AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT  QUELQUE CHOSE?

Dieu appel encore, êtez-vous assez généreux de votre amour pour Dieu pour répondre oui.

Nous avons besoin de vous maintenant. Dieu a besoin de vous et notre Église a besoin de nouveaux prêtres pour continuer le ministère que Jésus a remis à ses disciples, c'est-à-dire vous quelques soient votre âge
.

Allez sur ma page et vous trouverez les informations.

+ Sr Denise Christiaenssens Ermite de la croix o.f.s.

Titre de la série :
Forgeron-de-Dieu-Frère Antoine-Kowalczyk
Titre de la page:

Forgeron-de-Dieu-
Frère Antoine-Kowalczyk
Le frère manchot

Nom de l'auteur:
auteur Père Paul-Émile-Breton.o.m.i.

Ville de Montréal Qc Canada 1896

Frère Antoine arrivait dans un pays neuf. Les immenses plaines de l’Ouest canadien n’avaient pas encore connue leur prodigieux développement. La brouisse, de grands bois silencieux,… peupliers, bouleaux, sapinières,… des muskegs : une nature encore à son berceau. Des lièvres qui bondissent à travers les hautes herbes et, la nuit, quand tout dort, le hurlement lugubre des loups et des coyotes. L’Ouest canadien, plaine au sol inculte, aux forêts impénétrées.

Seules, dans ces vastes espaces, chevauchent les tribus nomades et les rafales capricieuses du vent…

Mais déjà l’on entend le bruit des charrettes bâchées et le grincement des rails. Depuis un demi-siècle, l’avant-garde des missionnaires est sure place. Colons et immigrants s’avancent à leur tour et déferlent en vagues successives. C’est la cours à la Terre promise. Les villages naissent comme des champignons ; la solitude se peuple ; et sous les rayons d’un soleil généreux, les moissons blondes frémissent peur la première fois.

Un pays s’ouvre à la civilisation.

Débarqué à Québec au début de juin, Fère Antoine part aussitôt pour Montréal. Où il ne demeure que trois jours. E c’est la randonné vers l’Ouest. De longues heures durant, défileront à ses yeux les paysages de sa nouvelle patrie : la sauvagerie tantôt boisée, tantôt rocheuse, de l’Ontario, souvent agrémentée de lacs ; puis les terres en culture du Manitoba, auxquelles succède la monotonie sans fin de la plaine immense…Après une courte halte à Calgary, le nouveau missionnaire arrivait enfin à Edmonton. Dans son journal intime, Monseigneur Grandin, le sait évêque de Saint-Albert, note le fait : «Le 11 juin, le bon frère Kowalczyk nous est arrivé. C’est un frère polonais presque mécanicien, il est vraiment très capable et surtout un excellent religieux.» (1)

Mgr Vital- Justin Grandin en 1871 qui en a été le premier évêque

.

A trois mille kilomètres de Montréal, Edmonton n’est pas encore, en 1896, qu’une petite ville de 2,000 âmes. Sous la poussée des événements, elle faisait toutefois entrevoir sa prospérité future. La richesse agricole des environs et l’affluence des chercheurs d’or, en route vers le Klondike, en faisait déjà le port du grand Nord canadien. C’est aussi un relais et un poste d’approvisionnement pour les missionnaires. Un peu à l’écart du centre des affaires et à deux pas du Fort, on avait groupé les édifices religieux : la vielle église Saint-Joachim, le presbytère, le pensionnait des Fidèles Compagnes de Jésus, l’école catholique séparée, enfin l’hôpital général dirigés par les Sœurs Grise (2).

Tous les mois de mai et une partie de juin, la pluie n’avait cessée de tomber. Impossible de faire les semences. Les vivres s’épuisaient ; les chemins éteint détrempés ; «les bœufs sont maigres », ajoutait le chroniquer du lac La Biche. (3) Le Père Grandin, s’était rendu à Edmonton acheté des provisions. Pour un temps incertain, toute une caravane se met en route pour retourner à la mission. Onze voitures lourdement chargée de farine et d’objets les plus divers, outre les «fréteurs» (4) on compte seize voyageurs : Le Père Henri Grandin, Tissier, Simonin ; les Frères Simose Alexandre, Moélic, Racette, huit Sœurs Grises, et le nouveau venu, «le petit frère polonais.»

La caravane s’engage dans un chemin à peine défriché, cahoteux, remplie d’ornières : les fameuses «trails» de l’Ouest. Les chevaux dociles avancent avec peine, lentement ; parfois, il faut en atteler six ensemble pour dégager l’un ou l’autre des chars embourbés les bêtes se cramponnent et tirent à plein collier. Le essieux grincent ; les voyageur son balloté en tout sens :… mais cahin-caha, les charrettes s’enfoncent dans la prairie sans fin. Heures monotones, sous un soleil de plomb, entrecoupé de quelques gros orages. A la tombée de la nuit, la caravane s’arrête, l’on campe. Des nuées de maringouins fondent à l’improviste. Ils enveloppent voyageurs et bêtes. Impossible de fuir, ils sont partout pénètres les vêtements, se colles à la peau. Une piqure brûlante, les maringoin suce le sang et s’en va. Deux, trois, cinq autres, les remplacent. On allume le feu de camp ; des «chaudières de fumées» éloignent pour un moment les bestioles. Un maigre souper. Et sous la voute silencieuse de cette nuit de juin le camp s’endort au murmure des aves.

Mission près du Lac Biche



Jour après jour, la caravane avance péniblement. Elle a franchi la branche nord de la rivière Saskatchewan et dépassé la mission du Lac Laselle. Bientôt elle va atteindre le Lac Poisson Blanc. Le Père Grandin, Sylvestre Bourque et Frère Antoine voyaient à la tête du convoi.

Au bas d’un léger enfoncement de terrain, la voiture s’embourbe de nouveau. Le fouet claque. Peine inutile. Les voyageurs sont immobilisés par un marais de quelques trois cents verges de largeur. La déception, l’inquiétude se lit sur tous les visages, comment se tirer de cette impasse ?

Frère Antoine a déjà sauté de voiture. Et pendant que l’on dételle les têtes, lui s’aventure au milieu du marais… Il a de l’eau jusqu’aux genoux… Il avance toujours, une petite branche et une image à la main. Arrivé de l’autre côté, il s’agenouille sur une butte et se met en prière. Cinq minutes passent, dix minutes ; le frère Antoine prie toujours. Une demi-heure... Les charretiers se mettent à maugréer ; ils tempêtent contre ce « mangeur de balustre. » Qu’est-ce qu’il lui prend ce petit fou de Polonais ? Tous ce temps perdu inutilement ! Pense-t-il nous tirer d’ici avec des prières ? » D’un mon, le Père Grandin les fait taire.

« Mes bons amis, ne vous moquez pas. Ce petit frère, c’est un saint.»

Au bout d’une heure Frère Antoine se relève.

«Bourque, crie-t-il, traverse !»

Le Chartier hésite un instant ; puis il attelle et «En avant!» Sa charrette roule, ô surprise ! Comme sur un terrain dur. La caravane entière suite à la file. En mois d’un quart d’heure, tous avaient traversé le marias.

«Voyez vous, dit le Père Grandin aux «fréteurs», vous aviez bien tard de murmurer.»

«C’est vrai ; mais savait-on, nous autres, que était un saint ? »

Onze jours après on départ d’Edmonton, la caravane rentre fourbue à la mission du lac La Biche. Frère Antoine lui, jubile de satisfaction : sa vie de missionnaire commençait bien !

P. Charles de Foucauld.

Une semaine plus tard, le Père Grandin écrit à son Supérieur général :

« Je ne sais comment vous remercier pour la promptitude avec laquelle vous avez bien voulu répondre à ma demande d’un frère mécanicien pour nos machines…J’ai voulu attendre son arrivée pour vous écrire, aujourd’hui que je l’ai vue, et éprouvé, je ne puis que bien faiblement vous remercier pour votre grande bonté. J’ai ramené le Frère Kowalczyk d’Edmonton ici, et dans ce voyage pénible et bien dur surtout pour un nouveau, je n’ai eu qu’à me louer de ce cher frère qui m’a bien édifié ainsi que 4 autres Métis que j’avais avec moi. Merci bien encore une fois, d’avoir accordé ma demande et de m’avoir envoyé un sujet qui ne pourra, par ses bons exemples, manquer de faire du bien à tous vos enfants de Notre-Dame de Victoires. Il paraît tout à son affaire auprès de son engin et s’il pouvait mieux s’exprimer en français. Je ne doute pas, qu’il eut déjà améliorés nos vielles affaires… » (5)

Et la vie reprend son cours normal. Finis les tracas de voyage ; finis les jours mouvementés. Sur les bords de ce lac enchanteur, Frère Antoine enveloppé d’une solitude apaisante, goûte des heures bénies.

Désormais, ce sont les petits faits de la vie quotidienne consignés dans le «Codex» de la mission.

11 juillet. «Les apparences pour la récolte de patates sont mauvaise. Le frère Moélic les renchausse avec la charrue e le frère Kowalczyk le remplace à la machine.»

18 juillet. «Les frères continuent les mêmes travaux au moulin et à la boutique. La scierie va mieux cette semaine et on commence à espérer que l’on pourra scier tous les billots cet été.»

Sa journée terminée, le mécanicien se retrouve avec bonheur au pied du tabernacle, toute la mission repose en silence. Plus de moteur qui ronfle, plus de scie gémissante. Seul le murmure du vent dans les feuillages. Le lac lui-même s’est endormi, la paix du grand nord. Tard dans la nuit, Fère Antonine est encore en prière. Il veille auprès de son Maître ; comme l’apôtre Jean, il repose suer le cœur de Jésus. C’est l’heure des confidences célestes :

«Mon Père, je m’abandonne à vous. Faites de moi ce qu’il vous plaire. Quoique que vous fassiez de moi, je vous remercie. Je suis prêt à tout, j’accepte tout, pourvu que votre volonté se fasse en moi, en toutes vos créatures. Je ne désire rein d’autre mon Dieu. Je remets mon âme entre vos mains. Je vous la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je vous aime et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre vos mains, sans mesure, avec une infinie confiance, car vous êtes mon Père.» (6)

Bientôt Dieu allait exaucer la prière de son enfant. Il imprimera dans sa chair le stigmate de l’amour divin.

Frère Antoine se dévoue à la mission du Lac La Biche depuis un an, ce jour-là, le 15 juillet 1897, la petite communauté de Notre-Dame des Victoires rayonne de gaieté. C’est la Saint-Henri, la fête du Supérieure le Père Gradin décrète un congé. Bien modeste célébration. On pourra rire, causer toute la journée ; peut-être la récréation sera-t-il un peu prolongée ? Et au dîner, les cuisinières déposeront un gâteau sur la table Mais le travail se continuera comme à l’ordinaire.» Tous étaient dans la joie, écrit le chroniqueur, quoique chacun fût à son affaire.» (7)

À la scierie, la besogne est pressante : l’orphelinat que dirigent les Sœurs Grises doit être transporté au Lac Laselle, où les enfants sont plus nombreux. Il faut se hâter avant la venue de l’hiver. Alors, Frère Antoine s’affaire à longueur de jour. Du matin au soir, le moteur ronfle, la scie mord à belle dents les longues billes : «Vite, Frère Antoine, les charroyeurs attendent… » « Vite, Frère Antoine, voici une autre bille… » «Allons, dépêchons-nous ; c’est pour le Bon Dieu. »_ « Pour le Bon Dieu ? Très bien, Seigneur, faite de moi ce qu’il vous plaira. » Et la machine continue sa ronde endiablée et les avé s’empilent avec le bran de scie .Tout è coup au milieu du vacarme, un cri de douleur ! le jeune Sylvestre Bourque, qui travail tout près, accourt en toute hâte… à dix pieds de la machine, Frère Antoine est étendue par terre, à demi-inconscient, le bras droit broyé, les os perçant à travers la peau… En nettoyant, le moulin le frère s’est fait saisir par une courroie en mouvement. La main fut entraînée sur les têtes de boulons qui brisèrent tous les os, Sylvestre aperçoit cette main noire et toute déformée : entre es doigts crispé, elle tient encore un chapelet.

Mgr Vital Grandin

Après quelques instants, Frère Antoine se relève seul et sans se plaindre : «C’est le Bon Dieu qui l’a voulu », dit-il en souriant tristement. Alerté, le Supérieur accourt. Les religieuses s’empressent autour du blessé et lui donnent les premiers soins. Il y a là entre autres, la Sœur Marie, une experte, venue providentiellement de Saint-Albert pour passer quelques jours de vacances. Elle met toute sa sympathie à soigner le pauvre blessé. «Pauvre Frère Antoine ! » Mais Frère Antoine ne laisse échapper aucune plainte. Il est résigné. Sa figure est calme, éclaire d’un maigre sourire qui veut voiler sa terrible douleur.

«C’est le Bon Dieu qui l’a voulu !»

Pourquoi se plaindrait-il ? N’est-ce pas une grâce d’être éprouvé de Dieu ? « Si quelqu’un veut être parfait, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ! » Pourquoi, quand Dieu le veut, ne pas se laisser clouer à la croix ? N’a-t-il pas lui-même présenté son bras au x bourreaux ? Être comme Jésus marqué dans sa chair, n’est-ce pas qu’il vous plaira » Frère Antoine courbe la tête avec résignation ; il baise le stigmate qui reproduit dans son être l’image du Divine Crucifié. Désormais il sera marqué pour la vie par le seau de l’amour divin… » C’est le Bon Dieu qui l’a voulu. »

Pour la petite communauté, c’est comme un nuage grisâtre qui assombrit le reste de la fête. Le Cordex de la mission, en des termes laconiques, nous en transmet le récit poignant.

!5 juillet. « Vers 3 heures p.m., on vient chercher le Père. Un gros et grave accident a eu lieu au moulin. Le cher frère ingénieur Kowalczyk a eu le bras cassé et mutilé par la machine à vapeur. Le Père Grandin parti immédiatement chercher le Docteur qui doit être au Lac Laselle pour le traité (8) quand arrivera-t-il ? Chacun est dans une inquiétude profonde. »

16 juillet. «La blessure de notre malade est aussi bien qu’elle peut l’être, grâces aux soins dévoue et intelligents des Révérendes Sœurs, surtout de la Sœur Marie…Le frère ayant perdu relativement peu de sang, est fort dans son malheur ; d’ailleurs son courage est aussi grand que son énergie. »

17 juillet. «Arrivée du Docteur P. Alyen du fort Saskatchewan. Le père l’a trouvé sur le chemin du la Laselle et ils sont arrivés ici à trois heures du matin. Le docteur pressé par ses devoirs se hâte de soigner le frère. Le pansement a lieu dans la matinée. Le docteur ne désespère pas de sauver la main de notre cher infirme. Mais il faut l’amener en haut pour le faire soigner… »

A deux heure de l’après-midi, le Père malgré son immense fatigue, reprend donc la route pour le conduire le blessé à l’hôpital d’Edmonton, tout le monde apporte son concours : M, Tompskin, du lac Poisson blanc, prête ses cheveux ; les Sœurs accompagnent le blessé ; Sylvestre Bourque fait fonction de guide. Quatre jours durant la charrette roule avec lenteur sur le chemin cahoteux. Quatre jours de douleurs aigue, les contrecoups de la voiture, le soleil brûlant, les maringouins. Frère Antoine ne laisse échapper aucune plainte. Il reste absorbé dans la prière et souvent, de la main gauche, il fait le signe de la croix.

Tard dans la soirée du 21 juillet, les voyageurs arrivaient à Edmonton. Il y avait déjà six jours que le terrible accident était survenu. L’avant-bras était en putréfaction ; la gangrène, avait commencé son œuvre ; aucun temps à perdre : il fallait se résigner à l’amputation.

Dès dix heures, le lendemain matin, Frère Antoine est conduite à la salle d’opération, deux médecins, une infirmière, le Père Leduc et Sylvestre Bourque l’entourent. On est à l’époque héroïque de la colonisation ; les anesthésiques sont rares. Par mesure de précaution, on se dispose à ligoter le patient à la table.

« Non, vous pas faire ça ; vous me donner mon crucifié cela suffit ». Le religieux veut marcher jusqu’au sommet du Clavaire, à la suite de son Maître, librement. On hésite un instant ; il insiste ; alors on se rend à son désir. À genoux Frère Antoine récite trois Ave Maria. Puis d’une main amoureuse, il saisit son crucifie d’Oblat ; ses regards se fixent longuement sur lui, des regards où passe toute la ferveur de son âme.» Mon Père, je n’abandonne à vous ; faites de moi ce qu’il vous plaira, quoique vous fassiez de moi, je vous remercie. Je suis prête à tout, j’accepte tout pourvue que votre volonté se fasse en moi, dans toutes vos créatures. Je ne désir rien d’autre, mon Dieu. » Une prière silencieuse ; des lèvres se collent à la croix dans un dernier élan d’amour.

« Allez, je suis prêt. »

La main de Frère Antoine étreint toujours le crucifix placé à ses côté. Le scalpel pénètre dans les chairs vives ; le sang gicle ; un long frisson court sur le corps du blessé. Aucune plainte, pas le moindre mouvement. Une volonté de fer le clou impassible sur la table d’opération. Le chirurgien se hâte fébrilement ; sa lame pénètre plus avant dans la chair ; il coupe les nerfs, les tendons ; un os qui craque ; Frère Antoine reste toujours immobile ; il parait vive dans un autre monde. Les yeux rivés à la croix, il se laisse à son tour crucifier… «C’est le Bon Dieu qui l’a voulu. »

L’opération avait très bien réussi. Dans son journal intime, Monseigneur Legal, qui venait d’être nommé coadjuteur de Monseigneur Grandin, donne un aperçu de l’état de du malade.

22 juillet. «L’amputation a eu lieu ce matin encore 10 heure e midi. Tout s’est bien passé, paraît-il tant mieux. »

23 juillet. «Le petite frère polonais continue d’aller bien.»

24juillet. «Voyage à Edmonton, pour visiter le frère Kowalczyk. Il est réellement comme on l’a dépeint un excellent religieux pieux et fervent. Il paraît qu’hier dans l’après-midi, on a eu des craintes sérieuses que tout tournait mal. La température du malade augmentait d’une manière inquiétante. Ce matin il est beaucoup mieux. La pluie a pris dans l’après-midi et nous a retardés. J’ai peu assiste ainsi au premier pansement après l’amputation. Tout a bonne apparence. Espérons qu’il n’y aura aucune suite fâcheuse. »

Frère Antoine vient à peine de quitte la salle d’opération, qu’il entend sonner l’Angélus. Sans un moment d’hésitation, il se jette à genoux. C’est en trop, il est pris de vertige et d’étourdissements et va s’écraser, mais trouve jute assez de force pour remonter dans son lit.
Une inquiétude profonde venait toutefois troubler et assombrir la vie du nouvel amputé. Il regardait l’avenir avec angoisse. Qu’adviendra-t-il de lui, maintenant ? Infirme, aurait-il la permission de prononcer quand même ses vœux ? De quelle utilité pouvait être un frère manchot ? Une première fois, cette crainte lui avait serré le cœur au moment de l’amputation. Sa grande peur était de mourir avant d’voir fait ses vœux. Monseigneur Legal était venu le consoler. De son côté Monseigneur Grandin, avait pris sur lui d’autoriser, s’il survenait quelques complications dangereuses, que le frère prononçât ses vœux perpétuels. (10) Le jeune religieux fut un peu rassuré.

Mgr Legal

La guérison progresse rapidement. Quatre semaines plus tard, Frère Antoine quitte l’hôpital et va poursuivre sa convalescence à Saint-Albert. Miass une vague incertitude le tourmente toujours. Oui, aurait-il la permission de prononcer ces vœux ? Décidé d’en avoir le cœur net, il écrit au Père Joseph-Eugène Antoine, premier assistant du supérieur général. Lettre d’une suave candeur qui nous découvre le fond de son âme. Elle est rédigée dans ce style pittoresque qui caractérisait le langage du petit frère polonais.

Permettez au pauvre Frère Kowalczyk de vous écrire un mot avant de retourner au La( !) Labiche _ Vous avez appris le malleur ( !) qui est arrivé à moi le 15 juillet dernier de faire casser ma main droite par l’engin. Le Rév. Père Grandin et les sours (sœurs) amène moi à l’hopital Edmonton, et le Docteur a coupé ma main le 22 juillet resté à l’hopital 4 semaimes, ji suis bien à présent venu à St Albert la semaine dernière. Je vas partus pour le Lac Labiche bientôt.

Mon bon Père, moi bien de la peine quand j’ai casse mon bras_être moi jamais Oblat à présent mais le Bon Père Grandin dit à moi ça fait rien vous serez Oblat _Mgr Grandin, dit la même chose et Mgr Legal aussi_et bien, le Père Grandin dit content, Mg content, moi content, espère que le Rév, Père Général content et vous aussi, mon bon Père.

Moi, jamais capable de remercier assez pour toutes les bontés de Mgr des Ré. Pères, des bons frères et bonnes Sours pour moi pauvre pécheur.

Moi prie le Bon Dieu de les bénir et payer pour moi
_Daignez me donner votre bénédiction Votre respectueux.

Frère Kowalczyk (11)

Quel charme, quelle saveur dans cette lettre ! Un vrai bouquet de fleurettes des champs qui exhale un parfum d’humilité, la candeur d’une âme enfantine. Oui, tout le monde est content ; et Dieu est content, lui aussi, de son Frère Antoine qui docilement s’est soumis au fer rouge de l’épreuve. Les chaires sont maintenant cicatrisées de même la plaie du cœur. Le frère manchot, «bien certain, a été admis à prononcer ses vœux, quand le temps est venu (12).»

Transfert de l'orphelinat du la LaSelle

Le transfert de l’orphelinat du lac Laselle se poursuite avec en riant. Parfaitement guéri, Fère Antoine se remet au travail.» Et bien que manchot, il rend encore de grands services et édifie surtout » (13) Pour un temps, il sentira vivement la perte lourde qu’il a subie. Son habilitée est appauvrie, gênée, Ah ! S’il avait encore son bras droit, cette main agile qui savait si bien manier les outils ! Dans touts les petits détails de la vie quotidienne, il doit se soumettre à un apprentissage fastidieux : se vêtir, faire le signe de la croix, égrener son chapelet, couper son pain ou manger sa soupe… ; et rien d’autre qu’une main malhabile ! Au cours du travail surtout,… ce désir latent, cette tendance à vouloir se servir de son membre coupé. Et rien que ce pauvre moignon qui peut rarement venir à son aise ! Amoindri, comme un arbre qu’on a ébranché, Fère Antoine compensera par une recrudescence de vie spirituelle et d’ingéniosité dans le travail. Une sève enrichie montera par toutes les fibres de son âme. S’il ne peut plus être désormais un aussi bon forgeron, il deviendra un religieux parfait, un saint.

Il y était d’ailleurs poussé par la perspective de son oblation prochaine. Bien oui, qu’il ferait ses vœux le petit frère manchot ! On n’abat pas un arbre géant et plein de vie parce qu’il lui manque une branche. De retour au lac La Biche, Frère Antoine reçoit une nouvelle obédience. Il ramasse son modeste bagage et sur-le-champ il part pour la colonie naissante de Saint Paul des Métis. (14)Le grand jour approche avec rapidité, Le 10 j janvier 1899, la maison Saint-Albert s’est changée en une ruche bourdonnante. De tous les points du vicariat, Pères et Frères Oblats sont venus suivre les exercices de la retraite annuelle. On cause, on s’amuse, on se raconte ses aventures.» Le soir il y a séance de phonographe pour les nouveaux arrivés.» C’est la merveille de l’époque, Monseigneur Legal admettait lui-même, qu’étant allé au bazar d’Edmonton, «ce qui m’a le pus intéressé c’est un phonographe ou plutôt une graphophone que faisait fonctionne Monsieur McMamara.» (15) Pour les pauvres missionnaires habituellement perdus au milieu des sauvages et des maringouins, ce phonographe devait résonner comme une symphonie céleste. L’appel de la cloche vient mettre fin aux rire et aux conversations bruyantes. Et dans un profond silence s’ouvre la retraite.

Dans la vie de Frère Antoine, c’est une étape décisive. À la clôture de la retraite, il prononcera ses vœux perpétuels. Il ne vit plus que pour cette heure tant désirée. Son cœur se plonge tout entier dans la prière et le recueillement, 17 janvier. Coïncidence heureuse : c’est la fête de saint Antoine. L’autel de la mission a revêtu sa plus belle parure. Le frère Kowalczyk fait ses vœux. Monseigneur Legal consigne l’événement dans son journal intime. «Je célèbre la messe de communauté à six heures et demie. Comme il y a une oblation perpétuelle, j’entonne avant la messe le Veni Creator avec verset et oraison. C’est une messe basse mais pour plus de solennité ou met la mitre pour le Lavabo etc. Au moment de la communion, devant l’Hostie le frère Kowalczyk (Antoine) prononce, en français, il a formule des vœux perpétuels. Il lit suffisamment bien.

Le père Mérer fait « office de Maître » et l’assiste. Le sermon a lieu après l’évangile par le R.P. Lestanc. Après avoir récité les prières usuelles à la fin de la messe, je bénis la croix et le scapulaire et les remis au Frère ainsi que le livre des Règles.(16) »Aux pieds de l’Évêque, Frère Antoine est absorbé par son bonheur.«Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en présence de la Très Sainte Trinité, de la Bienheureuse Vierge Marie, de tous les Anges et de tous les Saints… » (17)Le petit forgeron baisse les yeux ; il s’humilie en face de la splendeur invisible qui l’entoure ; à la joie se mêle sentiment de son indignité.« Moi Antoine Kowalczyk, fait vœux de pauvreté, de chasteté et d’Obéissance pour toute ma vie… ( !8)Ces paroles, il les prononce avec toute la ferveur d’un prêtre pensé sur l’hostie de la consécration. Comme Jésus au sacrifice de la messe, il s’immole. L’Hostie c’est son corps, son âme, son cœur ; ce sont les richesses de la terre ; c’est sa volonté propre, tout son être, son sang, sa vie. Jusqu’ici, il avait sacrifié sa famille et sa patrie. Aujourd’hui il se sacrifie lui-même pour toujours. Plus rien désormais ne l’attache ici-bas.« Oblatus est ! »Frère Antoine est devenu Oblat pour la vie,…un missionnaire, un apôtre, un sacrifié.

Enfin se réalise le rêve du jeune forgeron !

Références- Le frère manchot

(01)_ Notes et souvenir de Mgr Grandin (Journal ;) p. 255 Archives de la maison provinciale des Oblats de M.O.I. Edmonton
(02)_Missions de la Congrégation des O.M.I., No 142, Juin 1898
(03)_Codex historicus de la Mission Notre-Dame des Victoire du Lac Biche
(04)_Non donné dans l’Ouest Canadian aux conducteurs de ce genre de convoi
(05)_Lettre du Père Henri Grandin au T.R.P. Louis Soullier, o.m.i. supérieur général. Archives des la POSTUALTION (Dossier F. Antoine) Rome
(06)-Prière d’abandon du P. Charles de Foucauld.
(07)- Codex historicus de la mission du Lac La Biche
(08)- LE « traité » entente entre les Indiens et le gouvernement canadien, par laquelle ce dernier paie à chaque Indien une somme annuelle nominale en retour de l’usage de leur territoire.
(09)-Journal privé de Mgr Lega, archives provinciales des O.M.I. Edmonton
(10)-Lettre de Mgr Legal au T. R.P. Soullier, o.m.i. Supérieur général, archives provinciales des O.M.I. Edmonton
(11)-Archives de la Postulation (Dossier F. Antoine) Rome
(12)-Notes et souvenirs de Mgr Grandin, Journal, 1896p. 269. archives provinciale des O.M.I. Edmonton.
(13)- Notes et souvenirs de Mgr Grandin, journal, 1896, p.269. Archives provinciales des O.M.I. Edmonton
(14)-28octobre 1897, Cf., Etat civil et religieux des Pères et Frères O.M.I.1900, P. 243, Archives provinciales des O.M.I. Edmonton
(15)-Journal privé de Mgr Legal 10 octobre 18978. Archives provinciales des O.M.I. Edmonton
(16)-Journal privé de Mgr Legal 17 janvier 1899. Archives provinciales des O.M.I. Edmontonù
(17)-Extrait de la formule d’oblation des Missionnaires O.M.I.
(18)- Idem.

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