| Série 16- 9 pages |
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| Les trois voies de la vie spirituelle-P. Jean-François- Bonnefoy |
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Quelles que soient nos efforts et nos persévérances, nous ne pouvons arriver au bonheur parfait du ciel aussi longtemps que nous vivrons ici-bas, mais nous pouvons nous en rendre dignes, et même en goûter par avantage quelques douceurs dans la contemplation affective ou parfaite. Saint Bonaventure appelle aussi cette contemplation d’un nom alors très en usage dans le langage mystique, et qui est aujourd’hui tombée en désuétude : » la vraie sagesse » (ch .I. v 4). La contemplation parfaite se présente donc comme un avant-goût du ciel et l’aboutissement commun des trois voies, ou, si l’on préfère, des efforts soutenus que l’âme a fournis pour se purifier, imiter les Christ et s’unir à Dieu. Pour mieux comprendre cette doctrine, il convient de dire quelques mots, sur la contemplation en général et de distinguer de la contemplation parfaite ou affective, une contemplation inférieur, surtout intellectuelle, qui n’est et qu’un moyen, et un moyen non indispensable pour arriver à la contemplation parfaite. |
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| A.
De la contemplation en général. |
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Ce
mot de contemplation a le don de remettre en branle des imaginations
trop vives. En l’entendant, elles se représentent un saint
Joseph de Cupertino soutenu dans les airs par un pouvoir mystérieux,
ou une sainte Thérèse ravie en Dieu et défaillante
sous l’étreinte de la grâce.
D’autres personnes s’en font une idée plus exacte, elles savent que ces phénomènes extérieurs ne constituent pas la contemplation, ne l’accompagnent même que rarement, mais elles se trompent non moins gravement en croyant que cette forme l’oraison n’est pas faite pour elles. Le Séraphique Docteur, traitant un jour de ce sujet devant de simple fidèles, s’aperçut que certain d’entre eux s’ennuyaient visiblement et les interpelle : « Bonnes gens, leur dit-il, vous ne devez pas vous décourager quand vous entendez parler de ses choses, comme si elles n’étaient pas faite pour vous… Vous pourrez les avoir par la suite. Il est bon, en tout cas, que vous sachiez qu’elles existent » (1). Contempler est un acte naturel, spontané, provoqué par le bau physique ou moral. Mais en présence d’un splendide coucher de soleil, d’un tableau de maître, d’un chef-d’œuvre d’orfèvrerie, les simples eux-mêmes se laissent aller à le regarder fixement. Leur attention est tout entière accaparées par le spectacle ou l’œuvre d’art, au pont qu’ils en restent bouche bée », comme on dit vulgairement. Cette fixité ou immobilité de regard est le fruit d’une admiration intense, qui absorbe parfois les énergies de l’âme, au point que l’on ne se rend plus compte que le temps passée : c’est déjà contempler, contemplation purement extérieure, corporelle, et qui peu n’être que profane sans émotion, mais contemplation tout de même. La contemplation devient intérieure si, au lieu d’être alimentée par quelque chose d’actuellement présent hors de nous, elle est le fruit d’imagination soutenu par la mémoire, après avoir médité sur la douloureuse Passion du Sauveur, on se représente L’Ecce homo, ou notre Sauveur mourant sur la croix, comme pour réunir en une seule vision intérieur tout ce que l’on a considéré par le détail, et l’on demeure ainsi tout absorbé par l’immensité des souffrances du Christ. C’est déjà une contemplation excellente, bien eu restant dans l’ordre sensible. C’est, pour parle comme saint Bonaventure, «une petite flamme de sagesse », qu’il faut « alimenter » été surtout dégager de tout ce qui l’empêcherait de s’élancer vers Dieu (ch. I v 3), pour le cas où la grâce nous serait donné de passer à la contemplation intellectuelle ou à la contemplation parfaite. |
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| B.
La contemplation imparfaite ou intellectuelle. |
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L’intensité
de l’attention et la fixité du regard qui accompagnent
parfois l’exercice de nos yeux corporels ou nous représentations
imaginatives, peuvent se réaliser d’une manière
analogue pour le regard de l’Esprit. Après avoir médité
longuement sur la bonté de Dieu, la considérant sous ses
divers aspects, dans ses diverses manifestations, on en et tellement
pénétré qu’on arrive, délaissant tous
les détails et tous représentation imaginative, à
se tremper en admiration devant le «Dieu qui est charité
» (I Jo. 4,8).
Les âmes simples ne sont pas absolument inaptes à ce genre de contemplation. Le P. Amaury, célèbre prédicateur du siècle dernier, qu’au raconté qu’au cours d’une des ses missions, il rencontrant, dans les champs, un petit berger qui récitait son chapelet tout en surveillant son troupeau. « Tu dis ainsi ton chapelet tous les jours ? » demanda le missionnaire. « On ! Non, mon Père », répondit l’enfant, qui baissa la tête comme s’il eut avoué une faute. « Je suis, voyez-vous, un pauvre orphelin. Lorsque je commence le premier Pater de mon chapelet, et que je considère que le bon Dieu veut bien me tenir lieu lui-même de père et de mère, il m’arrive de pensée à cela tout la journée et j’en oublie de dire mon chapelet ! » Cet enfant contemplait excellemment, sans le savoir ! » Que de bonnes âmes se reprochent, comme lui, de ne pas avoir bien médité ou bien fait oraison si elles n’ont pas adressé au Seigneur d’interminable discours, ou si leur imagination s’est montrée rebelle. Saint Bonaventure leur rappelle que « Dieu est esprit et que ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité. » (Jo. 4, 24). » Celui que vous aimez, dit-il, n’est pas perceptible par les sens ; on ne peut pas se le représente par l’imagination… il est tout désirable » (Ch. Iv3). Et le progrès dans la médiation ou l’oraison ne consiste pas à disperser toujours plus son attention, amis au contraire à la concentrer de plus en plus sur Dieu, seul objet digne de nos désirs ; totus desiderabilis. C’est à une contemplation de ce genre que doit pareillement aboutir la longue digression sur la croix que ses trouve au chapitre III : « Considérez en septième lieu ce que produisent les souffrances du Christ, et que votre regard de contemplatif se fixe sur le rayon de lumière qui émane de la croix » (v2) L’effort soutenu de l’esprit et l’habitude de la réflexion jouent un grand rôle dans cette forme de contemption : «Il faut, dit saint Bonaventure, que le contemplatif soit fixe et stable, libre de toues hésitation ; il lui fait non des yeux de chouette, mais un regard d’aigle ;… il doit courir dans la voie de la vertu, sans paresse ni somnolence, se montrer prompt et infatigables » (2). A ce point de vue, cette contemplation intellectuelle se distingue radicalement de la contemplation parfaite eu nous décrions dans un instant et où la grâce joue un rôle prépondérant. Pour cette raison, la première est parfois nommée «contemplation active », la seconde «contemplation infuse ». Elles diffèrent encore parce que les affections n’apparaissent dans la première que comme en retrait, tandis qu’elles absorbent toutes les énergies de l’âme dans la seconde, ainsi qu’on va le voir. |
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| C.
La contemplation parfaite ou affective. |
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En observant la contemplation dans sa forme la plus humble, nous avons remarqué qu’elle est caractérisée par la fixité du regard sur le spectacle ou l’objet qui provoque notre admiration, et par la concentration de l’attention que s’ensuit, tous les forces du corps et de l’esprit semblent converger vers le regard et être absorbée par lui : on est « tout yeux ». Si tels sont les signes distinctifs de la contemplation, il faut la considérer comme d’autant plus parfaite qu’elle sera plus dégagée du sensible et qu’elle absorbera plus complètement les énergies de l’âme, au point de priver momentanément les autres facultés de leur activité propre, de les réduite au silence, or c’est ce qui se passes dans la contemplation affective ou « vraie sagesse », dont disait Bonaventure dit qu’elle est «la fin de toue opération et de toutes connaissances (purement intellectuelle), et qu’elle donne de connaître Dieu par une vraie expérience » (ch. I .v 4). Considérons successivement les éléments de cette définition. La connaissance purement intellectuelle, et è plus forte raison, l’exercice de la mémoire sensible et de l’imagination sont interrompus par la contemplation affective. Il se produit pour l’esprit ce qui arrive aux yeux du corps lorsque la lumière devient trop vivre. Elle est absolument indispensable pour voir, mais elle devient trop forte, elle éblouie et l’on ne voit plus rien. La grâce aussi est lumière, lumière pour l’esprit. Impossible sans elle de connaître et gouter les vérités de la foi. Mais si elle est donnée à l’âme trop abondante, elle suspend l’activité de l’esprit et des facultés sensibles, un peu comme le courant électrique, s’il devient trop intense, donne d’abord un surcroît de lumière mais finit par faire sauter le plomb et par plonger dans l’obscurité. Heureuse obscurité du reste, puisqu’elle est la condition de la plus haute union de l’âme avec Dieu qui puisse se réaliser ici-bas. Les
épreuves extérieures et intérieures que saint
Jean de la Croix a décrites sous les noms significatifs de
« Nuits des sens » et «Nuit des l’esprit »,
ont habitué l’âme à se détacher de
tout le créée, à faire le vide en elle, en se
purifiant de toute affection qui ne serait pas pour Dieu. Un surcroît
de grâce trouvant cette âme suffisamment préparée
par la pénitence et par la pratique des vertus chrétiennes,
spécialement de la charité envers le prochain, Les âmes favorisées de cette grâce, explique le Docteur Séraphique dans le Soliloque, « ne savant plus où elles sont. Par les étreintes de l’amour, elles tiennent quelque chose. Elles ne savent ce que c’est, et néanmoins elles s,’efforcent de le retenir. Lutte délicieuse ! Elles ne voudraient pas s’éloigner de cet objet, comme si elles trouvaient en lui la réalisation de tous leurs désirs » (3). « Elles sentent plus qu’elles ne connaissent » dit-il encore (4), parce que ce contact de la fine pointe de la volonté avec Dieu a plus d’analogie avec l’exercice du goût ou du toucher (qui « connaissent » eux aussi, dans leur ordre) qu’avec celui de l’intelligence. Pour cette raison, la contemplation parfaite est comparée è un festin joyeux au cours duquel on goûte Dieu, ou à une union spirituelle par laquelle tout l’âme adhère à Dieu. C’est d’elle que parle le Docteur séraphique dans cet opuscule lorsqu’il écrit : » Il faut persévérer dans la prière jusqu’à ce qu’on soit admis dans le tabernacle admirable où Dieu réside, où retentissent les cris de joie des convives » (ch. II, 3). C’est elle qu’il nomme « union », « baiser », et ‘embrassement », et qu’il présente comme un doux sommeil sous la protection des ailes divines (ch. III. c1, 7 ; voir ch. II. v4,6 degré). La contemplation est en effet un sommeil, puisqu’elle comporte la suspension momentanée de toutes autres activités. La volonté elle-même dont nous avons dit qu’elle absorbait toutes les énergies de l’âme est tellement sous l’emprise de la grâce qu’elle « est agie », selon la forte expression du saint, plus qu’elle n’agit. (5) Par là, la contemplation imparfaite, ainsi qu’on l’a déjà observé. « C’est une grande faveur, et un don inestimable, dit encore le Docteur Séraphique. J’estime que nul homme ne peut l’acquérir par ses efforts, ne peut même la mériter. Elle pourra à peine être obtenue de Dieu par d’humbles prières, et cet acte pure condescendance de la bonté divine est réservé à ceux qui s’y sont préparés » (6). Avant de voir comment on se prépare à cette faveur de la contemplation parfaite ou affective, il semble indiqué de résumer la doctrine qui vient d’être exposée en une comparaison prise de saint Bonaventure lui-même : Les âmes qui en sont encore à la méditation sont comme en hiver : peu de lumière, car le soleil est bas sur l’horizon, et les journées sont courtes ; et encore moins de chaleur : le soleil de la grâce ne fait qu’effleurer l’âme. Les âmes qui sont élevé jusqu’à la contemplation imparfaite, sont comme au printemps : il y a un peu plus de chaleur, mais surtout plus de lumières. Le soleil brille et les jours s’allongent ; déjà il faut bon, mais ce ne sont pas encore les grandes chaleurs. Les âmes que Dieu invite aux joies de la contemplation parfaite sont à la fois en été et en automne. L’été avec sa lumière éblouissante et ses grandes chaleurs représente exactement l’aveuglement des facultés cognitives, aveuglement provoqué par l’excès même de la lumière, et les ardeurs que celle-ci communique à l’âme ; tandis que la douceur des fruits de l’automne symbolise la suavité que goûte l’âme, comme la fin des grands rtavaux ds champs indique le repos qui lui est accordé (7) |
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| Références |
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(1)-
Sermo de Sabbato Santo, sermon I (IX.269b).
(2)- S. Bona., Collationes in Hezaemeron, éd. Delorme, Firenze-Quaracchi, 1934 ; visio 4, c.I.n.23 ( pa.230) (3)- Soliloquium, c.IIv3. Saint Bonaventure cite ici Hugues de Saint-Victor, De Arrha animae (Pl.176 970). (4)-III sent., d.35, q.I. ad.5 (III,775a( (5)- Collat, in Herx., éd. Delorme, PRinc.col2, n.30 ( p. 30) (6)- Solil., c2,n.14 (7)- Collat. In Hez., éd. Del,visio 4, col.I, n.10 (p.226) éd. Quara., col.20,n9 et 10 ( V,427a).- Voir jean –Francois Bonnefoy.o.f.m. Le Saint-Esprit et ses dons selon saint Bonaventure, Paris, Vrin.1929, p. 176+-206 ( dons d’intelligence et de sagesse ; la contemplation). |
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| L’ordre
des pages sont placées l’une derrière l'autre ; tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres. |
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