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Série-12-Voie raccourcie de l'Amour Divin - 12 pages - 01/12 |
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Le chemin direct Par P. Martial Lekeux, franciscain |
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LES DEUX VERTUS FONDAMENTALES |
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Peu arrivent au sommet convoité : malgré une réelle bonne volonté, on marque le pas, ou même on recule plus qu'on ne progresse. Si long est le trajet qu'après des années de labeur on ne constate pas de changement appréciable; le but, semble-t-il, s'est éloigné à l'horizon à mesure qu'on y tendait. Aussi la « montagne de la perfection » est encombrée de traînards : devant cette désespérante lenteur, cette inutilité apparente de l'effort, cette difficulté toujours renaissante, beaucoup s'attristent, se découragent, et peu à peu se mettent à redescendre ou se stabilisent à un niveau médiocre. Et pourtant l'appel de la cime persiste : on sent que là seulement est le repos, la joie, la vie. N'existe-t-il vraiment pas de moyen de vaincre cette impuissance et de hâter la marche? On a dit qu'il n'y avait pas de chemins de traverse faciles pour aller à Dieu. Pas de chemins faciles, je le crois, mais il y a des traverses. Dans les pays de montagne, à côté de la grand-route en lacet, on trouve des chemins de raccourci, plus raides mais moins longs,puis, plus abrupte encore, la piste à peine tracée qui escalade les obstacles et monte droit au but. Prendre par le plus court, dans l'ascension spirituelle, c'est, évitant les circuits des pratiques secondaires et les lenteurs des demi-mesures, s'attacher à l'essentiel, à ce qui va directement à l'union divine; et sur ce sentier lui-même on progressera d'autant plus vite qu'on y donnera un effort plus généreux. Ces démarches essentielles, le Maître nous les signale clairement et avec insistance : « Celui qui veut être mon disciple, qu'il fasse abnéga tion de lui-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive. » « Si tu veux être parfait, donne tes biens aux pauvres, puis viens et suis-moi. » Et ainsi tout le long de l'Évangile : renoncer à tout, suivre le Christ; se détacher de soi, s'attacher à lui; abnégation, union d'amour. Telle est la voie directe; tel est le double mouvement qui nous conduira le plus rapidement à Dieu. Cela est, aussi bien, parfaitement logique : le but est l'amour divin; ce qui nous retient d'aimer Dieu, ce sont les mille liens qui nous attachent au temporel et à nous-mêmes : l'abnégation est donc la première vertu qui s'impose, l'indispensable condition de tout progrès. D'abord trancher l'entrave : après quoi, libéré, on pourra et on devra suivre Jésus, s'attacher à lui, le servir, l'imiter, croître ainsi dans son amour, et, celui-ci étant l'âme des vertus, parvenir, par lui, à toute perfection. En résumé, l'amour par le renoncement, et tout le reste par l'amour. Celui-ci constitue la sainteté; les autres vertus le préparent ou le tra duisent. C'est clair, c'est évident. Combien pourtant ignorent cette bonne piste! Ils ont compliqué le trajet, ou on le leur a compliqué, dispersant leur effort sur des points accessoires sans aborder l'essentiel. Beaucoup ne s'en sont jamais enquis; ils suivent mollement le gros de la troupe : on est si habitué aux grands chemins — et c'est tellement plus confortable! D'autres ont pris peur devant la raideur du sentier; et s'ils ont essayé, ils ont bientôt renoncé, rebutés par la difficulté. Car il faut le dire, et cela saute aux yeux, la voie abrégée n'est pas une voie facile; elle est même essentiellement ardue : arcta est via. Plus le chemin est tout, plus il est malaisé. Ce sont les violents qui forcent le Royaume. C'est pour cela qu'on hésite, qu'on tourne autour de l'obstacle et, si souvent, qu'on abandonne. Combien on a tort! Rassurons-nous : à l'inverse, plus l'effort est vigoureux, plus il sera bref. Et cette voie ménage des joies très pures. La peine est compensée par la satisfaction de progresser. Le chemin est sûr, ici, chaque effort porte. Et puis la grâce est là : plus on donne, plus on reçoit. Et Celui qui nous invite à cette laborieuse montée est lui-même déjà là qui nous attend, nous accompagne, nous seconde, aplanit les obstacles. On y trouve l'amour; ceci est la grâce des grâces : à chaque sacrifice répond un don d'amour. Celui-ci, bientôt, devient maître de l'âme. Et dès lors, la peine disparaît, on ne sent plus que le chemin monte, ou plutôt on s'y sent enlevé vers les régions supérieures bien plus que l'on n'y marche : c'est l'amour qui alors nous soulève, et aucun moteur n'est puissant comme celui-là. C'est pourquoi cette voie s'impose si l'on veut aller jusqu'au bout : tous les grands chemins s'arrêtent à une certaine altitude, seul le raidillon pousse jusqu'au sommet.. |
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A L'ÉCOLE DU PETIT PAUVRE |
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C'est ce qu'a fait, magnifiquement, le séraphique saint François. Nul n'a mieux illustré la transcendance de cette méthode évangélique. Il a eu l'héroïque et très sage candeur de prendre l'Evangile à la lettre et de le vivre à la lettre, de croire sans commentaire à la parole du Christ et de vouloir, sans calcul, l'imiter jusqu'au bout de ses forces : de là un renoncement, extérieur et intérieur, dont on trouverait difficilement un exemple plus absolu. Alors l'amour l'a envahi, lui a dévoré le cœur, brûlant en lui tout ce qu'il y avait de terrestre, et en a fait un séraphin, tellement rivé à Jésus par la sainte compassion qu'il reçut dans ses membres les plaies de son Amour crucifié. Transformé dans le Christ par la souffrance et par l'amour : c'est bien là le sommet de la perfection chrétienne. La vie du Petit Pauvre peut sembler, plus que toute autre, souriante et harmonieuse. En réalité, il est le saint des excès : excessif dans le sacrifice, excessif dans la tendresse; et c'est à force d'excès qu'il a gardé le juste milieu, parce que ce dédain de la mesure portait également dans les deux sens : comme un balancier assure d'autant mieux l'équilibre qu'il est plus long de part et d'autre. Saint des excès, et néanmoins saint du sourire, parce que toujours il unit les deux pôles : chez lui, la pénitence est amour et la douleur s'appelle la « joie parfaite ». A ce niveau, la folie est sagesse et l'excès suprême mesure. C'est de la sorte qu'il est monté tout droit, d'instinct et comme natu rellement, aux cimes : il est le modèle des impatients du Royaume. Cette sereine intrépidité, il l'a laissée comme sa marque dans l'esprit de ses disciples. Leur conception de la vie spirituelle est aussi simple qu'énergique; elle tient en trois points : D'abord creuser la voie à l'amour par une désappropriation, un dépouillement complet, extérieur autant que possible et surtout intérieur, selon les directives données dans l'Evangile, et en prenant comme règle l'imi tation du Christ. La vie et le coeur étant ainsi purifiés, simplifiés, restaurés, susciter l'amour affectif par la contemplation assidue de Jésus, surtout dans sa Passion, et par l'élévation continuelle de l'âme vers Dieu, cherché et reconnu en toutes choses. Enfin mettre en oeuvre cet amour par la conformité au Christ aimé et la pratique parfaite de toute vertu dans l'unique souci de lui plaire. On estimera peut-être que cela n'a rien de bien neuf, et que ces enseignements se retrouvent dans toutes les écoles de spiritualité. Il est vrai. Aucune école n'a le monopole d'aucune vertu chrétienne, aucune ne présente ni ne peut présenter une doctrine nouvelle, et celle de saint François moins que toute autre, étant directement et simplement évangélique. Mais c'est une question d'accent et de manière. Ce qui caractérise le franciscain, c'est une façon hardie et libre, un peu jeune, un peu héroïque, de s'attacher au Christ, de recueillir de sa bouche même les règles d'idéal surnaturel et de s'y conformer avec l'intransigeance qui est le propre de l'amour. Il ne recule pas devant un dé pouillement effectif total. Il n'a pas peur, d'autre part, d'un sentiment tendre et passionné pour Jésus, avec toutes les abdications qu'il implique. Pauvreté dans la vie, flamme d'amour dans le coeur; le reste suivra de soi comme la fleur sort de la plante, ce qui permettra de simplifier la stratégie ascétique en ramenant systématiquement tout à l'essentiel. Qu'on ne croie pas d'ailleurs à des périodes successives consacrées chacune à l'un des exercices indiqués à l'exclusion des autres : tout le long de la voie, les deux éléments, renoncement et amour, iront de pair; mais toujours c'est l'amour qui prime et qui commande, le renoncement n'ayant de sens que par lui et pour lui, qui est l'essence de la perfection — un amour d'ailleurs très concret, très humain, un amour de tendresse pour le Christ Jésus. Il est le centre : origine, moyen et fin de toute vie spirituelle. C'est sur lui que l'on compte pour stimuler l'effort autant que pour l'adoucir, et vers lui que toujours et uniquement on tend. C'est ce que nous inculque très clairement un franciscain récollet du XVI le siècle, le P. Séverin Rubéric (1 ), dans la préface de ses Exercices sacrés de l'amour de Jésus (2) . |
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UNION ET SÉPARATION par le P. Séverin Rubérie |
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L'amour de Dieu, qui opère l'abnégation, la mortification et la pratique des vertus, est la voie la plus courte, la plus facile et la plus efficace pour pousser une âme vers la perfection, à la fois avec le plus de promptitude et de douceur. Je dis un amour qui opère, car il faut entrer dans cette voie d'amour par les oeuvres, en embrassant tous les sacrifices et toutes les vertus, la divine charité qu'on prendra pour compagne et escorte de toute sa vie, étant le principe qui anime les vertus. Cette voie d'amour et de charité est la plus excellente de toutes, selon que nous l'enseigne l'Apôtre. Les novices et apprentis en la vie spirituelle doivent commencer par elle : car, dit saint Augustin, toute la justice chrétienne se résume en la charité : « La définition brève de la vertu, c'est qu'elle est l'ordre de l'amour. » Dans l'observance des commandements et la pratique des vertus, il faudra donc toujours tenir le regard fixé sur la divine charité qui est le but et doit mouvoir notre esprit et nos facultés, faute de quoi la vie en apparence la plus vertueuse et la plus parfaite sera vide de mérite. C'est pourquoi, dès l'entrée en la course de la vie spirituelle, il faut choisir l'amour pour maître et pédagogue qui gouverne chacune de nos actions. Toutes nos pénitences, nos sacrifices, nos actes de vertu, doivent avoir comme motif constant ce qui est l'objet même de la charité, c'est-à-dire la tout admirable bonté de Dieu et sa toute sainte et très douce volonté. Le mouvement de l'amour de Dieu doit, autant que possible, précéder chacune de nos démarches et chaque mouvement de notre coeur. Et il ne faut pas craindte que la douceur de cet amour amollisse l'âme, en sorte qu'accoutumée à sa suavité, elle refuse de goûter les amertumes de la mortification et du sacrifice : bien au contraire, si cet amour est véritable et non pas imaginaire, il la poussera incessamment à mourir à elle-même pour se ren dre en tout semblable à son Bien-Aimé et se rapprocher de lui. C'est pour cette raison qu'il faut soigneusement prendre garde de toujours accompagner l'amour de Dieu de l'abnégation. Il ne peut, en effet, y avoir dans l'âme plus d'amour de Dieu qu'il n'y a en elle de détachement et de renoncement. Union et séparation, disait un serviteur de Dieu : séparation de soi et de toutes choses par l'abnégation, et union à Dieu par l'amour. Ce sont les deux points, les deux pôles sur lesquels l'âme doit constamment rouler en sa course spirituelle. En toute la vie de notre séraphique Père saint François, nous ne voyons, d'un côté, que les amertumes du sacrifice et de la pénitence, et de l'autre, la suavité des élans divins. Il commença par l'abandon de ses biens, il continua par le dépouillement de tout lui-même, ne voyant rien, ne goûtant rien que Dieu. Sans aucun doute, amour et abnégation est la voie de saint François et des Frères mineurs, qui ne sauraient guère trouver autre chose dans leur Règle. Tous les religieux de saint François doivent se mettre sous cette règle et cheminer dans cette voie que le Seigneur Jésus a marquée de son sang. Et les autres âmes dévotes qui aspirent à la perfection peuvent assurément faire de même. Nous venons à votre école, Dieu-Amour, source de tout amour, pour apprendre la céleste doctrine de perfection que vous-même, par une indicible miséricorde, êtes venu nous enseigner sur la terre; doctrine que vous avez, avec une admirable méthode, fondée sur deux premiers principes irréfragables : amour de vous pour vous suivre; abnégation de nous-mêmes pour nous fuir et nous haïr. Il est certain qu'on ne peut entrer dans votre école que par la porte de ces deux principes. O Maître de toute dilection, gravez, s'il vous plaît, sur nos coeurs : Amour et Abnégation. Et vous qui êtes l'unique soleil de charité, ouvrez nos intelligences et pénétrez dans nos esprits : entrez-y par l'abnégation pour y darder les rayons de l'amour. |
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UNITÉ DE LA VIE SPIRITUELLE |
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Il sera bon, pour mettre au point cette doctrine, d'insister sur le principe qui vient d'être signalé et qui est une de ses caractéristiques : la constante interdépendance des deux facteurs de perfection et par suite la nécessité de toujours les mettre en oeuvre simultanément. Ils s'engendrent et se soutiennent mutuellement : si d'une part le détachement est la condition indispensable de l'amour, d'autre part le renoncement chrétien, pour être valable, doit reposer sur un motif d'amour. La marque du renoncement franciscain est qu'il vient du coeur autant que de la raison. Ce serait une erreur, et dommageable pour le débutant, que de le cantonner durant toute une période dans des exercices exclusivement ascétiques : il ne tarderait pas, en général, à se rebuter d'une discipline trop pénible, froide et uniforme, surtout s'il est d'un tempérament affectif. Pour que son effort donne sa pleine mesure, il est bon qu'il soit secondé par le coeur. Il faudra donc dès lors l'initier à la vie unitive. Cet amour unitif ne sera parfait que beaucoup plus tard, mais on peut toujours l'amorcer, et il convient de le faire sans tarder, de le cultiver et de le mettre en oeuvre autant que possible, dans l'intérêt même de l'effort ascétique qui s'en trouvera soutenu, aiguillonné et capable d'un rendement beaucoup meilleur. C'est le principe énoncé par le P. Séverin Rubéric. Nous le retrouvons, mais, ici, rationnellement justifié, chez un auteur de la même époque beaucoup plus connu, le célèbre capucin Joseph du Tremblay (3). Dans sa Méthode d'oraison, il insiste sur l'unité de la vie spirituelle et montre fort bien — et de façon assez divertissante — comment, tout au long et à tous les degrés, il faut toujours unir les trois exercices communément appelés voies ou vies purgative, illuminative et unitive. voir aussi sur mon site http://MonDieuEtMonTout.com/Menu-La-Voie-d'Amour-P.Severin-Ruberic.html |
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LES TROIS ACTES DE LA VIE SPIRITUELLE par le P. Joseph du Tremblay DE TROIS SORTES DE DANGERS QUI SE RENCONTRENT DANS LA VIE SPIRITUELLE |
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Il y a trois principales sortes de périls qui se présentent dans l'oraison et dans la vie intérieure , tous trois provenant d'un manque d'ordre et de méthode. Le premier consiste à délaisser l'exercice de la vie purgative : on refuse d'amender ses passions, de mortifier ses inclinations naturelles et d'arracher à force de bras, par des efforts vigoureux, intérieurs et extérieurs, les racines de l'amour-propre. Le second provient de ce qu'on néglige l'exercice de la vie contemplative ou illuminative : c'est le cas de l'âme paresseuse et endormie qui, faute d'ouvrir les yeux de son esprit à la recherche de la connaissance de Dieu, les laisse devenir chassieux et se couvrir des taies d'une ignorance épaisse. Le troisième péril est d'omettre l'exercice de la vie unitive, où est le paradis de l'âme et où elle trouve son centre en l'union et en la jouissance de son Seigneur aimé. C'est ici que l'amour- propre dresse ses embûches avec le plus de soin : pareil à l'adultère qui ne désire rien tant que de détourner la femme des yeux de son mari, il tâche, pour empêcher l'âme d'entrer en cette sainte union d'amour, de la distraire et de l'embarrasser dans toutes sortes d'exercices compliqués et d'actes de vertus que Dieu, souvent, ne veut pas. Ceci se comprendra mieux par la comparaison qui suit : L'homme est le temple et le palais du grand Dieu, lequel mérite bien de le remplir et de l'occuper entièrement, puisque la terre et les cieux ne peuvent contenir son amplitude. Ce palais est bâti à trois étages : Le plus bas est celui des sens extérieurs, qui sont comme les portes des grandes cours royales à l'entour des châteaux des princes. Ces cours, où se trouvent les écuries des chevaux et les loges des chiens de chasse, représentent les sens : c'est là que siègent nos passions, effrénés comme des chevaux excités, aboyant et mordant comme des chiens rageurs, et qui pourtant peuvent servir au plaisir de Dieu notre roi quand elles lui sont bien soumises. Le second étage contient les belles et grandes salles, bien éclairées et bien orientées, qui ont bel air de l'extérieur et, au-dedans, sont tapissées de riches tableaux, toutes lambrissées d'or et d'azur. Ce sont nos facultés supérieures. Le troisième étage est l'appartement privé, orné d'objets choisis plus précieux que tous les autres. Ce bel endroit est destiné aux plus intimes délices dont jouit notre esprit uni à Dieu, au titre de mariage indissoluble et de communauté de tous biens. Or, il appartient aux trois vies, purgative, contemplative et unitive, ainsi qu'à trois dames d'honneur, de préparer ces trois étages pour recevoir l'Esprit de Dieu. La vie purgative tient les clefs des portes, qui sont nos sens extérieurs, de peur que la nature, oubliant de garder la maison, ne laisse accès au péché. Elle soumet aussi nos passions à la raison et nettoie les ordures que font ces chevaux et ces chiens. La vie illuminative ou contemplative ouvre les fenêtres de notre esprit, nous fait voir la beauté des tableaux, qui sont les actions du Sauveur peintes en notre mémoire, remplit notre volonté d'une solide charité, dont les actes sont autant de feuilles d'or appliquées les unes sur les autres. La vie unitive fait que l'âme, recueillie en l'unité de ses puissances au sommet de l'esprit, prend tous ses plaisirs avec Dieu et se délecte uniquement en lui. Cette comparaison nous fait voir clairement de quelle façon l'âme, selon l'ordonnance de ces trois étages, commet les trois manquements que nous avons signalés : Quant au premier, elle manque, dans la vie purgative, au devoir de mortifier les sens, si elle laisse tout en désordre, donnant licence à ses passions de ressembler à des chevaux échappés et à des dogues déchaînés. Mais il ne faut pas non plus que, sous prétexte de s'exercer à la vie purgative, elle se tienne toujours dans l'étable, empêtrée et enfoncée dans la litière des chevaux; ou qu'elle soit tellement préoccupée de nettoyer les cours et avenues pour l'entrée de son Seigneur qu'elle ne veuille le suivre et monter avec lui dans les belles salles de la vie contemplative. Car enfin, elle sentirait le fumier et se rendrait indigne de tenir le rang qui convient à sa qualité d'épouse de Dieu. Le second manquement serait que, dans les hautes chambres, l'âme s'amusât à dormir, les fenêtres fermées, ou à regarder les passants, tournant le dos à son Epoux. Le troisième consisterait en ce que, au lieu de conduire l'Epoux dans la chambre nuptiale de la vie unitive, tenant sa main serrée par une constante attention intérieure, l'âme retourne courir après les bêtes, s'embrouillant derechef en toutes sortes de troubles et d'activités intempestives. |
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PREMIER PRINCIPE DE LA VIE SPIRITUELLE |
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Or, pour remédier à tous ces maux, il faut établir ce premier principe de la vie spirituelle : c'est que l'âme doit être toute à Dieu, comme Dieu est tout à elle. D'où il s'ensuit qu'elle doit lui préparer tous les étages, l'aimant de tout son coeur par le droit usage des sens et de l'affection, l'aimant de toute son âme par le droit usage des trois facultés supérieures, l'aimant de tout son esprit par le droit usage du sommet ou fond de l'esprit : ce que l'Ecriture appelle aimer Dieu de toutes ses puissances. De ce principe découle cette conclusion : qu'il ne suffit pas de préparer et consacrer à Dieu ces trois étages l'un après l'autre, mais tous à la fois, comme on le voit à la lumière de la comparaison précédente. Car il ne suffit pas d'introduire le roi dans les cours et les écuries des sens, lui fermant les chambres de l'âme et le sanctuaire de l'esprit — comme aussi il ne faut pas se contenter de vaines spéculations et regarder par la fenêtre, ni vouloir se confiner dans l'appartement privé, laissant tout le bas du logis dans une confusion de coupe-gorge. |
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CONDUITE A TENIR |
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Sur quoi il faut observer que les commençants doivent s'arrêter davantage à la vie purgative, les progressants à l'illuminative, les parfaits à l'unitive, sans que pourtant aucun d'eux omette de s'exercer dans les trois vies, chacun selon le rang de son état. Si l'on prétend qu'il faut mener ces trois vies l'une après l'autre, je dis que ce serait contre le premier principe, qui veut que, sans tarder, Dieu soit aimé de toutes nos forces, qu'il soit logé par tous les étages de notre palais, comme un maître absolu, auquel on présente toutes les clefs ensemble. On doit dire, au contraire, qu'il faut mener ces trois vies, non pas l'une après l'autre, mais l'une plus que l'autre, selon la classe de ceux qui les pratiquent. Car l'autre formule implique séparation, voulant que, pour un temps, le commençant s'occupe uniquement à purifier ses sens et à se mortifier, sans la lumière requise pour se servir des facultés supérieures de l'âme, ou sans pouvoir lever les yeux vers le désir de s'unir à Dieu par-dessus tous les hasards des détresses et des tentations d'ordre sensible ou spirituel. Dans toutes les phases de la vie spirituelle, il est nécessaire à chacun de savoir, au plus fort des tempêtes, jeter au besoin son regard vers le Bien souverain comme vers un phare brillant qui de loin rayonne vers lui, vers lequel il tâche d'arriver par cet acte d'union, non pas à la façon éminente des parfaits, non pas à pleines voiles ni en la pleine mer d'un dépouillement total, dans l'abandon des moyens ordinaires, comme font les grands navires, mais en côtoyant le rivage connu, sans perdre contact avec la terre, sans laisser la méditation et les autres actes qui, méthodiquement, conduisent à l'union. Vouloir interdire aux commençants cette manière d'élévation spirituelle serait, à la vérité, priver d'un grand secours des âmes parfois dangereusement agitées en ces commencements : faute de ce secours, certains pourraient faire naufrage, n'étant pas initiés à profiter du conseil de l'Apôtre qui voulait (s'adressant à des chrétiens encore commençants) que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, gardât et garantît nos coeurs et nos esprits, c'est-à-dire nos mouvements sensibles et intellectuels. Cette idée est chère au P. Joseph — en quoi il se montre bien franciscain : il y revient, avec insistance, vers la fin de son livre, quand il parle de la vie unitive : Il n'est nullement blâmable de donner aux commençants quelque accès à l'union. Car on ne peut les tenir toujours sous l'étroite férule de la vie active, ainsi que des enfants enfermés dans un collège sous un maître si sévère qu'il leur interdirait de jamais voir leurs parents. Une telle rigueur pourrait être un mal nécessaire pour en prévenir un plus grand si le débutant abusait de cette ouverture pour se permettre des libertés indues, s'attacher aux contentements sensibles ou tomber dans la paresse : il faudrait alors le tenir de court et le disposer progressivement à l'union. Mais quand on a affaire à un esprit droit, j'estime fort utile que de bonne heure on accoutume le commençant à vaquer quelque peu à l'acte d'union. Là, il s'habitue à se rendre souple aux mouvements de la grâce, à aimer la pénitence, à connaître le coeur de Dieu. C'est dans cet acte d'union que le Saint-Esprit aide notre faiblesse et nous apprend à gémir dans le regret de nos fautes et le désir des vertus. Et de vrai, sans cette union intérieure, le joug de l'école chrétienne est dur. Et l'âme qui n'a pas appris par la vertu de la grâce à régner sur ses passions, vient à perdre courage. Le P. Joseph adopte, on le voit, la classification des « trois voies », qu'il appelle « vies » purgative, illuminative et unitive, et qui sont en réalité, selon saint Bonaventure, les trois formes d'activité de l'âme. La première correspond à l'exercice du renoncement et la dernière à celui de l'union. Quant à la lumière, elle est nécessaire aux deux autres. C'est pourquoi il semble préférable de s'en tenir à la division plus simple du P. Séverin Rubéric : détachement et union, tous deux avec l'aide de la grâce divine qui est à la fois lumière et force. Voir sur mon site http://MonDieuEtMonTout.com/Menu-La-Voie-d'Amour-P.Severin-Ruberic.html |
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LA VOIE D'AMOUR |
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Il pourrait, à première vue, sembler illogique d'appuyer dès le début le renoncement sur l'amour, alors que son rôle est de le provoquer. A la vérité, cette action détachante de l'amour, avons-nous vu, ne s'exercera pleinement et de façon décisive qu'aux degrés supérieurs de la vie spirituelle, mais il n'empêche qu'il puisse et doive avoir sa part dès les premiers efforts de la lutte ascétique. Celui qui l'entreprend n'est pas, en effet, sons avoir quelque amour pour Dieu, en dépit de ses imperfections et de ses fautes : je n'en veux pour preuve que cette démarche elle-même et le désir qu'elle suppose de progresser dans l'amour divin. Celui qui cherche Dieu, c'est qu'il l'aime déjà. Qu'il utilise donc cet acquis et, dès ici, tâche de l'augmenter, demandant instamment à Dieu de toucher son coeur et se tenant sous l'influence de la grâce, qui ne sera pas refusée à sa bonne volonté. C'est cette grâce, cette ferveur, cet amour encore faible mais sincère, qui vont le soutenir dans le combat qu'il engage. Ecoutons encore le P. Séverin : nous verrons comment, dès le début de la « vie purgative », s'adressant à une âme encore très imparfaite, il lui enseigne à demander l'amour, à s'appuyer sur lui pour se dégager du péché, puis à le prendre comme « maître et pédagogue » pour mar cher dans les chemins austères du renoncement. Le texte qui suit est composé de différents passages cueillis au cours de cette première partie de son ouvrage, que nous ne pourrions évidemment transcrire intégralement. |
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PURIFICATION ET AMOUR par le P. Séverin Rubéric DES SENTIMENTS DIVINS |
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Arrêtez votre regard sur la suave influence de cette chaleur amoureuse (pour parler comme saint Denys) par laquelle l'unique et très aimable Amant des âmes, Jésus-Christ, toucha vivement le coeur de la Madeleine et fit que ce coeur se tourna promptement et amoureusement vers Celui qui l'avait si doucement blessé. La faiblesse de la volonté, son impuissance à aimer Dieu et à se convertir à lui est, dans une âme pécheresse, étrangement profonde : cette âme est tout estropiée, brisée, collée à terre par ses mauvaises affections, incapable de se relever pour aller à son Dieu. Ce retour ne peut s'opérer que si elle est prévenue par un mouvement divin. Que feras-tu donc, ô mon âme, en cette extrême infirmité, sinon te présenter devant ton Dieu, souffrant de cette faiblesse, pour lui soumettre ta volonté malade et la laisser mouvoir par lui ? Faites, ô mon Sauveur, que votre inspiration me presse si fortement que je me lève sans tarder. Ma volonté est débile : je vous supplie de la fortifier, ô vous qui êtes la force de mon coeur. La volonté est alors touchée si efficacement et néanmoins si doucement par la chaleur et l'inspiration vitale de la divine bonté, qu'elle commence à l'instant de se mouvoir vers Celui qui l'attire : pourvu qu'elle ne se retire pas, mais se laisse conduire par la grâce, celle-ci la remplit de douceur, puis la dilate et l'amplifie pour la faire coopérer à sa conversion. Provoquée par ce sentiment et cet ébranlement divin, la volonté doit alors, sans tergiverser, se porter là où ce mouvement la pousse : à la crainte, ou à l'espérance, ou à l'amour. Et c'est en fin de compte vers cet acte d'amour qu'elle doit se tourner pour faire efficacement et puissamment détester à l'âme ses péchés; c'est vers cet acte d'amour nécessaire que la poussent toutes les motions divines, pour autant qu'elle veuille se laisser faire; c'est par cet acte d'amour que la sainte pénitente Madeleine se convertit. O amour, qui as soudainement fait voler la Madeleine aux pieds du très aimable Jésus, que tu es suave et que tu es puissant! Que mon âme soit ainsi touchée et emportée vers vous, mon très unique Sauveur et Maître, par la vertu de ce seul, très pur et très puissant, très prompt et actif amour. |
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PREMIÈRE PURIFICATION : LE RENONCEMENT AU PÉCHÉ |
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L'amour divin est l'antidote de tous les péchés, si bien qu'à mesure que ce doux breuvage gagne le coeur, il y fait mourir les péchés et les tendances mauvaises, et cela sans donner à l'âme ni tourment, ni tristesse excessive, ni trouble, ni inquiétude, comme fait la crainte des peines ou l'horreur de la seule laideur du péché. De plus l'amour guérit l'âme par sa propre vertu, sans le secours d'aucun autre facteur, et il le fait avec une force qui dépasse celle de toutes les autres activités possi bles, dès le premier instant qu'il saisit l'âme de sa merveilleuse douceur, parce qu'il la tire tout droit vers la Bonté divine où se trouve tout son bonheur. Il lui fait haïr et détester le péché qui la sépare de son Dieu, détruit en elle les suites du péché qui sont les habitudes mauvaises, les erreurs et les inclinations déréglées, lui fait quitter toute affection au péché même véniel qui retarde son élan, et enfin la pousse à une parfaite pénitence. La sainte pénitente Madeleine s'en va hâtivement, portée par les ailes de l'amour, à la maison de Simon, elle tombe aux pieds de Jésus, implorant son pardon, prête à toute satisfaction. Quel excellent amour que celui-là, qui va publiquement, au milieu d'un banquet, se reconnaître coupable et confesser ses fautes avec tant d'humilité et de mépris de soi! Il paraît bien, là, que quand l'amour saisit une âme pécheresse, il ne se contente pas de la toucher intérieurement, lui faisant détester son péché, mais lui donne un grand désir de satisfaire à la divine justice par des oeuvres d'expiation. O pénitence qui as invité le doux Jésus à prononcer cette ineffable sentence : « Tous tes péchés te sont remis parce que tu as beaucoup aimé. » Oh! si cette parole m'était dite, pour le moins intérieurement! O mon Jésus, mon Seigneur que j'ai tant offensé, je suis prêt à faire pénitence dans l'austérité et l'humiliation. J'implore votre très ample miséricorde, donnez- moi un pardon très entier de mes fautes, afin que désormais je vous puisse parfaitement servir et aimer. |
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Références |
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1. Les numéros en caractères gras renvoient à l'appendice. 2-s. style du P. Joseph a une saveur qui est un plaisir pour l'esprit, et il est, certes, regrettable d'y toucher. Néanmoins, comme je ne m'adresse pas aux lettrés, mais aux âmes pieuses de toutes classes, j'ai cru nécessaire de tailler dans le texte et de rajeunir des expressions vieillies qui auraient rebuté certains lecteurs. On trouvera le texte intégral dans la réédition du P. Apollinaire (voir à l'Appendice). 3. Le P. Joseph traite de l'oraison, mais pour lui prière et vie ne font qu'un. Son originalité consiste à appliquer à l'une les principes de l'autre. |
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