| 111-
LA PIÉTÉ FRANCISCAINE
4-
Nous appelons Franciscaine notre piété familiale,
parce qu’historiquement et psychologiquement, elle st
celle même de saint François d’Assise, Père
de nos âmes.
Nous
devons être bref dans la preuve de cette assertion, son
développement fournirait la matière d’un
volume ( qui de plus a déjà été
souvent écrit (1)). Nous distinguerons pourtant deux
parties dans notre preuve, selon que nous avons déjà
insinué que notre pitié présent un double
aspect :l’aspect dévotionnel et l’aspect
doctrinal soit.
A.
la place de l’Humanité sainte dans la dévotion;
B. la place du Christ total__ Dieu et Homme __dans la doctrine.(
1) Le dernier en date est l’admirable, et inépuisable
livre du P. Gemelli : Le message de saint François. voir
surtout la troisième partie
.A
5e Saint François a ramené la piété
chrétienne à prendre pour son objet Jésus
–Christ considéré dans le mystère
de sa vie humaine(2)
Nous ne pouvons songer, on le comprend , à traiter ici
ce sujet dans son ampleur. Nous indiquons en note des livres
ou ceux de nos lecteurs qui le désireraient en trouveront
les développement.
Cf. le Christ (Bloud et Gay), XXI, Limitation du Christ ; 1ière
partie, Histoire, II, & » ( V.M.breton)
A- AVANT LUI, l’Humanité
sainte était offusquée, si l’on peut dire,
par l’attention presque exclusivement fichés sur
la divinité. Les causes historiques en sont connues :
o
1-La lutte contre les hérésies christologiques
avait contraint les théologiens à mettre en valeur
l’égalité du Christ avec le Père,
sa consubstantialité; d’ailleurs la vie terrestre
de Jésus était alors trop récente pour
être niée et méconnue. Aussi l’erreur
s’était-elle peu attaquée à son humanité;
c’est la divinité qu’il fallait affirmer,
expliquer , défendre(31)Karl,
Adam : Le Christ notre Frère (Grasset),III,pp.51 sq.
o
2-En conséquence, les images du Christ offertes dans
les basiliques à la vénération du peuple
chrétien étaient-elles d’un triomphateur,
trônant, impassible au milieu d’impassible élus,
bien éloigné donc des misères de son peuple.
Même sur la croix, le Sauveur apparaissait glorieux :
il n’inspirait pas la compassion , mais la crainte(4)
A.Dufourcq : Histoire… de l’Église, téV,p.139
o
3-Aux mœurs rudes des populations encore barbares, le zèle
des prédicateurs inculquait la terreur des jugements
du Dieu vengeur plus que la mansuétude du Pasteur divin…
· Sans doute on trouverait dans sait Jean Chrysostome,
dans saint Augustin, d’autres encore, de touchantes considérations
sur les souffrances de l’Homme- Dieu. Mais ce n’était
pas un thème ordinaire de la prédication populaire
et le but n’était pas d’attendrir mais de
convertir. Plus près de saint François, saint
Bernard avait invité ses auditoires monastiques à
compatir à Jésus et à Marie dans les épisodes
de leur existence terrestre, sa parole n’avait eu, au
delà des cloîtres cisterciens, que de rare et faibles
échos dans l’église.
o
4-Saint François va populariser la dévotion à
la vie humaine du Sauveur, à son enfance, à sa
passion. Il en dramatisera le récit, la connaissance,
la participations, l’imitation’ il a pu s’instruire
de la doctrine de saint Bernard; leur rencontre sur ce terrain
peut aussi provenir d’une semblable inspiration : Le même
Esprit les animant pour satisfaire aux besoins des âmes
B-
5-APRÈS SANT FRANÇOIS. « Durant tout le
moyen âge, l’Église, a-t-on pu écrire,
s’absorba dans la contemplation du Crucifié».
L’influence franciscaine este indubitable. L’émotion
produite par la stigmatisation du saint, les exemples de ses
compagnons, de sainte Claire et de ses filles, les écrits
de saint Bonaventure et les Méditations de fra Giovanni
di Calvoli longtemps attribués au Docteur séraphique,
les « visions» des Bienheureuses Angèle de
Foligno et Battista Varani, etc., ont nourrir et embrasé
cette mystique flamme de compassion (5) Mais cela n’est
pas tout.
(5)
L.Bello, o.f.m. La primauté et royauté de Notre
Seigneur Jésus-Chrsit,pp 6 sq. et les notes.
B.6-
ON pense généralement et même avec un dédain
à peine dissimulé que cette dévotion à
Jésus est «a sentimentale», sensible, à
l’homme ( dans l’Homme- Dieu); tandis qu’il
s’agit, dit-on, de servir Dieu (6) .
Nous dirons, si nous ne craignions de forcer la note, qu’il
n’en est rien : car c’est bien Dieu que cherche
et atteint la piété franciscaine. Elle prend l’homme
tout entier, mais aussi tout entier le Christ.
Elle
prend l’homme tout entier : esprit, âme et chair;
elle ne s’adresse pas qu’à l’intelligence
spéculative, à une raison désincarnée
qui n’a pas d’existence réelle; elle parle
au cœur; elle émeut la sensibilité ( ce que
fait aussi saint Ignace dans ses « applications des sens»,
et il en est grandement loué!).
Mais,
de plus , elle est profondément dogmatique.
C’est
pour servir Dieu, pour l’atteindre comme Dieu même
veut être atteint et servi, qu’elle passe par le
Christ, Dieu et Homme, médiateur unique entre Dieu et
les hommes; la série des présentes méditations
je j’espère, nous en convaincra.
C.7.
Et que cette doctrine soit bien celle du P`re saint François,
il suffit pour s’en convaincre, en attendant les autres
textes qui viendront en leur lieu, de lire la première
de ses Admonitions : du Corps du Christ.
Le
Seigneur Jésus a dit à ses disciples : Je suis
la voie, la vérité et la vie . Personne ne vient
à mon Père si ce n’est par moi. Si vous
me connaissiez, vous connaîtrez et vous le verrez.
Philippe
dit : Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffira.
Jésus lui répondit : Depuis si longtemps que je
suis avec vous, vous ne me connaissez pas encore? Philippe,
celui qui me voit , voit aussi mon Père ( Joan., 14,
6-9).
Le
Père habite une lumière inaccessible; et Dieu
est esprit, Personne n’a jamais vu dieu ( I Tim.,6,16;
Joan., 4,24;Jo.,1,18).
Parce
que Dieu est esprit; l’esprit seul peut voir Dieu; car
c’est l’esprit qui vivifie, tandis que la chair
ne ers de rien (Joan., 6, 64). Et même le Fils, en tant
qu’il était égal au Père, ne peut
être vue par personne, ni plus ni moins que le Père,
ni plus ni moins que le Saint–Esprit. C’est pourquoi
ceux–mêmes qui ont vu le Seigneur Jésus-Christ
dans son Humanité, s’ils n’ont vu et cru
selon l’esprit, et sa Divinité, savoir qu’il
était le vrai Fils de Dieu, ceux-là sont perdus.
Quand à nous, qui ne voyons plus ici-bas son Humanité,
nous avons le Très Saint Sacrement de son corps et de
son sang, et nous devons par l’esprit y reconnaître
sa Divinité.
Car
de même qu’aux saint apôtres il s’est
manifesté dans sa vie chair ( son Humanité), ainsi
à nous maintenant il se montre dans le Pain sacré;
et comme les Apôtres, par les yeux de leur corps ne voyaient
que sa chair, mais quel le contemplant par leurs yeux spirituels,
ils croyaient qu’il était Dieu même ; semblablement
nous, voyant le Pain et le vin de nos yeux corporels, nous devons
voir et croire fermement que son très saint corps et
son Saint ( est là) vivant et vrai.
Ainsi,
l’Esprit du Seigneur qui habite dans es fidèles,
c’et lui qui reçoit en eux le Corps et le Sang
du Seigneur; ceux qui, n’ayant point en eux cet Esprit,
présumeraient de manger le Corps du Seigneur, mangeraient
leur propre condamnation ( 1 Cor., 11,29).
Pourquoi,
fils des hommes, alourdissez-vous votre cœur? ( Ps.4,3)
Pourquoi ne connaissez-vous pas la vérité, ne
croyez-vous pas au Fils de Dieu ? (Joan, 9,35.) Car c’est
de cette manière que ce Seigneur est avec ses fidèles
selon sa promesse : Voici que je sui avec vous jusqu’à
la consommation des siècles» ( Mt.,
28,20) (1).
(1) Sur les Admonitions, leur histoire, leur texte, leur sens,
voir le beau livre de l’abbé P. Bayart : Saint
Fançois vous écrit (Éditions Franciscaines).
Nous nous y référons souvent.
(2)
Christuus, Beauchsene,1916,p. 1137. Cf.Gemellli, op. Cit., p.337
8-
On voit dans cette substantielle exhortation que, selon saint
François
1-Jésus
étant tout, Voie, Vérité, et Vie;
2-Personne ne peut servir Dieu que par Lui;
3- Car Dieu ne se manifeste qu’en Lui et par Lui;
4- Étant de soie invisible, inconnaissable, inaccessible,
à la créature;
5-celle-ci a donc besoin pour connaître , aimer et servir
dieu d’un médiateur , étal à Dieu
et aux hommes, qui est Jésus-Christ;
6- Il ne suffit pas de s’attacher à son humanité,
mais il faut dépasser cette humanité pour atteindre
par l’esprit à sa divinité;
7-cette loi s’imposait aux Apôtres, elle s’impose
à nous;
8-d’ou se tirent les principes de la piété
franciscaine : aspect dévotionnel, aspect doctrinal;rôle
de Jésus-Christ ; rôles de l’Esprit –Saint,
de L’Église , de la foi du disciple.
Ainsi
préparés nous pouvons aborder le sujet de ces
entretiens : la place du Christ-Jésus dans la piété
franciscaine.
Soyons
saintement fiers de notre Père saint François!
Pauvre petit homme sans littérature, méprisé
encoure aujourd’hui des savants d’université,
il nous a laissé même des écrits; mais surtout
une vivante, et profonde, et théologique tradition de
piété, que les docteurs des alignées n’ont
fait qu’exposer dans leurs commentaires. Mettons-nous
à son école; apprenons de lui ; à servir
Dieu en Jésus-Christ Notre Seigneur |
1-L’UNIQUE
MÉDIATEUR |
| Nous
première méditation devait servir d’introduction
au sujet proposé.
1-
Nous y avons d’abord défini la piété
comme l’attitude envers Dieu d’une âme qui
ayant compris ses devoirs s’efforce de s’en acquitter
avec perfection; elle s’astreint pour y parvenir à
une méthode théorique et pratique formant une
spiritualité.
2-
Nous avons ensuite reconnu que la piété franciscaine
se caractérisait :
a)
visiblement parla place donnée à l’Humanité
Sainte de Jésus-Christ Notre –Seigneur dans la
dévotion; et
b) plus profondément, essentiellement, par la place donnée
au Christ –total, Dieu et homme, dans la doctrine.
3- Brièvement enfin nous avons reconnu que cette piété
ou spiritualité se rattachait véritablement, selon
l’Histoire et la psychologie, à N.P.S. François;
Par
cette triple démarche nous sommes entrés au cœur
de notre sujet
|
| 1
L’ASSERTION FONDAMENTALE |
1-
L’ASSERTION FONDAMENTALE de la piété franciscaine
est celle-ci;
La place du Christ-Jésus doit être dans la vie
humaine, dans la pensée et l’activité humanes,
la même qu’il tient dans la pensée et dans
l’œuvre de Dieu.
Or,
Dieu ne veut et ne peut être servi que par le Christ et
dans le Christ : car le Christ-Jésus est le Principe
de toutes ses oeuvres, Dieu a d’abord voulu le Christ
et ensuite, en Lui, par Lui, avec Lui, à cause de Lui,
pour Lui, tout ce qu’il a pour vouloir et opérer
(1)
(1)
La preuve de toutes ces assertions sera apportée en son
lieu.
Il
faut remarquer la forme EXCLUSIVE de cette assertion :
Dieu
ne veut, Dieu ne peut, être servi que in Christo Jesu
(1)
(1)
Nous prenons cette formule de saint Paul, qui l’emplie
164 fois; cette acception de la préposition in dans le
sens complexe de lieu, de moyen et de but : dans le Christ par
le Christ, en vue du Christ, est un hébraïsme.
2- Expliquons notre EXCLUSIVISME :
Existe-t-il un ordre de choses ou Dieu veut, ou dieu peut être
servi autrement que dans le Christ? Non; de l’aveu de
tous; ni aujourd’hui après la venue de Jésus,
ni avant cette venue. Mais un ordre aurait-il pu exister, ou
dieu aurait accepté le culte, le service des créatures,
sans le Christ?
La
pensée franciscaine répond : Nous ne pouvons pas
le savoir : La Révélation ne nous l’apprend
pas; et seul elle a compétence et autorité pour
affirmer ou nier.
Nous
ne mettons aucune limite à la puissance de Dieu; toutefois
1- voyant ce qu’il a fait. et
2- écoutant ce qu’il a dit;
NOUS
ÉRPONDNS :
1- Il ne l’a pas fait
2- Il ne l’a pas dit ; mais
3- Ce qu’il adit nous provoque à penser : NON,
Un ordre de choses n’existe pas ou dieu est connu, aimé,
servi, indépendamment du Médiateur que nous nommons,
de son nom d’homme, Jésus-Christ, Notre-Seigneur.
Cette
négation est particulière à la doctrine
franciscaine. Nous devons le reconnaître et le reconnaissons
sans difficulté.
D’autres
doctrines catholiques, en effet, affirment au contraire qu’au
moins Adam innocent a peu se passer et es anges peuvent se passer
encore de la médiation du Christ pour servir Dieu et
lui plaire.
Pour
en convenir avec elles, nous attendrons qu’elles en fassent
la preuve en apportant le témoignage divin de l’Écriture
ou de la Tradition seul recevable; et elles ne l’ont pas
fait depuis des siècles que la question est débattue.
D’autant qu’il n’importe pas à notre
actuel dessein. Étudiant, la place donnée à
Jésus-Christ par la piété franciscaine,
il nous suffit pour le moment de savoir que cette place est
déterminée par l’Exclusivisme de cette assertion
:
Dieu ne veut et Dieu ne peut être servi que par le Christ
et dans le Christ, in Christo Jesu.
Dieu
ne veut, c’est –à- dire, de sa part : il
n’accepte pas d’être servi ; Dieu ne peut.
C’est –à-dire, de la part des êtres
qui, n’ont de possibilité de le servir, d’accès
à son service, que dans le Christ et par le Christ.
Autrement
dit :
Le
Christ –Jésus est l’objet, l’UNIQUE
objet des complaisances divines; quiconque veut, désire,
prétend parie à Dieu, il n’est admis à
lui plaire, et admis de par l’ordonnance, l’acceptation
, la décision divines; il n’est capable, et de
capacité divinement concédée; que par la
méditation de Notre Seigneur Jésus-Christ.
|
II |
3-
Telle est la place reconnue par la piété franciscaine
au Christ Jésus. Il est médiateur et unique médiateur
en Dieu et les hommes. Cette affirmation de Saint Paul, 1Tim.,2,5,
est acceptée par nous dan son sens absolu.
Nous
avons appuyé l’enseignement de l’entretien
précédent sur la fondamentale admonition 1,
ou saint François expose sa pensée à
ses fils. Nous citerons ici une prière qui exprime
toute notre doctrine en pu de mots et en donne la raison profonde.
Elle se lit au chap. XXIII de la Règle de 1221 (11)
qui est une prière, louange et action de grâces
:
Mais
(ô Dieu tout puissant, Père saint et juste, Seigneur
du ciel et de la terre…, un et trime) parce que nous
tous, misérables et pécheurs ,nous ne sommes
pas dignes de vous nommer (1)., nous vous supplions instamment
afin que Note Seigneur Jésus-Christ, votre Fils bien
aimé, en qui vous vous complaisez uniquement, vous
rende grâces en toute chose, avec le Saint Esprit consolateur,
selon qu’il plaît à vous et à eux
: car c’est ce fils qui vous suffit toujours et pour
tout, et c’est par lui que vous nous avez accordé
toutes vos grâce. Alléluia.
(1)
Nommer Dieu, signifie lui rendre tout le culte qui lui est
dû : que votre nom soit sanctifié, Acception
biblique. Dans son Cantique des Créatures, saint François
dit de ^me : nul homme n’est digne de Te nommer.
Dieu
s’est complu uniquement dans son Christ ; c’est
par lui qu’il nous a , à tous, donné l’être
, la grâce, la vie, le ciel. Si Dieu daigne agréer
le culte des créatures, c’est un surcroît
qu’il accepte par l’unique objet de ses complaisances
: car son Christ lui suffit toujours.
4-
Voilà exposée par François toute la doctrine
spirituelle de sa postérité : mais c’est
aussi l’apport de la pensée franciscaine à
la théologie catholique, nous citerons ici un historien
étranger à l’Ordre, non suspect de partialité,
Albert Dufourcq (1). Il conclut son exposé de la doctrine
franciscaine par cette assertion qui, dit-il, la résume
:
«
Le Christ doit être conçu par rapport à
Dieu, avant d’être conçu par rapport au
monde; et c’est pourquoi, s’il est très
certainement le Rédempteur de l’Humanité
par (sa) Passion …, il est aussi , il est d’abord,
il es essentiellement le glorificateur de la Trinité
par l’amour qu’il lui offre dans son Cœur.
(1)
A.DUFOURCQ – Histoire moderne delÉglsie, VI,
1924, pp 372 sq.
Qu’on
nous permette, malgré sa longueur, de dicter l’exposé
d’ou sortent ces conclusions, l’Intérêt
en est capital :
«
La théologie complète et prolonge les humbles
conclusions de la science rationnelle…, son plus radieux
triomphe, elle le remporte quand elle nous dévoile
et la véritable fonction et l’exacte nature de
Jésus-Christ : frère Thomas ( d’Aquin)
et S, Anselme et combien d’autres ne les ont pas su
découvrir! La théorie qu’ils suivent à
l’envi montrer dans son création du monde, suivie
de la faute d’Adam et de la mIssion du Christ, une défaite
du Dieu tout-puissant, suivie d’un effort de revanche
! Cette théorie éveille les méfiances
de la foi rayonnante et de l’ombrageuse raison de Duns
Scot : Non , Jésus ne s’est pas fait homme pour
effacer une défaite de Dieu! Le Christ doit être
conçu par rapport à Dieu avant d’être
conçu par rapport au monde ( souligné par l’auteur
),…
Dieu (décidant de créer le monde), il a voulu
Jésus-Christ pour que Jésus-Christ l’aimât
au nom du monde et entraînât le monde à
l’aimer».
Le
franciscain dont A.DUFOURCQ présente en cet endroit
de la conclusion est le Bienheureux Jean Duns Scot, docteur
de l’Immaculée Conception et de la Capitation
universelle du Christ-Jésus; en lui s’est incarne
la foi rayonnante, l’intelligence jalouse de la grandeur
de Dieu, qui brille dans son Ordre; c’est lui qui a
déclaré l’exacte fonction et la vrais
nature du Christ, ailleurs oblitérées. Mais
il n’a pour ainsi dire rien fait que mettre en langage
d’école, et appuyer de ses preuves scripturaires
et patristiques, la splendide, affirmation de son Père
S. François, inspirée dans la Règle de
1221, François l’avait intuitivement apprise
dans l’oraison ou la lumière divine donnait tout
leur relief aux paroles de l’Écriture, confiées
à son mémoire : «Le Christ suffit à
Dieu pleinement et toujours; aussi Dieu s’est –il
complu uniquement en lui; c’est par lui qu’il
a voulu et opéré toutes choses; c’est
en lui et par lui qu’il veut être connu, aimé
et servi».
|
111 |
Écoutons
nous –mêmes les paroles inspirées; mais écoutons-les
comme faisait notre Père, dans le même esprit d’amoureuse
attention et d’humble docilité.
«
Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis
uniquement complu( en qui j’ai mis toues mes complaisances
) : Écoutez-le.»
Cette
affirmation se trouve sept fois dans le Nouveau Testament,
avec des variantes qui ne font qu’accentuer leur sens.
Elle est rapportée à l’occasion du baptême
de Jésus-Christ et à celle de la Transfiguration.
Au baptême, selon S.Marc et S. Luc, la divine parole
d’investiture est adressées à Jésus
lui-même : Tu es mon fils bien-aimé; en toi je
me suis complu. Pour la Transfiguration, S.Pierre apporte
son témoignage. S. Mathieu qui la relate aux deux épisodes,
ailleurs cite le passage ou le prophète Isaïe,
annonce l’investiture du Christ (1).
Dieu-Trinité
dit de Jésus-Christ : Ipsum Audite (1) Jésus-Christ
a revendiqué hautement , pleinement, consciemment,
sa fonction.
Relevons
ses paroles, sans commentaires : - Toutes chose m’on
été données par mon Père, Personne
ne connaît le Fils, si ce n’est le Père;
et personne ne connaît le Père sinon le Fils,
et celui à qui le Fils a voulu le révéler
( S, Mathieu, 11.27 – Rapprocher Joan, 6,46; 7,28;8,19;10,15;17,2).
-Je suis la voie, la vérité , la vie, Nul ne
vient au P`re que par mois ( Joan ,m 14, 7). Qui me voit,
voit mon Père (id.,9).
-Je suis la porte, Qui entre par moi sera sauvé (Joan,
10,9)(2).
6- Cela suffit. D’ailleurs revenant plus tard sur ce
point, d’un autre biais, nous retrouverons ces textes
et en complèterons par d’autres l’enseignement.
Ramassons- en la doctrine dans un texte unique, capital, qui
est à lui seul l’affirmation la plus explicite
de notre foi, et l’explication la plus complète
du fait :
Il
est un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre
Dieu et les hommes, l’Homme Jésus0-Christ, qui
s’est donnée en rançon pour tous ( I Tim.,
2,5).
(1)Nos
lecteurs aimeront à se reporter au texte évangélique,
à en relever les variantes, à le méditer,
Baptême : Mt., 3, 17; Mc.,1,111; Lc., 3,22. Transfiguration
:
Mt.,17,5;Mc.,
9,6;Lc.,935; 2 Petri, 1,17. Le passage d’Isaïe,
cité par saint Mathieu, 12, 18-20, se litanie : 42,1
: Voici mon enfant, que j’ai choisi; mon bien –aimé
en qui a son âme se complaît ;j’ai ms mon
esprit sur lui; il répandra la justice parmi les nations.
Remarquez
que Dieu ne dit pas : Voici votre Sauveur, ni rien qui indique
une dépendance de Jésus-Christ aux hommes`mais
absolument : Voici mon Fils, mon bien-aimé, l’objet
de mes complaisances.
1.
( Illum, selon saint Marc, 9,6 ). Écoutez-Le ne rends
pas l’insistance, la solennité de la parole divine
: C’est lui-même; c’est Celui-ci; qu’il
faut, que vous devez, écouter; que je vous commande
d’écouter`à l’impératif.
2.
Dams le même sens, Saint Jean écrit dans le prologue
de son Évangile ( Ch,I,16,18) :
3.
C’est de sa plénitude que nous avons tous reçu,
et grâce sur grâce; car la Loi a été
donnée par Moise, mais la grâce et la vérité
sont venues par Jésus-Christ, Dieu, personne ne le
vit jamais. A); le Fils unique b) qui est dans le sein du
Père, c’est lui qui le fait connaître (
Rapprocher a) 1 Joan, m 4, 12; I Tim., 6,16;b) Joan, 3.13).
|
IV |
Ainsi
la spiritualité franciscaine appuie-t-elle sur la Révélation
son exclusivisme ombrageux : Dieu ne veut, Dieu ne peut être
servi que dans le Christ : car le Christ suffit à Dieu
et Dieu prend en lui, uniquement, ses complaisances.
Unique
médiateur entre Dieu et les hommes__ Nous dirons plus
tard, l’ayant établie : les esprits -Jésus
est le MILIEU, la voie, le passage, le pont, et aussi le LIEU
de rencontre, ou Dieu –Trinité et la création,
résumée en l’Homme Jésus-Christ,
chair et esprit, s’unissent dans la Personne du Fils,
qui est lui-même, dit S, Bonaventure (1), le milieu
de la Trinité, Médium Trinitaris, l’Aimé
entre l’Aimant et l’Ami.
7
L’attitude de l’âme franciscaine, considérant
cette nécessité de la médiation du Christ,
n’est pas celle d’un esclave soupçonneux
et jaloux, mais de l’enfant qui fait crédit à
la charité de son Père (2) ; car le rôle
assumé par Jésus, c’est en notre faveur,
qu’il l’a sollicité et accepté ;
nous méditerons quand et comment. Disons simplement
aujourd’hui :
Nous
avons besoin de Dieu, attendant Tout de lui. Nous ne pouvons
l’atteindre : nous en sommes de plus rendus indignes
par nos péchés. Besoin, impuissance, indignité,
que nous reste-t-il? Le désespoir.
Jésus
vient à nous : il est agréable et agréé;
il connaît et il es connu; il nous supplée, nous
accrédite, nous enseigne; en lui, par lui, nous avons
accès auprès du Père; son crédit
couvre notre impuissance, ses mérites notre indignité.
Constitué
suprême adorateur, suprême aimant, suprême
serviteur; si beau, si parfait, que nul plus parfait ne pouvait
être créée, il donne à Dieu, autant
que Dieu le mérite, c’est –à-dire
infiniment, toute adoration, tout amour, tout service : Il
suffit à Dieu et Dieu met en lui toutes les complaisances.
Or,
ce Christ, du même cœur qu’il se donne à
Dieu-Trinité, se donne à nous, hommes, comme
notre répondant, notre caution, notre rançon.
Note frère aîné, il se fait notre Sauveur.
Ses adorations sont nôtres, ainsi que ses amours, ses
services et ses mérites. En nous, pour nous, avec nous
et par nous, il adore, il aime, il loue, bénit et remercie;
il sert, il répare, il implore, il demande et obtient;
il offre et il plaît, Il plaît à Dieu et
nous plaisons en lui.
Nous
n’avons plus à craindre, à douter à
cause de notre impuissance, et de notre indignité.
Nous sommes agréées, aimés, chéris,
carrissimi,
Or
de toute cette merveilleuse élévation et acceptation,
nous avons un gage, une preuve, une réalisation immédiate
; L’ EUCHARISTIE
8e
Tel est le fait proposé à l’âme
franciscaine comme base et fondement de sa piété.
Un fait, sûr puisqu’il est révélé.
et non une théorie, même fondée en raisons
bien déduites ! Nous en chercherons l’explication,
nous en méditerons les conséquences; mais concluons
nos considérations présentes par une prière
qui tout de suite les mettre en oeuvre. :
Très
saint Seigneur Jésus-Christ, Fils bien aimé
de Dieu notre Père, par les mains de Marie, votre mère
et la nôtre, de corps, d’âme et d’esprit
je me livre tout à vous qui êtes le suprême
adorateur, amateur et serviteur de la Trinité Sainte,
infiniment digne et d’adoration et d’amour et
de service; car je veux avec vous, ne le pouvant qu’en
vous, dignement l’adorer, dignement l’aimer, dignement
la servir. Amen.
(1)
Coll.in Hexaem. 1.&&1.12
(2) 1 Joan., 4, 16; Rom., 5,8.
|
II-LE
DESSIN DE DIEU
|
1-
La piété franciscaine se fonde sur cet axiome
que, pour être à la hauteur des enseignements
révélés, l’idée que nos
concevons de Jésus-Christ se doit prendre par rapport
à Dieu, avant de se prendre par rapport à l’homme;
il faut considérer ce qu’est Jésus-Christ
dans l’ estime de Dieu, plutôt que dans l’utilité
de l’homme.
Or,
nous dit saint François, Dieu s’est complu uniquement
dans son Christ, car ce christ lui suffit en tout et toujours,
et c’est par Lui que Dieu a donné à tout
être tout ce que peut avoir cet être.
Cette
absolue prééminence du Christ dans l’estime
de Dieu est un fait enseigné par la Révélation
: Le Père a solennellement déclaré que
Jésus-Christ était l’unique objet de ses
complaisances ; Jésus-Christ a revendiqué le
privilège d’être l’unique voie pour
accéder au Père; l’Esprit –Saint;
par la bouche de saint Jean , a proclamé Jésus-Christ
, l’unique révélateur du Père et
, par celle de saint Paul, l’unique médiateur
entre Die et les hommes.
2-
Nous, est-il permis de connaître la RAISON du fait,
autrement dit le motif divin qui revêt Jésus-Christ
de cette fonction ?…
Non seulement il est permis, mais nécessaire, demandé
en enjoint. La mesure de la connaissance est celle de l’amour;
et celle-ci la mesure de la grâce et de la gloire. La
vie éternelle, dit Jésus (Joan., 17,3), est
de vous connaître, seul vrai Dieu et votre envoyé
le Christ.
Car
cette connaissance n’est pas une simple notion dans
l’esprit; elle est un savoir d’amour, une sagesse
qui porte à servir; elle s’obtient par la prière,
la pureté, du cœur, la docilité à
l’enseignent du Maître Intérieur (1), Cette
grâce de connaître pour mieux aimer et mieux servir
qui nous est offerte, acceptons-la, même si elle exige
de nous un effort d’attention et de réflexion.
Maire nous y aidera ainsi que François , père
de nos âmes.Référence
(1)
(1) Insistons un peu sur ces conditions du don offert, en
méditant les paroles de la promesse : jean.,6,44 sq.
Jésus parle de sa mission de révélateur
du Père, et il rappelle aux Juifs qu’il est écrit
dans les Prophètes que ( les enfants de Dieu) seront
tous enseignés par Dieu, docibiles Dei. Ces prophètes
sont en particulier Ps.36.31 ; Isaïe 54, 134; Jérémie
31,33
Je
mettrai ma loi au dedans d’eux et je l’écrirai
sur leur cœur Joan ., 14,26 :
Le Consolateur, L’Esprit Saint… vous enseignera
toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit
( Cfr, Joan., 16, 13 ). Ce qui signifie qu’un grâce
intérieure de l’Esprit Saint rend croyable au
fidèle l’enseignement extérieur donnée
par l’Église au non du Christ . Ajoutons ces
paroles encore de S.Jean , dans sa première épître
2,7 :
Pour vous ( fidèles du Christ), l’onction ( de
l’Esprit) que vous avez reçue de lui demeure
en vous et vous n’avez pas besoin que personne vous
enseigne, mais comme son onction vous enseigne sur toute chose,
cet enseignement est véritable…Selon , que (
l’onction ) vous a enseignés, demeurez dans (
Le Christ). S.Paul répètes les mêmes promesses,
par exemple Éphés., 3,16 sq. ( épître
de la fête du Sacré –Cœur).
|
1 |
(
3. Dieu est amour. C’est sa définition, selon
saint Jean (1) L’amour, c’est la bonté
qui donne et qui se donne. Aimer, c’est se donner; s’il
est, comme le dit Jésus, plus béatifique de
donner que de recevoir (2) , c’est parce que le Don
est l’acte de l’amour.
Saint
Bonaventure médite sur cette pensée; il en tire
son originale conception de la Trinité des Personnes
dans l’unité de la nature divine : étant
Amour, l’Essence divine s’épanouit éternellement
en un Aimant qui est le Père, un Aimé qui est
le Fils, un Ami, un confient, un lien de l’amour du
Père du Fils, qui est l’Esprit Saint, Esprit
d’amour, et Don essentiel de Dieu. à Dieu…
Dès
lors l’Amour est satisfait. Dieu est pleinement heureux
dans la société, la communauté
( 1 Joan., 1,1 ) de ses Trois Personnes. Mais il peut davantage
: il peut se communiquer, c’est –à-dire
répandre l’amour qu’il est ,se donner,
à des êtres qu’il créera pour cette
fin.
4-
Et, selon notre humaine manière de concevoir ces choses
sublimes,- il faudrait continuellement s’excuser de
son impuissante témérité!- cette communication
de dieu peut revêtir l’un ou l’autre de
ces deux modes : l’un parafait, l’autre imparfait.
A)
Dieu peut se donner totalement, être reçu totalement,
et recevoir en retour de son amour un amour égal à
celui qu’il donne, par une imitation créée
( et donc finie ) de la Trinité incréée.
Dans
la Trinité, en effet, Dieu se donne totalement, et
il est Père; il est totalement reçu et il est
Fils; et il se rend totalement même, à lui-même,
et il est Esprit –Saint. Ici, il ne s’agit plus
de l’émanation des Personnes, du Procédé
Trinitaire, qui est intime à Dieu; mais d’une
manifestation de Dieu au dehors, qui sera une imitation créée
du Don infinie (3)
Ce
premier mode est excellent, insurpassable , total et digne;
conséquemment unique, non renouvelable.
B)
Un deuxième mode est concevable; on dit deuxième,
parce qu’étant incomplet, imparfait, inégal,
il pourrait être renouvelé, multiplié,
autant qu’il plairait à Dieu.
Le
Don de Dieu y a amoindri : non parce que dieu ne se donne
pas totalement , refuser de donner tout ce qu’il est
; mais parce que son Don n’est pas compris, ni reçu,
ni rendu, ainsi qu’il le mérite. L’être,
en effet, ou les êtres, à qui Dieu se communique,
sont impuissants à s’égaler au Don, à
égaler le Don par un digne retour. En sorte qu Le Don
de Dieu est humilié et précisément par
l’acte qui devrait le glorifier : car la gloire de Dieu,
de Dieu qui est amour, c’est d’abord de se donner
(1) ; mais ensuite d’être reçu, compris,
remercié, loué, béni, dans son Don et
par son Don. Or, ici, ne recevant pas, ne pouvant pas recevoir,
une gloire égale à celle à laquelle il
a droit, Dieu se trouve humilié et non glorifié.
5.
Donc, deux façons pour Dieu de se donner. L’une,
digne, égale et glorieuses, l’autre inégale
et humiliée ( nous ne disons pas humiliante, Dieu ne
saurait être humilié par rien; mais il peu s’humilier
et rester humilié).
Si
Dieu nous faisait l’honneur de nous demander avis; s’il
nous disait : « Voici deux manières d’agir
que je puis prendre, laquelle choissez-vous pour moi?…»
Ne répondrions-nous pas :
«
O notre Dieu, grand, sage et puissant ! Notre Seigneur et
notre unique amour, permettez-nous de choisir pour vous, sans
soute ce que vous choisissez vous-même : ce qui vous
est le plus glorieux !» Nous vous aimons plus que nous
–même; nous ne volons pas que votre amour pour
nous tourne à votre désavantage. Si vous pouvez
faire qu’en l’abaissant jusqu’à nous,
votre Don cependant reste égal à soi, ha! Faites-le…»
Nous
qui ne sommes que des pauvres êtres, impuissants, imparfaits
e vils, accepterions-nous, si nous pouvions en être
maîtres, ou que nous fussions indignes de notre amour,
ou que votre amour fût indigne de nous ?… Et qu’on
s’avilisse en nous aimant, ou que notre amour nous amoindrisse
?… Certes non! Et n’est-ce point d’ailleurs
par là que s’effritent nos humaines amours par
ce déséquilibre entre eux et leurs objets ?…
Dieu , qui est tout puissant et parfait, qui s’aime
d’un amour égal, ne mettra-t-il pas sa puissance
au service de son amour? Et pouvant choisir, et l’objet
de son amour, et la plus parfaire manière de l’aimer,
c’est–à-dire de se donner, d’être
reçu et payé de retour, ne le fera-t-il pas
?…
6.
Oui, il l’a fait : c’est toute la pensée
franciscaine sur le motif de l’Incarnation.
(1)
Parole rappelée par S.Paul, Actes, 20,35, et qui n’est
pas consignée dans un évangile
( Joan., 20,30,21.
(2) Nos lecteurs n’ignorent pas l’impropriété
des expressions au dedans et au dehors, ad intrà et
an extrà, par rapport à Dieu. En qui tout créature
a l’être, le mouvement et la vie. Ce sont néanmoins
les moins impropres, et les plus claires si on les prend dans
leur intention, pour discerner ce qui appartient à
la vie ( intime) de Dieu –Trinité, de ce qui
dépend de l’action (externe) de Dieu –Créateur.
(3)
Quand on dit : Dieu fait tout pour sa gloire, il faut droitement
entendre ce qu’est cette intention en Dieu : Dieu fait
tout par amour, pour manifester son amour, pour attirer ses
créatures à l’aimer, et à trouver
dans cet amour leur béatitude, Car ni l’ amour,
ni la gloire que peuvent lui rendre les créatures ne
lui apportent RIEN dont il ait besoin ou envie. IL se suffit;
mais sachant qu’il peut aussi suffire à d’autres,
il s’offre à ces autres pour leur propre profit,
Voir plus bas dans le texte la conclusion du B. Duns Scot
& 7
Joan 4,16 ; Nous avons connu l’amour que Dieu a pour
nous et nous avons cru en Lui, Dieu, est amour, celui qui
demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui.
|
11 |
La
pensée franciscaine, ombrageuse quand il s’agit
des droits de Dieu, de la gloire de Dieu, de l’amour qu’est
Dieu, ne peut accepter l’idée que le Don de Dieu
humilie Dieu, que l’œuvre suprême de son amour
l’abaisse, Puisque dieu veut se donner, puisqu’il
peut se donner à légalité, il le fait.
Voluit, potuit, fecit. Nous devons le supposer, à moins
que la Révélation ne nous dise positivement le
contraire.
Que
faut-il donc, pour que Dieu ne soit pas amoindri par le Don
qu’il projette de soi, ni son Don humilié ?…
Que
l’être choisi, privilégié, `a qui
Dieu donnera son amour et qui recevra cet amour sit égal
à Dieu et capable de lui rendre un égal amour.
Égal
à Dieu ?… Donc Dieu lui-même ? Oui. Le
Fils de Dieu, s’incarnant, assumant en unité
de Personne un être créée, un homme véritable,
dont le cœur, devenue son cœur, le cœur d’un
Dieu , aimera Dieu selon que Dieu désire et mérite
d’être aimée…
Le
Fils, qui déjà en Dieu, ad intra, est la manifestation
de Dieu, la splendeur de sa gloire, la figure de sa substance
( et l’empreinte de son Être, Hébreux,
1,3 ), ce Fils incarné sera ad extra l’objet
uniquement cher de ses complaisances.
«
Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon Bien-aimé
en qui j’ai mis toute mon affection, dit saint Matthieu,
12, 18, citant Isaïe, 42, 1. Mon serviteur, c’est
–à-dire mon enfant, que j’ai soutenu, assumé
, susceptus; mon élu; en lui s’est complu mon
amour. Je ferais sur lui reposer mon Esprit; c’est lui
qui annoncera le salut aux nations, qui prononcera le jugement
sur elles».
7.
Tant s’en faut que la Révélation contre-dise
à cette intuition de la pensée franciscaine
qu’elle trouve en elle sa parfaite intelligence et son
adéquate expression.
L’Incarnation
voulue pour elle-même : tout le reste voulu pour l’Incarnation.
Dieu glorifiant Dieu : l’amour qu’est Dieu se
donnant en plénitude, reçu à égalité,
rendu en condignité. Imitation créée-
et donc finie-du Don infini qui ad intra constitue les Personnes
divines; imitation créée, et donc finie, mais
si approchante de l’infini qu Dieu en sa toute-puissance
n’aurait pu créer un être qui l’aimât
plus et mieux que le cœur de son Fils, Tel est l’enseignement
du grand docteur de la pensé franciscaine, le Bienheureux
Jean Duns Scot :
« Ainsi donc, dit-il, je conclu :
« Dieu d’abord s’aime`et s’aimant,
Dieu se sachant infiniment digne d’amour, veut répandre
sur d’autres son amour; non par une indigne jalousie,
mais par amour ordonnée : ainsi veut-il être
aimé d’un autre qui l’aime du plus haut
amour, s’entend d’un autre qui lui soit extérieur
mais avec qui il soit intimement uni.
« Dico autem sic : Deus primo diligit se; secundo diligit
/ prae aliis potentibus diligere ipsum porpter se; iste amor
custus, non zelus ; tertio diligit se diligi / ab alio qui
potest eum summe diligere, loquendo de amore aqlicujus exprinseci
/ ab eo qui immediate adharet dilectioni;/ paervidit unionem
illius naturae qui debet eum summe diligere » (1)Référence
(1)
Paris, 3 d 7, qu.4,n.5. ibid., report,Ripol., Scotus Docens,
XCIII, textes 156,157
|
III |
8.
Pour mieux comprendre encore la beauté, la grandeur,
la pureté de cette conception qui pose le Christ en fonction
de Dieu, de l’amour de Dieu, de la gloire de Dieu, voyons
à quelles conséquences entraîne l’autre
conception, le deuxième monde du Don divin.
Nous
avons constaté que ce don y est amoindri, non que de
la part de Dieu il soit moindre; mais parce qu’il ne peut
être par les donataires, ni compris, ni reçu, ni
rendu ainsi qu’il le mérite.
Qu’arrive-t-il
, en effet? Ou mieux qu’est-il arrivé? Car nous
ne sommes pas ici en terrain hypothétique; mais en pleine
et véridique histoire.
Dieu communique son amour aux anges. Si grands qu’on les
imagine, les anges, simples créatures, sont incapables
de s’égaler au Don de Dieu. De plus, une partie
des anges, un tiers, pense-t-on , rejette le don de Dieu, tient
l’amour de Dieu en échec, et cet échec sera
définitif…
Pour
réparer la défection des anges, nous dit-on, Dieu
crée les hommes et leurs communique son amour. Amour
a amoindri certes, car mois que les anges encore les hommes
sont capable de d’égaler au Don de Dieu. De plus,
le chef des hommes se dérobe à l’amour et
entraîne sa postérité dans sa révolte.
C’est
alors qu Dieu, humilié par ce double échec qu’il
semble n’avoir pas prévu ni pu empêcher,
imaginerait, pour s’en revancher, l’Incarnation
de son Fils, En face de la réparation tardive d’un
coup manqué, qu’on voudrait nous faire admirer
comme une merveilleuse invention, combien la première
conception parait plus digne de Dieu, de sa sagesse, de sa puissance,
de son amour infinis!
Son
Christ lui suffit en tout et pour toujours; Dieu se complaît
infiniment dans le retour d’amour que ce Christ lu rend,
égal à son avance; et le déni des autres
créatures ne déjoue pas son dessein.
9-
Mais cette comparaison de l’élégance des
deux hypothèses n’est que de peu de poids, auprès
de la considération des quatre points suivants :
a) Faire dépendre l’Incarnation du péché
d’Adam, et le péché d’Adam de celui
des anges, n’est-ce pas insinuer que Jésus-Christ,
Fils de Dieu, doit se réjouir de l’offense de Dieu,
car sans cette offense à réparer il n’aurait
pas existé!
Lui
qui est la plus haute, la plus pure manifestation de la gloire,
c’est-à-dire, de l’amour de Dieu, lui dont
toute la fonction est de gloire, d’aimer et de faire aimer
Dieu, il devrait,`a l’humiliation de Dieu, et d’être,
et d’être ce qu’il est, l’œuvre
la plus sublime de Dieu, le summum opus Dei!… Et Marie,
sa digne Mère, devrait avec lui se réjouir de
ce que Dieu fut offensé! Et peut-être la Très
Sainte Trinité, d’avoir été outragée
par le mépris de son amour!..
Le péché est aussi la perdition et le malheur
éternels des damnés, anges et hommes ! Jésus-Christ,
sa Mère, ses rachetés profiteraient donc à
cette réprobation ! C’est odieux à penser;
et néanmoins la damnation des créatures est moins
odieuse à admettre que l’offense du Dieu Saint.
Non,
proteste notre théologien : la prédestination
d’aucun être ne peut prendre occasion d’un
péché d’autrui ( 1) justes de l’ancien
Testament, et même de la Vierge Marie, n’étaient
pas dignes d’obtenir qu’un homme fût ainsi
assumé en unité personnelle par le Fils de Dieu,
car, dit saint Augustin ( De Trinitate, XIII, cap.19) l’incarnation
est la grâce la plus sublime que puisse accorder Dieu
selon l’ordre actuel. Cette grâce est gratuite,
absolument et nécessairement gratuite, la seule véritablement
gratuite, puisque touts les autres, dont découlent les
mérites des créatures, ont été méritées
par Jésus-Christ Notre-Seigneur! Comment pourrait-elle
donc dépendre du démérite d’Adam
(2)?
C)
Autre considération. Selon une volonté bien ordonnée
telle qu’est la volonté divine, le désir
d’un moindre bien ne peut supprimer la possibilité
d’un bien immense : autrement dit, il est déraisonnable
de se priver d’un gain de plusieurs millions pour pagne
quelques sous. Or c’est le calcul qu’on prête
à Dieu lorsqu’on fait dépendre l’Incarnation
non pas même du péché d’Adam, mais
aussi de sa fidélité.
Tout
le monde est d’accord pour dire que les mérites
du Christ, savoir la gloire et l’amour par lui rendus
à Dieu, dépassent de l’infini à eux
seuls tous les mérites de tous les hommes.
Supposé
qu’au lieu de pécher Adam fût resté
fidèle et sa postérité avec lui, la nécessité
de réparer la faute n’existant pas, l’Incarnation
n’avait plus lieu, Dieu donc était privé
de toute la gloire et de tout l’amour que lui a rendues
son Fils incarné mais, en compensation, il recevait les
hommages des hommes : la valeur de quelques milliers de centimes
comparée à celle d’incalculables milliards
de francs.
Non,
vraiment, dit notre théologien, il parait fort déraisonnable
de subordonner ainsi un bien immense, presque infini, à
un autres, minuscule, infime.
10)
Mais la quatrirème considération l’emporte
de beaucoup sur les précédentes. Ici il ne s’agit
plus de raisonnements humains, d’une logique impressionnante
mais qui serait inefficace s’il avait plus à Dieu
de vouloir autrement
d)
Le grand argument et pour dire vrai le seul argument véritablement
décisif, c’et l’enseignement de la Révélation.
(1) Oxon., 3 d.7,qu.3.n.4; Paris., Ibid, Scotus docens, LXXXVI.texte
136
(2) Paris., 3d.7, qu.4,n,.Rep.Paris. Rpol., ibid Scotus Docens
LXXXVII, texte 138
|
IV |
| Ce
que Dieu aurait pu faire, ce que de fait il a accompli, nous
ne pouvons le savoir , à moins q’un ne nous l’ait
déclaré. Car ses pensées ne sont pas nos
pensées, ni ses voies nos voies ( Isaïe , 55,8).
Pour ce qui dépend de sa libre volonté il faut
nous en tenir à sa parole.
C’est
précisément ce que pratique et ce que réclame
la théologie franciscaine :
«
Vous prétendez, dit-elle à ceux qui restreignent
le rôle du Christ à la Rédemption de l’homme,
à ceux qui conçoivent le Christ en fonction de
l’homme avant de le concevoir en fonction d Dieu, vous
prétendez que le Fils de Dieu ne s’est incarné
que pour le rachat de l’homme. Montrez-nous dans l’Écriture
d’abord, et ensuite d’une façon indiscutable
quand la Tradition , montrez-nous une seule parole ou soit exprimée
cette exclusion de TOUT AUTRE MOTIF : Le Fils de Dieu s’est
incarné UNIQUEMENT pour le rachat de l’homme; et
nous ferons nous-mêmes tomber notre synthèse théologique
comme une château de cartes, car nous en préférons
rien à la vérité, à l’honneur
divin.
Quant
aux textes ou il est dit que le Christ est venu pour sauver
les pécheurs, grâces à Dieu! Nous les connassons,
nous les méditons`et l’on nous ridiculise aimablement
de notre envahissante dévotion à Jésus
crucifié, de la prétention que revendique notre
Ordre de ne savoir que Jésus crucifié, de la gloire
qu’il réclame dans sa devise : Absit mihi gloriari
nisi in cruce Domine Nostri Jesu Christi!
Ce
que nous demandons, c’est une formule révélé
qui affirme : Le Christ n’est venu que pour sauver les
pécheurs.
11
. Jusqu’à ce qu’on la trouve, et tant qu’on
ne l’aura pas trouvée, nous adorerons avec respect
et gratitude toues celles ou Jésus est déclaré
notre Sauveur; mais nous ne rejetterons pas, nous ne minimiserons
point par esprit de système, nous ne viderons pas de
leur sens clair par une exégèse tendancieuse les
autres textes, ou il est dit, par exemple :
Proverbes,
8,22 : Le Seigneur, m,a possédé au commencement
de ses voies, avant ses œuvres les plus anciennes; à
quoi répond Colossiens,1,15 : ( Le Christ) est l’image
du Dieu invisible, né avant toute créature; car
c’est en lui que toutes ont été créées…
tout a été créé par lui et pour
lui il est lui, avant toutes choses, et touts choses subsistent
en lui. Il est la tête du corps de l’Église,
lui qui est le principe, le premier-né d’entre
les morts, afin qu’en toute chose, il tienne, lui, la
première place. Et encore :
Hébreux,
1,2 : Le Fils que (Dieu) a établi héritier de
toutes choses, et par le quel il a aussi créée
le monde…,3 qui soutient toues chose par sa puissante
parole, et s’est assis, après nous avoir purifiés
de nos péché, à droite de la majesté
divine…10. C’est toi, Seigneur, qui au commencement
a fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de
tes mains.
Si nous avons quelque peine à concilier ces textes et
ces choses, - car nous n’ignorons pas que l’Incarnation
est un mystère !- s’il nous est difficile de RECONAÎTRE
dans l’Homme de douleurs sans forme ni beauté,
le Principe des œuvres de Dieu, ce Médiateur de
la prédestination, de l’adoption des Fils, nous
nous garderons cependant de le méconnaître comme
firent les Juifs.
Mais
ces enseignements si clairs ne nous permettront jamais de penser
que le Christ puisse dépendre d’Adam pécheur,
ni même juste : nous ne concevons pas le Christ en fonction
de l’homme ,mais d’abord en fonction de Dieu.
12.
Que cette méditation sur le dessein de Dieu affermisse
en nous le solide fondement de la piété franciscaine
: Die ne veut et ne peut être servi que dans le Christ
. C’est le sens de sa Parole : Celui-ci est le Fils de
mes complaisances. Écoutez-le
|
| L’importance
du sujet que présente aux méditations de ses lecteurs
ce petit volume est manifeste ; dès le titre; elle se
révélera de plus en plus grande à mesure
que nous y avancerons car sous ce titre synthétique,
nous tentons d’étudier la Place que dans la piété
franciscaine tient Notre-Seigneur Jésus –Christ.
A
première vus, cette place est considérable. Mais,
dira-t-on, elle est majeure aussi dans la piété
des autres familles spirituelles ! Grâces à Dieu!
Précisons donc que, pour nous, cette place est capitale
et entrons sans retard dans notre sujet en résolvant,
en guise d’introduction, trois questions préliminaires
:
1-
Que faut-il entendre par piété?
2- Quelle place, dans la piété chrétienne,
peut et doit tenir Jésus-Christ Notre- Seigneur?
3- Quelle piété peut être dite FRANCISCAINE?
1
- CE QU'EST LA PIÉTÉ
1
- On prend souvent aujourd'hui pour équivalents, la piété
des mots, spiritualité, mystique. Nous allons distinguer
entre piété et spiritualité, nous séparons
mystique de qui le sent est discrédité à
la fois et ambigu. Ne parle t-on pas d'un mystique de fascisme
ou communisme, dont les principes sont négateurs de la
suprématie le spirituel; d'un mystique des sports ou
l'industrie fait qui cultivent seulement les muscles ou argent;
et même on n'oppose pas mystique à l'ascétisme,
alors qu'on est-ce que seulement l'aspect intérieur et
passif est, l'autre l'aspect extérieur et actif, de moi
même réalité que nous nommons ici piété?
Entendons par piété l'attitude vers Dieu d'un
homme de qui comprenait mieux ses devoirs et effort son les
accomplir.
L'homme, tout l'homme, a des devoirs multiples vers Dieu.Il
reconnaît en Lui son Principe et sa fin, son Créateur,
son Bienfaiteur, son Seigneur. Il le vôtre de lui l'être,
l'activité et les lois de cette activité, vie
et la nourriture de cette vie qui est corporelle, moralités,
intellectuel. Il lui doit en retour l'adoration, l'éloge,
et l'amour; l'obéissance; la gratitude, l'oblation, la
prière, l'expiration… S'acquitter de ces devoirs,
s'en acquitter avec le souci leur perfection, constituent le
service de Dieu, en d'autres termes la piété.
Cependant, comme la piété est une vie
d'après l'Esprit, une vie spirituelle, on peut l'appeler
aussi spiritualité. Mais sans doute il serait
plus exact pour réserver ce mot pour désigner
la méthode théorique et pratique du service
de Dieu. Une spiritualité est une science
de la piété. Elle se présente en effet
comme un système, méthodique, organisé,
de convictions etaussi depratique qui metten en oeuvre les principes
et aussi d'usages qui ont encore mis les principes, et à
qui but est pour encourager la piété, le service
de Dieu, avec perfection, conscience, volonté généreuse.
En somme, il importe peu; et cette précision a apporté
ici pour l'exactitude, nous ne ferons pas cas de conscience
de l'emploi indistinct de ces mots
2-
La piété est « naturelle »
à l’homme; le fait est établi par l’histoire
et la psychologie; nous le supposons connu et admis. Aussi parle-t-on
avec justesse de piété antique, piété
juive, piété musulmane… et de spiritualités
correspondantes. L’impiété, l’oubli
des devoirs envers Dieu, ou leur mépris, et au contraire
un « produit manufacturé» par la haine homicide
de Satan, l’ignorance, l’ingratitude des hommes.
La
piété chrétienne est un service, de Dieu
ordonné selon la révélation du Christ;
elle a servi de base à diverses spiritualités.
On cite la spiritualité de l’Ordre de Saint- Benoît;
celle de Saint –Bernard celle des Dominicains et des Carmes;
celle des Jésuites, avec la Salésienne et la Liguorienne
qui s’y rattachent; l’Oratorienne, apparentée
à la Franciscaine; d’autres encore. Cette diversité
dépend des systèmes théologiques et surtout
philosophiques adoptés par ces familles religieuses,
leurs conceptions de Dieu, du Christ, de la grâce, de
la nature humaine (1), etc… Car la Révélation
divine est d’un inépuisable souplesse et fécondité
et se prête humblement aux spéculations des hommes.
La tyrannie imposée à l’intelligence par
le dogme est un conte bleu.
(1)
J.Heerinckx,o.f.m., Introduction intheol, spirit., n’’
103,n.2. Citant F.-X. Maquart, auquel nous donnons raison contre
auteur.
II
-LA PLACE DU SEIGNEUR JÉSUS DANS LA PIÉTÉ
CHRÉTIENNE
3-
En toutes ces spiritualités, reconnaissons sans hésiter
que Notre-Seigneur Jésus –Christ possède
une place éminente, elles ne seraient point chrétiennes
sans cela.
Néanmoins
on s’accorde à admettre que le rôle donné
au Christ-Jésus dans la piété franciscaine
est visiblement plus grand que dans les autres spiritualisés.
On pense qu’il s’agit surtout de manifestations
d’une dévotion sensible, voire sentimentale, envers
l’Humanité sainte ; Jésus enfant, Jésus
en croix… Nous verrons qu’il est vrais, mais pour
une raison plus profonde que l’apparente.
La
place occupée par Notre-Seigneur dans cette méthode
de servir dieu qu’est une spiritualité peut en
effet différer. Supposons un système si bien établie
sur des notions rationnelles qu’il puisse, sans le ruiner
entièrement, sans lui causer un dommage irrémédiable,
retirer au moins de son exposition littérale Jésus-Christ,
sa personne, son enseignement. Les hommes pourront continuer
d’utiliser ce système pour servir Dieu, faire leur
salut, éviter le péché, pratiquer la vertu.
La pensée de leur Fin dernière peut suffire en
effet à décider les hommes à conformer
leurs meurs à leur destin (1). Supposons d’autre
part un système qui s’écroule entièrement
si l’on en retire le Christ; ainsi qu’une basilique
s’effondre par suite de l’affaissement de son sous-sol.
Elle n’est plus qu’un morceau de ruines inutilisables;
alors qu’en face le temple reste debout, ou l’on
peut continuer le service divin, bien qu’un proche ou
l’abside soit hors d’usage.
Le
rôle donné au Christ, n’est pas égal
dans les deux spiritualités; là il n’est
que complémentaire; ici il est fondamental.
Dans
la spiritualité franciscaine, outre l’aspect dévotionnel
qui est visible, un aspect dogmatique, s’impose : Le Christ
y tient la place capital ; c‘est par Lui, ouvertement,
qu’on sert Dieu; et l’on professe qu’on ne
peut servir Dieu et que pour Lui; qu | |