MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Série 4-3 pages
La dévotion Saint-Esprit-partie-1- auteur P. A. Poisson c.s.s.p.
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Étude générale
     
Chap. 01
L’Esprit -Saint dans la Trinité
 
Chap. 04
L’action de l’Esprit :
1- grâce sanctifiante
Chap. 02
La Sainte trinité dans nos âmes
 
Chap. 05
L’action de l’Esprit :
2- grâce actuelle
Chap. 03
Le Saint-Esprit et notre âme
1- La mission de l’Esprit
2- Le contact
3- Condition de l’action du Saint Esprit
 
Chap. 06
L’action de l’Esprit :
3- Dons, Béatitudes et leurs fruits
       
Prière à l'Esprit-Saint :
Séquence de la Paentecôte
Chapitre 1
 
L’Esprit -Saint dans la Trinité
Dans sa magnifique encyclique sur l’ Esprit-Saint, le Souverain Pontife, Léon XIII, nous dit : « le Dogme de la très Sainte Trinité est la substance du Nouveau testament, le plus grand de tous les mystères, comme la source et le fondement de tous les autres (1).»

Une étude sur l’Esprit- Saint en nos âmes s’appuiera donc sur l’une base solide en commençant par un regard sur la Très Sainte Trinité, dont le catéchisme nous enseigne que le Saint-Esprit est la troisième Personne, procédant du Père et du Fils.

Des merveilles de ce Mystère, Marie de l‘Incarnation eut tris ravissements. Dans le troisième, qui suivit de près son entrées en religions, la Très Sainte Trinité lui parla ainsi : « la première fois que je me manifestai à toi, c’est pour instruite ton âme de grand Mystère ; la seconde, c’était à ce que le Verbe prit ton âme pour épouse ; cette fois, le père et le Fils et le Saint-Esprit se donnent et se communiquent à toi pour posséder entièrement ton âme (2).»

Suivons donc le récit de la première révélation.
C’est le lundi de la Pentecôte1625, Marie a 25 ans. En un instant, dit-elle, mon esprit fut élevé et absorbé en la vue de la Très Sainte Trinité… L’impression qui m’était donnée de ce mystère était plus claire et plus intelligible que toute lumière. Elle me faisait voir le divin commerce qu’ont ensemble les trois Personnes divines ; l’amour du Père, se contemplant soi-même, engendre son Fils, ce qui a été de toute éternité et sera éternellement…(3).» « Mon âme entendait ensuite l’amour mutuel du Père et du Fils produisant le Saint-Esprit, ce qui se faisait par une réciproque plongeon d’amour, sa mélange d’aucune confusion… Je recevais l’impression de cet production, entendant ce que c’était que privation et production.

« Voyant les distinctions, je connaissais aussi l’unité d’Essence entre les trois divines Personnes … Mon âme expérimentait comme elle était créée à l’image de Dieu…, que la mémoire avait rapport au Père Éternel, l’entendement au Fils, et la volonté au Saint-Esprit ; et tout ainsi que la Trinité l’âme était trine en Personnes et une seule en Essence, ainsi l’âme était trine en ses puissances et une en sa substance . (4) »

Deux ans après, même faveur de la part de la Très Sainte Trinité , « je voyais, dit-elle, les communications internes des trois divines Personnes, comme je les avait vues la première fois ; mais je fus bien plus amplement instruite de la génération éternelle du Verbe. Oh !que cela est ineffable que le Père, se contemplant, engendre au autre lui-même, qui est son Image et son Verbe ; et que cette génération ne cesse point…; que le père et le Verbe, par leur amour mutuel et réciproque, produisent cet Esprit d’amour mutuel et réciproque, produisent cet Esprit d’amour qui leur est égal en toutes choses (5).»

Pour un regard sur la Trinité, nous étions loin, sans doute, de nous attendre à pareils détails, à ces expressions d’authentique théologie, et cela de la part d’une personne du peuple que nous pouvons penser assez limitée dans ses études.

Regardons-la à genoux, dans la pose popularisée s par les images : elle est « touchée », « agie » c’est-à-dire actionnée par l’Esprit ; elle subit passivement cette Lumière qui pénètres on âme. Quand elle revient à elle et veut traduite ce qu’elle a vu, pour surprenant que soit son langage, il ne fait que tourner autour du Mystère.

L’historien du sentiment religieux du siècle de Marie, M. l’Abbée Bremond, nous explique ce fait : « Il s’agit en tout cela de Ravissements. Quand Marie en fixe le souvenir, c’est avec des mots de ses études religieuses. Le Ravissement en lui-même lui a donné une connaissance qu’elle ne peut communiquer, une connaissances de contact intime .(6).»

Mais ce ravissement entraîne notre pensée, il l’élève et l’immobilise, pour ainsi dire, en Dieu. Nous sommes plus aptes maintenant, pour saisir les aperçus nouveaux que le chapitre suivant nous apporte.

Référence
1- Encyclique. Divinum Illud 1897
2- Témoignage, p. 141
3- Témoignage, P. 61
4- Témoignage, P. 63
5- Témoignage, P. 82

 Chapitre 2
 La Sainte trinité dans nos âmes

L’Église nous enseigne que notre âme est le séjour de la Très Sainte Trinité : Dieu habite en nous, car nous sommes devenus par le baptême, enfants de Dieu, participants à la vie de Dieu. La grâce sanctifiante s’accompagne de la charité surnaturelle ; et cette charité attire la Très Sainte Trinité, réellement, physiquement présente en elle.

Quelle magnifique, mais rate et exceptionnelle illustration de cette vérité que cette page où Marie raconte la troisième Révélation dont elle fut l’objet !

« En un moment, mon entendement fut illustré de la vue de trois Personnes de la Très Sainte Trinité, laquelle me renouvelle la connaissance, de ses grandeurs…Les opérations des trois divines Personnes en moi furent plus éminents que jamais. Elle me le donnèrent à connaître et à expérimenter par une pénétration d’elles a moi. Par un très grand amour, toute cette Très Sainte Trinité, en son Unité, s’appropriait mon âme comme une chose qui lui était propre et qu’elle avait rendue capable de sa divine impression…, se donnant à elle avec une profusion que je ne saurais diere…

« Toutes les trois Personnes de la Très Sainte Trinité m’absorbèrent en elles, de sorte que je ne me voyais point dans l’une que je ne me visse dans les autres. Pour mieux dire, je me voyais dans l’Unité et dans la Trinité tout ensemble ; et comme les trois divines Personnes me possédaient, je les possédais aussi dans l’amplitude de la participation des trésors de la magnificence divine.

« Le Père éternel était mon Père; le Verbe Sur adorable, mon Époux ; et le Saint-Esprit. Celui qui, par son opération, agissait en mon âme et lui faisait porter les divines impressions…

« Je comprenais que c’était le vrai anéantissement de l’âme en son Dieu par une vraie union d’amour (1). » Illustration exceptionnelle, ai-je dit, mais d’une exacte réalité : Dieu habite en nous, Père, Fils et Saint-Esprit. Cette habitation, pour l’ordinaire, n’est pas sensible; mais la foi nos l’affirme, et la foi ne trompe pas. Dans la profondeur de l’âme baptisée, les trois Personnes divines tendent à reproduire leur vie trinitaire.

Qu’en est-il maintenant de l’action particulière, et en apparence séparé, d’une Personne divine ? cela se fait-il à l’exclusion des autres ?

Pour répondre à ces questions, revenons à la deuxième Révélation de la Très Sainte Trinité ; à la Vénérable Marie, Révélation dont le but était l’état mystique appelé « Mariage spirituel ». Suivons son témoignage.

« Étant comme abîmée en la présence de cette sur adorable Majesté, Père, Fils, et Saint-Esprit…, et lui rendant mes adorations et mes hommages…, j’oubliai la Personne du Père et celle du Saint-Esprit, et je me trouvait tout absorbée en celle du Verbe Divin, qui caressait mon âme comme état sienne et lui appartement… Je me voyais impuissante de rendre mes hommages au Père et au Saint-Esprit, parce qu’il tenait mon âme de toutes ses puissances liées en lui, qui était mon Époux… et la voulait toutes pour lui… Mais, bien que je sentisse les Sacré Verbe opérer en moi, je ne sortais point de l’Unité de l’Essence. Car, lorsqu’il opérait en moi, le Père et le Saint-Esprit regardaient son opération ; et toute fois cela n’empêchait point l’Unité… Et, de plus, me semblait comme si chacun des Personnes était libre en son opération dans mon âme(2). »

Rapprochons de ce langage celui de la grande saint Thérèse : « L’adorable Trinité se repesant en moi de telle sorte que, par certains modes et certaines comparaisons je la contemplais très clairement dans une vision imaginaire… Ce qu fut représenté à mon esprit, ce sont trois Personnes distinctes, à qui on peut parler séparément…Mais comment voyons-nous que les trois Personnes sont distinctes ? Cela je ne l’ai pas compris. Les théologiens le sauront peut-être ?


Référence :

1- Témoignage, p. 141-142
2- Témoignage, p. 82. Ce passage étant assez elliptique dans le manuscrit de Marie, dom Jamet remania un peu la phrase, en accord avec le contexte.
3- Ste Thérèse, Relations spirituelles, XXVI, 22 sept, 1572. D’une manière générale, sans doute, les trois personnes, divines accompagnent toujours la mission de l’un d’elles… Puisque pour être « envoyée », la Personne divine doit recevoir une mission, et qu’en Dieu cette mission ne peut être que la procession d’origine…, la mission est donc propre au Fils et au Saint-Esprit. Toutefois, avec le Fils et le Saint-Esprit, le Père put « venir ».
A MICHEL, Dict. de théologie catholique; art, Trinité t. V , Col, 1831.
4-
4- voici un exemple récent des efforts des théologiens : « L’Esprit se manifeste essentiellement dans le comportement de tel sujet humain. Il n’est jamais saisissables comme objet distinct et observable en lui-même. Sa manière propre d’être responsable est la co-responsabilité.. C’est au niveau de ses interventions dans les hommes que peut se révéler la troisième Personne… L’homme animé par l’Esprit garde la pleine maîtrise personnelle de qu’il dit et fait, dans l’obéissance mais librement. La personne humaine qu’investit l’Esprit n’est pas « escamotée », la relation de cette personne, avec Dieu demeure. Peut-être pourrait-on entrevoir entre le communauté des actions ad extra et les attributs assez spécialisés des Personnes divines un raccord moins fragile que les appropriations classiques » J. De Baciocchl, sm., Nouv. Rev. théol. déc 1955, : p.1025 et suiv…

  Chapitre 3
 Le Saint-Esprit et notre âme
1-La mission de l’Esprit
Jésus est venus sur la terre pour nous sauver. Nous le chantons au Credo de la messe : « Qui propter nos homines et propter nostram salutem descendit de coelis.» Ce serait une erreur de croire eu « nous sauver » signifie uniquement l’acte de la Rédemption : la mort sur la croix, la rachat du péché.

Que nous dit, en effet, l’Évangile ?

Au chapitre XVIe de saint Jean, nous lisons : « …Mieux vaut pour vous que je parte, car, si je ne partais pas, l’Intercesseur ne pourrait venir. Par contre, si je m’en vais, je vous L’enverrai. » Ce n’est donc pas seulement la Croix qui est le but de l‘Incarnation, mais l’application des mérites de la Croix par Celui que le Père et le Fils enverront.

Le grand travail de la Sanctification des âmes sera réalisé par l’Esprit -Saint (1).

Mais éclairons d’abord par quelques réflexions, le langage employé, si nombreuse sont les expressions relatives à l’Esprit et à son action dans les âmes. Chez Marie de L’Incarnation, elles sont très diverses et semées à profusion, presque à chaque page.

Certaines de ces expressions désignent simplement la troisième Personne de la Très Sainte Trinité, comme « l’Esprit- Saint, le Divin Esprit ». beaucoup d’autres y ajoutent une relation au Fils, ainsi : « Le Suradorable Esprit de Jésus, l’Esprit de mon Époux, l’Esprit du Verbe Incarné… » Nous le comprenons par L’Évangile que parle de l’Esprit envoyé par le Fils, ou par le Père à la prière du Fils.

Il faut cependant préciser avec l’Église que le Christ qui envoie l’Esprit, c’est le Christ triomphant, le Christ en possession des richesses de tous ses mystère; le Christ qui réalise, après son Ascension, ce qu’il a promis à ses Apôtres ; « Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviendrai » ; le Christ, Tête du « Corps Mystique», qu’il dirige avec et par l’Esprit (2).

Les théologiens nous rappellent que des expressions telles que « l’Esprit du Verbe Incarné, » , « L’Esprit de Jésus », pourraient d’après le contexte signifie la pensée, la mentalité du Christ, vivant sur la terre; et ils nous avertissent que, dans ce cas, ce mot « esprit » ne désigne pas la troisième Personne de la très Sainte Trinité (3).

Mais ces expressions « Esprit du Verbe », « Esprit de Jésus », et autres semblables pourront aussi être employées pour désigner le Saint-Esprit agissant en nous ; ou encoure pour marquer la manière de penser, la mentalité qui, chez nous, en est le fruit (4).

Mai s parle de « l’Esprit de grâce », de « Esprit censeur », de « l’Esprit inexorable». Elle dit que l’Esprit la possède, la conduit, l’agit ; elle signale même une fois que son âme « prend le dessus » sur . Il n’y as à s’y tromper, c’est de l’Esprit - Saint qu’elle parle.

Toutes ces expressions nous reportent à l’encyclique Mystici Corpris, où nous lisons : « Si l’on considère attentivement ce principe de vie et de vertu donné par le Christ, en tant que source unique de toute grâce créée, on comprend dans sa peine qu’il n’est autre que l’Esprit-Saint, qui est appelé particulièrement l’Esprit du Christ ou l’Esprit du Fils. »

Ajoutons une réflexion au sujet du langage de Marie. Sa pensée pourrait presque toujours, exprimer ainsi : Jésus, s’empara de mon esprit, pour qu’il n’eut plus de vie que dans le sien et parle sien. » Qu’elle fasse allusion, ici où là, à l’action de l’Esprit « au nom du Père », ou « au mon de la Très Sainte Trinité, » cela fait ressortir davantage les nombreuses passages traduisant la doctrine qu’explique Léon XIII, d’après saint Paul : « Le Christ, Chef du corps Mystique, le dirige par son Esprit (5).»

Références :

1- D’après saint Paul : L’Esprit fait l’œuvre qui lui confie le Christ ( Phil, 1, 19) ; II Cor, III, 18) , « L’Esprit est présent par la communication de lui-même ;le Christ est présent par son activité … » , « L’Esprit est comme le principe intérieur de la vie spirituelle des chrétiens… » A. Hamman, o.f.m. La prière, 280-281 ).
2- « La nature humaine de Jésus, considérée en son origine est en la main du Saint-Esprit, qui la tire du néant, la prive des sa substance, la donne au Verbe, afin que le Verbe le rende sienne; ainsi nous sommes en la mains du Saint-Esprit, qui, comme Esprit de Jésus, nous tire du péché et nous lie à Jésus… « Bérullie, dans Conquête Mystique de H. Bremond, I, 84 ).

3- « Jamais le Christ préexistant…, jamais le Christ historique…, jamais le Christ Sauveur dans l’œuvre de la Rédemption, est identifié avec l’Esprit. Les points de contact concernent uniquement le Christ glorifié… dans sa vie mystique au sien de l’Église .» ( Prat, La théologie de saint Paul, II, 353 .)

3- Les diverses acceptions du mont « esprit » peuvent se réduite à trois ; le principe pensant dans l’homme, l’activité de l’ Esprit- Saint, la personne de l’Esprit- Saint.
4- 1- le terme « esprit » désigne souvent la manière de penser, ou de concevoir, le sentiment, la mentalité…
2- Dans l’expression indiquant l’activité de l’Esprit-Saint en l’homme, la question est de savoir si la relation à l’Esprit-Saint est toujours distinctement perçue…
3- D’une façon générale, on peut poser en principe que « l’Esprit de Dieu, l’Esprit du Christ, et Esprit-Saint désignent la personne même du Saint-Esprit, en non son action en nous », ( Part, La théologie de saint Paul , II, 490-492 ).
5- Encyclique Divinum Illud

 2-Le contact

Le comment cet Esprit divin vient-il en nous ?

Le catéchisme répond : « Par le baptême. « Le Christ a communiqué son Esprit à son Église ; et son Église le transmet à chacun de eux dont elle fait les fils adoptifs de Dieu.

Marie s’en porte garante, elle qui écrit avec une légitime liberté, à propos du baptême de ses filles sauvages : « Elles faisaient paraître à leurs visages et plus encore à leurs paroles que le Saint-Esprit avait pris possession de leur cœur (6). »

Cette possession de l’Esprit se fortifie par la Confirmation, la pénitence, l’Eucharistie, et les autres sacrements. Ainsi la délicatesse de l’âme a été rappelée à Maire, par son censeur divin : elle note : « À la confession, je ne me comportant pas selon les lumières du Saint-Esprit ; aussi je retardais ses plus grandes miséricordes (7). »

Ajoutons qu’il y a des circonstances qui réclament un contact très intime entre l’âme et le Saint-Esprit. Marie est libérée du mariage et fortement poussée vers la vie religieuse, elle écrit : « L’Esprit de grâce par lequel Dieu me conduisait était incompatible avec d’autres liens que ceux de son saint amour (8). » Et pour apprécier cet attrait de la vie religieuses, elle ajoute : « Cet appel, conformément aux paroles de Notre-Seigneur Personne ne peut venir après moi si mon Père ne l’attire, n’est autre en ce point que la communication de l’Esprit de Jésus-Christ (9). »

En 1635, elle entrevoit sa vocation missionnaire et son travail au Canada, elle confie à son directeur : « Je regarde cet aimable pays comme lue lieu qui doit être mon paradis terrestre, et où il semble que la plénitude du Saint-Esprit nous attende (10). »
Références :

6- Lettres , I, P. 134
7- Témoignage, p.4
8- Témoignage, p.11
9- Témoignage, p.45
10-Lettres I, p.23

 3-Condition de l’action du Saint Esprit

 Dans le courant de la vie quotidienne, qu’elles conditions requiert l’Esprit pour agir en nos âmes ?

Marie nous dira la nécessité de la prière : « Jamais une âme ne connaîtra cet Esprit par l’étude, ni par la force de la spéculation mais dans l’humble oraison et dans la soumission aux pieds du Crucifix. L’adorable Verbe Incarné Le donne en partage aux âmes qui Lui sont le plus chères…, afin qu’elles se consomment jusqu’au bout dans son imitation (11).»

Elle demandera d’y aller simplement avec ce Divin Directeur, sans irrésolutions et sans criantes : « Il y a une certaine anxiété de désirs qui trouble l‘âme : il s’en faut garder autant qu’il se pourra, pour conserver la paix et qui est la demeure du Saint-Esprit (12) ».

Avec énergie elle insiste sur la plus grande pureté : « C’était la pureté de Dieu qui époinçonnait l’âme…, et la faisait s’abandonner à tout par un entier anéantissement. Perte d’honneur, de réputation, il ne lui importe ! Il faut que la Pureté règne ! Elle voit, plus claire que le jour, la grande importance de la Pureté pour compatir avec l’Esprit de Dieu (13). »

Et voici où se montre la fine psychologie de notre Vénérable. Elle écrit : « Les trop grandes réflexions nous nuisent, et lorsqu’au saint prophète fut nommé l’homme de désirs, il lui fut dit : « Ouvre la bouche et je la remplirai,» ce remplissement de bouche s’étaient de la dilatation de la volonté et non des réflexions de l’entendement… Cela regarde la volonté qui, plus elle est simple, plus elle est capable des impressions de l’Esprit de Dieu .(14)»

Référence

11- Témoignage, p. 293
12- Lettres, I,p.313
13- Témoignage, p. 236
14- Lettres, II, p.80

   Chapitre 4

 L’action de l’Esprit :
1- La Grâce sanctifiante

Nous avons vu que la Très Sainte Trinité habite l’âme du juste, et donc le Saint-Esprit avec les deux autres Personnes divines.

Avançons un peu plus dans ces notions.

Il est sans tout catéchisme un chapitre central, celui quittait de la Vie de notre âme ; le chapitre de la Grâce sanctifiante ou habituelle.

La Grâce sanctifiante ou habituelle est un don surnaturel par lequel Dieu élève la substance de notre âme, la rend déiforme pour la faire vivre de sa vie. La Grâce sanctifiante comprend la réalités un double don; un don créée et un Don Incréé, inséparables l’un de l’autre. Le Don Incréée, c’est la Divinité Elle-même ; le crée est l’effet produit dans l’âme par cette présence particulière et toute nouvelle de Dieu.

On ne peut donc se faire une idée juste de la Grâce sanctifiante entant que don créée qu’en la concevant comme trait d’union entre notre âme et Dieu qui, par ce Don, se communique personnellement à elle pour qu’elle vive de lui comme il en vit lui-même. C’est ainsi que la Grâce nous sanctifie, nous divinise.

C’est l’application de la parole du Maître : « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera, et nous viendrons et nous ferons en lui notre Demeure (1) » ; et de celle de saint Pierre : « vous devenez participants de la Nature divine (2). » Ce qui est dit ici de Dieu en sa Trinité se dit plus souvent, dans le langage commun, du seul Esprit-Saint. Cette Demeure ou Habitation de Dieu de l’ âme des justes, c’est au Saint-Esprit qu’on l’attribue, parce que cette opération divine corresponds à la physionomie propre du Saint-Esprit qui est amour : l’Amour Personnel. On lui approprie toutes les ouvres divines où se manifeste surtout l’amour, et particulièrement la Grâce sanctifiante qui est une communication d’Amour.

S.S. Léon XIII expose ainsi cette doctrine : l’imhabitation est attribuée d’un façon spéciale au Saint-Esprit,… étant le premier et suprême amour, il conduit les âmes à la sainteté…; c’est pourquoi l’apôtre, appelant les justes « temps de Dieu », ne les appelle pas expressément « temps du Père ou du Fils », mais temps du Saint-Esprit (3). » « Ne savons-vous que vos membres sont les temples du Saint-Esprit, qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu (4). »

Le Saint-Esprit vient donc habiter nos âmes. Il n’est pas seulement présent, il habite. C’est une présence de familiarité, d’intimité, d’amitié, selon la belle expression de la liturgie, il est « le doux hôte de notre âme » ( dulcis hospes animae ). Il cohabite avec l’âme dans nos membres ; il entend mener avec nous une vie commune, où tout soit mis en commun. Par la Grâce, le Saint-Esprit vient en notre âme pour qu’elle le possède et jouisse de lui.

Et cet Esprit est vivant et vivifiant. Il tend sans cesse à nous communiquer davantage la Vie du Christ, à la substituer à notre vie. C’est Lui, l’Esprit du Christ, qui opère en nous la perfection, la sainteté du Christ.

Ce qui est capital de notre part, en face de la situation crée par la Bonté de Dieu, c’est donc comme nous l’avons vu plus haut, de nous livrer, de nous soumettre à de travail intérieur de l’Esprit dans note âme.

Saint Paul dit que « les fils de Dieu sont ceux qui sont conduits, actionnées par l’Esprit de Dieu » (5)».

Nous n’avons pas voulu couper cette délicat exposition théologique ; servons-nous en pour comprendre notre Vénérable.

Écoutons-la . « Mon cœur était dans une tendance continuelle en la bonté de Jésus, pour qu’il m’accordât la possession de son Esprit, car je ne concevais rien de beau, ni de souhaitable que d’être en la possession de l’Esprit de Jésus… Je n’a point la parole pour dire ce que c’est que cet Esprit , mais l’âme, dans sa tendance, en disait et concevait choses très grands et immenses. C’est pourquoi elle voulait suivre son Bien-Aimé, d’une manière que ce même Esprit lui faisait concevoir… tous les puissances de l’âme ne souhaitent rien que d’être à Jésus par l’Esprit de Jésus (6). »

Elle dit ailleurs : « Mon âme expérimentait sans cesse ce Moteur gracieux, le Saint-Esprit, le quel, dans le Mariage spirituel, avait pris possession d’elle et la brûlait et consommait d’un feu si doux et si suave qu’il n’est pas possible de la décrire (7).»

En cette expérience si douce elle vaudrait la faire partager à son fils, dom Martin, devenue religieux bénédictin, elle lui écrit le 18 octobre 1663 : « Quand son Esprit sera rendu la Maître du vôtre, et qu’il se sera emparé de votre fond pour vous tenir dans une union intime et actuelle avec sa divine Majesté, toutes vos occupations ne pourront vous distraire et de ce divin commerce… Il y a deux manières de s’entretenir et de jouir, l’une est que, quand on est dans un plein en repos, l’union actuelle est plus libre, au lieu que dans les affaires extérieurs, une partie de l’âme est occupée au dehors, dans des deux c’est le Saint-Esprit, principe de la vrai liberté, qui en est l’Amour et le Moteur (8). »

Langage profond qui en dit long sur la vie d’oraison de notre Vénérable et sur la force qui anime son zèle. Rien d’étonnant qu’elle récidive l’année suivant : « Ah ! mon cher fils, rendez-vous digne d’être le temple véritable du Dieu Vivant, videz-vous de tout pour faire place à son Divin Esprit (9). »

Pour clore ces citations, qui pourraient être nombreuses, ajoutons ce emprunt au Cantique des Cantiques que Marie traduit joliment : « L’âme est cachée vraiment dans le trous de cette pierre vive et dans les cavernes de cette divine masure ; elle y est comme entée, pour ne vivre que du Divin Esprit et ne subsister que dans sa Vie (10).»

Références :

1- Saint Jean, XIV, 23
2- II Pierre, 1,3,4. Voici le texte de ce passage : « Sa puissance divine nous a gratifiés de tout ce qui concourt à la Vie et à la piété…, par quoi Il nous a fait don des précieuses et magnifiques promesses, afin que grâce à elles vous deveniez participants de la nature divine . »
3- I Cor, VI, 19
4- Encyclique Divinum Illud
5- Saint Paul aux Romain VIII, 14.
6- Témoignage, p. 24
7- Témoignage, p. 85
8- Lettres , II, p. 256-257
9- Lettres, II, p. 47
10- Témoignage, p. 26

  Chapitre 5
L’action de l’Esprit
2- La Grâce actuelle

À la suite d chapitre sur la Grâce sanctifiante, le catéchisme en a u sur la grâce actuelle. Il la définit : un secours surnaturel que Dieu nous accorde pour agir saintement. Ce n’est pas un état, comme la Grâce sanctifiante qui élève l’âme et la maintint dans une situation surnaturelle, c’est un secours passager pour l’action.

Comment se faire une idée de cela ?

Au baptême, notre âme reçoit la Grâce sanctifiante qui la rend capable de vivre de la Vie même de Dieu ; elle reçoit aussi le Vertus théologales et morales qui fortifient nos facultés dans leur action ; elle reçoit enfin les Dons du Saint-Esprit qui établissent en notre âme de plis fortes habitudes d’action surnaturelle. La Grâce sanctifiante, qui est antérieur aux Vertus infuses et aux Dons, en est le principe et la racine (1).

Nous n’avons parlé, au chapitre précédent, que de l’état de notre âme déifiée par la Grâce sanctifiante ; voyons-la maintenant en pleine action surnaturelle.

Disons d’abord eu chaque fois que nous agissons surnaturellement, c’est que la bonté divine a prévenu notre âme du secours qu’on appelle « grâce actuelle ». Ce terme « actuelle » marque la distinction entre ce secours e la Grâce sanctifiante qui, fixant l’âme dans un état, est aussi appelée « Habituelle».

L’action surnaturelle es déclenchée dans notre âme si la grâce prévenante de Dieu la trouve attentive et fidèle ; l’action continuant, la grâce actuelle est encore là, coopérante : elle donne le « vouloir » et le « faire ». Ainsi réalise la parole de l’Évangile : « Sans moi vous ne pouvez rien », parole qui indique une nécessité absolue de la grâce actuelle, et que saint Augustin commente par cette phrase : « Dieu opère d’abord afin que nous voulions ; puis, lorsque nous volons, il achève en coopérant à notre action (2).»

Dans les cas habituels, l’action de ce secours divin déclenche et fortifie le travail des facultés naturelles : intelligence, volonté, sensibilité, sur naturalisées par les Vertus. Suivant la volonté divine, et au fur et à mesure des progrès de l’âme dans la Grâce sanctifiante, la grâce agit davantage avec les Dons du Saint-Esprit.

Les principales Vertus que la grâce actuelle mettra en branle sont les Vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, et les Vertus morales autour des quelles se groupent toutes les autres et qu’on appelle pour cela « cardiales », la prudence, la justice, la force et la tempérance.

Mais grâce actuelle et Vertus laissent les facultés humaines agir à leur manière. Notre action vertueuse, produite sous leur commune influence, reste singulièrement humaine et imparfaite : on réfléchit plus ou moins péniblement ;on délibère plus ou moins longtemps. Tout cela est méritoire, mais touche la porte le cachet d’imperfection de cette terre où nous nous débattons. Et si la situation est anormale, si l’épreuve que nous heurtons est de taille, si elle dure longtemps ( ce qui souvent arrive) , ce moyen ne suffit pas (3).»

L’ Esprit-Saint nous a préparé mieux : il offre ses Dons. Ce sont, comme les Vertus, des dispositions stables et permanentes infusées dans l’âme, mais qui la rende bien plus impressionnable aux grâces actuelles. Notre faiblesse le rend nécessaires à tous. Ainsi parle le Souverain Pontife Léon XII : « Le juste, muni, pour l’action, des Vertus comme d’autant de facultés, a besoin des Dons qui préparent l’âme à suivre plus facilement et promptement les suggestions et les mouvements de l’ Esprit-Saint (4).

Tout cet ensemble de moyens d’actions, grâces actuelles, Vertus, Dons, réglé par l’Esprit, est plus ou moins favorisé par l’acceptation ou la résistance de l’âme. Dans l’analyse de son état d’âme, Maire traduit ainsi sa propre situation : « Il est à remarquer que l’Esprit, qui agissait et remuait l’âme, la remplissait de lumières auxquelles elle répondait par une amoureuse activité (5). »

Comme les Relations de Marie sont entièrement composées de ces analyses d’âme, on trouve partout des expressions qui marquent d’une façon précieuse les impressions et impulsions reçues de l’Esprit, et donc les grâces actuelles utilisées au moyens des Vertus, au moyen surtout des Dons. ( 6).

La voilà en face des actions de sa journée, elle note : « Je n’avais pas besoin de méditer ce que j’avais à faire ; l’Esprit qui me conduisait m’enseignait tout cela et me réduisait où il voulait (7 ). » A propos de la rédaction de sa vie, elle écrit à un endroit : « J’en couche sur le papier ce que l’Esprit de Grâce qui me conduit m’oblige et me permet d’écrire (8). » Et ailleurs : « L’Esprit qui m’a fait produite mes sentiments, m’a souvent obligée d’en changer l’ordre (9). »

Dans une lettre, elle appuie sur cette collaboration : « Lorsque j’ai pris la plume, je ne savais pas un mot de ce que j’allais dire; mais en écrivant, l’Esprit de Grâce qui me conduit m’a fait produire ce qui lui a plu, me faisait prendre la chose dans son principe et dans sa source, et me la faisant conduite jusqu’à l’état où il me tient aujourd’hui (10).»

On pourrait collectionner les termes qu’elle emploie : l’Esprit m’agit, me conduit, me réduit, m’oblige, me donne des motions, me fait parler, me permet d’écrire. Elle ne sait comment varier ses mots ; la pensée reste la même. L’influence extérieure est si forte qu’elle doit avouer : « Je me sentais portée par un autre Esprit que le mien ; et il me fallait le suivre en tout, autrement j’eusse eu, dans mon intérieur, un reproche qui n’est pas croyable (11). »

Heureuse marie d’avoir été si obéissante à une direction qui, à travers milles sacrifices joyeusement acceptés, l’a fait monter si haut sur la « montagne de l’Amour ».

Références :

1- Saint Thomas , Ia, Iiae, qu, 110, art, 3.
2- Saint Augustin, de grat, et lib, arbit.,. cap.17
3- Saint Thomas , Ia, Iiae, qu, 68, art, I « ,,, il y a deux moteurs dans l’homme, l’intérieur qui est la raison, l’autre extérieur qui est Dieu… Plus le moteur est élevé, plus doivent être parfaites les dispositions du mobile… Les vertus humaines donnent à l’homme les perfections nécessaires pour suivre le mouvement, et la direction de la raison… ; il faut qu’il y avait des perfections plus élevées pour correspondre à l’impulsion céleste. »
4- Enclyclique Divinum Illud.
5- Témoignage, p. 73
6- Saint Thomas, la IIae, qu, II4, art, 3 : « Si nous parlons de l’œuvre méritoire, considérée en tant qu’elle procède de la Grâce de l’ Esprit-Saint, alors elle mérite la Vie éternelle en stricte justice. Le mérite, dans ce cas, s’évalue d’après la puissance du Saint-Esprit qui nous meut vers la vie éternelle… De plus, le prix de cette oeuvre doit¸ être estimé d’après la dignité de la Grâce qui rend l’homme participant de la nature divine, et le fait adopter comme fils de Dieu. »
7- Témoignage, p. 17
8- Témoignage, p. 70
9- Lettres, II,p.51
10- Lettres II, p. 44
11- Témoignage, p. 37

  Chapitre 6
L’action de l’Esprit
3- Dons, Béatitudes et leurs Fruits

Les théologiens comptent ordinairement sept Dons du Saint-Esprit, ainsi énumérés d’après un passage du prophète Isaïe : la Sagesse, l’Intelligence, le Conseil, la Force, la Science, la Piété et la Crainte de Dieu (1). Ils ne voient pas là, cependant un nombre limité, mais comparent volontiers les Dons au couleurs principales de l’arc-en-ciel, qui se décomposent en multiples nuances secondaires.

Ces Dons apparaissent dans les âmes justes en force variable, suivant le dessein de Dieu. Et leur influence sera souvent mélangées, telle circonstance faisant ressortir à la fois deux ou trois de ces Dons. Un simple acte ou état de l’occasion pour l’ Esprit de « toucher » l’âme, de « l’agir», avec une puissance d’action qui est tout ensemble une et diversifiée.

Il ne faut pas avoir en la présence de ces Dons l’indice invariable de la seule Vie complètement mystique. Puisque nous avons dit avec l’Église que les Dons sont nécessaires à toute vie, ils doivent exister et agir même dans la période la plus commune de la vie chrétienne, qui comporte surtout la lutte contre les défauts et l’acquisition des Vertus. Et de fait, la petite expérience d’un chrétien très ordinaire lui monte, en certaines circonstances, une Lumière plus rapide et plus brûlante que d’habitude, une Force dont il n’avait pas conscience ; l’Esprit , de temps a`autres, souffle dans la voile de la petite barque, pour que le marin ne soit pas obligé de ramer, et cela fortifie, l’âme, lui donne assurance : elle croit plus sincèrement, elle espère plus fermement, elle aime plus ardemment.

Par contre, en pleine vie mystique, se rencontrent aussi des périodes douloureuse, où l’Esprit se cache, pour exciter l’effort. Tout se paie. L’union que l’âme désire, sous l’influence de l’Esprit, s’achète par de pénibles arrachements ; il lui fait se détacher de tout l’humain, « dans la nuit des sens et de l’Esprit », ( pour employer le langage des spirituels ), et s’efforcer seule, semble-t-il, de tendre vers l’unique bien qui l’attire : Dieu.

Ces douloureuses périodes n’ont pas manqué dans la vie de Marie, années d’épreuves où se parfait l’instrument pour la main de l’ouvrier divin. Autour d’elle on sera rempli de piété pour la veuve et la mère, religieuse de désir, qui attendra douze ans que s’ouvrent les portes du cloître, et qui subira les assauts impitoyables de la piété filiale dans l’accomplissement même de l’appel divin. Tout se paie. Le Don reviendra alors fortifier une vertu déjà singulièrement puissante.

Dans l’enrichissement progressif de l’âme fidèle par les Dons, s’établie une liaison avec les Béatitudes de l’Évangile et les Fruits dont parle saint Paul, tel est l’enseignement de l’Église par la voix du Souverain Pontife Léon XIII : « Grâce aux Dons, l’âme est amenée et excitée a acquérir les béatitudes évangéliques, ces fleurs que le printemps voit éclore, signes précurseurs de la Béatitude éternelle. Quelle suavité aussi dans les Fruits énumérées par l’Apôtre, apportés par l’ Esprit -Saint aux âmes justes, même en cette vie périssable, plein de douceur et d’allégresse, tels qu’il convient à l’Esprit de les produire, lui qui est, dans la Trinité, la suavité du Père et du Fils, et qui répand sur toutes les créatures ses généreuses et fécondes largesses (2). »

Voici les Béatitudes, dans le texte, habituellement suivi, de saint Matthieu : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est pour eux. Bienheureux ceux qui sont dans l’affliction, car ils seront consolés. Bienheureux le doux, car ils auront la terre en partage. Bienheureux ceux qui sont affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu, Bienheureux les artisans de la paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Bienheureux ceux qui endurent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est pour eux (3).»

Ces Béatitudes, un théologien les présente ainsi :

« La solennité, l’insistance, des exhortations de Jésus, l’énumération très particulière, très inattendue, qu’il propose, le lien étroit établie entre ces états d’âme et le bonheur céleste, tout cela donne à penser qu’il s’agit ici de perfections supérieures aux Vertus, supérieures même aux Dons du Saint-Esprit (4).»

Un autre théologien les regarde « comme les activités les plus parfaites en lesquelles s’achève la Vie vertueuse, lorsque les Dons du Saint-Esprit lui donnent toute sa mesure » (5).

Notre vénérable a lu et relu avec amour le passage de saint Matthieu, puisqu’elle nous confie que « cet excellent sermon de la Montagne », où elles se trouvent, « …et celui de la Cène sont la force et le baston des âmes à qui Dieu fait présent de l’intelligence de l’Esprit de l’évangile » (9). Quant à en préciser le bienfait, elle se retranche encore derrière son impuissance : « Cette approche amoureuse du Verbe Incarné porte dans l’âme une Onction qui ne peut s’exprimer. Elle fait sentir et expérimenter l’effet des huit Béatitudes d’une manière que Dieu sait et que je ne puis dire (7).»

Les « Fruits de l’Esprit », Marie y fait allusion, dans son Catéchisme ; et c’est pour en marquer la différence avec les Dons. « Les Dons du Saint- Esprit nous sont donnés par la pure Grâce et libéralité de Dieu ; mais, pour avoir ces « Fruits », outre la Grâce, il faut agir de notre part, et les acquérir par notre travail (8) .»

Pour connaître ces « Fruits », on se rapporte habituellement à l’Épître aux Galates, de saint Paul, qui en énumère neuf : la charité, la joie, la paix, la patience, la mansuétude, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance. Mais il n’a pas voulu dresser une liste complète ; et saint Thomas fait remarquer que ce nombre est symbolique et désigne en réalité « tous les actes de Vertu dans lesquels l’âme trouve une consolation spirituelle.» (9) Citant saint Ambroise, saint Thomas précise que « les oeuvres de Vertu sont appelées des Fruits, parce qu’elles procurent à leurs processeurs la réfection d’une sainte et sincère délectations ». (10)

Au sein de ces richesses spirituelles qui, tout en la comblant, l’attirent de plus en plus en Dieu, quel est l’état d’âme de Marie ?

C’est un amour puissant et une soif ardente que traduisent des épithalames et des « saillies du cœur », qui coupent par endroit le récit de ses Relations. On sent qu’elle n’a pu s’empêcher de confier à sa plume de les cris de joie et d’amour qui jaillissaient du fond de son âme : « Vous êtes donc tout feu, ô mon grand Dieu, et vous êtes en moi ! Il ne se peut donc faire que je ne brûle, et cela par vous-même. Que cet aimable incendie ne laisse rien à consumer. » « Je ne suis plus, c’est vous qui êtes en moi ; je ne vis plus, c’est vous qui vive en moi; me voilà toute perdue en vous, ô mon grand Dieu, ô mon Roi, ô mon Tout ! » « Grand Saint-Esprit, Ineffable Saint-Esprit, Esprit amoureux, Esprit aimable, Esprit Amour, vous m’appartenez et je vous appartiens ; vous êtes mien et je suis vôtre, ô Grand Saint-Esprit, ô grand Dieu, Esprit de mon esprit, Vie de ma vie (11) ! »

Références :

Isaïe, XL, 2-3
2- Encyclique, Divinum Illud.
3- Saint Matt. V. 3-10.
4- M. D. Roland-Gosselin ,in revue des sc. Phil, et théol. 1928, p. 203-204
5- A.I. Menessier, o.p. dans Initiation théol. III. P. 267
6- Témoignage, p. 292
7- Témoignage, p. 292
8- Catéchisme, p. 76
9- Tanquerey, Théol, ascét,et myst,p.849
10- Initiation théol. III. P. 267

11- Dom Jamet, 72, 83. 912, passim

Prière à l'Esprit-Saint :
( Séquence de la Pentecôte )
Venez, Saint-Esprit, envoyez du ciel un rayon de votre Lumière. Venez, Père des pauvres; venez, vous qui prodiguez vos Dons ; venez, Lumière des cœurs.

Consolateur plein de bonté, hôte paisible de l’âme, réconfort plein de douceur. Vous êtes le repos dans la peine, l’apaisement dans les passions, la consolation dans les larmes.

O Lumière, qui possédez le bonheur parfait, pénétrez jusqu’au fond des cœurs de ceux qui croient en vous.

Sans votre secours, il n’y a rien dans l’homme, rien qui ne puisse lui nuire.

Purifiez ce qui, en vous, est souillé ; arrosez ce qui est desséché ; guérissez ce qui est blessé.

Assouplissez ce qui en nous est raide ; réchauffez ce qui est froid ; redressez ce qui est faussé.

A ceux qui croient et qui ont confiance en vous, accordez vos sept Dons sacrés.

Donnez-nous la vertu pour mériter ; donnez-nous d’être sauvés à la fin de notre vie ; donnez-nous la joie éternelle. Amen, Alléluia .

Petite prière habituelle à l’ Esprit-Saint

Venez, Saint-Esprit, remplissez les cœurs de ceux qui croient en vous, Allumez en eux le feu de votre amour,

( O mon Dieu), envoyez votre Esprit qui nous donnera une vie nouvelle ; et vous renouvellerez la face de la terre. Ainsi soit-il.

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