Jacques-Winandy-o.s.b.
La vie érémitique
 


Note Préliminaire


Rédigé primitivement pour servir de vademecum aux ermites groupés de 1964 à 1969 dans l’Île de Vancouver (Colombie Britannique. Canada) l’opuscule qu’on va lire avait besoin d’une refonte assez complète, autant pour s’adapter `a des situations différents et diverses que pour bénéficier des expériences faites par l’auteur et par eux des chercheurs de Dieu, avec lesquels il est en relation. On a donc fait de la troisième partie. Société de solitaires, un simple appendice, et on l’a complétée par des observations destinées à en nuancer la portée. Quand au corps même de l’ouvrage, il a été revu et largement modifié, dans un souci de fidélité plus grande encore l’esprit de l’ Évangile et aux leçons de l’expérience.

La renaissance de l’érémitisme dans l’église latine, et au sein même du protestantisme constitue, dans le domaine religieux, un des phénomènes les plus remarquables de l’époque où nous vivions. Moins spectaculaire que le renouveau charismatique, elle peut néanmoins être mise en parallèle avec lui, et être regardée comme un signe au moins aussi valable de la présence de Esprit et de son action, comme une invitation qu’il semble nous adresser à mettre Dieu, aucun être de nos préoccupations`a chercher par-dessus tout la justice du Royaume.

Traduire tant bien que mal dans les mots cette action de l’Esprit qui poussa jamais Jésus au désert (Mc1,12), rappeler la manière dont la tradition monastique et l’évangile lui-même nous ont appris à lui obéir, c’est tout le dessein de ces pages. Si elles pouvaient aider les ermites ceux qui le sont de fait et ceux qui ont le désir de le devenir à répondre à l’appel qu’ils ont entendue, elles auraient attention leur but, et il ne leur resterait plus qu’a retomber dans l’oubli pour faire place à la pure réalité d’une vie toute remplie de Dieu.

«Sors de ton pays, quitte ta parenté et la maison de ton père, et va dans le pays que je te montrerai.» (Gn 12)

Cet appel adressé jamais par Dieu à Abraham prend pour certains la forme d’un appel à la solitude. C’est au plus profond du désert, ‘’ad intériora deserti ‘’ que Moise rencontre Dieu et reçoit de lui la révélation au Nom ineffable (ex 3, 1-14). C’est au désert qu’Élie perçoit la douceur de Dieu, son inaltérable patience et sa miséricorde (1R,19,4-12). C’est au désert encore que Jean Baptiste vit jusqu’au jour de sa manifestation à Israël (Lc, 1, 80). Jésus lui-même, enfin , lorsqu’il veut prier, se retire au désert ou sur la montagne, loin des foules (Mt4, 1-11 par ; Mc. 1, 35 par`Lc5,16,12; 9,18,28; Jn 6, 15).

L’attrait pour la solitude revêt our ceux qui s'y sont apelés la forme méprieuse d’une Volonté qui s’impose à ex: c'est, au sens propre du terme, un vocation. Or, qui peu trésiter à sa volonté ? ( m 9.19).

Un tel appel, toutefois, ne se révèle authentique divin que si celui qui croit l’avoir entendu devient crament ce qu’il doit être : uniquement, purement, pleinement ermite, n’ayant d’autres propres que d’habiter seul avec lui-même pour vivre à Dieu seul, ne cherchant pas de contact avec les hommes et ne se préoccupant des choses de ce monde qui passe que pour leur référence à l’éternité et pour embrasser tous les hommes dans l’ardeur d’un immense amour. La sainte Église et l’humanité tout entière, les pauvres, les persécutés, les malades, tous ceux qui souffrent, les pêcheurs, les âmes en train de se perdre, celles qui ne connaissent pas Dieu, ni Jésus-Christ, il sait en représenter constamment les besoins à Dieu, il souffre de leur souffrance, il pleure de leurs larmes ; mais il ne cherche à les atteindre directement, parce que tel n’est pas le dessein de Dieu sur lui.

L’ermite exerce au plus haut point l’apostolat du témoignage, celui qui consiste à rappeler aux hommes, sans rien leur dire, par la seule leçon de son existence, la primauté du spirituel est la grandeur du Dieu trois fois saint. Il exerce aussi l’apostolat de la prière. Mais sa vie n’est pas en ordre principal dirigée vers l’apostolat. Elle est vie avec Dieu, vie pour Dieu, vie dans la paix de Dieu. L’ermite cherche à faire de son Créateur le centre de sa pensée et de son amour. Il est celui que Dieu se réserve pour être sur la terre une parte des prémices du siècles à venir.

Il va de soi, cependant, que, comme il l’a appelé au désert, le Seigneur pourrait lui demander de retourner parmi les hommes. Mais ce n’est à qu’un simple éventualité, non le but ou une suite nécessaire de sa vocation. L’ermite doit rester disponible, prêt à entendre un appel possible, prêt à sortir de sa solitude s’il le faut ; il n’a pas à s’en préoccuper, encore moins à s’y préparer consciemment et délibérément.

La vie solitaire est faite de renoncement ; de renoncement du monde, au péché, à soi-même ; c’est là son aspect négatif ; de recherche exclusive de Dieu ; et c’est son aspect positif. L’une est fonction de l’autre : on ne renonce que pour mieux trouver Dieu, et la recherche de Dieu est seule capable de donner son vrai sens au renoncement. Si l’on ne fuyait le monde que par misanthropie, par égoïsme, par amour de sa tranquillité de ses aises, on n’aurait pas que les apparences d’une ermite. La fuite du péché, elle, s’impose de manière absolue. Mais il y a une façon de mépriser le monde ou le corps qui n’est pas saine, qui n’a pas chrétienne. Le monde racheté par Jésus-Christ demande tout notre amour ; et c’est avec respect qu’il faut traiter un corps purifiée par le baptême, nourri de l’eucharistie, sanctifié par la présence de la Trinité Sainte, et destiné à briller d’une gloire divine dans l’éternité.

Nous ne fuyons le monde que parce qu’il est, pour son malheur, immergé dans le mal (2 Jn5,19) ; nous cherchons à porter constamment dans notre corps l’État de mort de Jésus (2 Co.4,10), par ce que, ce corps, il nous fait le soumette entièrement à l’Esprit ; ce qui revient en définitive à lui restituer sa véritable nature, son parfait équilibre. Nous fuyons le monde, non par ressentiment à l’égard des hommes ou mépris des choses créées par Dieu, mais parce que les hommes et les choses sont envahis par le péché, l’erreur, l’ignorance, parce que le mondes est plein de charmes trompeurs et que, connaissant notre faiblesse nous craignons la contagion du mal et la fascination des choses vaines (Sg 4, 12). Nous, nous efforçons de mâter notre corps (1Co9,27), non pour détruire en lui quoi que ce soit de ce que Dieu y a mis de beau et de bon, mais au contraire pour le rendre à la plénitude de sa bonté et de sa beauté, dans une soumission totale aux lois inscrites dans la nature aux lois de la création.

Tout cela, seul l’Amour infini peut le réaliser en nous, dans la lumière de sa sagesse et de sa bonté. L’ermite est celui qui attend tout de Dieu. Il ne va au désert que pour se placer plus directement dans le rayonnement du foyer divin.


La mort au monde et à soi-même
La séparation du monde et la stabilité


Si «la séparation du monde, à elle seule, fait le moine » (Don Guéranger), c’est elle, à plus forte raison, qui fait l’ermite. Elle va si loin pour lui qu’elle le coupe de la société des hommes ‘’fussent-ils ses émules dans la recherche de Dieu, et qu’elle le fait vivre habituellement avec Dieu seul, n’ayant de contact avec les autres que ceux qu’imposent la nécessitée ou la charité .’’

La nécessité : Les besoins du corps en nourriture, vêtements et chauffage, les soins en cas de maladie, le travail rémunéré ; les besoin de l’âme ; réception des sacrements, demande d’avis ou de conseil, de permission s’il y a lieu ; les devoirs strict d’ordre civil et religieux.

La charité : L’accueil empressé des visiteurs qui se pensent, une aide à apporter dans le voisinage en cas de maladie, d’accident ou de sinistre, et, si l’on est prêtre, un ministère réduit et, en principe, purement occasionnel

Le seul à seul avec Dieu opère par sa continuité même et par le silence qu’il implique. C’est un état que sa grâce propre ; et celui-ci est liée à persévérance, à la stabilité. L’ermite doit s’accoutumer à rester chez lui le plus possible . ‘’Dans le silence et l’espérance sera votre force ‘’ (Is 30, 15 Vulgate) : dans le silence de la cellule, dans cette espérance bienheureuse dont parle saint Paul (Tt2.13), celle de la douce attente du Seigneur, celle de ce jour où Dieu sera tout en tous (1 Co. 15, 28). Là se trouve pour nous les secrets de la force, et c’est cette attitude fondamentale que fera de nous de vrais ermites.


Le célibat embrassé pour le royaume des cieux


Il va de soi que l’ermite renonce au mariage. Il pourra même, s’il le veut, s’y engager par vœu, à condition qu’il s’y sente porté par une impulsion intérieure dont il y a lieu de croire quelle vient de Dieu, et après qu’un temps d’essai suffisamment et prolongé aura confirmé cet appel. Le célibat est conseillé à celui qui veut être tout à Dieu : ‘’ Celui qui n’est pas marié se soucie de ce qui concerne le Seigneur ; il cherche a lui plaire. Celui qui est marié, au contraire, se préoccupe des choses de ce mode ; il cherche à plaire à sa femme, et le voilà partagé ; .. ( 1 Cor.7.32-34).

C’est là, sans doute, un charisme, un don particulier ;mais il est lié, par la force des choses, à cette motion de l’Esprit qui pusse aujourd’hui au désert tant d’hommes et de femmes. Renoncer à mariage, c’est se rendre volontairement solitaire, ‘ monachos ‘, si bien que l’érémitismes peut justement être considéré comme l’aboutissement logique sinon nécessaire, au célibat embrassé pour Dieu. L’ermite est celui qui pousse jusqu’à ses conséquences extrêmes cette forme de renoncement.

Plus qu’un simple pratique afflictive, la continence volontaire est la condition mieux voudrait dire : la conséquence, d’un plus grand amour, d’un amour trop vaste a pour accepter de s’enfermer dans le cercle étroit d’une famille, il y aurait danger à s’arrête outre mesure au refus qu’elle oppose à des pulsions qui sont parmi les plus fortes et qui, de soi, n’ont rien que de bon et de naturel ; si nous n’acceptons pas de satisfaire la nature de ce cité, ce parce que le Christ Jésus nous demande et nous facilite de don total de notre cœur et de tout nous -mêmes ; ce n’es pas par mysoginie ou par une peur sotte, irraisonnées, du sexe, encore moins par croissantes soucis de la vie familial ou pour fuir ses responsabilités. Et si la paix des sens est hautement désirable, il faut bien nous persuader que ce n’est pas pour des efforts de répression ou de refoulent qu’on l’obtient, mais par la grâce d’un cœur dilaté par la pure charité de Dieu et vivant habituellement, dan l’épanouissement d’un joie toute spirituelle. Vivire sans femme, vivre sans mari, celle n’a des sens et n’est un enrichissement que pour ceux qui ont substitué au mirage fallacieux de ce monde changeant la contemplation des choses éternelles. A ceux-là la grâce est données de progresser dans l’homme intérieur. Le Christ habite en leur cœur par la foi. Ils sont comme enracinés et fondés dans la charité. Ils pressentent quelque chose, avec les saints, de la largeur, de la longueur, de la sublimité et de la profondeur du mystère de Dieu. Ils connaissent la charité du Christ, cette charité qui pourtant passe tout conception ; et Dieu les remplit de sa propre plénitude ( cf. Ep 3. 16-19 ) . La grandeur même et l’intensité de cet amour les placent dans la condition de ces fils et de ces filles de la résurrection dont parle Jésus en saint Luc ( 230 35-36) et qui, anticipant en cela sur l’éternité, ne prennent ni femme ni mari.

Une telle consécration de l’être à Dieu ne nous interdit pas d’avoir avec les nôtres des relations normales et suivies, de leur témoigner une affection avec une totale simplicité et de leur venir en aide si besoin est. Elle ne s’oppose pas non plus, elle appelle plutôt, de grandes et profondes amitiés ; amitiés dans lesquelles la complémentarité des sexes peut jouer un rôle important. La juste prudence qu’il faut garder en pareille matière ne doit jamais dégénérer en une crainte, en un raidissement, qui ne sauraient être que dommageables à l’épanouissement total de notre être,.Si notre cœur est plein de Dieu, il s’épanchera tout naturellement en une bienveillance attentive à l’égard de tous ceux qui que nous rencontrons ; il ne craindra pas de témoigner une affectueuse tendresse a ceux ou à celle qui avec qui nous liera une communauté d’idéal dans la recherche de Dieu.


Pauvreté et Travail


Jésus a demandé à ceux qui voulaient le suivre de se défaire de leurs biens. Lui-même a choisi de se faire pauvre de riche qu’il était, afin de nous enrichir de sa pauvreté (2 Co. 8.9) Et c’est bien sa pauvreté ; à lui que nous voulons pratiquer : une pauvreté selon l’esprit, pauvreté bien réelle, mais acceptée, voulue, aimée, embrassée avec joie, avec empressement, parce qu’aucune richesse de ce monde n’est comparable à celle qui nous convoitons et que notre genre de vie nous met à même d’acquérir si nous ouvrons à elle. Une pauvreté vraie, sincère, authentique, nous est d’autant plus nécessaire que nous vivons au milieu d’un monde moins disposé à la comprendre et où tout semble se conjuguer pour pousser les hommes à se créer des besoins factices et à revendique toujours plus d’aises, de facilité et de confort.

Il ne s’agit pas cependant de nous réduire à un état de ou de nécessité extrême :

Jésus lui-même ne l’a pas fait, ce que nous voulons, c’est ce que saint Paul a appelé «la piété contente du nécessaire» (I Tm. 6,6) : une grande simplicité de vie, réduisant ses besoins au minimum dans l’habitation, la nourriture, le vêtement rejetant, donc, tout superflue. Monter, en somme, par son propre exemple, que la sage se contente de peut et qu’i l n’est pas nécessaire de posséder beaucoup pour être heureux . Ne pas chercher notre plus la facilité pour elle-même, se garder d’en faire de faire un prétexte pour se procurer tout ce qu’il a y a plus «pratique».

Éviter, enfin, d’accumuler sans raison des réserves d’argent en banque qui ailleurs et se contenter de ce qu’impose une prévoyance raisonnable, soucieuse de ne pas tomber à la charge d’autrui. Écarter, en un mot, tout ce qui pourrait nous faire passer pour riches, et tenir à ne pas l’être en effet, car nous voulons être du nombre de ceux qui renoncent à tout sur la terre pour tout acquérir dans le ciel (1) S’il est moine ou religieux, l’ermite aura à cœur de se faire contrôler par sa Supérieur dans ce domaine de la pauvreté. Il lui faudra en conséquence tenir un compte exact de ses recettes et de ses dépenses et, dans les cas importants, demander les permissions nécessaires, selon ce qui aura été prévue au départ.

La pauvreté entraîne la nécessité de gagner son pain.

Sans aller jusqu’à refuser les dons offerts spontanément, l’ermite cherchera de préférence à se procurer par son travail les ressources nécessaire à sa subsistance. S’il le peut, il travaillera de ses mains, se conformait par là à une tradition très ferme héritée de saint Paul Il se souviendra de ces paroles de l’Apôtre : ‘’ Nous vous engageons, frères, à faire encore des progrès, en mettant votre honneur à vivre calmes, à vous occuper chacun de ses affaires, à travailler de vos mains, comment nous vous l’avons ordonné. Ainsi vous mènerez une vie honorable aux yeux de ceux du dehors et vous n’aurez besoin de personne ‘’ (I Th. 4, 10-12). ‘’ Nous vous avons donné cette règle : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or nous entendons dire qu’il en est parmi vous qui vivent dans l’oisiveté, ne travaillant pas du tout, mais se mêlant de tout. Ceux-là, nous les invitons et engageons dans le Seigneur Jésus-Christ à travailler tranquillement et à manger le pain qu’ils auront eux-même gagné. ( 2 Th3,10-12.Cf.Ac.18,3; 20.33-35; Ep.4,28). Notre quiétude n’est pas oisiveté, et l’inaction pourrait avoir pour nous de fâcheuses conséquences. Le travail est facteur d’équilibre : il contribue à une croissance de l’être qui doit restent pleinement humaine et ne saurait sans dommage ignorer les réalités terrestres.

L’ermite aura naturellement à faire face de multiples petits travaux d’ordre ménager : cuisine, vaisselle, raccommodages, nettoyages, petite réparations, culture de quelques légumes etc. Il ne se dérobera pas à ces humbles tâches ; il aura, au contraire, le goût de l’ordre, de la propreté, du travail bien fait.

Le mépris des soins du corps, la négligence dans le vêtement, n’ont pas passer pour vertu, à certaines époques et dans certains milieux, que parce qu’ils constituaient une réaction, d’ailleurs mal entendue, contre un civilisation de décadence, dans la quelle le culte du corps et de la toilette avait pris une place excessive, à une époque justement soucieuse de l’hygiène comme la nôtre, ils seraient un non-sens, et mériteraient d’être blâmés.


L'ascèse corporelle


‘’ Tout athlète, dit saint Paul, se prive de tout : mais eux, c’est pour obtenir une couronne périssable, nous, une impérissable. Et c’est bien ainsi que je cours, moi, et non pas à l’aventure, c’est ainsi que je fais du pugilat, sans frapper dans le vide. Je frappe fort mon corps, au contraire, et je le traîne en esclavage, de peur qu’après avoir servi de héraut pour les autres, je ne sois moi-même disqualifiée . ( ! Co. 9,25-27)

Nous aussi, nous souhaitons d’être des athlètes du Christ ; et, comme ceux du monde, nous ne doutons pas de la nécessité de nous soumettre à un sérieux entraînement pour obtenir une «forme» parfaite et nous y maintenir. Souvenons-nous toutefois que l’ascèse chrétienne, comme d’ailleurs le culture physique des athlètes, n’est pas autre chose qu’une hygiène supérieure. On l’appel «mortification» ; mais, ce que, le met à mort, ce sont les tendances vicieuses, les instincts déréglés, les propensions malsaines ou les simples erreurs de comportements (cf. Col3, 5). Elle ne rejette ni ne condamne rien de ce qui est l’expression d’un véritable besoin, d’un nécessité naturelle. Elle en se refuse donc pas ce qu’exigent réellement la faim, la soif, le besoin de sommeil et de détente, l’infirmité ou la maladie. Elle se garde en cela de tout manichéisme (2).

Ce qu’elle combat, c’est, la gourmandise, la délicatesse excessive, la peur de l’effort. Elle coupe et retranche, mais c’est afin de réparer les dommages causés par le péché, de rétablir la nature, autant que fait se peut, dans sa pureté originelle, et de la préparer ainsi à la gloire que le retour du Christ fera briller en elle (Rm.11-25; 1 Col,15, 35-37; Col 3.4)

Pour conduire à ce but, l’ascèse traditionnelle connaît trois grands moyens :

Le jeûne, l’abstinence et les veillés nocturnes.

Parce qu’ils sont traditionnels et remontent, croit-on, aux Apôtres, ces moyens rendement une grâce qu’il ne faut espérer trouver en aucune autre pratique inventée postérieurement. De tout temps les ont répugné à l’homme «charnel » et peut-être sont-ils plus incompris que jamais à notre époque éprise confort et accoutumée à satisfaire aisément tous ses désirs. Ils gardent pourtant toute leur valeur ; et il n’est que de les employer, avec foi et amour, pour en percevoir bientôt l’efficacité. Apaisement des passions (apateia), calme, sérénité, égalité d’humeur, équilibre psychique, vision objective des êtres : ces éléments de vase de la sagesse, Dieu les donne à ceux qui savent attendre, parfois, avant de satisfaire leur faim, renoncer habituellement à l’usage de terrains aliments, interrompre leur sommeil pour le louer et l’invoquer. Ces pratiques, tous le fait, il importe de les embrasser spontanément, par conviction personnelle ou du moins désir sincère d’arriver à partager la foi de nos Pères à leur sujet ; et il importe, dans les commencements tout au moins, de se munir des conseils d’un homme expérimenté ou de ceux des diététiciens il en est un bon nombre aujourd’hui qui se trouvent d’accord en cette matière avec l’ancienne tradition ascétique. Nous ne dirons ici que quelques mots à propos de chacun des moyens en cause.


Jeûner



C’est «La palice» l’aurait dit s’abstenir de nourriture durant un temps plus ou moins long. On ne jeûne pas quand on se contente de manger moins que d’habitude, de rester sur sa faim, au petite déjeuner ou au repas du soir.

Jeûner, c’est rester complément `a jeun pendant un temps notable :

Jusqu’au soir, disait l’ancienne tradition ; ou même durant trente-six heures et davantage. Ce qui n’interdit pas de prendre de l’eau et quelques autre boisson légère si on éprouve le besoin.

Il faut noter à ce sujet que l’estomac et les autres organes de la digestion ont besoin de se reposer de temps en temps. Ayons piété d’eux. Ne les obligeons pas à travaille sans arrêt. Leur fatigue rejaillirait sur tout l’organisme. D’où la règle minium de santé qui consiste à ne pas manger entre les repas, et à prendre ces repas à heure fixe, en les espaçant suffisamment les une des autres, trois repas par jours doivent suffire à un adulte, hors le cas de convalescence après une grave maladie. Et si l’on peut arrive à se contenter de deux, ou même, de temps en temps, d’un seul repas, ce sera tant mieux. La réduction volontaire du nombre des repas, la pratique périodique d’une jeûne modéré mais sérieux, confèrent `a la longue une indépendance remarquable à l’égard de la nourriture. On apprend pas là à donner au corps ce dont il a réellement besoin et quand il en a besoin; on n’est plus l’esclave d’une faim plus imaginaire que réelle, proche parent de la gourmandise et cause, si on la satisfait, de nombreux malaises.

«Bonne est la prière qui s’accompagne de jeûne», disait l’ange Raphaël à Tobit et à son fils (Tb. 12,8 ). Et notre Seigneur : «C’est engeance (les démons) ne peut se chasser que par la prière et le jeûne» ( Mt. 9. 29 ). Jésus a jeûné longuement avant de commencer son ministère. Il a déclaré que ses disciples jeûneraient quand l’Époux aurait été enlevé (Mt. 9, 15). Ils jeûnent, en effet, en attendant son retour, ce retour qui inaugurera le festin des noces messianiques.


L'abstinence


Au sens restreint du terme, consisteà exclure de son alimentation ce que les anciens appelait la «chair», mot qui, contrairement à une interprétation trop répandue, désigne le poisson tout autant que la viande. Il s’agit donc d’observer une régime purement ou principalement végétarien. Il le sera purement si, sans parler de la viande de du poisson, on s’abstient de tout aliment d’origine animal : oeufs, lait, beurre, formage, graisse animales, extrait de viande , etc. : il le sera principalement si on ne s’interdit pas d’user de tel ou tel de ses aliments.

Un tel régime doit rester équilibrer, contenir assez de protéines pour pouvoir à la perpétuelle reconstruction de l’organisme. Il se sera aisément si on place à sa basse du pain de froment complet ou du blé sous une autre forme, du riz également complet ( riz brun), et si l’on y ajoute du fromage, des oeufs, et, avec modération, des légumineuses ; haricots, pois, lentilles, graines de soya etc. On trouve beaucoup de protéines dans les noix, noisettes, cacahuètes et autres fruits oléagineux. Quand aux fruits et les légumes, on les mangera de préférence frais, produits dans le pays et en leur saison. Ils conservent, mieux leurs vitamines s’ils sont consommées crus. Autant que possible, l’huile et les autres grasses végétales ne seront ni portées à ébullition, ni même trop réchauffées : mieux vaut les ajouter crues aux aliments déjà cuits. Il faut en tout cas éviter les fritures, qui sont de véritables poisons. D’une façon générale, préférer une cuisson lente à une cuisson trop rapide.

On veillera à ne pas abuser du sel et des condiments irritants pour l’intestin. Le sucre, de son côté, ne doit être pris que modérément, et de préférence sous forme de miel, de cassonade ou de candi. On aura soin surtout de bien mâcher la nourriture, surtout les féculents ( pain, riz, légumineuses, etc. ) qui ont besoin d’être bien imprégnés de salive pour être convenablement digérés.

Il va de soi que l’ermite s’interdira la consommation fréquente ou habituelle de boissons fortes et l’usage du tabac. Il fera bien aussi de se passer de vin et de bière, saut peut-être en certaines circonstances telles que la maladie, la réception d’un hôte ou les fêtes principales de l’Église. L’écriture, il est vrai, n’a pas prohibé le vin, elle en a même parfois fait l’éloge (Ps.104,15 ; Si 25, 27-28). Le Seigneur a peu être accusé par ses ennemis d’en prendre trop volontiers (Mt II. 19) ; il en a fourni miraculeusement aux invités des noces de Cana, et il en a fait le sacrement de son sang répandu. Mais saint Jean-Baptiste, fidèle en cela à la loi du nazarét (Nb6, 3; Jg 13,4), s’en est passé sa vie durant (Lc 1, 15 ; 7, 33) ; et ils ont suivi son exemple, ceux qui comme lui se sont retirés au désert et ont préfère aux plaisirs de la table la sobre ivresse qui vient de l’esprit.

D’aucuns s’étonneront peut-être de nous voir entrer dans de pareils détails. Tous les maîtres de l’ascèse, pourtant, à l’intérieur comment en dehors du christianisme, ont reconnu l’importance d’une alimentation simple et saine, pleinement adaptée à une vie sédentaire, paisible, et adonnée principalement aux choses de l’esprit. Notre corps et notre âme ne font qu’un. Ils ne peuvent être dissociés que dans l’abstrait et comme par un jeu de l’intelligence. Ce qui nuit à l’un fait du tort à l’autre. Ce qui maintient l’un en bonne santé contribue à garder l’autre dans un état de parfait équilibre. Pour vivre pleinement selon l’esprit, dans la proximité de Dieu, dans la paix du ciel, pour garder la lucidité du jugement, la pureté des pensées et sentiments, il faut donner au corps une nourriture qui en l’alourdisse pas (cf. Lc 21, 34 ) et n’encrasse pas l’organisme, une nourriture qui n’excite pas les passions, la nervosité, le besoin de changement et l’agitation. Et c’est là ce qu’on est en droit d’attendre du régime que nous venons d’indiquer.


Les veillées nocturnes


Les veillées nocturnes sont la troisième forme d’ascèse recommandée par la tradition.

Celle-ci pouvait, en l’occurrence, s’appuyer sur certains recommandations de notre Seigneur, en les interprétant, à vrai dire, d’une façon qu’il est permis de considérer comme trop littérale : «Veillez, car vous ne savez pas quel jour viendra votre Maître» (Mt. 24, 42). «Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation» (Mt. 24, 412). Et «Veillez et priez en tout temps» (Lc 21, 36). Et saint Paul, de sont côté, a écrit : «Vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, pour que le jour, du Seigneur vous surprenne comme un voleur. Tous, en effets, vous êtes des fils de lumière, des fils du jour. Nous n’appartenons pas à la nuit, aux ténèbres. Dès lors, ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons éveillé et sobres» (I Th 5, 4- ), Jésus a, selon saint Luc, passé des nuits entières à prier son Père (Lc6. 12).

Sans aller jusque là, on fera bien de veiller dans la prière, soit au début, soit à la fin de la nuit, mais de préférence en son milieu, en interrompant donc pour cela le sommeil, suivant cette parle du psaume : «Je me lève à minuit, te rendant grâces pour tes justes jugements» ( PS, 119, 62 ). Ce moment est tout indiqué pour la célébration des vigiles ou de l’office des lectures.

La prière nocturne est particulièrement agréable à Dieu ; elle est féconde en fruits de salut pour celui qui s’y livre, pour l’église, pour les pécheurs. Les démons la redoutent plus que toute autre.

À côté de ces trois grands moyens traditionnels, une certaine austérité marquera nécessairement le style de vie de l’ermite.

Il évitera tout ce qui sent l’amour de ses aises, et du confort, la facilité cherché pour elle-même, la satisfaction de la paresse, de la négligence, de la mollesse, de la curiosité et la fantaisie, que ce soit dans l’habitation, le mobilier, le vêtement, les objets menacées, les instrument se travail ou les lectures. Lit moelleux , fauteuils bibelots, chauffage immodéré, télévision, journaux et revues d’actualité reçus d’une façon habituelle, ne sont pas leur place dans la cellule d’un ermite.

En tout cela, cependant, on se gardera de viser à accomplir des performances, de cherche à surpasser les autres en austérité. On se souviendra que «le royaume de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, mais justice, paix et joie dans l’Esprit-Saint» (Rm. 14, 17). Il y aurait danger à faire de ces choses un sport, une sorte de jeu, ou pis encore, un sujet d’orgueil, d’ailleurs assez vain, en oubliant leur vraie nature, qui est celle de simples moyens mis au service de l’amour. Nous voulons avoir le cœur libre pour le donner tout à Dieu ; et ce pourquoi nous cherchons à soumettre entièrement le corps à l’esprit. Ce que nous faisons pour cela n’a pas d’autre raison d’être. Une austérité qui ne serais pas humble, une austérité qui se prendrai trop a sérieux, ne saurait nous faire croître en amour ; elle créerait au contraire des obstacles plus grands que ne le ferait une manière de vivre tout ordinaire et semblable, à celle tout le monde. Il y a donc une liberté du cœur qui doit s’exercer à l’égard même de ces moyens traditionnels de l’ascèse chrétienne : on les utilise parce qu’on croit à leur valeur, qui est réelle ; mais on n’en fait pas une superstition , on n’en devient pas l’esclave, on sait les laisser de côté chaque fois qu’Ils deviennent un obstacle à l’épanouissement de le profond, au règne de l’amour, du moment qui le fidélité à un engament pris n’être pas en ligne de compte.


L'obéissance


Faut-il parler d’obéissance à propos de la vie solitaire ?

Cette vertu ne suppose-t-elle pas la vie communautaire, la vie en société, et n’en est-elle pas la conséquence logique, une nécessité que cette vie implique ? Sans doute ; et elle n’a à première vue que peu d’occasions de s’exercer dans la vie de l’ermite. Aussi convent-il que celui-ci l’ai longuement pratiqué avant de se retirer dans la solitude. C’est ainsi seulement qu’il l’aura, comme dit saint Thomas, «in praeparatione animi» (Somme Théologique, IIa, IIae, qu’ 188, art, 8,ad 3m ). C’est-à-dire sous la forme d’un disponibilité telle qu’il soit prêt à la mettre en œuvre aisément, joyeusement, sans hésitation ni réticence, chaque fois qu’elle lui est demandée, Une telle disposition importe plus devant Dieu qu’une multitude d’acte d’obéissance accomplis mollement, sans conviction, pour éviter les ennuis ou les sanctions.

Mais il est une autre forme d’obéissance qui s’impose à l’ermite comme à tout chrétien :

C’est l’obéissance à Dieu, le souci pressant de conformer tout sa vie à la volonté de son Seigneur. Cette obéissance-là est le fruit direct de l’amour et se confond presque avec lui. Elle a présumé toute la vie et la mission de Jésus : «Je suis descendu du ciel, a-t-il dit, pour faire non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé» (Jn 6, 38). Elle suppose une sensibilité particulière aux mondes qui touches de l’Esprit, sensibilité qui ne s’acquiert qu’au prix d’un grand renoncement à sa volonté propre à son égoïsme, à cette soif désordonné d’indépendance qui est à l’origine de tout le mal en ce monde.

Cette obéissance n’entrave en rien le juste développement de la personnalité et le souci de penser par soi-même et de vivre selon ses convictions. Elle écarte seulement une confiance excessive en son propre jugement, une méconnaissance des limites et des faiblesses de nos raisonnements. Aussi bien, être docile à Dieu et à son Esprit, c’est se fier à une Sagesse dont on sait qu’elle ne peut ni nous tromper ni nos décevoirs, et qu’au contraire elle nous guidera sûrement vers une réalisation de nous-mêmes dont nous serions incapables autrement.

Ce que nous croyons que Dieu nous inspire le faire demande cependant à être contrôlé ; et c’est ici qu’intervient la nécessité de recourir aux avis et aux conseils d’un Père spirituel, surtout dans les débuts. C’est à lui que l’ermite soumettra sa règle de vie personnelle, à lui aussi qu’il demandera, sinon une permission au sens strict du terme ce qu’il devra faire s’il est lié par un vœu, du moins un avis formel lorsqu’il aura à prendre une décision de quelque importance.

Et tout cela, le souci dominant devra être, répétons-le, de suivre de près la volonté de Dieu. Le renoncement qui nous est demandé n’a pas d’autres sens. C’est un renoncement à l’orgueil, à l’obstination dans les idées purement personnelles et fausses, au caprice, à l’impressionnabilité , en vue de marcher sans entrave dans la voie des disciples et de parvenir à cet amour dont les intuitions et les désirs ne feront plus qu’un avec la sagesse et l’amour de notre seul Père véritable.


La vie selon l'Esprit dans le Christ Jésus


Saint Antoine enseignait à ses visiteurs à ne rien préférer à l’amour du Christ. Tel doit être aussi notre mot d’ordre, notre objectif primordia, la pensée qui dirigera toutes nos démarches, tout notre comportement.

«Tous les avantages dont j’étais pourvu, a écrit saint Paul, je les ai tenus pour un désavantage, à cause du Christ . Bien plus, je tiens tout désormais pour désavantageux au prix du gain suréminent qu’est la connaissance du Christ mon Seigneur. Pour lui j’ai accepté de tout perdre, je regarde tout comme déchets, afin de gagner le Christ et d’être trouvé en lui, n’ayant pas ma justice à moi, celle qui vient de la loi, mais la justice par la foi du Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi» (Ph3,7-9).

Si nous oubliions le Christ, si notre vie intérieure se repliait sur elle-même, si elle ne tendait qu’à une expérience du divin destinée à nous satisfaire nous-mêmes, nous ne serions plus dignes du nom de moines, ni même du nom de chrétiens.

Mais cela n‘est pas : disciples du Christ, nous en voulons connaître que Lui ; et notre propre personne, nos vertus vraies ou supposés, nos mérites, les avatars de notre vie intérieur, nous paraissent peu de chose et peu dignes d’intégrer, à côté de la personne et du mystère du Christ Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils bien-aimée du Père et son Envoyé, en qui nous avons tous les trésors de la sagesse et de la science (Col2,3), la rédemption, la rémission des péchés (Col,1,14), car il est devenu pour nous «sagesse, justice, sanctification et rédemption» (1 col1,30), c’est Lui qui nous a choisi, c’est son amour qui nous a appelés. Notre vie ne doit plus être, désormais, qu’une docilité , une disponibilité , une réponse. Aussi se fondra-t-elle tout entière sur la foi, tandis que l’espérance la tiendra tendue en avant, vers le jour où le Christ, notre vie, se manifestera, et nous avec Lui dans la gloire ( Col,3,4 ), et que la charité de Dieu répandue dans nos cœurs par l’Esprit-Saint (Rm 5,5) nos apprendra à ne plus vivre pour nous-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour nous (2 Co 5.15).

Cette même charité respecte, certes, la hiérarchie qu’établit la nature elle-même entre ceux qui sont proches de nous et ceux qui en le sont pas. Elle nous fait néanmoins aimer tous les hommes, sans distinction de race, de nationalité, de catégorie sociale ou de religion. Elle nous fait aimer jusqu’à nos ennemis. Elle nous fait aimer les hommes de l’amour même dont Dieu les aime, c’est-à-dire qu’elle leur veut du bien, leur vrai bien, non celui qu’ils prétendant trouver, trop souvent, la où il n’est pas. Elle cherche à le leur procurer effectivement chaque fois que l’occasion s’en présente, selon la mesure de ses possibilités et la nécessité où le prochain est réduit. Elle n’oublie pas cependant que son premier devoir est de rester fidèle à l’appel de Dieu, et que d’une façon habituelle, le meilleur service que l’ermite puisse rendre à l’Église et à l’humanité est de demeurer dans sa cellule, vaquant à Dieu dans le silence de la prière et l’humilité du renoncement.


La vie sacramentelle



‘’ Moine est celui qui vit séparé de tous et uni à tous ‘’ ( Evagre le Pontique, Sur la prière 124).

Séparé de tous par sa vocation est pour être tout à Dieu, l’ermite reste uni à l’Église par le fait même qu’il est membre du Christ dans son Corps mystique et désire ardemment croire en Lui (cf. Rm.12,4-5-). En lui ou vivons, en lui mourrons, en lui nous ne faisons qu’un avec tout ceux qui, comme nous, on tété baptisés en Lui confirmés en Lui, et communient dans la foi et en réalité à Son Corps et à son Sang, «La coupe de bénédiction que nos bénissons n’est-elle pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il n’y a qu’un pain, à nous tous nous ne formons qu’un corps, car tous nous avons part à ce pain unique ... (1 Co,10 16-17)

Ainsi donc, l’Eucharistie maintient et resserre constamment notre union à l’église en même temps que notre uni au Sauveur de tous, car les deux choses n’en font qu’une. Elle est le sacrement de l’unité, le lien de la charité. L’Ermite prêtre la célèbre, non pour la simple satisfaction de sa piété personnelle, mais comme ministre de l’Église et pour le salut de toute l’Église : l’ermite non prêtre y participe aussi souvent que possible, comme à un mystère d’union et d’unité. L’un et l’autre se sentent et se savent, par elle, du nombre de ces fils de Dieu dispersés que la mort de Jésus a heureusement rassemblés (Jean 11, 51-52). L’un et l’autre se savent et se veulent, quand ils la célèbrent ou y participent, solidaires de leurs frères et de leurs sœurs en Jésus-Christ. Ils épousent leurs intérêts et répandent pour eux leurs supplications devant le Maître et Seigneur de toutes choses. Avec eux ils se savent transportés en esprit, dès cette vie, et principalement par l’Eucharistie, dans le royaume du Fils bien-aimés ( Col 1,13).

Chacun aura également le souci de se purifier aussi souvent qu’il le jugera expédient de ses fautes, les récents comme les anciennes, et demandant au prêtre de son choix l’absolution sacramentelle. Contrition, componction, pénitence, désir d’expier, de satisfaire et réparer : ce sont là des composante indispensables de la crainte de Dieu. Elles donnent à la vie de l’ermite une gravité et un sérieux qui n’entament en rien sa joie intime et la paix habituelle de son âme, elle tournent souvent sa pensée vert le malheur des hommes livrées a péché; elles l’invitent à supplier fréquemment le Seigneur de les retirer de la voie de la perdition et de leur rendre ou de leur donner sa grâce.

L’onction des malades sera pour l’ermite ce qu’elle doit être : le Christ prenant en pitié nos infirmités et les guérissant s’IL le veut. La pensée de la mort dit cependant lui être habituelle et lui devenir douce. «Pour moi, la vie, c’est le Christ, et mourir, «c'est un gain» (ph1,21).

«Toujours pleins d’assurance, et sachant bien que demeurer da ce corps, c’est vivre en exil loin du Seigneur… nous préférons quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur» (2 Cor. 5,6-8)

Quant au sacerdoce ou au diaconat, l’ermite qui n’en est pas déjà revêtue ne désirera généralement pas y accéder.

L’ancienne tradition n’était pas favorable à cette promotion. Elle y voyait un danger d’élèvement, et la désirer lui semblait un manque d’humilité. A cette considération, il faut ajouter que le sacerdoce est un ministère ordonné de soi, à s’exercer activement au service d’Église. Là où ce service est déjà assuré, l’ordination d’un nouveau sujet ne peut se justifier qu’en raison de circonstance dont l’Évêque est seul juge ou d’un appel divin sérieuse, et reconnu comme tel. Elle exige, bien entendu, l’observation de tous les conditions posées par l’Église; ce qui, normalement, doit tirer l’ermite hors de sa vocation propre pour de longues années.

E principe, donc l’ermite non prêtre préférera reste dans l’État où il se trouvait quand il a entendu l’appel de Dieu ( cf,1 Co.7,17) Il se rappellera qu’il participe déjà, par le simple fait de son baptême, à un sacerdoce royal ( 1 P.2. 9 : ap. 1,6; 5,10`20,6) qui fait de toute sa vie «un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu» un véritable «culte spirituel» ( Rm. 12, 1). Et que l’Eucharistie est vraiment offerte par l’entière communauté des croyants, bien que le prêtre seul soit qualifié pour la présider let la consacrer en son nom.


La parole de Dieu, lumière et vie


«Heureux, dit le Seigneur, ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent !» (Lc, 11,28), La vie solitaire flotterait dans le vie, si Dieu ne la remplissait de sa présence. Elle succomberait à l’inanition, s’il ne la nourrissait de sa Parole, dans la prière, disaient les saints Pères, nous parlons à Dieu ; mais c’est dans l’Écriture que Dieu nous parle. Sous peine de tomber dans le sentimentalisme ou dans les faiblesses et les déviations d’une pensée tout humaine, l’ermite fera la lecture de la Bible le principal aliment de sa vie spirituelle. Plus que la satisfaction immédiate de ses goûts et la confirmation d’idées préconçues, il y cherchera la pensée de Dieu.« Vos pensées ne sont pas mes pensées », dit le Seigneur (Is 55, 8).

Et c’est pourquoi être les parties de la Bible qui semble moins propres à nourrir l’âme en seront pas négligées ; pour entrer dans la mentalité biblique et s’en imprimer profondément, il faut de toute nécessité connaître toute la Bible et s’habituer à saisir les multiples liens qui unissent entre elles toutes ses parties. C’est ainsi que dans les livres les plus récents, dans ceux du Nouveau Testament en particulier, les allusions aux textes plus anciens sont partout répandue. Découvrir ces allusions et en saisir la portes constitue sans nul doute la tâche la plus importante de ce qui veut comprendre, ici, ce qu’il lit, et en profiter pleinement. A cette fin, d’ailleurs, l’effort humain peut et droit se conjuguer très heureusement avec la docilité de la foi. De toute son âme, avec toutes les ressources de son esprit et celles qu’offre a croyant l’exégèse moderne, le lecteur de la Bible cherchera à comprendre ; et c’est de Dieu qu’il attendra la lumière, celle qui pénétrera et guidera ses propres recherches.

Il aura soin, bien entendu, de ne pas s’écarter de l’enseignement de l’Église, «colonne et supporte de la vérité» (1 Tm3,15 ). C’est, répétons-le, la pensée de Dieu qu’il faut chercher dans la Bible, on la nôtre ; et c’est le même Esprit, seul bien informé des secrets de Dieu (1 Cor.2. 11) qui éclaire l’Église comme il a inspiré les auteurs sacrés.

Il y a dans la lecture de l’ Écriture, dans la «lectio divina », comme l’appelle saint Benoît, une grâce quasi sacramentelle. Comme l’Eucharistie, comme la prière, comme la solitude et le silence, comme les divers renoncements inscrits dans la tradition apostolique, elle transforme insensiblement l’être toute entier et le divinise progressivement, amenant peu à peu l’ermite à l’état parfait de fils de Dieu, faisant passer et grandir en lui la vie de l’Esprit,

A côté de la Bible, on fera bien, surtout dans le commencement, de lire les grands auteurs spirituels et les vies des saints. On accordera cependant la préférence aux livres qui ont consigné l’enseignement et l’expérience de Pères des déserts d’orient : Apophtegmes, Vie des saint Antoine, Histoire lausiaque, Histoire des moines en Égypte de Rufin, Conférences de Cassien, Pré spirituelle, de Jean Moschos, Échelle sainte et de saint Jean Climaque, saisi qu’aux ouvrages modernes qui en ont fait l’objet de leur étude et peuvent aider à mieux les comprendre en les replaçant dans leur contexte historique.


La prière continuelle


«La fin que se propose le moine, a écrit Cassien, toute la perfection de son cœur, réside dans la continuité d’une prière ininterrompu» ( Coll, 9,2), Cassien n’était en cela que l’écho de l’Évangile : «Il leur dit une parabole sur le qu’il leur faillait toujours prier dans jamais se lasser» ( Lc 18,1) , Et Saint Paul : «Priez sans cesse» ( ! Th. 5,17).

Bossuet a pour dire avec raison que le christianisme était la religion de la prière. Il est tel parce qu’il est la religion de la foi et de la grâce, parce qu’il met à la première place l’ oeuvre de Dieu et l’homme et que, le travail de l’homme lui-même, il le regarde comme l’œuvre de Dieu agissant en l’homme et par lui. Quand on a compris combien nous sommes dépendants de Dieu, combien nous avons besoin de Lui, on ne peut plus casses de prier.

Comme faire, cependant, pour bien prier ? Que demander dans notre prière ? A vrai dire, nous ne le savons pas (cf, Rm8.26 ). Aussi le Seigneur a-t-il voulu nous l’enseigner (cf.Lc11.1) : il nous a donné le Pater, il nous a donné les Psaumes. Il nous a, surtout, donné son Esprit, qui intercède pour nous, en nous, par des gémissements ineffables ( Rm. loc. cIt ), cette prière sans paroles, explIque saint Augustin, est celle des vertus théologales mises en nos cœurs par ce même Esprit : «Par la foi, l’espérance, la charité nous prions sans cesse, dans la persévérance d’un désir ininterrompu. »

D’où il faut conclure que la prière ne saurait se réduire aux limites étroites d’un «exercice» isolé, fermé sur lui-même. ll doit être l’expression et la respiration de toute vie. Elle n’est pure, vraie, sincère, sans alliage, que si elle traduit l’ardeur d’une âme avide d’être toute à Dieu et ramenant toutes les pensées, tous ses désirs, toutes ses activités à cette fin unique. Aussi la vie érémitique, qui implique ce don total, constitue-t-elle le lieu idéal de la prière et le terrain où elle jaillit spontanément avec le plus de pureté, de force, de continuité, de simplicité.

Pour bien prier, il faut une grande humilité. Un cœur orgueilleux, épris de lui-même, ne sent pas le besoin de Dieu. On ne prie bien que du jour où l’on a compris qu’on n’est qu’un pécheur, un homme comme les autres : un «propre à rien», disait un saint ermite, et qu’on ne se regarde plus comme digne d’intéresser qui que ce soit. S’oublier soi-même, en plus se compter que pour rien, ne plus voir que Dieu, c’est déjà prier.

Si la prière ne fleurit bien qu’au désert, c’est qu’on y trouve mieux que partout ailleurs la paix et le repos de l’âme. Il fait positivement tendre à cette quiétude, à ce sait loisir, si l’on veut arriver à prier sans cesse. La prière un sommeil vigilant, un silence docile et attentif à Dieu. «Dieu, disait sainte Marguerite-Marie, fera plus vous par son amoureux silence, que par toutes les paroles que vous pourriez lui prodiguer.»

Tout ce qui est cause de trouble et d’agitation pour l’âme : bavardages, lectures inutiles et curieuses, laisser-aller de l’imagination, passions mal réprimées, ressentiments, envie, colère , impatience, désir d’être admiré ou aimé ; toute cela fait obstacle à la prière. Paix, silence , douceur, patience, humilité, charité : l’ermite demandera instamment à Dieu de faire grandir dans son cœur ces purs effets de son règne, afin que sa vocation trouve dans une oraison continuelle son plein épanouissement.

On aurait tort cependant de croire que la prière vocale, pratiquée dans une juste mesure, ne s’accorde pas avec une oraison vraiment intérieur. Nous en sommes pas de purs esprit ; notre âme ne se sanctifie pas à part : il faut que outre corps participe à notre prière, si nous voulons que notre être tout entier soit sanctifié par elle. Aussi la récitation ou le chant de l’office divin, même si l’on n’est pas tenue par la loi de l’Église, peut-il être, à ce point de vue, d’une grand fruit. Mais il y a plus. En s’unissant `a la prière de l’Église, l’ermite communie à ses intentions à des désirs, à sa foi, à son amour ; il participe aux grâces que son Époux lui prodigue, aux soins dont Il l’entoure (cf, Ep. 5. 25-32). Il pratique une charité active, dès lors que sa pensée et son intention se tournent, avec les siennes, vers l’hommage dû au Dieu Créateur et Rédempteur et vers les besoins de la communauté ecclésiale.

Pour arriver cependant à pénétrer d’oraison toute sa vie, l’ermite pourra recourir utilement à la méthode prôner jadis par les anciens Pères et devenu familière à nos frères orientaux : celle d’une rasion jaculatoire, toujours la même, indéfiniment répétée, Cassien avait suggéré d’utiliser à cette fin le premier vers de psaume 70 : «O Dieu, viens à mon secours ! Seigneur, hâte-toi de m’aider ! » (Coll, 10-10) Les Orientaux lui préfèrent ce qu’ils appellent «La prière de Jésus» imploration du sauveur dans une courte formule inspirée de l’Évangile (Cf, mt, 16, 16 ; Lc 18, 13_ «Seigneur Jésus Fils du Dieu vivant, aie pitié du pécheur que je suis» ; formule qu’il est d’ailleurs loisible d’abréger davantage encore même de réduite à l’invocation du nom de Jésus.

Il ne faudrait cependant pas croire qu’un tel procédé procure automatiquement, à lui seul, l’union à Dieu. C’est seulement un moment d’habituer nos facultés à se tourner spontanément et constamment vers le Rédempteur, dans un acte de foi indéfiniment répété en la puissance de sa grâce, dans un sentiment profond de repentir et d’abaissement.

Nous avons du reste en Occident quelque chose d’analogue dans la récitation du rosaire ou du chapelet. Cette dernière dévotion fera à la Mère de Dieu la part qui lui revient dans l’œuvre de notre sanctification et dans la prière de toute l’Église.

«Seigneur, disait l’apôtre Philippe, montre-nous le Père, et cela nous suffit. Voilà si longtemps que je suis avec vous, lui dit Jésus, et tu ne me connais pas Philippe ? Qui me voit, voit le Père » ( Jn. 14-89-). Le désir de voir Dieu est le sommet de l’ amour. « Mon âme, soupire le psalmiste, a soif de Dieu, du Dieu de vie. Quand irai-voir la face de Dieu ? » ( Ps.42,3) Or la face de Dieu se reflète sur celle du Chirsit, et «Pous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur Jésus par un regard lein de foi en sa divinité, nous sommes transformés en cette même image, de plus en plus radieuse. En effet, le Dieu qui a dit : Que du sein des ténèbres brille la lumière, est aussi celui qui a brillé dans nos cœurs, pour y faire resplendir la connaissance de la gloire divine qui est sur la face du Christ » ( 2 Co3,18 : 4,6 ).

La pratique de l’oraison peut fort bien et doit, notons-le, accompagner toutes nos occupations.

Tout le monde n’est pas portée à se livrer à de longues oraisons silencieuses, ni n’en est capable. C’est là faire de grâce personnelle. Aussi les anciens Pères conseillaient-ils de ne pas prolonger a prix d’un effort de volonté ce qu’Ils appelaient la prière pure, c’est-à-dire l’oraison silencieuse, pratiquée dans une immobilité total du corps et dans le repos des pensés. L’oraison, dit par exemple saint Benoît, doit être courte et pure, à moins que la grâce divine n’invite intérieurement à la prolonger» ( Règle, c.20) Mais il conseillaient d’unir prière et travail, pourvu que celui-ci ne soit pas trop absorbant pour l’esprit. A plus forte raison, la lecture, celle de la Bible surtout, peut-elle accompagner légitimement la prière et la soutenir efficacement. On aura pourtant le soucie de chercher fréquemment, et de plus en plus, dans le «prière pure», un contact intime avec cet Absolu que le silence quasi total ; des facultés pour faire percevoir au-dedans de soi, «Rentrer dans la profondeur», a écrit saint Jean de la Croix, se laisser couler jusque dans ce fond intime de notre être où Dieu habite et d’où rayonne sa vie en nous : C’est là le sommet et l’essence même de l’oraison. On évitera cependant d’y tendre avec trop d’empressement et d’anxiété. Y parvenir n’as pas l’affaire d’un jour, ni même de quelques mois. De toute manière, ce que Dieu attend de nous, ce sont moins des prestations purement matérielles, des «exercices» rigoureusement compartimentés et mesurés, que le don d’un cœur habituellement tourné vers lui et attendant tout de lui. L’oraison donne simplement son expression la plus haute à cette attente du Seigneur.


L'image de Dieu restaurée



La prise de possession de nos vies par Dieu, notre confirmation du Christ Jésus, ou plutôt le Christ lui-même vivant en nous l’espérance de la gloire future (cf. Col. 1, 27). C’est `a cela que nos sommes appelés et c’est ce que nous sommes venus chercher au désert : un état qui d’ailleurs reste toujours inachevé, un but qui n’est jamais atteint, car la perfection du chrétien consiste à grandir toujours davantage et à courir pour ainsi dire vers l’infinie ( Cf.Ph.3,12-14).

Les passage suivants de l’Évangile et de saint Paul nous en donneront cependant quelque idée :

«Heureux les pauvres en esprit : le royaume des Cieux est à eux.»
«Heureux les doux : Ils auront la terre en héritage.»
«Heureux les affligés : Ils seront consolés.»
«Heureux les affamés, les assoiffés de la justice : ils seront rassasiés.»
«Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde.»
«Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !»
«Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu.»
«Heureux seront qui souffrent persécutions pour la justice : le royaume de Cieux est à eux !» (Mt. 5, 3-10)

«Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en-haut, là où se trouve le Christ , assis à la droite du Dieu. Préoccupez-vous des chose d’en-haut, non de celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachés avec le Christ en Dieu. Quand le Christ paraîtra, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous paraîtrez avec lui en pleine gloire» (Col. 3, 1-4)

«La charité est longanime, la charité est serviable, elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas ; elle en fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tien pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passera jamais» (1 Co 123.4-8)

«Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi… Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit.» ( Ga, 22, 22-25 ).

Aux heures où nous sentirons notre courage faiblir, notre ferveur s’attiédir, nos espoirs de progrès près de s’écouler, relisons ces pages admirables dans lesquelles la Sagesse divine a décrit l’œuvre qu’elle entend réaliser on ceux qui répondent `a son appel. Elles seront l’aliment de notre foi, le gage de notre espérance, la joie de notre charité.


Appendice : Société de solitaires ou laure d'ermite


Selon qu’il a été entendu entre nous dès le début nous ne formons pas une communauté proprement dire, mais une simple société de solitaires, nous sommes et voulons rester véritablement ermites, aussi ermites que si chacun de nous n’avait pas de voisins menant le même genre de vie. Nous, nous sommes groupés, cependant, comme il est dit dans notre statut, pour nous défendre à la fois contre nous-mêmes, contre nos instabilités, notre volonté propre et notre faiblesse, et contre le monde indiscret et curieux. Nous voulons est espérons trouver dans ce groupement plus de sécurité et de paix ; nous comptions par ce moyen , on pas entamer ou diminuer en quoi que ce soit la pureté de notre idéal, l’intégrité de notre vocation, mais au contraire les sauvegarder plus sûrement et les fortifier.

Il importe donc, si nous voulons rester fidèles à cette formule initiale, de nous ternir en garde contre la tendance inné chez les Occidentaux à tout réglementer, uniformiser, organiser et centraliser. Le système communautaire ou cénobitique a certes ses avantages ; ils sont grands et incontestables. Mais notre vocation est autre. A vouloir consolider vie solitaire et vie communautaire, nous risquerions de ne pratiquer comme il faut ni l’une ni l’autre, et de ne plus correspondre adéquatement aux desseins de Dieu. Si l’érémitisme est une fonction nécessaire dans le Corps mystique, nous devons tenir à la pratiquer en toute vérité et sincérité. Dieu attend de nous cette intransigeance.

Ce n’est pas là de l’individualisme, car notre volonté d’être seuls ne procède pas de l’égoïsme, du désir d’échapper aux charges sociales, aux devoirs de la charité nous sommes et devons rester prêts à faire face à ces devoirs le jour où ils se présenteraient clairement à nous. Mais aussi longtemps qu’ils n’existe pas, nous ne les cherchons pas, estimant que la compagnie des hommes nous distrait de notre occupation essentielles et nous empêche de chercher Dieu purement.

Nous n’avons d’autre lien entre nous que celui d’une âme idéal. Groupés à l’intérieur de la même propriété, nous restons libres de mener notre vie érémitique selon notre attrait personnel, sous le contrôle d’un être spirituelle responsable du bon ordre et de la conduite de chacun. L’existence des uns et des autres peut donc différer notablement quant à l’horaire, les occupations, la manière de prier, les pratiques s’ascèse, etc. Le désir commun à tous d’être fidèles à l’Évangile peut ainsi se traduite sous des formes variées sans se trahir aucunement lui-même.

Le simple bons sens, toutes fois, demande que les dépenses réellement communes soient supportées par tous, et que les commandes soient groupées chaque fois que l’on peut éviter par là des sorties et courses inutiles. Il est tout aussi évident que certaines décisions, intéressant tous en chacun doivent être prise en commun. Le bon ordre exige également le contrôle d’une autorité celle de l’évêque et celle du Père spirituel qui coupe court aux fantaisies de l’individualisme et ferme la porte à tout ce qui pourrait nous égarer loin de notre propos ou bien troubler la paix de la laure et nuire à la solitude et au silence de chacune. Enfin, la nécessité où se trouverait éventuellement un de nos frères ferait naître pour les autres le devoir de l’aider en toute charité dans la mesure où ils le peuvent.« Portes les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ » ( Ga 6.2).

Notre groupement, en un mot, n’a pas été voulu pour lui-même, à cause du bien propre de la vie communautaire. Il n’emprunte à celle-ci que ce qui peut contribuer à renforcer et aider la solitude individuelle, et laisse de côté toute ce qui risquerait de la mitiger ou diminuer. On évitera donc la prôner ou de suggérer quoi que ce soit qui tendrait à introduire chez nous la vie communautaire. Chacun vivre habituellement dans sa propre cellule comme s’il était seul au monde avec Dieu ; et il respectera avec un soin égal le silence et la solitude de ses frères. C’est à ce prix seulement que nous cueillerons les fruits de notre renoncement et que nous offrions à Dieu le sacrifice d’un cœur pur.


Observations


Comme il a été dit plus haut dans la Note préliminaire, le texte qu’on vient le lire formait naguère la troisième partie d’un petit manuel alors destiné à l’usage privé. Il avait été rédigé par la perspective d’une institution qui n’ont que quelques années d’existence : celle des Ermites de S. Jean-Baptistes, dont les habitations modestes s’étaient groupées, en ordre dispersé, sur un terrain d’une quarantaine d’hectares situé en pleine forêt,`a quelques kilomètres de Courtenay, au diocèse de Victoria, Canada.

Pourquoi cette expérience ne se prolongea-t-elle pas au-delà de cinq années à peine ?

Les raisons qu’on pourrait donner de ce demi-échec sont sans doute subtiles et diverses elles ne sont pas des plus aisées à préciser. On doit reconnaître, en tout cas, que ceux d’entre nous que la formule ne satisfaisait pas aspirèrent bientôt à une solitude plus réelle et complète. D’où un certain nombres de départs. Puis ce fut, en mars 1969, la décision prise à l’unanimité de nous séparer et d’aller vivre chacun de son côté sa vocation propre, toute en gardant entre nous les liens s’ailleurs assez lâches et difficiles à préciser d’une « pio unio ».

À la lumière de cette expérience, il semble bien que le groupement en colonie de plusieurs ermites leur nombre maximum avait été fixé à douze n’est avantageux que si l’esprit qu’on a tenté de définir ci-dessus règne sans conteste parmi eux, à défaut de quoi il est inévitable que l’on retombe dans les défauts et les faiblesses inhérents à toute vie communautaire, défauts dont le moindre n’est pas de sacrifier trop souvent la personne à l’institution.

Il est incontestable, cependant, qu’une association de ce genre peut-être d’un grand secours, soit par des débutants, soit pour des hommes ou des femmes qui, par suite de circonstances extérieures ou en raison d’un handicap personnel d’ordre physique ou psychologique, seraient incapables de se suffire à eux-même et de vivre complètement seuls. Pour l’ermite, au contraire, déjà exercé, pour celui que rien d’empêche de suivre son attrait pour la solitude intégrale, mieux vaut garder sa liberté, sa légitime indépendance, et ne se rattacher à aucune autre institution que la communauté chrétienne locale, le diocèse, ou s’il est religieux, l’Ordre ou la Congrégation à laquelle il appartient, selon les modalités qu’autorise le droit actuel et dont on peut prévoir qu’elles seront les plus exactement définies paru le nouveau Code.

Cette solitude plus complète n’est pas seulement, pour l’ermite, dans la logique de sa vocation, jointe au silence qu’elle implique aussi plus complètement, elle doit normalement le rendre plus docile au souffle de l’Esprit, plus libre de suivre sa voie personnelle sans pour autant céder à la fantaisie, plus abandonnée, enfin, à la providence du Père et comptant davantage sur lui pour subvenir à tous ses besoins.

Références

1) C’est, selon S. Grégoire le Grand, ce qu’avait fait S. Benoît.
(2) S.Paul a condamné s`événement ces « meneurs» hypocrites ( qui) interdisent le mariage et l’usage d’aliments que Dieu a créée pour être pris avec action de grâce » ( I. Tm. 4, 2-3)

« Collectanea Ciaterciensia », Votre numéro d'ordre et l'année pourlaquelle vous souscrivez.

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Avec l'approbation ecclésiastique et celle des supérieurs de l'Ordre
Avec l'approbation ecclésiastique au Canada Don René Larochelle o.s.b.
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