Série 16- 9 pages

Les trois voies de la vie spirituelle P. Jean-François- Bonnefoy

Art. II. - Les exercices spirituels

Intro

Pour devenir parfait et se préparer au bonheur du ciel, il faut s’éloigner du mal, imiter le Christ par la pratique de la vertu, cherche l’union avec Dieu. Fort bien ! Mais encore, comment s’en traîner, s’exercer dans ces trois voies ou moyens de perfection ? Par les trois exercices que sont la méditation, la prière, l’oraison.

Disons un mot de chacun d’eux, afin de faciliter l’intelligence des chapitres qui leur sont respectivement consacrés dans cet opuscule.

Art 2- Les exercices spirituels
a- La méditation
b- La prière
c- l'oraison affective
A- La méditation (= chap.I).

«La terre, dit l’Écriture, est plongée dans la plus affreuse désolation, parce que personne ne réfléchit » (Jér., 2,11) En fait, si l’on prenait la peine de réfléchir, les choses iraient beaucoup mieux, et pour chacun de nous, et pour la société.

Saint Bonaventure recommande donc en premier lieur la méditation discursive, dont il décrit sommairement la méthode en fin de chapitre. Elle est un travail de l’esprit sur les vérités surnaturelles tendant à révoquer de bons sentiments et, à leur faveur de bonne résolutions.

Comme les deux exercices suivants, la méditation peut-être utile pour s’exercer dans chacune des trois voies, à la seul condition de choisir un sujet approprié à chacune d’elles. En vue de guider son lecteur, le Docteur Séraphique, propose une chose de sujets de méditations adaptés à chacune des trois voies.

A s’en tenir à la théorie stricte, les débutants ne devaient méditer que le premier groupe de sujets ; les progressants, le deuxième groupe ; les parfaits le troisième le dernier. Mais saint Bonaventure avait lui-même que cette répartition n’a rien de rigide : » Dans cet exercice, écrit-il, notre méditation peut commencer par n’importe lequel des sujets proposé. On passe aussi suivant et l’on s’y attarde jusqu’à ce que l’on se sent dans le calme et la paix » (ch, 13). Ce qu’il dit de la voie purgative, vaut pour les deux autres, voies, avec cette réserve, déjà insinuées (1), que, les débutants se sentiront plus à l’aise dans les méditations proposées pour la voie purgative ; les âmes avancées dans celles qui concernent la voie illuminative ; les âmes parfaites dans celles qui traitent expressément de l’union avec Dieu.

B- La prière (= chap.II).

L’expérience enseigne que certains chrétiens se font une conception étriquée de la prière. Ils vont à l’Église, invoquent Dieu est ses saints quand le malheur les menaces ou les visites. Parfois même, uniquement préoccupés de leurs intérêts matériels, ils s’oublient de demander pardon à Dieu des fautes qui leur ont mérité le châtiment, et ils s’étonnent que leurs prières ne soient pas entendues ! Quand à le remercier pour ses bienfaits quotidiens, c’est le dernier de leurs soucis. La chose n’est pas nouvelle. Déjà au temps de sa vie mortelle, le Sauveur avait fait l’expérience de l’ingratitude des hommes. Sur dix lépreux qu’il avait guéris et envoyés aux prêtes pour que leur guérisons fût constatés officiellement, un seul revint auprès de lui pour le remercier, et c’était un Samaritain ! » Et les neuf autres, dit tristement Jésus, où sont-ils ? » (Luc, 17,17).

Pour prévenir et au besoin corriger cet appauvrissement et ces dévotions de la piété, saint Bonaventure a tracé d’une main sûr le programme de la prière complète, de la prière selon l’esprit du Christ : c’est l’objet du chapitre second.

L’âme chrétienne qui se présente devant la majesté de Dieu doit d’abord reconnaître sa misère, son indigence naturelle, et l’état de déchéance où l’ont entraînés ses péchés (v1). Elle doit, en second lieu, implore le Père par le Christ, dans l’Esprit-Saint, sans négliger l’intercession des Saints (v2). Elle doit enfin adorer, louer Dieu et le remercier, et s’élever ainsi jusqu’à l’amour de bienveillance et de complaisance (v3).

La méditation, on s’en souvient, varie de sujet selon qu’on l’applique à l’une des trois voies, parce que certaines variés sont plus aptes à nous éloigner du mal ; d’autres plus capables de nous faire aimer la vertu dont le Christ est le modèle ; d’autres enfin parlent davantage au cœur. Nous trouverons une semblable spécialisation dans l’exercice parallèle de l’oraison affective. Elle n’a pas de raison d’être dans la prière. Autrement dit : quel que soit, le but poursuivi : purification de l’âme, imitation du Christ, ou union de l’âme à Dieu, la prière doit toujours être complète, comprendre les actes qui viennent d’être sommairement énumérés : regret de ses fautes, supplication, adoration et action de grâces : « Toute prière parfaite droite avoir ces trois paries. L’une d’elles ne suffit pas sans les autres et ne peut conduire au but. Il faut donc toujours les unir » (ch. II, prol.). Ces paroles sont le commentaire de l’affirmation de saint Paul : «La piété est utile à tout » (I Tim.4, 8).

Si la forme de la prière est indépendante du but poursuivie, est constante par conséquent, il va de soi néanmoins que les commençants, les néo-convertis en particulier, feront bien d’insister davantage sur le regret de leurs fautes, tandis que des âmes avancés iront plus rapidement et comme d’instinct aux actes d’adoration, de louage et d’amour, qui sont incontestablement supérieur. Cette doctrine, saint Bonaventure l’enseigne clairement dans ses autres opuscules. Ce qu’il veut éviter, c’est que nous nous fassions une âme de mendiante ; la main perpétuellement tendue, certains ne savant que gémir et oublier même de dire merci. Nous sommes des misérables, sans doute ; mais nous sommes aussi les enfants du Père qui est aux cieux, c’est pourquoi, si notre prière commence dans les gémissements et les larmes, «elle doit s’achever dans l’allégresse et la joie ; il ne faudra jamais quitter la prière avant d’être arrivé à cette jubilation intérieur » (ch. II. V 3).

C. L'oraison affective (= chap.III).

Cet exercice, décrit par tous les Maîtres de la vie spirituelle, est caractérisé par le fait qu’il s’amorce normalement par la méditation, mais donne la prédominance aux affections. Telle est aussi la description qu’en donne expressément saint Bonaventure (2)

Disons tout de suite, pour éviter une équivoque dangereuse, que les affections dont parle ici et ailleurs saint Bonaventure ne sont uniquement ce qu’on appelle aujourd’hui la dévotion sensible. La crainte des châtiments de Dieu, le zèle pour le salut des âmes peuvent fort bien subsiste en nous avec un état passager ou permanent d’aridité spirituelle, et provoquer de bonnes résolutions, ce qui est en définitive l’essentiel. Sainte Thérèse d’Avila a passé des années sans pouvoir verser une larme sur la douloureuse Passion de N.S.Jésus-Christ. Elle ne manquait pourtant pas de bons sentiments intérieures, ne pourrait-on signaler à son actif une sa persévérance à chercher Dieu malgré l’aridité où elle se débattait.

Comme l’âme qui médite, celle qui fait oraison choisira les sujets qui amorcent son colloque avec Dieu, en fonction du but poursuivi, Mais tandis que saint Bonaventure abandonne à l’initiative privé ou à l’inspiration du moment, le choix des sujets de méditation, il veut plus de méthode dans la conduite de l’oraison. Son insistance sur ce point mérite d’être soulignée.

« celui qui veut arriver au sommeil de la paix, dit-il à propos selon l’ordre qui vient d’être indiqué » (ch. III, c1). « Vous avancez en suivant cet ordre », répète-t-il pour chacune des deux autres voies (2-3)

Cette différence de tactique entre deux exercices si voisins surprend tout d’abord, mais l’on ne tarde pas, si l’on y réfléchit, à en découvrir la raison. S’il est en soi indifférent de faire appel à n’importe quel motif de contrition pour s’exciter au repentir ; si l’on peut sans inconvénient, même en état très imparfait méditer sur le mystères de la grâce pour en provoquer en soi le désir, il serait téméraire, et partant dangereux, d’entretenir en soi des sentiments disproportionnés à son état d’avancement, de souhaiter le martyre, par exemple, alors qu’on est incapable de supporter la moindre contrariété. La diversité infinie des états d’avancement spirituel jouera donc un plus grand rôle dans la conduite de l’oraison que dans celle de la méditation. C’est sans nul doute afin de mieux nuancer les degrés que le Docteur Séraphique a substitué, en ce troisième chapitre la division septénaire à la division ternaire classique, fort belle assurément et pratique, mais un peu trop sommaire pour qui veut y insérer des analyses psychologiques (3)

Références
(1)- Voir ci-dessus le tableau montrant les relations des voies avec les étapes de la vie spirituelle.

(2)-La réflexion domine au premier degré de cet exercice : les affections dans les degrés suivant. Ch.III, 3. C’est exactement la définition de l’oraison affective selon Tanquerez : »L’oraison affective st, come le mot l’indique, celle où dominent les pieuses affections, c’est-à-dire, les divers actes de volonté par lesquels nous exprimons à Dieu notre amour tel désir de la glorifier. Dans cette oraison, le cœur a plus de part que l’esprit ». Précis de théologie ascétique et mystique. Paris, 7 ed., 1928-p. 616.

(3)- Voir ci-dessus, art. I .B et V

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