AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT  QUELQUE CHOSE?

Dieu appel encore, êtez-vous assez généreux de votre amour pour Dieu pour répondre oui.

Nous avons besoin de vous maintenant. Dieu a besoin de vous et notre Église a besoin de nouveaux prêtres pour continuer le ministère que Jésus a remis à ses disciples, c'est-à-dire vous quelques soient votre âge
.

Allez sur ma page et vous trouverez les informations.

+ Sr Denise Christiaenssens Ermite de la croix o.f.s.

Titre de la série :
Forgeron-de-Dieu-Frère Antoine-Kowalczyk
Titre de la page:

Moi chiffon

Nom de l'auteur:
auteur Père Paul-Émile-Breton.o.m.i.

Moi chiffon

Son Excellence M. le Cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve,

C’est un jour de septembre, au Collège Saint-Jean d’Edmonton. La joie plane sur la maison. Deux anciens, de ceux que Frère Antoine appelait «les petites», ont été élevés à l’épiscopat ; Messeigneurs Routhier t Jordan. Ils sont venus aujourd’hui rendre visite à l’Alma Mater. A cette fête de famille s’ajoute l’éclat de la pourpre romaine : le cardinal Villeneuve. Splendeur de la liturgie et grand banquet. Pendant que le personnel s’affaire au tour des tables, le petit frère manchot est obliger e céder sa place. D’aucune utilité pour le service, du moins il ne perdra pas son temps. Il se retire à la chapelle près de «son pilier ». Il prie. C’est façon comme un autre de servir. Des échos lointains de la fête arrive jusqu’à ses oreilles: pêle-mêle des voix, rires, bruits confus. Et son âme exulte. Pensez donc ! D’un seul coup, deux «petits » devenus évêques ! Pour sûr. Dieu bénit la maison. Et le Cardinal qui est là, avec sa soutane écarlate. Une couleur qui rappelle la flamme, d’amour du Sacré-Cœur. Tout à l’heure il ira se jeter à ses genoux, baiser sa main, demander sa bénédiction, un cardinal,… un homme tout proche du Pape… et qui gouverne l’Église avec lui, vraiment, ces un des grands jours de la vie de Frère Antoine.

Toute la communauté est groupée à l’entrée principale. Près de «son pilier», l’humble manchot attend encore quelques instants, en prière. Il s’approcha à son rang, après tous les autres,… le dernier. Des têtes se découvrent, les genoux fléchissent è à tour de rôle, tous viennent présenter leur hommages, au Price de l’Eglise,… un minuscule Cardinal, la figure épanouie d’un sourire paternel et bienveillant : une fleur au soleil. Au bout de quelques minutes, la voiture de l’Éminent visiteur s’éloigne et disparaît au coin de la route, soulevant un léger nuage de poussière.

Frère Antoine paraît à la véranda. Il regarde,… il cherche des yeux. Rien, un vide. Alors quoi… ?

-«Éminence partie ?» demande-t-il ?

_ «Oui, Frère ; le Cardinal était pressé. Il devait se rendre à une autre réception.»

Pauvre Frère Antoine ! Son beau château s’écroule ; son rêve est englouti. Il ne s’approchera pas de son auguste personnage.

_ «Moi, chiffon ; moi indigne ; c’est pour cela que le Bon Dieu na pas permis que je voie le Cardinal. »(1)

Du coup l’humble manchot a mis à nu le fond de son âme : «un indigne, un chiffon». A l’exemple de sœur Benigna Consolata, dont il a médité les vertus, il se considère «un néant et un néant pécheur, indigne de vivre dans la maison du Bon Dieu,.., un chiffon malpropre qu’on ne peut toucher même du bout des doigts. » (2)

Dans la grande famille des sains, chacun à sa place…celle du forgeron manchot est avec les humbles.Les paysages n’offrent pas toutes le même aspect ni les mêmes couleurs. Mes d’émeraude, dunes brûlantes du désert, blancheur des neiges ou riche coloris des floraisons tropicales : chaque paysage possède sa beauté propre. «Autre est l’éclat du soleil, dit Saint Paul, autre l’éclat de la lune, et autre l’éclat des étoiles ; même une étoile diffère en éclat d’une autre étoile. » (3)Ainsi dans la mosaïque des saints : chacun a sa physionomie et brille d’un éclat particulier : François, le poète d’Assise, l’amant de Dame Pauvreté ; Ignace, soldat à la discipline de fer ; François de Sales, dont l’âme est aussi douce que le miel ; la «petite Thérèse», l’enfant missionnaire cachée au fond du carmel. Mais sous des traits différents, «tous ne sont qu’un par le lien de charité : ils n’ont qu’un même sentiment, une même volonté et sont tous unis par le même amour. »(4)L’humilité selon saint Bernard, peut se définir en deux mots : connaissance véritable de soi-même et mépris de soi. A s’observer dans le miroir de son âme, Frère Antoine découvre sa petitesse. Un ver aux yeux de Dieu. Né de rien, il est entré dans le monde avec la souillure du péché. Et «Frère Corps », cette boue dont il est revêtu, l’attire de toute sa pesanteur vers la terre. Les imperfections, les fautes mêmes sont à portée de main, toujours possibles. Quoi de plus pour reconnaître sa fragilité, son néant ?Cette pensée ne le quitte pas. Comme d’autres songent à leur fortune, leur rang élevé, leurs prérogatives, lui pense à son néant. Sur la modeste table de bois de sa chambre il garde habituellement un livre de lecture ou de méditation sur l’humilité. Une religieuse qui s’en étonne, il soupire avec tristesse :-«Frère Antoine trop orgueilleux ; toujours des excuses ; ça pas bien ; prier pour lui. »(5)On rencontre parfois de faux humbles, quoi poussent le sentiment de leur bassesse jusqu’à faire injure à Dieu, à méconnaître ses dons. Ils oublient qu’il y a du bon en nous, notre être naturel et surtout nos privilèges surnaturels. L’humilité ne nous commande pas de ne pas les voir, de les ignoré. «Quand on admire un tableau, c’est à l’artiste qui l’a peint que va notre hommage, et non à la toile : ainsi quand nous admirons les dons et les grâces de Dieu en nous, c’est à Lui et non à nous-mêmes que doit aller notre admirations »(6)

Au fond de son âme, Frère Antoine est persuadé de sa petitesse. Il la voit et en rougit, cependant, aucune exagération, aucun accès de fausse humilité. Parce qu’une violette est humble, elle ne se cache pas à dessein dans la boue. Elle demeure une petite fleur aimable et belle, avec son parfum subtile et ses pétales veloutés semblables à des ailes de papillon. L’Humilité de Frère Antoine ne lui enlève rien de sa beauté ou de son parfum. Pas de singularité qui dépare la vertu, qui la faite détester. Rien, non plus, de fictif.


Voyez ce religieux à l’accoutrement modeste. Si vous y regardez de près, vous découvrirez les pièces et les reprises. Lui voyez-vous des ailes ? Remarquez-vous des extases ? À la vérité, il ne fait rien d’extraordinaire. Il va son chemin, sans s’occuper de ce qui se passer à droite ou à gauche. Un besogneux, un affairé, à la démarche un peu nerveuse. On le dirait piqué de la démangeaison du travail. Et pourtant, il est recueilli, sans effort, tout naturellement. En quoi, je vous le demande, diffère-t-il de son voisin ? Peut-être dans cette attitude simple, cet air réservé qui en fait un être de silence. Quelques instants plus tard, vous le trouverez revêtu de sa salopette bleue, les pieds enveloppés dans des guenilles ; il porte un vieux chapeau ; une sorte d’épouvantail à corneilles. Sur sa figure on voit toujours le même air modeste, rayonnant la douceur et la paix. Un humble. C’est lui, Fère Antoine. Parmi les manifestations extérieures de l’humilité, saint Benoît place le silence, la réserve dans le rire et les paroles, la modestie dans le maintien. C’est une grande misère que de ne pas avoir assez d’esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire. Voilà le principe de toute impertinence» dit La Bruyère. L’esprit de la conversation consiste bien moins à en avoir qu’à en faire trouver aux autres. »(7) Savoir se taire : Frère Antoine avait fait de ce principe la règle d’or de sa vie. Dès son entrée en religion, ses confrères se virent en face d’un sphinx souriant et bon compagnon. D’où venait-il ? Sa famille était-elle ci ou ça ? Quelles avaient été ses occupations durant sa jeunesse ? Presque impossible de lui rien arracher.

«C’est moi Polonais, c’est moi pas savoir bien parler ».

Un sourire léger en guise d’excuse et il reprenait son rôle d’auditeur complaisant. Rien de choquant dans cette réserve. Au contraire, on l’aime ainsi le petit Frère Antoine, quel agréable compagnon ! On peut le taquiner, s’amuser à ses dépends ; il se prête volontiers à ce jeu, le premier il en rit. Dans la discussion, quelqu’un lui sert-il un sophisme pour le plaisir de le prendre en défaut, il a flairé le piège et se réfugie derrière son ignorance ;

_ «Vous théologien, vous connaître mieux que moi. Moi pas savoir. »

Un jour, la discussion s’engage sur les relations entre Polonais, Russes et allemands. Comme on attaque violemment l’Allemagne pour sa conduite à l’égard de sa patrie, Frère Antoine proteste aussitôt. Non, ce sont quelques chefs seulement qui abusent et sont à blâmer, pas le peuple, le peuple est bon, très généreux parfois. Il ne saurait jamais le haïr. Pour le taquiner, un visiteur renchérit :

_ «Les Polonais ne sont pas bons ; c’est pourquoi Dieu les punit. »

Fère Antoine est piqué au vif.

-«Non, dit-il, les Polonais sont bons ; les Russes pas bons.»

A peine a-t-il lâché cette parole qu’il la regrette. Se jetant à genoux aux pieds du visiteur, il lui demande humblement pardon.(8)

Modeste dans ses paroles, Frère Antoine l’est aussi dans son rire, son regard, tout son maintien. Jamais de ces gros rires qui, chez quelques personnes, ressemble parfois à des fracas de tonnerre ou des hurlements de joie. Il rit pour ainsi dire à la dérobée, la main sur la bouche, comme pour prévenir tout excès. Ce qui ne l’empêche pas d’être l’homme le plus joyeux du monde. Sa physionomie entière rayonne le calme et la paix.

Parce qu’il est humble, rien ne peut troubler son âme. Il accepte volontiers, avec plaisir même, les besognes les plus modeste et les purs répugnantes à la nature humaine.

Passe encore de chauffer les fournaises, de gratter dans le jardin ou de balaye la maison. Mais il y a les tâches obscures, ingrates et qui, parfois, donnent la nausée. Le frère manchot se voit confier le soin des vidanges et des cabinets. D’autres pourront s’adonner à des travaux plus agréables : la menuiserie, les écritures, l’ornementation des autels, la culture des fleurs. Lui, il manipule des seaux de matières visqueuses, déchets fétides qu’il transforme en nourriture pour les pourceaux. Puis, c’est le nettoyage des lieux d’aisance. Chaque matin, il se trouve en face de la même corvée les rudes planchers de ciment salis par la négligence des dizaines de jeunes étourdis, sa traînant misérablement sur les genoux, Frère Antoine frotte, décrasse, essuie les cabinets où flottent des odeurs âcres et repoussantes. Il ne dit mot : c’est la besogne qui lui convient. N’est-il pas le chiffon de la communauté ?

Si l’humilité fleurit en son âme comme en une terre fertile, elle se manifeste aussi à l’extérieur. Tout, chez Frère Antoine, respire la modestie, la pauvreté. À lui les habits usés, et rapiécés, le linge défraîchi, les chaussures éculées, sa cellule est un coin minable du sous-sol ; plancher de ciment, murs dénudés, et pour tout mobilier un simple lit et une petite table de bois. Longtemps il se priva même de chaise. Comme le Supérieur lui a fait confectionner, à son insu, une soutane neuve, il a du chagrin de cette largesse et se récuse :

-«Pourquoi vous faire ça ? Trop beau pour moi ; pas mériter ça.»

De même refuse-t-il tout argent non absolument nécessaire. S’il doit faire un long trajet en ville, il n’accepte d’ordinaire qu’un seul billet de tramway. Et bien des fois il le rapporte à l’économe. Quête-t-il des lampions, des messes ou toute autre offrande ? Il en remet aussitôt le produit. Quand il mourut, on ne trouva dans son vieux porte-monnaie que la maigre somme de trente-deux sous.


La parfaite humilité doit s’étendre à tout l’être ; elle doit pénétrer l’esprit et le cœur. L’homme humble est docile, obéissant. «Poussière, apprends à obéir, dit l’Imitation de Jésus-Christ ; apprends à t’humilier, terre et limon, à t’abaisser sous les pieds de tout le monde. Apprends à briser ta volonté et à ne pas refuser aucune dépendance.» (09)

Le divin Sauveur déclarait un jour à sœur Benigna Consolata :

_ «Quand il y a humilité, je donne ; quand je trouve davantage, de donne davantage ; et quand je vois une âme ne vivre que d’humilité, ne désirer qu’humiliations, cette âme m’attire comme un aimant… Je porte l’âme à une telle faim et soif d’obéissance, qu’elle ne respirait même plus que par obéissance. Ceci est également un fruit très précieux de l’amour : L’obéissance est la sœur de l’humilité.(10)

Non seulement Frère Antoine se juge comme un vulgaire chiffon, le torchon de la communauté ; il pousse l’humilité jusqu’à anéantir sa volonté dans les plus petites choses. Il se fait obéissant d’une obéissance héroïque.

C’était à l’automne de 1918, je crois. Un ouragan avait renversé le mur du jeu de paume, un pan d’environ cinquante pieds de longueur par vingt-cinq de largeur. A l’aide de câbles, les élèves se mettent en frais de le relever tout d’une pièce. Opération considérable, on le comprend. On tire ; tout va bien ; lentement le mur se redresse, mais soudain, à quinze pieds du sol, une panne. Sous l’énorme charpente, on devine une entrave quelconque. Qu’y-a-t-il ? Et que faire ? Il faudra ramper jusqu’à l’obstacle. Les jeunes ouvriers se regardent d’un air incertain. Après quels instants de consultation le Supérieur ordonne au Fère Antoine d’aller enlever l’obstacle. Action des plus risquées. A tout moment, un des câbles peut se casser ou glisser des mains ; ou bien, le pied du mur laisser sa base. Alors le malheureux sera écrasé, broyé à mort.

Sur l’ordre de son Supérieur, Frère Antoine n’hésite pas un moment. Il enlève sa casquette, fait un grand signe de croix et, le sourire aux lèves, disparaît sous la lourde masse. Un silence de mort qui plane… ; l’inquiétude se lit sous tous les fronts. S’il fallait… ! Tous retiennent leur souffle et attendent avec anxiété. Au bout de quelques instants on briller un crochet de métal et le petit frère en salopettes reparaît, rampant comme un ver de terre. Pour quelques temps les jeunes demeurent encore muets, d’admiration autant que d’inquiétude, Frère Antoine vient de frôlé la mort. (11).

Une autre fois, une journée de printemps ensoleillée le vent est très fort et tout sèche rapidement. Ce matin, on peut voir que Frère Antoine est plus affairé que d’habitude, un confère l’accoste :

_ «Qu’est que vous avez , Frère ? Vous êtes bien occupé !»-«Père Supérieur demande de faire brûler l’herbe de la cour, le long du ravin. Il faut préparer le nécessaire.»_ «Mais. Frère n’avez-vous jamais lutté contre un feu de prairie ?»_ «Oh ! Oui, j’en connais quelque chose »_ «Vous voyez que le vent du nord-ouest est très violent et que l’herbe est très sèche. Le feu pourrait sauter de l’autre côté du chemin et mettre les maisons en danger.»-«Oui, je sais. Mais Père Supérieur demande de faire brûler le gazon. Il connaît la force du vent et sait que l’herbe est très sèche.»Une heure plus part alerte générale ! Une épaisse fumée s’élèvent tourbillons. Le vent souffle toujours en l’herbe crépite, dans sa course rageuse, le feu s’avance menaçant vers les maisons. On voit les élèves passer en courant les uns armés de pelles, les autres tenants en mains de vieux habits ou des chandails usagés. Avec acharnement, ils luttent contre le terrible envahisseur. Ils le cravacher à droite, à gauche, éteignant un braiser naissant pour en rentrouvrent un autre à vingt pieds plus loin. Une heure durant on lutte sans merci, pour mettre enfin le feu sous contrôle._ «Eh ! bien ! Frère, qu’est-ce que je vous avais dit ? »

_ «Oui je sais. »

Frère Antoine n’ajoute rien de plus au reproche qu’on lui fait. Pourquoi aurait-il jugé les ordres de son Supérieur ? E si quelque danger menaçait, la Providence et la sainte Vierge y verraient bien (12).

 

Le forgeron n’a aucune pitié pour le morceau de fer qu’il veut transformer en chef-d’œuvre : il le plonge dans le brasier, l’écrase sur l’enclume le martèle, le torde, impassible et docile, l’acier lui obéit comme un esclave. Ainsi de Frère Antoine. Malgré les cris de la nature, il broie son âme, son cœur, tout son être. Il courbe sa volonté, l’anéantit sous la discipline, sous le renoncement le plus complet. A certaines heures, la lutte qui se livrer en lui est terrible. Tempérament vif, à fleur de peau, au surplus très sensible comme tout bon Polonais, Frère Antoine, en face de certaines contrariétés, sent bouillir son sang, une remarque un peu cinglante du Supérieure, une taquinerie poussée top loin, qui sais-je ? Ses lèves se pincent légèrement dans ses yeux une éclaire. On peut alors deviner le drame qui se déroule au plus intime de son âme. Une lave en ébullition prête à jaillir d’un cratère.

C’est un jour d’automne, sous la direction du Préfet de discipline les élèves préparent la patinoire à quelques pas seulement du jardin, de son côté, Fère Antoine, aidé d’un petit groupe de volontaires, s’affaire à renter sa récolte de légumes. Deux clans : pour des jeunes .étourdis, une occasion propice de s’agacer. On se bouscule, on se chamaille au hasard d’une rencontre. Quelques-uns dérobent de succulentes carottes qu’ils grugent à belles dents. Ah ! Qu’elles sont délicieuses les carottes du Frère Antoine ! La dissipation se propage le travail languit. On dirait un camp de désarroi. A bout de nerfs le pauvre jardinier va protester auprès du Préfet.-«Certainement qu’non y verra, Frère.»


Pris par mille soucis divers le Préfet a vite oublié sa promesse et les carottes de Fère Antoine. Le lendemain, à l’heure du travail, les taquineries et les larcins reprennent de nouveau. Non c’est trop fort ! Cela ne peu continuer !Il y a tout de même des bornes à la plaisanterie ! Le frère flanque toute là et d’un pas décidé pique droit chez le Préfet. Pendant un instant, il jargonne vite et fort et proteste vigoureusement contre le manque de discipline. Puis, il tourne les talons et s’en va.

À l’heure de l’oraison, Frère Antoine, chose inaccoutumée, n’est pas à son poste. Inquiète, un confrère se rend à sa chambre et trouve dans un triste état. Emotion ? Refoulement d’une violente indignation ? Le pauvre religieux semble avoir perdue la mémoire. Une hémorragie cérébrale peut-être ? Il fait piété à voir. Transporté à l’hôpital, il y demeure trois jours sous les soins du médecin. A son retour, sa première démarche est d’aller se jeter aux genoux du Préfet et lui demander pardon de ce qu’il croit être un manque de respect et d’Humilité. (13)

Naturellement prompt et vif, Frère Antoine dont à tout instant brider sa nature. Une réprimande un peu brusque de son Supérieur, et on le voit blêmir sous le coup d’une colère contenue. Ou bien c’est l’économe qui lui ordonne une chose plus ou moins sensée. Contrarié dans sa manière de voir, tout au plus hausse-t-il les épaules ?

_ «C’est bon, Père ; c’est fou dire, c’est moi faire.»Un jour, il est victime d’une plaisanterie grotesque de la part d’un jeune idiot. Ce pauvre d’esprit était venu pour l’aider au travail de la buanderie. Le blanchissage terminé Fère Antoine se penche au-dessus d’un lavoir pour en retirer le linge. Le voyant dans cette position, son compagnon le saisit par les jambes, le pousse brutalement dans la cuve qu’il ferme remet en mouvement. Surprise et étonnement du Frère. Un autre se serait emporté, débattue, aurait peut-être lancé des anathèmes._ «Vous pas faire ça, proteste simplement Frère Antoine. Ça pas bien. »

Interrogé plus tard sur cet incident, il hochait la tête, excusant volontiers le coupable.

_ «Lui pas fin, pas responsable. » (14)


Puis rien ne semblait troubler, chez Frère Antoine, la paix profonde réservée aux humbles.

C’était au cours d’une conférence spirituelle aux religieuses chargées du soin de la maison. Le Supérieur était à exposer les aspects divers de la vertu d‘humilité._ «Voulez-voir de vos yeux, leur demande-t-il, le modèle parfait d’un religieux humble ? Attendez !»Et il sonne pour appeler Frère Antoine alors au travail. Au bout de quelques instants, apparaît le religieux en salopettes, la caquette à la main. Sans lui donner la chance d’ouvrir la bouche, le supérieur l’apostrophe d’un ton sec :_ «Qu’est-ce que vous voulez encore, Frère Antoine.»_ «Je croyais que vous m’aviez sonné.»


_ «Allez-vous en donc à votre travail, voilà comment vous vous arrangé pour perdre votre temps.»Une profonde inclination de tête. Le frère se confond en excuses et se retire comme il es venu.. Figure douce et sereine… Un agneau.«Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.» Notre-Seigneur associe justement humilité et douceur, parce que les deux sont inséparables. A l’écoute de son divin Maître Frère Antoine a poussé l‘humilité jusqu’à son extrême limite. «Humiliavit semetipsum.. »

Ce n’était pas un amorphe, ni un lymphatique, ni un insouciant. Nature riche, il avait un caractère énergique et vif, un cœur sensible, sa personnalité aurait peu lui assurer une place enviable dans le monde. Mais plutôt que de dominer ses semblables, il préféra se dominer lui-même. Combat long et pénible, lutte de toute une vie. À la lumière de la foi, il découvrit son néant et voulut s’abaisser, se vêtir humblement, s’adonner aux besognes vulgaire, être le denier de tous, cela lui était relativement facile, grâce à sa volonté de fer, mais était-il piqué au vifs, il ressentait, avec âpreté parfois, une révolte soudaine de toute son être. Il lui fallait déployer toute son énergie surnaturelle pour ne pas faire irruption. Victoire de la grâce sur la nature, au milieu des contradictions de toutes sortes. Frère Antoine garde son calme. Il se fait doux et modeste, affable même. Le forgeron a dompté le fer. Il l’a amolli, tordu, forgé.

Humble, oui Fère Antoine, le fut jusqu’à s’étendre lui-même sur la croix que Dieu lui présenta. «...Obediens usque and mortem crucis »

 

Références- Moi chiffon
(01)-Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome
(02) Vade Mecum (op. cit. p.7) Ex Lib. Fr. Antoine
(03)-I Cor. XV-412.
(04)-Imitation de J.-C. Liv. III. Chap. LVIII
(05)- Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome
(06)-Précis de théologie, Tanquerey, huitième édition, p. 709
(07)-Caractères chap. IV.
(08)- Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome
(09)-Imitation de J.-C. Liv. III, chap. XIII
(10)-Vade Mecum op. Cit. p. 46 (Ex libris. F. Antoine)
(11) Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome
(12)- Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome
(13)- Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome
14)- Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome
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