III
Défenseur
invincible de la distinction entre l’ordre naturel et
l’ordre surnaturel, le chrétien doit en outre
maintenir l’absolue gratuité de notre élévation
à l’ordre surnaturel et la supériorité
en quelque sorte infinie, de la grâce sur la nature.
( I,II.q.110.a.3.)
Cette
gratuité est telle qu’il ne peut y avoir dans
notre nature la moindre exigence du surnaturel, pas même
un désir inné, mais seulement une velléité
et la capacité passive, que les théologiens
appellent puissance obédientielle, d’être
élevé à cet ordre supérieur. La
conformité réelle du Christianisme avec nos
aspirations naturelles ne doit pas nous faire oublier l’absolue
gratuité du don de la grâce et l’élévation
infinie de la grâce au-dessus de la nature. Cette élévation
est telle que S.Thomais déclare le monde degré
de grâce sanctifiante supérieur au bien naturel
de toute l’univers des corps et des esprit, ‘’
bonum gratiae unius majus est quam bonum naturae totius unversi
‘’. ( O,II.q.a.9.) C’est pourquoi l’harmonie
entre ces deux ordres, dont l’un est tellement élevé
au-dessus de l’autre, est loin d’être évidente
aux yeux des simples mortels. Les chrétiens en généra;
voient plutôt une opposition constante entre la nature
et la surnature. Où se trouve vraiment l’harmonie
entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, et
dans quel sens peut-on parler d’opposition ? Comment
la langage de l’Évangile : bienheureux les pauvres,
bienheureux ceux qui souffrent, etc., peut-il s’accorder
avec celui de ma raison ; la richesse est un bien, la souffrance
est un mal? Comment cette doctrine de la mort au monde, à
soi-même et à tous les choses d’ici-bas
peut –elle s’accorder avec une autre : la grâce
ne détruit pas la nature ? En quoi au juste l’Évangile
demande-t-il de se renoncer et qu’est –il permis
de concéder à la nature, aux habitudes modernes,
à l’esprit du monde ? La doctrine d’un
saint Jean se la Croix sur le détachement des créatures
et la nécessité de la purification est-elle
vraie seulement pour les Carmes et les Carmélites ou
bien l’est-elle aussi pour les simples fidèles
? La vie de saint François d’Assise est-une une
‘’ sublime folie ‘’ ou simplement
la mise en pratique de l’Évangile ? Puis-je être
chrétien et mondain à la fois ? Puis-je faire
mon salut en me renonçant jusqu’a un certain
point ou bien dois-je prendre au pied de la lettre la parole
de Jésus-Christ : qui on renuntiat omnia quae possidet
non potest meus esse disciplus ? Comment concilier ma vie
surnaturelle et les exigences de mon commerce, de ma professions
?
C’est
à la solution de ces problèmes, qui forment
le fond de l’inquiétude moderne, que nous devons
nous appliquer, car le maintient de la foi et la régénération
chrétienne des peules en dépendent. Remarquons
cependant cette parole e Garrigou-Lagrange : l’Harmonie
entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel n’apparaît
vraiment qu’après une profonde purification de
la nature par la purification et la Croix .’’
( Perf. Chrét., t.I.p.61.)
Le
meilleur moyen de donner la vraie réponse au problème
du surnaturel dans le monde, ne serait-ce pas l’étude
et la méditation de l’Évangile et compagnie
des grands écrivains spirituels, qui ont compris à
fond l’Évangile, au premier rang desquels il
faut placer saint Jean de la Croix, docteur de l’Église,
et S.Thomas d’Aquin, et dans les temps modernes, le
P. Garrigou-Lagrange, en particulier
Chapitre
II : Nos Grandeurs
|
| La
vie chrétienne est le prolongement de la vie de Jésus-Christ.
1-
L’idée
la plus exacte et la plus haute que nous puissions nous faire
de la vie chrétienne c’est qu’elle est le
prolongement et la continuation de la vie même de Jésus-Christ.
Cette vérité repose sur l’autorité
de la parole de Dieu.
A)
Jésus l’a déclaré mainte fois dans
l’Évangile : ‘’ Je suis la Vie…
Je suis venue afin que vous ayez la vie… De même
que je vis par mon Père, ainsi celui qui croit en moi
vivra aussi par mois… En ce jour vous connaîtrez
que je suis en mon Père, et vous en moi et moi en vous..
‘’ c’est-à-dire, comme je suis en mon
Père, vivant de la même vie que Lui, ainsi vous
êtes en moi, vivant de ma vie, et je suis en vous, vous
communiquant cette même vie, et ainsi je vie en vous e
vous vivez en moi, par moi et en moi.
B)
A son tour le Disciple bien –aimé, nous redit cent
fois ‘’ que Dieu a envoyé son Fils au monde,
afin que nous vivions par Lui : que Dieu nous a donné
la vie éternelle ; que nous sommes nés de Dieu
et que la vie du Fils est en nous ‘’. Tout cet admirable
évangile de saint Jean est plein de cette idée
‘’ le Christ est la Vie et il est venu pour nous
la donner avec surabondance. |
| c)
Il est impossible de transcrire ici ce que le sublime apôtre
S.Paul a dit sur ce sujet, dans ses quatorze épîtres,
car c’est là peut –on dire le thème
unique de sa prédication : ‘’ Le Père
nous a vivifiés avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ…
Mille fois l’Apôtre développe cette idée
que le Christ vit en nous pour conclure que nous devons nous
revêtir de ses sentiments et de ses dispositions et faire
paraître la vie de Jésus-Christ dans toute notre
conduite, ‘’ afin que le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ
soit glorifié en nous et nous en lui ‘’
La
Bonne Nouvelle apportée au monde par l’Évangile,
c’est donc que Jésus-Christ vit en nous et que
nous vivons en lui, que notre vie est une continuation, un prolongement
de sa vie, que notre unique raison d’être en ce
monde et dans l’éternité est de faire vivre
et régner en nous Jésus-Christ, de nous assimiler
ses dispositions, des sentiments, de reproduire ses vertus,
d’enter dans ses états, de faire avec lui, en lui
et par lui les mêmes actions et opérations.
2-
Comment notre vie chrétienne est-elle le prolongement
de la vie de Jésus-Christ.
A)
A fin de mieux comprendre cette vérité fondamentale
du christianisme, il faut remarquer que Notre-Seigneur Jésus-Christ
a deux sortes de corps et deux sortes de vies ; son corps de
chair qu’il a pris dans le sein de la Vierge Marie au
moment de l’Incarnation, et la vie qu’il a vécue
dans ce même corps, pensant qu,’ l était
sur la terre ; et son corps mystique, qui réel que le
premier, à savoir la sainte Église, que saint
Paul appelle ‘’ corpus Christi, corps du Christ
‘’ ; sa seconde vie est ls vie q’il a dans
ce corps, c’est -à –dire dans tous les vrais
chrétiens qui sont membres de ce corps.
B).
La vie passible et temporelle de Jésus-Christ a été
accomplie et terminée au moment de sa mort sur la croix
: mais il veut continuer cette même vie dans son corps
mystiques, afin de glorifier son Père, par les vertus,
les dispositions, les actions et les souffrances d’une
vie mortelle, laborieuse et passible, non seulement durant l’espace
de trente-trois ans, mais jusqu’à la fin du monde
que le Père ne laisse subsister qu’en vue de cette
gloire. Ainsi la vie passible et temporelle de Jésus
a dans son corps mystique, c’est-à-dire dans les
chrétiens n’est point encore terminée, mais
elle s’accomplit de jour en jour et ne se terminera qu’à
la fin des temps.
C)
C’est pourquoi saint Paul dit ‘’qu’il
accomplit ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ
pour son corps qui est l’Église.’’
Ce que l’Apôtre dit de lui-même, on doit le
dire de chaque vrai chrétien, lorsqu’il souffre
quelque chose dans un esprit de soumission cet d’amour
de Dieu. Et ce que saint Paul dit des souffrances, il faut le
dire de toutes les autres actions qu’un chrétien
fait pendant sa vie. Ainsi un vrai chrétien, membre de
Jésus-Christ est uni à lui par sa grâce,
continue et accomplit par toutes les actions qu’il fait
en l’esprit de Jésus –Christ, les actions
que le Sauveur a faites durant sa vie terrestre. De sorte que,
quand un chrétien prie, il continue et accomplie l’oraison
que Jésus-Christ à faite sur la terre ; lorsqu’il
travaille, il continue et accomplie la vie laborieuse de Jésus-Christ
a voulu avoir à toutes les nécessités,
et ainsi de toutes les autres actions qui sont faites chrétiennement.
Dans ce sens, saint Paul déclare que ‘’ nous
concourons tous à la perfection de Jésus-Christ
et à l’âge de sa plénitude ‘’,
c’est-à-dire à son âge mystique qui
en sera parfait qu’au jour du jugement.
II
La renaissance spirituelle
1-
La vie chrétienne est une participation réelle
à la nature même de Dieu. Si surprenante que puisse
parâtre cette affirmation, elle n’est pas mois une
vérité de foi, enseignée par le Prince
des Apôtre, en
termes si clairs qu’il ne laisse pas lieu au plus léger
doute : ‘’ Par Jésus-Christ , dit-il, Dieu
a communiqué les grandes et précieuses grâces
qu’il nous avait promises, NOUS RENDANT PARTICIPANTS DE
LA NATURE DIVINE, EFFICIAMINI DIVINAE NATURAE CONSORTIS’’.
( II., Pet.I.,4 ).
C’est
pourquoi le don de la vie chrétienne est une merveille
bien supérieure à la création des mondes,
puisque par ce don nous entrons dans la famille même de
Dieu, nous devenons son enfant, il devient notre Père.
Nous pouvons le connaître et l’aimer comme il se
connaît et s’aime, nous avons en espérance
le même bonheur que lui ici-bas en attendant d’en
jouir pleinement dans l’éternité, Notre
–Seigneur a déclaré lui-même dans
son entretient avec la Samaritaine que tel est vraiment ..le
don de Dieu, donum Dei ‘’, son don par excellence.
2-
Mai comment s’opère cette déification ?
Par quel procédé merveilleux la vie divine nous
est-elle communiquée ?
Cette
vie nous est communiquée par le Saint Baptême qui
est une génération véritable ayan t pour
terme une vraie naissance. Génération incomparablement
supérieure à la première, puisque au lieu
d,une vie naturelle ou humaine, elle nous transmet une vie surnaturelle
et divine ; naissance admirable qui fait de chacun de nous ..
cet homme nouveau dont par S. Paul, créé selon
Dieu dans la justice et la sainteté véritable
,’’ ( Eph, IV.,24 ) ; génération spirituelle
et pourtant bien réelle, dont le principe ‘’
n’est pas la chair, ni le sang, ni la volonté de
l’homme ‘, ( Joan, I.,13 ). Mais le libre vouloir
de Dieu : ‘, voluntarie genuit nos ‘’ ( Jac
.,I..18) : naissance mystérieuse que la naissance naturelle
peut cependant nous aider à comprendre, car elle en est
l ’image ; génération et naissance aussi
indispensable pour être chrétien que la génération
et la naissance charnelle pour exister selon notre être
naturel : ‘’ Quiconque ne renaît de l’eau
et de l’Esprit Saint ne peut entrer dans le royaume de
Dieu. Ce qui est né de la chair est chair et ce qui est
né de l’Esprit est esprit … (Joan. III, 5,6.)
Le
Saint-Baptême, c’est .. le bain de la régénération
.’’ (Tit. III.,3). C’est au Baptême
que nous avons ..communiée à vivre selon notre
être nouveau .., ( Jac. I..18 )
3-
Ainsi par la grâce de notre Saint Baptême nous avons
reçu une communication réelle de la nature divine,
nous sommes devenus les enfants de Dieu, non pas seulement de
nom, mais en réalité : ‘’ filli Dei
nominamur et sumus ‘’, ( Joan. III,I..13 ). Cette
participation est une reproduction en nous de ce qui est en
Dieu, et une participation réelle à ce qui en
Dieu selon notre manière de parler, est la racine, la
source, le principe des opérations et des attributs divins.
Aussi ce don merveilleux nous rend capable de connaître
et d’aimer Dieu d’une connaissance et d’un
amour semblables à la connaissance et à l’amour
qu’il a de lui même.
Cette
vérité que tout chrétien devrait avoir
sans cesse devant les yeux est la vérité fondamentale
du christianisme, elle contient l’énoncé
de nos titres de noblesse de cette vie et les promesses de notre
bonheur éternel. ‘’ Oui, mes biens-aimés,
répétait l’apôtre S. jean, nous sommes
dès à présent les enfants de Dieu ; mais
ce que nous seront un jour ne parait pas encore. Nous savons
que quand Dieu se montrera, nous serons semblables à
lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. Quiconque
a cette espérance se sanctifie ‘’. ( I.Joan.
III.,2 )
III
Ainsi les grandeurs du chrétien sont admirables,.
Il est l’enfant de Dieu, un même corps mystique
avec Jésus-Christ, dont il est le membre ; il es allié
aux trois personnes de la Sainte Trinité et participe
à la nature même de Dieu. Le chrétien a
vraiment Dieu pour père ( II Pet.1,4 ) : et nous sommes
ses enfants d’une façon plus réelle que
nous sommes les enfants de ceux qui nous ont engendrés
à la vie naturelle, ( Jean XXX’ 17 ). Le Fils de
Dieu nous appelle ses frères ( Jean, XIV, 14-17 ) : le
Père éternel nous a donné son Saint –Esprit
: la Mère de Dieu est notre mère, tous les anges,
ces sublimes esprits, sont à notre service. L a vie du
Chrétien est une vie surnaturelle,( Heb.I.14 ). Une continuation
de la vie même de Jésus. C’est pourquoi l’apôtre
appelle la grâce du christianisme ‘’ un mystère
caché aux siècle et aux générations
passées.’’ ( Eph. II. )
1-
Sentiments de reconnaissance.
Que
tous les hommes bénissent donc le Seigneur de ce qu’il
a fait paraître la magnificence de sa grâce en nous
comblant en Jésus-Christ et par lui de richesses spirituelles
incomparables ( Eph. III,8.) en nous transférant dans
le royaume e son fils bien-aimé ( Col, 1, 26 ). Il est
vrai que ces vérités ne peuvent être connues
que par une lumière surnaturelle, ‘’ C’est
une sagesse de Dieu qui est cachée, et que nul des sages
de ce monde, dit l’Apôtre, n’a connue, mais
que Dieu nous a révélé par son esprit ;
car l’esprit pénètre ce e=qu’il y
a de pus caché, même les profondeur de Dieu .’’
( I.Cor. II.7).
Mais
après cette révélation qui nous en a été
faire, nous sommes inexcusables nous ne rendons pas à
Dieu de continuelles action de grâce. Malheur à
nous vraiment si, dans le plein midi des plus beaux jours de
la grâce, alors que le soleil de justice s’état
levé nous environne de toutes parts de ses célestes
clartés, nos marchions encore dans le ténèbres,
les yeux et le cœur rivés à la terre.
2-
Christianisme intérieur
Pour
un grand nombre, le christianisme consiste à éviter
les péchés les plus honteux, comme l’impureté,
l’injustice, le blasphème, l’ivrognerie ;
à faire quelques exercices de piété un
bout de prière matin et soir, l’assistance à
la messe, la communion de temps en temps, quelques actes de
charité aux pauvres. Toutes ces choses sont bonnes et
nécessaires. On doit les accomplir. Mais réduire
à cela la grâce du christianisme, c’est n’y
rien comprendre.
Chrétien,
enfants de lumière, connaissez bien l’excellence
de votre vocation. La voici résumée dans un mont
de l’Apôtre : ‘’ Ne savez-vous pas que
nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ,
nous avons été baptisé en sa mort.’’
( Rom. V!,3). Ainsi par S, Paul aux premiers chrétiens.
Ces mots ‘’ ne savez-vous pas ‘’ signifient
qu’il serait vraiment honteux pour un chrétien
d’ignorer la nature et le mystère du Saint baptême.
A quoi nous servirait d’être instruits en toutes
sortes de choses si nous ne le sommes pas des vérités
de notre profession chrétienne ?
Nous
avons été ensevelis avec Jésus-Christ dans
les eaux du Baptême pour mourir avec lui ,e t nous sommes
ressuscités avec lui et comme lui afin de marcher dans
une vie nouvelle, tous ceux donc qui ont reçu le Saint
–baptême sont morts au péché, ayant
été baptisé en sa mort ; tous ont été,
ensevelis avec lui, afin que le corps de péché
soit détruit ; tous ont été entés
sur le Christ : expression forte et admirable de l’Apôtre,
car si nous sommes entés en Jésus-Christ, nos
devenons un seul corps avec lui, comme la branche devient une
avec l’arbre où elle est entrée. Voilà
la grâce de notre vocation chrétienne. On dira
peut-être que ces vérités sont trop hautes,
trop mystiques, pas pratique. Qu’on le dise tant qu’on
voudra, il fait les enseigner sous peine de renoncer à
enseigner le christianisme. A force de les dire, les chrétiens
finiront par se familiariser avec elles.
3-
Ignorance des chrétiens.
Qu’il
est rare en effet de trouver des chrétiens qui connaissent
la grandeur de leur vocation ; qui se regardent comme une même
chose avec Jésus-Christ , sachant qu’ils doivent
vivre comme il a vécu ( I Pet.I.15), qu’ils doivent
être saints comme celui qui nous a appeler est disant
; qu’ils doivent mener une vie toute ressuscitée
( Col. III.I ) ; rechercher les choses qui sont en haut : la
pureté du cœur, la compagnie des vrais chrétiens
et non des mondains, détacher leur cœur des biens
périssable, semer les plaisirs éphémères
de la vie présente, fouler aux pieds les distinctions
et les honneurs. ‘’ Ne vous trompez pas, dit l’Apôtre,
on ne se moque pas de Dieu ‘’ ( gal.VI.7). À
l’instant redoutable de la mort, les chrétiens
qui auront vécu dans les passions déréglées
comme des païens qui ne connaissent pas le Bon Dieu, seront
condamnés aux flammes éternelle ( Mat. VII.22
)
Qui
entend vraiment ces paroles que le grand Apôtre crie à
tous les fidèles. Vous qui avez reçu le Baptême
de Jésus-Christ, vous avez tous été revêtus
de Jésus-Christ .. ( gal, III.27 ), ces divines parles
ne s’adressent pas seulement aux religieux et aux religieuses,
mais à tous ceux qui ont reçu le baptême,
à tous les chrétiens sans exception, sans distinction
d’âge, de sexe, de condition sociale. Tous doivent
être revêtus de Jésus-Christ, s’ils
ne veulent pas être des fantômes de chrétiens,
Or, on ne voit pas les parties du corps qui sont vêtues,
mais seulement l’habit qui les ouvre, c’est donc
Jésus seul qui doit être vu dans les chrétiens,
ce sont se vertus, ses dispositions qui doivent apparaître
ne nous. ‘’’ Mais, nous dit un commentateur,
on ne doit pas être revêtu de Jésus-Christ,
comme d’une robe qui couvre l’extérieur,
mais plutôt comme le corps es revêtue de l’
âme, comme toute matière l’est de sa forme,
comme le fer chaud l’est du feu ; ce vêtement est
propre à tout âge, à toute condition, ni
Salomon, ni les lis ne sont si bien vêtus. ‘’
Écoutons
l’Apôtre qui au milieu de ses chaînes nos
supplie de vivre d’une manière digne de notre vocation
( II Thes. I.Ii), ne nous contentant pas de pratiques extérieures,
de ces confessions sans changement de vie, de ces prières
de routine et par manière d’acquit, sans véritable
esprit, intérieur.
Ne
cessons de prier Dieu, afin qu’il nous remplisse de la
connaissance de sa volonté par les dons de sagesse et
d’intelligence afin que nous vivions d’une manière
digne de Dieu ; qu’ il éclaire les yeux de notre
cœur . ( Ephes. I.18 ), c’est-à-dire que ces
lumières soient accompagnées d’un véritable
amours, afin que nous sachions quels biens sa vocations nous
fait espérer, quelles sont les richesses de la gloire
dans l’héritage des saints, et que le sachant d’une
manière pratique, nous vivions de telle sorte que nous
puissions en jouir un jour. |
| Chapitre
III : L’Esprit Chrétien
|
1-Origines
1-
‘’ Le Saint-Esprit, écrit Bossuet, est
en nous comme y venant du dehors, comme reçu par emprunt
; il n’est pas notre propre esprit ; mais il es le propre
esprit de Jésus Christ.’’ Le Saint –
Esprit est descendue dans le Verbe Incarné en plénitude
et s’est répandue en lui sans mesure. ( Joan
., III. 34 ) C’est ce qu’avait entrevue le prophète
Isaïe, lorsque parlant du Sauveur il dit ; ‘’
L’esprit du Seigneur se reposera sur lui, : l’esprit
de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil
et de force, l’esprit de science et de la piété,
et sera remplie de l’esprit de la crainte de Dieu.’’
( Is. XI,2 )
C’est
l’onction même de cet Esprit Divin qui a fait
le Christ. Ce n’est pas d’une huile matériel
le qu’il a été oint, comme Élisée
et les prophètes, comme David et les rois, comme Aaron
et les pontifes. Bien qu’il soit roi prophète
et pontife plus qu’eux, il n’a pas cependant été
point de cette onction qui n’était qu’une
ombre de la sienne, mas selon l’expression de l’Écriture
: ‘’ Il a été point d’une
huile excellente au-dessus de tous ceux qui sont appelés
oints .’’ ( Pc. XLIV.8 ) Et cette onction encore
une fois n’est autre que la communication du Saint-Esprit
qui lui a été faire en plénitude et perfection.
2-Or,
l’esprit chrétien est une participation à
l’esprit de Jésus. Et celui-là seul mérite
vraiment d’être appelé chrétien
qui possède de l’esprit de Jésus-Christ
et en vit : ‘’ Si quis Spiritum Christi non habet,
hic non est ejus ; si quelqu’un n’a pas l’esprit
u Christ il ne lui appartiens pas .’’ déclare
nettement l’Apôtre . ( Rom, VIII,9) Toute notre
application doit donc consister à acquérir cet
esprit de Jésus-Christ.
Le
jour de notre Saint Baptême, une première onction
nous a communiqué cet esprit de Jésus, qui nous
a rendu capable de penser, d’agir et de vivre comme
lui, Depuis ce jour, Jésus-Christ habite en nous et
nous avons été oints de l‘onction dont
il a été oint lui-même, c’est-à-dire
du Saint –Esprit qui demeurant en nous avec le Père
y produit les inclinations, les sentiments et les dispositions
mêmes de Jésus-Christ.
3-Mais
nous restons libres de suivre l’esprit de Jésus
ou de nous y opposer : d’éteindre en nous l’Esprit
‘’, comme s’exprime S. Paul, et de suivre
les inclinations de la nature, du vieil homme et de la chair,
Voilà pourquoi la lutte entre l’esprit de Jésus
et notre esprit est de tous les instants. Là se situe
proprement le combat de la vie chrétienne, au dedans
de nous-mêmes, dans plus intime de nos âmes ;
combat de la nature et de la grâce, combat du vieil
homme et de l’homme nouveau, combat de l’Esprit
du Christ contre l’esprit du monde. ‘’ La
chair, dit S. Paul, lutte contre l’esprit et l’esprit
conte la chair, ce sont deux adversaires ; haec enim subi
invicem advesantur ‘’. ( gal, V. 17 ).
Telle
est la difficile situation du chrétien en ce monde.
D’un côté le Saint-Esprit, par le Baptême,
vient reposer en nous, dans le fond de notre âme, pour
y imprimer les inclinations, les sentiments et les dispositions
du Christ. Il nous porte au détachement des biens crées,
au mépris du monde, à l’amour de la croix,
au culte et à l’amour du Bon Dieu. Mais d’un
autre côté, nous gardons les inclinations de
notre nature vers les biens d’ici-bas et les plaisirs
duce monde. Notre âme peut se jeter du côté
qu’il lui plait : ou bien adhérer à l’Esprit
–Saint et vivre comme le Christ a vécu, ‘’
en crucifiant la chair avec tous es désirs, carnem
suam crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis ; ‘’
( gal.V.24 ) ou bien suivre les inclinaisons de la nature,
faisait ses volontés, acquiesçant à tous
ses désirs : ‘’ in desideriis carnis nostrae
facientes volutatem carnis. ‘’ ( Eph. XI,3.)
C’est
pour cela que Notre-Seigneur a mis l’abnégation,
le renoncement à la base même de sa doctrine
: ‘’ Si quelqu’un veut venir après
moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne
sa croix et qu’il me suive.’’
II
Caractère
de la mentalité chrétienne.
1-
Qu’est-ce que la mentalité chrétienne
? C’est une tournure d’esprit et une disposition
du cœur qui nous porte à penser et agir, habituellement
et sans difficulté, d’après l’enseignement
de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Évangile.
Elle suppose la grâce du Baptême qui nous a greffés
sur le Christ, et nous a communiqué en germe sa vie
et son esprit. Elle se nourrit d’une constate fidélité
au Saint-Esprit, qui habite en nous, et nous porte à
agir toujours pour des motifs surnaturels, par amour pour
Le Bon Dieu, notre Père. Elle ne put se rencontrer,
à son degré parfait, que chez les saints, en
qui la grâce, les vertus surnaturelles et les dons du
Saint-Esprit on atteint leur plein épanouissement,
ce qui pourrait cepandant arriver très souvent, même
chez de jeunes enfants, si leur éducation était
faire scrupuleusement dans la ligne de leur Baptême.
La
mentalité païenne au contraire est l’habitude
de penser et d’agir d’après les dictées
et les inclinations de notre nature d’animal raisonnable,
blessée en outre par le péché originale
et nos péchés personnels. Ces inclinations nous
portent à jouir des choses créées et
à mettre en elles et en nous-mêmes notre fin
dernière. La grâce, ou la vie surnaturelle étant
greffée sur cette nature, sans la détruire,
devient en nous un principe de division, de lutte, de combat.
Le tragique de la vie chrétienne est là, dans
cette bataille intime et constante, entre la nature et la
grâce, entre l ’Esprit-Saint et notre esprit.
C’est pourquoi
‘’ Le chrétien écrit encore Monsieur
Olier, n’est pas sur la terre pour son plaisir, il n’est
point en ce monde pour chercher sa joie. Sa grande occupation
est d’y mener une vie toujours crucifiée et d’imiter
le Fils de Dieu, qui, ayant voulu être le modèle
de notre vie en sa mort, nous a donné l’esprit
même de sa mort par le Baptême… ‘’
C’est
le premier effet de notre Baptême, sur lequel saint
Paul revient à touts les pages de ses austère
épîtres.
La
grâce de notre Baptême en effet est une participation
à la grâce du Christ, Or la grâce a été
donnée à Notre-Seigneur Jésus-Christ
pour la fin même qui l’a fait descendre sur la
terre. De là on doit conclure que l’abondance
de sa grâce donnait à son âme une disposition
et une inclination à obéir au décret
de l‘Incarnation, selon les vues de l’Adorable
Trinité. La croix était comprise dans ces décrets
avec tous les autres circonstances effroyables propres à
effectuer une satisfaction rigoureuse. Il est donc manifeste
que l’un des effets de la grâce du Christ fut
une inclination vers la croix. Il faut étudier sur
ce point le beau livre du dominicain Louis Chardon ; ‘’La
croix de Jésus ou les difficultés de la grâce
et de la Croix.’’
Proportionnellement
cette grâce à laquelle nos participons dans le
Baptême produira en nous des effets semblables. Il ne
faut pas s’étonner dès lors, si saint
Paul et les Saints s’écrie qu’il s’est
détaché de toute ce que le monde adore, et qu’il
ne fait pas plus d’estime de tout l’univers que
de la boue et du fumier, afin d’être uni à
Jésus-Christ, non pas par une sainteté ajustée
aux inclinations de la nature ‘’. ‘’
sed illam quae ex fide est Christi Jesus, quae ex Deo est
justitia in fide ‘’. ( Phil. III-8)
3-Le caractère essentiel de la mentalité chrétienne
est la recherche amoureuse et constante de Dieu. Notre-Seigneur
en a fait la thèse dans son incomparable instruction
du jeudi, veille de sa mort ( Jean XIV_XVIIII ) Saint Jean
de la Croix a exposé, comme nul autre, se second aspect
de la vie chrétienne, a spécialement dans l’’
La nuit obscure’’, et ‘’ le Cantique
Spirituel ‘’. L’âme sortie de tout
le crée, délivrée des appétits
désordonnés pour le créatures, est prête
à recevoir la lumière divine et à s’unir
à son Créateur par l’amour.
‘’
Mon âme s’est employée avec toute ce qu’elle
possède à son service. Je ne suis plus gardienne
de troupeau Je n’ai plus d’autre office. Désormais
ma seul occupation est d’aimer’’.
Notre
religion est une religion d’amour. Notre règle
de conduite, c’est l’amour. L’âme
se sépare de toute autre objet crée pour aimer
uniquement le Souverain Bien. Vivre d’amour, agir par
amour et par ce pur motif, s’unir au Bien-Aimé
par l’amour, telle est la vraie vie chrétienne,
dont le développement apparaît dès lors
comme illimité. Le propre de l’Esprit de Dieu
est de tendre et de porter tous à Dieu : et comme ce
Divin Esprit n’est lui-même qu’un désire
perpétuel et une tendance infinie vers Dieu, c’est
la même disposition qu’il opère dans les
âmes où il a triomphé de la mort et des
sens. Il creuse en nous l’abîme de l’amour
divin ; il allume au cœur ce feu dévorant, il
consume et unifie la vie dans l’amour. Il ne s’agit
pas d’un simple amour de complaisance, mais, un amour
de référence et de bienveillance, dont les caractères
sont d’être actif, effectif et généreux.
Cet l’amour nous porte à nous unir constamment
au Bien-Aimé par une communion étroite d’idées,
de sentiment, de volonté, à nous donner et à
nous sacrifier pour Lui.
Développer
la mentalité chrétienne d’une âme,
c’est cultiver ces deux dispositions, déposées
en nous par la grâce du Baptême. Le grand moyen
pratique d’y arriver n’est autre que le renoncement,
la semence de tout le créé. L’unique nécessaire,
écrit saint Jean de la Croix, est de savoir se renoncer
sincèrement, tant à l’intérieur
qu’à l’extérieur, et de se vouer
pour le Christ à la souffrance et à l‘anéantissent
le plus complet. C’est là l’exercice par
excellence, où tous les autres sont éminemment
compris et dont on retire d’incalculables profits. (
Montées du Carmel, Liv. II ch. VII.)
|
Chapitre
IV : La Vraie Piété |
1-
Il
est peu e chrétiens, même permis les meilleurs,
qui aient une juste idée de la vraie vertu, beaucoup
la font consister dans une certaine ROUTINE DE PIETE, sans
la fidélité à certaines pratiques extérieures.
Si, avec cela, ils ont par intervalles quelques mouvements
de DÉVOTION SENSIBLE ,sans discerner même si
ces mouvements viennent de Dieu ou de leurs propres efforts,
ils se croient solidement vertueux.
Cependant
ils sont soumets à mille défauts dont ils ne
s’aperçoivent pas et qu’on essayerait en
vain de leur mettre sous les yeux. Ils sont PETITE, METICULEUX
remplis d’estime pour eux-même, d’une extrême
sensibilité, entêtés dans leur idées,
concentrés dans leur amour propre, gênés
ou affectés dans leurs manières ; attachés
à toutes sortes de petits riens, et surtout à
eux –mêmes, ils se préfèrent intérieurement
aux autres, et souvent les méprisent , les condamnent,
les persécutent. Rien n’est plus fréquent
que cette vertu fausse et toute extérieure. Elle se
rencontre en tous, très fréquemment, à
des degrés divers, et il es rare de rencontrer des
âmes parfaitement mortes à elles-mêmes,
vivant pour Dieu seul.
Pour
concevoir ce que c’est que la vraie vertu, c’est
dans JÉSUS-CHRIST qu’il faut la considérer
: il est notre unique modèle, il nous a été
donnée comme tel, il s’est fait homme pour nous
rendre la sainteté sensible et palpable. Toute sainteté
qui n’est pas formée et moulée sur la
sienne et FAUSSE ; elle déplait à Dieu, elle
trompe les hommes, elle est tout au moins inutile pour le
ciel. Étudions donc Jésus-Christ et pour le
bien connaître, pour l’imiter ensuite, demandons-lui
continuellement SA LUMIÈRE ET SES GRÂCES
2 – Caractères de la vraie piété.
1-
N.S.J.C. ne s’est jamais recherché lui-m^me ,
jamais il n’a eu en vue ses propres intérêts
; ni temporels ni spirituels : il n’a jamais fiat une
seule action pour plaire aux hommes, il ne s’est jamais
abstenu d’aucune bonne oeuvre, dans la crainte de leur
déplaire, DIEU SEUL, sa gloire et sa volonté
, ont été l’unique objet de ses pensées
et de ses sentiments, l’unique règle de sa conduite.
Il a tout sacrifié, tout, sans aucune réserve,
aux intérêts de son Père.
11-
N.S.J.C. a fait consister la piété dans les
DISPOSITIONS INTERIEURES, et non dans des sentiments vains
et illusoires ; disposition d’en entier dévouement
à Dieu, d’un continuel anéantissement
de lui-même, d’une charité sans bornes
envers les hommes ; tous les instants de sa vie ont été
consacrés
à l’accomplissement de ces trois dispositions.
Il n’a négligé l’observation d’un
aucun point de la loi : mais en même temps il N’A
CESSE DE RAPPELLER que cette observation devait venir d’un
PRINCE INTÉRIEUR D’AMOUR, qui donne à
cette observance toutes sa valeur.
III-
N.S.J.C. a toujours regardé LA VIE PRÉSENTE
comme un passage, un pèlerinage, un temps d’épreuve,
uniquement estimé à témoigner à
Dieu son amour, en LE PREFERANT à tous les choses créées
qui nous entourent. Ce que est éternel l’a toujours
occupé. Il a donné à la nature ce qui
lui était nécessaire, sans jamais aller au-delà.
Quoiqu’il n’eut rien à lui et que pour
les besoins du corps, il fut dans une continuelle dépendance
de la Providence, il n’a jamais été inquiet
du lendemain ; et il a voulu éprouver plus d’une
fois les souffrances de la pauvreté.
IV-
N.S.J.C. a embrassé librement et par choix ce que nous
avons le plus de peine à accepter. Il n’a pas
réprouvé les riches, mais il a blâmé
TOUT ATTACHE aux biens de ce monde, et leur a préféré
la pauvreté. Il n’a pas condamné les distinctions,
les honneurs que Dieu lui-même a établis parmi
les hommes, mais il nous a appris qu’une une condition
obscure, humble et cachée , était plus agréable
à Dieu, plus favorable au salut ; et que se croire
plus que les autres ( parce qu’on a autorité
sur eux ), c’est une erreur et la source de bien des
fautes. À L’EXCEPTION DES PLAISIRS NATURELS que
le Créateur a attachés à certaines actions,
et dont l’usage est soumis aux règles les plus
sévères, il a méprisé absolument
tous les autres genres de plaisir qu’on recherche avec
tant de fureur, et il s’est interdit même plus
innocents. Le travail, les courses apostolique, la prière,
l’instruction de ses apôtres et des peuples ont
remplie tous les moments de sa vie.
V.-
N.S.J.C. a ÉTÉ SIMPLE, sans affectation dans
es paroles et dans toutes ses actions. Il a enseigné
avec toute l’autorité d’un Homme-Dieu les
choses les plus sublimes. Mais il a proposé sa doctrine
d’une manière aisées, familière,
à la portée de tous. Ses Miracles divins en
eux-mêmes, le sont encore plus par la manière
dont il les a faits ( Salive, un signe, un mot…)
Il
a voulu que le récit des évangélistes
répondit à la simplicité de sa vie, Il
est impossible d’exprimer avec mois de recherche des
faits et des discours qui portent l’empreinte de la
divinité.
VI.-
N.S.J.C. a eu une TENDRE COMPASSION pour les pécheurs
sincèrement humiliés et repentants de leurs
fautes, .. Je suis venu pour les pécheurs, disait-il
, et non pour les justes qui se confient en leur propre justice.
‘’ Le publicain Madeleine la femme adultère
la Samaritaine sont traités par lui avec une bonté
qui nous étonne. Mais l’orgueil, l’hypocrisie,
l’avarice, l’envie, sont l’objet de sa censure
et ses malédictions. Les péchés de l’esprit
sont ceux qu’il condamne avec le plus de sévérité,
parce qu’ils marquent plus d’aveuglement dans
l’esprit et plus de corruption dans le cœur.
VII.-
N.S.J.C. Aa supporté avec douceur LES DEFAUTS ET LA
GROISSERETE des autres. A considérer les choses selon
nos idées, combien ne devait-il pas souffrir d’avoir
à vivre avec des hommes si imparfaits et si ignorants
des choses de Dieu ? Le commerce avec le prochain est peut-être
l’un des choses les plus difficiles. Cependant ce point
est d’une pratique continuelle, et de la conduite qu’on
tient à cet égard dépanne de qui rend
la vertu aimable ou rebutante.
VIII.N.S.J.C.
a souffert de la part de ses ennemis tous les genres de PERSÉCUTIONS.
L’heure venue où il devait tomber entre leurs
mains, il a laissé agir leurs passions, qu’il
regardait comme des instruments de la justice divine, IL S’EST
TU ; il n’a pas cherché à se justifier,
ce qui lui eût été très facile
; il s’est laissé condamner ; il les a laissés
jouir de leur triomphe ; il leur a pardonné, il a prié,
il a versé son sang pour eux. Voilà le point
le plus sublime et le plus difficile de la vie chrétienne.
Tel
est l’idéal de la vie chrétienne auquel
nous devons tendre :1- ‘’ Venez, suivez-moi !’’
2- ‘’ Soyez parfait comme votre Père céleste
est parfait .’’
3- ‘’ L’apôtre déclare ‘’
que tous ont été choisis pour devenir des saints
.’’ Eph. I.4.
4- ‘’ Premier commandement : ‘’ Tu
aimeras le Seigneur de tout ton cœur.’’
Le
Vble M. OLIER, qui fut un grand directeur d’âmes,
ne pouvait supporter l’opinion malheureusement si répandue
dans le monde que la perfection n’est que pur les prêtres
et les religieux et que les personnes du monde n’y sont
pas obligées. ‘’ C’est là,
disait-il, une des plus dangereuse illusions que le démon
ait répandue dans les esprits. C’est un moyen
que sa malice a inventé, pour les perdre, en les attirant
à vie tiède et relâchée. Tous les
chrétiens sont appelé à la perfection,
ajoutait-il, parce que tous, étant enfants de Dieu,
doivent être semblables à leur Père :
tous étant membres de J.C. ayant une même mère
qui est l’Église, une même loi qui est
l’Évangile, une même nourriture, l’Eucharistie,
les mêmes sacrements, et la même gloire à
espérer, il n’en est pas qui ne doive tendre
à aimer le Bon Dieu par-dessus tout ‘’.
( Esprit de Olier, Art 6. p.154 : A l’école de
N.S.J.C. par le P. Girou.)
3-
De la violence qu’il faut se faire.
‘’
Depuis les jours de Jean Bte, dit N.S.le royaume de cieux
souffre violence, et ceux qui se FONT VIOLENCE qui en suivent
pas par conséquent l’inclinaison naturelle le
ravissent.’’
Si
N.S.a rendu en vérité la voie du ciel PLUS FACILE
par l’effusion abondante de ses grâces et par
l’esprit d’amour qu’il a répandue
sur ses disciples : d’un autre côté, il
a rendu cette voie plus ÉTROITE, et il exige plus que
sous la loi naturelle et la loi de Moise : .. Si votre justice,
ne dépasse pas celle de Scribes et des Pharisiens,
vous n’entrez pas dans le royaume des cieux.’’
Matt. V. Le christianisme étant ainsi très ÉLEVÉ
au dessus de la NATURE, on comprend facilement dès
lors que N.S. nous dise : ‘’le royaume des cieux
souffre violence et ceux-là seuls qui se font violence
le ravissent.’’
Cette
parole est dure À LA NATURE corrompue parce que C’EST
ELLE qu’il faut combattre, et cela sans TRÈVE
ni REPOS. Le combat spirituel est avant tout contre NOUS-MÊME
nos inclinations naturelles.
Si
la vie chrétienne ne consistait que dans une certaine
routine de dévotion, compatible avec une vie douce
et commode, avec les recherches de l’amour-propre, la
complaisance en soi-même, la recherche de tous les plaisirs
permis, le nombre de vrais chrétiens seraient nombreux.
Mais il n’en est pas ainsi. N.S.J.C. nous dit `’,
Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. ‘’
Il met ce glaive en nos mais et il eut qu’on s’en
serve pour retrancher sans pitié. Tous les penchants
de la nature corrompue, pour se donner la mort, se séparer
des occasions de péché, et ne laisser en nous
aucune trace du vieil homme.
C’est
là encore une fois, la DIFFICULTÉ de la VIE
CHRÉTIENNE. Tant qu’il ne s’agit que de
fait quelques prières, de visiter l’église
le dimanche, de pratiquer quelques bonnes œuvres, d’éviter
les gros péchés mortels, on ne trouve un bon
nombre, mais lorsqu’il s’agit de corriger ses
défauts, de vaincre le respect humain, de réformer
son humeur, de tenir en bride tous les sentiments naturels,
de vaincre se passions, de supporter patiemment les épreuves,
de correspondre aux inspirations de la grâce, la chose
devient plus difficile. Plusieurs prennent la fuite, comme
Pierre pendant la passion. U n peu comme le patient qui verrait
les outils avec lesquels on va l’opérer !
Il
est certain cependant que c’est en cela que CONSISTE
L’ESPRIT DU CHRITIANISME : se regarder sois-même
comme son plus grand ennemi faire une guerre continuelle aux
tendances de la nature blessée par le péché
originel, selon les lumières et les grâces progressives
que le Bon Dieu nous fait, PEU À PEU dans l’exécution
: TOUT dans l’intention.
COMBIEN
DE TEMPS DURERA CE COMBAT ? Aussi longtemps que la vie, car
la nature ne sera jamais complètement vaincue en ce
monde. Les saints ont lutté toute leur vie, Plus vous
serez généreux, plus vite vous goûterez
la paix. Mais les luttes de cette vie vous voudront un si
grande gloire !…
|
Chapitre
V : La Foi Pratique |
|
Nous
avons remarqué combien grande est notre ignorance des
grandeurs de la vie chrétienne, de l’excellence
incomparable de cette vocation par laquelle nous avons été
faits enfants de Dieu et membres de Jésus-Christ. Sans
ce temps où l’on a réduit trop souvent la
pratique du christianisme à éviter les péchés
monstrueux, indignes des païens eux-mêmes, bien peu
s’élèvent à cette conception de la
vie chrétienne, la seul vraie pourtant. Hélas,
il faut ajouter que notre ignorance de VÉRITÉS
PRATIQUES de notre religion est non moins grande. Prenons quelques
exemples.
1-
Jésus dit, dans l’Évangile : ‘’
Bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui souffrent et qui
pleurent, heureux serez-vous lorsque les hommes vous haïront,
vous chassent, vous diront toutes sortes d’injures etc…
( Luc, VI, 20) Croyons-nous vraiment ces vérités
? N’avons-nous pas plutôt des sentiments tout opposés
? Qu’on aille de vielle en ville, de village en village,
où trouverons-nous des gens qui s’estiment heureux,
ou d’être pauvres par leur naissance, ou de l’être
par la perte de leur bien? Où trouvera-t-on des chrétiens
qui au moins acceptent sans se plaindre, sans critiquer, les
croix que la Providence leur envoie ? Comme nous sommes éloignées
des pensées et des sentiments de Jésus-Christ
!
2-
Notre-Seigneur et Maître ,voulant toujours nous enseigner
la voie que conduit au bonheur, après nous avoir ait
connaître quels sont ceux qui sont vraiment bienheureux,
nous apprend ceux qui sont malheureux. ‘’ Malheur
à vous, riches, vous avez déjà votre consolation
: malheur à vous, qui êtes rassasiés, parce
que vous aurez faim; malheur à vous qui riez maintenant,
parce que vous gémirez et pleurez ; malheur à
vous lorsque les hommes vous loueront …’’
( Luc, , VI, 24 ) Penses-nous de cette manière ? Écoutons
ce qui se dit quotidiennement dans les conversations : qui parle
de la sorte ? Et si quelqu’un s’avisait de le faire,
ne serait-il pas traité de fou ? Imagine-t-on nos gens
dans les boutiques, dans les restaurants, au foyers disserter
sur le bonheur des pauvres, des malades, des persécutés,
et le malheurs des riches, de gens biens placés et haut
cotés ? Entend-on souvent les chrétiens dire qu’un
homme bien riche soit malheureux, que ce soit un malheur d’avoir
de riches propriétés, de trop revenus, un grand
train de vie ? S’entretient- on souvent parmi le chrétiens
du malheur de ceux qui ont leurs aises en cette vie, qui peuvent
‘’ se la couler en douceur ‘’ et la
passer dans les divertissements, les jeux, les courses en automobile,
sur le plages, en un mot dans la satisfaction de leurs sens
?
Si
l’on considère ce qui se passe, on verra qu’un
grand nombre de chrétiens, de baptisés, ont des
sentiments non seulement éloignés mais directement
opposés à ceux de Jésus-Christ, ‘’
O Chrétien insensés, qui vous a charmés,
pour ne pas obéir à la vérité, vous
qui avez pourtant si bien que Jésus-Christ, votre chef,
a été crucifié .’’ ( Gal. III.I).
En effet, nous sommes obligés de croire également
tous les vérités que le Fils de Dieu nous a révélés
: si nous le croyons lorsqu’il nous révèle
le mystère de la Sainte Trinité, le mystère
de l’Eucharistie ; pourquoi ne leur croirons-nous pas
lorsqu’il nous assure que les pauvres sont bienheureux,
que les riches haï même et calomniée, de n’être
pas populaire dans son entourage ? N’est–ce pas
le même Dieu infaillible qui nous apprend les vérités
pratiques aussi bien que le vérités dogmatiques
de notre religion ? On rapporte, à ce sujet, dans la
le vie de S. François de Sale, un trait remarquable.
Une jeune fille ayant obtenue son admission à la Visitation,
vient prier le Saint, avant d’entrer de lui faire abjurer
son hérésie. La Saint fut surpris de cette démarche,
sachant qu’elle était de famille catholique et
qu’elle avait toujours fait professions de la vraie religion
. ‘’ C’est que, lui dit la jeune fille, j’ai
toujours crue jusqu’ici que les riches étaient
bienheureux et les pauvres malheureux ; que c’était
un bonheur de passer sa vie dans les plaisirs et les divertissements
, et un malheur de vivre dans la souffrance ..’’
3-
Notre-Seigneur ajoute encore, entre autre chose : ‘’
Ne résistez pas à ceux qui vous font du mal :
si quelqu’un vous donne un soufflet sur la joue droite,
présentez lui aussi l’autre, si quelqu’un
veut vous faire un procès pur avoir votre robe, abandonnez-lui
encore votre manteau… aimez vous ennemis ; bénissez
ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous
haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous
persécutent ‘’ ( Matt. V. 39-42 ). Vivons-nous
cette doctrine du Maître ? Il nous apprend qu’il
ne faut pas résister au mal ni vous venger. Est-ce le
conseil que les parents donnent à leurs enfants dans
la famille ? À peine les enfants commencent-ils à
grandir qu’on leur enseigne à se défende,
à ne pas souffrir qu’on leur fasse du mal.
Notre
Maître nous dit encore : ‘’ si quelqu’un
veut vous faire un procès pour avoir votre robe, abandonnez-lui
votre manteau ‘’ Peut-on penser que les chrétiens
croient à cette doctrine quand on voit le grand nombre
de procès dans nos paroisses ; avec quelle facilité
on les entreprend ; avec quel entêtement on les poursuit
; en même souvent avec quelle animosité et quelle
haine.
4- Notre-Seigneur
dit encore : ‘, Si quelqu’un veut venir après
moi, qu’il se renonce, prenne sa croix et me suive ‘’
( Matt. V. ) A ceux qui veulent être ses disciples, ses
prêtres : ‘’ Va tout ce que tu possède,
vends-le , puis viens et suis –moi. ‘’ Est
–ce vraiment dans cet esprit qu’on cultive les germes
de vocation sacerdotale et religieuse ? N’entend-on pas
souvent des parents répéter à leurs enfant
s : ‘’Fais-toi prêtre, tu vas être bien
‘’ ou autre chose semblable. Au lieu de leur monter
la vie sacerdotale pour ce qu’elle est réellement
; une longue et quotidienne immolation de sois au service de
Dieu et des âmes. Avec cette mentalité fausse,
quand les jeunes gens se trouvent en face de l’austère
réalité, trompés par leurs parents, ils
fuient devant les exigences de la vie sacerdotale. Ils étaient
venue .. pour être bien.’’ , mais non, dans
le sacerdoce il faut être chaste comme un ange, il faut
vivre séparé du monde, de ses amusements, il faut
travailler à une besogne que l’on n’a pas
choisie mais qui nous est imposée d’autorité
: il faut prier souvent et longtemps, il faut accepter d’être
parfois méprisé, etc. Alors ceux à qui
on a montré le sacerdoce comme une foie facile s’en
vont… A qui la faute ?
L’Apôtre
a écrit : ‘’ Il en est qui font profession
de croire e Dieu et qui le renient par leurs actes ‘’,
( Tit. I., 16_ et non seulement par leurs actes, mais même
pas leurs paroles, chose de leurs sentiments intérieures.
Les chrétiens sont appelés FIDÈLES, parce
qu’ils doivent vivre de la foi ; et celui qui vit de foi
doit regarder les choses dans la lumières de Jésus-Christ
et non des hommes.
Seigneur
augmentez notre foi à toutes les vérité
de votre Sainte Évangile. |
Chapitre
VI : Détachement des créatures |
Pour
bien orienter le travail de notre sanctification par nos exercices
ascétiques et notre oraison, pour exercer une action
puissante sur les âmes par notre apostolat et présenter
au monde moderne la solution chrétienne des problèmes
actuel, il importe avant tout de savoir exactement et d’une
façon aussi nette que possible où se trouve
la grande difficulté de la vie chrétienne. Or
peu de chrétiens connaissent à la terre, et
qui surpasse sans mesure toutes autres sagesse : Doctrina
Christi omnes doctrinas Sanctorum proecellit . ( Imit., I.I
) Et du même coup la vraie difficulté du christianisme
nous échappe. ‘’ Du haut du ciel, le Seigneur
a regardé les hommes pour voir s’il y en a quelques-uns
qui ont la vraie sagesse … Tous son égarés,
et ne connaissent pas le chemin du salut .’, ( Ps. XIII
.) Posons à nos chrétiens cette question : quel
est, d’après vous, le caractère essentiel
de la doctrine évangélique ? et nous aurons
les réponses les plus diverses, tant le démon
s’est acharné à embrouiller ce point pourtant
mis dans une telle évidence par l’Évangile
. Ne déplaçons-nous pas souvent le problème
de la vie chrétienne ? nos difficultés, nos
échecs, nos innombrables et douloureuses déceptions,
dans le travail de notre sanctification et dans notre apostolat,
ne viendraient-elles pas avant tout de ce que ‘’
nous donnons nos coups dans l’air ‘’ , comme
disait saint Paul ? En toutes choses, il faut d’abord
s’attarder au fondement. C’est l’ avertissement
que Notre-Seigneur nous donne : ‘’ Qui de vous,
voulant bâtir un tour, ne s’assied d’abord
pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi
l’achever… ou quel est le roi, qui allant faire
la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord
pour examiner s,il est capable, avec dix mille hommes, de
faire face à qui s’avance contre lui avec vingt
mille ? ‘’ ( Luc, XVI,25 .) Les saints ont commencé
par là : saint Ignace à Manrèse : Saint
Benoît à Subiaco : saint François à
l’Alverne : Saint Jean de la Croix dans le cachot du
Carmel de Tolède.
I
L’Évangile
est éminemment une sagesse, Comme toute sagesse, il
tend à considérer toutes choses à la
lumière d‘un premier principe. Parce que l’Évangile
est surtout une sagesse pratique, nous trouverons ses principes
énoncés sous une forme pratique. En effet le
principe ultime dans lequel se résume toute la sagesse
de l’Évangile n’est autre que celui du
détachement et toutes les choses créées,
principe qui contient sans l’énoncer explicitement
celui de la transcendance infinie et absolue de l ‘Être
incréé. Mais l’évangile, visant
un but pratique, va directement à la formule pratique.
Heureux celui à qui le Saint –Esprit fera goûter
expérimentalement dans l’oraison cette vérité
si méconnue et partant si peu prêchée.
C’est parce que l’Évangile est avant tout
la doctrine du détachement des choses créés
qu’elle est appelée la Sagesse de la Croix, ou
mieux encore, pour employer la formule de saint Paul ‘’
la folie de la croix .. C’est l’ensemble de la
doctrine chrétienne, vue sous son angle essentiel de
doctrine surnaturelle, enseignant le détachement universel
de tout ce qui n‘est pas Dieu, que l’Apôtre
a voulue caractériser par cette forte expression. L’homme
naturel ne comprenant rien et ne pouvant rien comprendre,
l’évangile lui est apparu comme le comble même
de la folie ; si les créatures sont bonnes, pourquoi
y renoncer ? Animalis homo, i.e.homo naturalis, non percipit
eg quae sunt Dei, stultitia enim est illi. ( I Cor., II, 14.)
Vivre ainsi chaque jour, à ses propres yeux et aux
yeux du monde, comme un fou, est proprement la croix du chrétien,
et ce par quoi il apparaît vraiment comme n’étant
plus de ce monde, quia vero de mundo non estis ( jean XV.19)
III
Nous
disons donc que le principe et le fondement de la doctrine
et de la vie chrétienne est le détachement de
toues les choses créées. Il importe cependant
de bine comprendre cet énoncé, et de savoir
au juste en quoi consiste ce détachement, cette indifférence
à l’égard e tous les objets créées,
comme parle saint Ignace, en tête es Exercices Spirituels,
et qu’il appelle lui aussi le principe et le foncement.
( L’indifférence, écrit le P. Longhaye,e
st un mot à qui l’on pourrait donner comme synonyme
pratique : détachement .) Parce que le premier principe
de la métaphysique chrétienne, tout comme le
premier principe de la métaphysique naturel, s’énonce
sous une forme négative, il faut bien se garder de
croire qu’il s’agit là d’un principe
purement négatif. ‘’ Est negativum ita
ut simul sit affirmativum ‘’. Écrit le
P. Gredt. O.s.b., au sujet du premier principe de la raison
naturelle, si justement appelé : ‘’ principe
de contradiction ‘’. ( gredt, Elementa philosophiae.
N.648 ) Il en est ainsi proportionnellement, du détachement
évangélique. Véritable principe de contradiction,
dans l’ordre surnaturel, il contient, sans ‘’
énoncer l’idée de la transcendance absolue
de Dieu sut tout le créée, et pourrait s’exprimer
dans sa forme positive : Dieu doit être préféré
à tout le crée. Ce détachement est un
acte positif de la volonté par lequel nous nous détournons
des créatures pour nous tourner vers Dieu : aversion
a creaturi et conversion ad Deum, pourrait-on dire. Il s’agit
bien en effet d’un seul et même mouvement de la
volonté, selon ce principe bien connue de saint Thomas
: omne odium ni amore conra#rii boni fundatur, la haine d’une
chose est toujours fondée sur l’amour de son
contraire, v.g. le paresseux à la haine du travail
parce qu’il aime son repos. Ce détachement en
effet ne peut naître que d’une préférence,
est ici la cause et l’effet sont tellement inséparables
qu’on peut, sans erreur, dans le langage pratique, les
identifier ( sur les lois du langage pratique, cf. Maritai
: Les Degrés du Savoir, un vol. 900 p. passi,.) et
dire : le renoncement n’est et ne peut être qu’une
préférence, le renoncement à toutes créatures
n’est et ne saurait être que la préférence
accordée à celui qui transcende infiniment toute
créature ; Dieu, l’Incréé, Il s’identifie
en pratique avec l’exercice de l’amour de Dieu
par-dessus toutes choses, ( voir les Entretiens Spirituels
ch. VIII , et le fameux ch. XII du traité de l’Amour
de Dieu, de S. François de Sales, ) dans les choses
morales, le bien et le mal sont eux contraires, Or, comment
la théologie a-t-elle défini le péchés
? Aversio a Deo et cnversio ad craturas, Le conraire d péché,
la perfection,sera don : aversion a creaturis et conversio
an Deum. ( Lire la première conférence de Marmion,
Le Christ, Vie de l’âme.) De même que la
vie du pécheur est une course vers les créatures,
en s’éloignant de Dieu, ainsi la vie du véritable
disciple de Jésus-Christ est une course vers Dieu en
s’éloignant des créatures : quis mihi
dabo pennas et volabo ? La sainteté est donc le vide
des créatures comblé en nous par l’amour
de Dieu, et la perversité est le vide de Dieu qu’on
essaye de combler par le néant des créatures.
Avec une plénitude incomparable, e grand contemplatif,
Thomas d’Aquin écrit : Placé entre les
choses de ce monde et les réalités surnaturelles,
l’homme ne peut se rapprocher des unes sans s’éloigner
des l’autres : est homo constitutus inter res mundi
hujus, et spiritualia bona in quibus aeterna beatitudo consistit
: ita quod quanto plus inhaeret uni eorum , tanto recedit
ab altrero et e contrario. ( III. II.q.108.a.4.)
IV
L’Évangile
ne s’arrête pas au jugement objectif que je dois
porter sur les créatures, mais considère surtout
la disposition de ma volonté à leur égard.
Que les créatures soient des êtres, que ces êtres
soient bons en eux-mêmes, l’Évangile ne
s’arrête pas à ces considérations
stériles, admises par tous eux qui sont saint d’esprit
. .. La doctrine spirituelle de saint Jean la Croix, écrit
J. Maritain, n’est pas métaphysique, elle est
évangélique, elle est le pur corollaire et la
pure explication de la bonne nouvelle de la rédemption
‘’, c’est caractériser du même
coup la doctrine de Jésus-Christ, Jésus est
venue donner le coup de mort au paganisme et à son
esprit. L’Esprit du paganisme est tout entier dans l’attachement
aux créatures aimées et recherchées pour
elles –mêmes. Le paganisme est enfermé
dans l’univers créée, Jésus nous
enseigne à considérer la créature dans
sa relation avec Dieu. Sans l’état actuel des
choses les créatures sans exception, aussi bien celles
que l’on appelle mauvaises que celles qu l’on
appelle bonnes en soi sont les rivales de Dieu dans notre
affection, aussi saint Thomas et l’on devrait bien le
remarquer en définissent le péché, n’a
pas dit : est conversio ad creaturas malas, mais bien simplicité
est conversio ad creaturas. Plus les créatures même
ne semblent bonnes, plus je dois m’en défier,
étant par leur bonté même plus aptes à
solliciter mon cœur. La pratique du ministère
ne nous aura-t-elle pas appris que la perte es âmes
commence presque toujours par l’attache à quelque
créature bonne en elle-même ? Du reste que voulons-nous
donc dire, lorsque, pour nous excuser, nous affirmons : Il
n’y a pas de mal en soi à faire ceci ou cela.
v.g. fumer, voyager, posséder des biens, des objets
de luxe, etc, : à quoi s’opposer cet ‘’
en soi ‘’ que nous avons si souvent à la
bouche ou dans l’esprit, sinon à quoad nos, par
rapport à nous. Telle choses est bonne en elle-même,
elle ne l’est pas par rapport à nous, Il n’y
a pas de moral en soi à faire telle chose, il y en
a pour nous à la faire. Le ‘’ en soi ‘,
nous jetant dans la métaphysique naturelle est le cri
du païen qui vie en nous et qui revendique se droits.
Loin de nous évidemment la pensée, de faire
croire qu’il n’y a pas des choses intrinsèquement
mauvaise et d’autres intrinsèquement bonnes.
Si nous n’insistons pas davantage sur plusieurs distinctions
qu’ils serait utile de faire dans un traité,
c’est que nous croyons que les lecteurs sauront lire
ces pages dans l’esprit dans lequel elles ont été
écrites. L’Évangile est la religion de
l’Absolu. Il demande tout à celui qui ne renonce
pas à tout ce qu’il possède ne peut être
mon disciple : quicumque non renuntiat omnia quae possidet
non potest meus esse discipulus. Méditions ces paroles
de Maritain : ‘’ Aujourd’hui, la naturalisme
a tellement ruiné le subverti la nature qu’il
n’est de guérison possible de la nature elle-même
et de retour possible à l’ordre stable de la
raison que moyennant la reconnaissance intégrale des
droits du surnaturel et de l’absolu, des exigences de
l’Évangile et de la foi vive. Nos mourons de
faveur et de complaisances, de vérités diminuées
et embourgeoisées, d’ue religion qui descend
à notre mesure… Ce que nous mendions de saint
Jean de la Croix disant tout simplement ici de l’Évangile
c’est sa doctrine la plus intraitable, c’est l’exemple
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