Le Père Jules Marie ( Eugène ) Guilbault

 

Le Père Jules Marie ( Eugène ) Guilbault


auteur: Romain Légaré o.f.m

 

Préface et Menu.

 

Un obsédé de la Sainteté

 

Le père Jules-Marie Guilbault franciscain. 1898-1958

Nihil obstat,

Marianopoli, die 24 a Junii 1959
Alonzo-M, M. Halelin. O.f.m. Censor

Marinopoli, die 27a Junii 1959
Sergius-M. Lefebvre, o.f.m. Censor

 

Déclaration

Nous déclarons vouloir nous conformer en tout au décret du Souverain Pontife Urbain VIII, en soumettant à l’autorité de la sainte Église tous les faits racontés dans cette biographie, les jugements qu’on y formule, les termes de vénération dont on fait usage.

Imprimi Potest,

Marianopoli, die 30a, Junii 1959
Fulgentius Boisvert, o.f.m. Min.Pov.

Imprimatur,

Sti Hieronymi, die 21 a mensis Julii 1959
+ Aemilianus Frenette, Opiscopous Sti Hieronymi

 

Éditeur

Édition Franciscaine Montréal Qc. Canada

Autorisation remis à Mme Denise Christiaenssens o.f.s.erm
Ermite franciscaine au Qc. Canada
Par le P.P.René on et Père Henri Éthier o.f.m. ass. rov.
Pour reproduire se volume pour ses sites franciscains.

 Préface
 Chaque jour des bulletins de nouvelles nous décrivent avec force détails les tentatives d’audacieux qui s’acharnent à dépasser les records de vitesse ou d’altitude pour leur satisfaction personnelle, pour une gloire éphémère. A côté de ces exploits qui retiennent l’attention de milliers d’admirateurs, on mentionne parfois une modeste initiative poursuivie avec non moins d’ardeur mais dans le secret du cœur : l’ascension spirituelle d’une âme particulièrement généreuse.

« Les hautes aventures, a-t-on dit, sont intérieur ». La meilleur façon de battre ses propres recors n’est-elle pas celle de se dépasser soi-même, en vue d’une couronne impérissable, d’aller sans cesse, porté par le rythme de l’espérance et de l’amour, à la recherche d’une Être suprême et cachée, à la découverte d’un Père débordant de charité et invitant chacun de ses enfants à la plus haute perfection ? En visant ce terme l’homme va jusqu’au bout de lui-même et bien au-delà ; en l’atteignant, il accomplit sa véritable, vocation. C’est ce suprême but de la vie qu’à parfaitement compris le P. Jules-Marie Guilbault, franciscains, lui, « l’obsédé de sainteté ».

On a défini la sainteté « une aventure qui sollicite tous les hommes, qui implique, après l’éblouissement de la vision, l’engagement de tout l’homme». Cette sollicitation qui avait capté l’attention du jeune Guilbault même avant son entrée chez des Franciscains, loin d’avoir été une éblouissement momentané, détermina chez lui un engagement de tout L’être pour tout le reste e l’existence : « Je veux être un saint et un saint ; à canoniser », tel fut l’objectif précis qui a inspiré sa montée spirituelle et illuminé d’un éclat particulier le crépuscule de sa vie.

Le R.P.Romain Légaré a été à même d’observer les cheminements vertueux et prodigieux parcourus par ce confrère et compagnon de vie pour arriver à la maîtrise de soi et à la conquête de Dieu. Grâce à ses observations personnelles et à l’utilisation judicieuse de témoignages variés et des notes intimes de son héros, le R.P. Romain nous trace, avec tout le talent qu’on lui connaît, un tableau merveilleux de ce véritable disciple du Poverrelo d’Assise.

Cette biographie stimulera certainement l’ardeur de beaucoup de jeunes gens à la recherche de leur vocation et elle les éclairera sur la voie qu’ils doivent suivre pour parvenir au degré de sainteté où Dieu les convie. Toute âme désireuse de progresser dans la pratique, des petites vertus, si souvent sous-estimées, pourra adopter avantageusement l’itinéraire pratique du P. Jules Marie Guilbault, elle découvrira sûrement le secret de la patience et de la bonté, du zèle et de l’abandon total à la volonté de Dieu, puis elle deviendra comme ce franciscain une obsédée de la sainteté.

P. Fulgence Boisvert o.f.m.
Ministre provincial

 Achevé d'imprimé sur les presses de l'Imprimerie Saint-Joseph, à Montréal, le 29 août 1959, jour anniversaire de la mort Père Jules-Marie Guilbault,o.f.m.

Mis sur Internet avec les autorisations ci-haut mentionner le 1 juin 2007,
par Mme Denise Christiaenssens o.f.s.erm. Ermite franciscaine.

Menu

Formation chrétienne

 Formation chrétienne
Le petit Eugène
Entre au Collège, tu iras très loin.
Je me fais franciscain

Obsession des sommets

 J'entre en communauté pour me sanctifier et aider Jésus à sauver le monde
Le lutrin, quinze jours de purgatoire
Pour la piété et pour les sciences
L'allégresse du nouveau prêtre
Je veux être un saint
Engagement

 Bien remplir mon devoir d'état
Le prédicateur
Pèlerin de la Jérusalem céleste

Soigner mon oraison
Mourir tous les jours
Me donner toujours, me perdre dans l'amour
Les anges du sacerdoce 
Épanouissement

Le Père est un saint
Épanouissement de vertus
La messe de sa vie
Il. est mort comme un saint
Témoignages éloquents
Les leçons de cette vie

 Formation chrétienne

Pendant son stage en théologie au scolasticat de Rosemont, le Père Jules-Marie Guilbault avait transcrit, dans ses Notes intimes, le premier novembre 1925, ces paroles de MGr. Thoth qui l’avaient beaucoup frappé : « Un jeune homme mourut dans toute la force de ses plus belles années. Ayant fournie en peu de temps une logue carrière, on grava sur la pierre tombale un épi incliné plein de grains mûrs, avec, dessous, ces deux mots : Quia plena, car ils étaient pleins. Durant les mois de novembre, avait-il ajouté en guise de commentaire, je répéterais souvent cette courte prière ou une prières similaire: Mon Dieu, permettez que mon âme se remplisse et ait le temps de mûrir avant d’être moissonnée ! Quia plena ! Quelle belle oraison funèbre ! Il y a de l’or et beaucoup de perles dans ce deux mots latins ! » (1)

Cette « belle oraison funèbre », il l’a méritée par sa pieuse, mort. Le Moissonneur de l’Éternel été est venue cueillir, sur une très bonne terre constamment entretenue, des gerbes pleines de grains mûrs., Le cher disparu avait sue profiter du temps qui lui avait accordé la Providence pour laisser mûrir son âme et y engranger de bonnes œuvres. Ce fils de cultivateur s’était engagé « à plein temps » au service du divin Agriculteur.

Ceux qui l’ont connue, dans ses dernières années, revoient en esprit ce religieux de bonne taille et de forte charpente osseuse ; son front dégagé haut se perdant dans une mèche de cheveux échappée la couronne monacale ; ses yeux vifs qui, derrière les lunettes, brillaient de paix et de bonté. La figure ascétique de ce moine avait parfois un air sévère qui l’affligeait et qu’il s’efforça, pendant des années, de corriger par des efforts de charité bienveillante et par la maîtrise du sourire. Elle avait acquis, sous l’empire de sa volonté une mobilité étonnante, : au contact d’une connaissance ou d’un confrère, la physionomie austère faisait place soudain à un nouveau lever de rideau, je veux dire au déclic d’un sourire de bonté accueillante. Dès lors, vous aviez l’impression d’être pour quelques instants à seul personne au monde digne de son attention. Dans ses accolades fraternelles, vous sentiez l’étreinte chaleureuse de ses bras vigoureux. Dans ses accès de joie éclatait le tempérament nerveux : le visage se crispait de rire, un son claire fusait et retombait en cascades, pendant que les moins emmêlées se roulaient de contentement et que tout le corps frétillait.

Le portrait moral dépassait la commune mesure. Cette âme généreuse ne s’est pas démentie : elle a constamment poursuivie son idéal de prêtres et de religieux. Saisie par le Christ Jésus, l’unique Maître, elle eut une idée fixe : l’obsession des sommets.

« Il y a quelque chose de mieux que de laisser des écrits dignes d’être lus, c’est de laisser des actions dignes d’être écrites. Cette sentence, rouée dans les papiers de Père Jules-Marie, corrobore cette pensée d’Henry Bordeaux : « Toute biographie digne d’être écrite est le récit d’une ascension ». La vie du Père Jules-Marie Guilbault mérite alors d’être divulguée. Pour que les richesses d’une âme soient connues, il faut en enlevant au terme tout sens péjoratif une certaine publicité.

Si la prieure de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus n’avait pas eu l’heureuse idée de lui imposer, comme un devoir, d’écrire les souvenirs de son enfance nous n’aurions pas eu l’Histoire d’une âme, c’est-à-dire le récit et le message d’une âme exceptionnelle. Les Notes intimes du Père Jules-Marie nous aident à retracer son « itinéraire de l’âme à Dieu » ; ce sont deux grands cahiers de notes, où un éclairage presque uniquement spirituel révèle les qualités d’une âme généreuse et travailleuse, durant les stages successifs du collège, du noviciat et du scolasticat et d’une séjour d’études bibliques à Rome et en Terre Sainte. Ce seront nos principaux guides : ils laissent quelque peu entre voir le fond de l’âme, la région secrète d’où Dieu travaille. (2)

 Le petit Eugène
Eugène Guilbault, né le 13 septembre 1898, était le dernier des huit enfants de Joseph Guilbault et de Marie Rosilda Lauzon, modestes cultivateur de Yamaska, dans le diocèse de Nicolet. Le lendemain de la naissance, il reçut le baptême qui fit de lui, selon ses expressions , « un enfant de Dieu, un sarment du Christ, un temple de Saint Esprit ». à l’âge d’adulte, il prendra pleinement conscience de ses titres de noblesses et d’exigences chrétiennes.

Tout jeune, il révéla déjà ses hautes ambitions. :
- Que vas-tu faire plus tard, Eugène ?
- Un pape, répondit-il sans broncher.

- Le poète Francis Jammes fit une semblable confidence à une correspondantes, dans une lettre du 31 août 1924 : « À cinq ans, j’ai envisagé sérieusement trois charges : la papauté, la royauté, un poste de facteur mural ». Plus modeste que le poète français , Eugène Guilbault n’a envisagé, que lui, qu’une charge. Il est vrai que ce n’était pas la moindre…

Ses premiers modèles sont près de lui : ses bons parents. Il essaiera de reproduite quelques traits de la physionomie morale de son père ; la pitié pour les pauvres, la gaieté, l’exquise sensibilité qui se dissimulait sous une figure osseuse et rude, l’amour de la belle nature de Dieu, le père avait le dévouement de cœur et la jovialité qui sont comme les caractéristiques des régions mascoutaines et soreloises : le fils Eugène gardera l’estampille régionale. Il chérissait ce fils un peu comme la patriarche Jacob son fils Joseph (3). Il avait une personnalité plus tranchée que celle de sa femme qui présentait plutôt une personnalité avide d’effacement.

Chez sa mère, Eugène admirait la réserve, la fidélité au travail la douceur et la piété. Mme Guilbault tenait fermement à la prière du soir en commun après le souper, devant l’image de la sainte Famille, dévotion traditionnelle au Canada. Sa timidité rougissante excitait les taquineries affectueuses de son époux qui l’appelait « sa chouette », M. Guilbault alors, dans une posture de bravade, campait fièrement sa grande stature auprès de la petite taille de sa femme tout en lui donnant sur l’épaule une tape affectueuse. « Vas-t’en donc, beau fin! » répliquait-elle avec un geste de mol écartement et une moue d’offense simulée… tout en rougissante davantage.

Le jeune Eugène aurait voulu réunir en lui, en une sorte de bouquet de fleurs spirituelles, les vertus caractéristiques de ses frères et de ses sœurs : l’activité énergique et persévérante de Joseph ; la douceur d’Albéris, parfaite comme celle de la mère ; la patience de Georges, manifestée au cours d’une maladie qui devait durer vingt ans ; la dévotion ingénue de Laura pour le pape ; le culte d’Émérentienne pour l’Enfant-Jésus. Cette dernière, se conformant à une coutume d’anciennes familles canadiennes- française, réussissait à la faire réciter à Eugène mille Avec Maria, durant la vigile de Noël, dans le but d’obtenir trois grâces (4).

Des huit enfants Guilbault deux moururent en bas âge. Deux seul survivent actuellement : MM. Joseph et Georges.

Eugène a goûté les belles réunions familiales du jour de l’an et du « temps des fêtes », qui, au début du siècle, ont enchanté l’enfance des Canadiens français, surtout de ceux qui habitaient la campagne.

À l’âge de onze ans, il dut « marcher au catéchisme», pendant un mois, en préparation immédiate à la première communion.

Il manifestait un tempérament vif, mais, grâce à Dieu, ne faisait rien qui pût mal édifier.

Il aimait tous les jeux et tous les sports de la campagne : la chasse, la pêche, la natation, les courses, la lutte, la boxe, quand la température était trop mauvaise pour jouer dehors, il disait sa « messe » à l’intérieur de la maison. Sa mère lui donnait des pastilles de menthe ou lui préparait de minuscules et rondes pâtisseries : il n’en faillait pas davantage pour attirer à la « sainte table » beaucoup de « communiants » : voisins et voisines, frérots et sœurettes. Le « binage » était facilement permis, tout un « ciboire » y passait alors. Jeux d’une enfance pure et candide !

Puis vint la confirmation qui fait soldat du Christ et apporte un accroissement de forces spirituelles. L’adolescent compris que la vie lui demandait la lutte, notamment contre le démon et contre les inclinaisons mauvaises qui parfois le troublaient. Si, durant l’enfance il n’eut qu’à soutenir des lutes d’enfant ; si une sainte hérédité morale et ferme éducation l’on préservé des bourbiers, il reconnaissait ne pas être pour autant immunisé contre la tentation. « Par tout le divin qui est en moi, dit-il, je suis, à certaines heures, sollicité vers le Très-Haut, et, à toute minute, j’ai ce qu’il faut pour demeurer fidèle. Du fait que concupiscence mauvaise inscrite dans mes os, je suis, à certains moments, sollicité par le Très-Bas » (5). La prudence et la précautions, composent donc à l’égard du démon et des ennemis du dedans.

 Entre au Collège, tu iras très loin
Au cœur du jeune homme résonne un appel étrangère : « entre au collège, tu sera prêtre et tu iras très loin » (6). Mais Eugène retarde à faire sa demande d’admission au collège ; il se croit indispensable aux travaux de la ferme, d’autant plus que l’un de ses frères Georges est malade. L’abbé Bernier, vicaire de Yamaska ,qui a discerné chez le jeune homme une « vocation » certain, va prier instamment . M. Guilbault de faire instruire son fils, l’assurant qu’il fera un prêtre. Les membres de la famille encourage le jeune élu à poursuivre sa destinées : ils font s’organiser sans lui et tâcherons de faire des économies pour défrayer les coût des études. Et voilà qu’à l’âge des vocations dites « tardives », à dis-sept ans, il commence son cours classique au séminaire de Nicolet.

Dès le début, il se fixe un programme en trois poins, inspiré d’un mouvement de jeunesse alors en vogue, A.C.J,.C, ( Association catholique de la jeunesse canadienne ). :
-la piété ( « la sainte communion, touts les matins, et si c’est possible» ),
-l’étude ( « on n’en sait jamais trop » )’
-et l’action ( « participation à tous les mouvements » ).

Il se consacre à la Très Sainte Vierge et s’enrôle dans la confrérie de la milice angélique ou du cordon de saint Thomas d’Aquin pour la protection de la pureté.

Un proverbe palestinien partage en quatre catégories les élèves qui suivent les cours des Rabbi :

- les éponges, qui absorbent absolument tout , ce qui est essentiel s comme ce qui je l’est pas
- les entonnoirs, ceux où l’enseignement entre par une oreille et sort par l’autre
-les filtres, qui laissent écouler le vin et ne gardent que la lie, autrement dit ce qui est purement secondaire ; et enfin,
- les tamis, qui retiennent tout ce que est important, la farine, laissant au vent de l’oublie la partie négligeable, la bale. Il va sans dire que le jeune Eugène Guilbault se classe dans la catégorie des tamis, « gardant profondément dans (sont) cœur et dans ( son ) esprit la farine pure et nourrissante de (ses ) maîtres ».

« Dès son arrivé au séminaire, Eugène s’est acquis à bon droit, selon le témoignage de son ancien professeur de syntaxe, le R.P. Joseph- Hermann Poisson. o.f.m., la réputation d’un élève exemplaire et tout point : piété profonde, travail acharné à l’étude ou en classe, inviolable ponctualité dans l’observance du règlement ».

C’est grâce à ce « travail acharné » qu’il put faire les deux premières années en une seule : les classes dite d’élément et de syntaxe.

Pendant sept ans, de 1916-1923, il s’appliqua à former en lui l’homme, l’humaniste et le chrétien. Déjà, dans son âme, se révélaient des ressorts profonds : un vif amour de la Sainte Vierge, la pureté d’intention que a le secret de transmuer en une valeur suprême les moindres actions ; la fidélité aux principes comme aux petites choses ; le soutient de l’amitié ; l’amour de l’étude et le courage de l’effort. Il rêvait déjà de ce qu’il y avait de plus austère.

Le repos des vacances qui détendaient l’arc de l’esprit n’était pas pour lui synonyme de paresse, : il y trouvait une occasion d’affirmer la virilité d’âme et de corps. Il assistait à la messe et commuait le plus souvent possible. Il fournissait son apport aux travaux de la ferme.

 Je me fais franciscain
À la fin de sa dernière année de philosophie, en 1923, il suivit la retraite des finissants qui était, selon la coutume, une retraite de décision de vocations. On sent d, après ses Notes intimes qu’il fit cette retraite avec toute la sincérité dont ils était capable, envisageant la vie présente à la lumière crue de l’Éternité : « Quid noc ad aeternitatem ? En quoi ceci ou cela m’aidera-t-il à atteindre le bonheur éternel ? »

Celui qui prêcha la retraite tâche qu’il assuma pendant une bonne retraite d’années consécutives était l’abbé Antonio Camirand, promu plus tard à la dignité de prélat domestique. S’il était peu éloquent, peu loquace, d’au abord plutôt froid, ce prêtre avait cependant conquis l’estime générale par de rares qualités : esprit philosophique, théologique, méthodique, cœur éminemment pastoral, caractère d’homme de Dieu dans toute la force du terme.

Au cours de la retraite des finissants de 1923, le prédicateur exposa les moyens de connaître la volonté de Dieu dans le choix d’une carrière ; le miracle, l’attrait, le raisonnement ; il parla des devoirs de laïques et de la mission du prêtre. À la dernière journée, il dit aux retraitants : « Vous avez, cet après-midi ,à prononcer un oui ou n non, et votre sort sera fixé. Penses-y. Le monde vous dit : Ce qu’il a de plus beau, c’est d’être avocat, médecin, député etc… Le Christ , lui vous dit : Ce qu’il y a de plus beau, c’est d’être mon prêtre, Le prêtre est la lumière du monde. Réfléchissez. Les vacations de raisonnement sont les meilleures » (7)

On songe à cette parole d’un chrétien contemporain : « Je suis effrayé de pense que la vie tout entière d’un homme dépend de deux ou trois oui et de deux ou trois non prononcés de seize à vingt temps. Oui ou non, veux-tu de ce travail, de cette positon, de cette profession, de cette vie ? Vous répondez, et tout est dit ! … C’est dit, c’est fait, ce sera jusqu’au dernier jours ! »

Le raisonnement de prédicateur, évalué sous les lumière d’en haut, apporte à Eugène Guilbault la sécurité de la marche dans la pénombre de la foi, pour chanter la joie de la décision d’un moment crucial de la vie, il emprunta l’inspiration lyrique d’un poète :

Seigneur, « Puisque ici-bas, tout âme donne à quelqu’un sa musique, sa flamme ou son parfum.
Puisque ici tout chose donne toujours son épine ou sa rose à ses amours ; puisque l’air à la branche donne l’oiseau, que l’aube à la pervenche donne un peu d’eau ; puisqu, lorsqu’elle arrive s’y reposer l’onde amère la rive donne un baiser ; je te donne, à cette heure, penché sur toi, la chose la meilleure que j’ai en moi » Ma vie je me fais franciscain ( 30 mars 1923 )(8)

Le lendemain de la retraite, il annonçait sa vocation franciscaine à son père et à un ancien élève et professeur du séminaire de Nicolet, le R.P. Joseph-Hermann, Poisson, o.f.m., celui-ci, lorsqu’il était grand séminariste, lui avait fait la classe de syntaxe.

Le 27 décembre 1921, dix jour après mon ordination, je visitais mon Alma Mater, raconte le R.P. Joseph-Hermann Poisson. Le regretté Monsieur l’abbé Arthur Girard, alors professeur de Philo I, m’a invité à rencontrer dans sa classe mes anciens élèves de 1916-1917. Quelques semaines plus tard, Eugène m’écrivait pour me dire sa joie de notre rencontre. Il enviait mon bonheur mais ne se sentait pas encore la force de prendre la décision d’enter chez nous. Je l’avais invité à prier pour obtenir les lumières et la force d’En-Haut (9).

Depuis l’enfance, Eugène songeait à la prêtrise ; c’est dans un cœur mûri par l’épreuve précoce qu’avait fleuri son noble rêve : des mortalités survenues dans sa propre famille lui avaient fait comprendre la caducité des choses de ce monde. Il évoquera la lointaine origine des vocation sacerdotale dans une lettre du 12 août 1924, lorsqu’il invitera ses parents à sa profession simple dans l’Ordre de Saint François :

Mes chers parents, il y a huit ans, à la mort de ma sœur Émérentienne, comprenant le néant des choses, je résolus de me donner à Dieu tout entier. Deux ans plus tard, la mort de ma sœur Laura me fit renouveler ma promesse. En fin l’an passé, dans ma retraite de Pâques, repassant de nouveau les futilités de la vie, je me suis dit :Il n’y a qu’une chose à faire, bien vivre pour combien mourir, et alors je résolus de me faire franciscain, il faut dire cependant que je caressait cette idée depuis mon enfance N’est-ce pas, cher papa, que je vous ai dit bien des fois que je serais prêtres ? Eh bien ! aujourd’hui, Dieu merci, j’ai le bonheur de vous dire que je suis enfin admis à la vie franciscaine. Oui l e 31 de ce mois, ô bonheur ineffable ! je me donnerai tout à Dieu par l’acte de profession.

Pour l’inciter à revêtire la bure franciscaine, il avait eu l’exemple de plusieurs devanciers, un coparoissien de Yamaska qu’il connaissait, le R.P. Georges-Albert Laplance, o.f.m., et plusieurs élèves du séminaire de Nicolet dont il n’a donné la liste ans son journal : « À date, écrit-il, le séminaire de Nicolet n’a donné que six Franciscains : Les RR.PP Éphège Morin, Joachim-Joseph Monfette, Marie-Berard Tétrault, Joseph-Hermann Poisson, Norbert-Marie Bettez et le feu Frère Raphaël Danault. Ce n’est pas beaucoup, le Stigmatisé de l’Alverne ferait-il peur aux Nicolétains ? C’est possible. En tout cas, en avant ! » (10)

Avant de quitter son cher séminaire que lui a donné une éducation solide et distinguée, il redit les souhaits exprimés dans les vers d’un illustre ancien Louis Fréchette :

Ô vieux Nicolet ! penche ton front, regard l’essaim de tes enfants sous tes yeux réunis, tous les lèves n’ont qu’un seul cri : Dieu, te garde ! I n’est pas tous les cœurs qu’un seul vœu : sois béni ! (11)

Maintenant, sans peur, il n’a qu’à poursuivre sa consigne : En avant … sur les pas de Stigmatisé de l’Averne !Références -1-

Le Père Jules Marie ( Eugène ) Guilbault

auteur
: Romain Légaré o.f.m.

Obsession des sommets

 Revenu à la maison paternelle, Eugène Guilbault exécute une promesse qu’il a faite lors de la décision de sa vocation franciscaine : aller à la messe à pied, trois matins consécutifs, à la paroisse voisine, Saint-David de Yamaska. C’est un trajet, pour l’aller, de sept milles environ, le jeune homme doit se lever à trois heures du matin et, renté chez lui vers neuf heures, il se rend aux travaux des champs, comme si de rien n’était.

Ce train marque l’homme qui ne craint pas les sacrifices et ne se satisfait pas des demis-mesures.

  J'entre en communauté pour me sanctifier et aider Jésus à sauver le monde

Le nouvel aspirant de l’Ordre des Franciscain adresse sa demande d’admission. À l’une des informations du questionnaire qu’on lui fait parvenir : « Pour quel motif désirez-vous la vie franciscaine ? », il manifeste dans sa réponse l’idée maîtresse qui devait orienter toute sa vie : « Pour me sanctifier et aider Jésus à sauver le monde ». ceux qui l’on connu savent que cette réponse fut vraiment sincère, en plein accord avec les exigences crucifiantes de la démarche. L’idéal de la sainteté l’avait déjà saisi, comme le fait voir cette parole prononcée sur la fin de ses humanités : « Si j’entre dans une communauté, ce sera dans une dont le fondateur est saint ».

Le 18 août 1923, à neuf heures du soir, il gravit le mont Saint –Antoine, situé dans le banlieue de la vielle de Sherbrooke, sur le chemin de Lennoxville, (** ) au milieu d’un décor d’une beauté grandiose. Sur ce mont, marqué par les ascensions tant spirituelles que terrestres, des dresse, dans la grisaille de la nit tombante, l’imposante masse pierreuse du noviciat franciscain, fondé l’année précédente ( 1922). La petite rivière Saint-François qui coupe le pied de la montagne rappelle au postulat la rivière Yamaska coulant en face de la maison paternelle.


« **(333 rue Queen, le même monastère que mourut le Père Damien Côté ofm.et Nérée Beaudet ofm. Piliers spirituelles qui attiraient de foule de gens vers ce monastère durant leur vie, devenue après leurs décès, la maison du mouvement Marie Jeunesse, l’abbé Réal Lavoie )Mme Denise Christiaenssens o.f.s.erm. webmasteur »

Dès la première journée, il fait cette promesse à la Très Sainte Vierge :

« Sur ma parole d’honneur, je vous promets, ô bonne Maman du ciel, de ne jamais sortie de moi-même de l’Ordre séraphique. Aidez-moi ! Soutenez-moi! Exaucez-moi! De votre enfant qui veut être fervent franciscain, Eugène Guilbault.

Puis il prend cette résolution `« Je restera ou je mourrais », et cette devise : Excelsior ( plus haut )!

À l’exemple de saint Bernard entrant au monastère de Citeaux, il se demande : « Pourquoi suis-je venue ici ? » Il répond par plusieurs motifs qui tous convergent ver le denier :
- Pour faire un bon et saint noviciat :
- Pour expier mes péchés passés ;
- Pour pratique l’humilité ;
- pour aimer et faire aimer Notre-Seigneur
- enfin, pour mourir fervent franciscain

Cœur-Sacrée Jésus, assistez-moi, soutenez-moi gardez-moi » (1)

Remarquons que, dès le commencement de sa vie religieuse, il e place sous la protection de la Très Sainte Vierge et du Sacré Cœur de Jésus, ce seront deux de ses dévotions dominantes.

Le maître des novice était le Père Ambroise Leblanc o.f.m. ( 1884-1959), qui donns la suite devait remplir des charges importantes dans l’Ordre et dans les missions du Japon, en devenant, en 1927, le premier provincial de la province franciscaine Saint Joseph du Canada et, en 1939, premier préfet apostolique de la préfecture d’Urawa ( Japon). Par des conférences foncièrement surnaturelles et à la fois originales qui déclenchaient le fou rire chez les novices, il sut donner une formation religieuse ouvertes sur la confiance en Dieu et fondée sur l’humilité et sur l’esprit d’enfance spirituelle tel que l’avait enseigné Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Le Père Ambroise Leblanc avait établie à Sherbrooke , la « petite Thérèse » maîtresse des novices, tout comme elle l’avait été au Carmel de Lisieux : les saints et les saintes sont des frères de sœurs de cœur qui en sont plus soumis aux lois de la clôture monacale.

Aux postulants d’août 1923 il demanda de lui présenter les nouveaux noms qu’ils désiraient comme religieux, au jour de la vêture, Eugène Guilbault cherche, en signale plusieurs. Hélas! chacun des noms choisis est déjà pris par un père de la province franciscaine du Canada. Quoi faire ? « Enfin, dit-il, je vais en cellule, récite une prière devant le crucifix, ouvre un livre au hasard et tombe sur le beau nom de Jules-du-Sacré-Cœur ». C’était le nom d’un père franciscain, d’une grade réputation d’éloquence de sainteté, qui vécut en France, à la fin du XIX siècle, « Joyeux , ajoute notre nouveau postulant, je le présente au père Maître : il sourit, mais ne promet de me le donner » (2)

La suggestion sera agréée. En effet, est ce nom-là que reçut Eugène Guilbault, le jour de la prise d’habit, le 28 août 1923. Le Père Célestin-Joseph Demers ( 1875-1957), supérieur du couvent de Sherbrooke, présidait la cérémonie, tandis que le père Ambroise Leblanc donnait les sermon de circonstance, avec l’onction qu’on lui connaissait et qui tirait les larmes des yeux de toutes l’assistance.

Le don d’un nouveau patron fut pour le novice un nouveau stimulant de tendre à la sainteté : « Changement de nom implique changement de vie », disait-il. Il était prêt à imiter saint Jules en ce qui regarde la sainteté, sinon déclina-t-il dans la fonction accomplie sur la terre : « C’était un pape ! » déclara-t-il avec humour, et il dut reléguer à de simples rêves d’enfant la convoitise de la papauté qui, un temps, avait ébloui sa jeune âme de catholique ; mais il reprenait, sous une forme réellement engageante, ce qu’il avait déjà manifesté, les jeune âge : l’aversion des voies de la médiocrité et l’appétit des sommets. (3)

Cependant, les supérieurs jugèrent à propos de changer, au bout de trois mois ( 8 décembre 1923), le nom de Jules-de-Sacré-Cœur en celui de Jules-Marie, qui sera définitif.

Dans son cœur, il tiendra à garder les eux noms , enseignes de deux de ses dévotions préférées. L’imposition successive d’un double nom signifiait à celui qui croyait ; à l’importance des noms conférés dans la Bible par Dieu à se serviteur, l’invitation claire à la sainteté : « Si les autorités de l’Ordre, dira-t-il, m’on donné le double nom de Jules-du-Sacré-Cœur et de Jules-Marie, je dois m’en trouver digne dans ma vie religieuse.»

 Le lutrin, quinze jours de purgatoire
Voilà le nouveau novice qui, avec toute la générosité dont il est capable, se laisser former à la vie religieuses et franciscaine, à l’obéissance, à la plus stricte régularité, à la charité fraternelle. Déjà, dès la premières années de cet vie nouvelle, les supérieurs notent que « sa piété est plus qu’ordinaire ». Les épreuves habituelles du noviciat ne font qu’affermir en lui la vertu, celle de l’acolyte n’était pas la moindre. Pendant quinze jour chaque novice doit remplir, au chœur et au réfectoire, la tâche d’acolyte : c’est à lui que revienne le rôle d’entonner les psaumes de l’office divin, d’en réciter, après une diligente préparation les antiennes, les versets, les commémorations des saints et des bienheureux toujours, à son gré, trop nombreuses ou les leçons toujours trop longue des matines. Que le rubrique paraissent compliques, dans les premiers maniements du bréviaire ! Que de sujets d’énervement pour le timide novice ! Le ton de l’office divin n’était pas alors soutenue, comme il lest de nos jours, par l’accompagnement d’un organiste. Le premier acolyte donnait le ton de chaque psaume avec un diapason, dit « métallophone », sorte de petit piano à trois lamelles métallique correspondant à trois notes : fa, sol et la, il fallait que le médius de l’acolyte Tombât droit sur la bonne note ; fa pour l’office de minuit et du matin, sol, pour les autres heures et, en outre, avec un doigté bien mesuré : une touche trop fébrile faisait sursauter les choristes et risquait de démembrer le pauvre « petit piano » ; une résonance trop faible passait inaperçue commue un soupir, Ah! oui , à la question : « Qu’est-ce que le lutrin ?». Le Frère Jules-Marie avait bien raison de répondre : « Quinze jours de purgatoires !». Durant l’office nocturne de matines et de laudes, si dur à vrai dire pour des commençants, le lutrin avait la curieuse particularité de cacher un secret aiguillon qui prévenait l’acolyte contre toute tentation du somnolence.

Trouvant très pénible le lever de nuit, le Frère Jules-Marie ouvrit, un jour, la Bible et lut ces mots : « Soyez fervents, c’est le Seigneur que vous servez » (4). Il comprit dès lors la sollicitation divine à la générosité.

Malgré les épreuves ordinaires de la période de probations, il trouve que le temps passe vite dans la vie religieuse ; les mois s’écoulent « comme des semaines, les semaines comme des jours», et bientôt arrive le grand jour de la profession simple, le 31 août 1924. En cette date mémorable, le nouveau profès exprime des sentiments qui ne délaisseront jamais la vallée de recueillement de son âme :

J’ai prononcé mes engagements sacrés. Qu’ai-je voué ? de tendre à la perfection dans L’Ordre séraphique. L’essentiel de ma profession, c‘est cela : tendre, m’efforcer d’arriver à la sainteté ; le jour où volontairement et durablement, il m’arriverait de piétiner sur place, je ne serais plus, au sens profond du mot, un vrais profès.

Ô Jésus, je le comprends, m’avoir accepté à la vie séraphique, c’est m’avoir admis à l’Intimité avec vous et à l’amour, total à l’amour le plus grand de ma part. Faites que je réponde à votre attente et que je sois vraiment un profès selon vôtre cœur (5).

La vie religieuse ne tarit pas la soif de bonheur ; mais elle en indique les véritables sources dont elle maintient la pureté. Comme tout cœur humaine, celui du Frère Jules-Marie recherche le bonheur, Où le trouver ? « Je le sais bien. Dans l’observance totale de ma sainte règle, répond-il, Heureux rime avec généreux. Comment le conserver ? par la mortification, l’Oraison et l’amour de ma vocation » (6).

Pour se rappeler, au besoin les engagements de sa profession, il n’aura qu’à regarder les « porte-bonheur » qu’on lui a remis, le jour de sa vêture : son saint habit religieux, le petit livre de la règles de saint François et sa couronne de sept allégresses ( chapelet de sept dizaines consacré aux sept grandes joies de la Très Sainte Vierge Marie.)

 Pour la piété et pour les sciences
Après le noviciat, il va poursuivre les études philosophiques et théologiques préparatoire à la prêtrise. Puisqu’il a déjà fait sa philosophie à Nicolet, il ne passera qu’un an au studium franciscain de Québec, dans le but de s’initier plus particulièrement à la philosophie franciscaine. Puis, ce sont les quatre années de théologies au studium de Rosemont, à Montréal.

Dès son arrivé à Québec, il définit son objectif : « Je passeras cinq ans au scolasticat ave ce but bien vivant : Pietati et scientiis, pur la piété et pour les sciences. Ensuite, je pourrai travailler parmi les âmes et pour les âmes ». (7) Pour modérer une activité intellectuelle qu’il juge trop envahissante. Ils e propose d’entendre le plus de messes possible, les jours de congé, de passer à l’Oratoire du scolasticat une grande partie de ses jours libres. L’étude des sciences n’en souffrira pas, comme le témoignent ses excellentes notes d’examen.

Et il profite, pour se maîtriser, des moindres occasions que lui offre, chaque jour, sa vie d’étudiant.

De nos jours, écrit-il en octobre 1924, l’occasion de faire profession de foi pour Notre-Seigneur par le martyre se présent rarement ; mais la vie journalière d’un étudiant franciscain est semée de petits choses qui sont comme autant d’occasions propices à l’abnégation, à la discipline personne, v.g. l’acolytat, les matines, etc, et, à cause de cela, aptes à fortifier la volonté et à pour la force d’âme.

Au pied des fleurs les plus précieuses, le fleuriste plante de petits piquets et y attache ces fleurs pour que l’orage ne le brise pas. Mon âme immortel est une belle fleur qui s’épanouit, une fleur parfumée, mais elle ne résistera pas aux ouragans terrestres de la vie si je ne l’habitue pas là l’exercice quotidien, en m’accrochant au chêne éternel qu’est le Christ.

Ma résolution est donc prise ; m’exercer chaque jour à me discipliner (8).

Durant le scolasticat, il continue à cultiver le désir de la sainteté : c’est le grand leitmotiv des Notes intimes. En s’adressant à la Sainte Vierge, il dit : « Tout pour vous, par vous, avec vous. Voilà mon idéal, Mère, réalisez-le. Je veux être un saint prêtre franciscain » ( 8 septembre 1925). Un an avant son sacerdoce, il écrit (29 juin 1928) :

Dans une retraite prêchée à des religieux de son Ordre, un prieur dominicain leur disait qu’une âme arrivée à des états d’union extraordinaires, avait entendue Notre-Seigneur se plaindre à elle et lui dire : « Ah ! si sur cent prêtres, un seul se donnait tout entier à moi ; si sur trente religieux, un seul se donnait complètement à mon service, quel bien je ferias dans le monde ! »

Le scolastique Jules-marie fait aussitôt l’application : « Un sur cent ! L’an prochain, si le Seigneur le veut, je serai prêtre pourquoi ne serais-pas celui-là ? »

Avec quelle ardeur ne se prépare-t-il pas au grand événement de la prêtrise ! L’idée de la sanctification et le soutient toujours, comme le prouve la liste des mémentos de se futures messes :

Dans 29 jours, je serai prêtre. À l’exemple de saint Léonard de Port-Maurice, je vous formule à l’avance, ô mon Dieu, mes mémentos généraux de mes futurs messes : Mémentos de reconnaissance et de demandes.

Mémentos de reconnaissance

Toues les fois que je célébrerai ma messe, que je le dise ou non, mon intention sera de vous remercier :
1-autant de fois qu’il y aura de grains de blé dans les hosties consacrées ;
2- autant de fois qu’il y aura des gouttes de vin dans le Précieux Sang.

Mémentos de demandes

Toutes les fois que je dirais ma messe, j’entends vous demander les faveurs suivantes :

1- la sanctification de tous les prêtres, mais plus spécialement les prêtres de notre Ordre et de notre Province ;
2- La sanctification de tous les religieux et de toutes les religieuses. Ne sont-ils pas le sel de la terre ?
3- Une douce pluie de bénédiction temporelles et spirituelles sur chacun de nos bienfaiteurs, notamment les tertiaires, nos frères en saint François ;
4- La délivrance de la plupart des âmes du purgatoires. Il y a en aura toujours assez dans ce feu sacré :
5- Un secours spécial à toutes nos missions franciscaines
6- Une sainte mort pour tous mes parents, bienfaiteurs, sans et co-paroissiens
7- La sanctification et la science pour mes élèves
8- Des grâces particulières aux moribonds,
(…)
11- Les dons et les fruits du Saint-Esprit pour moi et mes dirigés
12- la réalisation des demandes au Pater et de l’Ave Maria
13- Les grâces d’état à chacun de nos Provinciaux, Gardiens, Directeurs, Professeurs et Prédicateurs :
14- Pour moi, Seigneur, je vous demande particulièrement la grâce de célébrer toujours de plus en plus saintement ma sainte messe.

Bref, je vous demande l’intelligence du sacerdoce te la grâce de ma canonisations (9).

Que cette dernière demande, si peu fréquente, ne surprenne pas le lecteur ! le Père Jules-Marie était un vrai « Pèlerin de l’Absolu » ; par le don total de lui-même, il voulait répondre à l’Amour substantiel ; hostile aux demi-mesures, ils visait à la « sainteté canonisée». « Jésus, Marie, je vous demande la grâce que fait les saints, car je ne veux pas être un saint quelconque ,mais un saint canonisé, si telle est votre sainte volonté ». Il redire souvent une telle prière, au cours de la vie, notamment à sa première messe. Quand il sera, au couvent franciscain de Québec, maître de clercs, il les exhortera fermement de tendre à la sainteté. C’est -à-dire, pour prend l’objectif plus au sérieux, de viser à la canonisation. De si hautes aspirations font l’honneur à une âme généreuse, même si l’on sait que la prolongations solennelle et opportune des mérites d’un juste relève, en définitive, du jugement de votre mère de la sainte Église.

Plus tard, dans ses prédications aux communautés religieuses, il tiendra évidemment et à bon droit à rappeler le « grand but de la vie religieuse » : la recherche de la sainteté, dont il détaillera les motifs les plus pressants ; mais, tout en révélant sa conception particulière, il précisera pour l’encouragent des âmes que la sainteté n’a pas nécessairement la canonisation, et il indiquera les trois étapes qu’il faut franchir absolument, sinon successivement :
1- L’étape du bien 2- l’étape celle du mieux 3- celle du plus parfait (10)

 L'allégresse du nouveau prêtre
Le Père Jules-marie demande à Dieu la g^race de la sainteté, à la messe d’ordination qu’il célèbre, le 29 juin 1929, ans la cathédrale de Montréal, en union intime avec l’Évêque auxiliaire, Mgr. Deschamps.


Puis il dit sa première messe, à l’hospice de Saint-François-Solano, dirigé par les Petites Franciscaines de Marie. Le sermon est donné par un ami d’enfance, le R.P. Alphonse Rajotte o.m.i. La joie de nouveau prêtre est vivement atténuée par une épreuve ; l’absence de sa mère, retenue par la maladie à la maison paternelle, à soixante milles de Montréal, mais bientôt l’allégresse compète l’ensoleille, puisqu’il peut, le l2 juillet 1929, en sa paroisse natale de Yamaska, célébrer en même temps un double événement de grande importance ; sa première grand-messe et les noces d’or de ses fiers parents, entourés de nombreux invités.

Cette fête exceptionnelle trouve son plus habile et plus éloquent interprète dans la personne d’un franciscain et d’un coparoissien, le R.P. Georges-Albert Laplante. Le prédicateur de circonstance rend un juste hommage aux héros de cette journée mémorable dans un discours dense, et soigné, riche de doctrine, vivrant de sentiments délicats et traversé d’un incoercible courant de poésie.

En cette double circonstance d’une première messe solennelle et d’un cinquantenaire de mariage, annonce le prédicateur, qu’il me soit permis de célébrer dans une commue louange le fils et de ses parents, le prêtre d’un jour et le ménage de cinquante ans, une carrière pleine de promesses et une carrière pleine de mérites, un sacrifice qui commence et un sacrifice qui s’achève, la fleur d’une vie sacerdotale qui ouvre sa corolle aux premiers baisers du jour et le fruit mûr d’une vie conjugale qui penche ver la terre aux rayons attardés du soleil couchant.

Puis, la première partie du sermon magnifie la puissance du prêtre dans la fonction de consécrateur ; la seconde exalte le mérites des époux jubilaires, la récompenses et les joies des parents du nouvel ordonnée. Enfin, une touchante apostrophe évoque « le décor familier » qui voit grandir le nouveau prêtres :

Et vous, ô consécrateur de Dieu, ô rejeton d,une famille privilégié, vous êtes heureux d’offrir les prémices de votre sacerdoce devant votre vénérable curé, le conseiller de votre pieuse enfance et de votre vertueuse jeunesse, devant amis et de compatriotes dont deux vous assistent à l’autel au nom d’une douce intimité collégiale. Vous étiez désireux, être, de revenir dans une chère paroisse évangélisée par vos ancêtres religieux. Il vous semblait que le décor familier et les souvenirs d’enfance rendraient votre oblation plus fervente : cette rivière paisible qui coule fraîche et reposante et qui mire de rives fertiles émaillées de grands arbres ; cette île toute verte émergeant de l’eau comme un émeraude dans une vasque de cristal ; cette église aux deux flèches imposantes qu rappelle, avec la première communion, les contacts de votre âme d’enfant avec l’hostie que vos attraits ; ces fermes couvertes de moisson, embaumées de l’odeur des foins qui vous rappellent votre adolescence laborieuse et les travaux aimés des vacances.

Lors de cette belle fête, le nouveau prêtre prononce un petit discours à l’adresse de ses vieux parents qui ont passé leur vie sur une ferme. J’y détache cet extrait parfumé d’une mystique poésie :

… La nature apparaît au fermier comme une immense église dont il est le desservant : la verdure des champs figure le vert tapis du sanctuaire ; la neige, la blanche nappe de l’autel ; les bouleaux jaunis par le temps, les gros cierges de cire ; la corolle des fleurs, le calice du prêtre ; la lune, l’immense patène attenant l’hostie ; les étoiles du ciel, les lampes du sanctuaire ; le soleil, l’ostensoir où brille Jésus-Hostie. Mis le prêtre où est-il ? Qui est-il, le prêtre ? C’est le fermier au milieu de son champ. Heureux prêtre, il peut chanter sa grand-messe tous les jours, avec les oiseaux du ciel comme chantres-accompagnateurs. Et dire, chers parents, que vous avez vécu cette belle vie champêtre, 73 ans, durant, entourés de nombreux d’enfants au cœur reconnaissant ! (11)

Après ses vacances d’ordination, le Père Jules-Marie comme son ministère : pendant un an, au studium franciscain de Québec, il enseigne la philosophie morale et sociale, tout en étant sous-maître des clercs.

 Je veux être un saint
Des deux grandes lois de la vie humaine : recevoir et donner, il veut désormais de tout son cœur glorifier la seconde. « Je dois me donner tout entier à mes élèves. La donation totale ne suffit pas. J’ai besoin Seigneur, de votre lumière divine » (12). L’efficacité de cette donation totale s’alimente à la source inépuisable de tout voie, au désir constant de la sainteté. Quatre mois après son sacerdoce, le jeune prêtre fait ces réflexions :

Un laïque adressa, un jour, au bon Dieu cette prière ; « Mon Dieu, éloignez de moi la tentation de la sainteté ».

Je n’aime pas cette prière. Pour moi, c’est de l’humilité mal placées. Si je n’accepte pas la tentation de la sainteté, si je en vais pas au-devant, moi, prêtre, qui ai reçu tant de grâces de bon Dieu, je suis un lâche. Si je ne désire pas la sainteté, je ne serai mais un saint. Sans désir on ne fait rien. Et si je ne suis pas un saint, moi qui dois sanctifier autrui, que sanctifiera les âmes ? Comment donner ce qu’on n’a pas ? (13)

On a compris que l’expression paradoxale,« tentation de la sainteté » veut dire ici sollicitation pressante. Le Père Jules-Marie fait allusion à un texte de Jacques Rivière. Pendant qu’il était en captivité en Allemagne, cet auteur français a exprimé, dans une forte page écrite le 15 octobre 1915, la peur de l’engagement, la peur de la sainteté, que connaissent la plupart d’entre nous, car, si d’un côté, nous sommes tentés par le démon de commettre le péché et que trop souvent nous succombons par erreur de l’intelligence, défaillance de l’attention de faiblesse de la volonté, nous somme aussi sollicités par le Saint-Esprit de nous lancer la voie de la perfection et de la sainteté et nous résistons… longtemps, pour ne pas dire tout notre vie. Voici le texte de Jacques Rivières.


Peur de l’abîme. Peur de cet enchaînement terrible de l’exigences où l’on tombe dès que l’on consent à Dieu.

Je tremble que la patience dont j’ai fait preuve dans les maux que Dieu m’a proposés jusqu’ici, ne l’engage à m’en proposer de nouveaux et de plus terribles. Je tremble de tomber dans cette misère continuelle extrême où il plonge et maintient ceux qui se donnent à lui.

Je ne suis pas fait pour ça ; je suis trop bien portant ; je suis trop au pas avec la vie. Mon Dieu, élongez de moi la tentation de la sainteté. Ce n’est pas mon œuvre. Contentez-vous d’une vie pure et patiente, que je serai tous mes efforts pour vous donner. Ne me privez pas de ces joies délicieuses que j’ai connues, que j’ai tant aimées, que j’aspire tant à retrouver. Ne confondez pas, Je ne suis pas l’espèce qu’il faut. Je suis marié et père ; je suis écrivain, ne me tentez pas avec ces choses impossibles. Ne m’instruisez pas dans le trop grandes souffrances. J’y perdrais du temps, du temps que je peux employer autrement pour votre service (14).

Jacques Rivière a saisi, en une intuition étrangement pénétrante, les exigences inhérents au christianisme et à la sanctification ; acceptation du plan de Dieu, mécanisme de la grâce qui conduit la vie spirituelle, connexion indissoluble de la grâce et de la croix, de l’amour et du sacrifice, ces trois considérations provoquent dans cet esprit pénétrant, dans cette âme loyale la peur de la sainteté. Et devant cette sainteté qui s’offre à lui comme une possibilité séduisante et redoutable, il fait cette étrange prière : « Mon Dieu, éloignez de moi la tentation de la sainteté !» S’il a eu une nette compréhension des exigences de la sainteté, il a par contre oublie qu’il y a enchaînement de grâces qui correspond à un enchaînement des exigences divines et il semble ne pas avoir compris que l’appel à la sainteté est universel, que la perfection n‘est pas un idéal facultatif, réservé a quelques-uns, à un pusillus grex, mais constitue l’essence même de la vie chrétienne. Il entend, quant à lui, demeurer sur un plan moral ; vie pure, vie patiente, alors que le Saint-Esprit l’invite à un dépassement, à une aventure. Il ne veut la précision la sécurité, le terrain solide. La sainteté est le risque et il imprévu.

Le Père Jules-marie, lui, demeure, jusqu’au dernier jour de sa vie, un obsédé de la« tentation de la sainteté » . Résolu de tendre à la perfection coûte que coûte, il cherche les motifs les plus efficaces qui affermissent sa volonté : la sainteté de Dieu ; son double nom de Jules-du-Sacré-Cœur et de Jules-Marie ; son intérêt personnel la félicité étant la compagne assidue de la sainteté ; la glorification de Dieu ; l’influence sociale des saints, eux, « les plus grands bienfaiteurs de l’humanité ».

Comme il le dit lui-même, il ne veut pas seulement des projets affectifs de sainteté mais vraiment de la sainteté effective. Et l’entretien constant des désirs d’ascension vient un jour à se transformer en réelle montée de l’âme. Voici une de ses convictions : « Rien de grands de se fait sans désir … Pour devenir un saint, il faut le vouloir ; qui dit souvent : je serai un saint, le devient », (15) C’est redire équitablement la pensé forte du Père de Ponlevoy, S.J. : « Les saints ont voulu, ils ont pu, ils sont devenus ce qu’ils voulaient. On a le pouvoir en main dès qu’on a le désir au cœur ».

Ce désir stimulant, il le maintien dans son cœur, dans celui des personnes qu’il dirige.

- Voulez-vous devenir une sainte ? demande-t-il à une religieuse.
-Certainement.
-Combien de fois par jour faites-vous cette demande au Sacré-Cœur et à Marie ?
- ¨Cas dépend… une fois… quelques fois…
- Mais ce n’es pas suffisant. Moi, je demande cet grâce des grâces sans cesse, surtout durant ma messe. Je voudrais aussi qu’après ma mort, il n’y eut pas une parcelle, pas un atome de ma poussière qui ne fût une semence d’amour, de sainteté.

« La sainteté est une aventure, selon le mont de Bernanos, elle est même la seul aventure ». La sainteté véritable est affirmation, exaltation, rayonnement de la vie. Le Père Jules-Marie Guilbaut a voulu courir cette noble et suprême aventure, la seul digne d’un chrétien. En effet, la sainteté est dans la logique même de la vie chrétienne. Elle consiste à devenir que ce que nous sommes. La sainteté consiste à renaître spirituellement, par l’effort d’ascension spirituelle, comme nous somme « renés» sacramentellement par le baptême. La sainteté, c’est, pourrait-on dire, en transformant une définit de la théologie donnée par le P. Clérissac, « l’illumination baptismale devenue consciente et progressante ».(16).Référence -2-


Le Père Jules Marie ( Eugène ) Guilbault


auteur : Romain Légaré o.f.m.

Engagement
Le Père Jules-Marie, n’a pas peur de l’engagement, il eut rempli pleinement sa condition de consacré à Dieu, Il se demande : Que faire pour réaliser mes saints désirs ? Il répond aussitôt :

1- bien remplir mon devoir d’état
2- soigner mon oraison
3- mourir tous les jours, me donner toujours, me perdre dans l’amour (1 )

Nous voyons là tout un programme de sanctification que ce religieux s’est fixé quelques mois avant sa prêtrise et qu’il s’est efforcé de réaliser, le reste de sa vie. C’est ce programme que nous allons essayer d’expliquer pour manifester quelques ressorts profond de sa vie intérieure. Partout cet homme de Dieu a vécu la vie cachée en Dieu avec le Christ dont parle l‘Apôtre : Vita vestra abscondita est cum Christo in Deo (2). C’est cette vie ainsi cachée que nous voulons hisser en pleine lumière.

Bien remplir mon devoir d'état

Regardant le devoir d’état comme l’expression de la volonté divine et le moyen ordinaire de sanctification, le Père Jules-Marie a accompli de son mieux les différentes charges que ses supérieurs lui ont confiées.

Après une année d’enseignement de la philosophie au scolasticat de Québec, ses supérieurs l’envoyèrent étudier à l’étranger des sciences bibliques. Cette nomination renoncerait des goûts personnel, ainsi, qu’il le révélait à son provincial d’alors, le Révérend Père Ambroise Leblanc o.f.m. : « La Bible a toujours été, depuis mon noviciat, mon livre de chevet et presque continuellement mon livre de spiritualité». Cependant il craignait ne pas avoir toutes les aptitudes voulues pour répondre dignement à la nouvelle orientation. Il exposa finalement ses craintes touchant sa faiblesse dans l’Étude des langues. Son supérieur majeur lui répondit par une lettre pleine de convaincre et d’encouragement : « J’accuse réception de vote petite lettre toute filiale. Je comprend bien vos craintes. Dominiez-les et allez de l’avant, votre confiance triomphera de tout. Vous serez surpris vous-même. La Sainte Vierge le Lourdes vous sourire et vous bénira. Soyez tout confiant et agréez l’hommage de ma religieuse affection ».

Muni de ce viatique paternel, il s’embarqua à Québec pour Rome, le 19 septembre 1930, en compagnie des révérends Pères Victorin Doucet et Damase La berge, o.f.m. et après avoir visité Lisieux, patrie de sa chère sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, puis Paris, Florence et Assise, il arrivait le 3 octobre à la Vielle éternelle.

Il passa deux ans au collège franciscain international de Saint-Antoine, à Rome ( 3 octobre 1930-septembre 1932 ), et deux autres années à l’Institut biblique du couvent franciscain de la Flagellation, à Jérusalem ( 29 septembre 1932 juillet 1943).

Son séjour en Italie lui permit de visiter les célèbres monuments de Rome, les sanctuaires franciscains de la vallée de Rieti et d’aviver son amour pour saint François. À la messe du jeudi saint 24 mars 1932, il eut le grand bonheur de communier la main du pape Pie XI.

Pour se rende en Palestine, il passa par la Grèce et l’Égypte. Son stage d’étude à Jérusalem lui fournit la chance inespérée de visiter les sanctuaires de la Terra Sainte et accrut son amour des Lieux Saints, de la Bible et du Christ.

Malgré les difficultés de ses études il se plaît à Jérusalem ; il lui est doux de faire, chaque vendredi, le chemin de la croix dans les rues de la Ville Sainte. « Pour moi , dit-il, c e n’est pas un chemin de croix, mais plutôt un chemin de joie ».

Il gardera un souvenir impérissable de la nuit de Noël 1932 passée à Bethléem.

Je n’oublierais jamais ma nuit de Noël à Bethléem. Je reverrai toujours cette misérable Crèche ; elle n’est plus, comme un temps de sainte Hélène, recouverte d’or ; non, on l’a dépouillée sacrilègement, mais elle plaît quand même. Je reverrai toujours on aveugle à genoux sur la pierre dure, pendant deux grosses heures, devant la Crèche. Les yeux fermés, il semblait voir. Sans repartir guéri miraculeusement, il paraissait consolé. Certes, il avait reçu des grâces spéciales. Je reverrais tous aussi mon bédouin accroupi, son foulard blanc au cou lui aussi semblait joyeux et les autres religieuses avec leurs cornettes blanches.

J’eus le bonheur de célébrer, vers une heure de l’après-midi, dans la sainte Grotte, à deux pas de la Crèche, un bon vieux prêtre à 80 ans voulait à tout prix y dire ses trois messes, car celui qui célèbre le dernier a ce privilège. Il était prêt à attendre jusqu’à huit heures du soir. On avait beau lui dire : Mais c’est trop tard pour vous, vieux », rien n’y faisait. Il voulait, je suppose, célébrer coûte que coûte son dernier Noël dans la Grotte de Bethléem » (3).

Cependant, ce séjour à l’étranger lui ménagea de cruelles épreuves, dont il sut tirer des profits spirituels, car il maintenait toujours devant lui son idéal de sainteté. Ce fut la mort de son père ( septembre 1932), puis celle de samedi (février 1034). À propos de la mort de son père. Il traça ces lignes dans son journal :

Certes, Seigneur, vous m’avez envoyé à Rome pour m’éprouver. Mais je ne vous en veux pas… Sous votre main bénissante, je m’incline. Je m’incline d’autant plus profondément que vous réalisez l’un de mes désirs les plus chers. Je désirais jamais aller en mission afin de vous offrir le sacrifice de ne pas assister mes parents à leurs derniers moments, et voilà que vous m’exaucez dans y aller au sens strict. Il m’aurait fait naturellement plaisir de bénir mon vieux père a moment où son âme prenait son essor pour l’éternité, mais vous, en avez décidé autrement, Fiat ! En retour de ce sacrifice, je vous demande, Seigneur, de le recevoir dans votre beau ciel sans passer parles flemmes du purgatoire ; au moins que son séjour n’y soit pas de longue durée (4).

Quand à la mort de sa mère, voici ce qu’il écrira beaucoup plus tard : « À la mort de ma mère en 1934, j’eus le bonheur de dire ma messe l’Ascension, sur le mont des Oliviers, à l’endroit même d’où Notre-Seigneur serait parti pour le ciel. Une pierre, marque le lieu traditionnel, épreuve et joie ! J’étais peiné de perdre ma mère, mais j’étais fier de dire ma messe enTerre Sainte » (5).

D’autres épreuves attendaient notre étudiant en sciences biblique. D’abord la maladie, à la fin de 1933, il dut passer quelque temps à l’hôpital, victime de la fièvre paludéenne, contactée lors d’une excursion scientifique qu’avait faite un groupe d’élèves autour de la mer Morte. Deux Dominicains faillirent trépasser. Le jour, les excursionnistes grimpaient les montagnes sous un soleil de feu et la nuit, ils dormaient à la belle étoile, sur la tente de l’éternel, et… sous les piqûres de « nos frères les moustiques », les effrénés semeur de la fièvre.

Le Père connut surtout « la croix de l’humiliation » : malgré un travail acharné et de ferventes prières, des insuccès, des malchances, tant à Rome qu’à Jérusalem, comptèrent parmi les plus modifiantes pénitences de sa vie. Il dut renoncer a titre de lecteur général en Écriture Sainte ( Professeur d’écriture Sainte dans tout l’Ordre franciscain ) ; il peut cependant , grâce aux démarches du T.R.P. Théoloric Paré. o.f.m., définiteur général à Rome, et canadien-français d’origine obtenir le titre de lecteur provincial en Écriture Sainte ( professeur de cette matière seulement dans la province franciscaine de Saint-Joseph du Canada ).

C’est cette dernière fonction qu’il remplit, dès sa rentrée au pays, au studium franciscain de théologie à Rosemont, Montréal. Mais il n’en s’en acquitta que durant un an. Un enseignement trop analytique, trop minutieux ; d’allure pour universitaire qu’élémentaire, s’attardant trop a fouiller une question au détriment de toutes la matière fixée par le programme scolaire, fit constater certaines déficiences pédagogiques. Et la science biblique du baiser pavillon devant les exigences impérieuse de la pédagogue.

De 1935 à 1937 le père Jules-Marie Guilbault résida à Sherbrooke, où il remplit simultanément plusieurs charges : vicaire du couvent ( c’est-à-dire assistant de supérieur ), confesseur des novices, maîtres des postulants couvers et, pendant quelques mois, vice-commissaire du Tiers-Ordre.

En mars 1937, il était assigné au sudium franciscain de Québec en qualité de directeur des clercs philosophes et professeur d’apologétique, double charge qu’il exerça durant cinq ans.

En août 1942, il revenait à Sherbrooke et y demeurait jusqu’à 1948, remplissant d’abord la fonction de gardien (supérieur) du couvent, puis celle de vicaire. Pendant l’année scolaire de 1944-1945, il donna des cours d’écriture sainte, à raison de trois par semaine, au grand séminaire de Sherbrooke.

Une opération pur un phlébite, pour la résection d,une veine d’une jambe l’obligea à passer tout le mois de mars 1947 à l’hôpital Saint Vincent de Paul , de Sherbrooke, Ce fut pour lui une cause de grand affaiblissement qui devait laisser des traces du mal, le 13 juin 1947, il écrivait à son provincial : « La santé s’abonnit lentement. Le soir, les jambes son enflées, et je ressens aux cours de la journée un petite douleur au cœur ».

Les conséquences de son opération l’immobilisèrent quelque temps, au début de son stage de gardien couvent de Québec, ( 1948-1951 ) mais s’étant senti guéri, il se donne tout entier à sa nouvelle fonction. C’est durant son supériorat qu’eurent lieu des fêtes du cinquantenaire de la fondation de ce monastère, sous la présidence du fondateur lui-même, Mgr. Ange-Marie Hiral, o.f.m. vicaire apostolique du Canal de Suez, revenue à Québec pour la circonstance, en vue d’y finir ses jours.

L’exercice de sa charge de supérieure lui était pénible, comme le révèlent ces réflexion consignées dans son journal : « Depuis que je suis Gardien du couvent de Québec ( 12 août 1948), je me sens vieillir de deux jours par jour (24 novembre 1948 ) … Être gardien du couven