MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Médiation de Jésus-Christ
Médiation de Jésus- Christ

Méditations

La place du Christ dans la piété franciscaine

Par le Père Valentin o.f.m. – M. Breton o.f.m.

Éditions Franciscaines 9, Rue Marie –Rose – Paris (14e)

IMPRIMI POTES

Parislis die 24a maii 1936
In memoria P, Bonaventurae Ambianensis
Fr. Leo-Paschalis LEVEUGLE
Vic. Prov. Franciae

NIHIL OBSTAT

Montis Barolensis die 23 a maii 1936
in festo beati Rostagni T.O. cens. Dep.

IMPRIMATUR

Luteliae Parisiorum die 27 a maii 1936
In festo beati Roberti Stuardi
V.DUPIN. Vic.Gen.

Préface
Introduction
1-L'unique Médiateur
2-Le Dessein de Dieu

3- La Prédestination de Jésus-Christ
4-La Réponse de Jésus aux avances du père
5- L'Oeuvre médiatrice
Condlusion et Pratique
En donnant comme sous-titre à ce petit livre le mot « Méditations », nous avons voulue :
1- Indiquer la pensée qui l’a inspiré
2- Fixer la méthode de lecture qui le rendra profitable

1- Méditations, le savoir scripturaire et théologique dont peut être nous les avons munies n’y est pas une fin, mais un moyen. Notre but est moins d’instruire les esprits des opinions acceptées par notre École franciscaine, que de nourrir les âmes des vérités de la Foi.

Nous désirons faire, à nos lecteurs, soupçonner, concevoir, goûter la richesse et la profondeur du christianisme, trop souvent présenté comme un tremblante préparation à la mort tandis qu’il est une doctrine de vie et la seule qui satisfasse l’intelligence en même temps que le cœur.

Il n’est plus de saints, dit le Psalmiste, XI, 2, parce que les vérités sont amoindries parmi les fils des hommes, La sainteté est éminemment une œuvre de lumière, on peut hardiment l’affirmer, à condition d’entendre que la lumière n’est que l’aspect visible d’une énergie qui sous ses autres aspects s’appelle aussi chaleur et force; car ce qui est vrai de l’énergie solaire l’est à meilleur titre de la grâce du Verbe, soleil des esprits, dont notre frère messire le soleil matériel porte signification avec grande splendeur.

Évaluez le Christ au prix du péché de l’homme, personne ne se souciera de lui que selon sa propre estimation du péché. Présentez-le dans la majesté, la nécessité, l’universalité de sa septuple fonction médiatrice( S. Bonaventure), les âmes se voueront à lui, à l’adorer, l’aimer, l’imiter, le servir. Elles ne mettront pas de bornes à leur générosité, n’en voyant point à leurs progrès.

2- Méditations, prenant le mot dans son plein sens qui dépasse celui des méthode, nous ne vous proposons pas de le livrer en sujets de dissertation mentale, plus ou moins longue et aisée, pour en tirer une résolution à exécuter à peine de forfaiture jusqu’à l’exercice suivant.

Fidèle à la pensée franciscaine, qui est celle de saint Augustin, et à tout prendre celle du christianisme total, nous ordonnons la vie spirituelle, en fonction de Dieu, de l’amour et de l’honneur de Dieu , disons de la CHARITÉ, plutôt qu’en fonction de l’homme, de son utilité immédiate et personnelle. Aussi désirons-nous faire concevoir au lecteur des sentiments d’adoration, d’admiration, de gratitude, et d’humilité, de générosité, qui, s’il est sincère et docile à la grâce, le porteront suavement et fortement à vivre de sa conviction. Créer—pour reprendre notre comparaison- créer à l’âme ce qu’on appelle aujourd’hui un climat spirituel, ou Jésus-Christ , soleil des esprits, la pénétrera de son influence et de sa vie.

De plus la résolution pratique, immédiatement, instamment et universellement réalisable, est indiquée dans la collusion :

Renoncer à soi, pour laisser en soi VIVRE LE CHRIST

Or, c’est là le tout de l’homme, à toutes les étapes de sa voies, à tous les âges de sa vie, depuis sa sortie du péché incluse, jusqu’à la consommation de sa grâce.

3- Méditations, une lecture rapide et même attentive n’en opérerait pas, croyons-nous, le résultat que nous en prévoyons. De ces pages, dont la substance est empruntée aux Livres Saints, livrerait-elle le contenu littéral, une telle lecture ne permettrait pas d’en assimiler l’esprit.

La manière de les méditer cependant n’est pas unique,

À l’âme habituée à la vie d’oraison une lente lecture peut suffire, qui laisse place et loisir aux affections;qui, s’étant d’abord informée de l’ensemble et du terme de son objet, revient sur chaque point, s’attarde à savourer ce qu’elle y découvre; sans beaucoup s’arrêter à des développements verbaux, à des considérations qui seront utiles, nécessaires à une autre, moins familiarisée avec ce genre d’oraison affective et presque silencieuse. Celle-ci aura besoin de s’expliquer à elle-même, comme elle ferait à autrui, la valeur des mots, les sens ses assertions; de se redire ce qu’elle a compris, d’en déduire des actes formels de foi, d’adoration, d’amour; des résolutions d’agir…

À l’une comme à l’autre, nous conseillerons d’aller lire dans leur texte les passages que nous en avons détachés, et d’accroître ainsi en elles cette connaissance qui est la vie éternelle, savoir de Dieu et de son Christ.

Et si l’usage de ce petit livre leur est salutaire et consolant, nous les prions dans le nom de Maire d’en daigner recommander l’auteur à notre commun Maître, Jésus-Christ Notre- Seigneur

  Introduction 1-11-111

Nous voilà au cœur de notre sujet.

Ajoutons cependant une troisième considération.

(1) De fait la piété reste possible aux âmes qui n’atteint pas la révélation chrétienne. Saint Paul reproche aux « païens» ( Rom., 1, 18-32; 2-9-16) de ne voir pas cultivée, alors qu’ils le devaient et le pouvaient. Nous savons par l’enseignement divin que dans la réalité concrète le Christ, absent littéralement de cette piété en est le fondement secret et nécessaire, car nul n’atteint Dieu que par Lui, qui est l’unique Médiateur du salut. Mais extérieurement il n’y paraît pas.

 111- LA PIÉTÉ FRANCISCAINE

4- Nous appelons Franciscaine notre piété familiale, parce qu’historiquement et psychologiquement, elle st celle même de saint François d’Assise, Père de nos âmes.

Nous devons être bref dans la preuve de cette assertion, son développement fournirait la matière d’un volume ( qui de plus a déjà été souvent écrit (1)). Nous distinguerons pourtant deux parties dans notre preuve, selon que nous avons déjà insinué que notre pitié présent un double aspect :l’aspect dévotionnel et l’aspect doctrinal soit.

A. la place de l’Humanité sainte dans la dévotion;
B. la place du Christ total__ Dieu et Homme __dans la doctrine.
( 1) Le dernier en date est l’admirable, et inépuisable livre du P. Gemelli : Le message de saint François. voir surtout la troisième partie

.A 5e Saint François a ramené la piété chrétienne à prendre pour son objet Jésus –Christ considéré dans le mystère de sa vie humaine(2) Nous ne pouvons songer, on le comprend , à traiter ici ce sujet dans son ampleur. Nous indiquons en note des livres ou ceux de nos lecteurs qui le désireraient en trouveront les développement.
Cf. le Christ (Bloud et Gay), XXI, Limitation du Christ ; 1ière partie, Histoire, II, & » ( V.M.breton)


A- AVANT LUI, l’Humanité sainte était offusquée, si l’on peut dire, par l’attention presque exclusivement fichés sur la divinité. Les causes historiques en sont connues :

o 1-La lutte contre les hérésies christologiques avait contraint les théologiens à mettre en valeur l’égalité du Christ avec le Père, sa consubstantialité; d’ailleurs la vie terrestre de Jésus était alors trop récente pour être niée et méconnue. Aussi l’erreur s’était-elle peu attaquée à son humanité; c’est la divinité qu’il fallait affirmer, expliquer , défendre(31)Karl, Adam : Le Christ notre Frère (Grasset),III,pp.51 sq.

o 2-En conséquence, les images du Christ offertes dans les basiliques à la vénération du peuple chrétien étaient-elles d’un triomphateur, trônant, impassible au milieu d’impassible élus, bien éloigné donc des misères de son peuple. Même sur la croix, le Sauveur apparaissait glorieux : il n’inspirait pas la compassion , mais la crainte(4) A.Dufourcq : Histoire… de l’Église, téV,p.139

o 3-Aux mœurs rudes des populations encore barbares, le zèle des prédicateurs inculquait la terreur des jugements du Dieu vengeur plus que la mansuétude du Pasteur divin…


· Sans doute on trouverait dans sait Jean Chrysostome, dans saint Augustin, d’autres encore, de touchantes considérations sur les souffrances de l’Homme- Dieu. Mais ce n’était pas un thème ordinaire de la prédication populaire et le but n’était pas d’attendrir mais de convertir. Plus près de saint François, saint Bernard avait invité ses auditoires monastiques à compatir à Jésus et à Marie dans les épisodes de leur existence terrestre, sa parole n’avait eu, au delà des cloîtres cisterciens, que de rare et faibles échos dans l’église.

o 4-Saint François va populariser la dévotion à la vie humaine du Sauveur, à son enfance, à sa passion. Il en dramatisera le récit, la connaissance, la participations, l’imitation’ il a pu s’instruire de la doctrine de saint Bernard; leur rencontre sur ce terrain peut aussi provenir d’une semblable inspiration : Le même Esprit les animant pour satisfaire aux besoins des âmes

B- 5-APRÈS SANT FRANÇOIS. « Durant tout le moyen âge, l’Église, a-t-on pu écrire, s’absorba dans la contemplation du Crucifié». L’influence franciscaine este indubitable. L’émotion produite par la stigmatisation du saint, les exemples de ses compagnons, de sainte Claire et de ses filles, les écrits de saint Bonaventure et les Méditations de fra Giovanni di Calvoli longtemps attribués au Docteur séraphique, les « visions» des Bienheureuses Angèle de Foligno et Battista Varani, etc., ont nourrir et embrasé cette mystique flamme de compassion (5) Mais cela n’est pas tout.

(5) L.Bello, o.f.m. La primauté et royauté de Notre Seigneur Jésus-Chrsit,pp 6 sq. et les notes.

B.6- ON pense généralement et même avec un dédain à peine dissimulé que cette dévotion à Jésus est «a sentimentale», sensible, à l’homme ( dans l’Homme- Dieu); tandis qu’il s’agit, dit-on, de servir Dieu (6) . Nous dirons, si nous ne craignions de forcer la note, qu’il n’en est rien : car c’est bien Dieu que cherche et atteint la piété franciscaine. Elle prend l’homme tout entier, mais aussi tout entier le Christ.

Elle prend l’homme tout entier : esprit, âme et chair; elle ne s’adresse pas qu’à l’intelligence spéculative, à une raison désincarnée qui n’a pas d’existence réelle; elle parle au cœur; elle émeut la sensibilité ( ce que fait aussi saint Ignace dans ses « applications des sens», et il en est grandement loué!).

Mais, de plus , elle est profondément dogmatique.

C’est pour servir Dieu, pour l’atteindre comme Dieu même veut être atteint et servi, qu’elle passe par le Christ, Dieu et Homme, médiateur unique entre Dieu et les hommes; la série des présentes méditations je j’espère, nous en convaincra.

C.7. Et que cette doctrine soit bien celle du P`re saint François, il suffit pour s’en convaincre, en attendant les autres textes qui viendront en leur lieu, de lire la première de ses Admonitions : du Corps du Christ.

Le Seigneur Jésus a dit à ses disciples : Je suis la voie, la vérité et la vie . Personne ne vient à mon Père si ce n’est par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtrez et vous le verrez.

Philippe dit : Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffira. Jésus lui répondit : Depuis si longtemps que je suis avec vous, vous ne me connaissez pas encore? Philippe, celui qui me voit , voit aussi mon Père ( Joan., 14, 6-9).

Le Père habite une lumière inaccessible; et Dieu est esprit, Personne n’a jamais vu dieu ( I Tim.,6,16; Joan., 4,24;Jo.,1,18).

Parce que Dieu est esprit; l’esprit seul peut voir Dieu; car c’est l’esprit qui vivifie, tandis que la chair ne ers de rien (Joan., 6, 64). Et même le Fils, en tant qu’il était égal au Père, ne peut être vue par personne, ni plus ni moins que le Père, ni plus ni moins que le Saint–Esprit. C’est pourquoi ceux–mêmes qui ont vu le Seigneur Jésus-Christ dans son Humanité, s’ils n’ont vu et cru selon l’esprit, et sa Divinité, savoir qu’il était le vrai Fils de Dieu, ceux-là sont perdus.

Quand à nous, qui ne voyons plus ici-bas son Humanité, nous avons le Très Saint Sacrement de son corps et de son sang, et nous devons par l’esprit y reconnaître sa Divinité.

Car de même qu’aux saint apôtres il s’est manifesté dans sa vie chair ( son Humanité), ainsi à nous maintenant il se montre dans le Pain sacré; et comme les Apôtres, par les yeux de leur corps ne voyaient que sa chair, mais quel le contemplant par leurs yeux spirituels, ils croyaient qu’il était Dieu même ; semblablement nous, voyant le Pain et le vin de nos yeux corporels, nous devons voir et croire fermement que son très saint corps et son Saint ( est là) vivant et vrai.

Ainsi, l’Esprit du Seigneur qui habite dans es fidèles, c’et lui qui reçoit en eux le Corps et le Sang du Seigneur; ceux qui, n’ayant point en eux cet Esprit, présumeraient de manger le Corps du Seigneur, mangeraient leur propre condamnation ( 1 Cor., 11,29).

Pourquoi, fils des hommes, alourdissez-vous votre cœur? ( Ps.4,3) Pourquoi ne connaissez-vous pas la vérité, ne croyez-vous pas au Fils de Dieu ? (Joan, 9,35.) Car c’est de cette manière que ce Seigneur est avec ses fidèles selon sa promesse : Voici que je sui avec vous jusqu’à la consommation des siècles» ( Mt., 28,20) (1).



(1) Sur les Admonitions, leur histoire, leur texte, leur sens, voir le beau livre de l’abbé P. Bayart : Saint Fançois vous écrit (Éditions Franciscaines). Nous nous y référons souvent.

(2) Christuus, Beauchsene,1916,p. 1137. Cf.Gemellli, op. Cit., p.337

8- On voit dans cette substantielle exhortation que, selon saint François

1-Jésus étant tout, Voie, Vérité, et Vie;

2-Personne ne peut servir Dieu que par Lui;

3- Car Dieu ne se manifeste qu’en Lui et par Lui;

4- Étant de soie invisible, inconnaissable, inaccessible, à la créature;

5-celle-ci a donc besoin pour connaître , aimer et servir dieu d’un médiateur , étal à Dieu et aux hommes, qui est Jésus-Christ;

6- Il ne suffit pas de s’attacher à son humanité, mais il faut dépasser cette humanité pour atteindre par l’esprit à sa divinité;

7-cette loi s’imposait aux Apôtres, elle s’impose à nous;

8-d’ou se tirent les principes de la piété franciscaine : aspect dévotionnel, aspect doctrinal;rôle de Jésus-Christ ; rôles de l’Esprit –Saint, de L’Église , de la foi du disciple.

Ainsi préparés nous pouvons aborder le sujet de ces entretiens : la place du Christ-Jésus dans la piété franciscaine.

Soyons saintement fiers de notre Père saint François! Pauvre petit homme sans littérature, méprisé encoure aujourd’hui des savants d’université, il nous a laissé même des écrits; mais surtout une vivante, et profonde, et théologique tradition de piété, que les docteurs des alignées n’ont fait qu’exposer dans leurs commentaires. Mettons-nous à son école; apprenons de lui ; à servir Dieu en Jésus-Christ Notre Seigneur

 1-L’UNIQUE MÉDIATEUR
 Nous première méditation devait servir d’introduction au sujet proposé.

1- Nous y avons d’abord défini la piété comme l’attitude envers Dieu d’une âme qui ayant compris ses devoirs s’efforce de s’en acquitter avec perfection; elle s’astreint pour y parvenir à une méthode théorique et pratique formant une spiritualité.

2- Nous avons ensuite reconnu que la piété franciscaine se caractérisait :

a) visiblement parla place donnée à l’Humanité Sainte de Jésus-Christ Notre –Seigneur dans la dévotion; et
b) plus profondément, essentiellement, par la place donnée au Christ –total, Dieu et homme, dans la doctrine.
3- Brièvement enfin nous avons reconnu que cette piété ou spiritualité se rattachait véritablement, selon l’Histoire et la psychologie, à N.P.S. François;

Par cette triple démarche nous sommes entrés au cœur de notre sujet

 1 L’ASSERTION FONDAMENTALE
 1- L’ASSERTION FONDAMENTALE de la piété franciscaine est celle-ci;


La place du Christ-Jésus doit être dans la vie humaine, dans la pensée et l’activité humanes, la même qu’il tient dans la pensée et dans l’œuvre de Dieu.

Or, Dieu ne veut et ne peut être servi que par le Christ et dans le Christ : car le Christ-Jésus est le Principe de toutes ses oeuvres, Dieu a d’abord voulu le Christ et ensuite, en Lui, par Lui, avec Lui, à cause de Lui, pour Lui, tout ce qu’il a pour vouloir et opérer (1)

(1) La preuve de toutes ces assertions sera apportée en son lieu.

Il faut remarquer la forme EXCLUSIVE de cette assertion :

Dieu ne veut, Dieu ne peut, être servi que in Christo Jesu (1)

(1) Nous prenons cette formule de saint Paul, qui l’emplie 164 fois; cette acception de la préposition in dans le sens complexe de lieu, de moyen et de but : dans le Christ par le Christ, en vue du Christ, est un hébraïsme.


2- Expliquons notre EXCLUSIVISME :

Existe-t-il un ordre de choses ou Dieu veut, ou dieu peut être servi autrement que dans le Christ? Non; de l’aveu de tous; ni aujourd’hui après la venue de Jésus, ni avant cette venue. Mais un ordre aurait-il pu exister, ou dieu aurait accepté le culte, le service des créatures, sans le Christ?

La pensée franciscaine répond : Nous ne pouvons pas le savoir : La Révélation ne nous l’apprend pas; et seul elle a compétence et autorité pour affirmer ou nier.

Nous ne mettons aucune limite à la puissance de Dieu; toutefois
1- voyant ce qu’il a fait. et
2- écoutant ce qu’il a dit;

NOUS ÉRPONDNS :
1- Il ne l’a pas fait
2- Il ne l’a pas dit ; mais
3- Ce qu’il adit nous provoque à penser : NON, Un ordre de choses n’existe pas ou dieu est connu, aimé, servi, indépendamment du Médiateur que nous nommons, de son nom d’homme, Jésus-Christ, Notre-Seigneur.

Cette négation est particulière à la doctrine franciscaine. Nous devons le reconnaître et le reconnaissons sans difficulté.

D’autres doctrines catholiques, en effet, affirment au contraire qu’au moins Adam innocent a peu se passer et es anges peuvent se passer encore de la médiation du Christ pour servir Dieu et lui plaire.

Pour en convenir avec elles, nous attendrons qu’elles en fassent la preuve en apportant le témoignage divin de l’Écriture ou de la Tradition seul recevable; et elles ne l’ont pas fait depuis des siècles que la question est débattue. D’autant qu’il n’importe pas à notre actuel dessein. Étudiant, la place donnée à Jésus-Christ par la piété franciscaine, il nous suffit pour le moment de savoir que cette place est déterminée par l’Exclusivisme de cette assertion :
Dieu ne veut et Dieu ne peut être servi que par le Christ et dans le Christ, in Christo Jesu.

Dieu ne veut, c’est –à- dire, de sa part : il n’accepte pas d’être servi ; Dieu ne peut. C’est –à-dire, de la part des êtres qui, n’ont de possibilité de le servir, d’accès à son service, que dans le Christ et par le Christ.

Autrement dit :

Le Christ –Jésus est l’objet, l’UNIQUE objet des complaisances divines; quiconque veut, désire, prétend parie à Dieu, il n’est admis à lui plaire, et admis de par l’ordonnance, l’acceptation , la décision divines; il n’est capable, et de capacité divinement concédée; que par la méditation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

 II
 3- Telle est la place reconnue par la piété franciscaine au Christ Jésus. Il est médiateur et unique médiateur en Dieu et les hommes. Cette affirmation de Saint Paul, 1Tim.,2,5, est acceptée par nous dan son sens absolu.

Nous avons appuyé l’enseignement de l’entretien précédent sur la fondamentale admonition 1, ou saint François expose sa pensée à ses fils. Nous citerons ici une prière qui exprime toute notre doctrine en pu de mots et en donne la raison profonde. Elle se lit au chap. XXIII de la Règle de 1221 (11) qui est une prière, louange et action de grâces :

Mais (ô Dieu tout puissant, Père saint et juste, Seigneur du ciel et de la terre…, un et trime) parce que nous tous, misérables et pécheurs ,nous ne sommes pas dignes de vous nommer (1)., nous vous supplions instamment afin que Note Seigneur Jésus-Christ, votre Fils bien aimé, en qui vous vous complaisez uniquement, vous rende grâces en toute chose, avec le Saint Esprit consolateur, selon qu’il plaît à vous et à eux : car c’est ce fils qui vous suffit toujours et pour tout, et c’est par lui que vous nous avez accordé toutes vos grâce. Alléluia.

(1) Nommer Dieu, signifie lui rendre tout le culte qui lui est dû : que votre nom soit sanctifié, Acception biblique. Dans son Cantique des Créatures, saint François dit de ^me : nul homme n’est digne de Te nommer.

Dieu s’est complu uniquement dans son Christ ; c’est par lui qu’il nous a , à tous, donné l’être , la grâce, la vie, le ciel. Si Dieu daigne agréer le culte des créatures, c’est un surcroît qu’il accepte par l’unique objet de ses complaisances : car son Christ lui suffit toujours.

4- Voilà exposée par François toute la doctrine spirituelle de sa postérité : mais c’est aussi l’apport de la pensée franciscaine à la théologie catholique, nous citerons ici un historien étranger à l’Ordre, non suspect de partialité, Albert Dufourcq (1). Il conclut son exposé de la doctrine franciscaine par cette assertion qui, dit-il, la résume :

« Le Christ doit être conçu par rapport à Dieu, avant d’être conçu par rapport au monde; et c’est pourquoi, s’il est très certainement le Rédempteur de l’Humanité par (sa) Passion …, il est aussi , il est d’abord, il es essentiellement le glorificateur de la Trinité par l’amour qu’il lui offre dans son Cœur.

(1) A.DUFOURCQ – Histoire moderne delÉglsie, VI, 1924, pp 372 sq.

Qu’on nous permette, malgré sa longueur, de dicter l’exposé d’ou sortent ces conclusions, l’Intérêt en est capital :

« La théologie complète et prolonge les humbles conclusions de la science rationnelle…, son plus radieux triomphe, elle le remporte quand elle nous dévoile et la véritable fonction et l’exacte nature de Jésus-Christ : frère Thomas ( d’Aquin) et S, Anselme et combien d’autres ne les ont pas su découvrir! La théorie qu’ils suivent à l’envi montrer dans son création du monde, suivie de la faute d’Adam et de la mIssion du Christ, une défaite du Dieu tout-puissant, suivie d’un effort de revanche ! Cette théorie éveille les méfiances de la foi rayonnante et de l’ombrageuse raison de Duns Scot : Non , Jésus ne s’est pas fait homme pour effacer une défaite de Dieu! Le Christ doit être conçu par rapport à Dieu avant d’être conçu par rapport au monde ( souligné par l’auteur ),…


Dieu (décidant de créer le monde), il a voulu Jésus-Christ pour que Jésus-Christ l’aimât au nom du monde et entraînât le monde à l’aimer».

Le franciscain dont A.DUFOURCQ présente en cet endroit de la conclusion est le Bienheureux Jean Duns Scot, docteur de l’Immaculée Conception et de la Capitation universelle du Christ-Jésus; en lui s’est incarne la foi rayonnante, l’intelligence jalouse de la grandeur de Dieu, qui brille dans son Ordre; c’est lui qui a déclaré l’exacte fonction et la vrais nature du Christ, ailleurs oblitérées. Mais il n’a pour ainsi dire rien fait que mettre en langage d’école, et appuyer de ses preuves scripturaires et patristiques, la splendide, affirmation de son Père S. François, inspirée dans la Règle de 1221, François l’avait intuitivement apprise dans l’oraison ou la lumière divine donnait tout leur relief aux paroles de l’Écriture, confiées à son mémoire : «Le Christ suffit à Dieu pleinement et toujours; aussi Dieu s’est –il complu uniquement en lui; c’est par lui qu’il a voulu et opéré toutes choses; c’est en lui et par lui qu’il veut être connu, aimé et servi».

 111
Écoutons nous –mêmes les paroles inspirées; mais écoutons-les comme faisait notre Père, dans le même esprit d’amoureuse attention et d’humble docilité.

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis uniquement complu( en qui j’ai mis toues mes complaisances ) : Écoutez-le.»

Cette affirmation se trouve sept fois dans le Nouveau Testament, avec des variantes qui ne font qu’accentuer leur sens. Elle est rapportée à l’occasion du baptême de Jésus-Christ et à celle de la Transfiguration. Au baptême, selon S.Marc et S. Luc, la divine parole d’investiture est adressées à Jésus lui-même : Tu es mon fils bien-aimé; en toi je me suis complu. Pour la Transfiguration, S.Pierre apporte son témoignage. S. Mathieu qui la relate aux deux épisodes, ailleurs cite le passage ou le prophète Isaïe, annonce l’investiture du Christ (1).

Dieu-Trinité dit de Jésus-Christ : Ipsum Audite (1) Jésus-Christ a revendiqué hautement , pleinement, consciemment, sa fonction.

Relevons ses paroles, sans commentaires : - Toutes chose m’on été données par mon Père, Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père; et personne ne connaît le Père sinon le Fils, et celui à qui le Fils a voulu le révéler ( S, Mathieu, 11.27 – Rapprocher Joan, 6,46; 7,28;8,19;10,15;17,2).
-Je suis la voie, la vérité , la vie, Nul ne vient au P`re que par mois ( Joan ,m 14, 7). Qui me voit, voit mon Père (id.,9).

-Je suis la porte, Qui entre par moi sera sauvé (Joan, 10,9)(2).
6- Cela suffit. D’ailleurs revenant plus tard sur ce point, d’un autre biais, nous retrouverons ces textes et en complèterons par d’autres l’enseignement. Ramassons- en la doctrine dans un texte unique, capital, qui est à lui seul l’affirmation la plus explicite de notre foi, et l’explication la plus complète du fait :

Il est un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’Homme Jésus0-Christ, qui s’est donnée en rançon pour tous ( I Tim., 2,5).

(1)Nos lecteurs aimeront à se reporter au texte évangélique, à en relever les variantes, à le méditer, Baptême : Mt., 3, 17; Mc.,1,111; Lc., 3,22. Transfiguration :

Mt.,17,5;Mc., 9,6;Lc.,935; 2 Petri, 1,17. Le passage d’Isaïe, cité par saint Mathieu, 12, 18-20, se litanie : 42,1 : Voici mon enfant, que j’ai choisi; mon bien –aimé en qui a son âme se complaît ;j’ai ms mon esprit sur lui; il répandra la justice parmi les nations.

Remarquez que Dieu ne dit pas : Voici votre Sauveur, ni rien qui indique une dépendance de Jésus-Christ aux hommes`mais absolument : Voici mon Fils, mon bien-aimé, l’objet de mes complaisances.

1. ( Illum, selon saint Marc, 9,6 ). Écoutez-Le ne rends pas l’insistance, la solennité de la parole divine : C’est lui-même; c’est Celui-ci; qu’il faut, que vous devez, écouter; que je vous commande d’écouter`à l’impératif.

2. Dams le même sens, Saint Jean écrit dans le prologue de son Évangile ( Ch,I,16,18) :

3. C’est de sa plénitude que nous avons tous reçu, et grâce sur grâce; car la Loi a été donnée par Moise, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ, Dieu, personne ne le vit jamais. A); le Fils unique b) qui est dans le sein du Père, c’est lui qui le fait connaître ( Rapprocher a) 1 Joan, m 4, 12; I Tim., 6,16;b) Joan, 3.13).

IV

Ainsi la spiritualité franciscaine appuie-t-elle sur la Révélation son exclusivisme ombrageux : Dieu ne veut, Dieu ne peut être servi que dans le Christ : car le Christ suffit à Dieu et Dieu prend en lui, uniquement, ses complaisances.

Unique médiateur entre Dieu et les hommes__ Nous dirons plus tard, l’ayant établie : les esprits -Jésus est le MILIEU, la voie, le passage, le pont, et aussi le LIEU de rencontre, ou Dieu –Trinité et la création, résumée en l’Homme Jésus-Christ, chair et esprit, s’unissent dans la Personne du Fils, qui est lui-même, dit S, Bonaventure (1), le milieu de la Trinité, Médium Trinitaris, l’Aimé entre l’Aimant et l’Ami.

7 L’attitude de l’âme franciscaine, considérant cette nécessité de la médiation du Christ, n’est pas celle d’un esclave soupçonneux et jaloux, mais de l’enfant qui fait crédit à la charité de son Père (2) ; car le rôle assumé par Jésus, c’est en notre faveur, qu’il l’a sollicité et accepté ; nous méditerons quand et comment. Disons simplement aujourd’hui :

Nous avons besoin de Dieu, attendant Tout de lui. Nous ne pouvons l’atteindre : nous en sommes de plus rendus indignes par nos péchés. Besoin, impuissance, indignité, que nous reste-t-il? Le désespoir.

Jésus vient à nous : il est agréable et agréé; il connaît et il es connu; il nous supplée, nous accrédite, nous enseigne; en lui, par lui, nous avons accès auprès du Père; son crédit couvre notre impuissance, ses mérites notre indignité.

Constitué suprême adorateur, suprême aimant, suprême serviteur; si beau, si parfait, que nul plus parfait ne pouvait être créée, il donne à Dieu, autant que Dieu le mérite, c’est –à-dire infiniment, toute adoration, tout amour, tout service : Il suffit à Dieu et Dieu met en lui toutes les complaisances.

Or, ce Christ, du même cœur qu’il se donne à Dieu-Trinité, se donne à nous, hommes, comme notre répondant, notre caution, notre rançon. Note frère aîné, il se fait notre Sauveur. Ses adorations sont nôtres, ainsi que ses amours, ses services et ses mérites. En nous, pour nous, avec nous et par nous, il adore, il aime, il loue, bénit et remercie; il sert, il répare, il implore, il demande et obtient; il offre et il plaît, Il plaît à Dieu et nous plaisons en lui.

Nous n’avons plus à craindre, à douter à cause de notre impuissance, et de notre indignité. Nous sommes agréées, aimés, chéris, carrissimi,

Or de toute cette merveilleuse élévation et acceptation, nous avons un gage, une preuve, une réalisation immédiate ; L’ EUCHARISTIE

8e Tel est le fait proposé à l’âme franciscaine comme base et fondement de sa piété. Un fait, sûr puisqu’il est révélé. et non une théorie, même fondée en raisons bien déduites ! Nous en chercherons l’explication, nous en méditerons les conséquences; mais concluons nos considérations présentes par une prière qui tout de suite les mettre en oeuvre. :

Très saint Seigneur Jésus-Christ, Fils bien aimé de Dieu notre Père, par les mains de Marie, votre mère et la nôtre, de corps, d’âme et d’esprit je me livre tout à vous qui êtes le suprême adorateur, amateur et serviteur de la Trinité Sainte, infiniment digne et d’adoration et d’amour et de service; car je veux avec vous, ne le pouvant qu’en vous, dignement l’adorer, dignement l’aimer, dignement la servir. Amen.

(1) Coll.in Hexaem. 1.&&1.12
(2) 1 Joan., 4, 16; Rom., 5,8.

II-LE DESSIN DE DIEU

1- La piété franciscaine se fonde sur cet axiome que, pour être à la hauteur des enseignements révélés, l’idée que nos concevons de Jésus-Christ se doit prendre par rapport à Dieu, avant de se prendre par rapport à l’homme; il faut considérer ce qu’est Jésus-Christ dans l’ estime de Dieu, plutôt que dans l’utilité de l’homme.

Or, nous dit saint François, Dieu s’est complu uniquement dans son Christ, car ce christ lui suffit en tout et toujours, et c’est par Lui que Dieu a donné à tout être tout ce que peut avoir cet être.

Cette absolue prééminence du Christ dans l’estime de Dieu est un fait enseigné par la Révélation : Le Père a solennellement déclaré que Jésus-Christ était l’unique objet de ses complaisances ; Jésus-Christ a revendiqué le privilège d’être l’unique voie pour accéder au Père; l’Esprit –Saint; par la bouche de saint Jean , a proclamé Jésus-Christ , l’unique révélateur du Père et , par celle de saint Paul, l’unique médiateur entre Die et les hommes.

2- Nous, est-il permis de connaître la RAISON du fait, autrement dit le motif divin qui revêt Jésus-Christ de cette fonction ?…

Non seulement il est permis, mais nécessaire, demandé en enjoint. La mesure de la connaissance est celle de l’amour; et celle-ci la mesure de la grâce et de la gloire. La vie éternelle, dit Jésus (Joan., 17,3), est de vous connaître, seul vrai Dieu et votre envoyé le Christ.

Car cette connaissance n’est pas une simple notion dans l’esprit; elle est un savoir d’amour, une sagesse qui porte à servir; elle s’obtient par la prière, la pureté, du cœur, la docilité à l’enseignent du Maître Intérieur (1), Cette grâce de connaître pour mieux aimer et mieux servir qui nous est offerte, acceptons-la, même si elle exige de nous un effort d’attention et de réflexion. Maire nous y aidera ainsi que François , père de nos âmes.Référence

(1) (1) Insistons un peu sur ces conditions du don offert, en méditant les paroles de la promesse : jean.,6,44 sq. Jésus parle de sa mission de révélateur du Père, et il rappelle aux Juifs qu’il est écrit dans les Prophètes que ( les enfants de Dieu) seront tous enseignés par Dieu, docibiles Dei. Ces prophètes sont en particulier Ps.36.31 ; Isaïe 54, 134; Jérémie 31,33

Je mettrai ma loi au dedans d’eux et je l’écrirai sur leur cœur Joan ., 14,26 :
Le Consolateur, L’Esprit Saint… vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit ( Cfr, Joan., 16, 13 ). Ce qui signifie qu’un grâce intérieure de l’Esprit Saint rend croyable au fidèle l’enseignement extérieur donnée par l’Église au non du Christ . Ajoutons ces paroles encore de S.Jean , dans sa première épître 2,7 :
Pour vous ( fidèles du Christ), l’onction ( de l’Esprit) que vous avez reçue de lui demeure en vous et vous n’avez pas besoin que personne vous enseigne, mais comme son onction vous enseigne sur toute chose, cet enseignement est véritable…Selon , que ( l’onction ) vous a enseignés, demeurez dans ( Le Christ). S.Paul répètes les mêmes promesses, par exemple Éphés., 3,16 sq. ( épître de la fête du Sacré –Cœur).

1

( 3. Dieu est amour. C’est sa définition, selon saint Jean (1) L’amour, c’est la bonté qui donne et qui se donne. Aimer, c’est se donner; s’il est, comme le dit Jésus, plus béatifique de donner que de recevoir (2) , c’est parce que le Don est l’acte de l’amour.

Saint Bonaventure médite sur cette pensée; il en tire son originale conception de la Trinité des Personnes dans l’unité de la nature divine : étant Amour, l’Essence divine s’épanouit éternellement en un Aimant qui est le Père, un Aimé qui est le Fils, un Ami, un confient, un lien de l’amour du Père du Fils, qui est l’Esprit Saint, Esprit d’amour, et Don essentiel de Dieu. à Dieu…

Dès lors l’Amour est satisfait. Dieu est pleinement heureux dans la société, la communauté
( 1 Joan., 1,1 ) de ses Trois Personnes. Mais il peut davantage : il peut se communiquer, c’est –à-dire répandre l’amour qu’il est ,se donner, à des êtres qu’il créera pour cette fin.

4- Et, selon notre humaine manière de concevoir ces choses sublimes,- il faudrait continuellement s’excuser de son impuissante témérité!- cette communication de dieu peut revêtir l’un ou l’autre de ces deux modes : l’un parafait, l’autre imparfait.

A) Dieu peut se donner totalement, être reçu totalement, et recevoir en retour de son amour un amour égal à celui qu’il donne, par une imitation créée ( et donc finie ) de la Trinité incréée.

Dans la Trinité, en effet, Dieu se donne totalement, et il est Père; il est totalement reçu et il est Fils; et il se rend totalement même, à lui-même, et il est Esprit –Saint. Ici, il ne s’agit plus de l’émanation des Personnes, du Procédé Trinitaire, qui est intime à Dieu; mais d’une manifestation de Dieu au dehors, qui sera une imitation créée du Don infinie (3)

Ce premier mode est excellent, insurpassable , total et digne; conséquemment unique, non renouvelable.

B) Un deuxième mode est concevable; on dit deuxième, parce qu’étant incomplet, imparfait, inégal, il pourrait être renouvelé, multiplié, autant qu’il plairait à Dieu.

Le Don de Dieu y a amoindri : non parce que dieu ne se donne pas totalement , refuser de donner tout ce qu’il est ; mais parce que son Don n’est pas compris, ni reçu, ni rendu, ainsi qu’il le mérite. L’être, en effet, ou les êtres, à qui Dieu se communique, sont impuissants à s’égaler au Don, à égaler le Don par un digne retour. En sorte qu Le Don de Dieu est humilié et précisément par l’acte qui devrait le glorifier : car la gloire de Dieu, de Dieu qui est amour, c’est d’abord de se donner (1) ; mais ensuite d’être reçu, compris, remercié, loué, béni, dans son Don et par son Don. Or, ici, ne recevant pas, ne pouvant pas recevoir, une gloire égale à celle à laquelle il a droit, Dieu se trouve humilié et non glorifié.

5. Donc, deux façons pour Dieu de se donner. L’une, digne, égale et glorieuses, l’autre inégale et humiliée ( nous ne disons pas humiliante, Dieu ne saurait être humilié par rien; mais il peu s’humilier et rester humilié).

Si Dieu nous faisait l’honneur de nous demander avis; s’il nous disait : « Voici deux manières d’agir que je puis prendre, laquelle choissez-vous pour moi?…» Ne répondrions-nous pas :

« O notre Dieu, grand, sage et puissant ! Notre Seigneur et notre unique amour, permettez-nous de choisir pour vous, sans soute ce que vous choisissez vous-même : ce qui vous est le plus glorieux !» Nous vous aimons plus que nous –même; nous ne volons pas que votre amour pour nous tourne à votre désavantage. Si vous pouvez faire qu’en l’abaissant jusqu’à nous, votre Don cependant reste égal à soi, ha! Faites-le…»

Nous qui ne sommes que des pauvres êtres, impuissants, imparfaits e vils, accepterions-nous, si nous pouvions en être maîtres, ou que nous fussions indignes de notre amour, ou que votre amour fût indigne de nous ?… Et qu’on s’avilisse en nous aimant, ou que notre amour nous amoindrisse ?… Certes non! Et n’est-ce point d’ailleurs par là que s’effritent nos humaines amours par ce déséquilibre entre eux et leurs objets ?…

Dieu , qui est tout puissant et parfait, qui s’aime d’un amour égal, ne mettra-t-il pas sa puissance au service de son amour? Et pouvant choisir, et l’objet de son amour, et la plus parfaire manière de l’aimer, c’est–à-dire de se donner, d’être reçu et payé de retour, ne le fera-t-il pas ?…

6. Oui, il l’a fait : c’est toute la pensée franciscaine sur le motif de l’Incarnation.

(1) Parole rappelée par S.Paul, Actes, 20,35, et qui n’est pas consignée dans un évangile
( Joan., 20,30,21.


(2) Nos lecteurs n’ignorent pas l’impropriété des expressions au dedans et au dehors, ad intrà et an extrà, par rapport à Dieu. En qui tout créature a l’être, le mouvement et la vie. Ce sont néanmoins les moins impropres, et les plus claires si on les prend dans leur intention, pour discerner ce qui appartient à la vie ( intime) de Dieu –Trinité, de ce qui dépend de l’action (externe) de Dieu –Créateur.

(3) Quand on dit : Dieu fait tout pour sa gloire, il faut droitement entendre ce qu’est cette intention en Dieu : Dieu fait tout par amour, pour manifester son amour, pour attirer ses créatures à l’aimer, et à trouver dans cet amour leur béatitude, Car ni l’ amour, ni la gloire que peuvent lui rendre les créatures ne lui apportent RIEN dont il ait besoin ou envie. IL se suffit; mais sachant qu’il peut aussi suffire à d’autres, il s’offre à ces autres pour leur propre profit, Voir plus bas dans le texte la conclusion du B. Duns Scot & 7

Joan 4,16 ; Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous et nous avons cru en Lui, Dieu, est amour, celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui.

11
La pensée franciscaine, ombrageuse quand il s’agit des droits de Dieu, de la gloire de Dieu, de l’amour qu’est Dieu, ne peut accepter l’idée que le Don de Dieu humilie Dieu, que l’œuvre suprême de son amour l’abaisse, Puisque dieu veut se donner, puisqu’il peut se donner à légalité, il le fait. Voluit, potuit, fecit. Nous devons le supposer, à moins que la Révélation ne nous dise positivement le contraire.

Que faut-il donc, pour que Dieu ne soit pas amoindri par le Don qu’il projette de soi, ni son Don humilié ?…

Que l’être choisi, privilégié, `a qui Dieu donnera son amour et qui recevra cet amour sit égal à Dieu et capable de lui rendre un égal amour.

Égal à Dieu ?… Donc Dieu lui-même ? Oui. Le Fils de Dieu, s’incarnant, assumant en unité de Personne un être créée, un homme véritable, dont le cœur, devenue son cœur, le cœur d’un Dieu , aimera Dieu selon que Dieu désire et mérite d’être aimée…

Le Fils, qui déjà en Dieu, ad intra, est la manifestation de Dieu, la splendeur de sa gloire, la figure de sa substance ( et l’empreinte de son Être, Hébreux, 1,3 ), ce Fils incarné sera ad extra l’objet uniquement cher de ses complaisances.

« Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon Bien-aimé en qui j’ai mis toute mon affection, dit saint Matthieu, 12, 18, citant Isaïe, 42, 1. Mon serviteur, c’est –à-dire mon enfant, que j’ai soutenu, assumé , susceptus; mon élu; en lui s’est complu mon amour. Je ferais sur lui reposer mon Esprit; c’est lui qui annoncera le salut aux nations, qui prononcera le jugement sur elles».

7. Tant s’en faut que la Révélation contre-dise à cette intuition de la pensée franciscaine qu’elle trouve en elle sa parfaite intelligence et son adéquate expression.

L’Incarnation voulue pour elle-même : tout le reste voulu pour l’Incarnation. Dieu glorifiant Dieu : l’amour qu’est Dieu se donnant en plénitude, reçu à égalité, rendu en condignité. Imitation créée- et donc finie-du Don infini qui ad intra constitue les Personnes divines; imitation créée, et donc finie, mais si approchante de l’infini qu Dieu en sa toute-puissance n’aurait pu créer un être qui l’aimât plus et mieux que le cœur de son Fils, Tel est l’enseignement du grand docteur de la pensé franciscaine, le Bienheureux Jean Duns Scot :
« Ainsi donc, dit-il, je conclu :
« Dieu d’abord s’aime`et s’aimant, Dieu se sachant infiniment digne d’amour, veut répandre sur d’autres son amour; non par une indigne jalousie, mais par amour ordonnée : ainsi veut-il être aimé d’un autre qui l’aime du plus haut amour, s’entend d’un autre qui lui soit extérieur mais avec qui il soit intimement uni.
« Dico autem sic : Deus primo diligit se; secundo diligit / prae aliis potentibus diligere ipsum porpter se; iste amor custus, non zelus ; tertio diligit se diligi / ab alio qui potest eum summe diligere, loquendo de amore aqlicujus exprinseci / ab eo qui immediate adharet dilectioni;/ paervidit unionem illius naturae qui debet eum summe diligere » (1)Référence

(1) Paris, 3 d 7, qu.4,n.5. ibid., report,Ripol., Scotus Docens, XCIII, textes 156,157

III

8. Pour mieux comprendre encore la beauté, la grandeur, la pureté de cette conception qui pose le Christ en fonction de Dieu, de l’amour de Dieu, de la gloire de Dieu, voyons à quelles conséquences entraîne l’autre conception, le deuxième monde du Don divin.

Nous avons constaté que ce don y est amoindri, non que de la part de Dieu il soit moindre; mais parce qu’il ne peut être par les donataires, ni compris, ni reçu, ni rendu ainsi qu’il le mérite.

Qu’arrive-t-il , en effet? Ou mieux qu’est-il arrivé? Car nous ne sommes pas ici en terrain hypothétique; mais en pleine et véridique histoire.

Dieu communique son amour aux anges. Si grands qu’on les imagine, les anges, simples créatures, sont incapables de s’égaler au Don de Dieu. De plus, une partie des anges, un tiers, pense-t-on , rejette le don de Dieu, tient l’amour de Dieu en échec, et cet échec sera définitif…

Pour réparer la défection des anges, nous dit-on, Dieu crée les hommes et leurs communique son amour. Amour a amoindri certes, car mois que les anges encore les hommes sont capable de d’égaler au Don de Dieu. De plus, le chef des hommes se dérobe à l’amour et entraîne sa postérité dans sa révolte.

C’est alors qu Dieu, humilié par ce double échec qu’il semble n’avoir pas prévu ni pu empêcher, imaginerait, pour s’en revancher, l’Incarnation de son Fils, En face de la réparation tardive d’un coup manqué, qu’on voudrait nous faire admirer comme une merveilleuse invention, combien la première conception parait plus digne de Dieu, de sa sagesse, de sa puissance, de son amour infinis!

Son Christ lui suffit en tout et pour toujours; Dieu se complaît infiniment dans le retour d’amour que ce Christ lu rend, égal à son avance; et le déni des autres créatures ne déjoue pas son dessein.

9- Mais cette comparaison de l’élégance des deux hypothèses n’est que de peu de poids, auprès de la considération des quatre points suivants :
a) Faire dépendre l’Incarnation du péché d’Adam, et le péché d’Adam de celui des anges, n’est-ce pas insinuer que Jésus-Christ, Fils de Dieu, doit se réjouir de l’offense de Dieu, car sans cette offense à réparer il n’aurait pas existé!

Lui qui est la plus haute, la plus pure manifestation de la gloire, c’est-à-dire, de l’amour de Dieu, lui dont toute la fonction est de gloire, d’aimer et de faire aimer Dieu, il devrait,`a l’humiliation de Dieu, et d’être, et d’être ce qu’il est, l’œuvre la plus sublime de Dieu, le summum opus Dei!… Et Marie, sa digne Mère, devrait avec lui se réjouir de ce que Dieu fut offensé! Et peut-être la Très Sainte Trinité, d’avoir été outragée par le mépris de son amour!..

Le péché est aussi la perdition et le malheur éternels des damnés, anges et hommes ! Jésus-Christ, sa Mère, ses rachetés profiteraient donc à cette réprobation ! C’est odieux à penser; et néanmoins la damnation des créatures est moins odieuse à admettre que l’offense du Dieu Saint.

Non, proteste notre théologien : la prédestination d’aucun être ne peut prendre occasion d’un péché d’autrui ( 1) justes de l’ancien Testament, et même de la Vierge Marie, n’étaient pas dignes d’obtenir qu’un homme fût ainsi assumé en unité personnelle par le Fils de Dieu, car, dit saint Augustin ( De Trinitate, XIII, cap.19) l’incarnation est la grâce la plus sublime que puisse accorder Dieu selon l’ordre actuel. Cette grâce est gratuite, absolument et nécessairement gratuite, la seule véritablement gratuite, puisque touts les autres, dont découlent les mérites des créatures, ont été méritées par Jésus-Christ Notre-Seigneur! Comment pourrait-elle donc dépendre du démérite d’Adam (2)?

C) Autre considération. Selon une volonté bien ordonnée telle qu’est la volonté divine, le désir d’un moindre bien ne peut supprimer la possibilité d’un bien immense : autrement dit, il est déraisonnable de se priver d’un gain de plusieurs millions pour pagne quelques sous. Or c’est le calcul qu’on prête à Dieu lorsqu’on fait dépendre l’Incarnation non pas même du péché d’Adam, mais aussi de sa fidélité.

Tout le monde est d’accord pour dire que les mérites du Christ, savoir la gloire et l’amour par lui rendus à Dieu, dépassent de l’infini à eux seuls tous les mérites de tous les hommes.

Supposé qu’au lieu de pécher Adam fût resté fidèle et sa postérité avec lui, la nécessité de réparer la faute n’existant pas, l’Incarnation n’avait plus lieu, Dieu donc était privé de toute la gloire et de tout l’amour que lui a rendues son Fils incarné mais, en compensation, il recevait les hommages des hommes : la valeur de quelques milliers de centimes comparée à celle d’incalculables milliards de francs.

Non, vraiment, dit notre théologien, il parait fort déraisonnable de subordonner ainsi un bien immense, presque infini, à un autres, minuscule, infime.

10) Mais la quatrirème considération l’emporte de beaucoup sur les précédentes. Ici il ne s’agit plus de raisonnements humains, d’une logique impressionnante mais qui serait inefficace s’il avait plus à Dieu de vouloir autrement

d) Le grand argument et pour dire vrai le seul argument véritablement décisif, c’et l’enseignement de la Révélation.


(1) Oxon., 3 d.7,qu.3.n.4; Paris., Ibid, Scotus docens, LXXXVI.texte 136
(2) Paris., 3d.7, qu.4,n,.Rep.Paris. Rpol., ibid Scotus Docens LXXXVII, texte 138

IV

Ce que Dieu aurait pu faire, ce que de fait il a accompli, nous ne pouvons le savoir , à moins q’un ne nous l’ait déclaré. Car ses pensées ne sont pas nos pensées, ni ses voies nos voies ( Isaïe , 55,8). Pour ce qui dépend de sa libre volonté il faut nous en tenir à sa parole.

C’est précisément ce que pratique et ce que réclame la théologie franciscaine :

« Vous prétendez, dit-elle à ceux qui restreignent le rôle du Christ à la Rédemption de l’homme, à ceux qui conçoivent le Christ en fonction de l’homme avant de le concevoir en fonction d Dieu, vous prétendez que le Fils de Dieu ne s’est incarné que pour le rachat de l’homme. Montrez-nous dans l’Écriture d’abord, et ensuite d’une façon indiscutable quand la Tradition , montrez-nous une seule parole ou soit exprimée cette exclusion de TOUT AUTRE MOTIF : Le Fils de Dieu s’est incarné UNIQUEMENT pour le rachat de l’homme; et nous ferons nous-mêmes tomber notre synthèse théologique comme une château de cartes, car nous en préférons rien à la vérité, à l’honneur divin.

Quant aux textes ou il est dit que le Christ est venu pour sauver les pécheurs, grâces à Dieu! Nous les connassons, nous les méditons`et l’on nous ridiculise aimablement de notre envahissante dévotion à Jésus crucifié, de la prétention que revendique notre Ordre de ne savoir que Jésus crucifié, de la gloire qu’il réclame dans sa devise : Absit mihi gloriari nisi in cruce Domine Nostri Jesu Christi!

Ce que nous demandons, c’est une formule révélé qui affirme : Le Christ n’est venu que pour sauver les pécheurs.

11 . Jusqu’à ce qu’on la trouve, et tant qu’on ne l’aura pas trouvée, nous adorerons avec respect et gratitude toues celles ou Jésus est déclaré notre Sauveur; mais nous ne rejetterons pas, nous ne minimiserons point par esprit de système, nous ne viderons pas de leur sens clair par une exégèse tendancieuse les autres textes, ou il est dit, par exemple :

Proverbes, 8,22 : Le Seigneur, m,a possédé au commencement de ses voies, avant ses œuvres les plus anciennes; à quoi répond Colossiens,1,15 : ( Le Christ) est l’image du Dieu invisible, né avant toute créature; car c’est en lui que toutes ont été créées… tout a été créé par lui et pour lui il est lui, avant toutes choses, et touts choses subsistent en lui. Il est la tête du corps de l’Église, lui qui est le principe, le premier-né d’entre les morts, afin qu’en toute chose, il tienne, lui, la première place. Et encore :

Hébreux, 1,2 : Le Fils que (Dieu) a établi héritier de toutes choses, et par le quel il a aussi créée le monde…,3 qui soutient toues chose par sa puissante parole, et s’est assis, après nous avoir purifiés de nos péché, à droite de la majesté divine…10. C’est toi, Seigneur, qui au commencement a fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains.

Si nous avons quelque peine à concilier ces textes et ces choses, - car nous n’ignorons pas que l’Incarnation est un mystère !- s’il nous est difficile de RECONAÎTRE dans l’Homme de douleurs sans forme ni beauté, le Principe des œuvres de Dieu, ce Médiateur de la prédestination, de l’adoption des Fils, nous nous garderons cependant de le méconnaître comme firent les Juifs.

Mais ces enseignements si clairs ne nous permettront jamais de penser que le Christ puisse dépendre d’Adam pécheur, ni même juste : nous ne concevons pas le Christ en fonction de l’homme ,mais d’abord en fonction de Dieu.

12. Que cette méditation sur le dessein de Dieu affermisse en nous le solide fondement de la piété franciscaine : Die ne veut et ne peut être servi que dans le Christ . C’est le sens de sa Parole : Celui-ci est le Fils de mes complaisances. Écoutez-le

L’importance du sujet que présente aux méditations de ses lecteurs ce petit volume est manifeste ; dès le titre; elle se révélera de plus en plus grande à mesure que nous y avancerons car sous ce titre synthétique, nous tentons d’étudier la Place que dans la piété franciscaine tient Notre-Seigneur Jésus –Christ.

A première vus, cette place est considérable. Mais, dira-t-on, elle est majeure aussi dans la piété des autres familles spirituelles ! Grâces à Dieu! Précisons donc que, pour nous, cette place est capitale et entrons sans retard dans notre sujet en résolvant, en guise d’introduction, trois questions préliminaires :

1- Que faut-il entendre par piété?
2- Quelle place, dans la piété chrétienne, peut et doit tenir Jésus-Christ Notre- Seigneur?
3- Quelle piété peut être dite FRANCISCAINE?

   1 - CE QU'EST LA PIÉTÉ

1 - On prend souvent aujourd'hui pour équivalents, la piété des mots, spiritualité, mystique. Nous allons distinguer entre piété et spiritualité, nous séparons mystique de qui le sent est discrédité à la fois et ambigu. Ne parle t-on pas d'un mystique de fascisme ou communisme, dont les principes sont négateurs de la suprématie le spirituel; d'un mystique des sports ou l'industrie fait qui cultivent seulement les muscles ou argent; et même on n'oppose pas mystique à l'ascétisme, alors qu'on est-ce que seulement l'aspect intérieur et passif est, l'autre l'aspect extérieur et actif, de moi même réalité que nous nommons ici piété?

Entendons par piété l'attitude vers Dieu d'un homme de qui comprenait mieux ses devoirs et effort son les accomplir.

L'homme, tout l'homme, a des devoirs multiples vers Dieu.Il reconnaît en Lui son Principe et sa fin, son Créateur, son Bienfaiteur, son Seigneur. Il le vôtre de lui l'être, l'activité et les lois de cette activité, vie et la nourriture de cette vie qui est corporelle, moralités, intellectuel. Il lui doit en retour l'adoration, l'éloge, et l'amour; l'obéissance; la gratitude, l'oblation, la prière, l'expiration… S'acquitter de ces devoirs, s'en acquitter avec le souci leur perfection, constituent le service de Dieu, en d'autres termes la piété.

Cependant, comme la piété est une vie d'après l'Esprit, une vie spirituelle, on peut l'appeler aussi spiritualité. Mais sans doute il serait plus exact pour réserver ce mot pour désigner la méthode théorique et pratique du service de Dieu. Une spiritualité est une science de la piété. Elle se présente en effet comme un système, méthodique, organisé, de convictions etaussi depratique qui metten en oeuvre les principes et aussi d'usages qui ont encore mis les principes, et à qui but est pour encourager la piété, le service de Dieu, avec perfection, conscience, volonté généreuse.

En somme, il importe peu; et cette précision a apporté ici pour l'exactitude, nous ne ferons pas cas de conscience de l'emploi indistinct de ces mots

2- La piété est « naturelle » à l’homme; le fait est établi par l’histoire et la psychologie; nous le supposons connu et admis. Aussi parle-t-on avec justesse de piété antique, piété juive, piété musulmane… et de spiritualités correspondantes. L’impiété, l’oubli des devoirs envers Dieu, ou leur mépris, et au contraire un « produit manufacturé» par la haine homicide de Satan, l’ignorance, l’ingratitude des hommes.

La piété chrétienne est un service, de Dieu ordonné selon la révélation du Christ; elle a servi de base à diverses spiritualités. On cite la spiritualité de l’Ordre de Saint- Benoît; celle de Saint –Bernard celle des Dominicains et des Carmes; celle des Jésuites, avec la Salésienne et la Liguorienne qui s’y rattachent; l’Oratorienne, apparentée à la Franciscaine; d’autres encore. Cette diversité dépend des systèmes théologiques et surtout philosophiques adoptés par ces familles religieuses, leurs conceptions de Dieu, du Christ, de la grâce, de la nature humaine (1), etc… Car la Révélation divine est d’un inépuisable souplesse et fécondité et se prête humblement aux spéculations des hommes. La tyrannie imposée à l’intelligence par le dogme est un conte bleu.

(1) J.Heerinckx,o.f.m., Introduction intheol, spirit., n’’ 103,n.2. Citant F.-X. Maquart, auquel nous donnons raison contre auteur.

 II -LA PLACE DU SEIGNEUR JÉSUS DANS LA PIÉTÉ CHRÉTIENNE

3- En toutes ces spiritualités, reconnaissons sans hésiter que Notre-Seigneur Jésus –Christ possède une place éminente, elles ne seraient point chrétiennes sans cela.

Néanmoins on s’accorde à admettre que le rôle donné au Christ-Jésus dans la piété franciscaine est visiblement plus grand que dans les autres spiritualisés. On pense qu’il s’agit surtout de manifestations d’une dévotion sensible, voire sentimentale, envers l’Humanité sainte ; Jésus enfant, Jésus en croix… Nous verrons qu’il est vrais, mais pour une raison plus profonde que l’apparente.

La place occupée par Notre-Seigneur dans cette méthode de servir dieu qu’est une spiritualité peut en effet différer. Supposons un système si bien établie sur des notions rationnelles qu’il puisse, sans le ruiner entièrement, sans lui causer un dommage irrémédiable, retirer au moins de son exposition littérale Jésus-Christ, sa personne, son enseignement. Les hommes pourront continuer d’utiliser ce système pour servir Dieu, faire leur salut, éviter le péché, pratiquer la vertu. La pensée de leur Fin dernière peut suffire en effet à décider les hommes à conformer leurs meurs à leur destin (1). Supposons d’autre part un système qui s’écroule entièrement si l’on en retire le Christ; ainsi qu’une basilique s’effondre par suite de l’affaissement de son sous-sol. Elle n’est plus qu’un morceau de ruines inutilisables; alors qu’en face le temple reste debout, ou l’on peut continuer le service divin, bien qu’un proche ou l’abside soit hors d’usage.

Le rôle donné au Christ, n’est pas égal dans les deux spiritualités; là il n’est que complémentaire; ici il est fondamental.

Dans la spiritualité franciscaine, outre l’aspect dévotionnel qui est visible, un aspect dogmatique, s’impose : Le Christ y tient la place capital ; c‘est par Lui, ouvertement, qu’on sert Dieu; et l’on professe qu’on ne peut servir Dieu et que pour Lui; qu&#