| Le
Père de la famille franciscaine apparaît comme
l'un des cas les plus typiques de chefs spirituels; n'ayant
en effet tiré son inspiration d'aucun maître
humain, il peut à bon droit être réputé
comme le fondateur d'une spiritualité parfaitement
originale. Quand il réunit ses premiers disciples
et rédige sa première règle, il n'apporte
pour tout bagage intellectuel que les rudiments du latin
ecclésiastique et la connaissance de poèmes
en langue d'oc. Il n'a lu aucun mystique, il ignore les
Pères de l'Eglise; ses écrits ne se réfèrent
qu'à la seule Ecriture Sainte, dont il manifeste
la connaissance la plus étendue. Tout ce qu'il nous
a laissé se révèle le fruit de son
expérience intérieure et de la méditation
de l'Evangile. Il est donc indispensable de lire la vie
de saint François si l'on veut connaître sa
spiritualité ; car c'est en elle qu'on découvrira
la source non seulement de tous les écrits du Petit
Pauvre, mais encore de tout ce qu'il y a de proprement franciscain
dans les oeuvres de ses disciples. Et cette ferveur des
disciples pour un maître qui ne s'apparentait à
aucune tradition ne peut s'expliquer que par la ressemblance
de ce maître avec l'unique Maître.
Saint
François n'a pas eu besoin de livres écrits
de la main des hommes, parce que d'emblée il a trouvé
le Christ dans le livre de la Crèche et de la Croix,
et aussi dans le livre de la nature universelle rachetée
dans le sang du Christ et sanctifiée par l'incarnation
du Christ. Aussi cette adhésion directe a-t-elle
été totale: si totale que les frères
Mineurs, en contemplant cette bouleversante existence, ont
vécu l'Evangile lui-même. Loin de toutes les
considérations allégoriques et de toutes les
méthodes de contemplation, ils ont trouvé,
dans une émotion existentielle, le Christ pauvre
aux Carceri, le Christ enfant à Greccio, le Christ
crucifié sur l'Averne. Saint François n'a
donc pas seulement donné dans ses écrits spirituels
le reflet d'une pensée originale: il a renouvelé
dans les consciences qui l'entouraient le sens de l'intimité
d'amour avec Jésus, et il a de ce fait engendré
une spiritualité nouvelle, faite de spontanéité,
de tendresse, d'humanité ; cette spiritualité
où la passion pour un Dieu de chair rend toute sa
signification au Cantique des Cantiques.
Biographies
: O. ENGLEBERT, Vie de saint François d'Assise, Pion,
1947, 460 pages. G. BASTIANINI, Lorsque Dieu passe...,Vie
de saint FrançoiS" d'Assise. Editions Franciscaines,
1957, 292 pages, 35 photos. Biographie photographique HAUSER
ET VON MATT,François d'Assise, Oesclée de
Brouwer, 1952, 320 pages, 200 photos. Ecrits : Opuscules
de saint François d'Assise, texte latin et traduction
française, Editions Franciscaines, 1956, 35°
pages.Spiritualité : GEMELLI, Le Message de saint
François d'Assise au monde moderne, Lethielleux,
1935, 45° pages. Synthèse : I. GOBRY,
Saint François
d'Assise et l'Esprit franciscain,
Seuil, 1957, 192 pages, 100
Le Chant de Raymond Les métaphores morales
Sainte Marguerite de Cortone ( + 1297)
L'Exhortation du Christ La Promesse du Christ
L'oraison de Marguerite Privilège de la simplicité
Bse Angèle de Foligno ( + 1309)
le Dépouillementl'Amour du Crucifié
La certitude mystique Trois sortes d'oraison
Les sept dons de Dieu Hubertin de Casale ( + 1338)
Prière pour obtenir la grâce de la Pauvreté
.
Jean de Calvoli (début du XIVe s.)
Action et contemplation Fioretti
Du frère Bernard de Quintavalle Du frère Jean
de l'Alvernge
XVe
- XVle siècles
Sainte Catherine
de Bologne (+ 1463)
Les conditions de la communion sacramentelle Henri de Herp
(+ 1477)
L'Amour unitif Bse Battista Varani (+ 1527)
L'avertissement du Christ Prière Le temps de l'épreuve
François d'Osuna (+ 1540)
Les larmes mystiques Saint Pierre d'Alcantara ( + 1562)
Prière Méditation et contemplation Saint Pascal
Baylon ( + 1592 )
Vers Dévôts Prière avant la communion
Jean de Bonilla (fin X VIe s.)
L'abandon à Dieu Jean des Anges (+ 1609)
]ésus sera aimé jusqu'à la fin du monde
XVlle
- XVllle siècles
Barthélemy
de Saluce (+ 1617)
Dialogue mystique A la plaie du côté Laudes
spirituelles Séverin Rubéric Union à
Dieu et apostolat Benoit de Canfeld (+ 1610)
Récit de sa propre conversion Joseph du Tremblay
La pureté d'intention Yves de Paris
I'indifférence chrétienne Bernardin de Paris
(+ 1685)
Sens de la Stigmatisation Paul de Lagny ( + 1694)
Rôle de la volonté dans la vie contemplative
Hyacinthe d'Amiens
La mort mystique sur la croix Honoré de Cannes (+
1694)
Conduite dans la séchererse etles distractions Chrysostome
de Saint-Lô L'union à Jésus crucifié
Marie d'Agréda ( + 1665 )
Origine de la Cité Mystique " Bracati de Lauria
(+ 1693)
A qui est accordée la contemplation infuse ? Victorin
Aubertin
L’union à Jésus-Christ Boniface Maes
(+ 17°6)
L'ivresse spirituelle Sainte Véronique Giuliani (+
1727)
Premières révélations Le Couronnement
d'épines
La Stigmatisation Gaétan-Marie de Bergame (+ 1753)
La souffrance de Jésus Saint Léonard de Port-Maurice
(+ 1751)
Acte d'amour Bse Marie-Crescence Hôss (+ 1744)
Cantique Sens de la souffrance
Bse Marie-Madeleine Martinengo (+ 1737)
Le martyre de l'Amour Participation à la Passion
Le voeu du plus parfait Ambroise de Lombez (+ 1778)
Prière dans l'aridité spirituelle l'humble
méditation Oraison et Eucharistie Hubert Hayer (+
1780)
Comment se plaindre à Dieu Marie de la Nativité
(+ 1798) Conduite dans l'aridité spirituelle
L'apprentissage
de l'oraison
XIXe-XXe
siècles
Ludovic
de Besse (+ 1910
L'oraison de foi Eve Lavallière ( + 1929)
Lettre d'amour à Jésus - Prière Valentin-M.
Breton (+ 1957)
Plan de vie spirituelle
XIIIe XIVe SIÈCLES
Saint
François d'AssiseLe Père de la famille franciscaine
apparaît comme l'un des cas les plus typiques de chefs
spirituels; n'ayant en effet tiré son inspiration
d'aucun maître humain, il peut à bon droit
être réputé comme le fondateur d'une
spiritualité parfaitement originale. Quand il réunit
ses premiers disciples et rédige sa première
règle, il n'apporte pour tout bagage intellectuel
que les rudiments du latin ecclésiastique et la connaissance
de poèmes en langue d'oc. Il n'a lu aucun mystique,
il ignore les Pères de l'Eglise; ses écrits
ne se réfèrent qu'à la seule Ecriture
Sainte, dont il manifeste la connaissance la plus étendue.
Tout ce qu'il nous a laissé se révèle
le fruit de son expérience intérieure et de
la méditation de l'Evangile. Il est donc indispensable
de lire la vie de saint François si l'on veut connaître
sa spiritualité ; car c'est en elle qu'on découvrira
la source non seulement de tous les écrits du Petit
Pauvre, mais encore de tout ce qu'il y a de proprement franciscain
dans les oeuvres de ses disciples. Et cette ferveur des
disciples pour un maître qui ne s'apparentait à
aucune tradition ne peut s'expliquer que par la ressemblance
de ce maître avec l'unique Maître.
Saint
François n'a pas eu besoin de livres écrits
de la main des hommes, parce que d'emblée il a trouvé
le Christ dans le livre de la Crèche et de la Croix,
et aussi dans le livre de la nature universelle rachetée
dans le sang du Christ et sanctifiée par l'incarnation
du Christ. Aussi cette adhésion directe a-t-elle
été totale: si totale que les frères
Mineurs, en contemplant cette bouleversante existence, ont
vécu l'Evangile lui-même. Loin de toutes les
considérations allégoriques et de toutes les
méthodes de contemplation, ils ont trouvé,
dans une émotion existentielle, le Christ pauvre
aux Carceri, le Christ enfant à Greccio, le Christ
crucifié sur l'Averne. Saint François n'a
donc pas seulement donné dans ses écrits spirituels
le reflet d'une pensée originale: il a renouvelé
dans les consciences qui l'entouraient le sens de l'intimité
d'amour avec Jésus, et il a de ce fait engendré
une spiritualité nouvelle, faite de spontanéité,
de tendresse, d'humanité ; cette spiritualité
où la passion pour un Dieu de chair rend toute sa
signification au Cantique des Cantiques.
Biographies
: O. ENGLEBERT, Vie de saint François d'Assise, Pion,
1947, 460 pages. G. BASTIANINI, Lorsque Dieu passe...,Vie
de saint FrançoiS" d'Assise. Editions Franciscaines,
1957, 292 pages, 35 photos. Biographie photographique HAUSER
ET VON MATT,François d'Assise, Oesclée de
Brouwer, 1952, 320 pages, 200 photos. Ecrits : Opuscules
de saint François d'Assise, texte latin et traduction
française, Editions Franciscaines, 1956, 35°
pages.Spiritualité : GEMELLI, Le Message de saint
François d'Assise au monde moderne, Lethielleux,
1935, 45° pages. Synthèse : I. GOBRY,Saint François
d'Assise et l'Esprit franciscain, Seuil, 1957, 192 pages,
100
PRIÈRE
SEIGNEUR,
je vous en prie, que la force brûlante et douce de
votre amour absorbe mon âme et la retire de tout ce
qui est sous le ciel: afin que je meure par amour de votre
amour, puisque vous avez daigné mourir par amour
de mon amour .
PRIERE EN TEMPS DE MALADIE
Je te rends grâces,
Seigneur, pour toutes ces douleurs que j'éprouve
; Je te demande, ô mon Seigneur, de m'en envoyer cent
fois plus, si cela te plaît ; car j'agréerais
très volontiers que tu m'affliges sans m'épargner,
puisque l'accomplissement de ta sainte volonté est
pour moi une consolation surabondante.
ADMONITION
AUX FRÈRES
CONSIDÉRONS
attentivement, mes frères, ce que dit le Seigneur
: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous
haïssent. Car Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont
nous devons suivre les traces, a appelé ami celui
qui l'avait trahi et s'est offert de plein gré à
ceux qui le crucifiaient. Ils sont donc nos amis, tous ceux
qui nous infligent injustement tribulations et angoisses,
affronts et injures, douleurs et tourments, martyre et mort;
nous devons les aimer beaucoup, car à cause des coups
qu'ils nous portent, ils nous obtiennent la vie éternelle.
Haïssons notre corps avec ses vices et ses péchés;
en vivant charnellement, il veut nous enlever l'amour de
Notre-Seigneur Jésus-Christ et la vie éternelle,
et se perdre lui-même avec tout ce qu'il y a, dans
l'enfer. Car par notre faute nous sommes corrompus et misérables,
opposés au bien, prompts et enclins au mal ; comme
dit le Seigneur dans l'Evangile : du coeur de l'homme procèdent
et sortent pensées mauvaises, adultères, fornications,
homicides, vols, avarices, injustices, ruse, impudicité,
mauvais regards, faux témoignages, blasphèmes,
orgueil, sottise. Tous ces maux sortent du fond du coeur
et c'est là ce qui souille l'homme. Mais maintenant
que nous avons abandonné le monde, nous n'avons rien
d'autre à faire que de nous appliquer à suivre
la volonté du Seigneur et à lui plaire. Prenons
bien garde que nous ne soyons pas de cette terre du chemin,
caillouteuse ou couverte de ronces, dont le Seigneur parle
dans l'Evangile : La semence est la parole de Dieu. Celle
qui tombe au bord du chemin et est foulée aux pieds,
ce sont ceux qui entendent la parole et ne la comprennent
pas, et aussitôt le diable vient et s'empare de la
parole de Dieu qui a été semée dans
les coeurs, de peur qu'ils ne croient et soient sauvés..
Aussi,
nous les frères, laissons, comme dit le Seigneur,
les morts ensevelir leurs morts. Prenons bien soin de nous
garder de la malice et de la subtilité de Satan,
qui ne veut pas que l'homme tienne son esprit et son coeur
tournés vers le Seigneur ; il rôde et cherche
à emporter le coeur de l'homme par l'attrait de quelque
récompense ou de quelque avantage, à étouffer
dans sa mémoire la parole et les préceptes
du Seigneur; il veut aveugler le coeur de l'homme par les
affaires et les soucis du monde et s'y établir, ainsi
que le dit le Seigneur : Lorsqu'un esprit impur est sorti
d'un homme, il va par les lieux arides et secs, cherchant
du repos ; et n'en trouvant pas, il dit: Jeretournerai dans
ma maison, d'où je suis sorti. Et quand il arrive,
il la trouve vide, nettoyée et ornée. Alors
il s'en va prendre sept autres esprits plus méchants
que lui ; et il y entrent et s'y établissent ; et
le dernier état de cet homme devient pire que le
premier.
Soyons
donc tous très vigilants, pour que l'attrait d'une
récompense, d'un travail ou d'un avantage quelconque
ne nous perde pas et ne détourne pas de Dieu notre
esprit et notre coeur. Dans la Sainte Charité qu'est
Dieu, je prie tous mes frères, ministres et autres,
d'écarter tout empêchement, de rejeter tout
souci et sollicitude, et de s'employer de leur mieux en
toute manière, à servir, aimer, adorer et
honorer le Seigneur Dieu, dans la pureté du coeur
et de l'esprit; car c'est là ce qu'il cherche par-dessus
tout. Faisons lui toujours un temple et une demeure en nous,
à lui, le Seigneur tout-puissant, Père, Fils
et Saint-Esprit. C'est lui qui nous dit: Veillez donc et
priez etout temps pour que vous puissiez échapper
à tout ce qui doit arriver, et vous tenir debout
devant le Fils de l'homme. Et quand vous vous tiendrez en
priant, dites : Notre Père qui êtes aux cieux.
Adorons-le d'un coeur pur, car il faut prier toujours et
sans arrêt. Car le Père cherche de tel adorateurs:
Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, doivent l'adorer
en esprit et en vérité. Recourons à
lui comme au pasteur et au gardien de nos âmes. C'est
lui qui nous dit: Je suis le bon Pasteur, je pais mes brebis
et je donne mon âme pour mes brebis. Vous êtes
tous frères, n'appelez personne votre père
sur la terre, car vous n'avez qu'un Père qui est
dans les cieux. Ne vous appelez pas maître ; vous
n'avez qu'un Maître qui est dans les cieux, le Christ.
Tenons donc les paroles, la vie, la doctrine et le Saint
Evangile de Celui qui a daigné prier pour nous son
Père et nous révéler son Nom : Père,
j'ai fait connaître votre Nom aux hommes que vous
m'avez donnés...
ACTION
DE GRACES
TOUT-PUISSANT,
très haut, très saint et souverain Dieu, Père
saint et juste, Seigneur, Roi du ciel et de la terre, nous
te rendons grâces à cause de toi-même,
parce que par ta sainte volonté et par ton Fils unique
dans l'Esprit Saint, tu as créé toutes les
choses, spirituelles et corporelles; tu nous as faits à
ton image et ressemblance, tu nous a placés dans
le paradis; et nous, par notre faute, nous sommes tombés.
Nous te rendons grâces parce que, comme tu nous as
créés par ton Fils, ainsi par le véritable
et saint amour dont tu nous as aimés, tu as fait
naître ton Fils, vrai Dieu et vrai homme, de la glorieuse,
toujours Vierge et très bienheureuse Sainte Marie,
et par sa croix, son sang et sa mort tu as voulu nous racheter
de notre captivité. Et nous te rendons grâces
parce que ce même Fils reviendra dans la gloire de
sa majesté, pour envoyer les maudits, qui n'ont pas
fait pénitence et ne t'ont pas connu, au feu éternel,
et pour dire à tous ceux qui t'ont connu, adoré,
servi dans la pénitence: Venez, les bénis
de mon Père, recevez le Royaume qui vous a été
préparé dès l'origine du monde. Et
parce que, misérables et pécheurs que nous
sommes tous, nous ne sommes pas dignes de te nommer, nous
prions et supplions que Notre-Seigneur Jésus-Christ,
ton Fils bien-aimé, en qui tu te complais, te rende
grâces, avec le Saint-Esprit Paraclet, comme il te
plaît et comme il leur plaît, pour toutes choses,
lui qui toujours te suffit en tout et par qui tu as tant
fait pour nous. Alleluia.
Et
sa glorieuse Mère, la très bienheureuse Marie
toujours Vierge; les bienheureux Michel, Gabriel, Raphaël,
et tous les choeurs des esprits bienheureux: Séraphins,
Chérubins et Trônes, Dominations, Principautés
et Puissances, Vertus, Anges, Archanges ; les bienheureux
Jean-Baptiste, Jean l'Evangéliste, Disciples, Martyrs,
Confesseurs, Vierges; les bienheureux Elie et Enoch ; et
tous les saints qui furent, seront et sont: pour ton amour
nous les supplions humblement de rendre grâces pour
tous biens, comme il te plaît, à toi le Dieu
souverain, vivant, éternel et vrai, avec ton Fils
très cher Notre-Seigneur Jésus-Christ et le
Saint Esprit Paraclet, dans les siècles des siècles.
Amen. Alleluia.
Tous
ceux qui, dans la sainte Eglise catholique et apostolique,
veulent servir le Seigneur Dieu; tous les ordres ecclésiastiques,
prêtres, diacres, sous-diacres, acolytes, exorcistes,
lecteurs, portiers et tous les clercs; tous les religieux
et toutes les religieuses, tous les enfants et les petits,
les pauvres et les indigents, les rois et les princes, les
travailleurs, les laboureurs, les serviteurs et les maîtres;
toutes les vierges, les veuves et les épouses; les
laïcs, hommes et femmes, enfants et adolescents, jeunes
et vieux, bien portants et malades, petits et grands; tous
les peuples, races, tribus, langues; enfin toutes les nations
et tous les hommes, partout sur la terre, qui sont et seront:
humblement nous les prions et supplions, nous tous, frères
Mineurs et serviteurs inutiles, de persévérer
tous ensemble, dans la vraie foi et dans la pénitence:
car autrement nul ne peut être sauvé. Aimons-
nous tous, de tout notre coeur, de toute notre âme,
de tout notre esprit, de tout notre pouvoir et courage,
de toute notre intelligence, de toutes nos forces, de tout
notre effort, de toute notre affection, de toutes nos entrailles,
de tous nos désirs, de toutes nos volontés,
le Seigneur Dieu qui nous a donné et nous donne à
nous tous tout notre corps, toute notre âme, toute
notre vie; qui nous a créés et rachetés;
qui nous sauvera par sa seule miséricorde; qui, malgré
nos faiblesses et nos misères, nos corruptions et
nos hontes, nos ingratitudes et notre malice, ne nous a
fait et ne nous fait que du bien.
N'ayons
donc d'autre désir, d'autre volonté, d'autre
plaisir et d'autre joie que notre Créateur, Rédempteur
et Sauveur, le seul vrai Dieu, qui est le bien plénier,
entier, total, vrai et souverain ; qui seul est bon, miséricordieux,
et aimable, suave et doux; qui seul est saint, juste, vrai
et droit; qui seul est bienveillant, innocent et pur; de
qui, par qui et en qui est tout pardon, toute grâce
et toute gloire, pour tous les pénitents et tous
les justes, pour tous les bienheureux qui se réjouissent
avec lui dans le ciel. Supprimons donc tout empêchement,
toute barrière, tout écran (entre Dieu et
nous). Partout, en tout lieu, à toute heure et en
tout temps, chaque jour et sans discontinuer, tous, croyons
d'une foi véritable et humble, gardons dans notre
coeur, aimons, honorons, adorons, servons, louons et bénissons,
glorifions et surexaltons, magnifions et remercions le très
haut et souverain Dieu éternel, Trinité et
Unité, Père, Fils et Saint-Esprit, Créateur
de toutes choses, Sauveur de tous ceux qui mettent en lui
leur foi, leur espérance et leur amour; lui qui est
sans commencement et sans fin, immuable, invisible, inénarrable,
ineffable, incompréhensible, impénétrable,
béni, louable, glorieux, surexalté, sublime,
élevé, doux, aimable, délectable et
tout désirable plus que toutes choses dans les siècles
des siècles.© Traduit du latin par le P. Damien
Vorreux.o.f.m.
LOUANGES
DE DIEU
©Tu
Santi Angeli Custodi 2.jpg
saint, Seigneur
Dieu, toi seul
Tu es fort.
Tu es grand. Tu es très haut.
Tu es roi tout-puissant, ô Père saint, roi
du ciel et de la terre.
Tu es trine et un, Seigneur Dieu, tout bien.
Tu es le bien, tout le bien, le souverain bien, le Seigneur
Dieu vivant et vrai.
Tu es charité, amour,
Tu es sagesse.
Tu es humilité.
Tu es saint, Seigneur Dieu, qui fais des merveilles.
Tu es patience.
Tu es assurance.
Tu es quiétude.
Tu es joie et liesse.
Tu es justice et tempérance.
Tu es toute richesse et notre suffisance.
Tu es beauté.
Tu es calme.
Tu es notre protecteur.
Tu es gardien et défenseur.
Tu es force. Tu es rafraîchissement.
Tu es notre espérance.
Tu es notre foi.
Tu es notre grande douceur.
Tu es notre vie éternelle, grand et admirable Seigneur,
Dieu tout-puissant, miséricordieux Sauveur
CANTIQUE DES CRÉATURES
Très Haut,
tout-puissant, bon Seigneur, à toi sont les louanges,
la gloire, l'honneur et toute bénédiction;
à toi seul, Très Haut, ces hommages sont dus,
et nul homme n'est digne de te nommer. Loué sois-tu,
mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement
messire frère Soleil, qui fait le jour et par qui
tu nous éclaires ; et il est beau et rayonnant, avec
grande splendeur ; de toi, Très Haut, il porte signification.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour soeur Lune et les
étoiles : dans les cieux tu les as formées,
claires, précieuses et belles. Loué sois-tu,
mon Seigneur, pour frère Vent et pour l'air et le
nuage, et le ciel clair et tout temps, par lesquels à
tes créatures tu donnes le soutien. Loué sois-tu,
mon Seigneur, pour soeur Eau, qui est fort utile, et humble,
et précieuse et chaste. Loué sois-tu, mon
Seigneur, pour frère Feu, par qui tu éclaires
la nuit, et il est beau, et joyeux, et robuste et fort.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre maternelle
soeur la Terre, qui nous porte et nous mène, et qui
produit les fruits divers avec les fleurs colorées
et l'herbe.Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent pour ton amour, et qui subissent injustice
et tribulation ; et bienheureux ceux qui persévèrent
dans la paix, car par toi, Très Haut, ils sont couronnés
! Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre soeur la
Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper
; malheureux ceux-là seuls qui meurent en péché
mortel ; mais bienheureux ceux qui ont accompli tes très
saintes volontés, car la seconde mort ne pourra leur
nuire. Louez et bénissez mon Seigneur, et remerciez-le
et servez-le avec grande humilité.Traduit de l'ombrien
par Yvan Gobry
TESTAMENT
Le Seigneur m'a fait la grâce à moi, frère
François, de commencer ainsi à faire pénitence.
Lorsque j'étais dans le péché, il m'était
trop amer de voir les lépreux; mais le Seigneur lui-même
me conduisit parmi eux et je pratiquai la miséricorde
à leur égard. Et en les quittant, ce qui m'avait
semblé amer s'était changé pour moi
en douceur pour l'âme et pour le corps. Et ensuite,
j'attendis peu et je quittai le monde. Et le Seigneur me
donna une telle foi dans les églises, que je l'y
adorais ainsi simplement en disant: "Nous t'adorons,
ô très saint Seigneur ]ésus-Christ,
dans toutes tes églises qui sont dans le monde entier,
et nous le bénissons parce que, par ta sainte Croix,
tu as racheté le monde. Ensuite, le Seigneur me donna
tant de foi dans les prêtres qui vivent selon la forme
de la Sainte Eglise Romaine, à cause de leur Sacerdoce,
que s'ils me persécutaient, je veux avoir recours
à eux. Et quand j'aurais autant de sagesse que Salomon,
si je trouvais dans le siècle de pauvres petits prêtres,
je ne veux pas contre leur volonté prêcher
dans les paroisses où ils demeurent. Ces mêmes
prêtres, et tous les autres, je veux les craindre,
les aimer, les honorer comme mes seigneurs. Et je ne veux
point tenir compte de leurs péchés parce que
je discerne en eux le Fils de Dieu, et qu'ils sont mes Seigneurs.
Et voici pourquoi j'agis de la sorte: c'est qu'en ce monde
je ne vois rien de sensible du même Fils de Dieu très
haut, que son très saint Corps et son très
saint Sang, qu'ils reçoivent et qu'eux seuls administrent
aux autres. Ces très saints mystères, je veux
par-dessus tout les honorer et les vénérer
et les placer dans des lieux précieux. Quant aux
très saints Noms et aux paroles de l'Ecriture, partout
où je les trouverai dans des lieux inconvenants,
je veux les recueillir et je prie qu'on les recueille et
qu'on les place en un lieu convenable. Tous les théologiens
et dispensateurs des très saintes paroles de Dieu,
nous devons les honorer et les vénérer comme
étant ceux qui nous communiquent l'Esprit et la Vie.
Après que le Seigneur m'eut donné des frères,
personne ne me montrait ce que je devais faire; mais le
Très-Haut lui-même me révéla
que je devais vivre conformément au saint Evangile.
Moi, je fis écrire cette forme de vie, en peu de
mots et simplement, et le Seigneur Pape me la confirma.
Ceux qui venaient embrasser cette vie, tout ce qu'ils pouvaient
avoir, ils le donnaient aux pauvres; et ils se contentaient
d'une seule tunique rapiécée en dedans et
en dehors, avec une corde et des caleçons ; et nous
ne voulions rien posséder de plus. Nous, les clercs,
nous disions l'office comme les autres clercs ; les frères
lais disaient le Pater Noster et nous demeurions bien volontiers
dans les églises. Nous étions simples et soumis
à tous. Moi-même, de mes mains, je travaillais
et veux travailler, et je veux fermement que tous les autres
frères s'adonnent à une besogne conforme à
la bienséance; pour ceux qui ne savent pas travailler,
qu'ils apprennent, non pour le cupide désir de recevoir
le prix de leur labeur, mais pour l'exemple et pour chasser
l'oisiveté. Quand nous ne recevrons pas le prix de
notre travail, recourons à la table du Seigneur,
en demandant 'aumône de porte à porte. Le Seigneur
m'a révélé la salutation que nous devons
employer: «Que le Seigneur te donne la Paix».
Que les frères
se gardent absolument de recevoir ni églises, ni
pauvres demeures, ni rien de ce qu'on construit pour eux,
si cela n'est pas conforme à la sainte pauvreté
que nous avons promise dans la Règle, s'y faisant
toujours recevoir comme des étrangers et des pèlerins.
Je défends formellement, au nom de l'obéissance,
à tous les frères, d'oser réclamer
quelque lettre en Cour de Rome, par eux-mêmes ou par
personne interposée, pour une église ou pour
quelqu'autre lieu que ce soit, sous prétexte de prédication,
ou à cause de quelque persécution corporelle
; mais quand ils ne sont pas reçus quelque part,
qu'ils fuient autre part pour y faire pénitence avec
la bénédiction de Dieu. Et je veux absolument
obéir au Ministre Général de cette
fraternité et au gardien qu'il lui plaira de me donner
; et je veux être si bien prisonnier entre ses mains
que je ne puisse ni aller ni agir au-delà de l'obéissance
et de sa volonté, parce qu'il est mon seigneur. Et
bien que je sois simple et infirme, je veux pourtant avoir
toujours un clerc qui me dise l'office comme il est écrit
dans la Règle. Que tous les autres frères
soient aussi tenus. d'obéir à leur gardien
et de dire l'office selon la Règle... Et que les
frères ne disent pas: «C'est là une
autre Règle ». Car c'est un souvenir, une admonition,
mon testament que moi, votre tout petit frère François,
je vous adresse à vous, mes frères bénis,
pour que cette Règle que nous avons promise au Seigneur
de garder, nous l'observions plus catholiquement. Que le
Ministre Général et tous les autres ministres
et custodes soient tenus, par obéissance, de ne rien
ajouter ou retrancher à ces paroles. Qu'ils aient
toujours avec eux cet écrit joint à la Règle,
et que, dans tous les chapitres qu'ils tiennent, lorsqu'ils
lisent la Règle, qu'ils disent aussi ces paroles,
le défends formellement, au nom de l'obéissance,
à tous mes frères, clercs et laiques, d'ajouter
des gloses à la Règle ni à ces paroles,
en disant : « C'est ainsi qu'elles doivent s'entendre".
Mais comme le Seigneur m'a fait la grâce de dire et
d'écrire purement et simplement la Règle et
ces paroles, entendez-les de même simplement et sans
glose, et, avec sainte opération, observez-les jusqu'à
la fin. Traduit du latin par Ivan Gobry
Sainte
Claire d'Assise 1184-1253 La mère de toutes les Pauvres
Dames mérite certes d'être considérée
comme l'une des plus grandes mystiques de la postérité
de saint François, elle qui fut, pendant plus de
quarante ans, le partait modèle des moniales vouées
à la contemplation. Cependant, consacrée tout
entière au gouvernement de ses soeurs et à
la défense de la sainte Pauvreté, elle n'eût
guère le loisir de composer des ouvrages de spiritualité.
Les écrits qui nous restent de sainte Claire tiennent
en une cinquantaine de pages. Ce sont : la Règle
des Pauvres Dames (troisième et définitive,
la seule rédigée de ses propres mains), son
Testament, des Lettres (quatre à la bienheureuse
Agnès de Prague, une à Ermentrude de Bruges),
sa bénédiction à Agnès de Prague.
Tous ces textes sont inspirés par le plus pur esprit
franciscain; comme ceux de saint François, ils ne
se réfèrent qu'à la seule Ecriture
et visent ardemment l'imitation du Christ.
Sources
: Sainte Claire d'Assise, sa vie, par THOMAS DE CÉLANO,
ses écrits, traduction, introduction et notes du
P. DAMIEN VORREUX.Editions Franciscaines, 1953, 168 pagesBiographie
: HENRI GHÉON, Sainte Claire d'Assise Editions Franciscaines,
80 pages, 14 illustrations.
DEUXIÈME
LETTRE À AGNÈS DE PRAGUE
À
la très noble Dame Agnès, fille du Roi des
rois, servante du Seigneur des seigneurs, épouse
très digne de Jésus-Christ et parée
de ce fait du titre de reine. Claire, servante inutile et
indigne des Pauvres Dames, envoie ses salutations et lui
souhaite de vivre toujours en parfaite pauvreté.
Je rends grâces à l'auteur de la grâce,
à Celui dont proviennent tout bien et toute perfection,
de ce qu'il t'a ornée de tant de vertus et parée
de tant de perfection, au point de faire de toi une parfaite
imitatrice du Père qui est parfait, au point même
que ses yeux ne peuvent apercevoir en toi rien d'imparfait.
Cette
perfection, qui scellera ton union dans les palais des cieux
avec le Roi lui-même qui siège dans la gloire
sur un trône étoilé, a consisté
pour toi à mépriser les grandeurs d'un royaume
terrestre, à juger indignes, en comparaison, les
propositions d'un mariage avec l'empereur, à pratiquer
la très sainte pauvreté en esprit de grande
humilité, et à mettre tout ton amour à
suivre les traces de Celui aux noces duquel tu as mérité
d'être conviée. Mais, comme je te sais parée
de vertus, je ne veux pas t'importuner en t'accablant de
louanges superflues, bien que rien, à mes yeux, ne
soit superflu si tu peux en tirer quelque consolation. Or
donc, puisqu'une seule chose est nécessaire, je m'y
bornerai et t'y exhorterai pour l'amour de Celui à
qui tu t'es offerte comme une hostie sainte et agréable:
souviens-toi de ta vocation et, comme une seconde Rachel,
remets-toi toujours en mémoire les principes de base
qui te font agir; ce que tu as acquis, conserve-le soigneusement;
ce que tu fais, fais-le bien; ne recule jamais, hâte-toi
au contraire et cours d'un pas léger, sans te heurter
aux pierres du chemin, sans même soulever la poussière
du chemin, va confiante, allègre et joyeuse; avance
avec précaution cependant sur le chemin du bonheur,
ne te fie à personne, ne te laisse séduire
par rien de ce qui pourrait te détourner du but ou
entraver ta course. Il faut que tu t'acquittes de tes promesses
au Très-Haut dans l'état même de perfection
où l'Esprit du Seigneur t'a appelée. Pour
marcher avec plus de sécurité dans la voie
des commandements du Seigneur, suis les conseils de notre
très révérend Père, le frère
Elie, Ministre Général, place-les avant tous
les autres conseils qu'on te donnera et considère-les
comme plus précieux pour toi que tout autre don.
Et si quelqu'un te dit ou te suggère d'autres initiatives
contraires à notre état de perfection ou opposées
à notre divine vocation, ne suis pas ses conseils
même s'ils proviennent d'un personnage haut placé
; c'est au Christ pauvre que, vierge pauvre, tu dois rester
attachée.
Vois
comme il s'est rendu, pour toi, objet de mépris,
et suis-le en te faisant, toi aussi, par amour pour lui,
objet de mépris pour le monde. Regarde, contemple
ton époux, lui le plus beau des enfants des hommes
qui est devenu, pour te sauver le dernier des humains, méprisé,
frappé, déchiré à coups de fouets,
mourant enfin sur la croix dans les pires douleurs ; n'aie
d'autre désir, illustre reine, que de l'imiter !
Si tu souffres avec lui, tu règneras avec lui; si
tu pleures avec lui, tu partageras sa joie; si tu meurs
avec lui au milieu des tortures de la croix, tu iras prendre
possession des demeures célestes dans la splendeur
des saints, ton nom sera inscrit au livre de vie et deviendra
glorieux parmi les hommes, tu participeras pour toujours
et dans l'éternité à la gloire du Royaume
des cieux pour avoir abandonné des biens terrestres
et éphémères, et tu vivras dans les
siècles des siècles. Adieu, ma soeur et dame
bien-aimée, adieu dans le Seigneur ton époux;
n'oublie pas de nous recommander au Seigneur dans tes ferventes
prières, mes soeurs et moi qui sommes si heureuses
de tout le bien que le Seigneur, par sa grâce, opère
en toi. Recommande-nous aussi instamment aux prières
de tes soeurs. Adieu !
TROISIÈME
LETTRE A AGNÈS DE PRAGUE
À
sa Dame très honorée dans le Christ et à
sa soeur tendrement aimée. Agnès, soeur de
l'illustre roi de Bohême, mais surtout soeur et épouse
du souverain Roi des cieux. Claire, très humble et
indigne servante du Christ et des Pauvres Dames, souhaite
la joie du salut dans l'Auteur de salut, et tout ce qu'on
peut désirer de meilleur ! Les heureuses nouvelles
que je reçois concernant ton épanouissement
spirituel et tes progrès pleins de promesses dans
la course que tu as entreprise pour conquérir la
récompense des cieux, me remplissent d'une joie dans
le Seigneur et d'une allégresse d'autant plus intenses
que j'y vois un merveilleux complément de la bien
piètre imitation que mes soeurs et moi essayons de
réaliser du Christ pauvre et humble... Toi qui es
ma Dame bien-aimée dans le Christ, la joie des anges
et la couronne de tes soeurs, place ton esprit devant le
miroir de l'éternité, laisse ton âme
baigner dans la splendeur de la Gloire, viens-toi de coeur
à Celui qui est l'incarnation de l'essence divine
et, grâce à cette contemplation, transforme-toi
tout entière à l'image de sa divinité.
Tu arriveras ainsi à ressentir ce que seuls perçoivent
ses amis; tu goûteras la douceur cachée que
Dieu lui-même a, dès le commencement, réservée
à ceux qui l'aiment. Sans accorder même regard
à toutes les séductions trompeuses par lesquelles
le monde enchaîne les pauvres aveugles qui s'attachent
à lui, aime donc de tout ton être Celui qui,
par amour pour toi, s'est donné tout entier, lui
dont le soleil et la lune admirent la beauté, lui
qui prodigue des récompenses dont l'ampleur et la
valeur sont sans bornes. Je veux parler du Fils du Très-Haut
que la Vierge enfante sans cesser d'être vierge. Attache-toi
à sa très douce Mère qui a conçu
et porté dans son sein virginal Celui que les cieux
ne peuvent contenir.
Comment
ne pas se détourner avec horreur de l'ennemi du genre
humain et de ses ruses ? Il fait miroiter à nos yeux
le prestige de gloires éphémères pourtant
bien trompeuses, et s'efforce, par là, de réduire
à néant ce qui est plus grand que le ciel.
Car l'âme d'un fidèle, qui est la plus digne
de toutes les créatures, est évidemment rendue
par la grâce de Dieu plus grande que le ciel : ce
Créateur que les cieux immenses et toutes les autres
créatures ne peuvent contenir, l'âme du fidèle
à elle seule devient son séjour et sa demeure
; il suffit pour cela de posséder la charité.
Celui qui est la vérité même en témoigne
: Celui qui m'aime, mon Père l'aimera ; moi aussi
je l'aimerai et nous viendrons à lui et nous ferons
en lui notre demeure. De même que la glorieuse Vierge
des vierges l'a porté matériellement, de même
toi tu pourras toujours le porter spirituellement dans ton
corps chaste et virginal si tu suis ses traces, et particulièrement
son humilité et sa pauvreté ; tu pourras contenir
en toi Celui qui te contient, toi et tout l'univers; tu
le possèderas de façon bien plus réelle
et définitive que tu ne pourrais posséder
les biens périssables de ce monde. Beaucoup de rois
et de reines de ce monde, dont l'orgueil voudrait s'élever
jusqu'au ciel, jusqu'à toucher de la tête le
firmament, se laissent au contraire abuser et séduire;
ils finiront bien pourtant par être réduits
en pourriture .... Et je te demande dans le Seigneur de
vivre pour le louer, de rendre raisonnables les hommages
que tu lui rends, et de toujours assaisonner ton sacrifice
du sel de la sagesse. Je te souhaite une aussi bonne santé
que je puis le désirer pour moi-même. Dans
tes prières souviens-toi de mes soeurs et de moi.Traduit
du latin par le P. Damien Vorreux
B.
Léon d'Assise 1271
Un érudit
franciscain, le Père Ferdinand Delorme, découvrait
en 1922 à la bibliothèque de Pérouse
un manuscrit intitulé : Legenda antiqua sancti Francisci,
dont l'examen critique permit d'affirmer qu'il s'agissait
d'un écrit copié sur le manuscrit primitif
du frère Léon. Nous sommes donc en présence
d'un témoignage direct, dû au compagnon le
plus intime de saint François. Léon, Il la
petite brebis de Dieu il était en effet le confesseur
et le secrétaire du saint. Il vécut auprès
de lui jusqu'à l'heure de sa mort, et c'est lui qui
fut chargé par le Père agonisant de chanter
une dernière fois, avec le frère Ange, le
Cantique des Créatures; seul il assista à
la stigmatisation, seul il reçut de saint François
une bénédiction autographe, à lui dédiée
nominalement. Aussi fut-il considéré par la
première génération des disciples comme
leur porte-parole autorisé lorsqu'il fallut rappeler
les pieux souvenirs ou défendre l'idéal oublié.
Quand le général Crescent de esi réclama
à Celano, en 1244, une seconde Vie de saint François,
il demanda en même temps aux premiers frères
de lui fournir une documentation inédite. Les frères
Léon, Ange et Rutin ( « les trois compagnons
I! ) furent désignés pour ce travail, mais
ce fut Léon qui rédigea les souvenirs mis
en commun. Si ce gros et précieux document n'a pas
subsisté, il a été utilisé non
seulement par Celano, mais encore par les auteurs des compilations
postérieures, dont les plus célèbres
sont la Légende des trois compagnons et le Miroir
de la Perfection. Enfin, il faut penser que c'est encore
le frère Léon qui a recueilli et publié
les Propos du frère Gilles.
Oeuvres
: Saint François raconté par ses premiers
compagnons, traduction française de la « Legenda
Antiqua I! par l'abbé M. J. FAGOT, Edit. Franciscaines,
1946, 206 pages. La Légende des Trois compagnons;
traduction française par l'abbé L. PICHARD,
L'Artisan du Livre, 1926, 238 pages.
DÉVOTION
DE SAINT FRANÇOIS A LA PASSION DU CHRIST
Le
bienheureux François souffrit pendant longtemps,
et jusqu'à sa mort, du foie, de la rate et de l'estomac.
De plus, au cours du voyage qu'il fit outre-mer pour prêcher
au sultan de Babylone et d'Egypte, il contracta une très
grave maladie d'yeux causée par la fatigue et surtout
par l'excessive chaleur qu'il eut à supporter à
l'aller et au retour. Malgré les prières de
ses frères et de beaucoup d'autres hommes émus
de compassion et de pitié, il ne se souciait pas
de soigner ces maladies, à cause de l'amour ardent
qui remplissait son âme depuis sa conversion au Christ.
Le charme puissant et la pitié qu'il éprouvait
à contempler chaque jour l'humilité manifestée
par le Fils de Dieu changeaient pour lui en douceur ce qui
était amertume pour son corps. Les douleurs et les
humiliations endurées par le Christ pour nous lui
étaient un perpétuel sujet d'affliction et
une cause de mortifications extérieures et intérieures
; aussi n'avait-il nul souci de ses propres souffrances.
Un jour, c'était peu d'années après
sa conversion, il suivait seul la route qui passe près
de Sainte-Marie-de-la-Portioncule et, tout en marchant,
il se lamentait et gémissait à haute voix.
Un homme spirituel, que nous connaissons bien et qui nous
a rapporté le fait, le rencontra alors. Cet homme
avait témoigné au saint beaucoup de bonté
et l'avait consolé avant qu'il eût un seul
frère, comme il continua d'ailleurs de le faire par
la suite. Et il lui dit: " Qu'as-tu donc, mon frère
? " Il pensait en effet qu'il souffrait de quelque
infirmité. Le bienheureux répondit: "
Je devrais parcourir le monde entier, pleurant et gémissant
ainsi sur la Passion de mon Seigneur ". Et cet homme
se mit à se lamenter avec lui et à verser
d'abondantes larmes.
QUE
LES PRIÈRES ET PÉNITENCES
II disait aussi:
" Nombreux sont les frères qui mettent, jour
et nuit, tout leur zèle et leur soin à acquérir
la science, abandonnant ainsi leur sainte vocation et la
prière dévote. Et quand ils ont prêché
à quelques hommes ou au peuple, et qu'ils voient
ou apprennent que certains ont été édifiés
ou se sont convertis à la pénitence, ils s'enflent
et s'enorgueillissent des oeuvres et du gain d'autrui. Car
ceux qu'ils croient avoir édifiés ou convertis
à la pénitence par leurs discours, c'est Dieu
qui les édifie ou les convertit, à cause des
prières des saints frères qui, eux, n'en savent
rien; Dieu le veut ainsi, de peur que ce ne soit pour eux
un sujet d'orgueil.
Ces
frères sont mes chevaliers de la Table Ronde qui
se cachent dans les lieux déserts et retirés
pour vaquer plus diligemment à la prière et
à la méditation, pour pleurer leurs péchés
et ceux d'autrui. Leur sainteté est connue de Dieu,
mais ignorée le plus souvent des frères et
des hommes. Et quand leurs âmes seront présentées
par les anges au Seigneur, il leur montrera le fruit et
la récompense de leurs peines, c'est-à-dire
nombre d'âmes sauvées par leurs prières.
Alors il leur dira: " Mes Fils, voici les âmes
sauvées par vos prières et parce que vous
avez été fidèles dans les petites choses,
je vous établirai sur de grandes. Le bienheureux
François expliquait ainsi le texte: Tandis que la
femme stérile a mis au monde beaucoup d'enfants,
celle qui avait beaucoup de fils fut frappée d'impuissance.
La femme stérile, disait-il, c'est le bon religieux
qui, par ses saintes prières et ses vertus, se sanctifie
et édifie les autres. Il répétait souvent
cette parole dans ses entretiens avec les frères
et surtout au chapitre de Sainte-Marie-de-la-Portioncule,
devant les ministres et les autres religieux. Il formait
ainsi ceux qui étaient ministres ou prédicateurs
à l'exercice des bonnes oeuvres. Il leur disait que
leur charge ou leur office de prédicateur ne devait
pas leur faire du tout abandonner la sainte et dévote
prière; qu'ils devaient mendier et travailler manuellement
comme les autres frères pour le bon exemple et pour
le profit de leurs âmes et de celles d'autrui. Il
ajoutait: " Les frères qui sont sous votre obédience
sont très édifiés de voir leurs ministres
et leurs prédicateurs s'adonner de plein gré
à la prière, s'abaisser et s'humilier. "
Et lui, fidèle zélateur du Christ, il accomplit
lui-même, tant qu'il fut en santé, ce qu'il
prêchait aux autresTraduit du latin par l'abbé
Fagot
B.
Gilles d'Assise 1261
Le bienheureux
Gilles, qui fut l'un des tout premiers compagnons de saint
François, fait partie de cette génération
primitive des frères Mineurs, bohême, tendre,
apte à la contemplation et à la prédication
avec une égale aisance. Spirituel aux différents
sens du mot, le frère Gilles, que l'histoire nous
montre d'abord comme un timide jeune homme, semble avoir
acquis avec l'âge un solide aplomb, qui se révéla
par un franc parler vite célèbre. Ses propos,
recueillis par ses compagnons (le frère Léon
d'abord, puis les frères Jean et Gratien) constituèrent
finalement dix-huit chapitres annexés aux Fioretti,
après la Vie du Bienheureux Gilles elle-même
remaniée d'après le récit primitif
du frère Léon. de tout bien. La prière
illumine l'âme, et par elle l'âme discerne le
bien du mal. Tous les hommes pécheurs devraient faire
cette prière continuellement tous les jours, en ferveur
de coeur, c'est-à-dire prier Dieu humblement de leur
donner une parfaite connaissance de leur propre misère,
de leurs péchés et des bienfaits qu'ils ont
reçus et qu'ils reçoivent de lui, le Dieu
bon.
Mais
l'homme qui ne sait pas prier, comment pourrait-il connaître
Dieu ?
Tous
ceux qui doivent être sauvés, s'ils sont gens
qui jouissent de l'intelligence, il est nécessaire
qu'ils se convertissent finalement à la sainte prière.
Un frère dit au frère Gilles: " Père,
il me semble que l'homme devrait éprouver une grande
douleur et un grand regret, quand il ne peut avoir la grâce
de la dévotion dans sa prière ". Frère
Gilles lui répondit: " Mon frère, je
te conseille de faire ton affaire tout doucement, car si
tu avais un peu de bon vin dans un tonneau où, sous
ce bon vin, il y aurait encore de la lie, il est bien certain
que tu ne voudrais ni heurter ni agiter ce tonneau, pour
ne pas mélanger le bon vin et la lie. Et je te dis
de même que, tant que la prière ne sera pas
séparée de toute concupiscence vicieuse et
charnelle, elle ne recevra pas de consolation divine; car
elle n'est pas pure devant Dieu, cette prière qui
est mélangée avec la lie de la sensualité.
Et par suite l'homme doit s'efforcer, autant qu'il le peut,
de se débarrasser de toute la lie de la concupiscence,
pour que sa prière soit pure devant Dieu, et pour
qu'il reçoive d'elle la consolation divine ».
Un
frère dit au frère Gilles: Père, j'ai
vu des hommes qui ont reçu dans leur prière
la grâce de la dévotion et des larmes, et moi
je ne puis sentir aucune de ces grâces quand j'adore
Dieu ». Frère Gilles lui répondit: «
Mon frère, je te conseille de travailler humblement
et fidèlement dans ta prière; car on ne peut
avoir les fruits de la terre sans fatigue et sans y mettre
d'abord son travail; et encore après le travail les
fruits désirés ne se produisent pas immédiatement,
tant que ne sont pas venus le temps et la saison; et de
même Dieu ne donne pas immédiatement à
l'homme ces grâces dans la prière tant que
n'est pas venu le temps convenable et tant que l'esprit
n'est pas purifié de toute vicieuse affection charnelle.
Donc, mon frère, travaille doucement et humblement
dans ta prière; car Dieu, qui est toute bonté
et affabilité et qui connaît et discerne ce
qu'il y a de meilleur en chaque chose, te donnera dans sa
bienveillance beaucoup de fruits de consolation, quand seront
venus le temps et la saison. "
Un
frère interrogea le frère Gilles en lui disant
: Père, quel remède dois-je prendre pour pouvoir
m'adonner à la prière plus volontiers, avec
plus de désir et plus de ferveur ? Car quand je veux
m'adonner à la prière, je suis endurci, paresseux,
aride et sans dévotion. "Frère Gilles
lui répondit en ces termes: Un roi a deux serviteurs;
l'un a des armes pour pouvoir combattre et l'autre n'a aucune
armure; tous les deux veulent entrer dans la bataille pour
combattre contre les ennemis du roi. Celui qui est armé
entre dans la bataille et combat vaillamment; mais l'autre
qui est désarmé dit à son Seigneur:
Mon Seigneur, tu vois que je suis nu et sans armes, mais
par amour pour toi, je veux entrer volontiers dans la bataille
et combattre, désarmé comme je le suis ».
Alors, le bon roi, voyant l'amour de son fidèle serviteur,
dit à ses ministres. Allez avec ce mien serviteur
et revêtez-le de toutes ces armes qui lui sont nécessaires
pour pouvoir combattre, afin qu'il puisse entrer ensécurité
dans la bataille, et marquez toutes les armes de mon sceau
royal, afin qu'on le reconnaisse pour mon fidèle
chevalier. " Et c'est ainsi qu'il arrive souvent à
l'homme quand il va prier, c'est-à-dire qu'il se
trouve sans dévotion, paresseux et l'âme endurcie;
mais pourtant il fait effort et, pour l'amour du Seigneur,
il entre dans la bataille de la prière; et alors
notre Roi et Seigneur, plein de bénignité,
voyant l'effort de son chevalier, lui donne, par les mains
de ses ministres les anges, la dévotion, la ferveur
et la bonne volonté. » Traduction d'A. Massero
B. Jean Parenti
1232
Le Sacrum
Commercium, ou Mariage mystique, est un opuscule écrit
en 1227, donc pendant l'année qui suivit la mort
de saint François ; c'est dire qu'il s'agit là
d'un monument tout à fait primitif de la spiritualité
franciscaine. Il célèbre, dans le style galant
des troubadours - rehaussé par l'interprétation
allégorique de l'Ecriture - l'union contractée
entre saint François et Dame Pauvreté. Il
exerça une influence sur de nombreux écrivains
postérieurs, parmi lesquels Hubertin de Casale. On
ne sait pas exactement qui rédigea cet ouvrage. On
l'a attribué tantôt à saint Antoine
de Padoue, tantôt à tel ou tel général
de l'Ordre. L'opinion la plus vraisemblable est celle du
savant P. Edouard d'Alençon, qui estime que l'auteur
du Sacrum Commercium est Jean Parenti. Celui-ci, juriste
florentin, gouverna l'ordre de 1227 à 1232, c'est-à-dire
entre les deux généralats d'Elie. Il fut un
homme pieux et ardemment zélé pour l'esprit
de saint François Bibliographie : Les Noces mystiques
du bienheureux François d'Assise avec Madame la Pauvreté,
traduction et introduction du Père UBALD D'ALENÇON,
Librairie Saint
François, 1913, XXI I80 pages.
PRIÈRE DES FRÈRES MINEURS A DAME PAUVRETE
Nous
venons à toi, ô notre Souveraine, et nous te
supplions de nous recevoir dans la paix. Nous aspirons à
devenir les serviteurs du Seigneur des vertus, car il est
le Roi de Gloire. Nous avons ouï dire que tu es la
Reine des vertus, et nous l'avons appris par expérience.
C'est pourquoi, prosternés à tes pieds, nous
t'implorons humblement, pour que tu daignes être avec
nous et que tu sois pour nous la voie qui conduit au Roi
de Gloire; tu as été pour lui cette voie lorsqu'il
a consenti à visiter, venant d'en haut, ceux qui
sont assis dans les ténèbres et à l'ombre
de la mort. Nous le savons, à toi est la puissance,
à toi la royauté; au-dessus de toutes les
vertus, tu es établie par le roi des rois, Reine
et souveraine. Fais seulement la paix avec nous et nous
serons sauvés: par toi nous recevra celui qui par
toi nous a achetés. Si tu décrètes
notre salut, nous serons aussitôt délivrés.
Car le Roi des Rois, lui-même, le Seigneur des Seigneurs,
le créateur du ciel et de la terre, s'est épris
de ta beauté et de ton charme. Alors que ce Roi était
dans sa propre intimité, riche et glorieux dans son
Royaume, il a laissé sa demeure et abandonné
son héritage: car la gloire et les richesses sont
dans sa maison ; mais quittant son trône royal, il
t'a recherchée dans tout l'éclat de sa dignité.
Ta propre dignité est donc grande et ton élévation
incomparable puisque, délaissant les ordres des anges
et l'immensité des vertus dont la foule remplissait
le ciel, il vint te chercher dans la région la plus
vile de la terre, là où tu gisais, dans la
boue et l'ordure, dans les ténèbres et l'ombre
de la mort. Tu étais une abjection parmi tous les
vivants ; tous te fuyaient et, autant qu'il leur était
possible, ils t'échappaient. Sans doute certains
ne pouvaient complètement te fuir, mais tu ne leur
étais pas moins odieuse et haïssable.
Mais
quand le souverain Dominateur fut venu, et t'eut assumée,
il exalta ton visage parmi les tribus et les peuples, te
ceignit d'une couronne comme son épouse et t'éleva
à une hauteur supérieure aux nuages... Ainsi
devenu amoureux de ta beauté, le Fils du Père
très-haut, s'unissant à toi seule en ce monde,
te trouva fidèle entre toutes. Avant sa venue de
sa lumineuse Patrie à la terre, tu lui as préparé
un lieu convenable, un trône sur lequel il put s'asseoir
et un lit où il put trouver le repos, c'est-à-dire
une Vierge parfaitement pauvre... A la fin, quand il partit
pour le ciel, il te laissa le signe du Royaume des Cieux
pour en marquer les élus : de sorte que vienne à
toi quiconque soupire après l'éternel royaume,
que c'est à toi qu'il le demande et par toi qu'il
y entre. Car personne ne peut entrer dans le Royaume s'il
n'est marqué de ton signe. Aie donc pitié
de nous, ô notre Dame, et marque-nous du signe de
ta grâce. Qui peut être assez stupide et assez
insensé pour ne pas t'aimer de tout son coeur, toi
qui, de toute éternité, a été
choisie et préparée par le Très-Haut
? Qui ne t'honorerait et ne te vénèrerait,
quand celui qu'adorent toutes les vertus des cieux t'a revêtue
d'un tel honneur ? Qui n'adorerait volontiers les traces
de tes pas, toi devant qui s'est incliné si humblement
le Seigneur de majesté, toi à qui il s'est
uni si intimement, toi à qui il a adhéré
par une si brûlante charité ? Nous t'en supplions,
par Lui et pour Lui, ô notre Dame, ne méprise
pas nos supplications dans nos nécessités,
mais délivre-nous toujours dans les périls,
ô glorieuse et éternellement bénie !
Traduit du latin par Ivan Gobry
B.
Thomas de Celano v. 1190-v.1260
Thomas de Celano, qui jouit dans sa patrie du culte réservé
aux bienheureux, reçut l'habit de frère Mineur
des mains de saint François lui-même, en 1215.
Il fut l'un de ceux qui implantèrent l'Ordre franciscain
en Allemagne. Après la mort et la canonisation du
fondateur, il fut chargé par le Pape Grégoire
IX d'écrire sa vie (1228) ,. une vingtaine d'années
plus tard, le ministre général Crescent de
]esi lui demanda une nouvelle rédaction. De là
les deux biographies de saint François, intitulées
désormais Vita Prima et Vita Secunda. Il composa
plus tard le Traité des Miracles ( opérés
par saint François) et, sur l'ordre du Pape Alexandre
IV, une Vie de Sainte Claire (1255). Il mourut chez les
clarisses de Saint-]ean de Varro dont il était devenu
le directeur spirituel. Poète de talent, on lui doit
aussi la séquence Dies Irae.
Oeuvre
: Vie de Saint François (Vita prima et Vita secunda),
traduction, introduction et notes du P. DAMIEN VORREUX,
Editions Franciscaines, 1952, 426 pages. Sainte Claire J'Assise,
sa vie par THOMAS DE CELANO, traduction, introduction et
notes du P. DAMIEN VORREUX, Editions Franciscaines, 195
3, 168 pages.
LA PRIÈRE
DE SAINT FRANÇOIS
L
'HOMME de Dieu, que son corps contraignait à cheminer
en pèlerin loin du Seigneur, s'efforçait de
maintenir toujours au moins son esprit dans le ciel en présence
de Dieu dont le séparait la seule cloison de la chair
; il était déjà concitoyen des anges.
Toute son âme avait soif du Christ ; au Christ il
vouait tout son coeur et tout son corps. Des merveilles
de son oraison, nous allons dire ici quelques mots, du moins
ce que nous avons vu de nos yeux et pour autant qu'il est
possible de le transmettre; que ce soit un exemple imité
par ceux qui viendront après nous. Tout son temps
était consacré à l'élévation
de son âme, il gravait dans son coeur les enseignements
de la sagesse et n'avait qu'une peur, c'était de
reculer s'il ne progressait plus.
Si
les visites de séculiers ou des affaires à
régler s'imposaient à lui, il coupait les
entretiens de façon abrupte plutôt que d'en
attendre l'aboutissement et se replongeait dans le recueillement.
Le monde n'avait plus aucune saveur pour lui qui avait part
aux douceurs du Ciel, et son goût affiné par
les délicatesses divines ne pouvait plus supporter
les grossières joies humaines. Pour s'unir à
Dieu de toute son âme et pour y faire participer aussi
plus facilement tout son corps, il cherchait la solitude.
Surpris en public par une visite du Seigneur, il faisait
de son manteau sa cellule et plus d'une fois, faute de manteau,
se cachait le visage derrière sa manche, pour ne
pas livrer à tous la manne cachée. Il se dérobait
toujours d'une manière ou d'une autre aux regards
des personnes présentes afin de ne rien dévoiler
de la visite de l'Epoux, si bien que, même plongé
au coeur d'une foule trépidante, il priait sans être
vu. Enfin, quand tous ces expédients s'avéraient
impraticables, c'est de son coeur qu'il se faisait alors
un sanctuaire. Sorti de lui-même et ravi en Dieu,
il cessait alors de cracher, de gémir, de soupirer
très fort, de se livrer à toute autre manifestation
extérieure. Tel était son comportement parmi
ses frères.
Mais
quand il priait en forêt ou dans un ermitage, il faisait
retentir les bois de ses gémissements, arrosait la
terre de ses larmes, se frappait la poitrine et, comme caché
dans la chambre la plus retirée d'un palais, échangeait
avec son Seigneur d'interminables propos ; là il
rendait ses comptes au Juge, suppliait le Père, s'entretenait
avec l'Ami, jouait avec l'Epoux : c'est pour composer une
multiple offrande avec toutes les fibres de son coeur qu'il
voulait ainsi contempler sous de multiples aspects Celui
qui est souverainement simple et un. Il ne remuait pas les
lèvres; bien souvent son âme seule parlait;
il semblait avoir fait passer à l'intérieur
de lui-même toutes ses facultés d'attention
pour se concentrer sur les réalités célestes.
Quand il s'appliquait ainsi avec toute la lucidité
de son intelligence et tout l'élan de son coeur à
demeurer dans la maison de Yahweh, tous les jours de sa
vie, la seule grâce qu'il demandait au Seigneur, ce
n'était plus un homme qui priait, c'était
la prière faite homme. Quelle douceur il devait ressentir,
habitué à prier ainsi! Lui seul le sait, nous
ne pouvons qu'admirer. Pourra comprendre celui-là
seul qui en aura goûté ; pour les autres le
mystère reste entier: l'esprit tout embrasé
d'ardeur, le regard pénétrant, l'âme
toute fondue dans l'extase, il était déjà
devenu citoyen du Royaume des cieux. Il n'aurait jamais
manqué par sa négligence une visite de l'Esprit
; quand l'occasion s'en présentait il l'accueillait
fidèlement et, tant que durait la faveur divine,
savourait la douceur qui lui était offerte. Si, durant
un travail ou en chemin, la grâce venait l'effleurer,
il goûtait par intervalles, mais fréquemment,
à cette très douce manne; en voyage, il se
laissait distancer par ses compagnons pour mieux jouir de
chaque inspiration nouvelle. Jamais il ne reçut la
grâce en vain.
Traduit du latin par le P. Damien Vorreux
Saint Antoine
de Padoue 1195-1231
Portugais,
saint Antoine fut d'abord Chanoine régulier de saint
Augustin, et passa onze ans au monastère Sainte-Croix
de Coïmbre, où il acquit une solide science
théologique. Ce fut la nouvelle du martyre des premiers
missionnaires franciscains au Maroc qui le poussa à
revêtir la bure, dans l'espoir d'être mis à
mort, lui aussi, pour le Christ ( 12 20 ). Après
un an de vie contemplative, il fut nommé prédicateur
et exerça cette tâche d'une façon si
prodigieuse que l'Italie et la France ont gardé à
son endroit une dévotion intarissable. On n'a guère
de lui qu'un ouvrage, celui de ses Sermons, d'un intérêt
inégal et souvent peu attachants dans leur style,
car il ne s'agit dans l'ensemble que de canevas et non de
développements.
Biographies
:JEAN RIGAULD
(XIIIe s.), La Vie de saint Antoine de Padoue, traduction,
introduction et notes d'A. MASSERON, Editions Franciscaines,
1956, 160 pages. JEAN SOULAIROL, Saint Antoine de Padoue,
Editions Franciscaines, 1956, 160 pages.Oeuvre : Les Sermons
de saint Antoine pour l' année liturgique, traduction
et introduction de l'abbé P. BAYART, Editions Franciscaines,
1944, 256 pages.
L'AMOUR DE DIEU
Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu. « Ton Dieu ", est-il
dit. C'est une raison pour l'aimer davantage, car nous aimons
bien plus ce qui est à nous que ce qui nous est étranger.
Certes, le Seigneur ton Dieu mérite d'être
aimé. Il s'est fait ton serviteur pour que tu lui
appartiennes et que tu ne rougisses pas de le servir...
Trente années, ton Dieu s'est fait ton serviteur
à cause de tes péchés, pour t'arracher
à la servitude du diable. Tu aimeras donc le Seigneur
ton Dieu. Lui qui t'a fait, il s'est fait ton serviteur
à cause de toi; il s'est donné tout entier
à toi, afin que tu te donnes à toi-même
; sa seconde oeuvre, alors que tu étais malheureux,
fut de refaire ton bonheur, de se donner à toi pour
te rendre à toi-même. Tu aimeras donc le Seigneur
ton Dieu de tout ton coeur. Tout : tu ne peux garder pour
toi aucune partie de toi. Il veut l'offrande de tout toi-même.
Il t'a acheté tout entier de tout lui-même,
pour te posséder lui seul, toi tout entier. Tu aimeras
donc le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur. Ne vas pas,
comme Ananie et Saphire, garder pour toi une partie de toi-même
; car alors, comme eux, tu périrais tout entier.
Aime donc totalement et non en partie.
Car
Dieu n'a pas de parties ; il est tout entier partout. Il
ne veut pas de partage en ton être, lui qui est tout
entier en son être. Si tu te réserves une partie
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