MON DIEU
ET
MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Série 16- 9 pages

Les trois voies de la vie spirituelle-P. Jean-François- Bonnefoy

Art. IV - La Marche vers la contemplation parfaite
Art 4- La Marche vers la contemplation parfaite
a- La préparation éloignée
b- La préparation prochaine
c- La théologie négative, préparation directe à la contemplation

La contemplation parfaite est l’aboutissement normal des trois voies et c’est pourquoi on la trouve mentionné sous divers formes à la fin de chacun des paragraphes que sait Bonaventure leur consacre dans les chapitre I et III. Le chapitre II qui ne distingue pas entre les voies, parce que la forme de la prière est invariable, ne la nomme que comme le terme désirable de la prière (v3) et le couronnement de l’amour de Dieu et du prochain : son sixième degré est « la paix et le repos ». Quand l’âme l’atteint, elle ne peut le dépasser qu’en quittant ce monde pour la gloire éternelle (ch. II, 4. Sixième degré…)

Cette disposition générale de l‘opuscule montre bien que, si saint Bonaventure considère la contemplation parfaite comme un don gratuit de Dieu, il ne croit pas que cette faveur soit en fait réservée par Dieu à un tout
petit nombre de privilégiés. Tous les fidèles peuvent et doivent s’y préparer, cherche à s’en rendre moins indignes pour le cas où il plairait à Dieu de les y inviter.

Cette doctrine de l’appel universel à la contemplation est trop évidente pour qu’il soit nécessaire d’insister. Par contre, il ne sera pas inutile de mettre en garde les lecteurs de cet opuscule contre l’illusion qu’il suffit de suivre méthodiquement les exercices spirituels indiqués pour arriver au repos de la contemplation. N’écrivant pas un traité d’ascétique mais de mystique, le Docteur Séraphique n’avait pas à s’étendre longuement sur la réforme des mœurs qui doit accompagner la méditation, la prière l’oraison. ll suppose, plus souvent qu’il ne la décrit, cette préparation éloignée don nous devons souligner l’important avant de parler de la préparation prochaine.

A. La préparation éloignée.

Soucieux de mettre ne garde ses disciples contre l’esprit pharisaïque, le Christ leur dit un jour : «Ce ne sont pas tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur ! qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt, 7, 21). Parole déconcertante au premier abord, si l’on la rapproche de cette autre : «Il faut toujours père et ne jamais cesser ». (Luc, 18,1), mais qui rentre évidemment dans le programme de la vie chrétienne, telle que la supposer le Pater : « Que votre volonté soit faite ! » Si « la piété est utile à tout » (Tim, 4, 8), elle n’est pas tout. La pratique de la vertu, les bonnes œuvres doivent accompagner la prière et les oraison : » Il faut accomplir celles-ci, sans omettre celles-là » (Mt. 23 v 23).

Saint Bonaventure le sait et il le dit. Son disciple examinera sa conscience pour savoir s’il a été « négligent dans la garde de son cœur, l’empli de son temps et la recherche d’une bonne intention ;… dans la lecture, la prière et la conduite. Aucun de ces trois deniers exercices, ajoute-il, n’a de valeur, si l’un d’eux vient à faire défaut ». (ch. I.v. I ).

Si l’on prend garde, ses canevas d’oraison sont autant de programmes de vie parfaite, et c’est pour cette raison qu’il ne permet pas d’en intervertir l’ordre.

A la sainteté de vie, le chrétien qui aspire à la perfection devrai ajouter l’habitude du recueillement, du cœur à cœur avec Dieu, entretenu tout au long de la journée par de saints méditations, saint François de Sales recommandait indistinctement aux commençants et aux âmes plus avancées l’exercice de la présence de Dieu, apprentissage et préparation ; l’éternel face à face. C’est aussi la doctrine de saint Bonaventure que François de Sales vénérait particulièrement et nommait «son Docteur ». Le novice dans l’art d’aimer Dieu apprendra à « goûter combien le Seigneur est suave en s’appliquant à pensé à Dieu et à lui faire fête par de saintes méditations » : c’est le premier degré de l’amour de Dieu (ch. II v 4). Au terme de la voie illuminative le même conseil est inculqué : « Il faut considérer avec application et penser fréquemment, que Dieu a promis de se donner lui-même que en récompense à ceux qui croient en lui et qui l’aiment » (ch. I. v 2).

Dans ces conditions, la prière sera continuelle, moralement ininterrompue : « Celui qui s’excitera ainsi de manière continue et intense, avancera dans l’amour de Dieu » (ch. II, v5). Les oraisons jaculatoires entretiendront ce feu sacré. « L’âme dévote répète sans cesse en sœur cœur : Seigneur, je vous cherche, j’espère en vous, je vous désire, je m’élance vers vous, je vous accueillie en moi ; vous êtes ma joie et je veux m’unir à vous pour toujours » (ch. II, v 4) »

Il s’exposerait à de dangereuses illusions et encore plus pénibles désillusions, celui qui passerait outre à ces conseils. Aucune ingéniosité d’esprit, aucune propension naturelle à la dévotion sensible ne peuvent remplacer l’effort sur soi-même, la réforme du caractère et des mœurs, la pratique de la charité, de la patience, du support mutuel et des autres vertus, préparation indispensable à la contemplation parfaite.

B. La préparation prochaine.
Le Docteur Séraphique a souvent rappelé, dans ses sermons ou écrits que trois portes donnent accès à la contemplation parfaite, ou, pour parler sans métaphore, que trois sentiments disposent l’âme à recevoir cette faveur, si Dieu daigne l’accorder. Ce sont la dévotion, l’admiration, la joie intérieure.

La dévotion est provoquée et se conserve principalement par le souvenir de la douloureuse Passion du Sauveur, mais la méditation des mystères de son enfance, peuvent la produire également. Chacun sait que se sont là des sujets de méditation franciscaine par excellence. Si, dans cet opuscule, le Docteur Séraphique n’a pu faire que de brèves allusions au mystère de l‘Incarnation dont il a écrit si délicieusement dans en d’autres ouvrages (1), il s’est étendue plus longuement sur les souffrances du Seigneur.

L’admiration est un sentiment presque inconnu de certains chrétiens, soit par manque des dons naturels indispensables, soit par suite d’une formation religieuse incomplète. Il faut une certaine culture pour être capable de s’étonner. Plus un esprit est pénétrant, plus il trouve matière à réflexion et à admiration. Malheureusement la formation spirituelle ne va pas toujours de pair avec la culture scientifique, et de bonnes âmes croient être vertueuses en s’abandonnant à une paresse intellectuelle qui les place et les maintient indûment au-dessous d’une honnête médiocrité. Comme si nos ne devions pas aimer Dieu aussi « de tout notre esprit » (Mt. 22 v37).

Sans pousser son disciple verse des sujets de méditation qui le dépasseraient et pourraient devenir dangereux pour lui, car «celui qui scrute la majesté de Dieu sera opprimé par la gloire » (Prov. 25, 27), saint Bonaventure secoue sa torpeur et lui propose, à plusieurs reprises, de considérer les œuvres de Dieu, soit celles de l’ordre surnaturel, soit celles de l’ordre naturel. «Elles sont toutes admirables et inestimables, et en les méditations, l’âme doit témoigner sa gratitude au Seigneur » (ch. I. 2)

La troisième manière de se préparer à la contemplation parfaite consiste à provoquer et entretenir en soi l’allégresse spirituelle. « Le Seigneur aime celui qui donne avec joie » (II Cor. 9v.7), et une âme perpétuellement triste lui fait injure, car elle semble se plaindre de son sort, en définitive de la Providence de Dieu. Comme le Psalmiste qui exhorte à se présenter devant le Seigneur dans l’allégresse, comme saint François d’Assise qui ne voulait pas voir dans la compagnie de ses frères de visage triste, saint Bonaventure exhorte souvent son disciple à la joie intérieur. Emprunt à l’Épouse du Cantique des Cantiques ses chants d’épithalame, l’âme fidèle s’entretiendra des charmes de l’Époux divin, lui offrira ses louanges et ses actions de grâces, lui dira la joie qu’elle éprouve à se trouver en sa compagnie, son désir de s’unir à lui, et elle n’aura de cesse qu’elle ne soit entrée dans le lieu de son tabernacle admirable et jusque dans la maison de Dieu , où elle pourra s’épancher en joyeux cris de fête (ch. II, v3).

Il arrive souvent que des âmes droites se plaignent de leur aridité spirituelle. Mais n’est-ce pas leur faute parfois ? Si l’’on analyse leurs méthodes de vie intérieure, on constate qu’elles cultivent toujours le même sentiment. C’est à croire qu’elles n’ont qu’une corde à leur harpe ! Aurait-il le droit des ses plaindre de la stérilité de son champ le paysan qui n’y apporterait jamais d’engrais et, car surcroît, lui confierait tous les ans la même semence ? Beaucoup d’âme sont préservées de cette erreur par leur fidélité à suive la liturgie qui rappel successivement à notre souvenir les mystères joyeux, douloureux et glorieux de la vie Notre Seigneur et de la Sainte Vierge. Le programme du Docteur Séraphique est aussi complet que celui du cycle liturgique, car l’allégresse intérieure naît de la considération des mystères joyeux à la dévotion de celle des mystères glorieux. Une âme qui s’inspire d’un programme large ne courra pas le risque de voir sa vie spirituelle s’étioler faute d’aliment ou de variété.

C. La théologie négative, préparation directe à la contemplation.

Les trois sentiments de joie, dévotion et admiration sont les préparations les plus communs à la contemplation, et les plus sûres. S’adressant à un prêtre (ch,I v2), saint Bonaventure a pu lui recommander non seulement de méditer les mystères de la Trinité, mais encore de se servir de la méthode négative dont le pseudo-Denys l’Aréopagite a été le théoricien. C’est l’objet de la deuxième des notes données en appendice. Il nous faut la commenter brièvement, moins pour conseiller ce sujet et cette méthode aux plus simples fidèles que pour leur éviter de mal comprendre ces doctrines difficiles.

La théologie affirmative placée par saint Bonaventure sous le patronage de Saint Augustin, le plus grand des théologiens, est celle qui nous pratiquons tous spontanément quand nos parlons des choses de Dieu, ou quand nous les méditons. Il n’y a pas lieu d’insister, si ce n’est pour faire observer que cette méditation devient oraison si les sentiments l’emportent sur la réflexion ; ou contemplation imparfaite, si le discours de l’esprit fait place au simple regard, accompagné d’admiration. La théologie affirmative ne constitue donc pas une préparation distincte de celles que nous avons envisagées, mais elle engendre en nous l’un des trois sentiments analysés ; joie, dévotion, admiration, selon le sujet considérer, l’attrait de la grâce ou les dispositions du moment.

La théologie affirmative se base sur le principe général et incontestable, énoncé en particulier par saint Paul : »Les perfections invisibles de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité sont rendus visibles à l’intelligence par le moyen de ses œuvres » (Rom.1,20) Elle sont toutes un reflet, un image de Dieu, et nous permettent de nous en faire une idée, » car la grandeur et la beauté des créatures font connaître, par analogie, Celui qui en est le Créateur » (Sap.13,5).

La théologie négative ne nie point cette analogie universelle qui est à la base de notre connaissance du monde spirituel, et même de tous nos connaissances mais elle insiste volontiers sur l’abîme infranchissable qui sépare le créateur ses créatures, pour dire que les notions que nous formons à l’aider des créatures ne conviennent pas telle quelles au Créateur.

Un exemple concret fera comprendre ce point de vue. Nous disons communément d’un fruit ou d’un plat savoureux qu’ils sont bons, et nos parlons sans la moindre hésitation de la bonté de nos mères. Pour peu que nous y réfléchissions, nous voyons clairement que la bonté ou la douceur d’un fruit, n’ont rien de commun avec la bonté et la douceur d’un cœur maternel, bien qu’une certaine analogie ou ressemblance permettre d’employer les mêmes mots pour désigner des choses si différentes. Ne ditons pas couramment : «Il est bon comme du pain blanc » ? Et l’on a raison, mais il aurait encore plus raison celui qui le nierait, car la bonté d’un cœur humain est d’un autre ordre, et celui qui croirait s’en faire une idée exacte en croquant des biscuits se tromperait étrangement.

C’est afin d’éviter une telle erreur en parlant de Dieu que l’auteur anonyme du Vie siècle, connu sous le nom de Denys L’Aréopagite, a énoncé son principe fameux : « On est plus proche de la vérité en refusant à Dieu les propriétés des créatures qu’en les lui attribuant ». On pourra donc dire de lui non seulement «qu’il n’est pas perceptible par les sens, ni imaginable mais encore qu’il n’est ni intelligible, ni existant »… Et l’on peut continuer ainsi aussi longtemps que l’on voudra, à la condition de sous-entendre. «à la manière des créatures ».

Comme le remarque opportunément le Docteur Séraphique, pour se livrer à ces sortes de méditation, il faut posséder à fond la théologie dogmatique.


Quels que soient les avantages de cette méthode, les simples fidèles feront bien de s’en abstenir. Les sentiers de la montagne les plus directs sont ordinairement abrupts et périlleux et la sagesse commande, quand on n’est pas alpiniste de profession, de suivre les routes communes. Si elles obligent parfois à des détours, du moins elles présentent peu ou point de danger. Plût à Dieu que ces sentiers communs soient fréquentés avec les dispositions et la persévérance nécessaire par toutes les âmes qui y sont appelées.

Saint Bonaventure estime que la Révélation nous a été donnée non pour satisfaire notre curiosité, mais pour nous aider à faire notre salut. Il a toujours enseigne que la théologie avant pour but de nous rendre meilleurs, et, dans cet opuscule même il met en garde contre la curiosité, «vice très répréhensible » (ch. I. v 1A). C’est dans cet esprit qu’il faut lire le traité des trois voies : il est un programme de vie plus qu’un recueil de méditations. C’est dans cet esprit également que nos l’avons traduit. Il faut nous expliquer sur ce dernier point.

Références
(1)- Voir son Traité des Fêtes de l’Enfant Jésus, et les Méditations de la vie du Christ. Ce dernier ouvrage, en son état actuel, n’est pas de saint Bonaventure, bien qu’il lui ait été longtemps attribué, mais c’est bien son esprit qui l’a inspiré. Et peut-être contient-il des passages écrits par le Saint lui-même.
L’ordre des pages sont placées l’une derrière l'autre ;
tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres.

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