Saint
François d’Assise et le renouveau artistique.
En
provoquant dans sa forme la plus courtoise ‘inter- fraternité
de chaque élément du crée et en réconciliant
chacun individuellement par la vertu d’amour avec le
Créateur, saint François d’Assise a donné
licence à des temps nouveaux d’apparaître
et de s’épanouir. Considérée sous
le regard franciscains. ‘époque qui commence
alors fondra ses particularités successives dans le
développement de la civilisation appelée moderne,
seconde stade l‘ère chrétienne. Aujourd’hui
que la cohésion franciscaine semble bien s’être
séparée, l’unité des six siècles
passés s’avère, malgré de braves
mais provisoires failles et malgré une évolution
où le sens du divin a été parfois submergé
par la double extension orgueilleuse de l’homme et de
la matière, avoir été une construction
d’une puissante homogénéité à
certains moments d’une perfection qu’en nouvelle
pénitence de dix siècles permettra seule peut-être
de retrouver. Notre moyen âge actuel, comme on nomme
parfois notre époque scientifique, se comparait, en
effet, plus valablement du point de vue spirituel et plastique
à ces âges obscures pré médiévaux
où l’équilibre se cherchait confusément
entre la matière, l’intelligence et la sensibilité
sans le rapport du Christ. La crise du XVI e siècle
ne fut qu’une sorte de guerre civil, qu’une dispute
intestine à l’intérieur de la Chrétienté
: nous en sommes arrivés aujourd’hui à
la guerre étrangère, et Dieu est bien devenu,
dans le néo-paganisme où est ramené la
civilisation, un étranger par qui il faudra bien-être
vaincue.
La personnalité de saint François d’Assise
doit être placée `a l’orée des temps
nouveau, comme de colonnes ou des pyramides, marquent, à
la sortie d’une forêt, l’accès au
parc. Là, chaque arbre, chaque place, chaque fleur,
chaque pierre se dégage de l’ensemble naturel
dans une autonomie qui se règle sans doute selon le
pan général, mais qui possède une valeur
propre. De la collectivité médiévale,
saint François a tiré l’individu, sans
le soustraire cependant à la loi commune et en acceptant
de l’y laisser soumis. La création s’est
morcelée en chose crées, en être crées,
e t l’humanité en l’hommes, les uns à
côté des autres, mais dans une telle dépendance
de la charité que le bloc reconstitué par ce
ciment en a été comme trempé et s’est
resserré, plus compact et plus ferme. Sur les fondations
de la société collectiviste d’alors, il
a élevé le principe de l’individualisme
, on par le moyen d’une rébellion, mais par l’opération
d’un amour qui était trop total pour se contenter
d’un vague embrasement. Sa passion pour la symphonie
de l’univers exigeait qu’il entendit chaque note
vibrer dans sa particulière intensité en même
temps qu’elle jouait dans le concert orchestré,
les conséquences de cette mutation ont été
déterminantes pour l’art comme pour le sentiment
religieux et pour l’avenir de la société
; elles ont sensibilités le monde. C’est dire
que le monde a été mis à la disposition
de ce moyen d’expression dont le mobile et le but sont
ensemble, plus que pour aucune autre, sensibilité :
la peinture. La réalité y acquerra la reconnaissance
des ses droits, à la représentation mystique
; elle supplantera le symbole, l’image naturelle sera
désormais le truchement légitime de dogme.
Sans négliger le grand exemple de la Renaissance française
du XIII e siècle qui avait retrouvé, pour elle-même
et la première, la plastique grecque et dont le père
du « petit François » avait dû rapporter
dans sa maison d’Assise, au retour de ses voyages, le
merveilleux écho, on peut dire , non pas seulement
comme l’a indiqué Thode (1) , que le petit Pauvre
avant introduit dans la civilisation les ferments de la Renaissance,
mais qu’il portait en lui les éléments
d’une vie renouvelée, avec les moyens des s’en
servir et quasi avec les moyens de s‘en défendre.
D’aucuns
ont peu prétendre que saint François n’avait
exercé sur les arts aucune influence : il n’est
peu-être cependant aucune activité sociale qui
en révèle mieux que la peinture la transformation
du comportement humain et l’altitude générale
qui le singularisera pendant les siècles prochains,
du XIV au XIX . Et sans doute notre peinture depuis la révolution
de 1911, et plus encore celle née en 1941, «
abstraite, », « non figurative », «
subjective », témoignent-elles le plus visiblement
de la perte de cet état, qui fut un état de
grâce. Louis Dimier, certainement, a eu raison quand,
dans son ouvrage-pamphlet sur l’église et l’Art
(2), il déclarait ne pas voir « comment la seule
ardeur de sentiment chrétien, qui n’était
pas nouvelle, peut suffi à rapprendre le dessin À
un monde d’artisans qui l’ignoraient depuis dix
siècles », et quand il oppose le principe de
pauvreté et le luxe de l’art. Mais, outre que
l’art n’est pas un luxe en soi et que le procès
des arts n’es t pas incompatible avec la poursuite de
la pénitence ( on en citerait maints exemples ), c’est
vouloir fausser avec quelque ridicule le problème que
de l’envisager ainsi, Saint François n’invente
rien, ni le dessin, ni la peinture, ni le sentiment chrétien,
ni la pauvreté, ni l a chasteté, ni l’obéissance,
ni la mortification, ni l’amour, mais son rôle
fut d’annoncer de nouvelles relations entre le naturel
et le surnaturel, d’accorder la médiation et
l’action d’intégrer le sentiment religieux
dans le mouvement. A l’art qui cherchait son expression
populaire, c’était donner la vie terrestre, et
l’art entendit ce « lève-toi et marche
» qui ne lui était peut-être pas spécialement
adresse, mais qui lui était destiné autant qu’au
reste du monde. C’est donc assurément aussi exagéré
et aussi faux de proclamer avec grandiloquence, comme l’a
fait Renan, que saint François a fut le père
de d’art italien », que denier toute influence
de sa part sur la peinture occidentale. Mais il est juste
de dire que la peinture a reconnue dans l’œuvre
du Petit Pauvre d’Assise, en en transposant les effets
dans son domaine propre, des vertus dont elle s’est
servie pour changer sa route. Ce n’est pas que l’art
byzantin, la plus haute expression plastique de la religion,
n’aurait pu pousser encore des rejetons : à Venise
qui résistera toujours à la formule francisco-giottesque,
il avait encore de baux jours et il ne se rendra qu’à
l’art nordique ; la nouvelle vague de byzantinisme qui,
depuis 1204, traversait l’Italie rencontrait, à
Pise notamment, une revivification passionnée ; l’art
de Syrie et de Cappadoce apportait à la formule byzantine
une fraîcheur naïve, et une figuration réaliste
; le Latium acceptait l’invasion. Mais saint François
répondant à d’obscur et puissants besoins
humains donne conscience du temps, et la peinture dont la
mission était de conduire l’homme à la
Divinité devait aspirer à rejoindre l’homme
maintenant qu’elle s’était tant imprégnée
de Dieu, fille de saint François, elle l’est
comme tout au IVe siècle, mais par une adoption ascendante
volontaire, par vœu ; et à cause de ses particularités
foncières, elle a affirmé sa filiation avec
plus d’insistance que les autres productions humaines.
L’exemple de la pauvreté l’a enrichie par
que la pauvreté contient de les deux vertus essentielles,
et contradictoires, et ont l’équilibre provoquera
les hauts moments de l’art moderne; l’acceptation
humble des données naturelles et le dépouillement
de la matière par quoi on se rend disponible à
l’accueil de la force spirituelle. Giotto le comprit
si bien que c’est à lui que l’on doit pour
une grand part l’expansion du franciscanisme en lui
conférant une forme historique et monumentale.
«
Ceux-là tel un François d’Assise, a écrit
Jacques Maritain (3) , perçoivent et savourent davantage
la beauté des choses, qui savent qu’elles sortent
d’une intelligence, et qui les rapportent à leur
auteur » : saint François a tournée le
regard intérieure resté pur vers l’extérieur
sanctifié alors par le reflet d’âme qui
baigne les apparences. Bâtisseur, trouvère, jongleur,
saint François fut encore un poète populaire
; plus qu’un créateur de thèmes et une
provocateur d’histoires naïves, il fut un constructeur
de drames, car le discours aux petits oiseaux et les anecdotes
délicieuse des Fioretti ne doivent pas prévaloir
sur la tragédie du jeune bourgeois d’Assise,
ni sur le drame du stigmatisé de l’Averne.
Giotto
ne s’y est pas trompé. On peut même penser
qu’il ne s’y est pas assez trompé, car
déjà l’homme de Giotto annonce la trahison
prochaine de l’homme du Quattrocento et sous le Saint
tel qu’il le représente perce déjà
le héros. Mais ce héros est sorti du Saint et
il le restera, malgré tout, malgré ses crimes
et les profanations qu’il commit au cours des siècles
envers lui-même, marqué de ses signes.
Références
!-
H.Thode, Franz Von Assis und die Anfange der Kunst der Renaissance
Italien, Berlin 1885
2- Louis Dimier, « L'Église et l'art, Coll. «
La Vie Chrétienne », Paris, édit. Grasset,
1935
3-
Jacques Marian, Art et Scolastique, 3ième diton , Paris
, « édit, Louis Rouart et Fils 1935