La
petite vertu de courtoisie.
Dans
une lettre à Mme de Chantal, saint François de
Sales écrivait : Petite courtoisie, basse vertu, mais
marque d,une bien grande… Et il faut s’exercer aux
petites vertus, sans lesquelles les grandes sont souvent fausses
et trompeuses. Il est rare, en effet, qu’on s’extasie
devant une personne régulièrement affable et polie.
Cependant, cette affabilité et cette politesse supposent
une surveillance maîtrise de soi peu communes.
Or
il existe un certain nombre de petites vertus qui, pareilles
à la courtoisie, ne soulèvement pas une admiration
bruyante ; mais lorsqu’elles font défaut, les relations
entre les hommes sont tendues, pénibles, orageuses même,
a point d’aboutir parfois à des désastres.
Ces « basses vertus » sont exactement celles qui
rendent supportable et agréable notre vie de tous les
jours. C’est pourquoi, chers auditeurs, la station de
Radio Luxembourg m’ayant procuré l’honneur
de vous adressez la parole, je voudrais consacrer cette série
de causeries relieuses dominicales aux petites vertus des foyers
chrétiens.
A
première vue, c’est là un propos bien modeste,
pourtant, puisque les ondes vous font entendre le message de
l’Évangile à votre foyer, n’est-il
pas logique que ce soit d’abord à ce foyer que
l’enseignement du Christ apporte sa lumière, sa
chaleur et ses semences de joie ? Sans doute demandez-vous habituellement
à la Radio de vous apprendre ce qui se passe hors de
chez vous, et vous appréciez les causeries religieuses
qui vous mettent au courant des grands événements
intéressant le monde catholique je vous en parlerais
volontiers un jour ou l’autre. Il est vrai aussi que quelqu’un
pourraient attendre d’un prédicateur qu’il
traite des hautes vérités de la religion. Je ne
pense, quand à moi, qu’à cette heure de
la matinée où, le déjeuner terminé,
chacun doit s’affairer encore aux soins du ménage
ou de la toilette, le moment n’est guère favorable
à l’audition de discours savants et un peu abstraits.
Laissez-moi vous tenir un langage à la fois très
élevé et très simple, le langage même
de l’Évangile. Vous pouvez l’écouter,
cher Monsieur, en finissant votre cigarette la première
cigarette de la journée est la meilleur, disent les fumeurs,
et vous, Madame, toute en recousant un bouton à la vestes
de votre gamin, cela n’empêchera point de votre
esprit soit attentif à accueillir à votre foyer,
la visite du Seigneur dont la présence invisible le sanctifiera.
Au
vrai, n’est-ce pas avant tout entre les quatre murs de
la pièce, où vous vous trouvez e ce moment qu
vous avez à observer la loi de Jésus-Christ ?
Sur c point, il y aurait quelques erreurs à rectifier
en beaucoup d’esprits.
Les
uns s’imaginent que le seul objet de la religion est de
garantir aux hommes la félicité dans un autre
monde. A coup sûr, Jésus-Christ nous a fait cette
promesse et c’est pour nous l’obtenir que le Fils
de Dieu a pris rang dans la famille humaine, qu’il s’est
incarné et qu’il nous a rachetés. Toutefois,
ce don prodigieux d’un bonheur éternel, sans commune
mesure avec nous ressources et nos ambitions, a pour conditions
notre foi, notre bonne volonté, nos efforts sincères,
toutes choses qu’il nous fait accomplir dès maintenant.
En réalité, nous n’avons qu’une vie
qui, par delà la mort, n’aura pas de fin. Notre
éternité bienheureuse est commencée dès
le jour de notre Baptême. C’est ici, sur terre,
que nous commençons notre ciel, en priant Dieu et en
observant ses commandements. La religion n’est pas seulement
une affaire qui concerne l’au-delà ; elle a bel
et bien sa fonction dans l’en deçà . Elle
doit régler notre ive présente.
Je
dis notre vie présente, par conséquent, chers
auditeurs, notre vie réelle, notre vie quotidienne,.
Là-dessus aussi, bien des gens se trompent et parfois
de bons chrétiens. Ceux-là opèrent une
séparation artificielle entre ce qu’ils appellent
la vie profane et les devoirs de la religion, les quels formeraient
une brève parenthèse dans la vie de tout le monde.
Mais si, pour la plupart des hommes, le temps réservé
à la prière est forcément très cours
en regard de leurs autres occupations, n’oublions pas
que nous vivons toute la journée sous le regard de Dieu,
et que nous lui devons constamment l’hommage de notre
obéissance, cet hommage se traduisant par l’offrande
explicite de toutes nos activités. A proprement parler,
l’expression « vie profane » n’a pas
de sens pour un chrétien, car sa vie toute entière
est consacrée à Dieu, qu’il doit honorer
en toutes ses actons, jusqu' aux plus ordinaires. Que vous mangiez
ou que vous buviez, écrit saint Paul, quoi que vous fassiez,
faites tout pour la gloire de Dieu.
Certaines
personnes se désolent de n’avoir pas le temps de
se rendre fréquemment à l’église
; dans la complexité actuelle des travaux domestiques,
elles ne trouvent pas le temps d’accorder à Dieu
une longue prières, ne croyez-vous pas que, très
courte, votre prière peut être cependant très
fervente ? Et pourquoi chercher Dieu sur une route où
il ne vous attend point ? Il vous donne rendez-vous sur le chemin
où sa providence vous a placés ; c’est là
que vous le rencontrerez durement, parmi vos obligations journalières.
Pensez seulement à les lui offrir en les remplissant
de votre mieux. Vous journées s’écoutent
soit sur le lieu de votre travail, soit à l’intérieur
de votre maison, et pour la mère de famille ces deux
champs d’action , en font qu’un, puisque son travail
est à son foyer. C’est que vous avez à pratiquer
les vertus chrétiennes.
Certes
vous devez y observer quelquefois des devoirs très graves
il s’agit alors de vous dévouer à un malade
ou de faire face à une situation matérielle critique,
ou bien de pardonner des torts qui vous ont fait souffrir, mais
en règle générale, un chrétien ne
se dérobe pas devant les vertus difficiles et l’occasion
ne s’en présente que par intermittence. En revanche,
la vie familiale implique quantité de petits devoirs
qu’on néglige souvent, ou parce qu’il sont
très nombreux, ou parce qu’ils ne sembles pas très
importants. Ils l e sont néanmoins, et c’es le
motif pour lequel ils méritent votre attention.
Au
surplus, comme le faisait remarquer saint François de
Sales, ces basses vertus réclament une grande vertu,
c’est –à-dire un grand amour, celui qui se
manifeste dans les plus petits détails. En vous en proposant,
la pratique, ce n’es pas une perfection au rabais que
je vous prêcherai, mais la divine vertu de charité,
dont les petites vertus du foyer sont comme la menue monnaie.
Excusez-moi
de m’être attardé à ces réflexions
préliminaires : il le fallait pour vous expliquer mes
intentions. Aurai-je encor le temps de vous présenter
la petite vertu de courtoisie ? Quels mots y suffiront.
Quel
charmant intérieur que celui où tous s’efforcent
de se montrer polis et avenants, nos ancêtres disaient
courtois !
Être
poli, le mot l’indique, suppose que nos adoucissions les
aspérités de notre caractère. Un objet
qui n’a pas été poli est qualifié
de grossier, et cette épithète, lorsqu’on
l’applique aux hommes, n’a vraiment bien de flatteur.
Mais voilà, la politesse est assez souvent considéré
comme un article d’exportation. Courtois et affables,
pour les gens du dehors, une fois rentré chez soi, on
ne se gêne plus. Après tout, ne revient-on pas
à la maison pour se détendre ?
Soit, pourvu
que le ressort ne blesse personne en se détendant trop
brusquement.
Est-il
indispensable pour se délasser dd grossir démesurément
la voix ou de prendre des airs rébarbatifs ? Foncer les
sourcils ou faire la moue ne sont pas le signe d’une vraie
détente, au lieu que le sourire, les attentions et les
prévenances mutuelles créent au foyer une atmosphère
de repos et de paix.
La
courtoisie d’oblige pas seulement les inférieur
envers les supérieurs. Gardez-vous, disait Notre-Seigneur,
de mépriser aucun de ces petits, Jésus veut que
nous respections en tout homme sa double dignité d’être
raisonnable et d’enfant de Dieu. Tout homme, quelle que
soit sa condition, a droit à nos égards. On ne
saurait mieux définir la courtoisie.
Votre
foyer, chers auditeurs, sera un foyer en chrétien si
déjà tous y rivalisent d’égards les
uns pour les autres. Ayez égard, à l’âge
des anciens dont les cheveux ont blanchi ; ayez égard
à la faiblesse de ceux que vous devez conseiller pour
reprendre ; ayez égard à la fatigue de ceux qui
se replient un peu trop sur eux-même. Bannissez de votre
vocabulaire et de os attitudes les rudesses qui n’expriment
pas les vrais et profonds sentiments d’affection que vous
éprouvez les uns pour les autres. Voulez-vous, vous y
appliquer cette semaine ? Je vous promets huit jours de bonheur.
|
Au
reste, le mot l’indique assez clairement. L’Écolier
n’aurait rien à « effacer » sur son
ardoise s’il n’y avait auparavant inscrit des chiffres
ou des lettres, je ne puis m’effacer qu’après
avoir agi ; je ne puis disparaître qu’après
m’être montré. L’humilité ne
consiste pas à se cacher pour ne rien faire, mais à
ne pas s’admirer quand on la fait le plus et le mieux
possible. Je dirai davantage. Si l’on veut réussir
un travail, il faut n’avoir vue que ce travail, sans chercher
les applaudissements. Si l’on eut réussir un travail,
il faut n’avoir en vue que ce travail, sans chercher les
applaudissements. Si l’on veut parler utilement, il faut
songer uniquement à ce qu’on on dit, sans s’écouler
parler. On ne saurait être à la fois spectateur
et acteur ; on ne peut pas se mettre à la fenêtre
pour se voir passer da la rue. Le bon ouvrier est tout entier
à son cœur ; il s’efface devant elle. Pourvu
qu’elle soit bien faite, il est satisfait et il répudie
comme indignes de lui tout retour de vanité et tout sentiment
de suffisance. Prétendra-t-on que sa modestie l’annihilé?
Je trouve pour ma part que cet humble est
singulièrement fier,. Car la fierté n’est
pas l’orgueil : bien plus, elle l’exclut.
Non seulement la petite vertu d’effacement ne nous diminue
pas, mais elle présente un autre aspect sous lequel elle
s’apparente à la charité. Le disciple de
Jésus-Christ, s’il ne s’admire point, se
plaît en revanche à reconnaître ce que les
autres font de vient, et surtout ce qu’ils font de mieux
que lui-même. On ne l’entend pas se vanter, mais
il est le premier à louer joyeusement les succès
d’autrui. Comme il disparaît derrière son
oeuvre bien faite, il s’efface très simplement
devant les qualités et les mérites des semblables.
De cette disposition, saint Paul n’hésite pas à
faire un précepte universel : Que chacun d’entre
vous, écrit –il, estime en toute humilité
que les autres lui sont supérieurs. L’Apôtre
ne vous demande pas de nier l’évidence. Non, ne
fermez pas les yeux sur vos propres qualités ; vous aussi,
sur plusieurs points, vous êtes plus habiles ou plus vertueux
que bien des gens. Il n’en est pas moins vrai que même
ceux auxquels vous avez le droit de vous juger supérieurs
ont des aptitudes et peut-être aussi des vertus que vous
ne possédez pas, du moins a même degré.
Si nous observons avec l’objectivité. Il n’y
a personne qui ne nous dépasse par quelque endroit :
tel est plus énergique, tel autre plus adroit, celle-ci
est plus vive, celle-là plus indulgente. Cherchons toujours
à reconnaître les qualités des autres et
effaçons-nous loyalement devant leur supériorité.
Un
pas de plus et nous arrivons à la perfection. Puisque
les autres ont comme nous des mérites et des droits,
pourquoi exigerions-nous qu’ils se plein toujours à
toutes nous volontés ? Sachons nous effacer devant les
désirs ou les préférences de ceux avec
qui nous vivons. Assurément, il y a des circonstances
où un chef de famille doit imposer sa décision,
sous peine de trahir son devoir d’état ; mais alors,
ce n’est pas son opinion ou son goût personnel qu’il
fait prévaloir : il exige le respect d’une loi
supérieure à laquelle il se soumet le premier.
En dehors de ces cas où l’autorité a le
devoir d’exercer ses responsabilités, la bonne
entente sera toujours mieux assurée au foyer lorsque
chacun se proposera de faire plaisir aux autres.
Nul
ici ne me contredira, je pense, Si la mère a mérité
d’être appelée la reine du foyer, c’est
moins parce que tous lui obéissent que parce qu’elle
s’efface continuellement pour se pour se mettre au service
de tous, Jésus n’a –t-il pas affirmé
que le plus grand est celui qui sert les autres ? la maman es
l’âme du foyer, car elle veille à tout :
couché la dernière afin de ranger ce qui le traîne,
levée la première pour que rien ne manque ; à
personne, jamais elle ne plaint sa peine, jamais elle ne quête
un compliment ; elle ne se préoccupe pas de ce qui lui
conviendrait le mieux ; elle sait ce qui plaît au papa
et aux enfants et elle s’ingénie à contenter
tus ceux qu’elle aime.
Eh
bien ! il serait injuste que la maman fût seule à
s’effacer, tous doivent l’imiter et, ce faisant,
tous contribuent au bien-être du foyer. Les foyers malheureux
sont ceux que régissent les deux affreuses lois du «
chacun pour soi » et du « moi d’abord ».
Au règne de l’égoïsme, le Christ a
substitué celui de l’amour, qui implique l’oubli
de soi,. Dans les foyers chrétiens, l’ordre égoïste
est renverser : « Les autres d’abord ; moi ensuite
. » On trouve son bonheur à rendre les autres heureux.
Au lieu de s’emparer du siège le plus confortable
ou de guetter la meilleur part, chacun songe à les offrir
aux autres et il se réjouit de leur accorder ce plaisir.
Les
époux sont toujours d’accord, lorsque, avant d’exprimer
un désir, le marie et la femme, chacun de leur côté,
s’interrogent intérieurement : « Que préfère-t-elle?»
Que souhaite-t-il? » C’est à qui voudra contente
l’autre.
Et
vous, les enfants, croyez-vous que papa et maman ne renoncent
pas souvent à leurs aises pour vous donner une satisfaction
? Ils sont heureux de votre joie. A votre tour, ne laissez passer
aucune occasion de deviner leurs préférences et
effacez-vous gentiment, sans le faire remarquer, Ne dites pas
: « On ne pense pas à moi, je suis sacrifiés.»
Dans une famille où tout le monde s’efforce de
pratiquer la vertu d’effacement, nul n’est sacrifié.
On n’a plus besoin de penser à soi, les autres
y pensent avant vous. Nul n’est oublié lorsque
chacun s’oublie pour les autres.
-
C’est le paradis sur terre?
Ma foi, je le crois bien, et je souhaite de tout mon cœur
que vous en fassiez l’expérience.
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La
petite vertu de gratitude
La
petite vertu de gratitude, dont je vous parlerai aujourd’hui,
cher auditeurs, complète la première trilogie
des vertus du foyer. On s’efface sans effort devant les
autres dès qu’on songe à ce qu’ils
nous donnent, et notre reconnaissance se manifeste en usant
de courtoisie à leur égard.
Au
sein des familles, l’ingratitude positive, celle qui se
traduit par de la méchanceté, est heureusement
peut fréquente. L’enfant ingrat qui s’enfuit
de la maison paternelle en claquant les ports, le père
despote qui traite sa femme et ses enfants en esclaves constituent
des monstruosités, ce qui est moins rare, en revanche,
c’est l’oublie des services que les autres nous
rendrent ou seulement la fâcheuse habitude de ne jamais
leur en exprimer notre contentement. A ces défauts regrettables,
il convient d’opposer la petite vertu de gratitude.
Les
oublieux sont, paraît-il, assez nombreux. Un épisode
de l’Évangile nous autoriserait à le croire,
je veux parler des dix lépreux que Jésus avait
guéris aux abords d’un village. Lorsque ces gens
virent que leur mal avait disparu, il ne s’en trouva qu’un
pour venir se jeter aux pieds du Sauveur et le remercier.
Jésus n e peut s’empêcher d’en faire
la remarque :Est-ce que les dix n’ont pas été
guéris? Où sont les neufs autres ? Ceux-là
sans doute bénissaient dans leur cour l’envoyé
de Dieu qui avait eu pitié de leur misère, mais,
pressés d’aller faire constater leur guérisons
par les autorités officielles afin de pouvoir rentrer
da la vie commune, ils négligèrent une démarche
de reconnaissance pourtant bien élémentaire. Or
les neuf oublieux étaient des compatriotes de Jésus,
et le seul qui ait pensé de lui montrer sa gratitude
était un Samaritain, un étranger !
Notre-Seigneur
souligne lui-même ce contraste à première
vue paradoxal, mais qui n’est pas chose inouïe. Alors
que souvent l’on attend en vain les remerciements de personnes
qu’on on a aidées au prix de réels sacrifices,
d’autres pour qui nous avons fait beaucoup moins s’en
souviennent longtemps après et ne savent qu’imaginer
pour nous payer de retour. N’arrive-t-il pas encore qu’attentifs
à remercier un étranger d’un bienfait occasionnel,
nous ne semblons même pas apercevoir les services de chaque
jour que nous rendent nos proches ? De leur part, ces gentillesses
sont tout ce qu’il y a de plus naturel ? Soit, mais il
le serait aussi de leur dire que nous y sommes sensibles.
Notre
mémoire est singulièrement capricieuse, à
moins que ce soit notre cœur. Si nous oublions une amabilité
dont nous avons été l’objet, avec quelle
précision nous retenons le souvenir d’un manque
d’égards ou d’un mot blessant ! Un proverbe
l’affirme : Mémoire du mal a longue trace, mémoire
du bien bientôt passe. Comme nous savons rappeler aux
autres nos bons offices ou la peine que nous avons prise pour
les obliger ! Le souvenir des bienfaits rendus est plus tenace
que leur des bienfaits reçus. La vanité s’entent
si bien à fausser les perspectives ! Et sans doute est-il
moins grave que nous ingratitudes soient imputable à
une démangeaison de l’amour-propre plutôt
qu’à un défaut d’affection envers
ceux qui nous aiment ; le mieux serait pourtant que notre affection
fût assez forte pour nous demeurer toujours présente
à l’esprit.
Il faut donc combattre notre maudit amour-propre et
commencer la lutte de bonne heure. En quel foyer n’a-t-on
pas entendue le dialogue suivant ? A la tale familial,e l’enfant
demande un morceau de pain à son père. Celui-ci
saisit la miche et en taille une bonne tranche, où l’enfant
mord aussitôt à pleines dents.
-Eh
bien ! interroge papa, qu’est-ce qu’on dit ?
La bouche pleine, le moutard murmure un timide merci.
-Merci, qui ?
-Merci, papa…
Et
combien de fois cette scène ne se reproduira-t-elle pas
? ‘un des premiers mots articulés par vos bébés
est : non. Celui-là, inutile de le leur apprendre, mais
combien de répétitions sont nécessaires
pour leur inculquer l’habitude de dire : merci. Instinctivement,
ils tendent la main pour recevoir : « encore, encore !…
» Le remerciement, lui, ne remonte pas des sombres régions
de l’instinct ; il sort d’une conscience que l’éducation
a éclairée.
Beaucoup
d’adultes demeurent à cet égard des petits
enfants toute leur vie. Ils ne sont jamais satisfaits ; ils
réclament encore ; ils veulent toujours plus, insatiables,
ils se rende malheureux, ils attristent et ils lassent les autres
de qui ils exigent encore et toujours plus. Comment les amener
à reconnaître que ce qui leur manque si peu de
chose à côté de tout ce qu’ils ont
reçu ?
Comment
surtout les persuader d’apprécier davantage ce
qu’Ils possèdent ? Ils devraient eux aussi apprendre
à dire merci.
Merci,
ce tout petit mot joyeux qui se termine sur une sonorité
cristalline, c’est le mont magique qui introduit au foyer
la courtoisie, le bon ordre et la sérénité.
Merci,
c’est déjà la prière qui d’un
foyer chrétien s’élève vers Dieu
pour qui rendre grâces. Avez-vous remarqué la place
que cet acte de gratitude occupe dans nos prières usuelles
? Nous disons le matin : «« Mon Dieu, je vous remercie
de toutes les grâces que vous m’avez faites jusqu’ici.
C’est encore par un effet de votre bonté que je
vois ce jour…» Et le soir : « Quelles actions
de grâces vous rendra-je, ô mon Dieu, pour tous
les biens que j’ai reçus de vous. Vous avez songé
à moi de toute éternité, vous m’avez
tiré du néant, vous avez donnée votre vie
forme racheter et vous me comblez encore tous les jours d’une
infinité de faveurs…» réfléchissez-y,
il n’y a pas un seul jour où Dieu ne vous ai accordé
un bienfait particulier ; même dans nos jours d’épreuves,
cherchons bien, nous observerons qu’à côté
de notre tristesse il s’est glissé une petite joie.
Et n’est-ce pas un grand bonheur que l’union que
règne à votre foyer ? vous qui vous aimez, remerciez
Dieu d’un sort aussi doux.
Mais sachez vous l’adresser également les un aux
autres ce petit mot qui coûte si peu à dire et
qui fait tant de bien à entendre. Avant de vous endormir,
repassez quelques fois dans votre esprit tour ce que , dans
la journée qui s’achève, vous avez reçu
des autres. De tous les autres, par le nombre est considérable
des hommes et des femmes qui travaillent chaque jour pour vous
nourrir, vous vêtir, vous procurer les commodités
de l’existence. Même si vous limitez ce calcul aux
membres de votre famille, vous serez littéralement émerveillés
de tout ce qu’en un seul jour vous recevrez d’eux
: tout ce qu’ils vous ont appris ; les conseils qu’ils
vous ont donnés ; la main-forte qu’ils vous ont
prêtée ; tantôt un encouragement, tantôt
un avertissement, mais toujours pour votre bien`une parole aimable
qui vous a touchés, un mot drôle qui a dissipé
vos tracas ; leurs succès dont vous avez été
fiers ; leurs efforts qui ont stimulé les vôtres
; sans parler du repas partagé ensemble et que la maman
savait soigneusement préparé, ou de la petite
surprise que papa rapportée le soir. Le compte est bon
de ce que qu’au foyer chacun reçoit des autres.
Et voilà certes de quoi vous engager à n’être
pas toujours celui qui reçoit. Demandez-vous donc : «
Que leur ai-je donnée ? Que puis-je leur donner en retour
?
Mais
en attendant l’occasion de les servir avec autant de générosité,
ne manquez pas celle de leur dire merci. lorsqu’elle se
présente. Merci au moindre service rendue par qui que
ce soit, mais prononcé sans affectation, comme on échange
un regard. A lui seul ce petit mot récompense de leurs
les peines ; il répare au besoin la phrase eu peu vivre
qui vous a échappé auparavant ; il équivaut
à un sourire et souvent il le provoque ; il rend heureux
celui qui le dit et celui à qui on l’adresse.
Il
est frappant d’observer qu’au moment où Notre-Seigneur
se rend volontairement à la mort pour mériter
aux hommes une vie éternelle, il a tenue à remercier
ses apôtres de l’attachement qu’ils lui avaient
prouvé tant qu’il vivait avec eux. Vous, leur dit-il,
vous êtes demeurés auprès de moi dans mes
épreuves. La grandeur de l’âme de Jésus
se révèle dans cette délicatesse. Il n’a
cessé de combler ses apôtres, il leur a tout donnée,
et c’est lui qui les remercie.
N’est-ce
as toujours le propre d’un cœur vraiment généreux
que de se montrer reconnaissant envers les autres du peu qu’ils
essayent de faire pur lui ? Les ingrats se recrutent parmi les
cœurs égoïstes, les esprits mesquins et les
caractères médiocres. La petite vertu de gratitude
est la preuve d’un grand cœur. Même envers
celui qui est maladroit, ou qui se trompe, du moment qu’il
a bonne volonté, soyez reconnaissants au oins de son
intention.
Quant
à celui qui vous parle en ce moment, chers auditeurs,
puisque vous avez eu la patience de l’écouter,
il ne peut mieux terminer qu’en vous disant : merci.
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La
petite vertu de sincérité
Dites
oui, si c’est oui ; non , si c’est non. Telle est,
mes chers auditeurs, la règle que Jésus impose
à ses disciples. Il veut qu’o pousse nous croire
sur parole.
Il
n’y a pas de vie sociale possible, en effet, si l’on
ne peut pas se fier aux déclarations d’autrui.
Tromper quelqu’un, c’est le traiter en ennemis,
mais c’est du même coup se déshonorer et
se rendre indigne de confiance. On comprend que Notre-Seigneur
n’accepte pas que des lèvres chrétiennes
profèrent un mensonge. Pas de faux-fuyant ni de ruse
: disons simplement la vérité : oui, c’est
oui ; non si c’est non.
Je
vous ferais injure, chers auditeurs, si je paraissais seulement
supposer qu’on ose mentir dans un foyer chrétien,
je serais plus catégorique : là où sévit
le mensonge, il y a peut-être encore les apparences d’un
foyer, mais leurs murs en sont lézardés et la
ruine, hélas ! est prochaine. On ne peut pas s’aimer
en dehors de la vérité et, dans le langage de
la affection, le mensonge est ni plus ni moins une trahison.
Mais
s’il est superflu et, je le répète, offensant
de rappeler le devoir de la franchise aux membres d’une
famille unie, en peut-on dire autant de la petite vertu de sincérité
?
Quand
un jeune moutard s’embrouille dans les explications qu’il
donne de sa conduite, la maman l’interrompt : Qu’est-ce
que tu me racontes-là ? ton nez remue, » et sans
doute si le coupable se regardait dans la glace, contesterait-il
à son tour la véracité de sa mère.
Cependant, celle-ci ne s’y trompe pas. Les narines, les
lèvres, les paupières d’un petite pâleur
marquent un léger frémissement qui révèle
qu’il est en tain de prendre quelques libertés
avec la vérité. Or ce défaut n’es
pas seulement le fait des petits ; les grands, même les
très grands y sont également sujets, et, qu’on
le veuille ou non, ces entorses à la vérité
constituent un certain abus de convaincre, elles risquent en
outre d’ouvrir la porte à des tromperies plus graves.
On se droit les interdire.
Le
propre de la sincérité est de ne vouloir dire
que des choses vraies. Quelques-uns ont avancé que ce
mot viendrait du latin sine cera, sans cire, par allusion aux
cires, pâtes et onguents dont les dames romaines se servaient
pour masquer les rides de leur visage. Nos Française
connaissent aussi ces secrets de beauté, et puisqu’elles
les emploient, je pense, dans le désir d’être
plus agréables à ceux qui les entourent, on se
montrerait bien sévère à les blâmer
d’une aussi louable attention, encore, qu’aucun
apprêt ne vaudra jamais la fraîcheur naturelle,
de la jeunesse. Mais on ne saurait excuser quiconque recourt
à des artifices similaires pour enjoliver, colorer ou
farder la vérité.
La
sincérité porte sur ce que nous pensons et sur
ce que nos faisons.
En nous oblige donc en premier lieu à ne pas être
de l’avis du dernier qui a parlé et à ne
pas dissimuler notre manière de penser. Il arrive en
famille qui, sous prétexte de charité, on préfère
abonder dans le sens de ceux qui a manifestent plus énergiquement
leur opinion, par crainte de les irriter ou dit amen à
tous leur jugements. « Pourquoi les contredire, puisqu’on
ne les convaincrait pas ? » sans doute assurez-vous ainsi
votre tranquillité, mais ne couvrez pas votre reculade
sous des dehors charitables. Est –il flatteur pour les
autres de leur attribuer un caractère entier et autoritaires
? Si vous croyez qu’ils se trompent, la charité
vous conseillerait plutôt de les éclairer doucement,
en leur soumettant votre point de vue qui peut élargir
leur vision, la charité ne vous contraint pas adopter
une opinion que vous ne partagez point, elle veut seulement
que vous ne blessiez pas les autres en émettant un avis
différent du leur.
Lorsque
le roi saint Louis demanda au sire de Joinville s’il ne
lui semblait pas moins grave d’être atteint de la
lèpre que de commettre un péché mortel,
Joinville ne craignit pas de lui avouer ingénument sa
façon de penser. « Et moi, reprit-il, qui oncques
ne mentis, je lui dis que j’aimerais mieux avoir commis
dix péchés mortels que d’être frappé
de la lèpre. » Certes, le souverain avait raison
et nous admirons sa sainteté, mais la loyauté
du chevalier n’est pas moins admirable ; « Moi qui
jamais ne mentis… » Voilà le type de l’homme
sincère, incapable de feindre.
La
vertu de sincérité ne s’exerce pas seulement
dans l’expression de notre pensée, mais sur le
champ plus vaste des faits dont nous sommes les témoins
ou les auteurs. Sur ce point, bien des gens ont du mal à
être parfaitement objectif, parce qu’ils ne voient
pas seulement les faits avec leurs yeux et ne les jugent pas
uniquement avec leur froide raison. Ils les interprètent
sous l’impulsion, souvent inconsciente, de leurs désirs
ou de leurs craintes, de leur sympathie habile à excuser
leurs amis ou de leur antipathie prompte à soupçonner
une mauvaise intention chez les autres. Savez-vous que l’office
de témoin n’est pas facile à remplir ? S’en
bien acquitter supposerait que notre attention ait tout observé
et que notre mémoire ait tout retenue aussi exactement
qu’une plaque photographique. Aussi, à défaut
d’une objectivité absolue, rarement possible, on
doit et cela est une vertu posséder assez de désintéressement
pour déclarer que nous rapportons les choses telles que
nous croyons les avoir vues ou entendues, telles du moins que
nous les avons comprise, ainsi que pour exprimer nos jugements
avec les nuances qu’exige le risque que nous courons toujours
de dénaturer tant soit eu la réalité.
Toutefois,
le risque est plus grand lorsque nous parlons de ce que nous
avons fait nous-même. Il faut un fier courage pour ne
pas accentuer ce qui nous met en valeur ou en pas atténuer
ce qui nous est défavorable. Mais grossir la vérité
ou la rogner adroitement, c’est toujours l’altérer.
Pauvre vérité, il paraît qu’en sortant
du puits elle n’a pas de vêtement ; ce spectacle
nous est rarement accordé, car, lorsqu’elle se
présente en public, quelqu’un a généralement
pris soin de l’habiller. Qu’elle soit ornée
d’innocentes broderies, le crime est bénin, pourvu
qu’à force d’exagérations elle ne
soit pas rendue méconnaissable. Mais qui n’a jamais
exagéré ? On exagère pour corser l’intérêt
d’une histoire ; on exagère aussi par vanité,
pour se donner le beau rôle : c’est déjà
moins bien, et ce ne l’est plus du tout si l’on
arrange la vérité ; dans le but de flatter les
goûts ou les penchants d’un interlocuteur, flatter
quelqu’un, c’est fatalement le tromper.
Peut-être
seriez-vous plus indulgents envers ceux que la timidité
pousse à voiler leurs erreurs ou leurs torts. Il arrive,
à coup sûr, qu’on puisse, sans mentir, ne
pas dire toute la vérité, mais le plus souvent
les réticences et les prétéritions aboutissent
à fausser. Faut-il donc se condamner ouvertement ? C’est
quelques fois un devoir, qui comporte en contre-partie le droit
de le plaider les circonstances atténuantes. Mais on
gagne toujours à parler de soi avec sévérité
: lorsqu’on s’accuse, les autres vous trouvent des
excuses. Et vice versa.
Enfin
le silence peut, lui aussi , témoigner contre a vérité.
Par exemple, on est interrogé et, pour donner une réponse
satisfaisante ,il faudrait entrer dans toutes sortes de commentaires.
Alors, par paresse ou par lassitude, on simplifie, on schématise,
et de la vérité, il ne reste plus grande chose.
Or,
des travers que nous venons de passer en revue, celui-ci me
paraît le plus dangereux, parce qu’il porte atteinte
à la confiance qu’on se doit en famille. Si vous
décidez que vous activités n’intéressent
pas les autres ou qu’ils n’ont rien à y voir
( exempté, bien entendue, le cas d’un secret dont
on est dépositaire ), vous créez à l’intérieure
du foyer des zones fermées, où l’individualisme
ronge peu à peu les liens de la communauté familiale.
Il
semblait plus simple de ne pas tout dire ; bientôt ce
sera plus simple de ne rien dire, et l’on finira par vivre
sous le même toit étrangers les unes aux autres.
L’heure n’est peut-être plus éloignée
où ce silence favorisera la dissimulation de sentiments
et d’actions qui ne sont plus complètement innocents.
Insensiblement on a franchi le pas, on es tenté dans
le mensonge.
Nous
dirons la prochaine fois que la charité apporte des limites
à la sincérité. Mais si vous êtes
autorisés à taire certaines choses à ceux
que vous aimez, précisément parce que vous les
aimez, le même principe veut qu’habituellement vous
leur ouvriez largement le sanctuaire de vos pensées de
votre conscience, que tous vous mettiez en commun vos expériences,
vos réflexions, vos désirs, que vous ayez confiance
les uns dans les autres. Qu’un chrétien affirme
ou qu’il nie, nul ne doit pouvoir contester sa parole
: c’est oui, s’il dit oui, et s’il dit non,
c’est non.
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La
petite vertu de discrétion
Au
devoir de la sincérité dont je vous ai parlé
il y a huit jours, vous aurez, cher auditeurs, apporté
le correctif qu’il réclame, à savoir que
« toute vérité n’est pas bonne à
dire ». Je souscris volontiers à cette réserve,
du moment qu’il ne s’agit du bien de la personne
à qui l’on parle : en ce cas, la charité
est une limite légitime ; mais si la vérité
devait seulement attirer des ennuis à celui qui parle,
ce ne serait pas toujours une raison plausible de se taire,
et il se pourrait que la vérité fût bonne
à dire, même à notre préjudice. Il
reste hors de cause qu’on ne doit pas parler sans discernement,
et l’art de discerner ce qu’il faut dire, ainsi
que la manière de le dire font l’objet de la vertu
de discrétion.
Encore
une « petite » vertu, mais qui contribue puissamment
à la paix du foyer. La vertu de discrétion consiste
premièrement à ne pas vouloir tout connaître,
et deuxièmement à savoir ne pas tout dire.
Foin
des indiscrets qui cherchent à se renseigner su tout
auprès de tous et qui vous posent à brûle-pourpoint
des questions en des matières qui ne les concernent pas
! Il est trop clair qu’on ne doit pas la vérité
à ceux qui n’y ont pas droit, et qui pourraient,
au surplus, faire un mauvais usage de la réponse qu’ils
vous auraient arrachée. Le questionneur intempestif n’a
pas fondé à se plaindre si vous avez éludé
son coup de sonde poliment ou… brusquement. Toute famille
a son histoire, ses projets, ses secrets qu’elle peut
défendre contre la curiosité de ces sortes de
cambrioleurs que sont les indiscrets.
Mais
voici un cas plus délicat, Est-ce qu’au même
foyer on peut avoir des secrets les uns pour les autres ? Je
réponds que chacun y est obligé de respecter la
vie personnelle des autres et de ne pas tenter d’en forcer
l’accès. Il va de soi que lorsqu’un chef
de famille est médecin ou avocat, il est rigoureusement
lié par le secret professionnel, que nul ne doit chercher
à découvrir. Convenez aussi qu’une femme,
si tendrement qu’elle aime son mari, n’est pas autorisée
des avantage à lui faire part de la confiance d’une
amie qui est venue chercher auprès d’elle un conseil
dans une affaire tout intime. De même que nous ne saurions
disposer d’une somme d’argent que nous avons acceptée
en dépôt, de même le secret que nous avons
consentie à entendre ne nous appartient pas, il est la
propriété de celui qui nous l’a confié
; nous n’avons pas les droit de le divulguer. Les parents
peuvent avoir des secrets à l’égard de leurs
enfants déjà grands ; mais l’inverse peut
se produire, et ceci réclame beaucoup de tact de la part
des parents.
Sans doute, dans les heures critiques que traversent
parfois les adolescents, ils trouveront rarement, en général,
des confidents plus attentifs et plus secourables que leur père
ou leur mère. Encore ne voudraient-ils se convier à
eux que si les parents ne leur font pas subir, un interrogatoire
top serré et s’ils ne se plaignent pas trop amèrement
des silences prolongés de l’enfant qui grandit.
Je dirais à ce dernier : « Allons, secoue-toi un
peu, fait effort pour te mêler à la conversation
de la table familiale, » et je conseillerais aux parents
: « Vous le voyez soucieux, maussade, vote intuition ne
vous trompe pas, il a un secret. Que vote affection soit à
la fois vigilante et patiente. Une interrogation trop directe
l’emprisonnerait dans son mutisme. Attentez. Un mot le
trahira bientôt. Ne le relevez pas tout de suite. Mais
quand vous serez en tête à tête avec lui,
demandez-lui doucement ce que ce mot signifiait. L’aveu
viendra de lui-même. »
La
bonne méthode est d’être soi-même ouvert
et confiant, d’écouter toujours les autres Oh !
Oui, il faut avoir soin d’écouter, mais aussi de
respecter leur silence. La confiance d’autrui est à
la mesure de notre discrétion.
Est-il
nécessaire d’ajouter que si les confidences ne
se cherchent pas, c’est ensuite un devoir de justice de
les garder jalousement pour quoi ? E ceci nous conduite au second
aspect de la vertu de discrétion, donc nous avons de
multiples occasions dans la vie de tous les jours, j’entends
la précaution de ne pas dire inconsidérément
tout ce qu’on sait.
Les
anciens avaient fait de la discrétion une déesse.
Sa statue la représentait les lèvres scellées,
et ils l’avaient placée dans le temples de la joie.
Ceci est très instructif, car la discrétion porte
en elle-même sa récompense, trop parler nuit, affirme
un proverbe ; en revanche, on n’a ordinairement qu’à
se réjouir de n’avoir pas trop parlé. L’apôtre
saint Jacques déclare que l’ homme capable de maîtriser
sa langue est un homme parfait, mais il estime que cette maîtrise
n’est pas chose commune, tel était aussi l’avis
du moine qui écrivit le livre de l’IMITATION «
Plus d’une fois, confesse-t-il, j’ai regretté
de n’avoir pas gardé le silence. »
Assurément,
un certain abandon est tout à fait de mise dans les conversations
en famille. On doit pouvoir dire librement ce qu’on pense
: encore faut-il prendre le temps de penser avant de parler.
Et puis, même en famille, il est agréable à
tous qu’on ne parle pas sans arrêt ; on goûte
alors davantage peut-être le plaisir de se trouver réunis,
tandis que chacun poursuit son occupation personnelle, qui la
lecture, qui la couture, qui les études. Se tenir, se
reposer, travailler ensemble est déjà une des
joies de l’amitié, beaucoup plus sensible quand
on ne la trouble pas par des discours sans intérêt.
Néanmoins,
spécialement en famille, le plus souvent on parlera.
Première précaution à prendre : se garder
de répéter tout ce qu’on appris au dehors,
avant de l’avoir contrôlé sois-même.
Naturellement, plus la nouvelle est inattendue, piquante, drôle,
plus on a hâte et plus on a de plaisir à l’ébruiter.
Attention à la réputation du prochain. Ne vous
rassurez pas trop vite.
«
Il n’y a pas de fumée sans feu », dites-vous.
En général, il y a dans les racontars plus de
fumée que de feu.
«
Ce mot comique n’est pas très méchant !
» Est-ce l’opinion de celui sur le dos duquel vous
casez si allégrement du sucre? Le dard du moustique est
moins épais qu’un cheveu : sa piqûre n’a
cependant rien d’agréable. Et seriez-vous flattés
qu’on en usât de même à votre égard?
La
discrétion oblige à discerner le vrai du faux
dans l’histoire qu’on nous a racontée ; dans
l’incertitude, ne la répétons pas ; renonçons
plutôt à faire rire au détriment de la vérité
et aux dépens des autres. Même si les faits défavorables
aux autres sont exactes, fussent-ils le secret de polichinelle,
ne donnons pas de publicité à une faute. La théologie
catholique a formulé, à propos de la médisance,
une règle de haute sagesse : « On n’a le
droit de parler des fautes et des défauts du prochain
que lorsqu’on en la e devoir. » Oui mettez les autres
en garde conte l’influence fâcheuse ou les mauvais
agissements d’un tiers. Dites alors ce que vous connaissez
de science certaine, mais dites-le gravement, sans malice, uniquement
dans l’intérêt de ceux que vous avez le devoir
de protéger.
Enfin, la vertu de discrétion nous commande de ne pas
dire aux autres ce qui leur causerait inutilement de la peine,
remarquez l’adverbe « inutilement ». Les parents
doivent reprendre un enfant coupable ; entre frères et
sœurs, on peut se signaler mutuellement se défauts
: cela fait partie de l’éducation. Si l’avertissement
est public, qu’ils soit bref et qu’on parle aussitôt
d’autre chose. Mais le reproche sera plus efficace et
moins humiliant s,il est fait en particulier. Jésus en
personne nous en donne le conseil : Si ton frère comment
une faute, va le trouve et reprends le seul à seul.
Et dehors de ces cas nécessaires de correction fraternelle,
veillons à ne pas faire de peine à quelqu’un
qui nous aime, même si occasionnellement il nous impatiente
ou nous contrarie. Vous prétendez lui dire ses quatre
vérités. Pourquoi quatre? Je n’en sais rien,
mais je sais bien que vous êtes en colère. Si vous
voulez lui dire ses vérités, eh bien! Commencez
par reconnaître toutes ses qualités : après
cela, vous passerez au chapitre des défauts ; pendant
ce temps, votre courroux sera tombée et vous saurez le
reprendre très gentiment et pour un plus sûr profit
Non,
ne vous faites pas de peine à ce foyer où vous
avez tant d’autres motifs d’être indulgent
les uns pour les autres. Vous vous taquinez, assurément.
On ne taquine que ceux qu’on aime bien. Apprenez seulement
à manier aimablement la taquinerie. Les meilleurs plaisanteries
sont les plus courtes ; n’insistez pas sur ce petit travers,
sur cette petite bévue. Il faut que votre victime soit
la première à rire de votre réflexion.
Arrêtez-vous dès que le rire-commerce à
devenir jaune. Effacez la petite piqûre avec une bonne
marque de tendresse. Mais jamais vous entendez, jamais, surtout
les plus âgés envers les plus jeunes, n’employez
l’ironie blesse toujours et ses blessures sont profondes.
Vous
vous récriez : « La cousine Berthe ; éprouve
un besoin incoercible de chanter, et la malheureuse chante faux.
Lui dirai-je q’elle chante juste ? » Non, assurément,
mais comme elle a ms tout son cœur à chanter ( ou
à exécuter sa romance ), dites-lui cette romance
est très jolie, vous ne mentirez point et vous ne la
chagrinerez pas. Après tout, son innocente manie vous
aura un peu amusé. Alors tout le monde sera content.
Le
monde ? Ne pensez-vous pas qu’il se divise en deus catégories
. a côté de ceux qui cherchent à faire de
la peine, il y a tous ceux, bien plus nombreux, qui tâchent
de faire plaisir,.Votre choix est fait depuis longtemps, mes
chers auditeurs, vous êtes tous parmi les seconds. Voilà
qui vous aidera à trancher avec la discrétion
voulue les cas de conscience que je vous ai soumis, avec un
égal respect de la vérité et de la charité.
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Noël,
la joie au foyer
Vous
aurez, je l’espère, chers auditeurs, passé
une bonne fête de Noël . Peut-être êtes-vous
allés à la messe de minuit chanter : Il est né
le divin enfant. Du moins, avez-vous dans la journée
conduit vos tout-petits, à l’élise pour
qu’ils l’y contemplent la crèche. Vous avez
suivie leurs regards curieux qui détaillaient tous les
personnages, et devant le bébé à peine
vêtue, étendu sur la paille, ils vous ont dit :
« le petit Jésus a due avoir bien froid. »
Mais tandis que je vous parle, je crois apercevoir les yeux
de Jeannette ou de Pierrot se tourner du côté de
la commode, vers la petite crèche du foyer qu’ils
ont confectionnée eux-mêmes. Rien n’y manque,
la Vierge en prière, les bergers et leurs moutons, le
bœuf et l’âne, bien entendu. Et Jacques le
petit frère, voudrait y ajouter l’ours en peluche
qu’il a trouvé dans son soulier, mais les aînés
N’admettent pas une pareille entorse à la tradition,
Pour moi, ce que j’admire le plus dans cette crèche,
c’est qu’elle est le gage d,une précieuse
petite vertu, la joie au foyer.
Laissez-moi
vous féliciter, chères populations catholiques
du Nord et de l’Est, de n’avoir pas adopté
l’affreuse invention du « père Noël
». Chez vous, c’est encore saint Nicolas qui distribue
les cadeaux, a la bonne heure, vous n’avez pas abîmé
l’imagination de vos petits en leur représentant
Noël sous les traits d’un vieux colporteur de jouets
échappé d’un magasin à prix unique.
Noël n’a rien à voir avec ce bonhomme à
barbe blanche, Noël, c’est un petit enfant, le patron
et le modèle de tous les enfants chrétiens.
Ce
petit enfant est riche de la tendresse de sa maman, mais il
ne possède rien de plus, car il est pauvre, Noël,
fête des enfants, est aussi la fête des pauvres
rassemblés autour du sapin illuminé, aux branches
duquel sont a crochés des joujoux sûrement, et
des pralines, mais surtout des lainages bien chauds. Dans votre
paroisse on s’en entendu, je pense, pour porter au domicile
des pauvres le colis de victuailles a qui leur a permis des
fêtes de Noël, eux aussi, dans leur maison, Il faut,
n’est-ce pas, que ce jour-là les plus déshérités
oublient au moment leur détresse et reçoivent
leur petit part de bonheur.
C’est
qu’en effet, le petit enfant pauvre qu nous fêtons
n’est rien de moins que le Fils de Dieu devenue l’un
de nous et qui a tant aimé les hommes que sa vie parmi
nous n’a eu qu’un but, notre bonheur. « Pour
être heureux, nous dira-t-il, vous qui êtes courbés
sur la terre ou pensés sur vous outils, espérez
en Dieu qui vous attend dans le ciel, notre patrie à
tous. Ne vous traitez pas en rivaux ou en ennemis, mais aimez-vous
comme des frères et vous vivrez en paix. Ne vous disputez
pas les richesses, mais partagez-les équitablement entre
vous. Autant que la cupidité, l’orgueil et la dureté
causent vote malheur. L‘homme en trouve pas sa grandeur
à servir ses semblables, mais à leur rendre service,
comme les vrais maîtres du monde sont ceux qui, en dominant
leurs instincts et en se maîtrisant eux-même, ne
font pas souffrir les autres et s’emploient au contraire
à alléger la peine d’autrui. » Le
Dieu-Enfant qui a pris rang parmi les humbles a voulu nous prouver
que le pire ennemi de l’homme est l’égoïsme,
source de tout péché, et nous entraîner
à sa suite dans une vie droite et fraternelle qui nous
rendra meilleurs et plus heureux.
Mais
où commence le bonheur des hommes, si ce n’est
au foyer. Aussi voyons-nous à la crèche Joseph,
qui se dévoue à sainte Épouse, et Marie,
toute fière de presser sur sa poitrine le Corps délicat
du cher petit que le ciel lui a donné. À Bethléem,
la Sainte Famille n’a pas un toit à elle. Mais
ce ne sont pas le pierres qui font le foyer, ce sont les cœurs.
De nos jours encore, la joie du foyer ne tiens pas au décor
dans lequel on vit : elle est souvent plus grande dans les intérieurs
modestes que dans les demeures somptueuses ; elle est l’apanage
des familles où tous mettent en pratique la loi d’amour
que l’Enfant de la crèche est venue enseigner au
monde.
Puisse
cette fête de Noël vous apporter à tous, frères
inconnus qui m’écoutez , un renouveau de joie !
Vous avez tous vos soucis, je le sais, mais déposez-les
pour quelques heures entre les mains de Jésus : vous
les reprendrez demain, vous n’aurez même pas la
peine de les reprendre, ils reviendront d’eux-mêmes.
Jamais autant qu’à Noël on n’a l’occasion
de goûter la joie de s’aimer en famille.
ON
ne peut célébrer la naissance du Dieu nouveau-né
sans se sentir rajeuni soi-même. Hier, les grands-parents
avaient fait toilette. N’est-ce pas que grand’mère
est encore bien jolie sous ses cheveux blancs, et que de bonté
on peut lire dans ses yeux ! Et bon-papa est encore gaillard
en dépit de ses rhumatismes.
Noël
est le jour où l’on songe avec douceur aux disparus
dont les portraits ornent les murs ou la cheminée de
la chambre. On évoque les traits saillants de leur histoire,
toujours les mêmes, qu’on ne se lasse pas de répéter,
car ils rattachent les jeunes qui grandissent à ceux
qui leur ont laissé un monsa tache.
À
la Noël, on aime à parler longuement des absents
; ceux qui ont quitté le nid sont parfois plus nombreux
que ceux qui s’y retrouvent pour le repas familial. Il
y a la fille mariée qui n’a pas pu revenir, ou
le grand fils qui est allé courir sa chance loin du pays,
ou le cadet qui fait son service militaire, ou la benjamine
qui est entrée au couvent, et la force de parler d’eux,
il semble qu’on entende leur voix. Les lettres qu’ils
vous ont écrites sont encore dépliées sur
le coin du bureau : il faut que chacun en prenne connaissance
et maman a besoin de les relire avant d’y répondre.
Noël opère tous les ans les rassemblement invisible
de ceux qu’on aime.
Cependant,
de tous les absents, il en est un dont on a prononcé
le nom plus souvent, tout en essuyant furtivement une larme,
celui ou celle qui se soigne, loin de vous, en quelque sana
surpeuplé où, plus que de son mal, il souffre
d’un cruel isolement. Le cher malade n’a pas cessé,
lui non plus, de penser à la maison ; il a lu et relu
la lette de la maman. Avec quelle émotion il a ouvert
le paquet contenant les douceurs qu’elle lui avait envoyées
pour « son petit Noël » !
Et
parce que vous n’avez pas pu le serrer dans vos bras,
je gagerais, chère maman, que dans l’après-midi
d’hier vous avez su distraire le temps d’une visite
à un voisin ou une voisine malade eux aussi. Vous leur
avez procuré le réconfort d’une sympathie
qui aurait voulu soulager toutes les souffrances de tous les
malades. Et dans le fond de votre cœur, vous espériez
qu’à votre place un ami inconnu était allé
égayer d’un sourire votre malade à vous.
Mais il vous a fallu rentrer bien vite afin de mettre au four
le gâtera de Noël que tous les convives ont savouré,
non sans qu’on ait prélevé la part que les
petits pont portée à la vieille demoiselle d’en
face, qui , en ce jour de Noël, n’attendait ni lettre
ni visite.
Comme
on comprend mieux, un soir de Noël, la vérité
de cette admirable parole de Jésus : On éprouve
bien plus de bonheur à donner qu’à recevoir
! Comme chacun s’applique à penser aux autres !
Comme on est heureux d’avoir contribué à
la joie familiale ! Comme on voudrait en untel jour répandre
le bonheur à pleines mains dans le monde entier ! C’était
là, vous le savez, le cœur du divine Enfant de Bethléem
!
En
bien, Pierrot, Jeannette, nous allons lui demander de nous exaucer.
Faisons ensemble une prière devant votre crèche.
Quoi ? Claude et Christiane me font signe qu’il n’y
a pas de crèche dans leur maison. Cela ne fait rien,
mes petits, joignez seulement vos mains. Dans la crèche,
il n’y a que des images, alors que Jésus lui-même
est réellement dans vos cœurs.
Vous
y êtes ? Je parlerai plus lentement afin que vous puissiez
me suivre. Dites avec moi : « Cher petit Jésus,
je vous remercie d’être venue du ciel pour nous
rendre heureux. Moi aussi je vous aime beaucoup et je vous promets
d’être bon pour faire plaisir à mes parents.
Faites qu’ils soient heureux, que papa ne manque pas de
travail, que maman ne soit pas malade et que tous on s’aime
toujours bien à la maison. Bénissez nos absents.
Guérissez nos malades. Les grandes personnes disent qu’il
y a de méchants hommes qui pensent à faire encore
la guerre. Empêchez-les, petit Jésus. Accordez
au monde la paix que vous avez promise aux hommes de bonne volonté.
Ainsi sot-il. »
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La
petite vertu de d’espérance
Tout
finit ici-bas, mes chers auditeurs, et cependant rien ne finit,
tout recommence. Vendredi, en échangeant entre vous le
baiser du soir, vous soupiriez : « Encore une année
de finie ! » et vous avez fait le compte de ce que ces
trois cent soixante-six jours écoulés vous apportèrent
de joies et de peines. Les beaux jours sont passés, les
mauvais aussi : nous ne le reverrons plus. Peut-être le
souvenir d’un deuil vous a-t-il alors serré le
cœur : le visage d’être aimé, ne n’est
que trop vrai, vous ne le reverrez plus . Mélancolie
des jours qui s’en vont et qui ne reviendront pas. Cependant,
hier matin, la maison s’est emplie des cris joyeux de
vos enfants que vous adressaient le souhait traditionnel : «
Bonne année, bonne santé !» Après
vous avoir embrassés, les plus petits ne perdaient plus
des yeux un seul geste de vos mains, ces mains qui tirèrent
soudain de quelque cachette ignorée les merveilleuses
étrennes. Et la joie des jeunes à réveillé
en vous quelque chose de plus merveilleux, que Dieu a mis dans
le cœur des hommes, la petite vertu d’espérance.
Petite
vertu, vous récriez-vous, la seconde des trois vertus
théologales !
Vous
avez raison, l’espérance est une très grande
vertu, et parce que son objet est Dieu lui-même possédé
dans le ciel, et parce que pour ne pas douter d’un tel
bonheur, nous qui vivons dans l’obscurité, dans
les difficultés, dans la souffrance, nous devons faire
un acte de foi total en la bonté de Dieu et l’aimer
d’un amour semblable au sien, l’amour qui se donne
avant d’avoir reçu.
Mais
ce riche lingot de l’espérance surnaturelle se
monnaie tout au cours de la vie en quantité d’actes
de confiance en Dieu, qui nous autorisent à parler, après
Péguy, de la petite espérance » quotidienne,
« celle qui tous les matins nous donne le bonjour ».
C’est elle que je voudrais voir briller à tous
vos foyers au début de ce nouvel an.
Dans
le langage chrétien, l’espérance n’est
pas une prévision, à l’encontre de ce que
s’imaginent bien des gens pour qui « espérer
» consiste à scruter l’avenir, à soupeser
les probabilités pour établir des pronostics ;
après quoi, ils concluent : j’ai bon espoir, ou
au contraire : je n’ai pas grand espoir, ce qui signifie
en réalité : je crois avoir ou non des chances
de réussir. Vous surprendra-je en déclarant que
ces calculs n’ont rien de commun avec l’espérance
chrétienne ?
Celle-ci, bien que tournée vers l’avenir, tient
tout entière dans le présent. Espérer,
ce n’est pas être sûr du lendemain, c’est
avoir confiance aujourd’hui, non pas confiance dans le
événements imprévisibles, maie en DFIeu
qui les dirige et qui nous aime.
«
Laissez aux païens, disait Jésus, le tourment de
savoir s’ils auront à manger ou de quoi ils se
vêtiront demain. Ils auront beau se mettre martel en tête,
leurs préoccupations n’allongeront pas la durée
de leur vie d’une minute. Dieu ne vous aurait pas appelés
à la vie s’il n’avait pourvu à vos
moyens de subsistance. Il y a sur la terre de quoi nourrir et
habiller tous les hommes. Que tous soient fidèles à
ses commandements et pratiquent la justice, nul ici-bas ne manquera
de rien. En ce qui vous concerne, faites consciencieusement
votre devoir, donnez-vous bravement à votre tâche
et ayez confiance dans votre Père des cieux qui connaît
vos besoin, » Et Jésus nous trace notre règle
de conduite en une formule devenue proverbiale : Ne vous inquiétez
pas du lendemain. Demain prendra soin de lui-même. A chaque
jour suffit sa peine.
Voilà
l’espérance selon l’Évangile : elle
ne se fonde pas sur l’impossible sécurité
du lendemain, mais elle nous procure la paix dan l’insécurité
de tous les jours. C’est aujourd’hui que nous espérons,
sans rien savoir de ce que demain nous réserve : notre
sécurité réside dans la certitude que Dieu
nous aime ; c’est e lui que nous espérons.
Hélas
! une crainte instinctive nous pousse à interroger l’avenir,
ce Spectre toujours masqué qui nous suit côte à
côte et qu’on nomme demande comme dit le poète.
Oh! demain, c’est la grande chose, de quoi demain sera-t-il
fait ?… Demain, c’est l’éclair dans
le voile, c’est le nuage sur l’étoile…
Les
vers de Victor Hogo hantent notre mémoire, Cependant,
le grand poète se trompe ici, demain n’est pas
la grande chose. La grande chose, c’est aujourd’hui,
nous pouvons conjurer les maux de demain qui résulteraient
de nos imprudences : demain, ce serait trop tard. Aujourd’hui
nous pouvons peser les conséquences de nos actes : demain,
il n’y aura plus qu’à les subir.
A chaque jour suffit sa peine. L’espérance chrétienne,
en nous obligeant à vivre au jour le jour, nous épargne
les déceptions et les découragements. Bâtir
des châteaux en Espagne est le plus sûr moyen de
coucher à la belle étoile ; inversement, la criante
de n’avoir plus de toit paralyse, nos efforts. Ne nous
leurrons pas de lendemains fantastiques, ne nous inquiétons
pas de lendemains tragiques, remplissons tranquillement notre
tâche du jour présent que nous connaissons et nous
saurons remplir celle de demain que nous ignorons.
A
chaque jour suffit sa peine. Que Dieu est bon de nous avoir
caché l’avenir ! Si nous connaissions l’épreuve
qui nous attend dans les jours qui viendront, son poids nous
effraierait et nous écraserait d’avance. Chargeons-nous
seulement du fardeau d’aujourd’hui, il est à
la mesure de nos épaules. Demain aura soin de lui-même,
Dieu nous donnera demain de nouvelles forces pour faire face
aux difficultés nouvelles qui nous sont inconnues.
Jésus nous défend-il de préparer ces lendemains
inconnus? Non point, car ceux qui ne voient pas plus loin que
le jour présent courent à la ruine. Le Seigneur
nous interdit seulement de nous inquiéter du lendemain.
L’imprévoyance est une faute, car elle sacrifie
l’avenir au présent : mais l’inquiétude
n’est pas une moindre erreur, puisqu’elle sacrifie
le présent à l’avenir. L’inquiétude,
toujours nuisible, est généralement illusoire.
Quand don s’est bien prémuni contre tous les malheurs
qu’on croit possibles, ou bien il ne s’en produit
aucun et l’on en est pour se frais, ou bien il en survient
un autre qu’on n’avait pas prévue. Celui-ci
s’est privé pendant des années afin de n’être
pas sans le besoin sur ses vieux jours, et voici la dévaluation
qui en lui laisse que des papiers sans valeur. Cet autre qui
se met en garde contre toutes les maladies futures, ne jouit
pas de sa santé actuelle tellement il la peur des microbes
et des courants d’air. « Les poltrons, écrit
Shakespeare, meurent plusieurs fois avant leur mort .»
L’inquiétude est démoralisante ; elle ne
supprime pas les malheurs redoutés, elle les anticiper
; elle grossit les difficultés ; elle détruit
la passion du risque sans laquelle l’homme n’a plus
de courage, rappelez-vous ces lignes si simples et si biens
de Péguy : « Je n’aime pas, dit Dieu, celui
qui spécule sur demain. Je n’aime pas celui qui
sait mieux que moi ce que je vais faire. Pensez à demain,
je ne vous dis pas : calculez ce demain. Ne soyez « point
malheureux qui se retourne et se consume dans son lit pour savoir
ce que sera la journée de demain dont on parle toujours
est le jour qui va venir et qu’il sera sous mon commandement
comme les autres .»
Chers
auditeurs, cultivez à votre foyer la petite vertu d’espérance
qui, en élevant vos regards vers Dieu, vous rendra capables
de tous les courages parce qu’elle vous délivrera
de tous les craintes. A ce prix, je puis, sans vous tromper,
vous souhaiter à mon tour une bonne année.
Oui,
bonne année, parce que Dieu est toujours bon et veillera
sur vous. Bonne année, parce qu’en vivant au jour
le jour, sans perdre une des occasions présentes de bien
faire et de faire le bien, tour à tour, vous goûterez
et vous donnerez le bonheur. Bonne année, par ce qu’au
lieu de vous inquiéter sans raison, vous apprécierez
toutes les heures paisibles que Dieu vous accordera. Bonne année,
même si l’épreuve doit surgir tout à
coup, car les moments duras affermiront votre énergie
et Dieu ne laissera se personne ni une goutte de vos sueurs
ni une seule de vos larmes. Vivez chaque jour dans l’espérance
en répétant la vieille locution français
qui est une affirmation de courage en même temps qu’un
prière : A la grâce de Dieu !
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La
petite vertu de la bonne humeur
Quand
il vous arrive de jeûner, disait Jésus, ne prenez
pas des airs tristes, sombres, renfrognés. Certes, Notre-Seigneur
connaissait par expérience les duretés de la vie
; il n’ignorait pas que le ceux des hommes est parfois
broyé par l’épreuve ; devant le tombeau
de son ami Lazare, il partage tellement le chagrin des sœurs
du défunt qu’il ne peut retenir se larmes. Mais
y a assez de douleurs inévitables pour ne pas se rendre
malheureux comme à plaisir. Aussi, lorsque nous n’avons
pas un motif sérieux de tristesse, Jésus nous
défend-il de prendre des airs accablés : Ne vous
faites pas triste.
Avez-vous
remarqué, mes chers auditeurs, que le vocabulaire des
défauts est bien plus étendue et varié
que celui des vertus? Ainsi on entend parler de gens moroses,
maussades, taciturnes, ou bien bourrus, bougons, grognons, revêches
; ceux-ci sont capricieux, lunatiques, acrimonieux ; ceux-là
ont l’air rébarbatif, un pli d’amertume au
coins des lèvres et à la bouche des paroles aigres
; ce sont des trouble –fête, des rabat-joie. En
revanche, le dictionnaire ne nous fournit qu’un très
petit nombre de vertus à opposer à tant de mauvaises
dispositions. Cependant, les tristes compagnons que je viens
de signaler ont un commun dénominateur on dit d’eux
qu’ils sont de mauvaise humeur, quand il s ne sont pas
d’une humeur massacrante. Voilà qui me permettra
de vous proposer, pour maintenir au foyer la joie et l’espérance
que je vos souhaitais ces deux derniers dimanches, la petite
vertu de bonne humeur.
Mais
quelque esprit chagrin, voudra une prendre en défaut
à mon tour : « Notre humeur, bonne ou méchante
,m’objectera –t-il, ne dépend pas de nous.
Ne doit-on pas d’une personne désagréable
qu’elle s’est levée sur le pied gauche, ce
qui dénote l’absence de tout calcul ? Par une matinée
de soleil, on es t naturellement joyeux, au lieu qu’un
temps de brouillard nous assombri. Tel est gai parce qu’il
possède un estomac complaisant, tel autre qui, a des
digestions pénible trouve à redire à tout.
»
Il
est vrai que des influences extérieures modifient l’aspect
de notre caractère, Je retiendrai même de cette
constatation qu’en présence de quelqu’un
qui est de mauvaise humeur, il est charitable de lui accorder,
le bénéfice de ces circonstances atténuantes.
Ne lui tenez pas rigueur des ses brusqueries, en effet il est
peut-être malade ou seulement fatigué, ou bien
ses affaires marchent al, ou hélas ! il souffre d’une
blessure morale qu’il serait cruel d’aggraver de
os reproches !
Quant
à nous, lorsque nous ne nous sentons pas dans notre assiette,
efforçons-nous de reconquérir notre sérénité,
car il rarement impossible de réagir contre des causes
extérieures de mécontentement. On peut chanter
quand il pleut, on peut dominer sa lassitude ( ou s’accorder
quelque repos), on peut dissimuler ses soucis afin de ne pas
contrister les autres ; mais, ne nous y trompons pas, on ne
parvient à reprendre et à conserver son équilibre
moral qu’au prix d’un effort énergique, et
c’est justement parce qu’elle st set conquête
de la volonté que l’égalité d’humeur
mérite d’être appelée une vertu.
Notre humeur n’est pas seulement le reflet du ciel claire
ou nuageux ; elle est aussi le reflet de notre âme qui
a ses hauts et ses bas, ses élans et ses dépressions,
mais que nos pouvons contenir ou corriger, mais que nos pouvons
contenir ou corriger. « Le temps et mon humeur ont peu
de liaison, notait Pascal : j’ai mes brouillards et mon
beau temps au-dedans de moi. » Oui, nos dispositions personnelles
sont comme des verres teintés dernière lesquels
nous voyons la vie en rose ou en gris. Un jour nous manifestons
une gaieté exubérante qui nos trend sourds aux
peines d’autrui, ou un optimisme irréfléchi
qui nous cache les obstacles conte les quels nous irons buter
; le lendemain, au contraire, l’emballement a fait place
au déballement , on n’a palus de goût pour
rien, on se grossit les difficultés, on est à
charge aux autres, impatient, susceptible, insupportable.
Ah!
Quittons ces lunettes qui nous égarent, La vie st tout
à tour grise ou rose, prenons-la telle qu’elle
st ,Regardons-la avec nos yeux, nos yeux de chrétiens.
Faisons un acte de foi en Dieu qui nous aime et qui en permet
pas que nous soyons éprouvés au –dessus
de nos forces, mais aussi un acte de foi en nous-mêmes.
Croyons à l’utilité de nos actons, à
notre capacité de bien remplir notre tâche, et
surtout à notre mission de dévouement à
nos semblables. Alors, cette fois, nous tenons la bonne humeur,
qui dépend bel et bien de notre volonté.
La
bonne humeur jaillit d'une conscience pure et d’un cœur
généreux. Il reste à la développer
à l’aide d’un double exercice, habituons-nous
à voir le bon côté des choses et les beaux
côtés des gens.
«
Vous pouvez à votre choix voir dans une flaque d’eau
ou la boue gisant au fond, ou l’image du ciel qui est
au-dessus.» Cette parole est de Ruskin, elle est d’une
vérité frappante et d,une application universelle.
Le
mal est le bien sont mêlés partout. Il ne s’agit
pas d’être naïfs et en méconnaissant
le mal de se salir dans la boue ; mais commençons par
considérer le bien, le soleil qui est jour dans l’eau
dangereuse et nous contournerons la flaque d’eau. Ne nous
hypnotisons pas devant les difficultés, mais cherchons
bien et nous trouverons sûrement le moyen de les surmonter.
Un événement nous contraire ; y changerons-nous
quelque chose en malmenant notre entourage comme s’il
devait être punie de notre déceptions ? Ce qui
nos arrive est fâcheux ? Cela aurait pour être pire.
Quelle leçon d’endurance nous recevons parfois
de personnes durement éprouvées que nous plaignons
de tout notre cœur et quoi nous font cette réponse
si touchante L « Il y a plus malheureux que moi!»
D’instinct nous prenons nos contrariétés
au tragique et celles d’autrui à la légère.
Le chrétien doit faire exactement le contraire, compatir
sincèrement aux afflictions des autres et supporte vaillamment
ses propres déconvenues. Nos projets se trouvent déjoués
: faisons contre fortune bon cœur. Qui sait si cet insuccès
ne tournera pas à notre avantage plus sûrement
que nos prévisions ? Toutes choses ont leurs inconvénients
et leurs bons côtés : regardons d’abord les
bons côtés et nous viendrons plus aisément
à bout des inconvénients.
Adoptons
la même tactique à l’égard de nos
semblables, Abordons-les par leur s baux côtés.
Ils ont tous leurs défauts ( comme nous d’ailleurs
), mais tous ont leurs qualités. Les aurez-vous corrigés
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