| Formation
chrétienne |
| Pendant
son stage en théologie au scolasticat de Rosemont, le Père
Jules-Marie Guilbault avait transcrit, dans ses Notes intimes, le
premier novembre 1925, ces paroles de MGr. Thoth qui l’avaient
beaucoup frappé : « Un jeune homme mourut dans toute
la force de ses plus belles années. Ayant fournie en peu
de temps une logue carrière, on grava sur la pierre tombale
un épi incliné plein de grains mûrs, avec, dessous,
ces deux mots : Quia plena, car ils étaient pleins. Durant
les mois de novembre, avait-il ajouté en guise de commentaire,
je répéterais souvent cette courte prière ou
une prières similaire: Mon Dieu, permettez que mon âme
se remplisse et ait le temps de mûrir avant d’être
moissonnée ! Quia plena ! Quelle belle oraison funèbre
! Il y a de l’or et beaucoup de perles dans ce deux mots latins
! » (1) Cette « belle oraison funèbre », il l’a méritée
par sa pieuse, mort. Le Moissonneur de l’Éternel
été est venue cueillir, sur une très bonne
terre constamment entretenue, des gerbes pleines de grains mûrs.,
Le cher disparu avait sue profiter du temps qui lui avait accordé
la Providence pour laisser mûrir son âme et y engranger
de bonnes œuvres. Ce fils de cultivateur s’était
engagé « à plein temps » au service
du divin Agriculteur.
Ceux
qui l’ont connue, dans ses dernières années,
revoient en esprit ce religieux de bonne taille et de forte charpente
osseuse ; son front dégagé haut se perdant dans
une mèche de cheveux échappée la couronne
monacale ; ses yeux vifs qui, derrière les lunettes, brillaient
de paix et de bonté. La figure ascétique de ce moine
avait parfois un air sévère qui l’affligeait
et qu’il s’efforça, pendant des années,
de corriger par des efforts de charité bienveillante et
par la maîtrise du sourire. Elle avait acquis, sous l’empire
de sa volonté une mobilité étonnante, : au
contact d’une connaissance ou d’un confrère,
la physionomie austère faisait place soudain à un
nouveau lever de rideau, je veux dire au déclic d’un
sourire de bonté accueillante. Dès lors, vous aviez
l’impression d’être pour quelques instants à
seul personne au monde digne de son attention. Dans ses accolades
fraternelles, vous sentiez l’étreinte chaleureuse
de ses bras vigoureux. Dans ses accès de joie éclatait
le tempérament nerveux : le visage se crispait de rire,
un son claire fusait et retombait en cascades, pendant que les
moins emmêlées se roulaient de contentement et que
tout le corps frétillait.
Le
portrait moral dépassait la commune mesure. Cette âme
généreuse ne s’est pas démentie : elle
a constamment poursuivie son idéal de prêtres et
de religieux. Saisie par le Christ Jésus, l’unique
Maître, elle eut une idée fixe : l’obsession
des sommets.
«
Il y a quelque chose de mieux que de laisser des écrits
dignes d’être lus, c’est de laisser des actions
dignes d’être écrites. Cette sentence, rouée
dans les papiers de Père Jules-Marie, corrobore cette pensée
d’Henry Bordeaux : « Toute biographie digne d’être
écrite est le récit d’une ascension ».
La vie du Père Jules-Marie Guilbault mérite alors
d’être divulguée. Pour que les richesses d’une
âme soient connues, il faut en enlevant au terme tout sens
péjoratif une certaine publicité.
Si la prieure de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus
n’avait pas eu l’heureuse idée de lui imposer,
comme un devoir, d’écrire les souvenirs de son enfance
nous n’aurions pas eu l’Histoire d’une âme,
c’est-à-dire le récit et le message d’une
âme exceptionnelle. Les Notes intimes du Père Jules-Marie
nous aident à retracer son « itinéraire de
l’âme à Dieu » ; ce sont deux grands
cahiers de notes, où un éclairage presque uniquement
spirituel révèle les qualités d’une
âme généreuse et travailleuse, durant les
stages successifs du collège, du noviciat et du scolasticat
et d’une séjour d’études bibliques à
Rome et en Terre Sainte. Ce seront nos principaux guides : ils
laissent quelque peu entre voir le fond de l’âme,
la région secrète d’où Dieu travaille.
(2)
|
Le
petit Eugène |
Eugène
Guilbault, né le 13 septembre 1898, était le dernier
des huit enfants de Joseph Guilbault et de Marie Rosilda Lauzon,
modestes cultivateur de Yamaska, dans le diocèse de Nicolet.
Le lendemain de la naissance, il reçut le baptême qui
fit de lui, selon ses expressions , « un enfant de Dieu, un
sarment du Christ, un temple de Saint Esprit ». à l’âge
d’adulte, il prendra pleinement conscience de ses titres de
noblesses et d’exigences chrétiennes.
Tout jeune, il révéla déjà ses hautes
ambitions. :
- Que vas-tu faire plus tard, Eugène ?
- Un pape, répondit-il sans broncher.
-
Le poète Francis Jammes fit une semblable confidence à
une correspondantes, dans une lettre du 31 août 1924 : «
À cinq ans, j’ai envisagé sérieusement
trois charges : la papauté, la royauté, un poste
de facteur mural ». Plus modeste que le poète français
, Eugène Guilbault n’a envisagé, que lui,
qu’une charge. Il est vrai que ce n’était pas
la moindre…
Ses
premiers modèles sont près de lui : ses bons parents.
Il essaiera de reproduite quelques traits de la physionomie morale
de son père ; la pitié pour les pauvres, la gaieté,
l’exquise sensibilité qui se dissimulait sous une
figure osseuse et rude, l’amour de la belle nature de Dieu,
le père avait le dévouement de cœur et la jovialité
qui sont comme les caractéristiques des régions
mascoutaines et soreloises : le fils Eugène gardera l’estampille
régionale. Il chérissait ce fils un peu comme la
patriarche Jacob son fils Joseph (3). Il avait une personnalité
plus tranchée que celle de sa femme qui présentait
plutôt une personnalité avide d’effacement.
Chez sa mère, Eugène admirait
la réserve, la fidélité au travail la douceur
et la piété. Mme Guilbault tenait fermement à
la prière du soir en commun après le souper, devant
l’image de la sainte Famille, dévotion traditionnelle
au Canada. Sa timidité rougissante excitait les taquineries
affectueuses de son époux qui l’appelait «
sa chouette », M. Guilbault alors, dans une posture de bravade,
campait fièrement sa grande stature auprès de la
petite taille de sa femme tout en lui donnant sur l’épaule
une tape affectueuse. « Vas-t’en donc, beau fin! »
répliquait-elle avec un geste de mol écartement
et une moue d’offense simulée… tout en rougissante
davantage.
Le
jeune Eugène aurait voulu réunir en lui, en une
sorte de bouquet de fleurs spirituelles, les vertus caractéristiques
de ses frères et de ses sœurs : l’activité
énergique et persévérante de Joseph ; la
douceur d’Albéris, parfaite comme celle de la mère
; la patience de Georges, manifestée au cours d’une
maladie qui devait durer vingt ans ; la dévotion ingénue
de Laura pour le pape ; le culte d’Émérentienne
pour l’Enfant-Jésus. Cette dernière, se conformant
à une coutume d’anciennes familles canadiennes- française,
réussissait à la faire réciter à Eugène
mille Avec Maria, durant la vigile de Noël, dans le but d’obtenir
trois grâces (4).
Des huit enfants Guilbault deux moururent en bas âge. Deux
seul survivent actuellement : MM. Joseph et Georges.
Eugène
a goûté les belles réunions familiales du
jour de l’an et du « temps des fêtes »,
qui, au début du siècle, ont enchanté l’enfance
des Canadiens français, surtout de ceux qui habitaient
la campagne.
À
l’âge de onze ans, il dut « marcher au catéchisme»,
pendant un mois, en préparation immédiate à
la première communion.
Il manifestait un tempérament vif, mais, grâce à
Dieu, ne faisait rien qui pût mal édifier.
Il
aimait tous les jeux et tous les sports de la campagne : la chasse,
la pêche, la natation, les courses, la lutte, la boxe, quand
la température était trop mauvaise pour jouer dehors,
il disait sa « messe » à l’intérieur
de la maison. Sa mère lui donnait des pastilles de menthe
ou lui préparait de minuscules et rondes pâtisseries
: il n’en faillait pas davantage pour attirer à la
« sainte table » beaucoup de « communiants »
: voisins et voisines, frérots et sœurettes. Le «
binage » était facilement permis, tout un «
ciboire » y passait alors. Jeux d’une enfance pure
et candide !
Puis
vint la confirmation qui fait soldat du Christ et apporte un accroissement
de forces spirituelles. L’adolescent compris que la vie
lui demandait la lutte, notamment contre le démon et contre
les inclinaisons mauvaises qui parfois le troublaient. Si, durant
l’enfance il n’eut qu’à soutenir des
lutes d’enfant ; si une sainte hérédité
morale et ferme éducation l’on préservé
des bourbiers, il reconnaissait ne pas être pour autant
immunisé contre la tentation. « Par tout le divin
qui est en moi, dit-il, je suis, à certaines heures, sollicité
vers le Très-Haut, et, à toute minute, j’ai
ce qu’il faut pour demeurer fidèle. Du fait que concupiscence
mauvaise inscrite dans mes os, je suis, à certains moments,
sollicité par le Très-Bas » (5). La prudence
et la précautions, composent donc à l’égard
du démon et des ennemis du dedans.
|
Entre
au Collège, tu iras très loin |
| Au
cœur du jeune homme résonne un appel étrangère
: « entre au collège, tu sera prêtre et tu iras
très loin » (6). Mais Eugène retarde à
faire sa demande d’admission au collège ; il se croit
indispensable aux travaux de la ferme, d’autant plus que l’un
de ses frères Georges est malade. L’abbé Bernier,
vicaire de Yamaska ,qui a discerné chez le jeune homme une
« vocation » certain, va prier instamment . M. Guilbault
de faire instruire son fils, l’assurant qu’il fera un
prêtre. Les membres de la famille encourage le jeune élu
à poursuivre sa destinées : ils font s’organiser
sans lui et tâcherons de faire des économies pour défrayer
les coût des études. Et voilà qu’à
l’âge des vocations dites « tardives »,
à dis-sept ans, il commence son cours classique au séminaire
de Nicolet. Dès
le début, il se fixe un programme en trois poins, inspiré
d’un mouvement de jeunesse alors en vogue, A.C.J,.C, ( Association
catholique de la jeunesse canadienne ). :
-la piété ( « la sainte communion, touts les
matins, et si c’est possible» ),
-l’étude ( « on n’en sait jamais trop
» )’
-et l’action ( « participation à tous les mouvements
» ).
Il
se consacre à la Très Sainte Vierge et s’enrôle
dans la confrérie de la milice angélique ou du cordon
de saint Thomas d’Aquin pour la protection de la pureté.
Un
proverbe palestinien partage en quatre catégories les élèves
qui suivent les cours des Rabbi :
-
les éponges, qui absorbent absolument tout , ce qui est
essentiel s comme ce qui je l’est pas
- les entonnoirs, ceux où l’enseignement entre par
une oreille et sort par l’autre
-les filtres, qui laissent écouler le vin et ne gardent
que la lie, autrement dit ce qui est purement secondaire ; et
enfin,
- les tamis, qui retiennent tout ce que est important, la farine,
laissant au vent de l’oublie la partie négligeable,
la bale. Il va sans dire que le jeune Eugène Guilbault
se classe dans la catégorie des tamis, « gardant
profondément dans (sont) cœur et dans ( son ) esprit
la farine pure et nourrissante de (ses ) maîtres ».
«
Dès son arrivé au séminaire, Eugène
s’est acquis à bon droit, selon le témoignage
de son ancien professeur de syntaxe, le R.P. Joseph- Hermann Poisson.
o.f.m., la réputation d’un élève exemplaire
et tout point : piété profonde, travail acharné
à l’étude ou en classe, inviolable ponctualité
dans l’observance du règlement ».
C’est grâce à ce « travail acharné
» qu’il put faire les deux premières années
en une seule : les classes dite d’élément
et de syntaxe.
Pendant sept ans, de 1916-1923, il s’appliqua à former
en lui l’homme, l’humaniste et le chrétien.
Déjà, dans son âme, se révélaient
des ressorts profonds : un vif amour de la Sainte Vierge, la pureté
d’intention que a le secret de transmuer en une valeur suprême
les moindres actions ; la fidélité aux principes
comme aux petites choses ; le soutient de l’amitié
; l’amour de l’étude et le courage de l’effort.
Il rêvait déjà de ce qu’il y avait de
plus austère.
Le repos des vacances qui détendaient l’arc de l’esprit
n’était pas pour lui synonyme de paresse, : il y
trouvait une occasion d’affirmer la virilité d’âme
et de corps. Il assistait à la messe et commuait le plus
souvent possible. Il fournissait son apport aux travaux de la
ferme.
|
Je
me fais franciscain |
À
la fin de sa dernière année de philosophie, en 1923,
il suivit la retraite des finissants qui était, selon la
coutume, une retraite de décision de vocations. On sent d,
après ses Notes intimes qu’il fit cette retraite avec
toute la sincérité dont ils était capable,
envisageant la vie présente à la lumière crue
de l’Éternité : « Quid noc ad aeternitatem
? En quoi ceci ou cela m’aidera-t-il à atteindre le
bonheur éternel ? »
Celui
qui prêcha la retraite tâche qu’il assuma pendant
une bonne retraite d’années consécutives était
l’abbé Antonio Camirand, promu plus tard à
la dignité de prélat domestique. S’il était
peu éloquent, peu loquace, d’au abord plutôt
froid, ce prêtre avait cependant conquis l’estime
générale par de rares qualités : esprit philosophique,
théologique, méthodique, cœur éminemment
pastoral, caractère d’homme de Dieu dans toute la
force du terme.
Au
cours de la retraite des finissants de 1923, le prédicateur
exposa les moyens de connaître la volonté de Dieu
dans le choix d’une carrière ; le miracle, l’attrait,
le raisonnement ; il parla des devoirs de laïques et de la
mission du prêtre. À la dernière journée,
il dit aux retraitants : « Vous avez, cet après-midi
,à prononcer un oui ou n non, et votre sort sera fixé.
Penses-y. Le monde vous dit : Ce qu’il a de plus beau, c’est
d’être avocat, médecin, député
etc… Le Christ , lui vous dit : Ce qu’il y a de plus
beau, c’est d’être mon prêtre, Le prêtre
est la lumière du monde. Réfléchissez. Les
vacations de raisonnement sont les meilleures » (7)
On
songe à cette parole d’un chrétien contemporain
: « Je suis effrayé de pense que la vie tout entière
d’un homme dépend de deux ou trois oui et de deux
ou trois non prononcés de seize à vingt temps. Oui
ou non, veux-tu de ce travail, de cette positon, de cette profession,
de cette vie ? Vous répondez, et tout est dit ! …
C’est dit, c’est fait, ce sera jusqu’au dernier
jours ! »
Le
raisonnement de prédicateur, évalué sous
les lumière d’en haut, apporte à Eugène
Guilbault la sécurité de la marche dans la pénombre
de la foi, pour chanter la joie de la décision d’un
moment crucial de la vie, il emprunta l’inspiration lyrique
d’un poète :
Seigneur, « Puisque ici-bas, tout âme donne à quelqu’un
sa musique, sa flamme ou son parfum.
Puisque ici tout chose donne toujours son épine ou sa rose
à ses amours ; puisque l’air à la branche
donne l’oiseau, que l’aube à la pervenche donne
un peu d’eau ; puisqu, lorsqu’elle arrive s’y
reposer l’onde amère la rive donne un baiser ; je
te donne, à cette heure, penché sur toi, la chose
la meilleure que j’ai en moi » Ma vie je me fais franciscain
( 30 mars 1923 )(8)
Le
lendemain de la retraite, il annonçait sa vocation franciscaine
à son père et à un ancien élève
et professeur du séminaire de Nicolet, le R.P. Joseph-Hermann,
Poisson, o.f.m., celui-ci, lorsqu’il était grand
séminariste, lui avait fait la classe de syntaxe.
Le
27 décembre 1921, dix jour après mon ordination,
je visitais mon Alma Mater, raconte le R.P. Joseph-Hermann Poisson.
Le regretté Monsieur l’abbé Arthur Girard,
alors professeur de Philo I, m’a invité à
rencontrer dans sa classe mes anciens élèves de
1916-1917. Quelques semaines plus tard, Eugène m’écrivait
pour me dire sa joie de notre rencontre. Il enviait mon bonheur
mais ne se sentait pas encore la force de prendre la décision
d’enter chez nous. Je l’avais invité à
prier pour obtenir les lumières et la force d’En-Haut
(9).
Depuis
l’enfance, Eugène songeait à la prêtrise
; c’est dans un cœur mûri par l’épreuve
précoce qu’avait fleuri son noble rêve : des
mortalités survenues dans sa propre famille lui avaient
fait comprendre la caducité des choses de ce monde. Il
évoquera la lointaine origine des vocation sacerdotale
dans une lettre du 12 août 1924, lorsqu’il invitera
ses parents à sa profession simple dans l’Ordre de
Saint François :
Mes
chers parents, il y a huit ans, à la mort de ma sœur
Émérentienne, comprenant le néant des choses,
je résolus de me donner à Dieu tout entier. Deux
ans plus tard, la mort de ma sœur Laura me fit renouveler
ma promesse. En fin l’an passé, dans ma retraite
de Pâques, repassant de nouveau les futilités de
la vie, je me suis dit :Il n’y a qu’une chose à
faire, bien vivre pour combien mourir, et alors je résolus
de me faire franciscain, il faut dire cependant que je caressait
cette idée depuis mon enfance N’est-ce pas, cher
papa, que je vous ai dit bien des fois que je serais prêtres
? Eh bien ! aujourd’hui, Dieu merci, j’ai le bonheur
de vous dire que je suis enfin admis à la vie franciscaine.
Oui l e 31 de ce mois, ô bonheur ineffable ! je me donnerai
tout à Dieu par l’acte de profession.
Pour l’inciter à revêtire la bure franciscaine,
il avait eu l’exemple de plusieurs devanciers, un coparoissien
de Yamaska qu’il connaissait, le R.P. Georges-Albert Laplance,
o.f.m., et plusieurs élèves du séminaire
de Nicolet dont il n’a donné la liste ans son journal
: « À date, écrit-il, le séminaire
de Nicolet n’a donné que six Franciscains : Les RR.PP
Éphège Morin, Joachim-Joseph Monfette, Marie-Berard
Tétrault, Joseph-Hermann Poisson, Norbert-Marie Bettez
et le feu Frère Raphaël Danault. Ce n’est pas
beaucoup, le Stigmatisé de l’Alverne ferait-il peur
aux Nicolétains ? C’est possible. En tout cas, en
avant ! » (10)
Avant
de quitter son cher séminaire que lui a donné une
éducation solide et distinguée, il redit les souhaits
exprimés dans les vers d’un illustre ancien Louis
Fréchette :
Ô
vieux Nicolet ! penche ton front, regard l’essaim de tes
enfants sous tes yeux réunis, tous les lèves n’ont
qu’un seul cri : Dieu, te garde ! I n’est pas tous
les cœurs qu’un seul vœu : sois béni !
(11)
Maintenant,
sans peur, il n’a qu’à poursuivre sa consigne
: En avant … sur les pas de Stigmatisé de l’Averne
!Références
-1-
|

Le
Père Jules Marie ( Eugène ) Guilbault
auteur :
Romain Légaré o.f.m.
Obsession
des sommets
|
| Revenu
à la maison paternelle, Eugène Guilbault exécute
une promesse qu’il a faite lors de la décision de sa
vocation franciscaine : aller à la messe à pied, trois
matins consécutifs, à la paroisse voisine, Saint-David
de Yamaska. C’est un trajet, pour l’aller, de sept milles
environ, le jeune homme doit se lever à trois heures du matin
et, renté chez lui vers neuf heures, il se rend aux travaux
des champs, comme si de rien n’était.
Ce train marque l’homme qui ne craint pas les sacrifices
et ne se satisfait pas des demis-mesures.
|
J'entre
en communauté pour me sanctifier et aider Jésus
à sauver le monde
Le
nouvel aspirant de l’Ordre des Franciscain adresse sa
demande d’admission. À l’une des informations
du questionnaire qu’on lui fait parvenir : « Pour
quel motif désirez-vous la vie franciscaine ? »,
il manifeste dans sa réponse l’idée maîtresse
qui devait orienter toute sa vie : « Pour me sanctifier
et aider Jésus à sauver le monde ». ceux
qui l’on connu savent que cette réponse fut vraiment
sincère, en plein accord avec les exigences crucifiantes
de la démarche. L’idéal de la sainteté
l’avait déjà saisi, comme le fait voir cette
parole prononcée sur la fin de ses humanités :
« Si j’entre dans une communauté, ce sera
dans une dont le fondateur est saint ».
Le 18 août 1923, à neuf heures du soir, il gravit
le mont Saint –Antoine, situé dans le banlieue
de la vielle de Sherbrooke, sur le chemin de Lennoxville, (**
) au milieu d’un décor d’une beauté
grandiose. Sur ce mont, marqué par les ascensions tant
spirituelles que terrestres, des dresse, dans la grisaille de
la nit tombante, l’imposante masse pierreuse du noviciat
franciscain, fondé l’année précédente
( 1922). La petite rivière Saint-François qui
coupe le pied de la montagne rappelle au postulat la rivière
Yamaska coulant en face de la maison paternelle.
« **(333 rue Queen, le même monastère que
mourut le Père Damien Côté ofm.et Nérée
Beaudet ofm. Piliers spirituelles qui attiraient de foule de
gens vers ce monastère durant leur vie, devenue après
leurs décès, la maison du mouvement Marie Jeunesse,
l’abbé Réal Lavoie )Mme Denise Christiaenssens
o.f.s.erm. webmasteur »
Dès
la première journée, il fait cette promesse à
la Très Sainte Vierge :
«
Sur ma parole d’honneur, je vous promets, ô bonne
Maman du ciel, de ne jamais sortie de moi-même de l’Ordre
séraphique. Aidez-moi ! Soutenez-moi! Exaucez-moi! De
votre enfant qui veut être fervent franciscain, Eugène
Guilbault.
Puis il prend cette
résolution `« Je restera ou je mourrais »,
et cette devise : Excelsior ( plus haut )!
À
l’exemple de saint Bernard entrant au monastère
de Citeaux, il se demande : « Pourquoi suis-je venue ici
? » Il répond par plusieurs motifs qui tous convergent
ver le denier :
- Pour faire un bon et saint noviciat :
- Pour expier mes péchés passés ;
- Pour pratique l’humilité ;
- pour aimer et faire aimer Notre-Seigneur
- enfin, pour mourir fervent franciscain
Cœur-Sacrée
Jésus, assistez-moi, soutenez-moi gardez-moi » (1)
Remarquons que, dès
le commencement de sa vie religieuse, il e place sous la protection
de la Très Sainte Vierge et du Sacré Cœur
de Jésus, ce seront deux de ses dévotions dominantes.
Le maître des novice était le Père Ambroise
Leblanc o.f.m. ( 1884-1959), qui donns la suite devait remplir
des charges importantes dans l’Ordre et dans les missions
du Japon, en devenant, en 1927, le premier provincial de la
province franciscaine Saint Joseph du Canada et, en 1939, premier
préfet apostolique de la préfecture d’Urawa
( Japon). Par des conférences foncièrement surnaturelles
et à la fois originales qui déclenchaient le fou
rire chez les novices, il sut donner une formation religieuse
ouvertes sur la confiance en Dieu et fondée sur l’humilité
et sur l’esprit d’enfance spirituelle tel que l’avait
enseigné Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.
Le Père Ambroise Leblanc avait établie à
Sherbrooke , la « petite Thérèse »
maîtresse des novices, tout comme elle l’avait été
au Carmel de Lisieux : les saints et les saintes sont des frères
de sœurs de cœur qui en sont plus soumis aux lois
de la clôture monacale.
Aux postulants d’août 1923 il demanda de lui présenter
les nouveaux noms qu’ils désiraient comme religieux,
au jour de la vêture, Eugène Guilbault cherche,
en signale plusieurs. Hélas! chacun des noms choisis
est déjà pris par un père de la province
franciscaine du Canada. Quoi faire ? « Enfin, dit-il,
je vais en cellule, récite une prière devant le
crucifix, ouvre un livre au hasard et tombe sur le beau nom
de Jules-du-Sacré-Cœur ». C’était
le nom d’un père franciscain, d’une grade
réputation d’éloquence de sainteté,
qui vécut en France, à la fin du XIX siècle,
« Joyeux , ajoute notre nouveau postulant, je le présente
au père Maître : il sourit, mais ne promet de me
le donner » (2)
La
suggestion sera agréée. En effet, est ce nom-là
que reçut Eugène Guilbault, le jour de la prise
d’habit, le 28 août 1923. Le Père Célestin-Joseph
Demers ( 1875-1957), supérieur du couvent de Sherbrooke,
présidait la cérémonie, tandis que le père
Ambroise Leblanc donnait les sermon de circonstance, avec l’onction
qu’on lui connaissait et qui tirait les larmes des yeux
de toutes l’assistance.
Le
don d’un nouveau patron fut pour le novice un nouveau
stimulant de tendre à la sainteté : « Changement
de nom implique changement de vie », disait-il. Il était
prêt à imiter saint Jules en ce qui regarde la
sainteté, sinon déclina-t-il dans la fonction
accomplie sur la terre : « C’était un pape
! » déclara-t-il avec humour, et il dut reléguer
à de simples rêves d’enfant la convoitise
de la papauté qui, un temps, avait ébloui sa jeune
âme de catholique ; mais il reprenait, sous une forme
réellement engageante, ce qu’il avait déjà
manifesté, les jeune âge : l’aversion des
voies de la médiocrité et l’appétit
des sommets. (3)
Cependant,
les supérieurs jugèrent à propos de changer,
au bout de trois mois ( 8 décembre 1923), le nom de Jules-de-Sacré-Cœur
en celui de Jules-Marie, qui sera définitif.
Dans son cœur, il tiendra à garder les eux noms
, enseignes de deux de ses dévotions préférées.
L’imposition successive d’un double nom signifiait
à celui qui croyait ; à l’importance des
noms conférés dans la Bible par Dieu à
se serviteur, l’invitation claire à la sainteté
: « Si les autorités de l’Ordre, dira-t-il,
m’on donné le double nom de Jules-du-Sacré-Cœur
et de Jules-Marie, je dois m’en trouver digne dans ma
vie religieuse.»
|
|
Le
lutrin, quinze jours de purgatoire |
Voilà
le nouveau novice qui, avec toute la générosité
dont il est capable, se laisser former à la vie religieuses
et franciscaine, à l’obéissance, à
la plus stricte régularité, à la charité
fraternelle. Déjà, dès la premières
années de cet vie nouvelle, les supérieurs notent
que « sa piété est plus qu’ordinaire
». Les épreuves habituelles du noviciat ne font qu’affermir
en lui la vertu, celle de l’acolyte n’était
pas la moindre. Pendant quinze jour chaque novice doit remplir,
au chœur et au réfectoire, la tâche d’acolyte
: c’est à lui que revienne le rôle d’entonner
les psaumes de l’office divin, d’en réciter,
après une diligente préparation les antiennes, les
versets, les commémorations des saints et des bienheureux
toujours, à son gré, trop nombreuses ou les leçons
toujours trop longue des matines. Que le rubrique paraissent compliques,
dans les premiers maniements du bréviaire ! Que de sujets
d’énervement pour le timide novice ! Le ton de l’office
divin n’était pas alors soutenue, comme il lest de
nos jours, par l’accompagnement d’un organiste. Le
premier acolyte donnait le ton de chaque psaume avec un diapason,
dit « métallophone », sorte de petit piano
à trois lamelles métallique correspondant à
trois notes : fa, sol et la, il fallait que le médius de
l’acolyte Tombât droit sur la bonne note ; fa pour
l’office de minuit et du matin, sol, pour les autres heures
et, en outre, avec un doigté bien mesuré : une touche
trop fébrile faisait sursauter les choristes et risquait
de démembrer le pauvre « petit piano » ; une
résonance trop faible passait inaperçue commue un
soupir, Ah! oui , à la question : « Qu’est-ce
que le lutrin ?». Le Frère Jules-Marie avait bien
raison de répondre : « Quinze jours de purgatoires
!». Durant l’office nocturne de matines et de laudes,
si dur à vrai dire pour des commençants, le lutrin
avait la curieuse particularité de cacher un secret aiguillon
qui prévenait l’acolyte contre toute tentation du
somnolence.
Trouvant très pénible le lever de nuit, le Frère
Jules-Marie ouvrit, un jour, la Bible et lut ces mots : «
Soyez fervents, c’est le Seigneur que vous servez »
(4). Il comprit dès lors la sollicitation divine à
la générosité.
Malgré les épreuves ordinaires de la période
de probations, il trouve que le temps passe vite dans la vie
religieuse ; les mois s’écoulent « comme
des semaines, les semaines comme des jours», et bientôt
arrive le grand jour de la profession simple, le 31 août
1924. En cette date mémorable, le nouveau profès
exprime des sentiments qui ne délaisseront jamais la
vallée de recueillement de son âme :
J’ai
prononcé mes engagements sacrés. Qu’ai-je
voué ? de tendre à la perfection dans L’Ordre
séraphique. L’essentiel de ma profession, c‘est
cela : tendre, m’efforcer d’arriver à la
sainteté ; le jour où volontairement et durablement,
il m’arriverait de piétiner sur place, je ne serais
plus, au sens profond du mot, un vrais profès.
Ô
Jésus, je le comprends, m’avoir accepté
à la vie séraphique, c’est m’avoir
admis à l’Intimité avec vous et à
l’amour, total à l’amour le plus grand de
ma part. Faites que je réponde à votre attente
et que je sois vraiment un profès selon vôtre cœur
(5).
La vie religieuse ne tarit pas la soif de bonheur ; mais elle
en indique les véritables sources dont elle maintient
la pureté. Comme tout cœur humaine, celui du Frère
Jules-Marie recherche le bonheur, Où le trouver ? «
Je le sais bien. Dans l’observance totale de ma sainte
règle, répond-il, Heureux rime avec généreux.
Comment le conserver ? par la mortification, l’Oraison
et l’amour de ma vocation » (6).
Pour se rappeler, au besoin les engagements de sa profession,
il n’aura qu’à regarder les « porte-bonheur
» qu’on lui a remis, le jour de sa vêture
: son saint habit religieux, le petit livre de la règles
de saint François et sa couronne de sept allégresses
( chapelet de sept dizaines consacré aux sept grandes
joies de la Très Sainte Vierge Marie.)
|
Pour
la piété et pour les sciences |
| Après
le noviciat, il va poursuivre les études philosophiques et
théologiques préparatoire à la prêtrise.
Puisqu’il a déjà fait sa philosophie à
Nicolet, il ne passera qu’un an au studium franciscain de
Québec, dans le but de s’initier plus particulièrement
à la philosophie franciscaine. Puis, ce sont les quatre années
de théologies au studium de Rosemont, à Montréal. Dès son arrivé à Québec, il définit
son objectif : « Je passeras cinq ans au scolasticat ave
ce but bien vivant : Pietati et scientiis, pur la piété
et pour les sciences. Ensuite, je pourrai travailler parmi les
âmes et pour les âmes ». (7) Pour modérer
une activité intellectuelle qu’il juge trop envahissante.
Ils e propose d’entendre le plus de messes possible, les
jours de congé, de passer à l’Oratoire du
scolasticat une grande partie de ses jours libres. L’étude
des sciences n’en souffrira pas, comme le témoignent
ses excellentes notes d’examen.
Et il profite, pour se maîtriser, des moindres occasions
que lui offre, chaque jour, sa vie d’étudiant.
De
nos jours, écrit-il en octobre 1924, l’occasion de
faire profession de foi pour Notre-Seigneur par le martyre se
présent rarement ; mais la vie journalière d’un
étudiant franciscain est semée de petits choses
qui sont comme autant d’occasions propices à l’abnégation,
à la discipline personne, v.g. l’acolytat, les matines,
etc, et, à cause de cela, aptes à fortifier la volonté
et à pour la force d’âme.
Au pied des fleurs les plus précieuses, le fleuriste plante
de petits piquets et y attache ces fleurs pour que l’orage
ne le brise pas. Mon âme immortel est une belle fleur qui
s’épanouit, une fleur parfumée, mais elle
ne résistera pas aux ouragans terrestres de la vie si je
ne l’habitue pas là l’exercice quotidien, en
m’accrochant au chêne éternel qu’est
le Christ.
Ma
résolution est donc prise ; m’exercer chaque jour
à me discipliner (8).
Durant
le scolasticat, il continue à cultiver le désir
de la sainteté : c’est le grand leitmotiv des Notes
intimes. En s’adressant à la Sainte Vierge, il dit
: « Tout pour vous, par vous, avec vous. Voilà mon
idéal, Mère, réalisez-le. Je veux être
un saint prêtre franciscain » ( 8 septembre 1925).
Un an avant son sacerdoce, il écrit (29 juin 1928) :
Dans
une retraite prêchée à des religieux de son
Ordre, un prieur dominicain leur disait qu’une âme
arrivée à des états d’union extraordinaires,
avait entendue Notre-Seigneur se plaindre à elle et lui
dire : « Ah ! si sur cent prêtres, un seul se donnait
tout entier à moi ; si sur trente religieux, un seul se
donnait complètement à mon service, quel bien je
ferias dans le monde ! »
Le
scolastique Jules-marie fait aussitôt l’application
: « Un sur cent ! L’an prochain, si le Seigneur le
veut, je serai prêtre pourquoi ne serais-pas celui-là ? »
Avec
quelle ardeur ne se prépare-t-il pas au grand événement
de la prêtrise ! L’idée de la sanctification
et le soutient toujours, comme le prouve la liste des mémentos
de se futures messes :
Dans 29 jours, je serai prêtre. À l’exemple
de saint Léonard de Port-Maurice, je vous formule à
l’avance, ô mon Dieu, mes mémentos généraux
de mes futurs messes : Mémentos de reconnaissance et de
demandes.
Mémentos de reconnaissance
Toues
les fois que je célébrerai ma messe, que je le dise
ou non, mon intention sera de vous remercier :
1-autant de fois qu’il y aura de grains de blé dans
les hosties consacrées ;
2- autant de fois qu’il y aura des gouttes de vin dans le
Précieux Sang.
Mémentos de demandes
Toutes
les fois que je dirais ma messe, j’entends vous demander
les faveurs suivantes :
1-
la sanctification de tous les prêtres, mais plus spécialement
les prêtres de notre Ordre et de notre Province ;
2- La sanctification de tous les religieux et de toutes les religieuses.
Ne sont-ils pas le sel de la terre ?
3- Une douce pluie de bénédiction temporelles et
spirituelles sur chacun de nos bienfaiteurs, notamment les tertiaires,
nos frères en saint François ;
4- La délivrance de la plupart des âmes du purgatoires.
Il y a en aura toujours assez dans ce feu sacré :
5- Un secours spécial à toutes nos missions franciscaines
6- Une sainte mort pour tous mes parents, bienfaiteurs, sans et
co-paroissiens
7- La sanctification et la science pour mes élèves
8- Des grâces particulières aux moribonds,
(…)
11- Les dons et les fruits du Saint-Esprit pour moi et mes dirigés
12- la réalisation des demandes au Pater et de l’Ave
Maria
13- Les grâces d’état à chacun de nos
Provinciaux, Gardiens, Directeurs, Professeurs et Prédicateurs
:
14- Pour moi, Seigneur, je vous demande particulièrement
la grâce de célébrer toujours de plus en plus
saintement ma sainte messe.
Bref, je vous demande l’intelligence du sacerdoce te la
grâce de ma canonisations (9).
Que cette dernière demande, si peu fréquente, ne
surprenne pas le lecteur ! le Père Jules-Marie était
un vrai « Pèlerin de l’Absolu » ; par
le don total de lui-même, il voulait répondre à
l’Amour substantiel ; hostile aux demi-mesures, ils visait
à la « sainteté canonisée». «
Jésus, Marie, je vous demande la grâce que fait les
saints, car je ne veux pas être un saint quelconque ,mais
un saint canonisé, si telle est votre sainte volonté
». Il redire souvent une telle prière, au cours de
la vie, notamment à sa première messe. Quand il
sera, au couvent franciscain de Québec, maître de
clercs, il les exhortera fermement de tendre à la sainteté.
C’est -à-dire, pour prend l’objectif plus au
sérieux, de viser à la canonisation. De si hautes
aspirations font l’honneur à une âme généreuse,
même si l’on sait que la prolongations solennelle
et opportune des mérites d’un juste relève,
en définitive, du jugement de votre mère de la sainte
Église.
Plus tard, dans ses prédications aux communautés
religieuses, il tiendra évidemment et à bon droit
à rappeler le « grand but de la vie religieuse »
: la recherche de la sainteté, dont il détaillera
les motifs les plus pressants ; mais, tout en révélant
sa conception particulière, il précisera pour l’encouragent
des âmes que la sainteté n’a pas nécessairement
la canonisation, et il indiquera les trois étapes qu’il
faut franchir absolument, sinon successivement :
1- L’étape du bien 2- l’étape
celle du mieux 3- celle du plus parfait (10)
|
L'allégresse
du nouveau prêtre |
Le
Père Jules-marie demande à Dieu la g^race de la sainteté,
à la messe d’ordination qu’il célèbre,
le 29 juin 1929, ans la cathédrale de Montréal, en
union intime avec l’Évêque auxiliaire, Mgr. Deschamps.
Puis il dit sa première messe, à l’hospice
de Saint-François-Solano, dirigé par les Petites
Franciscaines de Marie. Le sermon est donné par un ami
d’enfance, le R.P. Alphonse Rajotte o.m.i. La joie de nouveau
prêtre est vivement atténuée par une épreuve
; l’absence de sa mère, retenue par la maladie à
la maison paternelle, à soixante milles de Montréal,
mais bientôt l’allégresse compète l’ensoleille,
puisqu’il peut, le l2 juillet 1929, en sa paroisse natale
de Yamaska, célébrer en même temps un double
événement de grande importance ; sa première
grand-messe et les noces d’or de ses fiers parents, entourés
de nombreux invités.
Cette
fête exceptionnelle trouve son plus habile et plus éloquent
interprète dans la personne d’un franciscain et d’un
coparoissien, le R.P. Georges-Albert Laplante. Le prédicateur
de circonstance rend un juste hommage aux héros de cette
journée mémorable dans un discours dense, et soigné,
riche de doctrine, vivrant de sentiments délicats et traversé
d’un incoercible courant de poésie.
En cette double circonstance d’une première messe
solennelle et d’un cinquantenaire de mariage, annonce le
prédicateur, qu’il me soit permis de célébrer
dans une commue louange le fils et de ses parents, le prêtre
d’un jour et le ménage de cinquante ans, une carrière
pleine de promesses et une carrière pleine de mérites,
un sacrifice qui commence et un sacrifice qui s’achève,
la fleur d’une vie sacerdotale qui ouvre sa corolle aux
premiers baisers du jour et le fruit mûr d’une vie
conjugale qui penche ver la terre aux rayons attardés du
soleil couchant.
Puis,
la première partie du sermon magnifie la puissance du prêtre
dans la fonction de consécrateur ; la seconde exalte le
mérites des époux jubilaires, la récompenses
et les joies des parents du nouvel ordonnée. Enfin, une
touchante apostrophe évoque « le décor familier
» qui voit grandir le nouveau prêtres :
Et vous, ô consécrateur de Dieu, ô rejeton
d,une famille privilégié, vous êtes heureux
d’offrir les prémices de votre sacerdoce devant votre
vénérable curé, le conseiller de votre pieuse
enfance et de votre vertueuse jeunesse, devant amis et de compatriotes
dont deux vous assistent à l’autel au nom d’une
douce intimité collégiale. Vous étiez désireux,
être, de revenir dans une chère paroisse évangélisée
par vos ancêtres religieux. Il vous semblait que le décor
familier et les souvenirs d’enfance rendraient votre oblation
plus fervente : cette rivière paisible qui coule fraîche
et reposante et qui mire de rives fertiles émaillées
de grands arbres ; cette île toute verte émergeant
de l’eau comme un émeraude dans une vasque de cristal
; cette église aux deux flèches imposantes qu rappelle,
avec la première communion, les contacts de votre âme
d’enfant avec l’hostie que vos attraits ; ces fermes
couvertes de moisson, embaumées de l’odeur des foins
qui vous rappellent votre adolescence laborieuse et les travaux
aimés des vacances.
Lors
de cette belle fête, le nouveau prêtre prononce un
petit discours à l’adresse de ses vieux parents qui
ont passé leur vie sur une ferme. J’y détache
cet extrait parfumé d’une mystique poésie
:
… La nature apparaît
au fermier comme une immense église dont il est le desservant
: la verdure des champs figure le vert tapis du sanctuaire ; la
neige, la blanche nappe de l’autel ; les bouleaux jaunis
par le temps, les gros cierges de cire ; la corolle des fleurs,
le calice du prêtre ; la lune, l’immense patène
attenant l’hostie ; les étoiles du ciel, les lampes
du sanctuaire ; le soleil, l’ostensoir où brille
Jésus-Hostie. Mis le prêtre où est-il ? Qui
est-il, le prêtre ? C’est le fermier au milieu de
son champ. Heureux prêtre, il peut chanter sa grand-messe
tous les jours, avec les oiseaux du ciel comme chantres-accompagnateurs.
Et dire, chers parents, que vous avez vécu cette belle
vie champêtre, 73 ans, durant, entourés de nombreux
d’enfants au cœur reconnaissant ! (11)
Après ses vacances d’ordination, le Père Jules-Marie
comme son ministère : pendant un an, au studium franciscain
de Québec, il enseigne la philosophie morale et sociale,
tout en étant sous-maître des clercs. |
Je
veux être un saint |
Des
deux grandes lois de la vie humaine : recevoir et donner, il veut
désormais de tout son cœur glorifier la seconde. «
Je dois me donner tout entier à mes élèves.
La donation totale ne suffit pas. J’ai besoin Seigneur, de
votre lumière divine » (12). L’efficacité
de cette donation totale s’alimente à la source inépuisable
de tout voie, au désir constant de la sainteté. Quatre
mois après son sacerdoce, le jeune prêtre fait ces
réflexions : Un
laïque adressa, un jour, au bon Dieu cette prière
; « Mon Dieu, éloignez de moi la tentation de la
sainteté ».
Je
n’aime pas cette prière. Pour moi, c’est de
l’humilité mal placées. Si je n’accepte
pas la tentation de la sainteté, si je en vais pas au-devant,
moi, prêtre, qui ai reçu tant de grâces de
bon Dieu, je suis un lâche. Si je ne désire pas la
sainteté, je ne serai mais un saint. Sans désir
on ne fait rien. Et si je ne suis pas un saint, moi qui dois sanctifier
autrui, que sanctifiera les âmes ? Comment donner ce qu’on
n’a pas ? (13)
On a compris que l’expression paradoxale,« tentation
de la sainteté » veut dire ici sollicitation pressante.
Le Père Jules-Marie fait allusion à un texte de
Jacques Rivière. Pendant qu’il était en captivité
en Allemagne, cet auteur français a exprimé, dans
une forte page écrite le 15 octobre 1915, la peur de l’engagement,
la peur de la sainteté, que connaissent la plupart d’entre
nous, car, si d’un côté, nous sommes tentés
par le démon de commettre le péché et que
trop souvent nous succombons par erreur de l’intelligence,
défaillance de l’attention de faiblesse de la volonté,
nous somme aussi sollicités par le Saint-Esprit de nous
lancer la voie de la perfection et de la sainteté et nous
résistons… longtemps, pour ne pas dire tout notre
vie. Voici le texte de Jacques Rivières.
Peur de l’abîme. Peur de cet enchaînement terrible
de l’exigences où l’on tombe dès que
l’on consent à Dieu.
Je
tremble que la patience dont j’ai fait preuve dans les maux
que Dieu m’a proposés jusqu’ici, ne l’engage
à m’en proposer de nouveaux et de plus terribles.
Je tremble de tomber dans cette misère continuelle extrême
où il plonge et maintient ceux qui se donnent à lui.
Je ne suis pas fait pour ça ; je suis trop bien portant
; je suis trop au pas avec la vie. Mon Dieu, élongez de
moi la tentation de la sainteté. Ce n’est pas mon
œuvre. Contentez-vous d’une vie pure et patiente, que
je serai tous mes efforts pour vous donner. Ne me privez pas de
ces joies délicieuses que j’ai connues, que j’ai
tant aimées, que j’aspire tant à retrouver.
Ne confondez pas, Je ne suis pas l’espèce qu’il
faut. Je suis marié et père ; je suis écrivain,
ne me tentez pas avec ces choses impossibles. Ne m’instruisez
pas dans le trop grandes souffrances. J’y perdrais du temps,
du temps que je peux employer autrement pour votre service (14).
Jacques
Rivière a saisi, en une intuition étrangement pénétrante,
les exigences inhérents au christianisme et à la
sanctification ; acceptation du plan de Dieu, mécanisme
de la grâce qui conduit la vie spirituelle, connexion indissoluble
de la grâce et de la croix, de l’amour et du sacrifice,
ces trois considérations provoquent dans cet esprit pénétrant,
dans cette âme loyale la peur de la sainteté. Et
devant cette sainteté qui s’offre à lui comme
une possibilité séduisante et redoutable, il fait
cette étrange prière : « Mon Dieu, éloignez
de moi la tentation de la sainteté !» S’il
a eu une nette compréhension des exigences de la sainteté,
il a par contre oublie qu’il y a enchaînement de grâces
qui correspond à un enchaînement des exigences divines
et il semble ne pas avoir compris que l’appel à la
sainteté est universel, que la perfection n‘est pas
un idéal facultatif, réservé a quelques-uns,
à un pusillus grex, mais constitue l’essence même
de la vie chrétienne. Il entend, quant à lui, demeurer
sur un plan moral ; vie pure, vie patiente, alors que le Saint-Esprit
l’invite à un dépassement, à une aventure.
Il ne veut la précision la sécurité, le terrain
solide. La sainteté est le risque et il imprévu.
Le
Père Jules-marie, lui, demeure, jusqu’au dernier
jour de sa vie, un obsédé de la« tentation
de la sainteté » . Résolu de tendre à
la perfection coûte que coûte, il cherche les motifs
les plus efficaces qui affermissent sa volonté : la sainteté
de Dieu ; son double nom de Jules-du-Sacré-Cœur et
de Jules-Marie ; son intérêt personnel la félicité
étant la compagne assidue de la sainteté ; la glorification
de Dieu ; l’influence sociale des saints, eux, « les
plus grands bienfaiteurs de l’humanité ».
Comme
il le dit lui-même, il ne veut pas seulement des projets
affectifs de sainteté mais vraiment de la sainteté
effective. Et l’entretien constant des désirs d’ascension
vient un jour à se transformer en réelle montée
de l’âme. Voici une de ses convictions : « Rien
de grands de se fait sans désir … Pour devenir un
saint, il faut le vouloir ; qui dit souvent : je serai un saint,
le devient », (15) C’est redire équitablement
la pensé forte du Père de Ponlevoy, S.J. : «
Les saints ont voulu, ils ont pu, ils sont devenus ce qu’ils
voulaient. On a le pouvoir en main dès qu’on a le
désir au cœur ».
Ce désir stimulant, il le maintien dans son cœur,
dans celui des personnes qu’il dirige.
-
Voulez-vous devenir une sainte ? demande-t-il à une religieuse.
-Certainement.
-Combien de fois par jour faites-vous cette demande au Sacré-Cœur
et à Marie ?
- ¨Cas dépend… une fois… quelques fois…
- Mais ce n’es pas suffisant. Moi, je demande cet grâce
des grâces sans cesse, surtout durant ma messe. Je voudrais
aussi qu’après ma mort, il n’y eut pas une
parcelle, pas un atome de ma poussière qui ne fût
une semence d’amour, de sainteté.
«
La sainteté est une aventure, selon le mont de Bernanos,
elle est même la seul aventure ». La sainteté
véritable est affirmation, exaltation, rayonnement de la
vie. Le Père Jules-Marie Guilbaut a voulu courir cette
noble et suprême aventure, la seul digne d’un chrétien.
En effet, la sainteté est dans la logique même de
la vie chrétienne. Elle consiste à devenir que ce
que nous sommes. La sainteté consiste à renaître
spirituellement, par l’effort d’ascension spirituelle,
comme nous somme « renés» sacramentellement
par le baptême. La sainteté, c’est, pourrait-on
dire, en transformant une définit de la théologie
donnée par le P. Clérissac, « l’illumination
baptismale devenue consciente et progressante ».(16).Référence
-2- |

Le
Père Jules Marie ( Eugène ) Guilbault
auteur : Romain Légaré o.f.m.
|
Engagement |
Le
Père Jules-Marie, n’a pas peur de l’engagement,
il eut rempli pleinement sa condition de consacré
à Dieu, Il se demande : Que faire pour réaliser
mes saints désirs ? Il répond aussitôt
:
1-
bien remplir mon devoir d’état
2- soigner mon oraison
3- mourir tous les jours, me donner toujours, me perdre
dans l’amour (1 )
Nous voyons là tout un programme de sanctification
que ce religieux s’est fixé quelques mois
avant sa prêtrise et qu’il s’est efforcé
de réaliser, le reste de sa vie. C’est ce
programme que nous allons essayer d’expliquer pour
manifester quelques ressorts profond de sa vie intérieure.
Partout cet homme de Dieu a vécu la vie cachée
en Dieu avec le Christ dont parle l‘Apôtre
: Vita vestra abscondita est cum Christo in Deo (2). C’est
cette vie ainsi cachée que nous voulons hisser
en pleine lumière.
|
| Bien
remplir mon devoir d'état |
| Regardant
le devoir d’état comme l’expression de
la volonté divine et le moyen ordinaire de sanctification,
le Père Jules-Marie a accompli de son mieux les différentes
charges que ses supérieurs lui ont confiées.
Après
une année d’enseignement de la philosophie
au scolasticat de Québec, ses supérieurs l’envoyèrent
étudier à l’étranger des sciences
bibliques. Cette nomination renoncerait des goûts
personnel, ainsi, qu’il le révélait
à son provincial d’alors, le Révérend
Père Ambroise Leblanc o.f.m. : « La Bible a
toujours été, depuis mon noviciat, mon livre
de chevet et presque continuellement mon livre de spiritualité».
Cependant il craignait ne pas avoir toutes les aptitudes
voulues pour répondre dignement à la nouvelle
orientation. Il exposa finalement ses craintes touchant
sa faiblesse dans l’Étude des langues. Son
supérieur majeur lui répondit par une lettre
pleine de convaincre et d’encouragement : «
J’accuse réception de vote petite lettre toute
filiale. Je comprend bien vos craintes. Dominiez-les et
allez de l’avant, votre confiance triomphera de tout.
Vous serez surpris vous-même. La Sainte Vierge le
Lourdes vous sourire et vous bénira. Soyez tout confiant
et agréez l’hommage de ma religieuse affection
».
Muni
de ce viatique paternel, il s’embarqua à Québec
pour Rome, le 19 septembre 1930, en compagnie des révérends
Pères Victorin Doucet et Damase La berge, o.f.m.
et après avoir visité Lisieux, patrie de sa
chère sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus,
puis Paris, Florence et Assise, il arrivait le 3 octobre
à la Vielle éternelle.
Il passa deux ans au collège franciscain international
de Saint-Antoine, à Rome ( 3 octobre 1930-septembre
1932 ), et deux autres années à l’Institut
biblique du couvent franciscain de la Flagellation, à
Jérusalem ( 29 septembre 1932 juillet 1943).
Son séjour
en Italie lui permit de visiter les célèbres
monuments de Rome, les sanctuaires franciscains de la vallée
de Rieti et d’aviver son amour pour saint François.
À la messe du jeudi saint 24 mars 1932, il eut le
grand bonheur de communier la main du pape Pie XI.
Pour se rende en Palestine, il passa par la Grèce
et l’Égypte. Son stage d’étude
à Jérusalem lui fournit la chance inespérée
de visiter les sanctuaires de la Terra Sainte et accrut
son amour des Lieux Saints, de la Bible et du Christ.
Malgré les difficultés de ses études
il se plaît à Jérusalem ; il lui est
doux de faire, chaque vendredi, le chemin de la croix dans
les rues de la Ville Sainte. « Pour moi , dit-il,
c e n’est pas un chemin de croix, mais plutôt
un chemin de joie ».
Il gardera un souvenir impérissable de la nuit de
Noël 1932 passée à Bethléem.
Je
n’oublierais jamais ma nuit de Noël à
Bethléem. Je reverrai toujours cette misérable
Crèche ; elle n’est plus, comme un temps de
sainte Hélène, recouverte d’or ; non,
on l’a dépouillée sacrilègement,
mais elle plaît quand même. Je reverrai toujours
on aveugle à genoux sur la pierre dure, pendant deux
grosses heures, devant la Crèche. Les yeux fermés,
il semblait voir. Sans repartir guéri miraculeusement,
il paraissait consolé. Certes, il avait reçu
des grâces spéciales. Je reverrais tous aussi
mon bédouin accroupi, son foulard blanc au cou lui
aussi semblait joyeux et les autres religieuses avec leurs
cornettes blanches.
J’eus le bonheur de célébrer, vers une
heure de l’après-midi, dans la sainte Grotte,
à deux pas de la Crèche, un bon vieux prêtre
à 80 ans voulait à tout prix y dire ses trois
messes, car celui qui célèbre le dernier a
ce privilège. Il était prêt à
attendre jusqu’à huit heures du soir. On avait
beau lui dire : Mais c’est trop tard pour vous, vieux
», rien n’y faisait. Il voulait, je suppose,
célébrer coûte que coûte son dernier
Noël dans la Grotte de Bethléem » (3).
Cependant, ce séjour à l’étranger
lui ménagea de cruelles épreuves, dont il
sut tirer des profits spirituels, car il maintenait toujours
devant lui son idéal de sainteté. Ce fut la
mort de son père ( septembre 1932), puis celle de
samedi (février 1034). À propos de la mort
de son père. Il traça ces lignes dans son
journal :
Certes,
Seigneur, vous m’avez envoyé à Rome
pour m’éprouver. Mais je ne vous en veux pas…
Sous votre main bénissante, je m’incline. Je
m’incline d’autant plus profondément
que vous réalisez l’un de mes désirs
les plus chers. Je désirais jamais aller en mission
afin de vous offrir le sacrifice de ne pas assister mes
parents à leurs derniers moments, et voilà
que vous m’exaucez dans y aller au sens strict. Il
m’aurait fait naturellement plaisir de bénir
mon vieux père a moment où son âme prenait
son essor pour l’éternité, mais vous,
en avez décidé autrement, Fiat ! En retour
de ce sacrifice, je vous demande, Seigneur, de le recevoir
dans votre beau ciel sans passer parles flemmes du purgatoire
; au moins que son séjour n’y soit pas de longue
durée (4).
Quand à la mort de sa mère, voici ce qu’il
écrira beaucoup plus tard : « À la mort
de ma mère en 1934, j’eus le bonheur de dire
ma messe l’Ascension, sur le mont des Oliviers, à
l’endroit même d’où Notre-Seigneur
serait parti pour le ciel. Une pierre, marque le lieu traditionnel,
épreuve et joie ! J’étais peiné
de perdre ma mère, mais j’étais fier
de dire ma messe enTerre Sainte » (5).
D’autres épreuves attendaient notre étudiant
en sciences biblique. D’abord la maladie, à
la fin de 1933, il dut passer quelque temps à l’hôpital,
victime de la fièvre paludéenne, contactée
lors d’une excursion scientifique qu’avait faite
un groupe d’élèves autour de la mer
Morte. Deux Dominicains faillirent trépasser. Le
jour, les excursionnistes grimpaient les montagnes sous
un soleil de feu et la nuit, ils dormaient à la belle
étoile, sur la tente de l’éternel, et…
sous les piqûres de « nos frères les
moustiques », les effrénés semeur de
la fièvre.
Le
Père connut surtout « la croix de l’humiliation
» : malgré un travail acharné et de
ferventes prières, des insuccès, des malchances,
tant à Rome qu’à Jérusalem, comptèrent
parmi les plus modifiantes pénitences de sa vie.
Il dut renoncer a titre de lecteur général
en Écriture Sainte ( Professeur d’écriture
Sainte dans tout l’Ordre franciscain ) ; il peut cependant
, grâce aux démarches du T.R.P. Théoloric
Paré. o.f.m., définiteur général
à Rome, et canadien-français d’origine
obtenir le titre de lecteur provincial en Écriture
Sainte ( professeur de cette matière seulement dans
la province franciscaine de Saint-Joseph du Canada ).
C’est cette dernière fonction qu’il remplit,
dès sa rentrée au pays, au studium franciscain
de théologie à Rosemont, Montréal.
Mais il n’en s’en acquitta que durant un an.
Un enseignement trop analytique, trop minutieux ; d’allure
pour universitaire qu’élémentaire, s’attardant
trop a fouiller une question au détriment de toutes
la matière fixée par le programme scolaire,
fit constater certaines déficiences pédagogiques.
Et la science biblique du baiser pavillon devant les exigences
impérieuse de la pédagogue.
De 1935 à 1937 le père Jules-Marie Guilbault
résida à Sherbrooke, où il remplit
simultanément plusieurs charges : vicaire du couvent
( c’est-à-dire assistant de supérieur
), confesseur des novices, maîtres des postulants
couvers et, pendant quelques mois, vice-commissaire du Tiers-Ordre.
En mars 1937, il était assigné au sudium franciscain
de Québec en qualité de directeur des clercs
philosophes et professeur d’apologétique, double
charge qu’il exerça durant cinq ans.
En août 1942, il revenait à Sherbrooke et y
demeurait jusqu’à 1948, remplissant d’abord
la fonction de gardien (supérieur) du couvent, puis
celle de vicaire. Pendant l’année scolaire
de 1944-1945, il donna des cours d’écriture
sainte, à raison de trois par semaine, au grand séminaire
de Sherbrooke.
Une opération pur un phlébite, pour la résection
d,une veine d’une jambe l’obligea à passer
tout le mois de mars 1947 à l’hôpital
Saint Vincent de Paul , de Sherbrooke, Ce fut pour lui une
cause de grand affaiblissement qui devait laisser des traces
du mal, le 13 juin 1947, il écrivait à son
provincial : « La santé s’abonnit lentement.
Le soir, les jambes son enflées, et je ressens aux
cours de la journée un petite douleur au cœur
».
Les conséquences de son opération l’immobilisèrent
quelque temps, au début de son stage de gardien couvent
de Québec, ( 1948-1951 ) mais s’étant
senti guéri, il se donne tout entier à sa
nouvelle fonction. C’est durant son supériorat
qu’eurent lieu des fêtes du cinquantenaire de
la fondation de ce monastère, sous la présidence
du fondateur lui-même, Mgr. Ange-Marie Hiral, o.f.m.
vicaire apostolique du Canal de Suez, revenue à Québec
pour la circonstance, en vue d’y finir ses jours.
L’exercice
de sa charge de supérieure lui était pénible,
comme le révèlent ces réflexion consignées
dans son journal : « Depuis que je suis Gardien du
couvent de Québec ( 12 août 1948), je me sens
vieillir de deux jours par jour (24 novembre 1948 ) …
Être gardien du couven | | |