Le
Patriarcat de Venise ( 1893-1903)
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Le
cardinal Sarto fixa son entrée à Venise pour le 24
novembre 1894. Il fit précéder cet événement
de deux actes solennels, L’8in de ces actes est la première
Lettre pastorale adressée aux fidèles de son nouveau
diocèse. Datée de Mantoue, le 5 septembre 1984, en
la fête de saint Laurent Justinien, évêque de
Venise, cette lettre était d’une importance singulière.
Pour le bien comprendre, il faut savoir que, pour se faire pardonner
par les Loges ce qu’elles appelaient son abdication en faveur
du Saint-Siège, Crispi fit publier dans la presse et dans
les comités maçonniques que son acte n’était
au fond qu’un acte de condescendance vis-à-vis du cardinal
Sarto en qui il avait trouvé un esprit pleinement disposé
à la « conciliations ». Le cardinal ne pouvait
se méprendre sur le sens véritable de ce mot dans
l’esprit de tels adversaires, aussi, à sa première
Lettre pastorale, celle-là même où il annonçait
son entrée à Venise, voulut-il affirmer, avec la plus
absolue netteté, une prise de position qui ne permît
aucun doute sur les principes qui allaient inspirer sa conduite,
et qui étaient , d’ailleurs , comme le résumé
des doctrines qu’il avait jusqu’à ouvertement
professés. Dans cette lettre, il disait, entre autres :
Dieu
est chassé de la politique, par la théorie de la
séparation de l’Église et de l’État
; de la science, par le doute érigé en système
; de l’art avili par le réalisme ; des lois modelées
sur la morale de la chair et du sang ; des écoles par l’abolition
du catéchisme ;de la famille enfin, qu’on veut laïciser
dans son origine et priver de la grâce du sacrement, Dieu
est chassé de la chaumière des pauvres qui dédaignent
de demander réconfort à celui qui seul peut leur
rendre supportable leur dure condition. Il est chassé du
palais des riches qui ne craignent plus les menaces de ce Juge
éternel qui leur demandera un compte rigoureux de l’usage,
des leurs biens. Il est méconnu des puissants qui n’abaissent
plus leur front orgueilleux et croient se suffire à eux-mêmes…
Il faut combattre le crime capital de l’âge moderne,
qui prétend sacriliègement substituer l’homme
à Dieu`apporter la lumière des préceptes
et des conseils évangéliques, et celle des oeuvres
de l’Église, dans tous ces problèmes que l’Évangile
et l’Église ont si clairement et triomphalement résolus
: éducation, famille, propriété, droits et
devoirs : rétablir l’entente chrétienne entre
les diverses conditions sociales : pacifier la terre et peupler
le ciel : voilà la mission que je dois poursuivre parmi
vous, soumettant toute chose à l’autorité
de Dieu, de Jésus-Christ, et de son vicaire sur la terre,
le pape.
S’adressant
directement au clergé du patriarcat, il lui dénonçait
le péril pour eux le plus redoutable sans doute et dans
le quel tant de prêtes, hélas! Avaient sombré,
et il les mettait en garde, dans des termes catégoriques,
contre ce mal.
Que
les prêtres, disait-il, prennent garde de n’accepter
aucune des idées de ce libéralisme, qui, sous l’apparent
du bien, prétend concilier la justice et l’iniquité,
les catholiques libéraux sont des loups couverts de la
toison des agneaux ; c’est pourquoi le prêtre vraiment
prêtre doit dévoiler au peuple confié à
ses soins leurs dangereux pièges et leurs mauvaises desseins.
Vous serez appelés papistes, cléricaux, rétrogrades,
intransigeants. Vantez-vous en ! … Soyez forts, et obéissez
à ce commandement que rappelle Isaïe : « Crie
et ne t’arrête point, élève la voix
comme une trompette, et annonce à mon peuple ses scélératesses
et à la mi-saison de Jacob ses péchés.»
En me conformant, quand à moi, à la justice, à
la piété, à la charité, à la
patience, à la mansuétude, je combattrai le bon
combat de la foi que j’ai professée devant de nombreux
témoins, et avec la grâce céleste j’observerai
ce commandement immaculé, irrépréhensible
jusqu’à la fin de ma vie (1).
Journaux
et public applaudirent à un si noble et si loyal langage.
Seul, dit L. Daelli, les journaux de la secte gardèrent
silence (2)…
Le second acte solennel du cardinal Sarto fut sa lettre au syndic
de Venise pour lui annoncer sa prochaine arrivée. C’était
alors le parti démocratico-social qui dirigeait le Municipe,
et l’on se demandait avec une curiosité mêlé
d’appréhension quelle serait l’attitude de
deux pouvoirs. Voici le texte de la lettre du cardinal au maire
de Venise, Ricardo Selvatico :
Illustrissime
Seigneur
À l’approche du jour où je devais assumer
le gouvernement spirituel de cet insigne diocèse, ce n’est
un devoir d’exprimer à V.S. Illme et à vos
honorables collègues du Conseil municipal, mes respectueux
hommages. Si, en me présentant comme citoyen, je puis vous
donner l’assurance que je ne manquera jamais aux devoirs
qui me son imposé non seulement par la loi, mais par les
convenances sociales ; comme patriarche, j’espère
trouver dans les honorables représentants de cette illustre
cité l’aide qui rendra moins difficile, l’exercice
de mon sacré ministère. Et ceci, non seulement je
l’espère mais le je tiens pour assuré ; car,
quelque distincts que soient nos deux champs d’action, dans
l’un et dans l’autre nous devons tendre au vrai bien
des citoyen, et il ne peut pas y avoir de collision entre nos
deux pouvoirs, puisque la religion et la société
ont un seul et même Auteur. Dans la confiance que Votre
Seigneurie voudra agréer l’humble office que me conseille
mon cœur et que j’offre tout entier à ceux que
je n’honore d’appeler mes concitoyens ; avec ma plus
profonde considération, je suis votre très dévoué
serviteur .
+
Joseph Sarto
Cardinal Patriarche
Le
maire de Venise répondit :
Éminence,
Je
suis reconnaissant à votre éminence pour l’amabilité
avec laquelle vous avez bien voulu communiquer aux représentants
de cette ville l’annonce de votre imminente arrivée
à Venise. En mon nom et au mon de mes collègues
du Conseil, je vous offre un respectueux salut. Soyez le bienvenu,
Éminence, qui venez remplir le suprême officie ecclésiastique
et exercer votre auguste mission de paix et de la charité.
Les attributions de la municipalité me paraissent si nettement
distinctes de celles du pouvoir religieux qu’aucun conflit
ne devait surgir entre eux, surtout s’il existe cette courtoisie
de rapports personnels dont votre Éminence, dans sa lettre
a voulu nous donner le témoignage et que, de notre part,
nous continueront loyalement à observer. Ainsi, l’harmonie
entre de deux pouvoirs, que votre Éminence, si noblement,
désire, beaucoup mieux que par des accords ou des compromis
qui conviendraient mal à la dignité spirituelle
de l’un et au caractère essentiellement laïque
de l’autre, naîtra spontanément de leur mutuel
respect et de la scrupuleuse et inviolable délimitation
de leurs offices. Dans cet esprit, je renouvelle à votre
Éminence l’assurance de mes hommages et de ceux de
mes collègues, et j’exprime le souhait que le séjour
dans notre cité vous soit cher et très agréable.
De
votre Éminence Rme, très dévoué
R.Salvatico,
maire de Venise (3)
À
l’annonce de la prochaine arrivée du cardinal, ce
fut à Venise une véritable explosion d’enthousiasme,
le comité diocésain publia cet appel :
Concitoyens
! Venise dépose son manteau de deuil que depuis trois ans,
son veuvage de pasteur lui impose, avec ses parures de fêtes,
comme aux jours des antiques victoires, elle va au-devant de son
Père très désiré, le cardinal patriarche
Joseph Sarto, trêve à la tristesse : il est raisonnable
de se réjouir, d’élever à Dieu des
remerciements, puisque les obstacles qui s’opposèrent
pendant si longtemps à la réalisation de nos espérances
communes, ont été surmontés. Réjouissons-nous
: le catholique pour avoir un tel Chef : le non –catholique
pour un tel exemple, le pauvre pour avoir trouvé un bienfaiteur,
le riche un conseiller, le malheureux un consolateur. (4).
Le
journal Vita del Popolo publia un chaleureux article dont voici
un extrait :
Gloire
et fruits abondants de bénédictions céleste
à l’homme qui, dans tous les actes de sa vie sacerdotale
et épiscopale, a donné à tous ceux qui l’on
connu des preuves magnifiques d’un esprit prompt et lucide,
d’une âme noble, d’une éloquence abondante
et chaude, de manières affables, d’un zèle
ardent et d,une charité inépuisable. Pour cela partout
et toujours il fut admiré, révéré
et aimé. Avance maintenant , ô Prince de L’Église
catholique, avance au nom de Dieu qui t’envoie, vers la
Reine de la mer Adriatique, mère féconde et joyeuse
d’hommes grands et saints ; elle accueille en toi un grand
apôtre de la Vérité, le saint brûlé
par la charité, et, joyeuse , elle applaudit et te bénit.
De son côté, la Difesa, dans un numéro spécial
et illustré, salua le nouveau patriarche par cette poétique
inscription, encadrée d’un résumé de
la vie du cardinal. Nous donnerons cette « inscription»
dans son texte italien, pour qu’on ne puisse mieux saisir
les nuances parfois très difficiles, sinon impossible à
traduire exactement.
I
trionfi degli avi
Per l’onda solenne del Canale Grande
Venezia oggi rinnova
La phalange raggiante dei patrii schifi
Tra inni, tra colori, tra gubili infinti
Traendo dietro a te
Card. Patriarca Giuseppe Sarto
Che col santo sorriso del buono del forte
A te solo debitor della gloria
Ascendi S. Marco
Ad impalmare sospirato la sposa
|
Che
Leone XIII ti destinava
Coll’augusta regina dei mari
Plaudenti le cento citta sorelle.
O
ventura d’Italia
Se pacate le ire amessi gli orgogli insani
Quindi finalmente imparasse
Nel ritorno fidente alla fede papale
Ogni sua speranza (5)
|
Quand
le clergé, dans son immense majorité, il accueillit
avec bonheur la venue du nouveau patriarche. Cependant, a déposé
un témoin particulièrement autorisé, Mgr.
J. Jeremich, « quelques-uns, connaissant la fermeté
du cardinal, manifestèrent quelques crainte ( trepidazione),
par ce qu’on disait qu’il avait une mais de fer dans
un gant de velours( una mano di fierro velllutala) (6).»
Le 24 novembres 1894, S. Ém. le cardinal Sarto faisait
son entrée à Venise. La réception fut un
indescriptible triomphe. Journaux et biographies en ont rapporté
de larges échos. Parmi les journaux, La Scintilla, hebdomadaire
littéraire publia, à la date de ce jour, 24 novembre
1894, en titres somptueux et en première page, un poème
magnifique, encadré des dates principales de la vie du
cardinal. Nous dirons seulement, quand à nous, que la réception
faite au nouveau patriarche fut, de tout point, digne des fastes
de la « Sérénissime république».
« Les autorités et les diverses députations,
dit L. Daëlli, rivalisèrent pour payer leur tribut
d’hommages au prince qui prenait possession de son illustres
siège (7).»
La
fête pourtant fut surtout la fête du peuple, unanime,
débordante d’enthousiasme et d’allégresse.
Sans tout, le parcours que travers le triomphal cortège,
parmi les acclamations d’une foule innombrable, seule une
maison parut sans décoration : le palais de la Municipalité.
Le fait est attesté, au procès informatif, par plusieurs
témoins, entre autres don J. Pescini qui dit : «
Le nouveau patriarche fut accueilli avec des démonstrations
absolument extraordinaires de respect et de dévotion, les
fenêtres seul municipe furent les seuls à rester
fermées (8).» Mgr. Marchesan qui assista à
la réception, comme représentant, avec Jgr. Pallizzari,
du séminaire de Trévise, atteste et raconte longuement
le triomphal accueil fait au cardinal, non seulement à
son entrées , mais encore le jour suivant dans la cérémonie
célébrée à Saint-Marc. Il a noté
également le geste du municipe, pour la décoration
(9).
Certes,
le cadre se prêtait miraculeusement à un tel triomphe,
qui pourrais d’écrire la splendeur de Venise, merveille
des cités maritimes, reine de l’Adriatique, cette
ville dont un ancien poète eut l’audace d’écrire
la comparant à Rome même : Illam homines dices, hanc
posuisse deos! (10)
Et
quels incomparables souvenirs historiques, tour à tour
glorieux et tragiques, puaient se présenter à l’esprit
du cardinal, quand il abordait au grand Canal, ou qu’il
traversait la Piazetta près la grande place Saint-Marc,
debout , vêtu de pourpre, souriant et bénissant !
Possesseur d’une immense culture antique, peut-être
évoquait-il ces lignes de Cassiodore, secrétaire
et historien de Tréodoric, roi des Wisigoths, racontant,
cent ans après la mort d’Attila, la vie intense des
Vénitiens :
Déjà
possesseurs d’une marine, ils défient les tempêtes
de l’océan et les courant des fleuves ; ils construisent
des maisons comme des nids de mouettes ; raffermissent le sol
de leur îles avec des pieux et des digues; amoncellent le
sable pour briser la fureur des flots. Riches et pauvres vivent
la même existence, mettent en commun leur courage et leur
travail, sans montrer d’envie ni d’autres vices, et
ce qu’ils produisent est plus précieux que l’or…
Peut-être
évoquait-il les origines extrêmement tourmentés
de la « République Sérénissime »;
la création d’un chef unique, dux ou doge, les vicissitudes
innombrables du gouvernement des doges, l’institution du
Conseil des dix (11); puis, jusqu’au XVIIe siècles
la marche à la gloire, gloire politique et militaire, foire
surtout artistique par la prodigieuse floraison des monuments
d’architecture et de peinture ; palais ducal et basilique
Saint –Marc, chefs-d’œuvre de Mantegna et Jean
Bellin, de Barbarelli, de Giorgione, compatriote de Giuseppe Sarto,
du Titen, du Tintoret, de Paul Véronèse, «
le lyrique de la pompe vénitienne », de Tiepolo,
etc., et pour la déchéance, due, comme toujours,
au débordement du luxe et des plaisir, aux intrigues de
la politique ; l’abdication du Grand-Conseil entre le mains
de Bonaparte, le 12 mai 17987, le traité de Campo-Formio,
livrant la l’Autriche Venise et tout son territoire ; les
arts ensevelis dans le même tombeau que la liberté
; la renaissance enfin, avec la reconquête, grâce
surtout aux rares qualités de vaillance au labeur, d’intelligence
souple et fine du peuple vénitien, qui allaient faire de
Venise, « la perle des eaux»… le cardinal savait
aussi à fond les gloires ecclésiastiques de Venise.
Il savait après combien de démêlés
le pape Nicolas V avait transféré à Venise
le siège du patriarcat affecté primitivement à
l’évêché d’Aquilée. Il
savait que le siège de Venise était alors occupé
par un saint, Laurent Justinien…
Le
palais du patriarche de Venise, sur la place ds Laoncini ou des
Petits- Lions, s’élève à gauche de
la « basilique d’or», faisant pendant au palais
ducal dont il est comme une prolongation.
Construit
en 1620, sous le doge Priuli, écrit L. Daeilli, il fut
considérablement augmenté et fort bien restauré
par le gouvernement autrichien, sous le patriarcat du cardinal
Monico.
On
lui donna alors sa façade en style du XVIII siècle.
Il est formé de quatre grandes ailes qui entourent l’ancienne
cour des chanoines. La Façade qui regarde la place comprend,
au rez-de-chaussée, un premier cabinet de travail et les
chambres à coucher du patriarche et de son secrétaire.
Au premier étage, est un second bureau et la salle du trône,
splendidement décorée de motifs d’or sur fond
rouge. Le long des murs se succèdent les portraits des
prédécesseurs du cardinal Sarto ; au-dessus de trône
est celui du pape régnant. Les autres rez-de-chaussée
sont occupés par les domestiques. Les cuisines, la salle
à manger, la salle ordinaire des réceptions, et
, à gauche, la salle historique des festins, qui communiquait
autrefois avec le palais ducal dont elle faisait partie,.Son nom
lui vient de ce que le doge y recevait à dîner les
grand seigneurs de la République Sérénissime,
aux solennités de saint Marc, de l’Ascension, de
saint Guy et de saint Étienne. Les fresques des trois compartiments
du grand plafond sont l’œuvre de Jacques Guarana ;
sur le côtés sont deux remarquables toiles de Nicolas
Bambini, représentant, l’une Le Temps découvrant
la Vérité, l’autre, La Vertu chassant les
Vices. On a dressé dans cette salle un petit autel, par
ce que les patriarches de Venise ont coutume, les jours de dimanche
t de fêtes, d’y donner la confirmation. La chapelle
privé de l’évêque communique avec la
salle des festins; c’et plutôt un petit oratoire,
avec un autel minuscule, un tableau de quelque valeur et un chemin
de la Croix (12)…
Avec le cardinal Sarto, au palais patriarcal de Venise, allaient
aussitôt revivre, dans un champ singulièrement agrandi,
les habitudes simples, modestes, austère du vicariat de
Tombolo, de la cure de Salazano, de l’évêché
de Mantoue.
En recueillant les témoignages directs, pleinement concordants,
il est aisé de reconstituer le train de vie quotidien du
cardinal durant son patriarcat, au début, comme à
Mantoue, il se levait à quatre heures. Mais, à la
suite d’extrême fatigue causé par la préparation
du synode diocésain, il consenti à retarder son
lever jusqu’à cinq heures, sourd aux conseils qu’on
lui donnait de se ménager et de prendre plus de repos.
Il célébrait la messe à six heures, après
son oraison et préparation. |
Après
l’action de grâces, a déposé sa sœur,
Maria Sarto, il prenait une tasse de café et se retirait
a sa chambre. Il restait à son étude jusqu’à
l’heure du déjeuner. Deux fois par semaine, et
c’était , me semble-t-il, le lundi et le vendredi,
il donnait audience, mais tous les autres jours, il était
tout prêt à recevoir tous ceux qui désiraient
lui parler…
D’après
l’ensemble des témoignages, on a nettement l’impression
que si, au début, le cardinal consentit à restreindre
quelque peu ses audiences, bien vite il supprima pratiquement
tout limite, recevant chaque jour, à tout heure du jour,
surtout les pauvres et les malheureux.
Il
se rendait à déjeune à quatorze heures
, et son déjeuner était modeste, comme à
Mantoue, presque toujours, il avait quelque invité, et
alors il me disait d’allonger le potage. Je lui signalais
qu’il y avait peu de chose pour le déjeuner. Il
me répondait en souriant : « Vous direz qu’ils
feront ici la collation et que le déjeuner, ensuite,
ils le front dehors. » Après le déjeuner,
il prenait un peu de repos, puis un peu de café, rarement,
il faisait une promenade, et, à l’été,
pendant trois mois, par ordre du médecin, il se rendait
au Lido, de bonne heure, quand il était appelé
pour la confirmation, il s’y rendait promptement, même
jusqu’à hôpital. Sur le soir, il faisait
la visite au Saint-Sacrement, se transportant au « Coretto
» qui regarde vers la cathédral. À neuf
heures, avant de dîner, il récitait lui-même
le Rosaire avec nous. Outre Mgr. Bresan, qui faisait la fonction
de secrétaire, le Serviteur de Dieu eut encore un maître
de chambre, jeune clerc qui mangeait et dormait à l’archevêché
et qui, le jour suivait les cours du séminaire. Ces maîtres
de chambre furent M. Jeremich, M. Poescini, donc angelo Speranto,
don Francesco Petich et un certain don Ciaccoli, dont je ne
me rappelle pas le nom. Ces maîtres de chambre se succédaient
parce que, ordonnés prêtres, ils étaient
destinés à d’autres offices par le Serviteur
de Dieu. Il avait enfin, comme personne de service, le valet
de chambre et un gondolier, aujourd’hui défunts,
et qui mangeaient aussi à l’archevêché,
et que le cardinal traitait tous avec grande familiarité
(13).
Mais
reprenons la déposition de Maria Sarto
Le
Serviteur de Dieu pratiquait la confession sacramentelle, il
avait pour confesseur ordinaire le P. Ignazio Segari, de la
Compagnie de Jésus, qui venait chez lui deux ou trois
fois la semaine. A Mantoue aussi il avait son confesseur : C’était
Mgr. Alfini, chanoine de la cathédrale, qui venait chez
lui deux ou trois fois la semaine.
Avec
de si précieux détails concordent les dépositions
des autres témoins». Certains ajoutent quelques
traits ou en précisent l’autres : Relevons ces
traits empruntés à l’un des témoins
les plus intimes, don Joannes Jeremich : Après avoir
terminé ses exercices de piété, il lisait
habituellement les journaux de la cité pour se tenir
au courant des événements. Les journaux lui étaient
apportés par le gondolier, mais il était abonné
payant à la Difesa et à d’autres journaux
catholiques. A la fin des audiences, il avait coutume d’accompagner
ses visiteurs, de quelques condition qu’ils fussent, jusqu’à
la porte de la salle. A midi, il recevait à l’audience
le vicaire général et le chancelier pour les affaires
du diocèse. Il aimait particulièrement à
s’entretenir avec le veux M. Mrion, vicaire général,
qui l’informait de toutes les nouvelles relatives à
l’histoire ecclésiastique du diocèse. Il
le tenait en haute estime. Je remarque que dans les conversations
( avec ses familiers) comme durant les repas, il ne parlait
jamais des choses concernant le gouvernement du diocèse,
vers les vingt-deux heures, il se retirait à sa chambre,
et quand il n’avait pas de travaux urgents, ses prières
terminées, il se couchait . ( D’autres témoins
ou historiens assurent qu’il se couchait habituellement
à minuit. Durant le Congrès eucharistique, et
spécialement durant la préparation du synode diocésain,
il lui arriva de continuer son travail toute la nuit, si bien
que, le matin, le valet se rendit compte que le lit n’avait
pas été défait. (16)
Du point de vue du régime alimentaire, le même
témoin, qui fut un témoin visuel et quotidien
de la vie du patriarche, déclare :
Le
Serviteur de Dieu, fut vraiment tempérant… Durant
les quatre ans que je vus maître de chambre, j’ai
eu fréquemment l’occasion de constater qu’il
ne changea jamais sa méthode de vie tempérante,
je ne m’aperçus jamais qu’il cédât
à ses appétits naturels en cette matière;
je me rendis compte, au contraire, qu’il savait les dominer
fortement. Ordinairement, à table, il faisait porter
une soupe, un plat ( c’était un plat de viande
avec garniture de légumes), un fromage, parfois aussi
des fruits, si la Providence en envoyait. Quand il avait des
invités de marque et le dimanche, il admettait aussi
un second plat. Il buvait aussi un peu de vin, mais en très
petite quantité. Quand il avait des hôtes, comme
aussi dans les grandes solennités, il offrait à
ses commensaux une bouteille de vin plus distingué, que
lui –même versait à ses hôtes .(17).
Notons
bien ici, avec la mortification personnelle du Serviteur de
Dieu et son culte de la pauvreté, la parfait délicatesse
du cardinal, le souci d’observer, il faut même dire
en grand seigneur, les convenances humaines, et les règles
de la charité, parfaitement simple, pauvre et austère
pour lui-même, mais plein d’égards pour les
autres, à la hauteur de toutes les circonstances de sa
situation et de sa charge. Il faut ajouter que, selon la déposition
des ses secrétaires Mgr. Bressan et don Pescini, il se
monterait plein de sollicitude pour leur santé, leur
faisant servir des mets particuliers chaque fois qu’ils
en avaient besoin. Même souci de simplicité et
de pauvreté ans ses habits.
Il
pratiqua toujours la pauvreté. Continue don Joannès
Jeremich. Il ne voulut jamais de superflu, mais il ne contrevint
non plus jamais au décorum de vie et aux divers degrés
de son ascèse. Quand aux habits, il préférait
ceux qui étaient ordinaires. Lorsqu’on lui donnait
des vêtements distingués, il n’était
point rare qu’il en fit don à des prêtres
besogneux… Il semblait que les choses fastueuse lui pèsent
beaucoup (18)..
A
propos de la cappa magna du cardinal, L. Daëilli raconte
:
Il
avait acheté, pour une centaine de francs, la cappa cardinalice
de son prédécesseur l’Émince Agostini;
quand il le voyait par trop lustrées. Il retapai et s’en
servait comme d’une neuve. A la fin, il se résigna
à faire teindre en rouge ses ornements d’évêque,
cela ne réussit pas très bien : un sorte de tient
blanche ressortit qui fit tache. Le cardinal finit par conclure
en riant : « Cela ne fait rien, allons toujours ; de ce
train j’arriverai certainement à la papauté»
: plaisante allusion à la soutane blanche du pape ; il
ne croyait pas si bien dire !
Tel fut, à Venise, ans ses grandes lignes, le train de
vie intime du Cardinal Sarto. L’Œuvre pastorale du
patriarche fut, d’une autre manière, également
admirable et d’une fécondité vraiment prodigieuse.
Le
lendemain de son entrée triomphale, le cardinal Sarto
célébrait, dans la basilique Saint-Marc, sa première
messe pontificale. Après la messe, se tournant vers son
peuple il parla. Ce fut, écrit Marchesan, « la
parole d’un véritable apôtre, d’un
vrai pasteur d’âmes, une parole pénétrante,
émouvante, suggestive. Son geste était sobre,
expressif, la voix claire, harmonieuse, le regard plein de bonté,
l’expression facile et spontanée (20)».
De
son côté, le journal La Difesa décrivit,
le lendemain e la cérémonie :
…
Notre patriarche possède, si l’on peut s’exprimer
de la sorte, la magie de la parole apostolique, pénétrante,
convaincante, suggestive. Sans aucune de ses raffinements où
trop souvent on obtient pour effet (effetto) de plaire, mais
non le sentiment (affetto) qui échauffe et émeut,
notre patriarche , à peine a-t-il commencé de
parler, a déjà du premier coup conquis l’attention
et la sympathie de tous.
Dès
ce premier contact avec l’âme de son peuple, le
patriarche affirmait, ou plutôt laissait éclater
avec son profond et paternel attachement, son programme pastoral
et comme le résumé de sa vie, voué toute
à la gloire de Dieu et à l’héroïque
charité pour le prochain. Il dit, entre autres :
Moi, je devrais avoir honte d’avoir été
l’objet de telles fêtes et de si grands honneurs
de votre part, mais je sais que les fêtes et les honneurs
vous ne les rendez pas à ma pauvre personne, mais bien
au Christ, au grand Roi et Législateur que je représente,
et au nom duquel je suis venue parmi vous. Vous avez voulu par
là reconnaître la dignité dont Dieu m’a
investi, par l’oracle de son Vicaire sur la terre, et
me démontrer qu vous voyez en moi votre évêque,
votre père, votre patriarche… Dès cet instant,
je vous aime tous… Je vous aime, non d’un amour
terrestre et charnel, mais d’un amour fort et céleste,
qui vise spécialement à procurer le bien de vos
âmes… Vous avez mon cœur et mon amour de vous
je ne désir qu’une correspondance d’affection.
Moi, je souhaite ardemment que, en m’aimant, vous puissiez
dire avec toute la sincérité de vote âme
: notre patriarche est un homme d’intentions droites,
qui ne veut pas de moyens termes, tient haut sans tache le drapeau
de Vicaire du Christ, et qui na d’autres but que soutenir
et défendre la virité et faire le bien.. Mais
l’évêque n’est pas seulement la voie,
il est aussi la vérité. C’est lui qui doit
prêcher la vérité divine, qui est contenue,
comme dans un précieux écrin, dans les Lettres
sacrées inspirées de Dieu, et être auprès
du peuple son interprète fidèle, et l’Évêque,
comment pourra t-il maintenant cette divine parole sans qu’elle
soit suffoquée par la voix du siècle qui ne cherche
qu’à la corrompre, à la détruire,
à l’étouffer ? Dieu dit dans l’écriture
: « Malheureux aux chiens muets, malheur aux sentinelles
qui ne crient pas .» Aussi un devoir sacro-saint m’incombe,
chers fils, de parler franchement pour la défense de
la vérité ; afin que Dieu ne me demande pas compte
du jeune homme qui se perd dans le labyrinthe d’un éducation
corrompu ; afin que Dieu ne me demande pas compte non plus de
la perte de ceux qui souvent haïssent et détestent
le caractère d’évêque, représentant
du Christ.
L’évêque est la vie, principalement par son
opérosité ». Le travail est joie, gloire
et fatigue. Si cette opérosité » s’admire
quand l’évêque pontifie à l’autel,
quand il prêche, quand il instruit les élèves
du sanctuaire, quand il confirme les jeunes, jamais cependant
elle n’apparaît aussi sublime comme lorsque l’évêque
se mêle au peuple, devient comme l’un des plus abandonnés
de ses fils, et porte son bras, sa mains, sa parole, de paix
et d’amour au milieu des pauvres, mais puisque aujourd’hui
ses trésors sont épuisés, puisque l’évêque
est devenue impuissant à secourir les misères,
quelle douleur pour son cœur de savoir qu’il en a
tant qui pleurent, qu’il y a tant de veuves, d’orphelins,
qui meurent de faim. O riches , aidez votre patriarche à
faire la charité; faites-la à ses fils miséreux,
pensant que vous la faites à lui-même, mieux encore,
que vous la faites au Christ. C’est moi qui vous demande
la charité pour eux. En ces temps si tristes, que de
fourvoyés qui se perdent dans les sentiers du vice, combien
qui s’abandonnent à tous sortes de délits
! Et si ceux-ci étaient mes fils ? On ! quel crève-cœur
pour moi ! Eh bien ! sachez que je suis prêt à
donner pour eux mon sang et ma vie. Pour les sauver, je suis
prêt à n’importe quel sacrifice, de mon temps,
de mes aises, et aussi de mes inclinations. Si, pour sauver
une âme. Il convenait que je m’approche de quelqu’un
qui abomine l’évêque de la sainte Église,
oui, je le ferais. Je travaillerai, reconnaissant à Dieu
si je recueille quelques fruits de mes fatigues, je travaillerai
joyeux, même dans le désert. Vous, vous dirai-je
avec Mathatias, vous qui avez le zèle de la loi venez
après moi, soutenez-moi, travaillez avec moi, et Dieu
nous accordera cette grâce que j’implore sur vous,
vous donnant ma bénédiction (21) !.
Comment
de telles paroles, jaillies d’une telle âme, n’auraient
–t-elles pas produit la plus vive et la plus profonde
émotion? Il n’est point exagéré de
dire que, dès cet instant, le cœur du peuple vénitien
fut conquis.
Peu
de temps après, dans sa première homélie
à la cathédrale Saint Marc, le cardinal, prenant
pour texte ces paroles des Saints Livres : « Justilia
elevat gentes, miseros autem facit populos peccatum »,
prononçait de graves et courageuses paroles. Avec une
extraordinaire vigueur que rendaient plus saisissante les termes
parfaitement mesurés et discrets, il dénonçait
, en le s déplorant, les grands mieux que l’esprit
révolutionnaire a introduits dans la société
; il définissait la vraie liberté et faisait un
éprouvant appel à la charité du Christ,
Paroles trop eu connues et d’une tragique actualité
pour notre temps :
La
vraie liberté ne consiste pas dans l’indépendance
absolue et dans l’anarchie, qui sont des tyrans les plus
féroces. Là où il n’y a pas un maître,
a dit un docte apologiste, tous sont maîtres, et une nation
sans maître est une nation d’esclaves. Pauvre peuple!
Pour te flatter on t’appelle souverain; mais te voyant
dans la poussière, devenue l’escabeau des intrigants,
qui voulaient s’élever sur ta ruine, logiquement
tu t’es rebellé ! Dans le langage de l’Écriture,
comme dans celui de tous les peuples, la condition libre par
excellence, en opposition à l’esclavage, est la
condition de filiale : être fils et être libre est
tout un. Or la condition de fils est encore subordonnés
à l’obéissance parce que dans la famille,
il y a un sceptre, une autorité, un pouvoir. Devenir
libre, donc, ne veut pas dire sortir au du rang des esclaves
pour entrer dans celui des rebelles, mais c’est quitter
le joug du patron pour être mis sous le pouvoir du père,
et être transféré du domaine des choses
à celui des personnes et abandonner le servage pour être
agrégé à la famille. Et pour arriver à
cet affranchissement, Venise n’a pas seulement procuré
la liberté des personnes, mais celle des institutions.
Proclamer hautement libre, un pays et charger d’un joug
les institutions publiques, et un mensonge, c’est une
dérision cruelle!
Dans la République de Venise la charité régnait
en souveraine, mais pas celle qui marque le pauvre d’un
cachet, d’abjection, et le regarde comme un être
méprisable, qu’elle voudrait être du milieu
de la société et enfermer dans un lieu clos pour
ne pas avoir devant les yeux le reproche continuel d’un
luxe impertinent, mais bien la charité de Jésus-Christ
qui voit dans les hommes d’autres frères, secourt
toutes leurs nécessités, trouver un asile pour
leur besoins, comme l’attestent les monuments qui malgré
tant de gaspillage, prêchent encore la charité
Vénitienne (22).
Immédiatement
cardinal se met à l’œuvre. Le 17 novembre,
c’est –à-dire trois jour à peine après
son entrée, il fait visite au syndic, au Conseil municipal,
au préfet comte Garacciolo. Acte de déférence
sans doute, très louable ; mais aussi, peut –être
même faut-il dire ; mais surtout, acte de charité,
car, avec l’administration municipale, le patriarche de
Venise s’enquiert des besoins les plus pressants et les
plus graves de la cité ; avec le préfet il s’entretient
sur les moyens de secourir les victimes des tremblements de
terre qui venaient de désoler la Sicile et la Calabre.
Ces visites s’achevaient par une autre visite de charité
bien propre à toucher le cœurs des Vénitiens
: une visite e tune longue prière au cimetière
(23
|
(1).
Archives du Patriarcat de Venise
(2). Op.cit., p.143
(3). Archives du Patriarcat. Cité par Marchesan, op. cit.,
p.334
(4). Dans Marchesan, op. cit., p.333
(5). Essais de tradition :
Venise aujourd’hui renouvelle, sur l’onde solennelle
du Grand Canal, les triomphes des aïeux amenant la phalange
radieuse des barques des pères, au milieu des hymnes, des
couleurs, de joies infinies, à ta suite, ,ô Cardinal
Joseph Sarto toi qui avec un sourire saint, digne des bons et
des forts, monte à Saint –Marc qui devra à
toi seul cette gloire, pour prendre en main cette Épouse
après qui tu soupires, et que Léon XIII te destinait-
En même temps que l’auguste reine des mers, cent cités
sœurs applaudissent. O Italie, heureuse seras-tu si ayant
apaisé les colères et repoussée les orgueils
stupides , tu apprends finalement de cette fête, à
mettre toutes ton espérance dans le retour conviant à
la foi des papes.
(6). Proc, Apost. Venetus,p.76 Sum.Virt., p. 484
(7). Op.cit., p.146
(8). Porc. Apost. Romanus, vol, II, p. 823. Sum. Virt., p..129
(9). Marchesan, op. cit., pp.336 à 344 . Cf. Maria Sarto
, Sum I.C. P.45. Anna Sarto p.65. Mgr. Jeremich. Ibid., p.383
(10). Les homme fondèrent Rome, les dieux Venise.
(11).
En 1310
(12). Op. cit., pp. 148-150
(13). L. Daëilli nous a conservé leur nom : le valet
de chambre s’appelait Jean Gornati, et le gondolier V. Cavaldoro
(14). L. Daëilli , op. Cit., pp.154-155
(15). Proc. Apost. Romanus, vol. I.pp.73-76. Sum.virt., pp.203-204
(16). Proc.Apost. Venetus, p.79.Sum.Virt., p. 486
(17). Ibid., pp.168-169. Ibid., pp. 507-508
(18). Loc.sit., p.509
(19). Op.cit., pp. 155-156
(20). Op.cit., p. 342
(21). Cité par Marchesa, op.cit., pp.343-344
(22). Ibid. p.354
(23). D’après Marchesan, op, cit., p. 346
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Faire
respecter la discipline
pour
ses prêtres et ses évêques
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L’un
des premières préoccupations du patriarche
ut son clergé. Le clergé de Venise, à
cette date, se trouvait, du point de vue sacerdotal,
en meilleur était que le clergé de Mantoue
à l’arrivée de Mgr. Sarto. Sous le rapport
des mœurs, de la tenue générale, de la
piété et du zèle, il n’y avait
pas à déplorer de graves défauts, Cependant,
à cause de la faiblesse du patriarche Agostini, prédécesseur
du cardinal Sarto, qui avait été un saint
homme, mais très faible ( molto debole), bien des
choses ne marchaient pas bien . Les curés en avaient
pris un peu trop à leur aise pour agir par eux-même
( à far da sé), si bien que le patriarche
Sarto pouvait dire , en plaisantant que, au moins trente
parmi les curés n’étais pas curé,
mais évêque. Le cardinal déploya le
plus grand zèle pour la discipline du clergé,
pour la nomination de bons curés, pour la saine prédication.
(24).
«
Le serviteur de Dieu, dit encore don Pescini, veillait scrupuleusement
aux choix des curés (25).» Et le témoin
cite deux cas bien typique, où, de sa propre autorité,
à l’encontre du jugement des examinateurs du
concours, le cardinal désigné l’élu.
La première fois, ce fut pour la nomination du curé
de Saint-Étienne, paroisse de grande importance.
Pour cette paroisse avait concouru un certain Clementini,
prêtre un peu avancé en âge, et qui précédemment,
« avait beaucoup fréquenté les salons
et les pharmacies, ses créant ainsi des relations,
mais qui peu réussi dan le champ du ministère
apostolique». Les examinateurs le désignèrent.
Néanmoins, le cardinal conféra la paroisse,
non à Clementin, mais au Rév. Paganuzzi, «
un prêtre très zélé qui avait
déjà donné d’excellentes preuves.
Bien entendu, ce dernier avait réussi lui aussi,
au concours».
Pareillement,
lorsqu’il s’agit de la paroisse des saints Ermagoras
et Fortunat, le patriarche écarta la candidature
du Rév. Tressich, bon prêtre, mais quelque
peu léger et moins apte au ministère pastoral»;
à sa place, il nomma le chancelier du Tribunal ecclésiastique,
le Rév. Don Francesco Marchiori. Il fut, à
ce sujet, accusé d’injustice. Plus tard, quand
le cardinal Sarto fut devenue pape, le Rév Tressich
lui-même fit justice de la calomnie en publiant l’extraordinaire
bonté du cardinal à son égard (26).
Avec
un zèle soutenu, le cardinal s’employa à
développer par ses prêtes la discipline ecclésiastique
sur tous les points, et d’une manière spéciale
en ce qui concernant le soin des cérémonies
religieuses ; il entendait que là-dessus soient parfaitement
respectées ses ordonnances, il lui est même
advenu de se livrer à une sainte colère, quand
il voyait un prêtre manque aux règlements qu’il
avait portés. Le trait relatif à Mgr. Apollonio,
archiprêtre de la cathédrale, est savoureux
et significatif.
Mgr.
Apollonio,a déposé Mgr. Bressan , était
fort cultivé, mais un type un peu étrange.
Du temps qu’il était curé à Saint-Marcuola,
il vint pour lui du Saint-Siège, sur la demande du
Serviteur de Dieu , une distinction pontificale. Je me souviens
que je lui portai le billet de sa nomination, et il ne voulait
presque pas le recevoir. Un jour, à la cathédral,
pendant que le Serviteur de Dieu faisait l’homélie,
l’archiprêtre fit sonner la cloche de la sacristie
pour annoncer la fin d’une messe basse ,( Il faut
savoir que le cardinal avait d’abord défendue
de célébrées des messes basses à
Saint-Marc pendant L’office pontifical solennel, afin
de ne pas troubler la cérémonie ; par la suite,
il autorisa la célébration des messes basses,
mais interdit formellement de sonner de la cloche, soit
pour la sortie de ces messes, soit même pendant ces
messes- et toujours pour le même motif très
raisonnable.) A son retour au palais, en présence
clercs du séminaire, le cardinal dit avec énergie
: « N’imitez pas l’exemple de ce rebelle
(27)»
Don
Pescini, qui raconte le même fait, déclare
que les traits du cardinal en furent visiblement altérés
(28). Le témoin» Jeremich, dans le procès
information de Venise, est encore plus explicite. Après
avoir exposé longuement l’acte de désobéissance
de l’archiprêtre, il déclare :
…
Le patriarche en fut indigné, mais il ne donne pas
signe de son irritation durant la cérémonie
pontifical, mais quand il revint au palais se tournant vers
les clercs, il dit sévèrement : « Apprenez
à obéir», et il ajouta quelque autre
parole de désapprobation, les clercs en furent profondément
impressionnés et, à peine de retour au séminaire,
ils me rapportèrent tu ce qui était arrivé.
Quand à moi, je vérifiai le fait lorsqu j’allai
prendre des nouvelles de Mgr Ligugi Bagato, qui était
alors sacriste et qui avait rappelé à l’archiprêtre
l’interdiction portée par le patriarche (29).
Il
y avait deux défauts qu le patriarche ne pouvait
tolérer chez un prêtre : l’indolence
et la désobéissance. Un jeune prêtre,
nommée à une paroisse éloignée
de Venise, lui exposait ses difficultés pour admettre
ce poste, ajoutant qu’il aimerait à reste dans
la cité : « Allez , répondit le patriarche,
car il me déplairait beaucoup que vous ne puissiez
plus célébrer la messe .» Le petit prêtre
compris l’inflexible dilemme d’obéir
promptement, à un autre qu n’acceptait pas,
être chapelain dans une île de l’estuaire,
à cause du caractère difficile du curé,
il répéta énergiquement : allez et
au premier incident , écrivez –moi, je verra
moi-même en personne à mettre les chose au
point (30).
Pour
se rendre exactement compte de l’état de son
clergé comme aussi de son diocèse, le cardinal
Sarto entrepris; dès le début de son patriarcat,
en 1895, la visite pastorale. La première ne devait
se terminer qu’en 1897. C’est que le diocèse
était très étendu, comprenant de très
nombreuses paroisses, et qui en des paroisses en particuliers
celles de la Lagune, étaient d’accès
très difficile. Mais aucune difficulté, aucune
fatigue ne pouvait arrête l’homme de Dieu. Dans
ces visites, comme jadis à Mantoue, il se rendait
compte scrupuleusement des moindres détails, particulièrement
du soin donné par les curé au catéchisme
et la prédication, faisant là-dessus des observations
et recommandations, multipliant les encouragements avec
beaucoup de bonté et e charité, mais d’une
manière qui n’admettait point de réplique
ni de désobéissance, De même, veillait-il
avec un soin jaloux à l’exacte pratique des
cérémonies religieuses, solennisation des
fêtes, chant sacré, en un mot à tout
ce qui représentait le culte et qui par conséquent
intéressait au plus haut point le bne des âmes.
En
ces visites pastorale, le cardinal se donnait tant de peine
et déployait tant de zèle que ses prêtres
s’en inquiétaient pour sa santé de leur
chef et Père vénéré. Ainsi,
au terme de la visite aux paroisses de l’estuaire
vénitien, après la longue relation de la visite
fait à Murano, un bon prêtre écrivait
avec intérêt attendre, dans le journal catholique
de Venise :
…
Nous ajouterons une prière. Durant tan de mois, nous
fûmes orphelin de père; aujourd’hui,
après instances et soupirs, nous le possédons.
Et bien! La prière que nous nous permettons d’adresse
à notre patriarche est celle-ci : qu’il pense
un peu plus à lui-même. C’est bien qu’il
soit insensible à la fatigue, au labeur , mais les
fils qui aiment leur père désirent qu’il
se ménage quelque peu, afin qu’ils puissent
jouir de lui plus longtemps : ce sera une affection intéressées,
mais toujours une affection (31).
En 1989, le cardinal Sarto tint un synode diocésain
et de particulièrement importance. Aucun synode n,avait
été tenue depuistrente-ans. Le témoignage
du don Pescini est de spécial intérêt.
Il célébra avec une grande solennité
et de bienfaisants résultas le Synode diocésain,
portant d’excellentes dispositions pour que fût
maintenu le bon esprit du clergé et développé
le zèle sacerdotal, parmi les décisions synodales,
il y a lieu de remarquer celle-ci : Que les hosties et le
vin pour le saint sacrifice de la messe devaient être
achetés chez les Sœurs de Saint-Joseph qui offraient
les plus sûres garanties. Cette décision générale
obligatoire pour tous heurta de nombreux intérêts
locaux, par ce que jusqu’alors c’était
des particuliers qui avaient , pour ainsi dire, monopolisé
la farine et le vin sa pouvoir donner les garanties nécessaires
dans une chose si délicate; malgré toues ces
protestations, le patriarche maintien l’ordre en assura
l’exécution.(32).
Dans
le synode furent portées d’autres décision
de capital importance : sur l’enseignement du catéchisme;
sur la prédication ; sur les conférences ecclésiastiques,
qui devaient avoir pour objet : la théologie dogmatique
« ordonnée aux besoins du temps»; la
théologie morale « spécialement dans
ses rapports avec la physiologie et la sciences sociales»;
les sciences biblique; l’archéologie chrétienne;
l’économie social politique; la création
ou le développement des sociétés charitables,
en particulier la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul,
des patronages et autres œuvres pour la jeunesse; des
décisions, en outre, sur la tenu ecclésiastique
dans ses moindres détails : « Que le costume,
la coiffure, l’allure extérieur, la parole,
tout enfin, soit en parfaite correspondance avec la sainteté
de sa vocation ( du prêtre)» interdiction absolue
fut faite au clergé d’aller au théâtre
et à des spectacles mondains ; sur la musique sacrée,
au sujet de laquelle furent portées des ordonnances
sévères excluant rigoureusement la musique
profane et trop bruyante, « et tout ce qu i pouvait
donner à la maison de Dieu un aspect théâtral
(33)».
Ce
synode causa au cardinal une immense fatigue. C’est
qu’il avait mis un soin extrême à le
préparer. De plus, atteste Mgr, Bressan :
Il
voulut en écrie tous les décrets lui-même,
de sa propre main ( di suo pugno). Je me souvins, continue
le témoin, qu’il n’en pouvait plus à
cause de cet énorme labeur, et un matin, au retour
d’une visite au monastère de la Visitation,
il se senti mal, le célèbre médecin
traitant , docteur Paganuzzi, déclara qu’il
s’agissait d’une attaque « d’angine
de poitrine». Mois, sans que le Serviteur de Dieu
s’en aperçût, je fis venir le médecin
du séminaire de Trévise ( dont je ne me rappel
pas le nom ); celui-écarta le diagnostic de Pagenuzzi
et dit qu’il s’agissait d’épuisement
par suite d’un travail excessif. Il ordonna au Serviteur
de Dieu de prendre du repos et de s’en aller pour
quinze jours au Lido, puis à Crespano. Le Serviteur
de Dieu obéit à contre-cœur parce qu’il
désirait continuer son travail (34)
Le
cardinal Sarto avait bien que toutes les excellentes prescriptions
du synode resterait lettre morte, ou du moins ne produiraient
pas les fruits qu’il en fallait attendre, si le prêtre
n’avait avant tout le zèle et le souci de sa
perfection personnelle, ne travaillait pas à sa propre
sanctification. Aussi, sans parler des exhortations individuelles
et collectives, des encouragements prodigués avec
une inlassable et paternelle charité, s’employa-t-il,
de toutes ses forces, à intensifier ce zèle
et ce soin. C’était là pour lui une
véritable hantise, une sollicitude constates et souvent
angoissées. Par les moyens de sanctification sacerdotale
dont il assurait rigoureusement la pratique, mentionnons
sa fidélité à la retrait annuelle et
à la récollection mensuelle.
Pour
maintenir le bon esprit du clergé, déclare
Mgr. J. Jeremich, il mettait le plus grand zèle à
ce que les prêtres fassent les exercices spirituels,
et lui-même en personne intervenait chaque année,
Il s’appliquait aussi aux récollections mensuelles;
il les prêchait lui-même, et dans les premières
années, il avait l’habitude d’écrire
intégralement ses méditations. Il voulait
aussi que « dans la forme de son habit, le clergé
se conformât exactement à l’usage romain»
dont, d’ailleurs, un petit nombre seulement s’écartaient
(35)».
Son
clergé, le cardinal Sarto le voulait, non seulement
pieux et de parfaite dignité sacerdotale, mais encore
docte ; docte surtout, il va sans dire, dans les sciences
sacrées, mais aussi dans les sciences profanes. Il
représentait souvent à ses prêtres l’obligation
que leur imposent particulièrement les besoins et
l’esprit de notre temps, de se mettre en mesure de
répondre aux difficultés, aux questions des
fidèles, aux « prétentions de la culture
laïque moderne», et de ne point des montrer inférieurs
aux laïques en matière de connaissances humaine
(36). Dans ce but, Il organisa, dans son propre palais des
conférences scientifiques obligatoires pour tout
le clergé,il rappelait à l’ordre ceux
qui s’abstenaient de ces conférences, même
quand ils alléguaient leur grand âge et qui
n’avait plus besoin d’étude. «
Venez quand même, disait-il, vous pourrez aider les
autres (37).
De
ses prêtres, dans leur apostolat, il exigeait, avec
une toute spéciale insistance, en premier lieu l’enseignement
du catéchisme, d’abord aux enfants, mais aussi
aux adultes. A son gré, l’ignorance de la doctrine
chrétienne est la source principale des maux qui
règnent dans la société.
Le
prêtre a donc un devoir particulièrement pressant
de combattre cette ignorance et de faire connaître
la doctrine du salut. Le cardinal Sarto écrivait
dans sa Lettre pastorale le 17 janvier 1895 : Aucune lamentation
n’est, de nos jours, plus légitime, peut-être
plus universelle, que celle qui déplore l’ignorance
des chose nécessaires à connaître pour
le salut éternel, le cœur saigne à voir
combien sont nombreux ceux qui vivent pour ainsi dire au
hasard en matière de religion. C’est d’une
telle ignorance que proviennent tous les maux que nous déplorons
; `a cette ignorance succède le métis de la
religion négligée par que mal connu, et la
perte de la foi. (38)
Et
descendant sur le terrain de la pratique, le cardinal ouvrit
de nouveau oratoires et de nouveau patronages pour les enfants,
de nouvelles écoles de religion pour les jeunes gens,
des écoles de formation des catéchiste, et
enjoignit à tous les curés un enseignement
bien ordonné, continu et ininterrompu du catéchisme
et de la doctrine chrétienne, cependant que les dimanches
il arrivait lui-même à l’improvise, tantôt
dans une église, tantôt dans une autre, pour
s’assure que ses ordres étaient exactement
suivis (39).
Du
reste à Venise comme à Mantoue, le cardinal
donnait, le premier, l’exemple et payait largement
de sa personne.
C’est
surtout dans les visites pastorales qu’il s’adonnait
à cet humble et grand apostolat, auprès des
enfants et des adultes : C’est aussi à Venise
, soit dans sa cathédrale, soit dans les autres paroisses
de la ville, il intervint personnellement et activement
après la chute du Conseil municipal radio-maçonnique,
pour obtenir du nouveau Conseil clérico-modéré
que l’enseignement religieux fût introduit dans
les écoles élémentaires, mais seulement
en dehors de l’horaire (40)».
EN
second lieu la prédication de la parole de Dieu.
Ce devoir est intimement lié au premier. Ils se tiennent
et se complètent l’un l’autre, le prêtre
soit prêcher : C’est l’exemple et la recommandation
du Maître, c’est la pressent recommandation
des Apôtres, en particulier de saint Paul : vae mini
si non evangelizavero. Mais il doit prêcher l’Évangile,
enseigner au monde les enseignements même du Christ,
lesquels sont salut et vie», et c’est se fourvoyer
lamentablement que le prêcher d’autre chose
et de prêcher autrement
Le
cardinal insistait avec une force extraordinaire auprès
de son clergé sur l’obligation de prêcher
; il insistait tout autant sur la manière de prêcher,
il la voulait évangélique, donc simple et
accessible aux simples comme aux savants, vraiment instructive
t pratique. Là-dessus il faisait entendre de sévères
paroles. Dans la même Lettre pastorale du 17 janvier
1895, il disait :
Certains
sermons restent dans les hautes sphères de la chaire,
plus près des tuyaux d’orgue que du cœur
des fidèles. On prêche trop et l’on instruit
trop peu. Qu’on mette donc de côté ces
discours fleuris et qu’on prêche au peuple (
pianamente : tout bellement traduirait saint François
de Sales) et simplement les vérités de la
foi, les préceptes de l’Église,, les
enseignements de l’Évangiles, les vertus et
les vices; car il arrive souvent que même les personnes
versées dans les sciences profanes ignorent totalement
ou connaissent mal les vérité de la foi, et
savent le catéchisme beaucoup moins que les enfants
les plus idiots. Qu’on pense au bien des âmes
plus qu’à l’impression que l’on
prétend produire. Le people a soif de vérité;
qu’on lui donne ce dont il a besoin pour le salut
de son âme, et alors, instruit dans sa propre langue,
pénétré, ému, il pleurera ses
fautes et s’approchera des sacrements divins. Que
le prédicateur fuie dans cette éloquence tribunitienne,
et non apostolique, profane et non sacrée, qui ne
laisse aucune trace sacrée ni aucune efficacité
surnaturelle, et dont les fidèles ne tirent aucun
profit ; les fidèles, eux, en sortant de l’Église,
resteront l’âme vide ; ils applaudissent, mais
en gémissent point, et ils sortent du temple tels
qu’ils y étaient entrés. » Ils
admiraient ,dit saint Augustin mais, ne se convertissaient
point.»
Sur
ce point, comme sur tous les autres, le cardinal donnait
l’exemple, fournissant à ses prêtres
le parafait modèle à suivre. Dans les visites
pastorales, il ne manquait jamais de prêcher aux fidèles
réunis à l’église. Il prêchait
en dehors des visites. Tous les dimanches, il faisait l’homélie
à la cathédrale ; il prêchait souvent
dans les diverses paroisse de la ville, » A Venise,
atteste Mgr. Jeremich, il continue à pratiquer avec
zèle et avec fruit de prédication sacrée,
dans les circonstances solennelles comme dans les cérémonies
ordinaires (41).
Il
prêchait même volontiers en dehors du diocèse,
quand on l’appelait, et toujours avec le plus vif
succès. Là-dessus les témoignages sont
unanimes (42).
Le
Serviteur de Dieu, déclare Mgr. Rosa, prêchait
très souvent, même hors du diocèse.
On a remarqué que, tandis que sa prédication
était très affectueuse et pleine de cœur,
quand il devait réfuter quelque erreur ou frapper
( colpire) quelque discorde moral, elle était pénétrée
d’une grand force qui réussissait très
efficacement .(43)
Il
faut ajouter qu sa prédication à Venise, comme
à Mantoue, d’ailleurs toujours simple accessible
au peuple, évangélique et chaleureuse, était
doctrinale et pratique, nourrie d’Écriture
Sainte ou de Pères de l’Église, «
tenant grand compte des définitions des Conciles,
des canons de l’Église, des décisions
des pontifes romains (44)», enfin adaptée et
appropriée à l’auditoire.
Au
sujet de la prédication du cardinal et en particulier
de son homélie dominicale, Mgr, Rosa nous a laissé,
dans sa déposition ,ce souvenir bien émouvant
:
Bien
souvent, quand il avait composé une homélie,
le jour avant de la prononcer, il me la lisait (remarquons
que Mgr, Rosa était alors tout jeune prêtre),
me demandait avec grande simplicité et humilité
mon jugement, et acceptait volontiers s mes observations.
J’en était très confus, d’autant
plus qu’il supprimait entièrement les points
que je lui signalais (45)…
Il
est un autre point sur le cardinal Sarto veillait particulièrement
dans l’apostolat de ses prêtres : L’administration
des sacrements. Il ne tolérait pas là-dessus
la poindre négligence qu’il s’agisse
des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie
ou de L’Extrême –Onction. Et il n’hésitait
point à faire la leçon aux délinquants,
d’une manière aussi forte que charitable. Comme
toujours et en tout, il donnait l’exemple : «
Personnellement, dit son secrétaire, don Pescini,
il se prêtait toujours à tous les ministères,
et bien souvent, à peine avait-il fini de manger,
Il s’empressait d sortir pour accourir où le
devoir l’appelait (46).»
Pasteur
vigilant, le cardinal Sarto demandait beaucoup à
ses prêtes, veillait à ce qu’ils remplissent
leurs devoirs, Mais comme il les aimait! C’est d’abord
et surtout sur eux qu’il déversait les trésors
de sa charité, et nous n’hésitons pas
à dire : de sa paternelle tendresse. Qu’il
eût à exhorter ou à redresse. ll faisait
avec force et fermeté, mais toujours d’une
manière où l’on sentait passer son cœur
de père et de saint , ne visant en tout que la gloire
de son Maître, le bien des âmes et tout d’abord
ses prêtres eux –mêmes. « C’était
son habileté d’unir la justice avec la charité
(47).»
Pauvres,
écrit Dal-Gal, il les secourait jusqu’à
se dépouiller de ses propres vêtements; découragés
par les difficultés du ministère, il les soutenant
de ses encouragements riches d’expérience et
de sagesse; calomniés et insultés en haine
de l’Église et de son sacerdoce. Il se levait
avec la fierté d’un évêque pour
défendre leur autorité et venger leur honneur
; malades, il interrompait son travail pour se rendre à
leur chevet, les assister, les réconforter et leur
administrer lui-même les derniers sacrements (48).
Bon
et charitable pour tous, il avait des égards particuliers
et une sorte de prédilection pour le clergé
de la campagne qui mère ( il le savait bien d’expérience)
une vie obscure de privation et de sacrifices. Ses plus
exquises tendresses allaient à ceux qui venait solliciter
son pardon pour les manquements que, le cœur déchiré,
il avait dû réprimer ; elles allaient, plus
encore , à ceux qui l’avaient fait le plus
souffrir ou qui l’avaient offensé en quelques
manière et quelque grave que fût l’offense.
Le jurisconsulte Augustin Vian a « déposé»
le suivant :
Je
connais le cas du Rév. Rubinato, qui avait quitté
la soutane et imprimait un journal hebdomadaire très
mauvais. Beaucoup s’étaient employés
; à a sa conversion, non seulement des prêtres,
mais des évêques, entre autres l’évêque
de Padou, sans succès. A un certain moment, le journal
ne réussit plus ; peu après, il me fut donné
de voir le Rév. Rubinato au palais patriarcal, en
habit laïques. Le patriarche le reçut avec une
grande affection et l’embrassa. Quand Rubinato fut
sorti après l’audience, le patriarche me demande
si je le connaissais, très bien. Alors il ajout :
S’Il savait combien de prières, combien de
larmes , il m’a coûté (49)|»
On
se rappelle que lors de la nomination à la paroisse
des saints Hermagoras et Fortunat, la candidature du Rév.
Tressich avait été écartée par
le cardinal, à l’encontre du jugement des examinateurs,
le cardinal fut vivement attaqué à ce sujet
et accusé d’injustice par Tressich et ses partisans,
le cardinal ne s’en vengea qu’en comblant de
bien son calomniateur. Celui-ci fit lui-même justice
de l’accusation en écrivant une lettre déposée
par don Pescini au Procès informatif, et où
il exaltait la bonté du patriarche à son égard.
Nous n’en citerons que quelques lignes.
Venise,
12 mars 1905
Très
cher Monseigneur.
Voici
toute proche la fête de saint Joseph, onomastique
baptismale de notre saint –Père Pie X. Je viens
vous prier, Monseigneur, de vouloir bien présenter
au Saint-Père mes dévoués hommages
et mes vœux, auxquels j’ajouterai, dimanche 19,
la célébration de la sainte messe pour lui.
Je
me rappelle l’affectueuse et paternelle bonté
du Saint-Père à mon égard, en tant
de circonstances, quand il était parmi nous.
Il
faut bon à mon égard quand il voulut me confier
l’Institut les Dames du Sacré-Cœur. Il
fut bon quand il voulut accorder à mon neveu orphelin
une place gratuite à l’Institut Marion.
Il
fut bon pour moi l’année dernière quand
je vins à Rome, et j’espère que sa bonté
pour moi n’es pas épuisée.
Elle
sait, cher Monseigneur, dans quelle situation inextricable
je me trouve, et il n’est personne qui saurait la
dénouer. J’espère, comme je le lui ai
dit à Venise, que le seul qui la puisse dénouer,
ce soit le Saint-Père.
Le
patriarche Sarto , aujourd’hui Pie X, me voulait du
bien, j’espère encore de Lui quelque chose,
que j’appellerais le signe du pardon…
D.
Giovanni Tressich (50).
Enfin,
comment passer sous silence ce fait de tous peut-être
le plus émouvant et le plus admirable : Un jour à
Venise, a déposé Mgr. Rosa je me tenais debout
devant son bureau et nommais des prêtres qui lui avaient
causé de grands déplaisirs. Il m’échappa
cette exclamation : « Ce qui fait de la peine, c’est
que tous on t été comblés de bienfaits
par votre Éminence, « Le Serviteur de Dieu
prit un air sévère et d’un ton de reproche
me dit : « Oh! Quelle vilaine parole! Je ne me serais
pas attendu à l’entendre proférer par
toi, : est-ce que par hasard on fait le bien pour être
récompenser ? Ne le dis plus !»
Je
sais qu’il subventionnait largement même les
prêtres qui s’étaient montrées
ingrats envers lui (51).
À
L’égard des religieux le cardinal Sarto manifesta
toujours une estime et une amitié profonde. Déjà,
évêque de Mantoue, selon la déposition
de Mgr. Bressan, « il favorisait le plus qu’il
pouvait les Ordres religieux et les congrégations
religieuses. Il appela à Mantoue les Frères
Mineures Franciscains et leur confia le sanctuaire de la
« Madone des Grâces». Il était
d’ailleurs tertiaire de Saint François D’Assise,
depuis la période de Trévise. A Venise, il
soutint et aida les instituts religieux déjà
existants ; il favorisa la création de l’Institut
Silvestri »; il pourvut `a la fusion de quelques maisons
religieuses, pauvres de sujets, de moyens financiers et
qui avaient besoin de réformes, avec des Instituts
solides, tels que les Sœurs de la Charité della
Capitonio… Il favorisa l’entré à
Venise d’autres Instituts religieux, parmi lesquels
l’Institut des religieuses du Sacré-Cœur.
IL avait une sollicitude paternelle paru les Ordres cloîtrés
(52), se préoccupant même de ne pas les laisser
manquer de la nourriture nécessaire.
Quoi
d’étonnant que l’œuvre de réformes
pastorales accomplie par le cardinal Sarto ait obtenu un
succès complet? A force de charité, de dévouement,
de totale abnégation personnelle et d’exemplaire
vertu, le cardinal Sarto conquit l’admiration, l’estime
et le fidèle attachement de tout son clergé
séculier, régulier. Les témoignages
les plus divers sont là-dessus concordants. De son
côté, devenue pape, le cardinal garda de son
clergé de Venise un souvenir excellent et plein de
bienveillance au point d’en éprouver, assure
Mgr. Jeremich, une certaine nostalgie et un regret mêlé
de douceur ( dolce rimpianto)(53)».
Comme
à Mantoue, le séminaire fut, à Venise,
« le cœur du cœur » du cardial Sarto.
Avec un zèle vraiment difficile à l’égaler,
il voua tous ses efforts, le meilleur, le plus fort et le
plus tendre de son dévouement à opérer
les réformes nécessaires ou utiles, les progrès
et perfectionnements les plus avantageux.
A
ce sujet, nous possédons un document de très
grand prix ; le« témoignage» de Mgr.
Jeremich, ce témoignage dépasse tous les autres
en importance, tant sur le rapport de la précision
et de l’exactitude que nous le rapport de l’autorité
du témoin.
Tout
ce que je rapport là-dessus, déclare Mgr.
Jeremich dans sa déposition, je le rapporte de ma
connaissance personnelles, d’abord comme élève,
puis comme Maître de Chambre, et depuis 1899 comme
vice-recteur du séminaire, professeur de Droit Canon
et économe.
Bien que je fusse jeune et étudiant, je ne pouvais
pas ne pas me rendre compte des conditions de l’Institut
(séminaire) que je puis définir ainsi : recteur
excellent, mais pas énergique : vice-recteur infirme
; le personnel enseignant composé d’éléments
même extra-diocésains, admis sur la requête
évidente du gouvernement, les professeurs en bon
nombre vivaient au séminaire. Il s’y ajoutait
quelques professeurs laïques externes.
Les
élèves éteint divisés en collège
clérical et collège séculier`environ
une trentaine d’élèves dans l’un
et dans l’autre. Il s’y ajoutait un externat
d’environ deux cents élèves, les aspirant
n’étaient pas admis au collège sans
avoir auparavant passé par le (lycée), excepté
quelques-uns venus de L’Estuaire.
Il
n’y avait pas de prêtre chargé de la
direction spirituelle, les confesseurs habitaient hors du
séminaire.
Un
Père de la Compagnie de Jésus venait pour
la conférence hebdomadaire et pour la retraite mensuelle.
Quant au progrès disciplinaire et moral, rien de
notable à relever. L’union laissait à
désirer parmi les professeurs, et les élèves
eux-mêmes s’en rendaient compte.
La
préfecture des études était indépendante
du recteur, ce qui n’allait pas sans dommage pour
le progrès des études.
Le
Serviteur de Dieu se rendit compte des conditions du séminaire
avec calme et pondération, le visitant fréquemment
; mais ne me souvins pas qu’il ait pris immédiatement
des mesures de quelque importance. Au mois de juin 1897,
vers la fin de la visite pastorale au patriarcat, il visita
de la manière la plus minutieuse le séminaire.
Il appela au vote tous les supérieurs, tous les professeurs,
quelques élèves de théologies, peut-être
aussi de philosophie, mais je ne m’en souviens pas
. À la fin de la visite, il réunit tous les
collèges à l’Oratoire de la Très
Sainte Trinité, et leur tin un grave discours sur
la vocation ecclésiastique.
À
la suite de cette visite, le Serviteur de Dieu licencia
six professeurs, parmi lesquels cinq prêtres extra-diocésains
et un laïque ; bientôt pares il licencia l’économe.
Il
supprima le collège séculier, rendant ainsi
le séminaire à sa destination qui est de former
les prêtres, et il admit au collège ecclésiastique
des aspirants même du gymnase, qu’ils fussent
de la campagne ou de la ville. Il nomma le directeur spirituel,
lui donnant les attributions que lui confère aujourd’hui
le règlement pontifical.
Le
personnel licencié fut remplacé par des prêtres
reconnus par lui idoines.
Il
rédigea lui-même, de sa propre main, un règlement
qui concernait le progrès de la discipline comme
l’ordonnance des études : règlement
qui, plus tard, servit comme un schéma du premier
règlement pour les séminaires, qu’il
promulgua lui-même comme pape.
Parmi
les mesure prise à la suite de la sainte visite,
l’une des principales fut la suppression du Convitto
des professeurs : le Serviteur de Dieu prit cette mesure
parce que la majeure partie des professeurs avaient leur
propre famille à Venise et quelques-uns même
charge d’âmes, et c’est pourquoi le Convitto
était devenu comme une « Auberge», selon
l’expression du serviteur de Dieu lui-même.
En
outre, il fit adopter un local intérieur du séminaire
comme chapelle pour les séminaristes, leur procurant
ainsi une plus grande commodité pour la médiation
et les pratiques de piété aux jours fériés,
sans devoir monter au « Temple du salut».
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