MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Papie Pie X 3

Cette Lettre pastorale, qui mériterait d’être longuement citée, est un chef-d’œuvre de goût musical et de sens religieux . Il n’est point exagéré d’y voir comme la base du Motu Proprio par lequel Pie X , le 22 novembre 1903, réformait pour toue l’Église la musique sacrée (61).

Pour faire refleurir la vie chrétienne, le patriarche de Venise organisa des fêtes somptueuses dont le soutenir est demeuré vivant. Le point culminant de ces fêtes est, à coup sûr, le Congrès eucharistique qui se tint à Venise du 8 au 13 août 1897, suivi d’une exposition d’art religieux, fut un triomphe qui témoigne, autant que du zèle apostolique du cardinal, de son esprit d’initiative et de sa puissante influence.

La première idée de ce Congrès semble lui être venue lors du Congrès eucharistique de Milan, auquel il avait assisté et pris la parole au début de septembre 1895. Il voulut que la « reine de l’Adriatique» rendit, elle aussi, un solennel hommage au divin Sacrement de l’autel. Mais il avait , plus encore, le désir et le besoin d’aviver la dévotion de son peuple pour l’Eucharistie, le désir et le besoin de réparer, par ce public hommage, les outrages, les sacrilèges du Dieu d’Amour ; C’est d’ailleurs, sur cette idée de réparation que, dans son discours au Congrès de Milan, le 3 septembre 1895, il avait le plus fortement insisté. Dans ce discours, où s’exprime en paroles de fut la dévotion du patriarche envers l’Eucharistie, après avoir décrit les excès de la haine sectaire contre le sacrement de nos autels, il laissait ainsi déborder sa douleur : Autrefois, l’on pouvait douter de ces attentats ; mais maintenant, ils s’étaient en plein jour. Aujourd’hui on ne peut plus nier l’infinité des crimes commis contre l’Hostie sainte aujourd’hui nous savons que, dans une ville, un congrès de francs-maçons a déclaré la guerre au Christ, en commettant une série de sacrilèges contre les tabernacles et les hosties. ( Allusion au sacrilège commis, le 6 avril 1895, dans l’église des Carmes déchaussés.)

Dès le mois de septembre 1896 , le cardinal profita de la réunion des évêques de la province de Venise, pour exposer son dessein et les grands lignes d’un projet qu’il avait déjà étudié sous tous les aspects. Dessein et programme général furent accueillis avec grand enthousiasme, les évêques promirent que Naples, Turin, Milan, Orvieto s’uniraient à Venise pour faire une grandiose manifestation de foi et d’amour à Jésus-Rédempteur (62).

Le cardinal voulut, avant tout , soumettre son projet et son programme au Souverain Pontife, et solliciter ses conseils. Le 24 septembre 1896, une lettre du cardinal Rampolla exprimait au Patriarche l’assentiment le plus chaleureux de Léon XIII, avec ses paternelles bénédictions.

Parmi toues les joies de l’âme, y disait-il, il n’y en a peut-être pas de plus noble, de plus pure et de plus douce que cette d’entourer les bienfaiteurs de ces soins affectueux que suggère la reconnaissance ; car le bienfait a des droits et l’amour veut être payé de retour. Dès lors, très cher fils, vous ne pouvez vous imaginer avec quelle joie nous vous annonçons que, encouragé et béni par Notre Saint-Père Léon XIII, il se teindra l’année prochaine à Venise un Congrès eucharistique, dans le but d’honorer de la meilleur manière possible Notre Seigneur Jésus-Christ, qu a réuni et renfermé toutes les tendresses de son ineffable charité dans le divin Sacrement. Je suis assuré qu’en lisant ce simple avis vous partagerez mon bonheur, et que vous aurez à cœur de rendre plus ardente votre reconnaissance envers Dieu, qui vous offre une si belle occasion de montrer votre amour pour le mystère d’amour par excellence.

Le cardinal exposait ensuite avec grande force les droits du Christ sur la société; il déplorait la guerre faite à ce Christ Sauveur, les injures, les profanations contre le Sacrement de l’Amour infini, l’apostasie des peuples conduits par d’indignes chefs, et , avec une précision implacable, il disait :

Aujourd’hui, on chasse le Christ des familles qui cependant ne seront heureuses qu’en se modelant sur la famille de Nazareth : on le chasse de l’école, comme si l’on pouvait sans Dieu lever la jeunesse; on le chasse de la législation et des institutions sociales pour retomber dans le naturalisme païen. C’est au point que nous, catholique, nous devons nous estimer heureux de ce que l’impiété envahissante n’ait pas encore pénétré dans nos églises, afin d’y faire cesser le sacrifice, d’y éteindre la lampe du sanctuaire, pour , ensuite, en fermer les portes!

Et, dans une sorte d’évocation prophétique, il faisait entrevoir les sinistres événements qui, dans le royaume de la Fille aînée de l’Église, assombriraient de si cruelle manière les débuts du pontificat de Pie X.. Le cardinal terminait cette émouvante Lettre pastorale en énumérant les bienfaits qu’il espérait du Congréa eucharistique (63).

C’est avec le plus vifs enthousiasme et un élan extraordinaire que clergé et fidèles accueillirent les projets de leur chef Celui-ci trouva chez les curés de la ville et du diocèse, chez les professeurs du séminaire, les chanoines de l’Église métropolitaine, les représentants des ordres religieux, un concours immédiat et dévoué, sans doute, il y eut comme toujours et en tout bon dessein des mécontents, des envieux, qui tentèrent, plus ou moins ouvertement de créer des difficultés. Le cardinal n’était pas homme à s,en laisser vaincre. Et, immédiatement , il entra en action ; il devait révéler, sous un jour nouveau, et avec un singulier éclat, exceptionnels talents, disons mieux, son génie d’organisation, qui fut pleinement à la hauteur de son zèle.

Grâce, à lui, a écrit L. Daëlli, tout fut admirablement prévu, et l’on n’oublia rien; ni les grandes choses, comme l’ordre des matières à traiter devant le Congrès, l’ordonnance de les exposition , le choix du local, les réceptions solennelles, les fêtes, etc…, Même les choses de moindre importance comme le logement, des congressistes, leur hébergement, tout ce qui pouvait leur rendre le séjour facile comme le service des gondoles, qui, sous la direction du Conseil municipale, est, d’ailleurs, si parfaitement organisés (64)

Mais c’est à la préparation religieuse des âmes que le cardinal donna ses soins les plus attentifs : à cet effet, il ordonna, par exemple, que fussent données des missions dans cinq églises de Venise (65)..

Le Congrès s’ouvrit, le 9 août 1897, dans l’église Saint-Jean-et-Saint-Paul, vulgairement SAN ZANIPOLO, une des plus belles de l’Italie entière. Assistèrent au congrès : quatre cardinaux : celui de Venise, celui de Bologne, le cardinal Ferrai, archevêque de Milan, le cardinal Manara, évêque d’Ancône; vingt-neuf évêques, trois Abbés mitrés. Plusieurs diocèses d’Italie et de l’étranger y furent représentés; les Rites orientaux envoyèrent aussi des délégués, conduis par l’archevêque de Trajanopolis, Mgr, Ghiurekian, qui célébra même une des messes solennelles selon le rite arménien.

Le cardinal Sarto inaugura les fêtes eucharistiques par un discours riche de doctrine, de piété et de vigueur apostolique, sur le règne du Christ, ardemment ; écouté et applaudi par la foule (66).

La splendeur des fêtes fut rehaussée par le magnifique talent du don Perosi, C’est lui qui organisa et dirigea les chants selon les goûts et la volonté du patriarche, c’est-à-dire conformément à la sainte conception de la musique sacrée. Dans cette circonstance solennel,le, le 9 août 1897, pour la première fois, fut exécuté cet IN CEONA DOMINI qui ouvre l’immortelle TRILOGIA DELLA PASSIONE.

Nous ne pouvons, il va sans dire, détailler plus longuement le récit de ces inoubliables fêtes, Disons seulement que ce fut un triomphe sans égal à cette date, au jour de la clôture, le cardinal pouvait légitimement s’écrier, en remerciant les congressistes :

…Merci, Éminences, et vous, messeigneurs, d’avoir assisté avec tant de patience et de courage à nos réunions ; je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ de vous en récompenser lui-même. Demain, vous voudrez bien encore ajouter un sacrifice à tant d’autres, en prenant part à la procession du soir, Jésus, dans son Sacrement, sortira de Saint-Marc; il parcourra le port d’ou s’embarquèrent autrefois les capitaines vénitiens à la conquête de nouvelles terres, et ou ils rentraient toujours couverts de gloire, parce que, avec eux, il avaient emporté Jésus dans son Sacrement.

Merci à tous ceux qui ont travaillé à la réussite de nos solennités; merci, surtout, aux Vénitiens et aux étrangers qui nous ont donné la consolation de les voir venir si nombreux, jusqu’au milieu de la nuit, adorer Jésus-Eucharistie et prier pour l’heureuse issue du Congrès.

Dans quelques liturgies, à la fin de la messe, quand les fidèles vont partir, le diacre chante ; «Retournez en paix », et le peuple répond : «In nomine Christi, amen. »Et moi aussi, je vous dis :
«Retournez en paix. » Nous ne nous reverrons plus sans doute sur cette terre ; mais nous nous retrouverons au pieds du Tabernacle éternel.

Les disciples d’Emmaüs, qui reçurent la visite inattendue du Sauveur, le virent disparaître dès qu’ils l’eurent reconnu. Mais aussitôt, ces hommes qui s’étaient éloignés par peur de Jérusalem, y retournèrent : ils avaient entendu le Christ ressuscité, ils l’avaient contemplé, et maintenant ils les prêchaient, Suivez leur exemple, prêches ce que vous avez senti, ce que vous avez vu et les ardeurs de vos âmes, répandez-les, communiques-les aux autres (67).

« A ces mots, raconte, L. Daëlli, l’enthousiasme des foules ne peut se contenir, et elles couvrirent de leurs chaleureux applaudissement la voix du Patriarche (68). »

Léon XII, qui avait suivi avec la plus grande attention les phases du Congrès, recevant peu de jours après un prêtre vénitien, lui dit avec une expression très vive de joie : « Il vostro cardinale si é fatto molto onore (69). »

Les « témoins » du procès informatif sont unanimes à signaler le triomphal succès du Congrès eucharistique. Nous citerons seulement ces lignes de don Jeremich :

En 1897, il organisa et célébra le Ve Congrès Eucharistique National, qui réussit splendidement, avec la présence de cinq cardinaux, de trente-cinq évêques et la grande participation du peuple aux cérémonies (70)

Une des grandes attractions du Congrès fut l’exposition eucharistique que le cardinal avait voulue, malgré le de fortes oppositions. Inaugurée le 9 août par le patriarche en personne, dans la belle salle de la Conférence de Saint-Roch, en présence des cardinaux, des évêques, du syndic de Venise, du conseil général ou provincial, des officiers de la ville et du gouvernement, des membres de la magistrature, elle obtint un succès inespéré. C’est qu’elle avait été organisée de manière à lui donner une signification et une portée à la fois religieuse et patriotique.

Ce que vous admirez ici, Messieurs, pouvait die le cardinal Sarto, n’est pas venu des pays lointains, mais a tété recueilli seulement à Venise et dans la région gouvernée autre fois par votre glorieuse République, et que protège encore, avec un noble orgueil, le lion de Saint-Marc, auquel ces provinces doivent leur bonheur et leur prospérité.

Pendant près de deux mois, la Conférence de Saint-Roch devint le rendez-vous de tout Venise et des étrangers. On y pouvait admirer les artistiques chefs-d’œuvre qui témoignaient de la piété des Vénitiens envers L’Eucharistie : vases sacrés, parmi lesquelles le calice dit de Lamon, le plus ancien des calices à miniatures, suivant M. deRossi; calice d’albâtre oriental, de sardoine, d’onyx, de cristal des montagnes, incrustés de perles et de diamants, vase byzantins, ornements, chapes, dalmatiques, étoles, voiles du plus haut prix, étincelants de pierres précieuses, d’or, du velours, de brocart ; gonfanons multicolores de la plus haute antiquité. Mais ce qui donnait à l’exposition son cachet le plus particulière, c’est la collection de dentelle vénitiennes uniques vraiment dans leur genre (71).

Le zèle du cardinal ne devait point se borner à ce triomphe eucharistique. Mais durant son gouvernement patriarcal, ajoute Jeremich, il fit des célébrations de fêtes extraordinaires : le centenaire de la Dédicace de la basilique de Saint-Marc, en 1895, transféré à l’année précédente ; en 18987, le centenaire de saint Pierre Orseolo ; en 1900, si j’ai bonne mémoire, le centenaire de Gérard Sagredo, toutes ces célébrations furent faites avec grande solennité et avec les plus grands efforts pour procurer le fruit spirituel chez les fidèles, par le moyen des prédications préparatoire. ,etc (72).

Du reste, point de souvenir, point de manifestations de la vie vénitienne, nationale ou patriotique, que le cardinal en marquât d’une notre profondément religieuse qui demeurait gravée dans les âmes. A toutes ces réjouissances, il apportait le rayonnement de sa pourpre, de son exquise bonté, de son ardente piété. C’est ainsi que les fêtes de l’Arsenal, le lancement du cuirassé Francesso.

Ferrucio, l’inauguration de la cité ouvrière de Murano, et surtout la bénédiction de la chapelle dédiée à la Vierge Mère du Rédempteur sur la cime la plus élevée des Alpes vénitiennes, le mont Grappa, à mille sept cent quatre-vingt quatre mètres d’altitude, furent rehaussés de sa présence, de sa parole et de sa prière. (73)

Mais l’événement le plus important, dans cet ordre de choses et après le Congrès eucharistique, fut la reconstruction du campanile de Saint-Marc. Ce monument t, érigé depuis des siècles, à la gloire de l’évangéliste, s’était brusquement écroulé le 14 juillet 1902, écrasant une loge édifiée à sa base e t décoré de bas reliefs du Sansovino. Après avoir, dans une cérémonie publique, remercié la Providence de ce qu’il n’y eût à déplorer, aucun accident d personne et de ce que la merveilleuse cathédrale elle-même n’eût été touchée, le patriarche voulut que le campanile fût reconstruit. L’accorde et les concours furent unanimes et enthousiastes, non seulement à Venise et en Italie, mais encore, de la part de tous les amis des arts, dans toutes les parties du monde. Le 25 avril 1903, en la fête de Saint Marc, eut lieu la pose solennelle de la première pierre. Pour la circonstance, la ville était splendidement ornée et pavoisée. Dans les tribunes avaient pris place les personnalités officielles et les représentants du monde de la politique et des arts. Au centre, le comte du Turin prince de la maison de Savoie, représentant du roi d’Italie, près de lui, le trop fameux ministres de l’instruction publique, Nasi, dont la fin misérable était proche M. Chaumié, ministres de Instruction publique, représentait le gouvernement de la République française. Près qu’il eut béni la première pierre, répondue« au discours pitoyable de Nasi qui n’avait pas su dire du bien de la patrie sans offenser un prince de l’Église (74) », puis aux discours du comte de Turin et du comte Grimani, maire de Venise, le cardinal Sarto prononça un discours ou chacun puit admirer, en des conjonctures exceptionnelles et délicates, le sens politique et le tact du patriarche.

À la suite de cette cérémonie, dans un interview à un rédacteur du Figaro, M. Chaumié parlait ainsi du cardinal Sarto :

Imaginiez un homme de belle stature, bien droit, avec le front haut, les joues colorées.. Je ne lui aurais pas donné plus de soixante ans, malgré ses cheveux blancs. Je fus frappé par la majesté de son visage, et c’est en vain que je cherchais à rapprocher l’imposante figure de ce prélat de celle d’autres ecclésiastiques de ma connaissance. Son regard était doux ; il était comme le reflet d’une âme intelligente, douce, aussi était sa voix, elle me produisait l’effet d’une voix paternelle. Il s’adressait au comte de Turin avec une parfaite distinction. En lui rien d’obséquieux ni de hautain. Son maintint était celui d’un homme qui sait parfaitement tenir sa place…

Le patriarche de Venise ne se contentait pas de développer, par tous les moyens et industries, l’éducation chrétienne et la vie chrétienne de son peuple ; comme à Mantoue, comme partout il était passé, pus encore par ce que les besoins ; étaient devenus encore plus immenses, il répandait à flots les trésors de la charité corporelle, d’ailleurs inséparable de la charité spirituelle qui en est le principe et l’âme, Qu’il est émouvant ce mot passé; en diction chez les Vénitiens : « Pour faire la charité, notre patriarche engagerait tous les saints du Paradis! »

De fait, il engageait d’abord tout son avoir, toute sa personne. Les revenus du patriarcat étaient bien modestes : environ douze mille lires. Qu’était cela pour la charité du cardinal! Son secrétaire, Mgr. Bressan, faisait des remontrances; en parfait administrateur ( car le cardinal Sarto, à l’Inépuisable charité, administra et fie administrer avec le soin le plus scrupuleux et le plus accompli, les biens d’Église) il lui remettait au début de chaque mois la somme de cinq cents lires pour ses aumônes, trois ou quatre jours après, il n’en restait pas un centime. Alors, le patriarche engageait jusqu’à son anneau épiscopal.

C’est que toutes les détresses recouraient à lui, et il s’effort de les soulager toutes. A Mantoue, il avait, on s’en souvint, mis au Mont-de-Piété son anneau et sa montre. A Venise, on trouva le moyen de l’empêcher d’en faire autant, et il en fut navré. A un vieil ami qui le taquinait plaisamment au sujet d’une superbe montre en or qu’il avait tiré de sa poche, il disait : « Ne m’en parlez pas ! l’astucieuse personne qui me l’a offerte a eu la détestable idée de faire graver sur le boîtier les armes patriarcales. Aussi m’est-il impossible de l’engager. Vous concevez quel scandale ce serait si on la reconnaissait ! »

… Mais des dons personnels qui lui étaient fais, même les plus précieux, tout comme des honoraires qu’il pouvait recevoir pour ses sermons ou autres circonstances, tout passait aux pauvres, une fois qu’il avait pourvu aux besoins d es premiers de ses pauvres : son clergé, ses séminaristes; car il était là-dessus le plus vigilants et les plus clairvoyant des pères, comme l’attestant unanimement les « témoins » des procès informatifs. Mais c’est peut-être encore dans sa manière de secourir les misères cachées que le cardinal était le plus émouvant. Une personne qui avait possédé jadis une belle fortune était tombée dans une situation extrêmement pénible, le patriarche lui fit visite, « Je suis désolé, lui dit-il, il ne me reste plus absolument rien; mais prenez ceci c’est un objet d’art de valeur, vous pourrez en avoir une bonne somme. Et lui tendit un crucifie richement sculpté.

Sa charité pastorale, le cardinal Sarto ne l’étendait pas seulement aux catholiques. Il se montra plein de bienveillance et de générosité à l’égard des dissidents. « A Venise, d’après Mgr, Bressan, s’étaient infiltrés » des protestants. Le Serviteurs de Dieu organisa une association dont les membres furent chargées de visite leur hôpitaux ou résidences hospitalières (75). »

Je me souviens, déclare à son tour don Joannes Jeremich, qu’à Venise, il s’employait de tout son pouvoir au retour des dissidents à la foi catholique, qu’il en soignait la préparation, que lui-même en personne recevait leur abjuration, et qu’il leur conférait le baptême et les autres sacrements avec grand satisfaction spirituelle (76).

Bon Pasteur, le cardinal Sarto aimait à se mêler familièrement à son peuple. Que de fois il s’attardait devant les boutiques ou avec les pauvres gens rencontrés sur la rue ou au bord de la mer ! Et l’ un des plus beaux éloges qui ait été décernés à ce grand « homme de bien » est dans ces humbles et ferventes paroles, jaillies du cœur de son peuple : « Voilà notre cher patriarche qui passe, occupé à quelque bonne action! Que Dieu le bénisse! Que Dieu bénisse aussi la mère qui l’a porté! » Quelle réplique de l’immortelle parole adressée jadis au Maître divine : « Bienheureux le sien qui vous a porté! »

Nous ne citerons que deux exemples. L’hivers de 1872 ayant été particulièrement dur, il fit un chaleureux appel au peuple pour secourir les pauvres, donnant le premier l’exemple de la plus complète générosité.

C’est surtout dans les calamités publiques qu’éclatait la charité du Pasteur. Le 20 août 1897, Venise, le désastre de Calle Redivido ensevelissait quelques ouvriers qui, avec grand courage, s’étaient employés à éteindre un incendie. Le cardinal adressa à son peuple une Lettre extrêmement émouvante, pour demander des secours en faveurs des familles éprouvées. Le 3 septembre, il assista aux funérailles très solennels des victimes, dans la cathédrale Saint-Marc, et il donna lui-même l’absoute (77). Donner de soi, se donner soi-même, c’était, pour le patriarche de Venise comme pour l’Évêque de Mantoue, comme pour le curé de Salzano, comme plus tard pour le pape Pie X., la manière essentielle et sans doute la plus efficace de faire de l’action sociale, de résoudre la question sociale. Mais se serait se monter bien injuste que d’ignorer ou méconnaître les sens profondément social du patriarche de Venise, les fécondes initiatives sociales qu’il a réalisées. Tout ce qui pouvait contribuer à l’amélioration matérielle du peuple, le cardinal Sarto en eut comme l’angoissante hantise; grand réaliste, il ne se borna jamais à élucubrer de belles théories, il alla droit au pratique, s’applique à créer des institutions, des œuvres de la plus grande extension possible; il créa ou réorganisa des sociétés, des coopératives, des cercles, déjà spécialisés, Dans les paroisses ou existaient , du moins en embryon, des œuvres de ce genre, il exigea que les caisses dont vivaient ces oeuvres eussent une meilleure direction. Mettant déjà en action la vraie doctrine de la démocratie chrétienne, après avoir fondé vingt-sept caisses ouvrières, il créa la Banque de Saint-Marc, caisse centrale de toutes ces caisses. Au sujet de cette banque, dans sa déposition au procès informatif, le jurisconsulte Augustin Vian nous a livré de bien intéressants détails :

Parmi les initiatives de caractère social, il importe surtout de mentionner la fondation de la « Banque de Saint-Marc » qui a toujours prospéré et est maintenant encore florissante, le cardinal groupa une réunion de personnes, assez compétents, à qui il confia la rédaction des statuts. A l’article 2 on lit « La société a pour but de procurer caution et profit ( impiego) aux capitaux et de contribuer à l’accroissement des œuvres catholique. » A l’article 18 on lit : « Les bénéfices nets seront attribués comme suit…cinq dixièmes du profit des oeuvres catholiques après entent avec le Comité diocésain de Venise de l’œuvre des Congrès.

Le patriarche souscrivit le premier comme actionnaire, et, par la suite, il veilla à la bonne marche de la banque, obtenant un immense secours pour toutes les bonnes œuvres et les bonnes initiatives, » Le même témoin ajoute : « Il favorisa beaucoup la société d’assurance ; « la Catholique », de Vérone. Il fonda à Venise l’œuvre du « Pain de saint Antoine » et il disposa que du ricavato, qui fut toujours grand, il fût attribué des bons de pain d’une demi kilo chacun : une partie ce ce pain était mis à la disposition des curés, une autre partie était donnée à la conférence de Saint-Vincent, une troisième était affectée au patriarche afin qu’il pût l’attribuer aux Instituts religieux besogneux, en particulier aux Ordres cloîtrés. L’œuvre fut vraiment providentielle et donna des résultats inespérés. Le patriarche ne manqua jamais d’intervenir dans toutes les questions qui surgissaient concernant le travail des ouvriers, et il s’employa toujours à favoriser la classe à la plus humble, quelques fois avec un plein effet (78)…

Le cardinal ressuscita et développa avec un grand zèle la fameuse industrie des dentelles ( Merletti) qui occupa bientôt six cents ouvriers divisés en sept sections. Il intéressa à cette œuvre les dames de la noblesse. Par une Lettre du 24 mars 1897, il recommanda aux évêques, curés, recteurs de touts les églises, de développer cette belle industrie si avantageuse pour le bien du peuple. Le 13 janvier 1898, visitant une maison d’apprentissage pour la dentelle, il lui laissa, écrite de sa main, une admirable attestation de joie pour les efforts et les progrès réalisé (79), D’un zèle inlassable, il encouragera et développa le Secrétariat du Peuple, qui avait pour objet de procurer aux ouvriers un travail assuré et justement rétribuée (80). L’ascendant du cardinal devint bientôt si considérable sur toutes les classes de la société et en particulier sur les gens du peuple, que plus d’une fois il fut appelé à juger les différends, à dirimer les conflits entre patrons et ouvriers.

C’est ainsi que les ouvrières de la fabrique de tabac de Venise s’étant mises en grève, il n’hésita pas à reconnaître la légitimité de leurs revendications; il leur proposa son arbitrage au près des patrons, qui fut unanimement accepté et couronné de plein succès.

Au procès apostolique de Venise, don Jéremich déclare :

Il favorisa le Mouvement Social Chrétien, et conserva des relations épistolaires avec Tonolio et particulièrement avec le compte Paganuzzi, avec qui il était déjà en relations, du temps même ou il était évêque de Mantoue, et qui recourait à lui pour le conseiller (81).

Dans l’impossibilité de mentionner touts les initiatives, tous les oeuvres sociales du cardinal Sarto, nous rappellerons seulement, et pour conclure, que, au deuxième Congrès catholique pour les études sociales, tenue à Padoue au mois d’août 1896, le patriarche prononça un admirable discours ou se résume déjà tout son programme : « L’intaurazione di tutto in Cristo (82) »

Parallèlement, ou plutôt en intime et profonde unité avec l’Action sociale, le cardinal Sarto s’appliqua, avec un zèle aussi actif qu’éclairé, à organiser et développer, dans son diocèse. L’Action catholique. Il avait là-dessus les idées les plus nettes et les plus fermes. Il était parfaitement convaincu, et déjà depuis longtemps, comme il l’avait montré à Mantoue, de la nécessité de l’apostolat des laïcs autour de leurs chefs ecclésiastiques. Dans ce sens et dans ce but, il multiplia les comités paroissiaux qui répondaient aux associations d’Action catholique de notre temps, et comprenaient des groupes ou sections d’hommes, de jeunes gens, des sections féminines. A ces comités, à leurs membres, il prêchait avant toute une vie chrétienne personnelle, exemplaire, et puis une action vraiment constante.

Il disait, par exemple, le 23 novembre 1895, aux membres de la Xe assemblée régionale vénitienne de l’Union des Congrès catholiques : Une seule en parole, pour vous recommander une seule chose : l’action. Non beaucoup de discours, car les bavardages doivent être laissés aux homes de la politique; à nous les faits. Les membres des Comités paroissiaux doivent être les collaborateurs du curé, l’aidant en toutes les oeuvres du zèle sacerdotal, dans l’enseignement de la doctrine chrétienne, dans la bonne direction des patronages, dans le rétablissement de paix dans les familles, de manière que le Vicaire du Christ puisse vraiment compter sur le peuple pour la défense de ses droits, sans quoi il ne peut être aucun bien, ni religieux, ni moral… Et par-dessus tout, concluait-il discipline, obéissance, abnégation. Travaillez, mais sans but temporel, mais sans intérêts privés, sans ambition personnelle, montrant une conduite irréprochable dans l’accomplissement de nos devoirs envers Dieu, envers le prochain, envers nous-mêmes (83).

Il aimait à réunir auprès de lui les membres des Comités paroissiaux, pour les exhorter, les encourager, leur donner ses directives et leur infuser sa flamme. Il fit de son palais le centre de l’Action catholique de Venise. « Je vous remercie d’être venus me trouver, disait-il le 13 juillet 1896, au terme de la réunion diocésaine; cette maison est la votre; quand vous voudrez vous réunir, venez ici autour de moi. »

Cette insistance à grouper autour de lui les membres de l’Action catholique n’était que trop fondée et répondait à des nécessités que saisissait à merveille le réalisme du patriarche. L’œuvre des Congrès catholiques ( Opera dei Congressi Cattolici) était aune association très importante qui avait, pour lors, son siège à Venise et centralisait, sous le rapport de la direction doctrinale et de l’action, les diverses organisations catholique de toute l’Italie

A cette œuvre, appelée à rendre de grands services, le cardinal donna la plus grande sollicitude et les soins les plus vigilants; avec un zèle inlassable il travailla à la consolider et à la développer ; dans ce but, il recommandait chaleureusement la création de comités paroissiaux (84), témoignant même de son mécontentement si quelque curé s’en désintéressait. A ce propos, il disait, à la fin de la réunion du 23 novembre 1895 :

J’ai entendu dire qu’il y a encore quelques curés hostiles aux Comités paroissiaux, par inertie ou mauvaise volonté je ne sais. Cela me fend le cœur!… Que tous les curés s’emploient à fonder ou à développer le Comité paroissial et que les catholiques les secondent, donnant l’exemple de l’union, de la constance dans l’œuvre, de l’obéissance aux supérieurs. Je ne puis concevoir un curé qui n’a pas encore établie dans sa paroisse un Comité paroissial, non seulement par ce qu’il désobéit aux commandements précis du Saint –Père, mais encore parce qu’il se prive d’un puissant secours, sans lequel il ne pourra remplie bien des charges de son ministère, ou celles-ci resterons infructueuses (85).

Mais peu à peu , par l’entrée dans l’œuvre de certains éléments dangereux par leurs tendances extrémistes, et surtout lorsque l’abbé Murri prétendit rénover l’œuvre « en l’adaptant aux temps nouveaux » et « en donnant aux cathodiques italiens d’unité et la force de parti politique (86) », l’œuvre se trouva atteinte d’une profonde division, Le patriarche vit tout de suite le péril et il ne cessa de le dénoncer et de le prévenir, en prêchant, en toute circonstances, l’union, et en mettant en garde contre les déviations dans la politique; il fut obligé de le faire, en particulier pour les « sections jeunes » fondées par lui avec tant d’amour (87). Ses sages et paternelles recommandations ne seraient pas toujours suivies – devenu pape, le patriarche aurait la douleur de devoir dissoudre l’Opera dei Congressi Cattolici (88).

L’action sociale du patriarche, par une sorte de corollaire tout naturel, devait s’étendre sur le terrain politique ; les deux actions se tiennent ou plutôt n’en font qu’une, car le citoyen a des devoirs et de graves devoirs à remplir, à titre même de citoyen, dans ce qui touche au gouvernement de la cité, le droit naturel et les lois lui confèrent le droit et le devoir de travailler à procurer à ses concitoyens des hommes et des institutions capables de réaliser au mieux le bien commun. C’est un lourd contresens, qui fut longtemps trop répandu, que le prétendre le contraire. Le cardinal Sarto avait trop de bons sens, ajoutons qu’il possédait un sens politique trop profond pour commettre une telle erreur.

A cette date, par ordre de Léon XIII, les catholiques aient pour consigne de se tenir à l’écart des luttes politiques, des luttes de partis, qui mettaient aux prises la monarchie de Savoie avec les socialistes et extrémistes généralement inféodés à la Franc-Maçonnerie; mais il important souverainement, sur le recommandation même du saint-Père, de travailler, par les moyens légaux, c’est –à-dire pour l’habiles coalitions l’électorales, à soustraire les administrations municipales et provinciales, et par suite le gouvernement national, à la domination des sectes maçonniques et révolutionnaires.

Sur le terrain, de la lutte politique et sociale, le cardinal Sarto devait réussir un coup de maître. Laissons là-dessus la parole au « témoin » don Joannes Jeremich ; Quand le Serviteur de Dieu vit à Venise, il trouva au pouvoir la « clique radico-maçonnique ». Il s’employa immédiatement à former la coalition des partis d’ordre et il réussit à faire triompher, aux élections communales de 1895, la liste clérico-modérée, avec la Junta Grimani qui devait resta au pouvoir à Venise pendant vingt-cinq ans. De cette manière, il écarta pleinement le danger de l’accession du socialisme qui travaillait à conquérir le pouvoir. Dans la Junta Grimani prévalaient extérieurement les modérées, qui, du reste, étaient religieux et hommes de bien ; en réalité c’est les cléricaux qui gouvernaient et Grimani lui-même ne prenait jamais aucune décision importante sans demander ou faire demander les sentiments du patriarche, Grimani eut toujours une grande « dévotion » envers le Serviteur de Dieu, qui, devenue pape, lui témoignait une particulière bienveillance (89)

Ce succès, le patriarche l’avait préparé de longue date, avec une sagesse, une prudence, un tact et une ténacité qui devaient faire l’admiration des ennemis eux –mêmes. Avant d’entrer en action, il mesura bien ses forces et ne négligea rien pour assurer le triomphe, se dépensant pour cette cause avec une incroyable énergie, ajoutant et faisant ajouter à l’action la prière.

Dans l’accord conclu entre les deux partis, le cardinal eut grand soin de bine préciser les buts essentiels qu’il préconisait : le rétablissement de la prière et de l’enseignement religieux dans les écoles; le repos « festival » dans les offices communaux, la participation de l’autorité municipale dans les fêtes votives ; une direction des œuvres pies de à sauvegarder la volonté des testateurs (90), « tout cela fut ponctuellement respecté (91)

A propos de ce succès, le cardial racontait à ses amis qui le complimentaient que, pendant trois jours et trois nuits, il avait écrit de sa propre main plus de deux cents lettres aux religieux, aux communautés, aux prêtres, aux personnes pieuses de sa connaissance, pour les exciter à demander à Dieu une victoire qui aurait une influence capitale, en particulier sur l’enseignement religieux. Il ajoutait :« Je crois que mon travail n’a pas été vain, car je me proposais un noble but, et j’ai obtenue que le succès fût le résultat de tant de prières (92).

Du reste, au plus fort de la lutte, le patriarche, ne se départit pas un instant de la plus parfaite dignité, de la modération et de l’esprit de charité

Cette victoire, pouvait écrire le Correspondant du 10 août 1903, ne lui attira pas de déboires, parce que l’opinion lui connaissait le droit d’en être satisfait, et rendait hommage au tact et à la prudence dont il avait donné la preuve pendant la lutte électorale.

Au sujet de ces élections, pourtant, le cardinal eu t à faire face à des attaques particulièrement pénibles. Ne faut-il pas accusé de faire un peu trop cause commune avec les libéraux, et pour ce motif, Léon XIII, dans une certaine audience, lui fit quelques observations. Mais le patriarche exposa qui étaient ces libéraux, dont la profession de la foi catholique et la pratique des sacrements étaient notoires, par exemple, le Syndic comte de Grimani, et il ajouta qu’il était absolument forcé de se tenir en amitié avec eux pour empêcher le triomphe de la maçonnerie. D’autre part, il fit bien observer comment il ne cédait en rien sur les questions de principe. Le Saint-Père fut pleinement satisfait de ces explications, comme le Serviteur de Dieu eut à le dire en ma présence (93).

Au surplus, Léon XIII voulut témoigner sa satisfaction d’une manière publique et solennelle. Il adressa un bref aux jeunes catholiques de Venise, les félicitant d’avoir su, obéissant à la voix de leur patriarche, combattre énergiquement pour assurer à leur cité une administration digne d’elle et de leur foi : rectum civitali regimen omni ope secundoque exitu contendistis (94).

Du reste, les témoignages des procès ordinaire et apostolique de Venise sont pleins de cet événement. Tous les journaux d’Italie, catholiques et non catholiques, en parlèrent, les premiers avec grands applaudissements, les seconds avec une colère mal contenu, « parce qu’ils sentaient bien qu’après la victoire des forces saines de la cité, une revanche de leur part ne serait plus possible (95) ».

L’Adriatique, journal libéral de Venise, écrivait le lendemain de la victoire : « Les cléricaux ont vaincu et ils ont vaincu bruyamment comme en aucune autre cité d’Italie, avec une majorité écrasante. »

Quatre ans plus tard, aux élections administratives du 31 juillet 18999 les dernières qui eurent lieu sous le patriarcat du cardinal Sarto la victoire, par le nombre des catholiques entrés dans l’administration communale, fut encore plus retentissante. Les adversaires s’étaient préparés pour la revanche, mais ils furent battus à l’immense honte de leur principal candidat : le franc-maçon prof. G. Bordiga (96).

Enfin, sur ce point si important des élections, tous les « témoins » des procès signalent que « ce ne furent pas les catholiques qui, atténuant leurs principes, vinrent aux modérés, mais le modérés qui virent aux catholiques (97) ».

Pie X avait à un trop haut degré le sens des réalités, des besoins contemporains les plus urgents et les plus graves, pour ne pas sentir, avec une sorte d’acuité, la nécessité d’une presse nettement et courageusement catholique.

Celle-ci était, à ses yeux, le plus sûr moyen nos seulement de combattre la presse hostile à l’Église, mais encore de sauvegarder tous les intérêts religieux. Du reste, dans la campagne électorale menée à Venise, il avait pu mesurer l’influence d’un bon journal, tel que la Difesa. On connaît le mot de Mgr. Ketteler : « Si saint Paul revenait de nos jours, il se ferait journalistes « Et Léo XIII n’avait –il pas déjà déclaré qu’ « un journal catholique était une mission perpétuelle dans une paroisse ».

Le cardinal Sarto ne pensait pas autrement : c en vain, disait-il, vous bâtirez des églises, vous pêcherez des missions, vous fonderez des écoles ; toutes vos œuvres, tous vos efforts seront détruis, si vous ne savez en même temps manier l’arme défensive et offensive de la presse loyale et sincère.» Aussi s’employa-t-il de toutes ses forces à soutenir et à développer les organes de la presse catholique, en particulier de vaillant journal de Venise, La Difesa.

A son arrivée à Venise, le cardinal trouva ce journal dans une situation quasi désespérée; il retourna promptement la situation, au point de rendre ce journal un des plus prospères de l’Italie,. Le patriarche déclarait, dans une réunion de 12 juillet 1896 :

Quelle humiliation pour les Vénitiens et pour moi-même, si le journal devait tomber! Mais cela ne sera jamais, parce que je ne veux pas qu’il tombe, et je dois ajouter ceci : pour aider La Difesa, pour qu’elle vive et prospère, si je n’ai rien d’autre à donner, je donnerais mon anneau, je donnerai ma croix, et il ne me suiffera pas d’une en métal, je donnerai même cet habit rouge enfin, je donnerai tout, mais je veux que le journal vive (98)!

Les témoignages abondent, unanimes. Il défendit avec la dernière énergie le journal catholique La Difesa, et il le soutint même par des sacrifices pécuniaires », déclare don Jeremich (99)

« Durant sojn patriarcat, déclare don Pescini, il soutint et défendit de tout son pouvoir la presse catholique, spécialement le journal La Difesa. »

Le même témoin raconte comment, dans une circonstance fort délicate, il sauve ce journal :

Un dissentiment ayant surgi entre le directeur de La Gazeta, don Macola et le Père Zocchi, directeur de La Difesa ( au sujet de la l’attitude à garder lors des élections de 1895, à l’égard du parti libéral modéré), le patriarche n’hésita pas à sacrifier ce dernier, quoiqu’il l’estimât beaucoup, et il le fit appeler à Rome comme rédacteur de la Civilta cattolica . Par la suite, devenue pape, il le reçut et lui fit un accueil particulièrement affectueux, le P. Zocchi étant éloigné ; le patriarche mis à la tête du journal le Comm. Saccardo, d’une valeur éprouvée et de foi intrépide (100)

Grand ‘ social’, grand politique, le patriarche de Venise, durant tout son patriarcat, réussit à vivre en paix avec les pouvoirs publics. Le fait est unanimement attesté par les ‘.Témoins’’ des divers procès et par les historiens contemporains. ‘’ Au regard de la politique, déclare don Jeremich, il maintint un grand équilibre et un tact accomplie, mais toujours en tâtant haut l’honneur du Saint-Siège, et de sa charge (101). Toujours respectueux et plein de déférence pour l’autorité légitime, il n’en était que plus ferme pour s’élever contre tout attentat aux libertés religieuses, à la sainte Église, à la morale chrétienne. C’est ainsi qu’il protesta publiquement et avec la plus grande énergie contre le projet de loi sur la priorité du mariage civil et contre le projet de loi sur le divorce. Il publia, le 10 janvier 1902, une Lettre pastorale sur le mariage chrétien et le divorce, traitant longuement de la doctrine du mariage chrétien sous ses divers aspects. De plus, il tint, au patriarcat, une conférence contre le divorce, conférence à laquelle prirent part, entre autres, l e syndic Grimani et plusieurs conseillers municipaux (102). Dans les chambres, les projets furent momentanément écartés.

Quand, nous retournant un instant en arrière, nous jetons un coup d’œil d’ensemble sur cette période de la vie du cardinal Sarto, comment ne pas souscrire à ce jugement si ferme et si nuancé de René Bazin :

Cet homme était un des mieux doués de son temps, On ne peut dire qu’il excellait en doctrine sans entendre affirmer qu’il excellait aussi en charité ; ni qu’il excellait en charité sans que la preuve soit fournie qu’il avait une étonnante puissance d’assimilation, la connaissance la plus étendue de l’histoire religieuse et de l’histoire profane, un goût très sûr d’artiste, et le sens inné et déjà la longue pratique de l’autorité. L’extrême développement d’une de ces qualités est communément appelé génie, n’est-il pas également un homme de génie, celui qui le possède toutes au plus haut degré, et ne peut-on prétendre qu’un tel ensemble de dons naturels et de richesses acquises constitue le génie de perfection ou de gouvernement et que ce fut le partage, la marque et la gloire du Giuseppe Sarto Non pas toute la gloire, cependant, ni toute l’explication de ce grand homme. Avant tout, il était un ami de Dieu, une âme sans aucun orgueil, tout souple, dès lors, entre les mains de la grâce divine. Et la grâce vigilante qu’il avait préparé de loin, voyant que jamais il ne lui avait été rebelle, allait à cause de cela, lui donner à gouverner les trois cents millions de catholique et combien d’âme au delà qui remplissent le monde (103)

Quoi d’étonnant que Léon XIII ait professé la plus haute estime pour le patriarche de Venise ! Un jour que, dans une réunion de cardinaux, il avait remarqué son absence : «Il manque, dit le pape, la perle du sacré-Collège, le patriarche de Venise.»

Ce n’est point que le cardinal ait, de queue manière que ce soit, montré vis-à-vis du Saint-Père ce qui eût pu ressemble à de l’obséquiosité ; il serait blasphématoire d’employer seulement l’expression : qu’il n’a jamais fait sa cour au Souverain Pontife. Nul ne fut fils plus fidèle, plus tendrement et plus fortement attaché à Léon XII ; nul ne suivit avec une aussi parfaire docilité, en toute matière, les directives du Chef de l’Église. On se rappelle comme, en toute occasion, il prêchait à ses fidèles le respect, l’obéissance, l’amour envers le pape. Assurément ; quant au reste, plutôt de la réserve. Homme de sa charge et de son poste, «. il s’éloignait de Venise rarement, dans des circonstances solennelles ou il ne pouvait éluder une invitation. Il n’allait même pas souvent à Rome, au point que Léon XIII lui fit aimablement savoir qu’il désirait le voir pus souvent.(104) ». La dernière fois qu’il reçût la visite du patriarche, il lui dit : «.un pressentiment Nous averti qu’il faudra bientôt nous rendre à l’appel du Seigneur.. Il se pourrait que vous soyez appelé à Nous succéder. » Et comme le cardinal se montrait stupéfait et malheureux de telles paroles, Léon XIII ajouta : « Nous savons que vous pourrez rendre les plus grands service à l’Église » Les Témoins sont unanimes à attester que la dernière maladie et la mort de Léon XIII plongèrent le cardinal dans une profonde douleur, « La nouvelle de la mort de Léon XII l’affligea profondément, déclare don Pescini, par que il lui était très dévot et qu’il était très bien vue de ce pape (105) »

«.Le Serviteur de Dieu apprit la mort de Léon XIII avec grande douleur, dit don Eugène Bacchion, parce qu’il le tenait en grande estime et vénération (106). » Et le « témoin » Jeremich est plus explicite et plus précis :

Lorsque Léon XIII tomba dans sa dernière maladie, le cardinal perdit sa bonne humeur habituelle, se montre très préoccupé, ordonna des prières pour sa guérison, et il fut très affligé de sa mort, le jour ou parut l’annonce de cette mort, je me rendis au patriarcat pour lui présenter mes condoléances. Le voyant pleurer, je me permis d’observer qu’il n’y avait pas à s’étonne de sa mort, étant donné son âge. Il me répondit : « Mais tu ne sas pas comme il me voulait du bien (107) »
Est-il besoin de souligner ce qu’il y a d’émouvant et de providentiel dans une telle réciprocité d’estime, de vénération, d’amitié !..

Combien justement le Dr. L. Daelli a pu écrire :

Les neufs années que le cardinal Sarto passa à Venise furent la période de sa vie la plus remplie par une activité prodigieuse, la plus féconde en résultats, encore, ne parlant que des faits principaux, nous avons vu ces mille détails qu’il entourait lui-même d’une modestie profonde et d’une réserve délicate, ces faits de chaque jour, de chaque instant, qui se déroulaient sans éclat, comme s’écoule sans bruit, à travers la prairie, le ruisseau bienfaisant qui cache sa source dans les profondeurs mystérieuses du sol (108)

RÉFÉRENCE

(61). Pie X Acta, I.I.pp.75-87
(62). Cef. Daëlli. Op.cit.p.169. Marchesan op .cit.p.570
(63). Atti del XIX Congresso eucharistico,Ve Itraliano, celebrato nell Agosto, 1897, in Venezia, p.10 Venezia 1898
(64). Op. cit.p.176
(65). Cf. Marchesan op.cit.p.371
(66). Voir atti.cit pp.118-119 Cf. Marchesan, op.cit.,p.371
(67). Voir Atticit.,pp.345-346
(68). Op.cit., p.182
(69). Témoignage d prêtre A. Frolio, Proc, Ord, Venetus p.593 Vité par Dal-gal, op.cit. p.284
(70). Proc.Apost.Venetus, p.101 sum.Virt, p. 492 .On trouverait dans Daëlli, op.cit., pp.176 et suiv. une longue et brillante description de ces fêtes.
(71). Cf. Daëlli op.cit., locéit
(72). Proc. Apost.Vetus p.101 sum.Virt. p.492
(73). Cf. L.Daëlli et Marchesan op.cit
(74). L.Daëlli
(75). Proc. Apost,Romanus,p.40 vol,I, pp. 69-72 sum.Virt.p.40
(76). Proc. Apost.venetus p. 142 Sum.Virt. p. 502
(77). Marchesan, op.cit.p.408
(78). Proc. Apost,Romanus, vol.III. pp.1030-1031 Sum. Virt, pp. 164-165
(79). Marchesan, op.cit. pp.495 et suiv.
(80). Cf. La Didesa de Venise, 13 juillet 1896 Mgr. Pescini, Proc.Ord, Romaus p.334
(81). Proc. Apost. Venetus, p.120. Sum. Virt. P.497
(82). Cf. Marchesan op. cit. p. 425 Voir texte du discours dans Atti e Documenti du Congrés p.102 Padoue ,1867
(83). La difesa, 25 novembre 1895
(84). Voir, entre autres, lettre du 1 mars 1895 à l’abbé prof. Antonio de Angelo, Cf. Marchesan op.cit. p.497
(85). La Difesa du 25 novembre 1895
(86). Programme –Appel du journal II Domani d’Italia, fondé par Murri, 7 novembre 1900
(87). Cf. La Difesa 31 juillet 1900
(88). Sur cette crise douloureuse voir Dal-Gal.op.cit., pp. 295-300
(89). Proc. Apost, Venetus, pp.116-121 Sum. Virt., p. 497
(90). Cf. témoignages de Pellegrini, Sum. I.C., p.410 de Blais Ibed pp. 476-477
(91). Marchesan op.cit. pp. 412-413
(92). Cf. Pescini, Proc. Ord. Romanus p.396 Daëlli op.cit.pp. 204-206 Marchesan , loc.cit
(93). Déposition de don J. Pescine, Proc. Apost. Romanus, vol.II. p.833. Sum,Virt.p.133
(94). Cf. A. Vian. Proc. Ord. Venetus, p. 960 Cité par Dal-gal, op.cit. p. 275
(95). La Difesa de Venise, 29-30 juillet 1895
(96). Cf. Dal-gal., op.cit. pp. 275-276
(97). Voir entre autes . prof. Pellegrini, Proc. Ord. Venetus p. 284 Dr. E. Sorger, ibid pp. 193-194 Dr. Tagliapietras ibid. Pp. 264-265
(98). La Difesa de Venise , 13 juillet 1896
(99). Proc. Apost, Venetus pp. 98-100, sum. Virt,m p. 492
(100). Proc. Apost Romanus, vol. II. P.830 Sum. Virt. P. 133 Cf. Marchesan op.cit.p.419
(101). Sum. Virt., p.96 Cf. Marchesan op. cit.. pp. 413-414
(102). Marchesan op. cit., pp.394-395-396
(103). René Bazin Pie X Éd. De 1928 Flammarion.
(104). Jeremich, Sum. Virt. Pé. 488
(105). Proc. Apost. Romanus vol. II p. 840 Sum.Virt p. 135
(106). Proc. Apost. Tarvisinus p. 176 Sum Virt p. 722
(107). Proc. Apost. Venetus p. 122 Sum. Virt. P. 498
(108). Op. cit., PP. 213-214


Mort de Leon XIII ( 8 juillet 1903)

Le Conclave ( 13 juillet - 4 août 1903

On le pressait de toues parts ; son secrétaire, Mgr. Bressan, avait peine à lui ouvrir le chemin, il avançait lentement, souriant toujours, remerciant, se laissant saisir et embrasser les mains, apercevant un conseiller du municipe, qui était médecin et venait le saluer, il lui dit avec son esprit habituel ; « Oh! Cher docteur, merci ; voilà des circonstances où un médecin est toujours le bienvenue.» On n’était qu’à deux pas de lui, et l’on s’en trouvait loin ,et l’on se lamentait. Il arriva ainsi, plutôt porté par la foule que marchant, à la salle d’attente. Là, il félicita en paroles émues les Vénitiens de leur éloquente manifestation . « Vous prouvez, dit-il, que vous comprenez l’importance de l’événement auquel je vais travailler. Soyez sûrs que je n’oublierai jamais cette preuve éclatante et sincère de l’amour de mes enfants,. Vivant ou mort, je n’oublierai jamais ma chère Venise. Elle vivra là dans mon cœur. En attendant, priez pour moi. » Une slave d’applaudissements couvrit ces paroles, et l’Éminence monta dans le wagon ; là, elle se plaça à la fenêtre, bénissant la foule jusqu’à ce que le train se mit en marche, tandis que tous les maisons saluaient envoyaient des baisers. Le pont de la Lagune était plein des associés de la Jeunesse; ils purent apercevoir l’Éminence par la fenêtre du compartiment ; elle se laissait maintenant librement envahir par l’émotion. Un pressentiment secret qui ne fit que s’accroître avec la durée du conclave brisait le cœur de Vénitiens ; on se disait qu’on ne le reverrait plus. Peut-être ce pressentiment envahit-il aussi l’âme du patriarche, à l’heure où, abandonnant sa ville, il traversait la paisible lagune, odorante d’effluves salés en cette après-midi d’été. Il senti comme un frisson de tristesse saisir son cœur et l’oppresser ; et cette tristesse aillait crossant à mesure qu’à la lumière du soleil couchant les plaines verdoyantes de l’Italie se déroulaient sous ses yeux ; il pensait à la mer qui entourait au loin de chère Venise, et sur laquelle, pendant tant d’années, son placide regard s’était reposer tous les jours (1)

Lendemains du conclave

De son côté, l’historien si parfaitement véridique, Marchesan, nous a laissé, de ce départ, une description magnifique dont les détails concordent avec les précédents, comme avec l’articles de La Difesa du 26 juillet 1903. Dans leur déposition au procès informatif, Mgr, Bressan, Maria Sarto Mgr. Jeremich ont signalé avec grande force la manifestation d’attachement des Vénitiens au cardinal. Ils ajoutent qu’à plusieurs reprises, les Vénitiens au cardinal. Ils ajoutent qu’à plusieurs reprises, les Vénitiens laissèrent éclater, de diverses manières, leur crainte de pne plus revoir le patriarche dans leur ville, et le suppliaient de revenir. « Le peuple affligé, dit Mgr. Bressan, criait : « Il ne reviendra plus (2)!» Le Serviteur de Dieu, de la fenêtre du train, disait : « Vivant ou mort, je reviendra !»… Par la déposition de Mgr. Bressan, nous savons aussi qu’au départ du cardinal, « à la grandiose démonstration » prirent part le duc don Carlos de Bourbon et son épouse (3).

Durant le voyage e Venise à Rome, le cardinal se montra tranquille, comme d’habitude. A Rome, il prit logement au séminaire Lombard : c’est de là qu’il se rendait aux réunions du Sacré- Collège ; c’est là qu’aux heureuses libre il recevait tes nombreuses personnes qui venait lui rendre visite ; mais, dit Mgr. Rosa dans sa déposition, « il se montrait ennuyé de devoir aller au parloir pour des visites (4)».

Il eut aussi à répondre à de nombreuses lettres, dont la plupart demandaient secours, protection, subsides et le faisaient souvent s’écrier, rencontre Daëlli : « Si je ne me sauve pas au plus vite, je serai obligé d’emprunter de quoi retourner à Venise (5).» D’ailleurs,`a son départ pour Rome, pauvre comme toujours, n’avait-il pas été obligé d’emprunter quelques centaines lires?

Entre temps, en attenant l’ouverture du conclave et malgré ses multiples occupations, le cardial Sarto n’oubliait pas les siens, Il écrivait , le 29 juillet , à son frère de Riese :

Rome, 29-7-1903

J’avais promis de t’écrie et je tiens ma promesse avant d’entrer en conclave, qui s’ouvrira vendredi prochain su soir. Je veux simplement te dire que je vais bien et que je trouve supportables les chaleurs de Rome comparées au siroco de Venise. Salue aimablement les familles Marsili et Magnani, et crois-moi pour toujours, avec un cordial baiser, ton frère affectionné.

Joseph Cardinal Sarto P.(6)

Les jours qu’il passa au séminaire Lombard , durant les récréations sil se mêlait aux élèves, conversant joyeusement avec eux.

C’est aussi avant le conclave, dans une de neuf congrégations générales préparatoires, qu’il se trouva assis après du cardinal Lecot, archevêque de Bordeaux, celui-ci, voulant, sans soute, faire connaissance avec son voisin, quelque eu enclin, en outre, à la curiosité, demanda brusquement en français au cardial Sarto : « Votre Éminence est sans doute archevêque en Italie? Dans quel diocèse ?« Le cardinal répondit, en italien : Je ne parle pas français. » Mgr. Lecot demanda alors en latin : « Dans quel diocèse êtes vous archevêque? Je suis patriarche de Venise», répondit en latin le cardinal. « Vous ne parles pas français, continua Mgr. Lecot ; vous n’est donc pas papable; car un pape doit parler français.- Non, Éminence, conclut le cardinal Sarto, je ne suis point papable : Deo gratias (7)!».

Le 31 juillet ( au matin), rencontre Mgr Bressan, il partie en carrosse du séminaire lombard, salué par les clercs et se rendit au Vatican. L’appartement qui lui était assigné se trouvait au troisième étage, là où jusqu'à alors habitait le cardinal secrétaire Rampolla. Voyant que le camérier était empêché par le transport des valises, j’arrangeai le lit du cardinal, et lui-même voulut m’aider, non seulement à préparer son lit, mais encore à préparer le mien (8).

Il dépasserait singulièrement notre cadre de faire ici l’histoire des conclaves pour les élections pontificales, ou de rappeler les ordes d’élection du Souverain Pontife, qui ont vairé avec les siècles.

Ce fut Grégoire X qui, le premier, au second concile de Lyon en 1274, par sa Constitution Ubi periculum établit, dans les lignes essentielles, la législation du conclave. Les prescriptions principales de cette Constitution étaient les suivantes : le conclaves devra se tenir à l’endroit où sera mort le pape défunt. Après une période fixe de dix jours, les cardinaux se réuniront dans le palais habité par le Pontife et s’y enfermeront sans autres suite qu’un clerc et un laïque. Ils resteront séparés du reste du monde toute la durée du conclave, sans communiquer avec personne sans rien dire de l’élection, sous peine d’excommunication. S’Ils tardent trop à nommer le pape, on leur diminuera progressivement les vivres. D’abord discutée en raison de sa sévérité, cette législation finit par s’imposer. Avec de légères modifications, Urbain VIII, en 1625, Clément XII en 1732, lui donnèrent son statu définitif. Ces dispositions furent parfois modifiées, en des circonstances particulières, mais seulement sur des points secondaires et à titre exceptionnel. C’est ainsi qu’à la veille d,’être amené prisonnier en France, Pie VI publia une bulle qui autorisait les cardinaux à tenir le conclave à l’endroit qu’ils jugeraient le plus convenable et pratique. Pie VI état mort à Valence, le conclave pour l’élection de son successeur se réunit à Venise alors sous la dépendance de l’Autriche.

Après l’établissement de Victor Emmanuel à Rome, la situation de l’Église se trouvant de nouveau troublée, Pie IX publia trois bulles destinées à sauvegarder la liberté des cardinaux dans les futures conclaves. Sans la première, datée du 23 août 1871, il rappelait les dispositions prises par ses prédécesseurs et affirmait de nouveau les droit exclusif des cardinaux à élire le Souverain Pontife, rejetant toute intervention et ingérence des laïcs, quelque fut fût leur dignité ou leur situation. Il laissait aux Éminences le droit de désigner le lieu du conclave, soit à Rome, soit ailleurs. Il statuait que, pour la validité de l’élection, les deux tiers des voix des cardinaux présents, par bulletin secret et sur la même personne, était nécessaires l’élection pouvant se faire sans ternir compte des cardinaux empêchés par la maladie ou une autre cause légitime et ne demeurant pas dans l’endroit du conclave.

Les deux autres bulles de Pie IX traitaient de questions de simple coordination ; elles revenaient pourtant sur l’impérieux devoir d’exclure toute ingérence des pouvoirs civils dans l’élection du Souverain Pontife.

Le dernier conclave tenu en 1878, pour l’élection de Léon XIII, sub potestate hostilli, suivant l’expression de Pie IX et de Léon XIII, se passa sans incident, le gouvernement italien eut le bon esprit de laisser aux cardinaux toute entière liberté, il fit même surveiller par ses troupes les abords du Vatican, pour que les conclavistes ne fusent point troublés dans leur mission.

A sa mort, Léon XIII laissa aux cardinaux , en vue du conclave, des recommandations pleines de sagesse et de fermeté, il y renouvelait les prescririons d de son prédécesseur et en réclamait la rigoureuse observation ; il ajoutait : L’élection se fera le plus tôt possible et rapidement, toute intervention étrangère doit être bannie du conclave. On ne tiendra nul compte des propositions qui pourront êtres faite au Sacré –Collège dans l’intention de limiter le libre choix d’un candidat. Que si les cardinaux prévoient des dangers ou des scissions, ils nommeront un pape, quelque soit leur nombre, sans attendre l’arrivée des cardinaux étrangers. En cas de force majeure, ils pourront déroger aux règles générales.

A la première menace contre la liberté des délibérations, le Sacré-Collège devra chercher asile hors de l’Italie.