AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT  QUELQUE CHOSE?

Dieu appel encore, êtez-vous assez généreux de votre amour pour Dieu pour répondre oui.

Nous avons besoin de vous maintenant. Dieu a besoin de vous et notre Église a besoin de nouveaux prêtres pour continuer le ministère que Jésus a remis à ses disciples, c'est-à-dire vous quelques soient votre âge
.

Allez sur ma page et vous trouverez les informations.

+ Sr Denise Christiaenssens Ermite de la croix o.f.s.

Titre de la série :
Forgeron-de-Dieu-Frère Antoine-Kowalczyk
Titre de la page:

Le soir descend

Nom de l'auteur:
auteur Père Paul-Émile-Breton.o.m.i.
Le soir descend

Frère Antoine se fait vieux maintenant. Sa vue baisse, sa démarche est plus lente. Et il oublie parfois. Lui, à la constitution autrefois si robuste, est obligé à quelques reprises de s'aliter. Ses forces le trahissent. Aux pieds de la Vierge , la petite lampe vacillante s'éteint lentement.

Pourtant rien ne trouble sa joie intérieure. Lorsque ses confrères vont lui rendre visite à l'hôpital, il les reçoit en souriant et leur tend un bras décharné où s'enroule le chapelet. Et tout près de son oreiller,... sa croix d'Oblat repose.

— « Père, moi plus capable travailler... Priez pour moi,... pour bien mourir... Dites avé » 1

A son retour au collège, le Père Econome l'installe dans une chambre au rez-de-chaussée, pour qu'il soit près de la chapelle. Mais il ne lui assigne aucune occupation spécifique. Ah! Comme le vieux Frère se sent mal à l'aise. Pour lui ce repos forcé c'est de la fainéantise, une perte d'énergies...

— « Moi pas travailler;... moi coûter cher à la Congrégation. »

Impossible de rester en place, de retrouver la paix. Il se plaint, soupire, insiste pour qu'on lui confie un peu de besogne. Cédant enfin à sa requête, l'Econome lui permet de descendre dans son ancienne cellule et de s'occuper à des travaux de nettoyage. Frère Antoine est tout joyeux: servir, se dévouer, il peut donc encore être utile. Et il reprend ses salopettes, sa vadrouille,... et sa vie d'humble frère convers. Sur le visage du frère manchot, la sérénité brille à nouveau. Travailler pour le prochain,... travaillé pour Dieu! Que pourrait-il souhaiter de mieux? Le plus grand bonheur n'est-il pas de se donner?

Hélas, Frère Antoine est vieux. Il oublie. Et ses yeux le trahissent...

— Père, quelle heure-t-il? Est-ce le moment d'aller à la chapelle...? »

Comme une ombre qui appartient déjà à l'éternité, il hante les corridors. Plus souvent qu'à son tour, le religieux se glisse au pied de l'autel. Un bruit de chapelet, des murmures d'avé, un regard qui demeure fixé sur le tabernacle. Il prie... il prie sans cesse. Pourquoi en douter? Ce petit manchot aux cheveux blancs comme neige, cet humble, ce travailleur, ce silencieux, ce n'est pas un homme comme les autres... Depuis un demi-siècle qu'il vit en communauté, sa réputation de religieux modèle n'a pas subi un seul accroc. Aux yeux de tous, sa chair mutilée, rhumatisante, usée, c'est bien l'enveloppe d'un saint.

Au cours d'un voyage au Canada, le Provincial des Oblats de Pologne a rencontré son compatriote. Cette perle, ce joyau de sainteté, il veut le ramener dans sa patrie:

Pourrions-nous avoir le bon frère Kowalczyk, écrit-il, pour notre province polonaise?... Nous n'avons qu'un nombre bien restreint de vieux frères convers. Le frère Kowalczyk serait comme une tradition et un exemple pour les jeunes frères... » 2

Il formule la même demande au Supérieur général, à Rome:

« Vu l'âge et l'infirmité du Frère, (il a 59 ans et a perdu une main à Saint-Paul des Métis), nous ne comptons pas sur son travail mais sur sa prière et l'influence qu'il pourrait exercer sur nos jeunes frères, par sa piété et son attachement à sa vocation et à la congrégation. Il aurait aussi l'occasion de revoir sa famille après 30 ans d'absence dans les missions du Nord-Ouest... » 3

Deux ans plus tard, ce sont les Pères allemands et polonais de Regina, en Saskatchewan, qui convoitent la possession de l'humble Frère.4 Mais la province de l'Alberta Saskatchewan ne veut pas se départir de son trésor.

Et Frère Antoine de bon coeur se soumet. Il poursuivra son exil... jusqu'à la mort.

Il vieillit toujours. Crépuscule d'une journée qui fut pleine, et méritoire, et consolante. Le soir descend...

Parfois on surprend le Frère en train de somnoler à la chapelle. Et certains le taquinent:

— « Frère Antoine, vous dormez des fois à la chapelle; et vous vous bercez comme une vieille femme... » — « Ah! Moi vieux aussi. »

Et il sourit doucement.

13 décembre 1942. C 'est jour de fête au Collège Saint-Jean. Voix de l'orgue et chant des jeunes montent joyeux vers le ciel. On sent flotter l'allégresse. Frère Antoine célèbre ses cinquante ans de vie religieuse. Messe d'actions de grâce, agapes fraternelles, séance en l'honneur du jubilaire. L'humble frère en est tout confus,... penaud. Comment peut-on s'occuper de lui, « le chiffon » de la communauté? Tant d'égards lui font honte; il rougit, s'efface. Bon gré, il doit pourtant se soumettre à la volonté de son supérieur. Voyez-le, ce soir, à la place d'honneur; il ressemble à un animal traqué et qui voudrait s'enfuir. Ah! Quel supplice pour son humilité! En vain il s'efforce de sourire. La rougeur lui monte au front; il ne sait où jeter les yeux. Et timidement, il subit« l'avalanche des compliments. Cela lui ferait moins mal qu'on lui ampute le bras. »

Personne pourtant ne mérite mieux que lui d'être fêté. Trente années durant, il fut le pilier du Collège, son paratonnerre. En une circonstance analogue, un ancien de la maison avait décrit l'influence profonde et bienfaisante de Frère Antoine auprès des jeunes.« Oui, disait-il, cet enfant de Dieu et de la Vierge , avec son humble simplicité, a tissé sans arrêt le fil de nos vies; il nous a attirés toujours plus près de Dieu. Quel vivant modèle sous nos yeux! A le voir absorbé dans la prière et en union intime avec Jésus, il nous devenait à nous-mêmes plus facile de prier, de l'imiter dans ses dé­ votions... Par dessus tout, sa grande vénération pour le sacerdoce était pour nous tous un encouragement et une inspiration... Jamais nous n'eûmes de meilleur ami! Et même après avoir quitté le seuil du collège, il nous suivait sur le chemin de la vie... par sa prière persévérante. » 5

Lorsque eurent sonné les dernières heures de cette fête, Frère Antoine eut un soupir de délivrance. Et il rentra dans l'ombre et le silence.

Ame tout intérieure, humble, sacrifiée, fervente, il continue sa vie d'union intime avec Dieu. Eut-il comme certaines âmes arrivées au sommet de la perfection, des phénomènes mystiques extraordinaires? On ne saurait l'affirmer... Mais ces phénomènes après tout ne sont pas partis intégrante de la sainteté. Révélations?... Extases?... Non, rien de pareil dans sa vie. A peiné quelques allusions, parfois, à des grâces toutes spéciales. Il croit entendre une voix intérieure qui lui parle: « Va à Mulheim-sur­ Rhin,... » « Si vous ne quittez votre mère... » « Dis à ton supérieur... » Mais Frère Antoine est réservé, réticent. Il n'affirme rien de trop catégorique. Il couvre le tout d'un voile de discrétion.

Des faveurs divines?... Des manifestations surnaturelles?... Oui, il en eut probablement... Mais il faut lui en arracher l'aveu. Et il en parle comme à contrecoeur.

Une fois, cependant... C'est sur la fin de sa vie. Une nuit mystérieuse, terrible... Que lui était-il arrivé? On ne saurait au juste le dire. Au matin du 17 septembre 1945, on l'avait à peine aperçu,... une seule fois... dans un corridor. Chose plutôt inusitée chez un religieux aussi fidèle; il était, ce jour-là, absent des exercices de communauté. Le midi, comme il n'est pas à table, un de ses confrères va à sa recherche. Il trouve Frère Antoine, assis sur son lit, la figure tuméfiée, les yeux un peu hagards... à demi- conscient.

— « Mais qu'avez-vous, Frère?... Que s'est-il passé? »

Abattu, épuisé, on dirait qu'il a peine à comprendre,... à se souvenir. Ce qui est arrivé?... Le sait-il vraiment?... Quelques paroles vagues... Un hochement de tête. Frère Antoine reste abasourdi.

Alerté, le Supérieur fait transporter sur-le-champ le malade à l'hôpital. Comme son état paraît grave, on lui administre les derniers sacrements. Les jours suivants, il se remet un peu... Ayant appris qu'une de ses compatriotes est de passage, il manifeste le désir de lui parler. C'est une excellente mère de famille, dont le fils se prépare au sacerdoce... Un petit Polonais, un protégé de Frère Antoine: une vocation qui lui est doublement chère. Cette famille, c'est une des rares amitiés dans la vie du frère manchot. Il y trouve édification et réconfort.

La bonne dame est là près de son lit. Oui, il l'a fait mander... Il veut lui parler,... s'ouvrir à celle qu'il nomme « sa mère »,... et lui confier un secret,... un secret qui pèse sur son coeur.

— « Priez pour moi, ma mère, je suis pauvre! »

« Non Frère, vous n'êtes pas pauvre... Mais qui donc vous a battu?... Avez-vous des ennemis? »

Dès son entrée, la visiteuse n'a pu retenir un mouvement de douloureuse surprise. Elle est saisie,.., émue. Quel spectacle s'offre à ses yeux! Frère Antoine est étendu, presque immobile. Il a peine à se mouvoir. Figure couverte d'ecchymoses, main meurtrie. Son bras, ses jambes, tout son corps (il en fait l'aveu), sont marqués de ces contusions bleuâtres... Comme s'il avait été roué de coups de bâton, battu, flagellé.

• « Non, ma mère, je n'ai pas d'ennemi. »

— « Mais qui vous a battu? »

• « Quelqu'un... Je ne sais pas. C'était après mes prières, le soir. Il n'y avait personne dans ma chambre. Je pense que c'est le démon,... parce qu'il m'a molesté toute la nuit, en me jetant par terre. »

— « Pourquoi n'avez-vous pas crié? »

— « Je ne pouvais pas... »

De retour de l'hôpital, Frère Antoine a pour quelque temps la hantise de sa mystérieuse aventure. Il a peur...

Peur non pas d'un autre assaut sauvage... Que lui importe le démon? Mais il craint que son secret ne soit découvert. A plus d'une reprise, il s'informe à son voisin de chambre:

— « Vous savoir ce qui est arrivé?... »

Et sur sa réponse négative, il s'éloigne... un petit sourire de satisfaction au coin des lèvres. Son secret, il l'a confié à « sa mère ». Personne d'autre ne le saura.6

Mais sa santé a reçu un dur coup. Frère Antoine en reste tout ébranlé. Ses facultés se brouillent; sa mémoire le trahit. À grands pas, il voit venir vers lui la mort. La mort! Elle ne le trouble ni ne l'effraie. Pourquoi la craindre? N'est-elle pas le voile qui se déchire? Une délivrance? « Vita mutatur, non tollitur. » Non, il le sait, la vie ne lui sera pas tout enlevée. C'est plutôt une vie nouvelle qui s'ouvre devant lui. Son âme, comme un bouton de rose, va bientôt s'épanouir au soleil de l'amour divin. La mort,... aurore de l'éternité.

Et il en parle comme d'une amie. Déjà, il la salue. Oui, elle vient... Il la sent tout près... à quelques pas:

— « Moi, vieux. Ça ma dernière année! Mon ami, quand vous reviendrez,... moi ne serai plus ici. »

Mais Frère Antoine ne s'émeut point. Calme, douceur et paix... Sa figure est empreinte d'une plus profonde sérénité. Et dans ses yeux on croit apercevoir des reflets de l'Au-delà. Un beau soir d'automne au soleil couchant. Sa vie se teinte de pourpre et d'or. Un astre va bientôt disparaître... Dans l'éternité!

Les jours s'écoulent lentement... comme les derniers grains du sablier. Frère Antoine peut encore s'adonner à de petits travaux. Surtout, il prie... Vient l'été, l'époque, de la retraite annuelle. Son supérieur l'a relevé de toute obligation des exercices en commun. A 81 ans, il mérite bien qu'on ménage ses forces. Mais Frère Antoine ira quand même. Le dernier après-midi qu'il passe au Collège, on l'aperçoit dans le parterre. À genoux, sous un soleil de plomb, il arrache les mauvaises herbes. Non, il ne sera pas dit qu'il a volé Dieu. Chômer, pour lui, ce serait manquer à son devoir. , faire tort à sa congrégation. Et Frère Antoine travaille, besogne, s'épuise... jusqu'au dernier moment!

Le lendemain, il part pour la vieille mission de Saint-Albert, à quelques kilomètres d'Edmonton. Il est heureux! La retraite annuelle: jours de joie surnaturelle, d'intime union à Dieu. Banquet de l'âme! Pour Frère Antoine, une autre vision le fait tressaillir.

— « Ça, ma dernière retraite », confie-t-il à quelques-uns de son entourage.

Début de juillet. Un ciel bleu sans nuage et élu soleil.

Dans la riche campagne albertaine, les blés poussent dru. La récolte sera bonne. Mais Frère Antoine, les regards perdus dans le lointain, rêve d'une autre moisson. Son âme ! Son éternité ! Quelle gerbe aura-t-il à présenter à son Maître...? Et la voiture roule toujours. Déjà, le religieux peut apercevoir la vieille Mission, au sommet de la colline: maison des Pères, église paroissiale, couvent des Soeurs et, blottie tout près, la rustique cathédrale de monseigneur Grandin. Quel lieu de calme et de repos! « Venite seorsum et requiescite pusillum nunc ». Paysage reposant: des bosquets de fraîcheur; tout au fond du parterre, une grotte de la Vierge. Et là-bas, entouré d'une haie de verdure, le champ des morts. De la solitude... Du silence.

Frère Antoine se sent tout proche du ciel. Et cette maison vétuste...! Comme elle parle à son coeur! N'est-ce pas ici qu'il s'est donné à Dieu pour toujours? De cela,

il y a plus d'un demi-siècle. Ici, qu'il a fait son apprentissage de manchot? Qu'il a vécu tant d'heures bénies, seul à seul avec Dieu? Ah! Tant de souvenirs hantent ces vieux murs! Il croit revoir les anciens... La douce figure du saint évêque... Celle de ses compagnons d'apostolat... Fauchés! Disparus! Ils dorment là-bas... Et lui?

De toute son âme, le religieux s'est plongé dans la retraite... sa dernière retraite! Oui, le Maître peut venir... Frère Antoine ne craint pas. Il est prêt... Il attend... et il espère.

Depuis deux jours, les exercices suivent leurs cours régulier. Le prédicateur a exposé devant son auditoire les « grandes vérités »,... les fins dernières,... la mort. Recueilli, les yeux modestement baissés, Frère Antoine écoute. Il médite. Tous ses moments libres, il les passe au pied du tabernacle. Sur ces traits, on peut lire un sentiment de paix, de joie surnaturelle. Une douce quiétude. Oui, le forgeron de Dieu a terminé sa rude journée... Il a déposé ses outils... Désormais, il attend l'heure du grand sommeil.

Un radieux matin de dimanche. Sur toute la campagne, le soleil répand ses flots de lumière. Et dans les bosquets une brise passe, légère comme un frisson. Dimanche, jour du Seigneur... jour de repos et de prière. Mais au dîner, une place est vide. Frère Antoine est absent. Un de ses confrères a vite soupçonné quelque chose d'anormal. On le découvre, en effet, étendu sur son lit, vêtu de sa soutane, mais paralysé et incapable de murmurer la moindre parole. Transporté d'urgence à l'hôpital, il reçoit dès le lendemain les derniers sacrements. Plus d'illusions: c'est la fin!

Un crucifix, deux cierges qui scintillent, des ampoules sacrées, un peu d'ouate... L'Eglise apporte à son enfant ses dernières consolations ici-bas. Elle l'accompagne jusqu'au seuil de l'éternité. Agenouillés autour du malade, quelques Oblats, ses frères... Ils prient. « Quam bonum et quam jucundum... ! » Plus que jamais, comme il fait bon, à cette heure suprême, sentir la sympathie et le réconfort des siens! Non, le religieux n'est pas un solitaire, un abandonné. Avec les secours de l'Eglise, il reçoit ceux de sa famille entière... la Congrégation. Quel baume au coeur du mourant...!

Frère Antoine repose immobile. Visage serein, joie calme. Et dans ses traits, loge toujours le même sourire d'autrefois... un sourire empreint de bonté. On dirait un agneau qui s'offre à l'immolation. Le prêtre trace sur lui les onctions saintes. Puis, élevant l'hostie entre ses doigts, il prononce lentement la formule de « l'Oblation ». Frère Antoine lève les yeux... Il veut parler... Il fait un suprême effort. Mais ses lèvres sont muettes; les mots s'arrêtent sans vie. Alors dans ses yeux pleins de douceur passe un long regard d'amour. Oui, il s'offre... il se livre. Comme autre­ fois, il renouvelle son sacrifice.

« Je remets mon âme entre vos mains... Je vous la donne mon Dieu, avec tout l'Amour de mon coeur, parce que je vous aime et que ce m'est un besoin d'amour de me donner, de me remettre entre vos mains, sans mesure,... avec une infinie confiance,... car vous êtes mon Père. »

La mort arrive vite maintenant... Quelques heures encore... Bientôt... Et Frère Antoine le sait. Un léger mouvement de ses doigts rugueux... Il caresse son chapelet... en silence... souriant. Ce sont ses derniers avés qu'il égrène. Déjà la fin...!

Dans un demi rêve, il revoit tout le chemin parcouru. Dzierzanow avec ses toits de chaume... Le sanctuaire béni... Sa Madone... Sa mère. Puis les routes de l'exil... Labeur pénible, enfer des usines, tortures du coeur! Et c'est l'appel,... l'appel de Dieu qui l'attire sur son coeur, pour faire de lui son apôtre, son missionnaire, un Oblat de la Vierge... Vie de sacrifices, sans doute, mais vie d'amour et de prière, comme un avant-goût de l'éternité.

Non, ce n'est plus la mort qui vient maintenant vers lui, c'est la Vie. « Mère de Dieu, priez pour nous pécheur... » Marie, sa bonne Mère, elle est là, à ses côtés, prête à l'accueillir. Dans quelques instants, il se jettera enfin entre ses bras... Pour ne plus la quitter... Jamais!

Une dernière fois, Frère Antoine baise son crucifix d'Oblat qu'une main charitable présente à ses lèvres... Puis il ferme les yeux... Insensiblement, la mort l'enveloppe... L'après-midi touche à sa fin. Encore quelques battements d'amour,... un souffle léger,... un soupir... Et puis, plus rien.

Le forgeron de Dieu a terminé sa journée de labeur. Frère Antoine est mort.

Au clocher de Saint-Joachim, on entend sonner l'Angélus.

Ce furent de bien simples obsèques. Dans la chapelle où le religieux avait murmuré tant de prières, et tant d'avé, une centaine d'assistants se pressent: Oblats, religieuses, anciens élèves et amis. Son directeur et confident préside. Sobres et modestes funérailles; aucun décor extérieur. Jusque dans la mort, le petit frère manchot, le forgeron de Dieu, prêche l'humilité.

Et la douce mélopée des prières liturgiques s'élève... grave et sereine. Non pas un chant triste, semblable à des sanglots... mais un hymne qui prend son envol vers le ciel... comme une délivrance. « In paradiso deducant te Angeli »... Recueillement, attitude respectueuse, ferveur...Devant ce cercueil sans apparat, l'âme est pénétrée d'une profonde vénération. Mais est-ce bien un cercueil? Ne serait-ce pas plutôt un écrin dénudé renfermant un joyau précieux...? Des reliques?Dans la riche campagne où les moissons poussent dru, le convoi funèbre roule vers Saint-Albert... Un brûlant après-midi de juillet... Le cimetière aux allées propres et bien alignées est lourd de silence. Tout est repos. Croix en tête, le cortège lentement s'avance... Et l'on n'entend que le bruit des pas sur le sol rocailleux... des pas qui résonnent comme une plainte...Au fond de l'enclos, une fosse béante... Le cortège se brise en un léger remous, un cercle se forme, toutes les têtes se découvrent... Et voici que s'élève le murmure confus d'une prière... « De profundis clamavi... » Un frisson d'ailes dans le buisson, le cri d'un oiseau qui s'enfuit... Et tout retombe dans le silence.Jetant un long regard sur le cercueil, une dernière fois, les assistants contemplent leur vieil ami... comme pour mieux graver son souvenir. Figure émaciée, les yeux profondément clos, sur la poitrine une seule main qu'enchaîne le chapelet... Quelle douceur sur ces traits endormis! Quelle paix souriante! Finis les durs labeurs du forgeron... les épreuves,... les luttes de la vie! Fini le long exil!Et la terre se referme... Elle enlace à jamais son enfant dans son étreinte maternelle.Eperdument, Frère Antoine s'est jeté entre les bras de sa Mère, en lui criant: « Ave ».

Ainsi meurent les élus.

Références- Le soir descend

1 Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome.
2 .Lettre du P. G. Kulawy, o.m.i. (1925) au P. Blanchin, provicial d'Alberta-Sask. Archives provinciales des O.M.I. Edmonton.

3 Archives de la Postulation (Dossier P. Antoine) Rome.
4. Idem
5 Allocution du R.P. Janssen, o.m.i.
6 Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome
.

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