MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Les petites vertus du foyer par Mgr. Chevrot


A publié chez le même éditeur la vie de l'abbé Roger Derry
décapité à Cologne le 15 Octobre 1943

nihil pobstat parislis die 12e aprillis 1949 E. Gabel A.A.

Impirmatur Parislis die 21 aprillis 1949 Petrus Brot, v.g.

Table de matières

1-La petite vertu de courtoisie.
2-La petite vertu de d’effacement
3-La petite vertu de gratitude
4-La petite vertu de sincérité
5-La petite vertu de discrétion
6-Noël, la joie au foyer
7-La petite vertu de d’espérance
8-La petite vertu de la bonne humeur
9-La petite vertu de bienveillance
10-La petite vertu d’économie
11-La petite vertu d’exactitude
12-La petite vertu de diligence
13-La petite vertu de patience
14-La petite vertu de persévérance

 La petite vertu de courtoisie.

Dans une lettre à Mme de Chantal, saint François de Sales écrivait : Petite courtoisie, basse vertu, mais marque d,une bien grande… Et il faut s’exercer aux petites vertus, sans lesquelles les grandes sont souvent fausses et trompeuses. Il est rare, en effet, qu’on s’extasie devant une personne régulièrement affable et polie. Cependant, cette affabilité et cette politesse supposent une surveillance maîtrise de soi peu communes.

Or il existe un certain nombre de petites vertus qui, pareilles à la courtoisie, ne soulèvement pas une admiration bruyante ; mais lorsqu’elles font défaut, les relations entre les hommes sont tendues, pénibles, orageuses même, a point d’aboutir parfois à des désastres. Ces « basses vertus » sont exactement celles qui rendent supportable et agréable notre vie de tous les jours. C’est pourquoi, chers auditeurs, la station de Radio Luxembourg m’ayant procuré l’honneur de vous adressez la parole, je voudrais consacrer cette série de causeries relieuses dominicales aux petites vertus des foyers chrétiens.

A première vue, c’est là un propos bien modeste, pourtant, puisque les ondes vous font entendre le message de l’Évangile à votre foyer, n’est-il pas logique que ce soit d’abord à ce foyer que l’enseignement du Christ apporte sa lumière, sa chaleur et ses semences de joie ? Sans doute demandez-vous habituellement à la Radio de vous apprendre ce qui se passe hors de chez vous, et vous appréciez les causeries religieuses qui vous mettent au courant des grands événements intéressant le monde catholique je vous en parlerais volontiers un jour ou l’autre. Il est vrai aussi que quelqu’un pourraient attendre d’un prédicateur qu’il traite des hautes vérités de la religion. Je ne pense, quand à moi, qu’à cette heure de la matinée où, le déjeuner terminé, chacun doit s’affairer encore aux soins du ménage ou de la toilette, le moment n’est guère favorable à l’audition de discours savants et un peu abstraits. Laissez-moi vous tenir un langage à la fois très élevé et très simple, le langage même de l’Évangile. Vous pouvez l’écouter, cher Monsieur, en finissant votre cigarette la première cigarette de la journée est la meilleur, disent les fumeurs, et vous, Madame, toute en recousant un bouton à la vestes de votre gamin, cela n’empêchera point de votre esprit soit attentif à accueillir à votre foyer, la visite du Seigneur dont la présence invisible le sanctifiera.

Au vrai, n’est-ce pas avant tout entre les quatre murs de la pièce, où vous vous trouvez e ce moment qu vous avez à observer la loi de Jésus-Christ ? Sur c point, il y aurait quelques erreurs à rectifier en beaucoup d’esprits.

Les uns s’imaginent que le seul objet de la religion est de garantir aux hommes la félicité dans un autre monde. A coup sûr, Jésus-Christ nous a fait cette promesse et c’est pour nous l’obtenir que le Fils de Dieu a pris rang dans la famille humaine, qu’il s’est incarné et qu’il nous a rachetés. Toutefois, ce don prodigieux d’un bonheur éternel, sans commune mesure avec nous ressources et nos ambitions, a pour conditions notre foi, notre bonne volonté, nos efforts sincères, toutes choses qu’il nous fait accomplir dès maintenant. En réalité, nous n’avons qu’une vie qui, par delà la mort, n’aura pas de fin. Notre éternité bienheureuse est commencée dès le jour de notre Baptême. C’est ici, sur terre, que nous commençons notre ciel, en priant Dieu et en observant ses commandements. La religion n’est pas seulement une affaire qui concerne l’au-delà ; elle a bel et bien sa fonction dans l’en deçà . Elle doit régler notre ive présente.

Je dis notre vie présente, par conséquent, chers auditeurs, notre vie réelle, notre vie quotidienne,. Là-dessus aussi, bien des gens se trompent et parfois de bons chrétiens. Ceux-là opèrent une séparation artificielle entre ce qu’ils appellent la vie profane et les devoirs de la religion, les quels formeraient une brève parenthèse dans la vie de tout le monde. Mais si, pour la plupart des hommes, le temps réservé à la prière est forcément très cours en regard de leurs autres occupations, n’oublions pas que nous vivons toute la journée sous le regard de Dieu, et que nous lui devons constamment l’hommage de notre obéissance, cet hommage se traduisant par l’offrande explicite de toutes nos activités. A proprement parler, l’expression « vie profane » n’a pas de sens pour un chrétien, car sa vie toute entière est consacrée à Dieu, qu’il doit honorer en toutes ses actons, jusqu' aux plus ordinaires. Que vous mangiez ou que vous buviez, écrit saint Paul, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.

Certaines personnes se désolent de n’avoir pas le temps de se rendre fréquemment à l’église ; dans la complexité actuelle des travaux domestiques, elles ne trouvent pas le temps d’accorder à Dieu une longue prières, ne croyez-vous pas que, très courte, votre prière peut être cependant très fervente ? Et pourquoi chercher Dieu sur une route où il ne vous attend point ? Il vous donne rendez-vous sur le chemin où sa providence vous a placés ; c’est là que vous le rencontrerez durement, parmi vos obligations journalières. Pensez seulement à les lui offrir en les remplissant de votre mieux. Vous journées s’écoutent soit sur le lieu de votre travail, soit à l’intérieur de votre maison, et pour la mère de famille ces deux champs d’action , en font qu’un, puisque son travail est à son foyer. C’est que vous avez à pratiquer les vertus chrétiennes.

Certes vous devez y observer quelquefois des devoirs très graves il s’agit alors de vous dévouer à un malade ou de faire face à une situation matérielle critique, ou bien de pardonner des torts qui vous ont fait souffrir, mais en règle générale, un chrétien ne se dérobe pas devant les vertus difficiles et l’occasion ne s’en présente que par intermittence. En revanche, la vie familiale implique quantité de petits devoirs qu’on néglige souvent, ou parce qu’il sont très nombreux, ou parce qu’ils ne sembles pas très importants. Ils l e sont néanmoins, et c’es le motif pour lequel ils méritent votre attention.

Au surplus, comme le faisait remarquer saint François de Sales, ces basses vertus réclament une grande vertu, c’est –à-dire un grand amour, celui qui se manifeste dans les plus petits détails. En vous en proposant, la pratique, ce n’es pas une perfection au rabais que je vous prêcherai, mais la divine vertu de charité, dont les petites vertus du foyer sont comme la menue monnaie.

Excusez-moi de m’être attardé à ces réflexions préliminaires : il le fallait pour vous expliquer mes intentions. Aurai-je encor le temps de vous présenter la petite vertu de courtoisie ? Quels mots y suffiront.

Quel charmant intérieur que celui où tous s’efforcent de se montrer polis et avenants, nos ancêtres disaient courtois !

Être poli, le mot l’indique, suppose que nos adoucissions les aspérités de notre caractère. Un objet qui n’a pas été poli est qualifié de grossier, et cette épithète, lorsqu’on l’applique aux hommes, n’a vraiment bien de flatteur. Mais voilà, la politesse est assez souvent considéré comme un article d’exportation. Courtois et affables, pour les gens du dehors, une fois rentré chez soi, on ne se gêne plus. Après tout, ne revient-on pas à la maison pour se détendre ?

Soit, pourvu que le ressort ne blesse personne en se détendant trop brusquement.

Est-il indispensable pour se délasser dd grossir démesurément la voix ou de prendre des airs rébarbatifs ? Foncer les sourcils ou faire la moue ne sont pas le signe d’une vraie détente, au lieu que le sourire, les attentions et les prévenances mutuelles créent au foyer une atmosphère de repos et de paix.

La courtoisie d’oblige pas seulement les inférieur envers les supérieurs. Gardez-vous, disait Notre-Seigneur, de mépriser aucun de ces petits, Jésus veut que nous respections en tout homme sa double dignité d’être raisonnable et d’enfant de Dieu. Tout homme, quelle que soit sa condition, a droit à nos égards. On ne saurait mieux définir la courtoisie.

Votre foyer, chers auditeurs, sera un foyer en chrétien si déjà tous y rivalisent d’égards les uns pour les autres. Ayez égard, à l’âge des anciens dont les cheveux ont blanchi ; ayez égard à la faiblesse de ceux que vous devez conseiller pour reprendre ; ayez égard à la fatigue de ceux qui se replient un peu trop sur eux-même. Bannissez de votre vocabulaire et de os attitudes les rudesses qui n’expriment pas les vrais et profonds sentiments d’affection que vous éprouvez les uns pour les autres. Voulez-vous, vous y appliquer cette semaine ? Je vous promets huit jours de bonheur.

Au reste, le mot l’indique assez clairement. L’Écolier n’aurait rien à « effacer » sur son ardoise s’il n’y avait auparavant inscrit des chiffres ou des lettres, je ne puis m’effacer qu’après avoir agi ; je ne puis disparaître qu’après m’être montré. L’humilité ne consiste pas à se cacher pour ne rien faire, mais à ne pas s’admirer quand on la fait le plus et le mieux possible. Je dirai davantage. Si l’on veut réussir un travail, il faut n’avoir vue que ce travail, sans chercher les applaudissements. Si l’on eut réussir un travail, il faut n’avoir en vue que ce travail, sans chercher les applaudissements. Si l’on veut parler utilement, il faut songer uniquement à ce qu’on on dit, sans s’écouler parler. On ne saurait être à la fois spectateur et acteur ; on ne peut pas se mettre à la fenêtre pour se voir passer da la rue. Le bon ouvrier est tout entier à son cœur ; il s’efface devant elle. Pourvu qu’elle soit bien faite, il est satisfait et il répudie comme indignes de lui tout retour de vanité et tout sentiment de suffisance. Prétendra-t-on que sa modestie l’annihilé? Je trouve pour ma part que cet humble est singulièrement fier,. Car la fierté n’est pas l’orgueil : bien plus, elle l’exclut.

Non seulement la petite vertu d’effacement ne nous diminue pas, mais elle présente un autre aspect sous lequel elle s’apparente à la charité. Le disciple de Jésus-Christ, s’il ne s’admire point, se plaît en revanche à reconnaître ce que les autres font de vient, et surtout ce qu’ils font de mieux que lui-même. On ne l’entend pas se vanter, mais il est le premier à louer joyeusement les succès d’autrui. Comme il disparaît derrière son oeuvre bien faite, il s’efface très simplement devant les qualités et les mérites des semblables. De cette disposition, saint Paul n’hésite pas à faire un précepte universel : Que chacun d’entre vous, écrit –il, estime en toute humilité que les autres lui sont supérieurs. L’Apôtre ne vous demande pas de nier l’évidence. Non, ne fermez pas les yeux sur vos propres qualités ; vous aussi, sur plusieurs points, vous êtes plus habiles ou plus vertueux que bien des gens. Il n’en est pas moins vrai que même ceux auxquels vous avez le droit de vous juger supérieurs ont des aptitudes et peut-être aussi des vertus que vous ne possédez pas, du moins a même degré. Si nous observons avec l’objectivité. Il n’y a personne qui ne nous dépasse par quelque endroit : tel est plus énergique, tel autre plus adroit, celle-ci est plus vive, celle-là plus indulgente. Cherchons toujours à reconnaître les qualités des autres et effaçons-nous loyalement devant leur supériorité.

Un pas de plus et nous arrivons à la perfection. Puisque les autres ont comme nous des mérites et des droits, pourquoi exigerions-nous qu’ils se plein toujours à toutes nous volontés ? Sachons nous effacer devant les désirs ou les préférences de ceux avec qui nous vivons. Assurément, il y a des circonstances où un chef de famille doit imposer sa décision, sous peine de trahir son devoir d’état ; mais alors, ce n’est pas son opinion ou son goût personnel qu’il fait prévaloir : il exige le respect d’une loi supérieure à laquelle il se soumet le premier. En dehors de ces cas où l’autorité a le devoir d’exercer ses responsabilités, la bonne entente sera toujours mieux assurée au foyer lorsque chacun se proposera de faire plaisir aux autres.

Nul ici ne me contredira, je pense, Si la mère a mérité d’être appelée la reine du foyer, c’est moins parce que tous lui obéissent que parce qu’elle s’efface continuellement pour se pour se mettre au service de tous, Jésus n’a –t-il pas affirmé que le plus grand est celui qui sert les autres ? la maman es l’âme du foyer, car elle veille à tout : couché la dernière afin de ranger ce qui le traîne, levée la première pour que rien ne manque ; à personne, jamais elle ne plaint sa peine, jamais elle ne quête un compliment ; elle ne se préoccupe pas de ce qui lui conviendrait le mieux ; elle sait ce qui plaît au papa et aux enfants et elle s’ingénie à contenter tus ceux qu’elle aime.

Eh bien ! il serait injuste que la maman fût seule à s’effacer, tous doivent l’imiter et, ce faisant, tous contribuent au bien-être du foyer. Les foyers malheureux sont ceux que régissent les deux affreuses lois du « chacun pour soi » et du « moi d’abord ». Au règne de l’égoïsme, le Christ a substitué celui de l’amour, qui implique l’oubli de soi,. Dans les foyers chrétiens, l’ordre égoïste est renverser : « Les autres d’abord ; moi ensuite . » On trouve son bonheur à rendre les autres heureux. Au lieu de s’emparer du siège le plus confortable ou de guetter la meilleur part, chacun songe à les offrir aux autres et il se réjouit de leur accorder ce plaisir.

Les époux sont toujours d’accord, lorsque, avant d’exprimer un désir, le marie et la femme, chacun de leur côté, s’interrogent intérieurement : « Que préfère-t-elle?» Que souhaite-t-il? » C’est à qui voudra contente l’autre.

Et vous, les enfants, croyez-vous que papa et maman ne renoncent pas souvent à leurs aises pour vous donner une satisfaction ? Ils sont heureux de votre joie. A votre tour, ne laissez passer aucune occasion de deviner leurs préférences et effacez-vous gentiment, sans le faire remarquer, Ne dites pas : « On ne pense pas à moi, je suis sacrifiés.» Dans une famille où tout le monde s’efforce de pratiquer la vertu d’effacement, nul n’est sacrifié. On n’a plus besoin de penser à soi, les autres y pensent avant vous. Nul n’est oublié lorsque chacun s’oublie pour les autres.

- C’est le paradis sur terre?
Ma foi, je le crois bien, et je souhaite de tout mon cœur que vous en fassiez l’expérience.

 

 La petite vertu de gratitude

La petite vertu de gratitude, dont je vous parlerai aujourd’hui, cher auditeurs, complète la première trilogie des vertus du foyer. On s’efface sans effort devant les autres dès qu’on songe à ce qu’ils nous donnent, et notre reconnaissance se manifeste en usant de courtoisie à leur égard.

Au sein des familles, l’ingratitude positive, celle qui se traduit par de la méchanceté, est heureusement peut fréquente. L’enfant ingrat qui s’enfuit de la maison paternelle en claquant les ports, le père despote qui traite sa femme et ses enfants en esclaves constituent des monstruosités, ce qui est moins rare, en revanche, c’est l’oublie des services que les autres nous rendrent ou seulement la fâcheuse habitude de ne jamais leur en exprimer notre contentement. A ces défauts regrettables, il convient d’opposer la petite vertu de gratitude.

Les oublieux sont, paraît-il, assez nombreux. Un épisode de l’Évangile nous autoriserait à le croire, je veux parler des dix lépreux que Jésus avait guéris aux abords d’un village. Lorsque ces gens virent que leur mal avait disparu, il ne s’en trouva qu’un pour venir se jeter aux pieds du Sauveur et le remercier.
Jésus n e peut s’empêcher d’en faire la remarque :Est-ce que les dix n’ont pas été guéris? Où sont les neufs autres ? Ceux-là sans doute bénissaient dans leur cour l’envoyé de Dieu qui avait eu pitié de leur misère, mais, pressés d’aller faire constater leur guérisons par les autorités officielles afin de pouvoir rentrer da la vie commune, ils négligèrent une démarche de reconnaissance pourtant bien élémentaire. Or les neuf oublieux étaient des compatriotes de Jésus, et le seul qui ait pensé de lui montrer sa gratitude était un Samaritain, un étranger !

Notre-Seigneur souligne lui-même ce contraste à première vue paradoxal, mais qui n’est pas chose inouïe. Alors que souvent l’on attend en vain les remerciements de personnes qu’on on a aidées au prix de réels sacrifices, d’autres pour qui nous avons fait beaucoup moins s’en souviennent longtemps après et ne savent qu’imaginer pour nous payer de retour. N’arrive-t-il pas encore qu’attentifs à remercier un étranger d’un bienfait occasionnel, nous ne semblons même pas apercevoir les services de chaque jour que nous rendent nos proches ? De leur part, ces gentillesses sont tout ce qu’il y a de plus naturel ? Soit, mais il le serait aussi de leur dire que nous y sommes sensibles.

Notre mémoire est singulièrement capricieuse, à moins que ce soit notre cœur. Si nous oublions une amabilité dont nous avons été l’objet, avec quelle précision nous retenons le souvenir d’un manque d’égards ou d’un mot blessant ! Un proverbe l’affirme : Mémoire du mal a longue trace, mémoire du bien bientôt passe. Comme nous savons rappeler aux autres nos bons offices ou la peine que nous avons prise pour les obliger ! Le souvenir des bienfaits rendus est plus tenace que leur des bienfaits reçus. La vanité s’entent si bien à fausser les perspectives ! Et sans doute est-il moins grave que nous ingratitudes soient imputable à une démangeaison de l’amour-propre plutôt qu’à un défaut d’affection envers ceux qui nous aiment ; le mieux serait pourtant que notre affection fût assez forte pour nous demeurer toujours présente à l’esprit.

Il faut donc combattre notre maudit amour-propre et commencer la lutte de bonne heure. En quel foyer n’a-t-on pas entendue le dialogue suivant ? A la tale familial,e l’enfant demande un morceau de pain à son père. Celui-ci saisit la miche et en taille une bonne tranche, où l’enfant mord aussitôt à pleines dents.

-Eh bien ! interroge papa, qu’est-ce qu’on dit ?
La bouche pleine, le moutard murmure un timide merci.
-Merci, qui ?
-Merci, papa…

Et combien de fois cette scène ne se reproduira-t-elle pas ? ‘un des premiers mots articulés par vos bébés est : non. Celui-là, inutile de le leur apprendre, mais combien de répétitions sont nécessaires pour leur inculquer l’habitude de dire : merci. Instinctivement, ils tendent la main pour recevoir : « encore, encore !… » Le remerciement, lui, ne remonte pas des sombres régions de l’instinct ; il sort d’une conscience que l’éducation a éclairée.

Beaucoup d’adultes demeurent à cet égard des petits enfants toute leur vie. Ils ne sont jamais satisfaits ; ils réclament encore ; ils veulent toujours plus, insatiables, ils se rende malheureux, ils attristent et ils lassent les autres de qui ils exigent encore et toujours plus. Comment les amener à reconnaître que ce qui leur manque si peu de chose à côté de tout ce qu’ils ont reçu ?

Comment surtout les persuader d’apprécier davantage ce qu’Ils possèdent ? Ils devraient eux aussi apprendre à dire merci.

Merci, ce tout petit mot joyeux qui se termine sur une sonorité cristalline, c’est le mont magique qui introduit au foyer la courtoisie, le bon ordre et la sérénité.

Merci, c’est déjà la prière qui d’un foyer chrétien s’élève vers Dieu pour qui rendre grâces. Avez-vous remarqué la place que cet acte de gratitude occupe dans nos prières usuelles ? Nous disons le matin : «« Mon Dieu, je vous remercie de toutes les grâces que vous m’avez faites jusqu’ici. C’est encore par un effet de votre bonté que je vois ce jour…» Et le soir : « Quelles actions de grâces vous rendra-je, ô mon Dieu, pour tous les biens que j’ai reçus de vous. Vous avez songé à moi de toute éternité, vous m’avez tiré du néant, vous avez donnée votre vie forme racheter et vous me comblez encore tous les jours d’une infinité de faveurs…» réfléchissez-y, il n’y a pas un seul jour où Dieu ne vous ai accordé un bienfait particulier ; même dans nos jours d’épreuves, cherchons bien, nous observerons qu’à côté de notre tristesse il s’est glissé une petite joie. Et n’est-ce pas un grand bonheur que l’union que règne à votre foyer ? vous qui vous aimez, remerciez Dieu d’un sort aussi doux.

Mais sachez vous l’adresser également les un aux autres ce petit mot qui coûte si peu à dire et qui fait tant de bien à entendre. Avant de vous endormir, repassez quelques fois dans votre esprit tour ce que , dans la journée qui s’achève, vous avez reçu des autres. De tous les autres, par le nombre est considérable des hommes et des femmes qui travaillent chaque jour pour vous nourrir, vous vêtir, vous procurer les commodités de l’existence. Même si vous limitez ce calcul aux membres de votre famille, vous serez littéralement émerveillés de tout ce qu’en un seul jour vous recevrez d’eux : tout ce qu’ils vous ont appris ; les conseils qu’ils vous ont donnés ; la main-forte qu’ils vous ont prêtée ; tantôt un encouragement, tantôt un avertissement, mais toujours pour votre bien`une parole aimable qui vous a touchés, un mot drôle qui a dissipé vos tracas ; leurs succès dont vous avez été fiers ; leurs efforts qui ont stimulé les vôtres ; sans parler du repas partagé ensemble et que la maman savait soigneusement préparé, ou de la petite surprise que papa rapportée le soir. Le compte est bon de ce que qu’au foyer chacun reçoit des autres. Et voilà certes de quoi vous engager à n’être pas toujours celui qui reçoit. Demandez-vous donc : « Que leur ai-je donnée ? Que puis-je leur donner en retour ?

Mais en attendant l’occasion de les servir avec autant de générosité, ne manquez pas celle de leur dire merci. lorsqu’elle se présente. Merci au moindre service rendue par qui que ce soit, mais prononcé sans affectation, comme on échange un regard. A lui seul ce petit mot récompense de leurs les peines ; il répare au besoin la phrase eu peu vivre qui vous a échappé auparavant ; il équivaut à un sourire et souvent il le provoque ; il rend heureux celui qui le dit et celui à qui on l’adresse.

Il est frappant d’observer qu’au moment où Notre-Seigneur se rend volontairement à la mort pour mériter aux hommes une vie éternelle, il a tenue à remercier ses apôtres de l’attachement qu’ils lui avaient prouvé tant qu’il vivait avec eux. Vous, leur dit-il, vous êtes demeurés auprès de moi dans mes épreuves. La grandeur de l’âme de Jésus se révèle dans cette délicatesse. Il n’a cessé de combler ses apôtres, il leur a tout donnée, et c’est lui qui les remercie.

N’est-ce as toujours le propre d’un cœur vraiment généreux que de se montrer reconnaissant envers les autres du peu qu’ils essayent de faire pur lui ? Les ingrats se recrutent parmi les cœurs égoïstes, les esprits mesquins et les caractères médiocres. La petite vertu de gratitude est la preuve d’un grand cœur. Même envers celui qui est maladroit, ou qui se trompe, du moment qu’il a bonne volonté, soyez reconnaissants au oins de son intention.

Quant à celui qui vous parle en ce moment, chers auditeurs, puisque vous avez eu la patience de l’écouter, il ne peut mieux terminer qu’en vous disant : merci.

 

 La petite vertu de sincérité

Dites oui, si c’est oui ; non , si c’est non. Telle est, mes chers auditeurs, la règle que Jésus impose à ses disciples. Il veut qu’o pousse nous croire sur parole.

Il n’y a pas de vie sociale possible, en effet, si l’on ne peut pas se fier aux déclarations d’autrui. Tromper quelqu’un, c’est le traiter en ennemis, mais c’est du même coup se déshonorer et se rendre indigne de confiance. On comprend que Notre-Seigneur n’accepte pas que des lèvres chrétiennes profèrent un mensonge. Pas de faux-fuyant ni de ruse : disons simplement la vérité : oui, c’est oui ; non si c’est non.

Je vous ferais injure, chers auditeurs, si je paraissais seulement supposer qu’on ose mentir dans un foyer chrétien, je serais plus catégorique : là où sévit le mensonge, il y a peut-être encore les apparences d’un foyer, mais leurs murs en sont lézardés et la ruine, hélas ! est prochaine. On ne peut pas s’aimer en dehors de la vérité et, dans le langage de la affection, le mensonge est ni plus ni moins une trahison.

Mais s’il est superflu et, je le répète, offensant de rappeler le devoir de la franchise aux membres d’une famille unie, en peut-on dire autant de la petite vertu de sincérité ?

Quand un jeune moutard s’embrouille dans les explications qu’il donne de sa conduite, la maman l’interrompt : Qu’est-ce que tu me racontes-là ? ton nez remue, » et sans doute si le coupable se regardait dans la glace, contesterait-il à son tour la véracité de sa mère. Cependant, celle-ci ne s’y trompe pas. Les narines, les lèvres, les paupières d’un petite pâleur marquent un léger frémissement qui révèle qu’il est en tain de prendre quelques libertés avec la vérité. Or ce défaut n’es pas seulement le fait des petits ; les grands, même les très grands y sont également sujets, et, qu’on le veuille ou non, ces entorses à la vérité constituent un certain abus de convaincre, elles risquent en outre d’ouvrir la porte à des tromperies plus graves. On se droit les interdire.

Le propre de la sincérité est de ne vouloir dire que des choses vraies. Quelques-uns ont avancé que ce mot viendrait du latin sine cera, sans cire, par allusion aux cires, pâtes et onguents dont les dames romaines se servaient pour masquer les rides de leur visage. Nos Française connaissent aussi ces secrets de beauté, et puisqu’elles les emploient, je pense, dans le désir d’être plus agréables à ceux qui les entourent, on se montrerait bien sévère à les blâmer d’une aussi louable attention, encore, qu’aucun apprêt ne vaudra jamais la fraîcheur naturelle, de la jeunesse. Mais on ne saurait excuser quiconque recourt à des artifices similaires pour enjoliver, colorer ou farder la vérité.

La sincérité porte sur ce que nous pensons et sur ce que nos faisons.

En nous oblige donc en premier lieu à ne pas être de l’avis du dernier qui a parlé et à ne pas dissimuler notre manière de penser. Il arrive en famille qui, sous prétexte de charité, on préfère abonder dans le sens de ceux qui a manifestent plus énergiquement leur opinion, par crainte de les irriter ou dit amen à tous leur jugements. « Pourquoi les contredire, puisqu’on ne les convaincrait pas ? » sans doute assurez-vous ainsi votre tranquillité, mais ne couvrez pas votre reculade sous des dehors charitables. Est –il flatteur pour les autres de leur attribuer un caractère entier et autoritaires ? Si vous croyez qu’ils se trompent, la charité vous conseillerait plutôt de les éclairer doucement, en leur soumettant votre point de vue qui peut élargir leur vision, la charité ne vous contraint pas adopter une opinion que vous ne partagez point, elle veut seulement que vous ne blessiez pas les autres en émettant un avis différent du leur.

Lorsque le roi saint Louis demanda au sire de Joinville s’il ne lui semblait pas moins grave d’être atteint de la lèpre que de commettre un péché mortel, Joinville ne craignit pas de lui avouer ingénument sa façon de penser. « Et moi, reprit-il, qui oncques ne mentis, je lui dis que j’aimerais mieux avoir commis dix péchés mortels que d’être frappé de la lèpre. » Certes, le souverain avait raison et nous admirons sa sainteté, mais la loyauté du chevalier n’est pas moins admirable ; « Moi qui jamais ne mentis… » Voilà le type de l’homme sincère, incapable de feindre.

La vertu de sincérité ne s’exerce pas seulement dans l’expression de notre pensée, mais sur le champ plus vaste des faits dont nous sommes les témoins ou les auteurs. Sur ce point, bien des gens ont du mal à être parfaitement objectif, parce qu’ils ne voient pas seulement les faits avec leurs yeux et ne les jugent pas uniquement avec leur froide raison. Ils les interprètent sous l’impulsion, souvent inconsciente, de leurs désirs ou de leurs craintes, de leur sympathie habile à excuser leurs amis ou de leur antipathie prompte à soupçonner une mauvaise intention chez les autres. Savez-vous que l’office de témoin n’est pas facile à remplir ? S’en bien acquitter supposerait que notre attention ait tout observé et que notre mémoire ait tout retenue aussi exactement qu’une plaque photographique. Aussi, à défaut d’une objectivité absolue, rarement possible, on doit et cela est une vertu posséder assez de désintéressement pour déclarer que nous rapportons les choses telles que nous croyons les avoir vues ou entendues, telles du moins que nous les avons comprise, ainsi que pour exprimer nos jugements avec les nuances qu’exige le risque que nous courons toujours de dénaturer tant soit eu la réalité.

Toutefois, le risque est plus grand lorsque nous parlons de ce que nous avons fait nous-même. Il faut un fier courage pour ne pas accentuer ce qui nous met en valeur ou en pas atténuer ce qui nous est défavorable. Mais grossir la vérité ou la rogner adroitement, c’est toujours l’altérer. Pauvre vérité, il paraît qu’en sortant du puits elle n’a pas de vêtement ; ce spectacle nous est rarement accordé, car, lorsqu’elle se présente en public, quelqu’un a généralement pris soin de l’habiller. Qu’elle soit ornée d’innocentes broderies, le crime est bénin, pourvu qu’à force d’exagérations elle ne soit pas rendue méconnaissable. Mais qui n’a jamais exagéré ? On exagère pour corser l’intérêt d’une histoire ; on exagère aussi par vanité, pour se donner le beau rôle : c’est déjà moins bien, et ce ne l’est plus du tout si l’on arrange la vérité ; dans le but de flatter les goûts ou les penchants d’un interlocuteur, flatter quelqu’un, c’est fatalement le tromper.

Peut-être seriez-vous plus indulgents envers ceux que la timidité pousse à voiler leurs erreurs ou leurs torts. Il arrive, à coup sûr, qu’on puisse, sans mentir, ne pas dire toute la vérité, mais le plus souvent les réticences et les prétéritions aboutissent à fausser. Faut-il donc se condamner ouvertement ? C’est quelques fois un devoir, qui comporte en contre-partie le droit de le plaider les circonstances atténuantes. Mais on gagne toujours à parler de soi avec sévérité : lorsqu’on s’accuse, les autres vous trouvent des excuses. Et vice versa.

Enfin le silence peut, lui aussi , témoigner contre a vérité. Par exemple, on est interrogé et, pour donner une réponse satisfaisante ,il faudrait entrer dans toutes sortes de commentaires. Alors, par paresse ou par lassitude, on simplifie, on schématise, et de la vérité, il ne reste plus grande chose.

Or, des travers que nous venons de passer en revue, celui-ci me paraît le plus dangereux, parce qu’il porte atteinte à la confiance qu’on se doit en famille. Si vous décidez que vous activités n’intéressent pas les autres ou qu’ils n’ont rien à y voir ( exempté, bien entendue, le cas d’un secret dont on est dépositaire ), vous créez à l’intérieure du foyer des zones fermées, où l’individualisme ronge peu à peu les liens de la communauté familiale.

Il semblait plus simple de ne pas tout dire ; bientôt ce sera plus simple de ne rien dire, et l’on finira par vivre sous le même toit étrangers les unes aux autres. L’heure n’est peut-être plus éloignée où ce silence favorisera la dissimulation de sentiments et d’actions qui ne sont plus complètement innocents. Insensiblement on a franchi le pas, on es tenté dans le mensonge.

Nous dirons la prochaine fois que la charité apporte des limites à la sincérité. Mais si vous êtes autorisés à taire certaines choses à ceux que vous aimez, précisément parce que vous les aimez, le même principe veut qu’habituellement vous leur ouvriez largement le sanctuaire de vos pensées de votre conscience, que tous vous mettiez en commun vos expériences, vos réflexions, vos désirs, que vous ayez confiance les uns dans les autres. Qu’un chrétien affirme ou qu’il nie, nul ne doit pouvoir contester sa parole : c’est oui, s’il dit oui, et s’il dit non, c’est non.

 

 La petite vertu de discrétion

Au devoir de la sincérité dont je vous ai parlé il y a huit jours, vous aurez, cher auditeurs, apporté le correctif qu’il réclame, à savoir que « toute vérité n’est pas bonne à dire ». Je souscris volontiers à cette réserve, du moment qu’il ne s’agit du bien de la personne à qui l’on parle : en ce cas, la charité est une limite légitime ; mais si la vérité devait seulement attirer des ennuis à celui qui parle, ce ne serait pas toujours une raison plausible de se taire, et il se pourrait que la vérité fût bonne à dire, même à notre préjudice. Il reste hors de cause qu’on ne doit pas parler sans discernement, et l’art de discerner ce qu’il faut dire, ainsi que la manière de le dire font l’objet de la vertu de discrétion.

Encore une « petite » vertu, mais qui contribue puissamment à la paix du foyer. La vertu de discrétion consiste premièrement à ne pas vouloir tout connaître, et deuxièmement à savoir ne pas tout dire.

Foin des indiscrets qui cherchent à se renseigner su tout auprès de tous et qui vous posent à brûle-pourpoint des questions en des matières qui ne les concernent pas ! Il est trop clair qu’on ne doit pas la vérité à ceux qui n’y ont pas droit, et qui pourraient, au surplus, faire un mauvais usage de la réponse qu’ils vous auraient arrachée. Le questionneur intempestif n’a pas fondé à se plaindre si vous avez éludé son coup de sonde poliment ou… brusquement. Toute famille a son histoire, ses projets, ses secrets qu’elle peut défendre contre la curiosité de ces sortes de cambrioleurs que sont les indiscrets.

Mais voici un cas plus délicat, Est-ce qu’au même foyer on peut avoir des secrets les uns pour les autres ? Je réponds que chacun y est obligé de respecter la vie personnelle des autres et de ne pas tenter d’en forcer l’accès. Il va de soi que lorsqu’un chef de famille est médecin ou avocat, il est rigoureusement lié par le secret professionnel, que nul ne doit chercher à découvrir. Convenez aussi qu’une femme, si tendrement qu’elle aime son mari, n’est pas autorisée des avantage à lui faire part de la confiance d’une amie qui est venue chercher auprès d’elle un conseil dans une affaire tout intime. De même que nous ne saurions disposer d’une somme d’argent que nous avons acceptée en dépôt, de même le secret que nous avons consentie à entendre ne nous appartient pas, il est la propriété de celui qui nous l’a confié ; nous n’avons pas les droit de le divulguer. Les parents peuvent avoir des secrets à l’égard de leurs enfants déjà grands ; mais l’inverse peut se produire, et ceci réclame beaucoup de tact de la part des parents.

Sans doute, dans les heures critiques que traversent parfois les adolescents, ils trouveront rarement, en général, des confidents plus attentifs et plus secourables que leur père ou leur mère. Encore ne voudraient-ils se convier à eux que si les parents ne leur font pas subir, un interrogatoire top serré et s’ils ne se plaignent pas trop amèrement des silences prolongés de l’enfant qui grandit. Je dirais à ce dernier : « Allons, secoue-toi un peu, fait effort pour te mêler à la conversation de la table familiale, » et je conseillerais aux parents : « Vous le voyez soucieux, maussade, vote intuition ne vous trompe pas, il a un secret. Que vote affection soit à la fois vigilante et patiente. Une interrogation trop directe l’emprisonnerait dans son mutisme. Attentez. Un mot le trahira bientôt. Ne le relevez pas tout de suite. Mais quand vous serez en tête à tête avec lui, demandez-lui doucement ce que ce mot signifiait. L’aveu viendra de lui-même. »

La bonne méthode est d’être soi-même ouvert et confiant, d’écouter toujours les autres Oh ! Oui, il faut avoir soin d’écouter, mais aussi de respecter leur silence. La confiance d’autrui est à la mesure de notre discrétion.

Est-il nécessaire d’ajouter que si les confidences ne se cherchent pas, c’est ensuite un devoir de justice de les garder jalousement pour quoi ? E ceci nous conduite au second aspect de la vertu de discrétion, donc nous avons de multiples occasions dans la vie de tous les jours, j’entends la précaution de ne pas dire inconsidérément tout ce qu’on sait.

Les anciens avaient fait de la discrétion une déesse. Sa statue la représentait les lèvres scellées, et ils l’avaient placée dans le temples de la joie. Ceci est très instructif, car la discrétion porte en elle-même sa récompense, trop parler nuit, affirme un proverbe ; en revanche, on n’a ordinairement qu’à se réjouir de n’avoir pas trop parlé. L’apôtre saint Jacques déclare que l’ homme capable de maîtriser sa langue est un homme parfait, mais il estime que cette maîtrise n’est pas chose commune, tel était aussi l’avis du moine qui écrivit le livre de l’IMITATION « Plus d’une fois, confesse-t-il, j’ai regretté de n’avoir pas gardé le silence. »

Assurément, un certain abandon est tout à fait de mise dans les conversations en famille. On doit pouvoir dire librement ce qu’on pense : encore faut-il prendre le temps de penser avant de parler. Et puis, même en famille, il est agréable à tous qu’on ne parle pas sans arrêt ; on goûte alors davantage peut-être le plaisir de se trouver réunis, tandis que chacun poursuit son occupation personnelle, qui la lecture, qui la couture, qui les études. Se tenir, se reposer, travailler ensemble est déjà une des joies de l’amitié, beaucoup plus sensible quand on ne la trouble pas par des discours sans intérêt.

Néanmoins, spécialement en famille, le plus souvent on parlera. Première précaution à prendre : se garder de répéter tout ce qu’on appris au dehors, avant de l’avoir contrôlé sois-même. Naturellement, plus la nouvelle est inattendue, piquante, drôle, plus on a hâte et plus on a de plaisir à l’ébruiter. Attention à la réputation du prochain. Ne vous rassurez pas trop vite.

« Il n’y a pas de fumée sans feu », dites-vous. En général, il y a dans les racontars plus de fumée que de feu.

« Ce mot comique n’est pas très méchant ! » Est-ce l’opinion de celui sur le dos duquel vous casez si allégrement du sucre? Le dard du moustique est moins épais qu’un cheveu : sa piqûre n’a cependant rien d’agréable. Et seriez-vous flattés qu’on en usât de même à votre égard?

La discrétion oblige à discerner le vrai du faux dans l’histoire qu’on nous a racontée ; dans l’incertitude, ne la répétons pas ; renonçons plutôt à faire rire au détriment de la vérité et aux dépens des autres. Même si les faits défavorables aux autres sont exactes, fussent-ils le secret de polichinelle, ne donnons pas de publicité à une faute. La théologie catholique a formulé, à propos de la médisance, une règle de haute sagesse : « On n’a le droit de parler des fautes et des défauts du prochain que lorsqu’on en la e devoir. » Oui mettez les autres en garde conte l’influence fâcheuse ou les mauvais agissements d’un tiers. Dites alors ce que vous connaissez de science certaine, mais dites-le gravement, sans malice, uniquement dans l’intérêt de ceux que vous avez le devoir de protéger.

Enfin, la vertu de discrétion nous commande de ne pas dire aux autres ce qui leur causerait inutilement de la peine, remarquez l’adverbe « inutilement ». Les parents doivent reprendre un enfant coupable ; entre frères et sœurs, on peut se signaler mutuellement se défauts : cela fait partie de l’éducation. Si l’avertissement est public, qu’ils soit bref et qu’on parle aussitôt d’autre chose. Mais le reproche sera plus efficace et moins humiliant s,il est fait en particulier. Jésus en personne nous en donne le conseil : Si ton frère comment une faute, va le trouve et reprends le seul à seul.


Et dehors de ces cas nécessaires de correction fraternelle, veillons à ne pas faire de peine à quelqu’un qui nous aime, même si occasionnellement il nous impatiente ou nous contrarie. Vous prétendez lui dire ses quatre vérités. Pourquoi quatre? Je n’en sais rien, mais je sais bien que vous êtes en colère. Si vous voulez lui dire ses vérités, eh bien! Commencez par reconnaître toutes ses qualités : après cela, vous passerez au chapitre des défauts ; pendant ce temps, votre courroux sera tombée et vous saurez le reprendre très gentiment et pour un plus sûr profit

Non, ne vous faites pas de peine à ce foyer où vous avez tant d’autres motifs d’être indulgent les uns pour les autres. Vous vous taquinez, assurément. On ne taquine que ceux qu’on aime bien. Apprenez seulement à manier aimablement la taquinerie. Les meilleurs plaisanteries sont les plus courtes ; n’insistez pas sur ce petit travers, sur cette petite bévue. Il faut que votre victime soit la première à rire de votre réflexion. Arrêtez-vous dès que le rire-commerce à devenir jaune. Effacez la petite piqûre avec une bonne marque de tendresse. Mais jamais vous entendez, jamais, surtout les plus âgés envers les plus jeunes, n’employez l’ironie blesse toujours et ses blessures sont profondes.

Vous vous récriez : « La cousine Berthe ; éprouve un besoin incoercible de chanter, et la malheureuse chante faux. Lui dirai-je q’elle chante juste ? » Non, assurément, mais comme elle a ms tout son cœur à chanter ( ou à exécuter sa romance ), dites-lui cette romance est très jolie, vous ne mentirez point et vous ne la chagrinerez pas. Après tout, son innocente manie vous aura un peu amusé. Alors tout le monde sera content.

Le monde ? Ne pensez-vous pas qu’il se divise en deus catégories . a côté de ceux qui cherchent à faire de la peine, il y a tous ceux, bien plus nombreux, qui tâchent de faire plaisir,.Votre choix est fait depuis longtemps, mes chers auditeurs, vous êtes tous parmi les seconds. Voilà qui vous aidera à trancher avec la discrétion voulue les cas de conscience que je vous ai soumis, avec un égal respect de la vérité et de la charité.

 

 Noël, la joie au foyer

Vous aurez, je l’espère, chers auditeurs, passé une bonne fête de Noël . Peut-être êtes-vous allés à la messe de minuit chanter : Il est né le divin enfant. Du moins, avez-vous dans la journée conduit vos tout-petits, à l’élise pour qu’ils l’y contemplent la crèche. Vous avez suivie leurs regards curieux qui détaillaient tous les personnages, et devant le bébé à peine vêtue, étendu sur la paille, ils vous ont dit : « le petit Jésus a due avoir bien froid. » Mais tandis que je vous parle, je crois apercevoir les yeux de Jeannette ou de Pierrot se tourner du côté de la commode, vers la petite crèche du foyer qu’ils ont confectionnée eux-mêmes. Rien n’y manque, la Vierge en prière, les bergers et leurs moutons, le bœuf et l’âne, bien entendu. Et Jacques le petit frère, voudrait y ajouter l’ours en peluche qu’il a trouvé dans son soulier, mais les aînés N’admettent pas une pareille entorse à la tradition, Pour moi, ce que j’admire le plus dans cette crèche, c’est qu’elle est le gage d,une précieuse petite vertu, la joie au foyer.

Laissez-moi vous féliciter, chères populations catholiques du Nord et de l’Est, de n’avoir pas adopté l’affreuse invention du « père Noël ». Chez vous, c’est encore saint Nicolas qui distribue les cadeaux, a la bonne heure, vous n’avez pas abîmé l’imagination de vos petits en leur représentant Noël sous les traits d’un vieux colporteur de jouets échappé d’un magasin à prix unique. Noël n’a rien à voir avec ce bonhomme à barbe blanche, Noël, c’est un petit enfant, le patron et le modèle de tous les enfants chrétiens.

Ce petit enfant est riche de la tendresse de sa maman, mais il ne possède rien de plus, car il est pauvre, Noël, fête des enfants, est aussi la fête des pauvres rassemblés autour du sapin illuminé, aux branches duquel sont a crochés des joujoux sûrement, et des pralines, mais surtout des lainages bien chauds. Dans votre paroisse on s’en entendu, je pense, pour porter au domicile des pauvres le colis de victuailles a qui leur a permis des fêtes de Noël, eux aussi, dans leur maison, Il faut, n’est-ce pas, que ce jour-là les plus déshérités oublient au moment leur détresse et reçoivent leur petit part de bonheur.

C’est qu’en effet, le petit enfant pauvre qu nous fêtons n’est rien de moins que le Fils de Dieu devenue l’un de nous et qui a tant aimé les hommes que sa vie parmi nous n’a eu qu’un but, notre bonheur. « Pour être heureux, nous dira-t-il, vous qui êtes courbés sur la terre ou pensés sur vous outils, espérez en Dieu qui vous attend dans le ciel, notre patrie à tous. Ne vous traitez pas en rivaux ou en ennemis, mais aimez-vous comme des frères et vous vivrez en paix. Ne vous disputez pas les richesses, mais partagez-les équitablement entre vous. Autant que la cupidité, l’orgueil et la dureté causent vote malheur. L‘homme en trouve pas sa grandeur à servir ses semblables, mais à leur rendre service, comme les vrais maîtres du monde sont ceux qui, en dominant leurs instincts et en se maîtrisant eux-même, ne font pas souffrir les autres et s’emploient au contraire à alléger la peine d’autrui. » Le Dieu-Enfant qui a pris rang parmi les humbles a voulu nous prouver que le pire ennemi de l’homme est l’égoïsme, source de tout péché, et nous entraîner à sa suite dans une vie droite et fraternelle qui nous rendra meilleurs et plus heureux.

Mais où commence le bonheur des hommes, si ce n’est au foyer. Aussi voyons-nous à la crèche Joseph, qui se dévoue à sainte Épouse, et Marie, toute fière de presser sur sa poitrine le Corps délicat du cher petit que le ciel lui a donné. À Bethléem, la Sainte Famille n’a pas un toit à elle. Mais ce ne sont pas le pierres qui font le foyer, ce sont les cœurs. De nos jours encore, la joie du foyer ne tiens pas au décor dans lequel on vit : elle est souvent plus grande dans les intérieurs modestes que dans les demeures somptueuses ; elle est l’apanage des familles où tous mettent en pratique la loi d’amour que l’Enfant de la crèche est venue enseigner au monde.

Puisse cette fête de Noël vous apporter à tous, frères inconnus qui m’écoutez , un renouveau de joie ! Vous avez tous vos soucis, je le sais, mais déposez-les pour quelques heures entre les mains de Jésus : vous les reprendrez demain, vous n’aurez même pas la peine de les reprendre, ils reviendront d’eux-mêmes. Jamais autant qu’à Noël on n’a l’occasion de goûter la joie de s’aimer en famille.

ON ne peut célébrer la naissance du Dieu nouveau-né sans se sentir rajeuni soi-même. Hier, les grands-parents avaient fait toilette. N’est-ce pas que grand’mère est encore bien jolie sous ses cheveux blancs, et que de bonté on peut lire dans ses yeux ! Et bon-papa est encore gaillard en dépit de ses rhumatismes.

Noël est le jour où l’on songe avec douceur aux disparus dont les portraits ornent les murs ou la cheminée de la chambre. On évoque les traits saillants de leur histoire, toujours les mêmes, qu’on ne se lasse pas de répéter, car ils rattachent les jeunes qui grandissent à ceux qui leur ont laissé un monsa tache.

À la Noël, on aime à parler longuement des absents ; ceux qui ont quitté le nid sont parfois plus nombreux que ceux qui s’y retrouvent pour le repas familial. Il y a la fille mariée qui n’a pas pu revenir, ou le grand fils qui est allé courir sa chance loin du pays, ou le cadet qui fait son service militaire, ou la benjamine qui est entrée au couvent, et la force de parler d’eux, il semble qu’on entende leur voix. Les lettres qu’ils vous ont écrites sont encore dépliées sur le coin du bureau : il faut que chacun en prenne connaissance et maman a besoin de les relire avant d’y répondre. Noël opère tous les ans les rassemblement invisible de ceux qu’on aime.

Cependant, de tous les absents, il en est un dont on a prononcé le nom plus souvent, tout en essuyant furtivement une larme, celui ou celle qui se soigne, loin de vous, en quelque sana surpeuplé où, plus que de son mal, il souffre d’un cruel isolement. Le cher malade n’a pas cessé, lui non plus, de penser à la maison ; il a lu et relu la lette de la maman. Avec quelle émotion il a ouvert le paquet contenant les douceurs qu’elle lui avait envoyées pour « son petit Noël » !

Et parce que vous n’avez pas pu le serrer dans vos bras, je gagerais, chère maman, que dans l’après-midi d’hier vous avez su distraire le temps d’une visite à un voisin ou une voisine malade eux aussi. Vous leur avez procuré le réconfort d’une sympathie qui aurait voulu soulager toutes les souffrances de tous les malades. Et dans le fond de votre cœur, vous espériez qu’à votre place un ami inconnu était allé égayer d’un sourire votre malade à vous.

Mais il vous a fallu rentrer bien vite afin de mettre au four le gâtera de Noël que tous les convives ont savouré, non sans qu’on ait prélevé la part que les petits pont portée à la vieille demoiselle d’en face, qui , en ce jour de Noël, n’attendait ni lettre ni visite.

Comme on comprend mieux, un soir de Noël, la vérité de cette admirable parole de Jésus : On éprouve bien plus de bonheur à donner qu’à recevoir ! Comme chacun s’applique à penser aux autres ! Comme on est heureux d’avoir contribué à la joie familiale ! Comme on voudrait en untel jour répandre le bonheur à pleines mains dans le monde entier ! C’était là, vous le savez, le cœur du divine Enfant de Bethléem !

En bien, Pierrot, Jeannette, nous allons lui demander de nous exaucer. Faisons ensemble une prière devant votre crèche. Quoi ? Claude et Christiane me font signe qu’il n’y a pas de crèche dans leur maison. Cela ne fait rien, mes petits, joignez seulement vos mains. Dans la crèche, il n’y a que des images, alors que Jésus lui-même est réellement dans vos cœurs.

Vous y êtes ? Je parlerai plus lentement afin que vous puissiez me suivre. Dites avec moi : « Cher petit Jésus, je vous remercie d’être venue du ciel pour nous rendre heureux. Moi aussi je vous aime beaucoup et je vous promets d’être bon pour faire plaisir à mes parents. Faites qu’ils soient heureux, que papa ne manque pas de travail, que maman ne soit pas malade et que tous on s’aime toujours bien à la maison. Bénissez nos absents. Guérissez nos malades. Les grandes personnes disent qu’il y a de méchants hommes qui pensent à faire encore la guerre. Empêchez-les, petit Jésus. Accordez au monde la paix que vous avez promise aux hommes de bonne volonté. Ainsi sot-il. »

 

 La petite vertu de d’espérance

Tout finit ici-bas, mes chers auditeurs, et cependant rien ne finit, tout recommence. Vendredi, en échangeant entre vous le baiser du soir, vous soupiriez : « Encore une année de finie ! » et vous avez fait le compte de ce que ces trois cent soixante-six jours écoulés vous apportèrent de joies et de peines. Les beaux jours sont passés, les mauvais aussi : nous ne le reverrons plus. Peut-être le souvenir d’un deuil vous a-t-il alors serré le cœur : le visage d’être aimé, ne n’est que trop vrai, vous ne le reverrez plus . Mélancolie des jours qui s’en vont et qui ne reviendront pas. Cependant, hier matin, la maison s’est emplie des cris joyeux de vos enfants que vous adressaient le souhait traditionnel : « Bonne année, bonne santé !» Après vous avoir embrassés, les plus petits ne perdaient plus des yeux un seul geste de vos mains, ces mains qui tirèrent soudain de quelque cachette ignorée les merveilleuses étrennes. Et la joie des jeunes à réveillé en vous quelque chose de plus merveilleux, que Dieu a mis dans le cœur des hommes, la petite vertu d’espérance.

Petite vertu, vous récriez-vous, la seconde des trois vertus théologales !

Vous avez raison, l’espérance est une très grande vertu, et parce que son objet est Dieu lui-même possédé dans le ciel, et parce que pour ne pas douter d’un tel bonheur, nous qui vivons dans l’obscurité, dans les difficultés, dans la souffrance, nous devons faire un acte de foi total en la bonté de Dieu et l’aimer d’un amour semblable au sien, l’amour qui se donne avant d’avoir reçu.

Mais ce riche lingot de l’espérance surnaturelle se monnaie tout au cours de la vie en quantité d’actes de confiance en Dieu, qui nous autorisent à parler, après Péguy, de la petite espérance » quotidienne, « celle qui tous les matins nous donne le bonjour ». C’est elle que je voudrais voir briller à tous vos foyers au début de ce nouvel an.

Dans le langage chrétien, l’espérance n’est pas une prévision, à l’encontre de ce que s’imaginent bien des gens pour qui « espérer » consiste à scruter l’avenir, à soupeser les probabilités pour établir des pronostics ; après quoi, ils concluent : j’ai bon espoir, ou au contraire : je n’ai pas grand espoir, ce qui signifie en réalité : je crois avoir ou non des chances de réussir. Vous surprendra-je en déclarant que ces calculs n’ont rien de commun avec l’espérance chrétienne ?

Celle-ci, bien que tournée vers l’avenir, tient tout entière dans le présent. Espérer, ce n’est pas être sûr du lendemain, c’est avoir confiance aujourd’hui, non pas confiance dans le événements imprévisibles, maie en DFIeu qui les dirige et qui nous aime.

« Laissez aux païens, disait Jésus, le tourment de savoir s’ils auront à manger ou de quoi ils se vêtiront demain. Ils auront beau se mettre martel en tête, leurs préoccupations n’allongeront pas la durée de leur vie d’une minute. Dieu ne vous aurait pas appelés à la vie s’il n’avait pourvu à vos moyens de subsistance. Il y a sur la terre de quoi nourrir et habiller tous les hommes. Que tous soient fidèles à ses commandements et pratiquent la justice, nul ici-bas ne manquera de rien. En ce qui vous concerne, faites consciencieusement votre devoir, donnez-vous bravement à votre tâche et ayez confiance dans votre Père des cieux qui connaît vos besoin, » Et Jésus nous trace notre règle de conduite en une formule devenue proverbiale : Ne vous inquiétez pas du lendemain. Demain prendra soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

Voilà l’espérance selon l’Évangile : elle ne se fonde pas sur l’impossible sécurité du lendemain, mais elle nous procure la paix dan l’insécurité de tous les jours. C’est aujourd’hui que nous espérons, sans rien savoir de ce que demain nous réserve : notre sécurité réside dans la certitude que Dieu nous aime ; c’est e lui que nous espérons.

Hélas ! une crainte instinctive nous pousse à interroger l’avenir, ce Spectre toujours masqué qui nous suit côte à côte et qu’on nomme demande comme dit le poète. Oh! demain, c’est la grande chose, de quoi demain sera-t-il fait ?… Demain, c’est l’éclair dans le voile, c’est le nuage sur l’étoile…

Les vers de Victor Hogo hantent notre mémoire, Cependant, le grand poète se trompe ici, demain n’est pas la grande chose. La grande chose, c’est aujourd’hui, nous pouvons conjurer les maux de demain qui résulteraient de nos imprudences : demain, ce serait trop tard. Aujourd’hui nous pouvons peser les conséquences de nos actes : demain, il n’y aura plus qu’à les subir.

A chaque jour suffit sa peine. L’espérance chrétienne, en nous obligeant à vivre au jour le jour, nous épargne les déceptions et les découragements. Bâtir des châteaux en Espagne est le plus sûr moyen de coucher à la belle étoile ; inversement, la criante de n’avoir plus de toit paralyse, nos efforts. Ne nous leurrons pas de lendemains fantastiques, ne nous inquiétons pas de lendemains tragiques, remplissons tranquillement notre tâche du jour présent que nous connaissons et nous saurons remplir celle de demain que nous ignorons.

A chaque jour suffit sa peine. Que Dieu est bon de nous avoir caché l’avenir ! Si nous connaissions l’épreuve qui nous attend dans les jours qui viendront, son poids nous effraierait et nous écraserait d’avance. Chargeons-nous seulement du fardeau d’aujourd’hui, il est à la mesure de nos épaules. Demain aura soin de lui-même, Dieu nous donnera demain de nouvelles forces pour faire face aux difficultés nouvelles qui nous sont inconnues.

Jésus nous défend-il de préparer ces lendemains inconnus? Non point, car ceux qui ne voient pas plus loin que le jour présent courent à la ruine. Le Seigneur nous interdit seulement de nous inquiéter du lendemain. L’imprévoyance est une faute, car elle sacrifie l’avenir au présent : mais l’inquiétude n’est pas une moindre erreur, puisqu’elle sacrifie le présent à l’avenir. L’inquiétude, toujours nuisible, est généralement illusoire. Quand don s’est bien prémuni contre tous les malheurs qu’on croit possibles, ou bien il ne s’en produit aucun et l’on en est pour se frais, ou bien il en survient un autre qu’on n’avait pas prévue. Celui-ci s’est privé pendant des années afin de n’être pas sans le besoin sur ses vieux jours, et voici la dévaluation qui en lui laisse que des papiers sans valeur. Cet autre qui se met en garde contre toutes les maladies futures, ne jouit pas de sa santé actuelle tellement il la peur des microbes et des courants d’air. « Les poltrons, écrit Shakespeare, meurent plusieurs fois avant leur mort .» L’inquiétude est démoralisante ; elle ne supprime pas les malheurs redoutés, elle les anticiper ; elle grossit les difficultés ; elle détruit la passion du risque sans laquelle l’homme n’a plus de courage, rappelez-vous ces lignes si simples et si biens de Péguy : « Je n’aime pas, dit Dieu, celui qui spécule sur demain. Je n’aime pas celui qui sait mieux que moi ce que je vais faire. Pensez à demain, je ne vous dis pas : calculez ce demain. Ne soyez « point malheureux qui se retourne et se consume dans son lit pour savoir ce que sera la journée de demain dont on parle toujours est le jour qui va venir et qu’il sera sous mon commandement comme les autres .»

Chers auditeurs, cultivez à votre foyer la petite vertu d’espérance qui, en élevant vos regards vers Dieu, vous rendra capables de tous les courages parce qu’elle vous délivrera de tous les craintes. A ce prix, je puis, sans vous tromper, vous souhaiter à mon tour une bonne année.

Oui, bonne année, parce que Dieu est toujours bon et veillera sur vous. Bonne année, parce qu’en vivant au jour le jour, sans perdre une des occasions présentes de bien faire et de faire le bien, tour à tour, vous goûterez et vous donnerez le bonheur. Bonne année, par ce qu’au lieu de vous inquiéter sans raison, vous apprécierez toutes les heures paisibles que Dieu vous accordera. Bonne année, même si l’épreuve doit surgir tout à coup, car les moments duras affermiront votre énergie et Dieu ne laissera se personne ni une goutte de vos sueurs ni une seule de vos larmes. Vivez chaque jour dans l’espérance en répétant la vieille locution français qui est une affirmation de courage en même temps qu’un prière : A la grâce de Dieu !

 

 La petite vertu de la bonne humeur

Quand il vous arrive de jeûner, disait Jésus, ne prenez pas des airs tristes, sombres, renfrognés. Certes, Notre-Seigneur connaissait par expérience les duretés de la vie ; il n’ignorait pas que le ceux des hommes est parfois broyé par l’épreuve ; devant le tombeau de son ami Lazare, il partage tellement le chagrin des sœurs du défunt qu’il ne peut retenir se larmes. Mais y a assez de douleurs inévitables pour ne pas se rendre malheureux comme à plaisir. Aussi, lorsque nous n’avons pas un motif sérieux de tristesse, Jésus nous défend-il de prendre des airs accablés : Ne vous faites pas triste.

Avez-vous remarqué, mes chers auditeurs, que le vocabulaire des défauts est bien plus étendue et varié que celui des vertus? Ainsi on entend parler de gens moroses, maussades, taciturnes, ou bien bourrus, bougons, grognons, revêches ; ceux-ci sont capricieux, lunatiques, acrimonieux ; ceux-là ont l’air rébarbatif, un pli d’amertume au coins des lèvres et à la bouche des paroles aigres ; ce sont des trouble –fête, des rabat-joie. En revanche, le dictionnaire ne nous fournit qu’un très petit nombre de vertus à opposer à tant de mauvaises dispositions. Cependant, les tristes compagnons que je viens de signaler ont un commun dénominateur on dit d’eux qu’ils sont de mauvaise humeur, quand il s ne sont pas d’une humeur massacrante. Voilà qui me permettra de vous proposer, pour maintenir au foyer la joie et l’espérance que je vos souhaitais ces deux derniers dimanches, la petite vertu de bonne humeur.

Mais quelque esprit chagrin, voudra une prendre en défaut à mon tour : « Notre humeur, bonne ou méchante ,m’objectera –t-il, ne dépend pas de nous. Ne doit-on pas d’une personne désagréable qu’elle s’est levée sur le pied gauche, ce qui dénote l’absence de tout calcul ? Par une matinée de soleil, on es t naturellement joyeux, au lieu qu’un temps de brouillard nous assombri. Tel est gai parce qu’il possède un estomac complaisant, tel autre qui, a des digestions pénible trouve à redire à tout. »

Il est vrai que des influences extérieures modifient l’aspect de notre caractère, Je retiendrai même de cette constatation qu’en présence de quelqu’un qui est de mauvaise humeur, il est charitable de lui accorder, le bénéfice de ces circonstances atténuantes. Ne lui tenez pas rigueur des ses brusqueries, en effet il est peut-être malade ou seulement fatigué, ou bien ses affaires marchent al, ou hélas ! il souffre d’une blessure morale qu’il serait cruel d’aggraver de os reproches !

Quant à nous, lorsque nous ne nous sentons pas dans notre assiette, efforçons-nous de reconquérir notre sérénité, car il rarement impossible de réagir contre des causes extérieures de mécontentement. On peut chanter quand il pleut, on peut dominer sa lassitude ( ou s’accorder quelque repos), on peut dissimuler ses soucis afin de ne pas contrister les autres ; mais, ne nous y trompons pas, on ne parvient à reprendre et à conserver son équilibre moral qu’au prix d’un effort énergique, et c’est justement parce qu’elle st set conquête de la volonté que l’égalité d’humeur mérite d’être appelée une vertu.

Notre humeur n’est pas seulement le reflet du ciel claire ou nuageux ; elle est aussi le reflet de notre âme qui a ses hauts et ses bas, ses élans et ses dépressions, mais que nos pouvons contenir ou corriger, mais que nos pouvons contenir ou corriger. « Le temps et mon humeur ont peu de liaison, notait Pascal : j’ai mes brouillards et mon beau temps au-dedans de moi. » Oui, nos dispositions personnelles sont comme des verres teintés dernière lesquels nous voyons la vie en rose ou en gris. Un jour nous manifestons une gaieté exubérante qui nos trend sourds aux peines d’autrui, ou un optimisme irréfléchi qui nous cache les obstacles conte les quels nous irons buter ; le lendemain, au contraire, l’emballement a fait place au déballement , on n’a palus de goût pour rien, on se grossit les difficultés, on est à charge aux autres, impatient, susceptible, insupportable.

Ah! Quittons ces lunettes qui nous égarent, La vie st tout à tour grise ou rose, prenons-la telle qu’elle st ,Regardons-la avec nos yeux, nos yeux de chrétiens. Faisons un acte de foi en Dieu qui nous aime et qui en permet pas que nous soyons éprouvés au –dessus de nos forces, mais aussi un acte de foi en nous-mêmes. Croyons à l’utilité de nos actons, à notre capacité de bien remplir notre tâche, et surtout à notre mission de dévouement à nos semblables. Alors, cette fois, nous tenons la bonne humeur, qui dépend bel et bien de notre volonté.

La bonne humeur jaillit d'une conscience pure et d’un cœur généreux. Il reste à la développer à l’aide d’un double exercice, habituons-nous à voir le bon côté des choses et les beaux côtés des gens.

« Vous pouvez à votre choix voir dans une flaque d’eau ou la boue gisant au fond, ou l’image du ciel qui est au-dessus.» Cette parole est de Ruskin, elle est d’une vérité frappante et d,une application universelle.

Le mal est le bien sont mêlés partout. Il ne s’agit pas d’être naïfs et en méconnaissant le mal de se salir dans la boue ; mais commençons par considérer le bien, le soleil qui est jour dans l’eau dangereuse et nous contournerons la flaque d’eau. Ne nous hypnotisons pas devant les difficultés, mais cherchons bien et nous trouverons sûrement le moyen de les surmonter. Un événement nous contraire ; y changerons-nous quelque chose en malmenant notre entourage comme s’il devait être punie de notre déceptions ? Ce qui nos arrive est fâcheux ? Cela aurait pour être pire. Quelle leçon d’endurance nous recevons parfois de personnes durement éprouvées que nous plaignons de tout notre cœur et quoi nous font cette réponse si touchante L « Il y a plus malheureux que moi!» D’instinct nous prenons nos contrariétés au tragique et celles d’autrui à la légère. Le chrétien doit faire exactement le contraire, compatir sincèrement aux afflictions des autres et supporte vaillamment ses propres déconvenues. Nos projets se trouvent déjoués : faisons contre fortune bon cœur. Qui sait si cet insuccès ne tournera pas à notre avantage plus sûrement que nos prévisions ? Toutes choses ont leurs inconvénients et leurs bons côtés : regardons d’abord les bons côtés et nous viendrons plus aisément à bout des inconvénients.

Adoptons la même tactique à l’égard de nos semblables, Abordons-les par leur s baux côtés. Ils ont tous leurs défauts ( comme nous d’ailleurs ), mais tous ont leurs qualités. Les aurez-vous corrigés