucée.
Aussi la Tradition catholique l’a-t-elle appelée
la toute-puissance à genoux : omnipotentia supplex
Recourons
donc à Marie avec une entière confiance. Demandons-lui
beaucoup ; donnons-lui l’occasion de se montrer notre
Mère en agissant à son égard avec l’abandon
d’un enfant.
Et si Marie
prie pour nous, prions aussi pour Marie, pour l’extension
de son culte, pour sa glorification par l’ Église.
Depuis longtemps il est question de consacrer par une sentence
définitive et obligatoire l’ Assomption de la T.S.Vierge.
Aux derniers jours de 1914 plusieurs évêques, en
union avec les représentants du clergé séculier
et régulier on adressé au Pape Benoît XV,
une supplique exprimant le vœux qu’il plaise aussi
à la Divine Providence de faire ériger en dogme
catholique la croyance traditionnelle et générale
du peuple chrétien à la médiation universelle
d’intercessions de Marie auprès de Dieu. Il dépend
de nous, pour une part, de hâter par nos prières
cette heure bénie qui sera le gage d’une nouvelle
effusion de bénédictions sur l’Église.
|
4ème
Parole : Le fond de l'abîme
Et
vers la neuvième heure, Jésus cria d'une voix
forte : '' Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m'avez-vous abandonné ?'' St Mathieu, XXVII,46
|
| I
Jésus
s’est-tu après avoir parlé à sa Mère
et à Jean. Ce silence dure depuis bientôt trois heures,
quand soudain un cri d’angoisse s’échappe de
la poitrine du divin Agonisant : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi
M’avez vous abandonné ? Que signifie cette parle
mystérieuse ? Il est certain que Jésus-Christ, étant
le Verbe incarné, ne pouvait être abandonné
par les autres Personne de la Sainte Trinité è sa
nature humane ne pouvait pas non plus être abandonné
par la personne du Verbe : l’union hypostatique demandait
même que Jésus-Christ ne fût pas un seul instant
en inimitié avec Dieu par l’absence de la grâce
dans son âme, ni privé de la vision béatifique
bien qu’il vécût sur la terre. Alors comment
expliquer cette douleur du Sauveur ; douleur tellement violente
qu’elle Lui arrache cette lamentation ? Jusqu’à
ce moment il a souffert sans proférer une parole, véritable
Agneau que l’on conduit à la mort ; maintenant non
seulement Il se plaint, mais, au témoignage de St Paul,
Il crie à pleine voix : Cum clamore valido, Il crie en
versant d’abondantes larmes : et lacrymis proferes…
(16)
Eh quoi, ô mon divin Jésus, n’avez-Vous pas
égard à ceux qui entourent votre Croix ? Quelle
épreuve pour la foi de ceux qui vous aiment, quel triomphe
pour ceux qui vous ont condamné comme faux prophète
! A mon atout de Vous demander pourquoi et comment Dieu Vous
a abandonné ?
Je
crois comprendre que ce moment fût celui de la terrible
échéance où Dieu devait, en toute rigueur,
Vous traiter comme le chef des pécheurs. Et puisque le
crime du pécheur est de se détourner de Dieu,
puisque le châtiment mérité par ce crime
c’est qu’à son tour Dieu se détourne
du pécheur, il fallait que Vous, ô mon Jésus,
qui vous étiez fait la caution des pécheurs, Vous
expiiez ce crime, que Vous éprouviez ce châtiment,
non pas en réalité, mais en subissant l’effroyable
tourment qui est dans le pécheur la conséquence
de sa séparation réelle d’avec Dieu, Oui,
il le faillait. Cette redoutable nécessité fut
cause de votre mystérieux désespoir. Vous auriez
pu l’éviter, Vous étiez libre de vous substituer
à l’homme coupable, mais vous l’avez voulu
: impossible maintenant d’échapper à la
justice de votre Père. Il doit sévir et IL Vous
abandonne. Habituée à la plénitude de la
Divinité qui habitait en elle, votre humanité
se sent alors comme laissée à elle-même
; la Divinité Vous soutient encore, mais sans que vous
Humanité le ressente. C’en est assez pour que cet
abandon incomplet et momentané jette votre âme
dans un trouble inexprimable.
O
très doux Jésus, innocente Victime de nos péchés,
je compatis à votre mystérieux délaissement,
et malgré l’apparente défaillance par laquelle
Vous avez voulu le manifester, je crois fermement à votre
divinité. C’est précisément parce
que Vous êtes vu abandonné des hommes et senti
abandonné de votre Père AH! Combien je me réjouis
de Vous savoir désormais à l’abri de toute
souffrance ! J’adore votre sainte Âme, autrefois
désolée au Calvaire, jouissant à présent
d’un bonheur infini. Mon désir le plus ardent est
d’accroître sa joie par mes adorations et mon amour.
II
En
soi rien n’obligeait Notre-Seigneur à subir cet
affreux délaissement : la moindre de ses actions étant
d’une valeur infinie eût suffi à nous racheter.
Encore un coup, à quoi bon alors cette torture si déconcertante
pour notre raison ? C’est, qu’après tant
de souffrances endurées, il en reste une que Jésus
ne connaît pas encore, la plus poignante de tous les douleurs
humaines, celle du désespoir causé par la tristesse
d’un complet abandon. Et poussé par son amour,
Il a voulu en savourer l’amertume, afin qu’en ayant
fait l’expérience, Il ne ses trouvât pas
impuissant à y compatir et nos inspirât pleine
confiance, lorsque nous irions à Lui pour trouver la
consolation, Mais là, comme partout ailleurs, Il n’a
pas porté sur Lui-même les coups à demi
; Il a porté aussi loin que possible l’horreur
du délaissement, Ila commencé par se jeter à
corps perdu dans l’abandon des créatures ; la fin
de sa vie a été une véritable catastrophe.
Il a passé, sans transition, du triomphe au mépris
avec une effrayante rapidité, Il y a quarante-huit heures
à peine, Il n’aurait point paru dans les rues de
Jérusalem sans être acclamé ; aujourd’hui
tous sont retournés contre Lui ou L’on abandonné.
À ce moment, comme tout homme que l’Absence de
secours humain réduit eaux abois, Jésus lève
ses yeux vers le Ciel pour y chercher un suprême appui.
Cet appui Lui manque. Le sien de son Père qui s’ouvrait
hier encore à ses moindres désirs, s’est
fermé impitoyablement à Celui qui, pour nous,
a daigné se faire ‘’péché’’
Et Jésus reconnaît que cette conduite de Dieu est
juste, Il confesse que, vu l’état où Il
s’est volontairement réduit, Il est aussi indigne
de recevoir le secours divin qu’Il mérite de subir
tous les abandons humains, Non, jamais personne n’éprouvera
un délaissement aussi douloureux ne se trouvera dans
une situation aussi désespérante ! Si, aux heures
les plus sombres de la vie, il y a toujours pour nous une lumière
qui brille du côté du Ciel, s’il n’est
pas un pécheur, si criminel soit-il, qui, criant : ‘’
Mon Dieu’’, n’entende une vois lui répondre
‘’mon enfant’’, si la mort des bons
chrétiens est ordinairement fort douce, c’est parce
que Vous, ô Jésus, Vous Vous êtes livré
tout entier au tourment d’un abandon universel.
Mais puis-je
oublier que cette grâce d’une inébranlable
confiance en Dieu, c’est l’Eucharistie qui me la
transmet en lui donnant toute sa force et tout son ampleur ?
N’est-ce pas en face de l’Eucharistie qu’il
est bon de répéter cette parole du prophète
David : Seigneur, j’ai crié vers vous et j’ai
dit : Vous êtes toute mon espérance ? (17)
Qui n’en a fait la consolante est réconfortante
expérience ? Non, le désespoir n’est pas
possible à qui sait comprendre ce don de Dieu qu’est
l’Eucharistie. Elle est l’assurance du pardon de
mes fautes, la source de toutes les grâces dont j’ai
besoin pour me sauver, le gage du bonheur éternel. Et
je voudrais, dans l’Élan de reconnaissance que
cette pensée m’inspire, pourvoir redire à
tous les hommes ; goûtez combien le Seigneur est bon ;
bienheureux celui qui met en Lui sa confiance (18)!
III
Jésus
s’était servi de la langue araméenne pour
faire entendre son cri déchirant. Éli, Éli,
lamâh sabacthani ? Les bourreaux, frappés par le
son de ces mots, prirent le change sur la pensée de Jésus
et se mirent à ricaner : ‘, Tiens, voilà
qu’IL appelle Élie. Nous allons voir si le prophète
viendra Le délivre.’’
C’est
le propre de l’impiété de ridiculiser ainsi
tous les sentiments religieux. Le chef du protestantisme français,
Clavin, est allé plus loin. Il n’a pas craint d’affirmer
que Jésus-Christ était vraiment mort en désespéré.
Calomnie détestable, contre laquelle notre foi et notre
amour ne s’élèveront jamais assez for. Non,
Jésus n’est pas mort en désespéré.
Son cri de suprême angoisse n’est rien moins qu’un
acte d’héroïque amour, Il n’y a que
l’amour qui puisse, sans l’offenser, faire à
Dieu de tels reproches et se risquer à ces sortes d’adjurations.
Mon Dieu, pourquoi m’avez-Vous abandonné, quand
Vous savez que je ne puis vivre séparé de Vous,
que votre présence seule est capable de me consoler ;
quand Vous avez que je Vous aime?
Jésus
réparait ainsi par avance le crime de ceux qui, visités
par l’épreuve, se retournent contre Dieu et cherchent
dans le blasphème un soulagement à leur douleur.
Il réparait surtout l’outrage fait à Dieu
par les pécheurs se défiant de son infinie miséricorde
et répètant avec désespoir la parole de
Cain ; mon crime est trop grand pour qu’il me soit pardonné.
Il réparait encore les faiblesses des âmes chrétiennes
qui se dégoûtent de la prière dès
qu’elles n’y trouvent plus de consolation sensible,
préférant les dons de Dieu à Dieu Lui-même.
Unissez-vous
à ces sentiments du Réparateur par excellence.
Offrez à Dieu ce cri d’amour a résigné
du divin Agonisant pour l’opposer aux cris de révolte
que l’orgueil blessé et la sensualité contrariée
font monter à tant de lèvres. Promettez à
Notre–Seigneur de profiter de son exemple, et, fortifié
par la grâce que son ineffable délaissement vous
a méritée, de recourir toujours à Lui avec
confiance dans vos désolations intérieures et
dans vos souffrances. Ainsi vous répondrez à la
pressante invitation de son amour ; Venez à Moi vous
tous qui êtes dans la peine et Je vous referai.
( 19)
IV
Être
abandonné de Dieu, c’est pour l’homme le
plus grand des malheurs. En songeant à l’enfer
nous sommes impressionnés davantage par le supplice du
feu ; en réalité, le tourment suprême des
réprouvés, c’est la peine du dam, c’est
la privation de Dieu, car ils sont comme déchirés
intérieurement par l’opposition à jamais
irréductible entre leur nature qui, de tout son poids,
les entraîne vers Dieu et leur volonté pervertie
qui Le répudie absolument, ici bas Dieu n’abandonne
jamais l’homme complètement ; sa grâce le
poursuit jusqu’au dernier moment, mais l’homme a
le triste pouvoir de s’éloigner de Dieu, d’obliger
Dieu à l’abandonner et cela pour l‘éternité.
Puissions-nous être préservés d’un
tel malheur ! ‘ Seigneur Jésus-Christ, Fils du
Dieu vivant, en obéissant à la volonté
du Père et par la coopéraiton du Saint-Esprit,
Vous avez donné la vie au monde par votre mort ; délivrez-moi,
par la vertu de votre Corps et de votre Sang, de tous mes fautes
et de tous les maux ; faites que je m’attache inviolablement
à votre loi et ne permettez pas que je me sépare
jamais de Vous ‘’’ (20)
Pensez aussi
à la multitude d’infortunés qui, de gaîté
de cœur, se risquent à subir cette épouvantable
séparation. Les uns, vaincus par leurs passions qu’ils
n’ont pas le courage de dompter, espèrent, avant
de mourir, avoir le temps de se repentir ; d’autres, indifférents,
laissent aller les choses sans se soucier de ce qui peut leur
arriver ; d’autres enfin, aveuglés par la haine,
veulent braver la justice et la puissance de Dieu. Par les mérites
des souffrances que Jésus-Christ a endurées pendant
son délaissement sur la Croix, suppliez la Miséricorde
divine d’avoir pitié de ces âmes ‘’
Nous Vous en prions, Seigneur, laissez-Vous toucher par cette
offrande des mérites de votre divin Fils et, dans votre
bonté, pliez à votre loi les volontés même
rebelles … (21)Références-1 |
Les
sept paroles de N.S.J.C. en Croix -2 |
5ème
Parole : L'indicible tourment
Jésus
sachant que tout était consommé, afin
que l’Écriture
fut accomplie dit :‘’ J’ai soif.’’
St Jean XIX, 28
|
| I
Les
tortures que Jésus endurées au cours de
sa Passion, quelqu’affreuses qu’elles aient
été, en Lui ont rien enlevé de sa
lucidité d’esprit. Aussi le délaissement
intérieur qui Le martyrise et dont amoureusement
Il vient de se plaindre à son Père, ne l’empêche
pas de relire dans le lointain du passé, tout ce
que les prophètes ont dit de Lui. Aucun outrage
ne Lui a été épargné et, dans
un poignant raccourci, Il revoit, Il ressent en quelque
sorte de nouveau toutes les souffrances prédites
dont la réalisation successive l’a réduit
à l’état lamentable où Il se
trouve. Il ne Lui reste plus qu’à vérifier
la parole du Prophète David : dans ma soif horrible,
ils ne m’ont donné que du vinaigre (1)
Jésus, le sachant et voulant accomplir jusqu’au
bout les prédictions de l’Écriture,
s’écrie : J’ai soif, Sitio. Compatissez
à cette souffrance de notre divin Sauveur. De tous
les supplices que puisse endurer le corps humain, la soif
est le plus insupportable. Étendue sur-le-champ
de bataille, le soldat ne songe même plus à
se blessures, sa plainte réclame un peu d’eau
pour apaiser les ardeurs de la fièvre. Et qu’elle
devrait être horrible la soif de Jésus! Tout
devait l’allumer en Lui ; l’agonie épuisante,
la nuit sans sommeil, les flots de sang répandue
pendant la flagellation, les sueurs versées en
portant sa croix qui jusqu’au somment du Calvaire
et depuis trois heures, Le voilà étroitement
cloué à son gibet, tête nue, immobile
sous le soleil qui dardait ses rayons sur son visage sans
parler des angoisses de son âme qui le brûlait
mieux encore que la fièvre allumée dans
ses veines par le supplice de son corps. Elle n’avait
donc que trop de motifs d’être réelle
la soif dont Jésus s’est plaint. Nous serions
peut-être tentés de croire qu’étant
intimement unie à la Divinité, son humanité
n’était pas atteinte au même degré
que la nôtre par la souffrance physique. Mais quand
nous l’entendons s’écrier : J’ai
soif, cette plainte est l’attestation authentique
de la douleur que tous es autres tourments Lui ont causée.
Elle montre ce qu’Il a souffert dans son corps,
comme son cri d’angoisse vers Dieu prouve l’intensité
de son martyre intérieur.
Faites
un double acte de foi à la réalité
de la nature humaine en Notre-Seigneur et à la
réalité de ses souffrances. Il y a eu au
cours des siècles des hérétiques
assez impies pour nier l’une et l’autre. Ils
ont prétendu que le corps du Christ n’était
qu’un corps d’apparence actionnée par
un esprit et que, par conséquent, le récit
de la Passion n’était qu’une pieuse
légende ! Que votre foi proteste contre de pareils
blasphèmes. Saluez dans l’Hostie le vrai
Corps de Jésus, né de la Vierge Marie. Ave
verum corpus, natum ex Maria Virgine. Adorez-Le dans cet
état d’anéantissement qui rappelle
d’une manière si frappante son immolation
de la croix, Verre passum, immolatum in cruce pro
homine.
II
Nous
ne pénétrerions pas cependant les véritables
sentiments du Sauveur mourant, nous méconnaîtrons
la grandeur de son amour, si nous ne comprenions pas quelle
était sur la Croix la soif dont Il souffrait le
plus.
Sitit
sitiri Deus. Dieu a soif d’être désiré,
dit St Grégoire de Nazianze. Il met en quelque
sort son ambition à être aimé par
ses créatures. Il a tant aimé le monde,
Il a été si jaloux de posséder le
cœur des hommes, qu’il leur a donné
son Fils unique. Qu’est-ce en effet que Jésus–Christ,
se demande le Bienh. Père Eymard ? ‘ C’est
l’amour de Dieu humanisé, donné à
l’homme de toutes les manières, sous toutes
les formes et en tous les états pour lui prouver
l’amour de son Créateur
(2)’ Aussi voyez la vie de Jésus sur
la terre. Toutes ses actions, tous ses enseignements n’avaient
qu’un but : attirer, toucher, s’attacher les
âmes pour les donner son Père. Et l’on
comprend alors facilement qu’après avoir
souffert pour leur salut la plus sanglante des passions,
qu’après avoir institué l’Eucharistie,
au moment où Il allait mourir, Jésus ait
éprouvé le désir de voir les hommes
répondre à son amour, désir dont
il ne pouvait mieux exprimer la véhémence
qu’en le comparant à une soif brûlante.
O
mon divin Jésus, comment vous en témoigner
notre reconnaissance ? Unde hoc mihi ? (3)
D’ où nous vient cet honneur, ce bonheur
d’être aimés passionnément par
Vous ? Qu’est-ce qui pouvait Vous séduire
en nous ? Et j’entends votre amour me répondre
: c’est la profondeur de votre néant, l’excès
de votre misère, l’immensité de vos
besoins qui m’ont attiré vers vous et m’ont
fait me sacrifier pour vous ! Comment rester insensible
à une telle charité, et ne pas nous efforcer
de désaltérer selon notre pouvoir le Cœur
de Jésus? D’autant plus qu’en agissant
ainsi nous contentions le désir de notre propre
cœur.
Sitivit
anima mea ad Deum vivum ! (4)
Mon âme a soif du Dieu vivant ! Cette parole du
saint roi David, n’est-elle pas le cri de toute
âme humaine ? Oui, l’homme a besoin de Dieu,
parce qu’il a besoin de bonheur et que le bonheur
véritable ne se trouve qu’en Dieu. Trop souvent
l’Homme ne le comprend pas. Beaucoup s’imaginent
trouver le bonheur dans l’un ou l’autre jouissance
qu’offre la vie-fortune; gloire; amour- mais tôt
ou tard l’expérience prouve qu’au lieu
d’apaiser leur soif de bonheur, ces faux biens n’ont
fait que l’irriter.
Et
Dieu, qui a mis en nous cœurs cette soif de l’Infini,
allait-Il attendre pour l’apaiser que nous L’ayions
rejoint dans l’autre vie ? Non, Il nous a envoyé
son Fils, vrai Dieu comme Lui, autant pour satisfaire
son attrait que pour nous permettre de satisfaire notre
besoin de Dieu. Aussi écoutez les invitations,
multipliées et pressantes, de Jésus : ‘’
Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à
Moi et qu’il boive. Celui qui boira l’eau
que Je lui donnerai n’aura plus jamais soif, car
l’eau que Je lui donnerais deviendra en lui une
source d’eau jaillissant jusqu’à la
vie éternelle (5)’’.
Cette eau mystérieuse, c’était la
grâce sanctifiante, participation à la vie
même de Dieu, qui, de la sainte humanité
de Jésus unie substantiellement à la Divinité,
découlait comme d’une source intarissable
et vivifiante. Oui, l’Incarnation c’est vraiment
le mystère d’un Dieu fait homme pour que
ses créatures puissent Le voir, l’entendre,
Le toucher et jouir pleinement de Lui. Mais Il a été
plus loin. Obligé de dérober à nos
regards la gloire de son Humanité ressuscitée.
Il a compensé cette privation en étendant
sa présence réelle à une multitude
d’endroits à la fois, en nous permettant
de Le manger ! Que souhaiter encore avant la vision face
à face du Ciel ?
O
Seigneur, merci, mille fois merci de Vous être ainsi
rapproché de nous. Puisse mon âme soupirer
après votre présence, comme le cerf altéré
après l’eau vivre, et trouver dans cette
soif toujours plus ardente ses délices et son apaisement
III
J’ai
soif. Cette plainte tomba d’abord sur le groupe
ému des saintes femmes. Hélas personne parmi
elles n’avait de quoi offrir au divin supplicié
un rafraîchissement. Comment expliquer cet oubli
? La délicatesse féminine et l’Instinct
maternel sont ordinairement si prévoyantes ! La
Providence en avait disposé autrement dans la circonstance.
Il eût manqué un trait à la passion
de Jésus s’il eût trouvé la
goutte d’eau rafraîchissante si humblement
demandée : il pût aussi manqué un
trait à la cruauté humaine, si elle eût
accordé à la sainte Victime ce qu’on
ne refuse pas, à cette heure suprême, au
pire criminel. Les bourreaux vont pourtant plus loin.
À la cruauté, ils ajoutent la dérision.
Il y avait là un vase rempli de vinaigre son contenu
servait à asperger la face des crucifiés
qui s’évanouissaient, afin de les ranimer.
Les soldats y trempent une éponge, la fixent au
bout d’un roseau et l’approchent des lèvres
de Jésus. Chose étonnante ! Jésus
qui, deux heures auparavant, avait refusé le vin
mêlé de myrrhe, aspire, maintenant l’âpre
liquide qui Lui est présenté. Eh quoi !
Mon adorable Maître, Vous ne souffriez pas assez
? Vous voulez encore accroître votre soif par l’absorption
de cette boisson irritante ! C’est pour expier ainsi
les excès de l’intempérance. Les fouets,
les clous et épines n’avaient atteint que
la surface de vos membres sacrés la soif que Vous
endurez, brûle au dedans tous vos organes, en sorte
que votre sainte Humanité fut un holocauste entièrement
consommé par la souffrance. Quelle leçon
pour notre sensualité !
J’ai
soif. Cette plaine Jésus la répète
continuellement du fond de la sainte Hostie. Il disait
expressément à Ste Marguerite-Marie : ‘’
J’ai soif ardente d’être honoré
des hommes dans les Saint Sacrement, et Je ne trouve presque
personne qui s’efforce, selon mon désir,
de me désaltérer, usant envers moi de quelque
retour’’. Que faisons-nous pour répondre
à ce désir du Sacré-Cœur ? La
règle de nos exercices de piété est-ce
bien de Le désaltérer et non de chercher
notre propre satisfaction? Si, oui, pourquoi les abandonner
lorsque nous nous trouvons sous une impression de découragement,
de mauvaise humeur, dans les moments d’aridité
intérieure, ou même tout simplement, pour
suivre notre fantaisie ?
J’ai
soif. Cette plainte Jésus nous la fait entendre
par la bouche des pauvres. Ils sont une peinture vivante
et parlante de Jésus souffrant. En les soulageant,
nous compatissons aux douleurs de Jésus Lui-même,
‘’ En vérité, dit-il, toutes
les fois que vous aurez donné à boire a
moindre de mes frères, c’est à Moi-même
que vous L’aurez fait ( 6)’’.
Sommes-nous fidèles au grand devoir de la charité
envers les pauvres ? Souvenons-nous de la parabole du
mauvais riche qui, plongé au milieu des tourments
de l’enfer, réclamait en vain une goutte
d’eau, parce qu’il avait refusé les
miettes de sa table à un mendiant.
Dieu
est sans pitié pour ceux qui ne sont pas miséricordieux
à l’égard du prochain.
IV
Que votre règne arrive ! C’est le souhait
que nous devons former en réponse à la demande
de Notre-Seigneur : J’ai soif.
Oui,
divin Rédempteur, soyez le roi des fidèles
: que tous s’efforcent de vivre selon les préceptes
de l’Évangile, et d’adapter tout spécialement
leur vie au grand précepte de la charité.
‘’ Soyez le roi des enfants prodigues qui
vous ont abandonnée : faites qu’ils regagnent
vite la maison paternelle, pour ne pas périr de
misère et de faim. Soyez le roi de ceux que des
opinons erronées ont trompés ou qui sont
séparés de l’Église par un
désaccord : Ramenez-les au port de la vérité
et à l’unité de la foi, afin qu’il
n’y ait bientôt qu’un troupeau et qu’un
pasteur. Soyez le roi de tous ceux qui sont plongés
dans les ténèbres de l’Idolâtrie
ou de l’Islamisme et ne refusez pas de les ramener
tous à la lumière de votre royauté.’’
(7)
Nous
Vous prions, Seigneur, nous, qui, admis à la Table
sainte y puisons avec joie aux sources du Sauveur, que
son Sang devienne pour nous une source d’eau vive
jaillissant jusque dans la vie éternelle (8).
Cœur
de Jésus, roi et centre de tous les cœurs,
ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, source de vie et de sainteté,
ayez pitié de nous. |
6ème
Parole : Le suprême témoignage
Quand
Jésus eut pris le vinaigre, il dit : ‘’
Tout est consommé.’’ St Jean XIX,
30
I
À
peine les bourreaux eurent-ils retiré l’éponge
imbibée de vinaigre qu’ils lui avaient
présentée, que Jésus, de ses lèvres
mourantes, laissa tomber cette mystérieuse et
profonde parole : Consummatum est. Tout est consommé.
Dans sa simplicité, c’était le plus
grandiose témoignage que pouvait se rendre à
Lui-même. Celui que saint Paul appelle le témoin
fidèle par excellence. En entrant en ce monde
Jésus avait dit à son Père : Me
voici, Je viens accomplir votre volonté, c’est
–à-dre, Je viens exécuter l’œuvre
de restauration que, dans votre amour, Vous avez conçue.
Mais pas d’illusion à faire. L’accomplissement
de ce dessein divin réclamait de Celui qui s’offrait
volontairement à s’en faire l’Instrument
une somme de travaux et de sacrifices vraiment inouïs.
Or,
ce même Jésus qui a dit, sans que personne
ait jamais pu le convaincre de mensonge : Je suis la
vérité, voici qu’à l’heure
de sa mort Il affirme que tout est consommé.
Cela revenait à dire : mon Père, Vous
vouliez pour apaiser votre juste colère une victime
qui passât par toutes les humiliations toutes
les souffrances dont Vous aviez fixé le détail
par les oracles des prophètes : c’est fait,
regardez mon corps, il porte les marques de tous les
supplices que j’ai endurés ; pour faciliter
du chemin qui mène à la sainteté,
à la béatitude, Vous vouliez que les âmes
de bonne volonté puissent avoir devant les yeux
un modèle qui soit pour elles un stimulant en
même temps qu’un secours ; c’est fait
j’ai mis à profit, sans en rien laisser
perdre les lumières départies à
mon intelligence, les élans communiqués
à ma volonté, j’ai pratiqué
toutes les vertus , celles surtout dont le besoin se
faisait et se fera toujours le plus sentir : l’humilité,
la douceur, la pureté, la pauvreté.
|
| |
Oui,
mon divin Jésus, il en est ainsi. A mon
tour, je me plais à Vous rendre ce témoignage.
Quand j’ouvre la Sainte Écriture
et que je compare entre eux les deux Testaments,
je trouve réalisé dans l’Évangile
tout ce qui avait été annoncé
à votre sujet. Je vous reconnais pour le
Fils de David, né d’une mère
vierge ; Vous avez été vraiment
un Dieu caché, vivant pendant trente années
dans l’oublie à Nazareth ; mais à
l’heure marquée Vous vous êtes
fait le porte-parole de Dieu,annonçant
partout la bonne nouvelle, montrant tout à
la fois la mansuétude de l’agneau
pour accueillir les petits et la force du lion
pour broyer sous des apostrophes sans réplique,
les ennemis du royaume de Dieu. Le peuple juif
attendait un libérateur, vous avez redressé
ses vues mesquines et dépassé ses
espérances en arrachant le monde entier
à la plus honteuse des servitudes. Et puisque
tous ces prophéties se sont réalisées,
je crois à la réalisation de celles
qui regardent la consommation des siècles,
Vous disiez au tribunal de Caïphe : Je Vous
le déclare, un jour viendra où vous
Me verrez sur les nuées du ciel, assis
à la droite de la Majesté divine,
Oui, je crois à votre seconde venue, Juge
souverain des vivants et des morts, Judex crederis
esse venturus, (9) mais
combien je suis heureux, en attendant ce jour
redoutable de Vous adorer dans la faiblesse et
le silence de votre état sacramentel.
Là encore Vous accomplissez les prophéties
et réalisez les figures qui dans l’ancien
Testament, laissaient prévoir l’existence
de l’Eucharistie. Le Tabernacle n’est
–il pas la véritable arche d’alliance
ou Vous résidez perpétuellement,
l’oreille attentive à toutes nos
demandes ; L’Autel n’est –il
pas le lieu où Vous vous immolez, Vous,
le vrai agneau pascal dont le sang répandu
écarte de nous les colères divines.
? Et Vous-même n’avez-Vous pas dit
que le pain eucharistique était la véritable
manne, un aliment de vie éternelle pour
ceux qui traversent le désert de la vie
présente ? Consummatum est. Tout est accompli.
C’est Vous-même que je possède
près de moi, ô Jésus, je le
crois et je Vous adore.
II
Consummatum
est. Tout est consommé! Comment ne pas
rapprocher de cette parole de Jésus c | | | |