Les Sept Paroles de Notre -Seigneur en Croix

Sept-Paroles-N.S.J.C.en Croix-1

AVANT-PROPOS

Ces méditations ont été écrites suivant la méthode donnée à ses religieux par le Bienheureux P. Julien Eymard, fondateur de la Congrégation du Très Saint-Sacrement.

A la fois très simple et très variée, cette méthode convient particulièrement à la méditation faite aux pieds de Notre-Seigneur vivant dans la Sainte Hostie. Par son état de victime en l’eucharistie, Jésus-Christ perpétue, en effet, la prière de son oblation au saint sacrifice de la Messe. Comme sur l’autel, Jésus-Christ, dans son état sacramentel adore, rend grâces, fait amende honorable et supplie.

Rien de meilleur par conséquent que de prier comme Lui par les quatre fins du sacrifice.

Puisse ce modeste travail apporter à ceux qui s’en serviront tout le réconfort que leur souhaite l’auteur.

Ch. De. K.S.S.S.
Janvier 192

1ère Parole : L'apogée de la charité

L’APOGÉE DE LA CHARITÉ

Et Jésus disait : ‘’ Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.’’ St. Luc XXIII,34

1er Parole

L’APOGÉE DE LA CHARITÉ

Au cours de l’entretien qui précéda la Cène, Jésus disait à ses apôtres : ‘’ Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites biens. Je le suis en réalité (1) N’est-ce pas en L’entendant prier pour ses ennemis, qu’à l’exemple des Apôtres, nous nous sentions portés à Le saluer comme notre Maître et notre Seigneur !

Oui, Jésus, en cette circonstance, se montre vraiment notre Maître. Aimez vous ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,(2) avait-il dit. Et, joignant l’enseignement de l’Exemple à celui de la parole. Il s’était attaché à défendre l’autorité des pharisiens qui en voulaient à sa vie. Il avait multiplié, pour les éclairer, les preuves de sa mission et sa charité lui avait inspiré de recourir aux moyens les plus énergiques : réprimandes, anathèmes, pour les arracher à leur aveuglement. Mais, à mesure que leur haine grandissait, la charité de Jésus se révélait d’autant plus miséricordieuse, et, lorsqu’ils eurent assouvi contre Lui leur rage et leur cruauté en Le clouant à la croix, à ce moment, Jésus qui redoutait pour eux la vengeance du Ciel, laissa tomber de ses lèvres mourantes cette sublime prière : ’ Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.’’ – O mon Jésus, que Vous méritez bien votre titre de Maître ; Vous avez le droit de nous dire : écoutez-moi par ce que Vous pouvez dire : imitez-moi.

Jésus en cette circonstance se montre aussi vraiment notre-Seigneur. Tandis que les autres hommes, et surtout les plus saints, à l’approche de la mort tremblent au souvenir de leurs fautes, et qu’ils ne cessent de se purifier par des actes de repentir pour se préparer à paraître devant le tribunal du Dieu trois fois saint, Jésus, à cette heure suprême, n’a pas laissé paraître la moindre arrière-pensé qu’il ait eu besoin de pardon pour Lui-même. Il implore le pardon des autres, mais Il n’exprime pas le plus léger regret d’aucune de ses pensées, d’aucune de ses actions. Et cependant, s’il en avait eu réellement besoin, aurait-il manqué de le faire, Lui qui avait manifesté toujours la plus vive horreur du péché, qui avait passé sa vie à prêcher la pénitence ! Aurait-il refusé de s’humilier en ce moment décisif Celui qui se proclamait doux et humble de cœur ! Non : mais Jésus, jusque dans l’excès de ses abaissements et dans l’angoisse de ses tortures, était pleinement conscient de sa dignité, Il avait ta conviction de la pureté parfaire de son âme, et c’est pour cela que, même aux approches de la mort, Il a joui intérieurement d’une sérénité qu’aucun remords, qu’aucune criante n’est venu altérer.

O Jésus, mon Seigneur; je Vous adore; Vous êtes le vrai Fils de Dieu que personne n’a jamais pu convaincre de péché. Avec les sentiments de la foi la plus profonde, je redis à votre louange ces paroles de la Ste Église : Tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus. ( 3) Vous êtes le seul Saint, le seul Seigneur, le seul Très-Haut.

II

Le précepte qui, par son élévation et son étendue, distingue la loi chrétienne et de la loi juive, celui que, pour cette raison, Jésus-Christ appelle son précepte propre, c’est celui d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Or l’acte le plus héroïque de cette loi divine est assurément l’amour des ennemis. Pourtant n’est-ce pas chaque jour que nous avons l’occasion de l’Exercer ! Les hommes sont ainsi faits que nous passons rarement une journée sans que nous ayons à souffrir de quelques méchantes paroles ou de quelque mauvais procédé; tout au moins notre susceptibilité ou notre imagination croit-elle trouver des raisons de nous froisser et d’éprouver du ressentiment, notre-Seigneur le savait bien. Aussi n’a-t-il pas voulu seulement que sa première parole de crucifié fût une expression de pardon. Il a mis sous nos yeux l’exemple toujours actuel de sa charité dans les Sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. Sans cela nous n’aurions pas manqué de chercher des excuses pour esquiver un devoir si répugnant à la nature. Justes ou pécheurs nous aurions pu dire : ‘’ Seigneur, c’est si loin votre Passion : nous voudrions bien Vous voir pratiquer la charité envers les ennemis ‘’. Mais à présent nous n’avons plus de raison de nous plaindre ; nos vœux sont comblés, il n’y a plus qu’à admirer et à remercier.

‘’ Pourquoi Notre-Seigneur reste-t-il jour et nuit sur tant d’autels ou personne ne vient prendre les grâces qu’Il offre à pleines mains ! Il aime, il espère, Il attend ! S’il ne venait sur nos autels qu’à certains jours, il craindrait qu’un pécheur, mû par un bon désir de retour et le cherchant, ne le trouvant pas et attendît : il aime mieux attendre Lui-même le pécheur pendant des années, que de le faire attendre un instant, ce qui le découragerait peut-être quand il voudrait sortir de l’esclavage du péché.’’ (4) Et, lorsque touché par cette patience et cet accueil bienveillant, lorsque, déjà purifié peut-être par un acte de contrition parfaite que cette bonté aura provoquée, le pécheur vient solliciter le pardon officiel de ses fautes dans le Sacrement de Pénitence, qu’elle est délicate et prévenante la bonté de Jésus ! Il a donné ordre à ses ministres d’absoudre sans retard tous ceux qui manifestent leurs péchés avec un vrai repentir, et le prêtre, sans commettre lui-même une faute rave, ne pourrait les frustrer du bienfait de l’absolution.

Mais si Notre-Seigneur attend ainsi les pécheurs, c’est parc e qu’il sait qu’ils viendront : Il leur a mérité Lui-même la grâce du repentir ! A Chaque instant du jour et de la nuit, Il s’immole pour eux, en quelqu’endroit du globe, mais le Saint Sacrifice, redisant alors à Dieu la supplication du Calvaire : Père, pardonnez-leur, il ne savent pas ce qu’ils font. Enfin pour sanctionner d’une manière indubitable la réconciliation, Jésus invite les pécheurs au baiser de la Communion. Sans cela bien des convertis tomberaient dans la tristesse, car plus leur retour à Dieu est sincère et plus ils sont peinés de L’avoir tant offensé. Au moment de la Communion Jésus dissipe tous ces souvenirs pénibles, Il répand la joie et la paix dans leur âme, et ne voyant plus alors que la miséricorde infinie, sentant pour ainsi dire qu’ils sont pardonnés, les pécheurs s’écrient ravis ; ‘’ Oui, je suis l’ami de Jésus, puisqu’Il s’est donné tout à moi’’


O Jésus, merci des exemples si touchants de charité et de miséricorde que Vous nous donnez. Les imiter sera mon action de grâces pour le pardon que tant de fois Vous m’avez accordé
.

III
C’est le moment de nous demander ou nous en sommes quant à la pratique du commandement que Notre-Seigneur nous à fait de pardonner à nos ennemis.

Pardonner, dit-on, m’est impossible ; le soin de mon honneur et ma dignité me commandent la réserve ! La réserve, soit ; mais il ne faudrait pas se prévaloir de ce mot pour excuser les paroles méprisantes, les manières hautaines, les procédés blessants. Votre dignité, votre honneur ! Que n’en êtes-vous aussi jaloux lorsqu’il s’agit de commettre le péché qui dégrade votre âme en la livrant plus ou moins complètement au démon ! Et, précisément parce que vous êtes pécheur, n’avez vous pas mérité tous les mépris ?

Avec deux onces de sens chrétien, vous jugeriez vos offenses, même plus gratuites, ne sont que la juste punition de celles que vous avez vous-mêmes infligées injustement à Dieu, D’ailleurs êtes-vous plus grand que Jésus –Christ ? Et Lui, n’a-t-il pas oublié sa dignité et ses droits pour aller au devant de ses ennemis en leur offrant le pardon et en le demandant pour eux à son Père ?

Je pardonne, dit-on encore, mais je n’oublie pas; je pardonne, mais j’évite leur présence ; je pardonne, mais c’est bon pour une fois. Misérables restrictions de l’amour-propre qui ne veut pas se renoncer complètement. Est-ce ainsi que Jésus-Christ pardonne?
Il ne creuse pas en re Lui et ses ennemis l’abîme de l’oublie ; Il les aime et Il prie pour eux. Et quand nous retomberions mille et mille fois dans le même péché, nos fautes passées sont oubliées, effacées comme si elles n’avaient jamais été commises, Voila notre modèle ! Ne rusons pas avec le pardon que nous accordons, car Dieu, qu’on ne trompe pas, mesurera sa miséricorde de sur la nôtre.

Que d’illusions les âmes pieuses se forgent en cette matière! Pour sauver les apparences, elles feront bon visage à ceux qui les ont offenses, mais intérieurement elles jalouseront leur prospérité ! ; se réjouiront de leurs insuccès et savoureront les critiques qu’elles entendront, tout en ayant l’aira de ne pas les approuver.

Table Des Matières

Avant Propos

1ère Parole : L'apogée de la charité

2ème Parole : La royale Réponse

3ème Parole : L'amoureuse donation

4ème Parole : Le fond de l'abîme

5ème Parole : L'indicible tourment

6ème Parole : Le suprême témoignage

7ème Parole : Le dernier homage

Chemin de la croix :

Méditées au pied du Très Saint-Sacrement.

Librairie Eucharistique
530 Ave Mont-Royale Est. Montréal Qc. Canada
Édité en 1928

Chanoine De. Keyser, s.s.s.

Nihil Obstat :

Eug. Couet sup.gen. Congr.SSmi Sacr.
Romae, die 13a Julii 1928

Impritur :

+GEORGES, arch.coad. de Montréal Qc. Canada le 31 août 1928

Examinez attentivement votre conduite pour voir si, selon la recommandation de Saint Paul, tout y est conforme aux sentiments du Christ Jésus. Puis réparez le crime des ennemis de notre religion qui travestissent et bafouent cette vertu si sublime de l’amour des ennemis ; réparez par des actes d’amour le crime de ceux qui vivent dans la haine de leur prochain ; consolez Notre-Seigneur de l’humiliation qu’il reçoit des chrétiens qui résistent à la force de ses exemples, aux appels de sa grâce, à l’action de son Sacrement d’amour et qui persistent dans leurs antipathies, dans leurs ressentiments, dans leur rancunes. Récitez, avec un sincère désir d’amendement et de progrès, l’acte de charité.

O Dieu, qui, aimant la paix et la charité, vous en constituez aussi le gardien, donnez à tous nos ennemis ces dons si précieux ; accordez-leur aussi le pardon de toutes leurs fautes et par votre puissance souveraine délivrez-nous du mal qu’ils voudraient nous faire. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur (5)

IV

Qu’elle est belle et instructive cette prière de la Sainte Église ! Pardonner ne veut pas dire approuver ou laisser faire, Nous pouvons et nous devons haïr dans nos offenseurs les intentions, les desseins, les vouloirs, les actes pervers dont nous sommes victimes ; la charité ne nous défend ni de penser et de juger que leur conduite à notre égard est misérable, ni de demander et de poursuivre la réparation des torts qu’ils nous ont causés. Mais en tout cela nous devons agir sans aigreur, sans désir de vengeance, par pur amour de la Justice, par horreur du scandale, en épargnant, autant qu’il est possible, la personne des coupables. C’est pour cette raison que l’Église, lorsqu’elle nous enseigne à prier pour nos ennemis, en même temps qu’elle nous fait demander à Dieu de nous délivrer du mal, qu’ils veulent nous faire, nous invite aussi à leur obtenir la grâce de la paix en ce monde et dans l’autre, en priant Dieu de leur accorder l’esprit de charité et la rémission de leurs péchés.

Entrez dans ces dispositions de l’ Église, votre mère. Demandez à Dieu que votre charité prenne les dimensions de celle de Jésus ; il le faut pour que vous soyez un membre bien proportionné de son corps mystique. Demandez cette grâce, par l’intercession de Marie et des saints qui se sont signalés dans la pratique de cette vertu en particulier St Étienne, le premier des Martyrs.

2ème Parole : La royale Réponse

L’autre larron disait à Jésus : ‘’ Seigneur, souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé dans votre royaume.’’ Et Jésus lui dit : ‘’ En vérité, je te l’assure, tu seras aujourd’hui avec moi dans le paradis.’’ St. Luc XIII,42-43

I

2ième La Royale Réponse

Il était environ la sixième heure ( midi) lorsque sur le sommet du Calvaire, déjà couvert en partie par les ténèbres, s’éleva la voix de Jésus priant pour ses bourreaux. Frappé par ces paroles comme pour un coup droit, l’in des larrons, crucifiés aux côtés du Sauveur, se tourne vers Lui, et, bouleversé par la grâce, il s’enhardit à proférer cette prière : ‘’ Seigneur, souvenez-vous de moi, quand vous arriverez dans votre royaume.’’ Et Jésus répond, avec un rayonnement de bonté et de joie ineffable. ‘’ Aujourd’hui, je te l’assure, tu seras avec moi en paradis.’’ Quelle scène et quel entretien ! Pourquoi faut-il que les hommes, si avides d’émotions, si passionnés pour la lecture des romans, restent si différents au grand drame du Calvaire, tout rempli d’épisodes poignants et merveilleux ?

Aujourd’hui, ô Jésus, je viens étudier cette ineffable réponse que vous avez daigné adresser au larron pénitent. Donnez-moi la lumière nécessaire pour la bien comprendre et qu’elle embrase mon cœur d’un nouvel amour pour Vous.

Vous serez aujourd’hui avec Moi en paradis, Quel est donc celui qui fait une si extraordinaire promesse ? N’est-ce pas celui qui a dit : ‘’ les renards ont leurs tanières et les oiseaux leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête ?’’ (6) N’est-ce pas celui que, il y a peu d’instants, les Juifs provoquaient d’un ton railleur : ‘’ Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ? Oui, c’est bien ce même Jésus : mais, s’IL a vécu pauvre, c’est par amour pour nous ; s’Il est réduit à l’impuissance, c’est par ce qu’IL le veut bien. En réalité, Il est roi, rex ego sum., le Roi des rois, Rex regum ; Infiniment riche, Il porte en Lui les trésors de la Divinité ; infiniment puissant, Il pourrait, d’un acte de volonté, anéantir ses ennemis. Un jour viendra ou toute sa grandeur se manifestera ; Il apparaîtra alors comme le souverain Maître, le Juge, suprême de la terre et des cieux ; les élus partageront son bonheur, les damnés éprouveront éternellement les effets de sa colère, Mais cette heure n’es pas encore venue. Jésus n’en fait pas moins, en cette circonstance, éclater sa divinité d’une manière bien frappante. Pourrait-il, s’il n’était pas Dieu, promettre à ces pécheurs à peine converti qu’il entra en paradis aussitôt après sa mort ? C’est donc qu’il a lu au fond de la conscience de cet homme, qu’il a jugé de la sincérité de ses dispositions, q’IL lui a pardonné ses péchés et remis les peines qui leur étaient dues. Et des prérogatives, évidemment divines, Jésus se les attribue en propre, ajoutant à ses paroles la force d’un serment : En vérité, c’est Moi qui te le dis, aujourd’hui tu sera avec Moi en paradis.

O Jésus, je crois fermement à votre divinité, malgré le dénuement, la honte, l’impuissance qui Vous enveloppèrent sur la Croix ; votre parole me dit suffisamment que Vous êtes le vrai Fils de Dieu et je Vous offre mes humbles adorations. Mais combien plus je me plais à Vous reconnaître dans le silence et l’anéantissement de l’Hostie ! ‘’ Sur la Croix ne se cachait que la Divinité, mais ici disparaît même l’humanité ; à toutes deux cependant je crois, et confessant leur réalité je renouvelle la demande du larron pénitent .’’ (7)

II

Là où le péché avait a bondé, la grâce a surabondé (8) Cette parole par laquelle l’apôtre S. Paul caractérise la Rédemption, s’applique également à chaque détail de ce grand œuvre ; elle est vraie tout particulièrement de la conversion du bon larron. Quel prodige en effet que ce retour à Dieu instantané et complet ! Telle la flamme qui embraserait tout-à-coup un bois encore vert, telle la grâce dans l’âme de ce pécheur encore rempli des vices qui l’on conduit au gibet. St Augustin, comparant l’une à l’autre la résurrection d’un mort et la conversion d’un pécheur, ne sait où éclate davantage la puissance divine, mais il n’hésite plus quand il les envisage au point de vue de la miséricorde ; dans les conversions celle-ci triomphe et atteint son apogée. Oui, mon Jésus, je loue votre amour miséricordieux qui vous a fait habiter sur la terre dans une chair passible pour sauver les pécheurs. Je Vous bénis en particulier d’avoir sauvé le larron crucifié à vos côtés et je m’unis aux transports de reconnaissance qui ont jailli et jailliront à jamais de son cœur. Mon âme tressaille de joie aussi en pensant aux innombrables âmes qui le désespoir guettait et qui, à l’évocation de la parole adressée par Vous à un malfaiteur, on senti leur confiance renaître en votre pardon.

Mais ce n’est pas seulement aux pécheurs que cette promesse de Jésus doit inspirer confiance. S’il a été si bon et si libéral envers un scélérat qui, jusqu’à ses derniers moments, n’a fait que le mal, que ne doivent pas espérer ceux qui emploient toute leur vie dans l’exercice des vertus? S’il donne son royaume pour si peu de chose à un de ses ennemis, le refusera-t-il à ses amis, à ceux dont le souci constant est l’honorer et de l’aimer ? Aussi l’ Église nous fait-elle chanter : En absolvant Maire-Madeleine, en exauçant le larron, Vous nous avez donné, Seigneur, l’espoir du pardon. (9)

Cette assurance, Il nous la donnera tout particulièrement lorsque nous le recevrons dans notre cœur pour la dernière fois, La Communion en viatique est, pour ainsi dire, un recours en grâce portant la signature personnelle de Jésus, c’est notre Juge nous donnant, avant que nous nous présentions à son tribunal, un titre à sa miséricorde, un droit à l’acquittement, une caution qui n’est autre que Lui-même.

En attendant nous pouvons jouir dur la terre de ce vrai paradis qu’est la présence perpétuelle de Notre-Seigneur dans la Sainte Eucharistie. N’est –ce pas chaque matin, à notre première rencontre avec Lui, que Jésus semble nous redire : aujourd’hui vous serez avec Moi dans le Ciel ? Si nous savions L’apprécier, comme nous serions heureux de la Sainte Eucharistie, comme nous serions avides de La contempler, fidèles à raviver en nous son souvenir ! Mais notre attachement aux choses de la terre nous en empêche. Les Saints, eux, La comprenaient, tel le Bx. Père Eymard qui s’écriait dans un transport d’amour : l’Eucharistie est, que voulez-vous de plus ! Unissons-nous à ces âmes privilégiées afin de mieux remercier Notre-Seigneur des merveilleux efforts de son amour pour nous rendre heureux sur la terre et nous associer à son bonheur dans l’Éternité.

III

À la demande du bon larron : Seigneur, Souvenez-vous de moi quand vous arriverez dans votre royaume, Jésus répondit : En vérité, Je te le dis, aujourd’hui tu seras avec Moi en paradis. Ainsi se réalisait, avec une analogie frappante d’expression, la prédiction que Notre-Seigneur avait fait aux Pharisiens : En vérité, Je vous le dis, Les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le royaume de Dieu (10).

Les Pharisiens ont entendu les déclarations formelles de Jésus touchant sa divinité, ils ont vu ses miracles : rien n’a piu les éclairer ; au pied la da Croix, ils ricanent. Tandis qu’au larron il suffit de l’attitude résignée de Jésus pardonnant à ses bourreaux pour en être touché et reconnaître en Lui le vrai Messie que les Juifs blasphémaient. Quelle leçon d’humilité et de charité le Sauveur nous donne dès lors par sa réponse !

Leçon d’humilité. Saint Paul l’avait comprise, lui qui, après avoir té favorisé de grâces extraordinaires et élevé à l’honneur suprême de l’apostolat, après avoir pratiqué des vertus héroïques et acquis d’immenses mérites, écrivait aux premiers fidèles : .. Je crois n’avoir rien à me reprocher, mais ce n’est pas une raison pour présumer de mon salut. ‘’ (11) Non, rien ne garantit contre les plus tristes défaillances. Alors que de misérables pécheurs se convertiront après une mission, ou même une bonne lecture, des hommes dont les œuvres paraissent louables sont tombés aussi bas qu’on peut tomber, et j’ai vu ( ainsi parler l’auteur de L’Imitation ) ceux qui se nourrissaient du Pain des Anges faire leurs délices de la pâture des pourceaux (12)

Leçon de charité. Il arrive souvent que les bons chrétiens, dépassant les limites du zèle véritable, ne voient dans les incroyants ou dans ceux qui mènent une vie licencieuse que des ennemis sur lesquels il faut prier le Ciel de lancer sa foudre. Jésus pourrait leur dire comme aux apôtres Jacques et Jean : vous ne savez pas de quel esprit vous devez être animés ; c’est l’esprit de charité, de miséricorde avec lequel Il a répondu, plein d’empressement, aux avances du larron. Ne l’oublions pas : tant qu’une âme habite un corps vivant, son salut, si compromis soit-il, n’est pas définitivement impossible. Toute notre conduite se ramènera donc à cette règle ; ne rien dire, ne rien faite qui soi de nature à éloigner les âmes de Jésus-Christ tout dire, tout faire pour rapprocher les âmes de Jésus-Christ. Cela ne nous empêchera nullement de hait le mal, de stigmatiser les vices, mais nous devons nous interdire toute parole, toute démarche qui pourrait avoir pour résultat de rendre plus difficile aux âmes le chemin, déjà si rude par lui-même, du retour à Dieu.

Faisons porter sur cette double leçon de Jésus notre examen de conscience. Au lieu de nous enfermer dans l’attitude orgueilleuse des Pharisiens, si méprisants pour les publicains et les débouchées, rappelons-nous que toute grâce est un don gratuit de Dieu ; et, bien loin de jeter la pierre à ceux qui vivent dans le péché, ayons compassions de leur malheureux état, demandons pour eux miséricorde et pardon.

Iv

Aujourd’hui vous serez avec Moi en paradis ! Le larron n’avait demandé qu’un simple souvenir, et Jésus, parce qu’Il est roi, parce qu’il est Dieu, répond avec magnificence à cette prière. Telle est, dit St Amboise, la ligne de conduite que Dieu s’est tracée. Il accorde toujours plus ou mieux qu’on ne lui demande. La même pensée se trouve exprimée par l’Église dans la collecte du 11ème Dimanche après la Pentecôte : Dieu tout puissant et éternel qui, par l’excès de votre bonté, surpassez les mérites et les désires de ceux qui Vous supplient, répandez sur nous votre miséricorde ; faites nous remise de ce que notre conscience nous fait appréhender et accordez-nous les grâces que nous n’osons attendre de nos prières. Donc, confiance !

Mais pour que la prière touche le Cœur de Jésus, elle doit ressemble à celle du bon larron,.. Seigneur, souvenez-vous de moi ‘’, c’est un vrai cri du cœur, éloquent dans sa simplicité, complet dans sa brièveté. Dire à quelqu’un qu’on aime et dont on est aimé : souvenez-vous de moi, n’est-ce pas tout lui demander et tout lui dire ? Gardons-nous bien de vouloir aller à Dieu avec ces prières logues et compliquées. L’amour n’a besoin que d’un moi, Seigneur, souvenez-vous de moi ! Cela suffit à tous mes besoins. Souvenez-vous de mes péchés pour les effacer, de ma faiblesse pour me tendre la main, de mes souffrances pour les alléger, de mes tristesses pour y compatir, de mes tentations pour m’aider à les vaincre.

3ème Parole : L'amoureuse donation

Ayant vu sa mère et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère :
'' Femme, voilà votre fils ' ; puis il dit au disciple :'' voilà votre mère.'' St Jean, XIX, 26-27

I

Épouvantée par les ténèbres mystérieuses qui se sont abattues sur le Calcaire, la foule s’en est allée,. A ce moment, Jésus appelle sa Mère. ‘’ Femme, dit-il doucement…’’ Marie tressaille, avec Jean et les saintes femmes elle s’approche de la Croix,…’’ Celui-ci sera désormais votre fils, ‘’ et du regard, Jésus désigne Jean. Puis, tournant vers le disciple qu’Il aimait ses yeux douloureux : ‘, voilà votre Mère.’’ Fut-il jamais disposition suprême plus touchante et plus importante que celle contenue dans ces paroles de Jésus ! C’est l’expression tout d’abord de son amour pour Marie : jusqu’au bout, Il veut rester pour elle un mon Fils. Il prenait soin de sa mère pendant sa vie publique, et maintenant qu’Il va la quitter, Il ne veut pas qu’elle demeure isolée et sans soutien ; Il lui désignera l’un de ses amis sur qui elle puisse compter. Mais sur qui va porter la choix de Jésus ? Ah ! Si Pierre était là ! Marie ne lui revenait-elle pas de droit à llui, le chef de l’ Église, le vicaire du Christ ?
Jésus lui a pourtant préféré Jean. Non pas seulement parce que Jean se trouvait là et pour récompenser sa fidélité, mais parce que Jean était l’apôtre vierge, et , selon la pensée de saint Jérôme, le Christ vierge ne pouvait confier la Reine des vierges qu’à celui dont la virginité avait déjà fait le privilégié de son Maître.

Il y a cependant dans cette parole du Sauveur plus qu’un témoignage d’amour pour sa Mère, plus qu’une privauté pour Jean. La Tradition est unanime à affirmer que l’apôtre bien-aimé était à ce moment le représentant de l’humanité entière pour recevoir en notre nom le legs d’amour que Jésus, nous faisait. Aux hommes qu’Il avait appelés ses mais, ses frères, Jésus avait donné déjà sa parole, ses miracles, ses promesses, sa personne tout entière sous les espèces sacramentelles, son sang dont il ne resterait bientôt plus une goutte dans sa chair épuisée, dans les veines taries, dans son cœur transpercé, Il n’a plus rien, plus rien que sa Mère ! Eh bien, Il La leur donne. ‘Femme, voici votre fils ‘’. C’est comme s’IL disait : au nom de mon autorité divin et au nom de l’amour que Je leur porte, Je veux, ô Mère, que vous reportiez sur les homes les s sentiments que vous avez pour Moi ; ‘, Je transporte sur eux les droits que J’ai à votre amour maternel : tout ce que vous ferez pour eux, sera fait pour Moi ; ‘’Je vous remets entre les mains les fruits de ma Rédemption, le salut des âmes, le soin de mon Église, le culte de mon Eucharistie.’ (13)

O Jésus, j’adore votre infinie puissance qui réalise avec une simplicité vraiment divine les plus grands chefs-d’œuvre. Quelques mots Vous ont suffi pour changer la substance du pain en votre Chair sacrée, et quelques mots Vous suffisent pour opérer dans le cœur de Marie ces merveilles de grâce que supposée le rôle de Mère du genre humain. Je bénis aussi votre amour qui n’a pas craint d’affronter les pires humiliations afin de vivre parmi nous dans l’Eucharistie, ni d ‘imposer à votre Mère les plus cruelles souffrances pour étendre sa maternité à tous les hommes.

II

L’évangile n’a pas rapporté las réponse de Marie à la volonté de Jésus, mais qui pourrait douter de son acquiescement en considérant ce qu’elle a fait et ce qu’elle continue de faire chaque jour pour le moindre de ses enfants ! N’est-ce pas à l’inspiration de la Très Sainte Vierge qu’est due la fondation des innombrables congrégations de religieux et de religieuses qui sont au service de l’humanité nécessiteuse et souffrante ? Oui, toute la gloire des exploits accomplie par la grande armée de la charité revient à Marie, car lorsqu’on remonte aux origines de ces institutions religieuses, partout on la retrouve inspirant les fondateurs, les éclairent, les soutenants bénissant leurs œuvres naissantes, travaillant à leur développement et à leur stabilité. Et, non contente d’envoyer ainsi ses serviteurs et ses servantes pour subvenir aux besoins de sa famille, que de fois Marie n’est elle pas intervenu en personne pour affirmer par des prodiges sa vigilance et sa bonté maternelle ! On l’a vue berçant de ses mains virginales des enfants abandonnés, donnant du pain aux pauvres, délivrant les captifs, guérissant les malades, consolant les moribonds ! N’y a-t-il pas tous les pays des pèlerinages célèbres pour attester l’assiduité avec laquelle Marie se prête aux vœux de ses enfants ?

A ces bienfaits généreux, ces faveurs miraculeuses joignez les grâces dont elle comble chaque chrétien dans les circonstances ordinaires de la vie. Aux justes elle donne la lumière et la force pour persévérer et progresser dans la vertu : elle les protège contre les embûches du démon et les fascinations du monde. Aux pécheurs elle inspire la honte de leurs fautes, le besoin de s’arracher à leur malheureux état et elle les dérobe à la colère de Dieu. A un titre spécial elle est aussi une Mère incomparablement bonne pour les adorateurs de l’Eucharistie. ‘’ Oh ! n’ en doutez pas, si vous êtes entrés au Cénacle, si vous avez le bonheur de connaître, d’aimer et de servir le Très Saint Sacrement, c’est à Marie que vous le devez ; c’est elle qui vous a demandés au Père céleste pour la garde d’amour du Dieu de L’Eucharistie ;c’est elle qui vous a conservés purs au milieu du monde, elle qui vous a conduits comme par la main au pied du trône eucharistique, elle qui vous communiquera tous les secrets de l’amour de son Fils et fera de vous une parfaite copie de ses vertus .’(14)

Remerciez donc Marie pour toutes les grâces de votre vie et surtout pour la plus grande de toutes, celle d’aimer et de servir le Roi des rois dans son Sacrement d’amour. Remerciez-la avec les saints et les élus qui lui sont tous redevables de leur bonheur et de leur gloire.

III

Femme, voici votre fils. Quand Marie entendit de la bouche de Jésus cette parole si consolante pour nous, elle eut dû mourir de douleur. C’était donc là le dernier adieu de son Fils ! Et Marie qui, éclairée d’en–haut saisissait toute la portée de cette parole, entrevoyait, dans le douloureux contraste qu’offraient ceux qui l’entouraient, contraste qu’offraient ceux qui l’entouraient, l’histoire du monde jusqu’à la fin des temps, d,une part Jean et les saintes femmes, de l’autre les bourreaux. Son cœur se sentit alors percé à fond par le glaive prophétique, mais comme elle avait vu son Fils étendre ses mains et ses pieds aux clous, elle offrit son cœur à l’immolation.

Compatissez à la douleur immense que Jésus a éprouvée lorsque, du haut de la Croix, embrassant de son regard divin toutes les générations, Il vit une grande partie de l’humanité refuser d’aimer Marie et s’acharner à lui arracher tous ses titres de gloire. Offrez votre compassion aussi à la Très Sainte Vierge, et redites, avec toute l’affection dont vous êtes capable, cet acte de réparation :

O Cœur Immaculé de Marie, chef-d’œuvre de Dieu, délices de la Très Sainte Trinité, vous bénir et vous glorifier devrait être notre bonheur, vous nous avez tant aimés ! Après Dieu, c’est à vous que nous devons tout, Vous nous avez donné Jésus et ‘ pour nous, et pour notre salut, ‘ vous avez souscrit à son immolation ; vous avez partagé ses souffrances ; ‘ votre douleur a été grande comme la mer ! ‘’.

Pourtant, au lieu de vous aimer, hélas, il y a des malheureux inspirés par l’enfer, qui osent lancer contre vous, contre vos privilèges les plus glorieux, d’exécrables blasphèmes ! Et chaque jour, par leurs péchés, des milliers de chrétiens renouvellent la Passion de Jésus et la vôtre !

Et moi-même que de fois, par mes fautes, je me suis uni aux bourreaux du Calvaire!

O Mère de miséricorde, Refuge des pécheurs, pardon !

Pardon pour moi. Que désormais je sois pour vous, comme saint Jean, un fils plein de tendresse !.

Pardon pour vos blasphémateurs et pour tous les pécheurs de l’univers. Pour eux, Jésus a versé tout son sang. Pour eux, Il vous a confié toutes les grâces, fruits de sa mort. O Mère, si puissante et si bonne, ayez pitié de vos enfants, ‘’ fils prodigues’’. Éclairez-les, touchez-les,convertissez-les, et qu’un jour, ils aillent au Ciel célébrer à jamais vos bontés maternelle. (15)

IV

Monstra te esse Matrem, sumat per te preces, qui pro nobis natus, tulit esse tuus. Montrez que vous êtes notre Mère : qu’IL agrée par vous nos prières, Celui qui vouant naître pour notre salut a daigné se faire votre Fils. Cette belle strophe de l’Ave maris stella nous indique de quelle manière la Très Sainte Vierge remplit son rôle de Mère à l’égard de ses enfants è elle offre à Dieu nos prières en y joignant les siennes. Par sa maternité divine en effet, Marie s’est assurée le privilège d’être la première associée de son Fils dans sa méditation universelle entre les hommes et Dieu, tous les trésors formés par les souffrances et le sacrifice de Jésus sont à la disposition de Maire, parce que c’est elle qui Lui a donné son corps, instrument de la Rédemption, elle aussi a qui a librement accepté et préparé son immolation sur la Croix. Sans doute elle n’est qu’une simple créature et c’est pourquoi elle ne peut pas disposer en maîtresse absolue des trésors du Sauveur ; lorsqu’elle veut y puiser ce dont ses enfants de la terre ont besoin, elle doit le demander. Mais cette prière étant celle d’une mère à son fils, Marie est certaine d’être toujours exaucée. Aussi la Tradition catholique l’a-t-elle appelée la toute-puissance à genoux : omnipotentia supplex

Recourons donc à Marie avec une entière confiance. Demandons-lui beaucoup ; donnons-lui l’occasion de se montrer notre Mère en agissant à son égard avec l’abandon d’un enfant.

Et si Marie prie pour nous, prions aussi pour Marie, pour l’extension de son culte, pour sa glorification par l’ Église. Depuis longtemps il est question de consacrer par une sentence définitive et obligatoire l’ Assomption de la T.S.Vierge. Aux derniers jours de 1914 plusieurs évêques, en union avec les représentants du clergé séculier et régulier on adressé au Pape Benoît XV, une supplique exprimant le vœux qu’il plaise aussi à la Divine Providence de faire ériger en dogme catholique la croyance traditionnelle et générale du peuple chrétien à la médiation universelle d’intercessions de Marie auprès de Dieu. Il dépend de nous, pour une part, de hâter par nos prières cette heure bénie qui sera le gage d’une nouvelle effusion de bénédictions sur l’Église.

4ème Parole : Le fond de l'abîme

Et vers la neuvième heure, Jésus cria d'une voix forte : '' Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m'avez-vous abandonné ?'' St Mathieu, XXVII,46

I

Jésus s’est-tu après avoir parlé à sa Mère et à Jean. Ce silence dure depuis bientôt trois heures, quand soudain un cri d’angoisse s’échappe de la poitrine du divin Agonisant : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’avez vous abandonné ? Que signifie cette parle mystérieuse ? Il est certain que Jésus-Christ, étant le Verbe incarné, ne pouvait être abandonné par les autres Personne de la Sainte Trinité è sa nature humane ne pouvait pas non plus être abandonné par la personne du Verbe : l’union hypostatique demandait même que Jésus-Christ ne fût pas un seul instant en inimitié avec Dieu par l’absence de la grâce dans son âme, ni privé de la vision béatifique bien qu’il vécût sur la terre. Alors comment expliquer cette douleur du Sauveur ; douleur tellement violente qu’elle Lui arrache cette lamentation ? Jusqu’à ce moment il a souffert sans proférer une parole, véritable Agneau que l’on conduit à la mort ; maintenant non seulement Il se plaint, mais, au témoignage de St Paul, Il crie à pleine voix : Cum clamore valido, Il crie en versant d’abondantes larmes : et lacrymis proferes… (16)


Eh quoi, ô mon divin Jésus, n’avez-Vous pas égard à ceux qui entourent votre Croix ? Quelle épreuve pour la foi de ceux qui vous aiment, quel triomphe pour ceux qui vous ont condamné comme faux prophète ! A mon atout de Vous demander pourquoi et comment Dieu Vous a abandonné ?

Je crois comprendre que ce moment fût celui de la terrible échéance où Dieu devait, en toute rigueur, Vous traiter comme le chef des pécheurs. Et puisque le crime du pécheur est de se détourner de Dieu, puisque le châtiment mérité par ce crime c’est qu’à son tour Dieu se détourne du pécheur, il fallait que Vous, ô mon Jésus, qui vous étiez fait la caution des pécheurs, Vous expiiez ce crime, que Vous éprouviez ce châtiment, non pas en réalité, mais en subissant l’effroyable tourment qui est dans le pécheur la conséquence de sa séparation réelle d’avec Dieu, Oui, il le faillait. Cette redoutable nécessité fut cause de votre mystérieux désespoir. Vous auriez pu l’éviter, Vous étiez libre de vous substituer à l’homme coupable, mais vous l’avez voulu : impossible maintenant d’échapper à la justice de votre Père. Il doit sévir et IL Vous abandonne. Habituée à la plénitude de la Divinité qui habitait en elle, votre humanité se sent alors comme laissée à elle-même ; la Divinité Vous soutient encore, mais sans que vous Humanité le ressente. C’en est assez pour que cet abandon incomplet et momentané jette votre âme dans un trouble inexprimable.

O très doux Jésus, innocente Victime de nos péchés, je compatis à votre mystérieux délaissement, et malgré l’apparente défaillance par laquelle Vous avez voulu le manifester, je crois fermement à votre divinité. C’est précisément parce que Vous êtes vu abandonné des hommes et senti abandonné de votre Père AH! Combien je me réjouis de Vous savoir désormais à l’abri de toute souffrance ! J’adore votre sainte Âme, autrefois désolée au Calvaire, jouissant à présent d’un bonheur infini. Mon désir le plus ardent est d’accroître sa joie par mes adorations et mon amour.

II

En soi rien n’obligeait Notre-Seigneur à subir cet affreux délaissement : la moindre de ses actions étant d’une valeur infinie eût suffi à nous racheter. Encore un coup, à quoi bon alors cette torture si déconcertante pour notre raison ? C’est, qu’après tant de souffrances endurées, il en reste une que Jésus ne connaît pas encore, la plus poignante de tous les douleurs humaines, celle du désespoir causé par la tristesse d’un complet abandon. Et poussé par son amour, Il a voulu en savourer l’amertume, afin qu’en ayant fait l’expérience, Il ne ses trouvât pas impuissant à y compatir et nos inspirât pleine confiance, lorsque nous irions à Lui pour trouver la consolation, Mais là, comme partout ailleurs, Il n’a pas porté sur Lui-même les coups à demi ; Il a porté aussi loin que possible l’horreur du délaissement, Ila commencé par se jeter à corps perdu dans l’abandon des créatures ; la fin de sa vie a été une véritable catastrophe. Il a passé, sans transition, du triomphe au mépris avec une effrayante rapidité, Il y a quarante-huit heures à peine, Il n’aurait point paru dans les rues de Jérusalem sans être acclamé ; aujourd’hui tous sont retournés contre Lui ou L’on abandonné. À ce moment, comme tout homme que l’Absence de secours humain réduit eaux abois, Jésus lève ses yeux vers le Ciel pour y chercher un suprême appui. Cet appui Lui manque. Le sien de son Père qui s’ouvrait hier encore à ses moindres désirs, s’est fermé impitoyablement à Celui qui, pour nous, a daigné se faire ‘’péché’’ Et Jésus reconnaît que cette conduite de Dieu est juste, Il confesse que, vu l’état où Il s’est volontairement réduit, Il est aussi indigne de recevoir le secours divin qu’Il mérite de subir tous les abandons humains, Non, jamais personne n’éprouvera un délaissement aussi douloureux ne se trouvera dans une situation aussi désespérante ! Si, aux heures les plus sombres de la vie, il y a toujours pour nous une lumière qui brille du côté du Ciel, s’il n’est pas un pécheur, si criminel soit-il, qui, criant : ‘’ Mon Dieu’’, n’entende une vois lui répondre ‘’mon enfant’’, si la mort des bons chrétiens est ordinairement fort douce, c’est parce que Vous, ô Jésus, Vous Vous êtes livré tout entier au tourment d’un abandon universel.

Mais puis-je oublier que cette grâce d’une inébranlable confiance en Dieu, c’est l’Eucharistie qui me la transmet en lui donnant toute sa force et tout son ampleur ? N’est-ce pas en face de l’Eucharistie qu’il est bon de répéter cette parole du prophète David : Seigneur, j’ai crié vers vous et j’ai dit : Vous êtes toute mon espérance ? (17) Qui n’en a fait la consolante est réconfortante expérience ? Non, le désespoir n’est pas possible à qui sait comprendre ce don de Dieu qu’est l’Eucharistie. Elle est l’assurance du pardon de mes fautes, la source de toutes les grâces dont j’ai besoin pour me sauver, le gage du bonheur éternel. Et je voudrais, dans l’Élan de reconnaissance que cette pensée m’inspire, pourvoir redire à tous les hommes ; goûtez combien le Seigneur est bon ; bienheureux celui qui met en Lui sa confiance (18)!

III

Jésus s’était servi de la langue araméenne pour faire entendre son cri déchirant. Éli, Éli, lamâh sabacthani ? Les bourreaux, frappés par le son de ces mots, prirent le change sur la pensée de Jésus et se mirent à ricaner : ‘, Tiens, voilà qu’IL appelle Élie. Nous allons voir si le prophète viendra Le délivre.’’

C’est le propre de l’impiété de ridiculiser ainsi tous les sentiments religieux. Le chef du protestantisme français, Clavin, est allé plus loin. Il n’a pas craint d’affirmer que Jésus-Christ était vraiment mort en désespéré. Calomnie détestable, contre laquelle notre foi et notre amour ne s’élèveront jamais assez for. Non, Jésus n’est pas mort en désespéré. Son cri de suprême angoisse n’est rien moins qu’un acte d’héroïque amour, Il n’y a que l’amour qui puisse, sans l’offenser, faire à Dieu de tels reproches et se risquer à ces sortes d’adjurations. Mon Dieu, pourquoi m’avez-Vous abandonné, quand Vous savez que je ne puis vivre séparé de Vous, que votre présence seule est capable de me consoler ; quand Vous avez que je Vous aime?

Jésus réparait ainsi par avance le crime de ceux qui, visités par l’épreuve, se retournent contre Dieu et cherchent dans le blasphème un soulagement à leur douleur. Il réparait surtout l’outrage fait à Dieu par les pécheurs se défiant de son infinie miséricorde et répètant avec désespoir la parole de Cain ; mon crime est trop grand pour qu’il me soit pardonné. Il réparait encore les faiblesses des âmes chrétiennes qui se dégoûtent de la prière dès qu’elles n’y trouvent plus de consolation sensible, préférant les dons de Dieu à Dieu Lui-même.

Unissez-vous à ces sentiments du Réparateur par excellence. Offrez à Dieu ce cri d’amour a résigné du divin Agonisant pour l’opposer aux cris de révolte que l’orgueil blessé et la sensualité contrariée font monter à tant de lèvres. Promettez à Notre–Seigneur de profiter de son exemple, et, fortifié par la grâce que son ineffable délaissement vous a méritée, de recourir toujours à Lui avec confiance dans vos désolations intérieures et dans vos souffrances. Ainsi vous répondrez à la pressante invitation de son amour ; Venez à Moi vous tous qui êtes dans la peine et Je vous referai. ( 19)

IV

Être abandonné de Dieu, c’est pour l’homme le plus grand des malheurs. En songeant à l’enfer nous sommes impressionnés davantage par le supplice du feu ; en réalité, le tourment suprême des réprouvés, c’est la peine du dam, c’est la privation de Dieu, car ils sont comme déchirés intérieurement par l’opposition à jamais irréductible entre leur nature qui, de tout son poids, les entraîne vers Dieu et leur volonté pervertie qui Le répudie absolument, ici bas Dieu n’abandonne jamais l’homme complètement ; sa grâce le poursuit jusqu’au dernier moment, mais l’homme a le triste pouvoir de s’éloigner de Dieu, d’obliger Dieu à l’abandonner et cela pour l‘éternité. Puissions-nous être préservés d’un tel malheur ! ‘ Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, en obéissant à la volonté du Père et par la coopéraiton du Saint-Esprit, Vous avez donné la vie au monde par votre mort ; délivrez-moi, par la vertu de votre Corps et de votre Sang, de tous mes fautes et de tous les maux ; faites que je m’attache inviolablement à votre loi et ne permettez pas que je me sépare jamais de Vous ‘’’ (20)

Pensez aussi à la multitude d’infortunés qui, de gaîté de cœur, se risquent à subir cette épouvantable séparation. Les uns, vaincus par leurs passions qu’ils n’ont pas le courage de dompter, espèrent, avant de mourir, avoir le temps de se repentir ; d’autres, indifférents, laissent aller les choses sans se soucier de ce qui peut leur arriver ; d’autres enfin, aveuglés par la haine, veulent braver la justice et la puissance de Dieu. Par les mérites des souffrances que Jésus-Christ a endurées pendant son délaissement sur la Croix, suppliez la Miséricorde divine d’avoir pitié de ces âmes ‘’ Nous Vous en prions, Seigneur, laissez-Vous toucher par cette offrande des mérites de votre divin Fils et, dans votre bonté, pliez à votre loi les volontés même rebelles … (21)Références-1

Les sept paroles de N.S.J.C. en Croix -2

5ème Parole : L'indicible tourment

Jésus sachant que tout était consommé, afin que l’Écriture
fut accomplie dit :‘’ J’ai soif.’’ St Jean XIX, 28

I

Les tortures que Jésus endurées au cours de sa Passion, quelqu’affreuses qu’elles aient été, en Lui ont rien enlevé de sa lucidité d’esprit. Aussi le délaissement intérieur qui Le martyrise et dont amoureusement Il vient de se plaindre à son Père, ne l’empêche pas de relire dans le lointain du passé, tout ce que les prophètes ont dit de Lui. Aucun outrage ne Lui a été épargné et, dans un poignant raccourci, Il revoit, Il ressent en quelque sorte de nouveau toutes les souffrances prédites dont la réalisation successive l’a réduit à l’état lamentable où Il se trouve. Il ne Lui reste plus qu’à vérifier la parole du Prophète David : dans ma soif horrible, ils ne m’ont donné que du vinaigre (1) Jésus, le sachant et voulant accomplir jusqu’au bout les prédictions de l’Écriture, s’écrie : J’ai soif, Sitio. Compatissez à cette souffrance de notre divin Sauveur. De tous les supplices que puisse endurer le corps humain, la soif est le plus insupportable. Étendue sur-le-champ de bataille, le soldat ne songe même plus à se blessures, sa plainte réclame un peu d’eau pour apaiser les ardeurs de la fièvre. Et qu’elle devrait être horrible la soif de Jésus! Tout devait l’allumer en Lui ; l’agonie épuisante, la nuit sans sommeil, les flots de sang répandue pendant la flagellation, les sueurs versées en portant sa croix qui jusqu’au somment du Calvaire et depuis trois heures, Le voilà étroitement cloué à son gibet, tête nue, immobile sous le soleil qui dardait ses rayons sur son visage sans parler des angoisses de son âme qui le brûlait mieux encore que la fièvre allumée dans ses veines par le supplice de son corps. Elle n’avait donc que trop de motifs d’être réelle la soif dont Jésus s’est plaint. Nous serions peut-être tentés de croire qu’étant intimement unie à la Divinité, son humanité n’était pas atteinte au même degré que la nôtre par la souffrance physique. Mais quand nous l’entendons s’écrier : J’ai soif, cette plainte est l’attestation authentique de la douleur que tous es autres tourments Lui ont causée. Elle montre ce qu’Il a souffert dans son corps, comme son cri d’angoisse vers Dieu prouve l’intensité de son martyre intérieur.

Faites un double acte de foi à la réalité de la nature humaine en Notre-Seigneur et à la réalité de ses souffrances. Il y a eu au cours des siècles des hérétiques assez impies pour nier l’une et l’autre. Ils ont prétendu que le corps du Christ n’était qu’un corps d’apparence actionnée par un esprit et que, par conséquent, le récit de la Passion n’était qu’une pieuse légende ! Que votre foi proteste contre de pareils blasphèmes. Saluez dans l’Hostie le vrai Corps de Jésus, né de la Vierge Marie. Ave verum corpus, natum ex Maria Virgine. Adorez-Le dans cet état d’anéantissement qui rappelle d’une manière si frappante son immolation de la croix, Verre passum, immolatum in cruce pro homine.

II

Nous ne pénétrerions pas cependant les véritables sentiments du Sauveur mourant, nous méconnaîtrons la grandeur de son amour, si nous ne comprenions pas quelle était sur la Croix la soif dont Il souffrait le plus.

Sitit sitiri Deus. Dieu a soif d’être désiré, dit St Grégoire de Nazianze. Il met en quelque sort son ambition à être aimé par ses créatures. Il a tant aimé le monde, Il a été si jaloux de posséder le cœur des hommes, qu’il leur a donné son Fils unique. Qu’est-ce en effet que Jésus–Christ, se demande le Bienh. Père Eymard ? ‘ C’est l’amour de Dieu humanisé, donné à l’homme de toutes les manières, sous toutes les formes et en tous les états pour lui prouver l’amour de son Créateur (2)’ Aussi voyez la vie de Jésus sur la terre. Toutes ses actions, tous ses enseignements n’avaient qu’un but : attirer, toucher, s’attacher les âmes pour les donner son Père. Et l’on comprend alors facilement qu’après avoir souffert pour leur salut la plus sanglante des passions, qu’après avoir institué l’Eucharistie, au moment où Il allait mourir, Jésus ait éprouvé le désir de voir les hommes répondre à son amour, désir dont il ne pouvait mieux exprimer la véhémence qu’en le comparant à une soif brûlante.

O mon divin Jésus, comment vous en témoigner notre reconnaissance ? Unde hoc mihi ? (3)
D’ où nous vient cet honneur, ce bonheur d’être aimés passionnément par Vous ? Qu’est-ce qui pouvait Vous séduire en nous ? Et j’entends votre amour me répondre : c’est la profondeur de votre néant, l’excès de votre misère, l’immensité de vos besoins qui m’ont attiré vers vous et m’ont fait me sacrifier pour vous ! Comment rester insensible à une telle charité, et ne pas nous efforcer de désaltérer selon notre pouvoir le Cœur de Jésus? D’autant plus qu’en agissant ainsi nous contentions le désir de notre propre cœur.

Sitivit anima mea ad Deum vivum ! (4) Mon âme a soif du Dieu vivant ! Cette parole du saint roi David, n’est-elle pas le cri de toute âme humaine ? Oui, l’homme a besoin de Dieu, parce qu’il a besoin de bonheur et que le bonheur véritable ne se trouve qu’en Dieu. Trop souvent l’Homme ne le comprend pas. Beaucoup s’imaginent trouver le bonheur dans l’un ou l’autre jouissance qu’offre la vie-fortune; gloire; amour- mais tôt ou tard l’expérience prouve qu’au lieu d’apaiser leur soif de bonheur, ces faux biens n’ont fait que l’irriter.

Et Dieu, qui a mis en nous cœurs cette soif de l’Infini, allait-Il attendre pour l’apaiser que nous L’ayions rejoint dans l’autre vie ? Non, Il nous a envoyé son Fils, vrai Dieu comme Lui, autant pour satisfaire son attrait que pour nous permettre de satisfaire notre besoin de Dieu. Aussi écoutez les invitations, multipliées et pressantes, de Jésus : ‘’ Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi et qu’il boive. Celui qui boira l’eau que Je lui donnerai n’aura plus jamais soif, car l’eau que Je lui donnerais deviendra en lui une source d’eau jaillissant jusqu’à la vie éternelle (5)’’. Cette eau mystérieuse, c’était la grâce sanctifiante, participation à la vie même de Dieu, qui, de la sainte humanité de Jésus unie substantiellement à la Divinité, découlait comme d’une source intarissable et vivifiante. Oui, l’Incarnation c’est vraiment le mystère d’un Dieu fait homme pour que ses créatures puissent Le voir, l’entendre, Le toucher et jouir pleinement de Lui. Mais Il a été plus loin. Obligé de dérober à nos regards la gloire de son Humanité ressuscitée. Il a compensé cette privation en étendant sa présence réelle à une multitude d’endroits à la fois, en nous permettant de Le manger ! Que souhaiter encore avant la vision face à face du Ciel ?

O Seigneur, merci, mille fois merci de Vous être ainsi rapproché de nous. Puisse mon âme soupirer après votre présence, comme le cerf altéré après l’eau vivre, et trouver dans cette soif toujours plus ardente ses délices et son apaisement

III

J’ai soif. Cette plainte tomba d’abord sur le groupe ému des saintes femmes. Hélas personne parmi elles n’avait de quoi offrir au divin supplicié un rafraîchissement. Comment expliquer cet oubli ? La délicatesse féminine et l’Instinct maternel sont ordinairement si prévoyantes ! La Providence en avait disposé autrement dans la circonstance. Il eût manqué un trait à la passion de Jésus s’il eût trouvé la goutte d’eau rafraîchissante si humblement demandée : il pût aussi manqué un trait à la cruauté humaine, si elle eût accordé à la sainte Victime ce qu’on ne refuse pas, à cette heure suprême, au pire criminel. Les bourreaux vont pourtant plus loin. À la cruauté, ils ajoutent la dérision. Il y avait là un vase rempli de vinaigre son contenu servait à asperger la face des crucifiés qui s’évanouissaient, afin de les ranimer. Les soldats y trempent une éponge, la fixent au bout d’un roseau et l’approchent des lèvres de Jésus. Chose étonnante ! Jésus qui, deux heures auparavant, avait refusé le vin mêlé de myrrhe, aspire, maintenant l’âpre liquide qui Lui est présenté. Eh quoi ! Mon adorable Maître, Vous ne souffriez pas assez ? Vous voulez encore accroître votre soif par l’absorption de cette boisson irritante ! C’est pour expier ainsi les excès de l’intempérance. Les fouets, les clous et épines n’avaient atteint que la surface de vos membres sacrés la soif que Vous endurez, brûle au dedans tous vos organes, en sorte que votre sainte Humanité fut un holocauste entièrement consommé par la souffrance. Quelle leçon pour notre sensualité !

J’ai soif. Cette plaine Jésus la répète continuellement du fond de la sainte Hostie. Il disait expressément à Ste Marguerite-Marie : ‘’ J’ai soif ardente d’être honoré des hommes dans les Saint Sacrement, et Je ne trouve presque personne qui s’efforce, selon mon désir, de me désaltérer, usant envers moi de quelque retour’’. Que faisons-nous pour répondre à ce désir du Sacré-Cœur ? La règle de nos exercices de piété est-ce bien de Le désaltérer et non de chercher notre propre satisfaction? Si, oui, pourquoi les abandonner lorsque nous nous trouvons sous une impression de découragement, de mauvaise humeur, dans les moments d’aridité intérieure, ou même tout simplement, pour suivre notre fantaisie ?

J’ai soif. Cette plainte Jésus nous la fait entendre par la bouche des pauvres. Ils sont une peinture vivante et parlante de Jésus souffrant. En les soulageant, nous compatissons aux douleurs de Jésus Lui-même, ‘’ En vérité, dit-il, toutes les fois que vous aurez donné à boire a moindre de mes frères, c’est à Moi-même que vous L’aurez fait ( 6)’’. Sommes-nous fidèles au grand devoir de la charité envers les pauvres ? Souvenons-nous de la parabole du mauvais riche qui, plongé au milieu des tourments de l’enfer, réclamait en vain une goutte d’eau, parce qu’il avait refusé les miettes de sa table à un mendiant.

Dieu est sans pitié pour ceux qui ne sont pas miséricordieux à l’égard du prochain.

IV
Que votre règne arrive ! C’est le souhait que nous devons former en réponse à la demande de Notre-Seigneur : J’ai soif.

Oui, divin Rédempteur, soyez le roi des fidèles : que tous s’efforcent de vivre selon les préceptes de l’Évangile, et d’adapter tout spécialement leur vie au grand précepte de la charité. ‘’ Soyez le roi des enfants prodigues qui vous ont abandonnée : faites qu’ils regagnent vite la maison paternelle, pour ne pas périr de misère et de faim. Soyez le roi de ceux que des opinons erronées ont trompés ou qui sont séparés de l’Église par un désaccord : Ramenez-les au port de la vérité et à l’unité de la foi, afin qu’il n’y ait bientôt qu’un troupeau et qu’un pasteur. Soyez le roi de tous ceux qui sont plongés dans les ténèbres de l’Idolâtrie ou de l’Islamisme et ne refusez pas de les ramener tous à la lumière de votre royauté.’’ (7)

Nous Vous prions, Seigneur, nous, qui, admis à la Table sainte y puisons avec joie aux sources du Sauveur, que son Sang devienne pour nous une source d’eau vive jaillissant jusque dans la vie éternelle (8).

Cœur de Jésus, roi et centre de tous les cœurs, ayez pitié de nous.
Cœur de Jésus, source de vie et de sainteté, ayez pitié de nous.

6ème Parole : Le suprême témoignage

Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : ‘’ Tout est consommé.’’ St Jean XIX, 30

I

À peine les bourreaux eurent-ils retiré l’éponge imbibée de vinaigre qu’ils lui avaient présentée, que Jésus, de ses lèvres mourantes, laissa tomber cette mystérieuse et profonde parole : Consummatum est. Tout est consommé. Dans sa simplicité, c’était le plus grandiose témoignage que pouvait se rendre à Lui-même. Celui que saint Paul appelle le témoin fidèle par excellence. En entrant en ce monde Jésus avait dit à son Père : Me voici, Je viens accomplir votre volonté, c’est –à-dre, Je viens exécuter l’œuvre de restauration que, dans votre amour, Vous avez conçue. Mais pas d’illusion à faire. L’accomplissement de ce dessein divin réclamait de Celui qui s’offrait volontairement à s’en faire l’Instrument une somme de travaux et de sacrifices vraiment inouïs.

Or, ce même Jésus qui a dit, sans que personne ait jamais pu le convaincre de mensonge : Je suis la vérité, voici qu’à l’heure de sa mort Il affirme que tout est consommé. Cela revenait à dire : mon Père, Vous vouliez pour apaiser votre juste colère une victime qui passât par toutes les humiliations toutes les souffrances dont Vous aviez fixé le détail par les oracles des prophètes : c’est fait, regardez mon corps, il porte les marques de tous les supplices que j’ai endurés ; pour faciliter du chemin qui mène à la sainteté, à la béatitude, Vous vouliez que les âmes de bonne volonté puissent avoir devant les yeux un modèle qui soit pour elles un stimulant en même temps qu’un secours ; c’est fait j’ai mis à profit, sans en rien laisser perdre les lumières départies à mon intelligence, les élans communiqués à ma volonté, j’ai pratiqué toutes les vertus , celles surtout dont le besoin se faisait et se fera toujours le plus sentir : l’humilité, la douceur, la pureté, la pauvreté.

 

Oui, mon divin Jésus, il en est ainsi. A mon tour, je me plais à Vous rendre ce témoignage. Quand j’ouvre la Sainte Écriture et que je compare entre eux les deux Testaments, je trouve réalisé dans l’Évangile tout ce qui avait été annoncé à votre sujet. Je vous reconnais pour le Fils de David, né d’une mère vierge ; Vous avez été vraiment un Dieu caché, vivant pendant trente années dans l’oublie à Nazareth ; mais à l’heure marquée Vous vous êtes fait le porte-parole de Dieu,annonçant partout la bonne nouvelle, montrant tout à la fois la mansuétude de l’agneau pour accueillir les petits et la force du lion pour broyer sous des apostrophes sans réplique, les ennemis du royaume de Dieu. Le peuple juif attendait un libérateur, vous avez redressé ses vues mesquines et dépassé ses espérances en arrachant le monde entier à la plus honteuse des servitudes. Et puisque tous ces prophéties se sont réalisées, je crois à la réalisation de celles qui regardent la consommation des siècles, Vous disiez au tribunal de Caïphe : Je Vous le déclare, un jour viendra où vous Me verrez sur les nuées du ciel, assis à la droite de la Majesté divine, Oui, je crois à votre seconde venue, Juge souverain des vivants et des morts, Judex crederis esse venturus, (9) mais combien je suis heureux, en attendant ce jour redoutable de Vous adorer dans la faiblesse et le silence de votre état sacramentel. Là encore Vous accomplissez les prophéties et réalisez les figures qui dans l’ancien Testament, laissaient prévoir l’existence de l’Eucharistie. Le Tabernacle n’est –il pas la véritable arche d’alliance ou Vous résidez perpétuellement, l’oreille attentive à toutes nos demandes ; L’Autel n’est –il pas le lieu où Vous vous immolez, Vous, le vrai agneau pascal dont le sang répandu écarte de nous les colères divines. ? Et Vous-même n’avez-Vous pas dit que le pain eucharistique était la véritable manne, un aliment de vie éternelle pour ceux qui traversent le désert de la vie présente ? Consummatum est. Tout est accompli. C’est Vous-même que je possède près de moi, ô Jésus, je le crois et je Vous adore.

II

Consummatum est. Tout est consommé! Comment ne pas rapprocher de cette parole de Jésus c