La folie de la croix par Anselme Lonpré

Nihil obstat. Goergois Cabana. sacerdos 22â diè Julii 1940
Imprimatur + Fabianus-Zoellus Epus Sti-Hyacinthi 22â julii 194

Aux Chrétiens

La première édition de La Folie de la Croix, parue en 1938, est épuisée depuis longtemps. Nous l’avons tellement modifiée dans cette seconde édition que nous offrons présentement un ouvrage presque complètement nouveau. Aucun littérature, des développements très cours afin de forcer à la réflexion personnelle, les schémas jetés là, des paragraphes inachevés, des trous à combler, des matériaux à travailler. L’Esprit qui n’aime pas les constructions humaines pourra souffler là où il voudra.

Cet ouvrage demande à être compléter par nos deux autres volumes : ‘, le Chrétien en retraite ‘’, et les ‘’ Retraites’’ No.1. À vrai dire, ces trois volumes ne forment qu’un seul ouvrage, celui-ci. Abbé Anselme Longpré Saint Hyacinthe

Contenue du site
Chapitre I : Ordre Naturel et ordre surnaturel
Chapitre II : Nos Grandeurs
Chapitre III : L’Esprit Chrétien
Chapitre IV : La Vraie Piété
Chapitre V : La Foi Pratique
Chapitre VI : Détachement des créatures
Chapitre VII : La Folie de la Croix
Chapitre VIII : Pour former un chrétien
Chapitre IX: Le néant des créatures
Chapitre X: Le mystère de la pauvreté


Chapitre XI : N’aimez pas le monde
Chapitre XII : Les Rechutes
Chapitre XIII : Conflits de civilisation
Chapitre XIV : La Folie de la Croix et L’Eucharistie
Chapitre XV : Saint Jean de la Croix, docteur de la Folie de la Croix
Appendice 1 : Les adversaires de la Folie de la Croix
Appendice 2: Textes à méditer

Il faut peut-être chercher l’explication première et fondamentale de certaines erreurs de méthode en spiritualité , dans une notion inexacte ou incomplète des rapports qui existent entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, ou dans une interprétation trop matérielle des relations des deux ordres, entre eux. La solennelle affirmation du Concile Plénier de Québec, dans son premier décret, nous le rappelle : ‘’ Necessarium imprimis censet Plenaria haec Synodus essentialem profiteri distinctionem inter ordinem naturalem et ordinem supernaturalem ; qua distinctione neglecta vel denegata, plerique invaluerunt errores moderni ac ipsa vellitur Christianismi radix,. Il est nécessaire de bien mettre en relief la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel : la plupart es erreurs modernes viennent de la négligence ou du rejet de cette distinction. Du même coup on la racine même du christianisme ‘’. ( Tit. I.C.1mn.1.) En effet, comme nous en avertit saint Thomas, une erreur sur le principes amène dans la pratique les conséquences les plus funestes.( In Met.,Lib.II.) La nécessité des temps a poussé, parfois du moins, les Apologistes de la Religion à insister sur l’harmonie qui existe entre l’Ordre naturel et l’ordre surnaturel. Que l’Apologétique mette l’accent sur cette harmonie, il n’y a rien à redire ; il s’agit de préparer un mariage entre l’intelligence et la foi. Mais il faut bien se garder de transporter dans la spiritualité.


La méthode de L’Apologétique, et laisser dans l’ombre les enseignements d’une théologie complète du surnaturel, comme si le principe de l’harmonie entre les deux ordres, même sainement interprété, était l’énoncé total des rapports qui existent entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel. Sous prétexte de réagir contre un faux mysticisme, en sauvegardant les droits de la nature, on incline alors vers un naturalisme pratique extrêmement dangereux.

1-

Nous devons admettre, enseigner et défendre l’ harmonie réelle qui existe entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel. Le concile du Vatican l’affirme clairement : ‘’ Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne saurait pourtant y avoir jamais de véritable désaccord entre la foi et la raison. Car le Dieu qui révèle les mystères et répand la foi en nous étant le même que celui a mis la lumière de la raison dans l’esprit de l’homme, il est impossible que Dieu se renie lui-même, ni qu’une vérité s’oppose à aune autre vérité. ( Cons. Dei Filius, IV.) L’ Harmonie existe donc entre la raison et la foi quant à la vérité : ce qui est vrai dans l’ordre naturel l’est aussi dans l’ordre surnaturel, et aucune vérité de l’ordre naturel, soit physique, soit historique, soit métaphysique, ne peut venir en contradiction avec l’enseignement de la foi. C’est pourquoi l’Église, loin de craindre le progrès scientifique, le favorise de toute manière.

Cette harmonie entre la nature et la surnature existe encore quant à l’activité physique considérée de l’une et de l’autre. Elles se prêtent un mutuel concours. La raison précède la foi, elle lui prépare le terrains, construit les fondements intellectuels fournit les motifs de crédibilité. A son tour, la foi éclaire la raison, l’empêche souvent de s’égarer et lui ouvre de nouveaux horizons. L’Activité surnaturelle de l’âme est intimement liée à son activité naturelle, et la grâce est reçue dans la nature qu’elle élève est perfectionne. ‘’ Distinguuntur isti duo ordines sed non separantur, e contra uniuntur sicut perficiens et perfectibile ‘’ , écrit Garrigou-Lagrange. ( De Rev. T.I.P.213 ), en s’appuyant sur le Docteur Angélique : ‘’ Sic enim fides praesupponit cognitionem naturalem, sicut gratia naturam, et ut perfectio perfectibile, la foi présuppose la connaissance naturelle et la grâce présuppose la nature, comme la perfection exige un sujet à perfectionner .’’ ( I.q.2a2.)

II

Mais cette harmonie ne doit pas nous faire oublier la distinction réelle, profonde, irréductible, qui existe entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel.

Pour marquer cette distinction, le Nouveau Testament emploie les expressions les plus fortes, les images les plus vives. La vie naturelle est appelée néant, mort, ténèbres, la vie surnaturelle, naissance nouvelle, vie, lumière. Ces expressions et d’autres semblables sont constamment dans la bouche du Maître Jésus –Christ en se soucie guère d’établir l’harmonie entre la raison et la foi, entre la nature et la grâce. Venue sur la terre pour séparer et diviser, porteur d’un glaive et non d’une fausse paix, Il revendique sans cesse la distinction entre les deux ordres et la supériorité en quelque sorte infinie de la grâce sur la nature, Il s’occuper bien peu des droits de la nature et de la raison, mais il insiste sur le exigences impérieuses de la grâce. Bien plus, il déclare nettement à celui qui se préoccupe sans cesse, dans son adhésion à l’Évangile, de sauver sa raison, ses sens, sa nature, qu’il perdre tout, et l’épanouissant vrai de sa vie naturelle et de la vie surnaturelle ; ‘’ Celui qui aime sa vie la perdra et celui qui perd sa vie la trouvera, qui enim voluerit animam suam salvam facere, perdet illam ; nam qui perdiderit animam suam propter me , salvam faciet illam.’’ ( Luc ., IX, 24 .) Jésus-Christ est l’apôtre du surnaturel et Il veut qu’on le sache. Pourquoi oserions-nous imprudemment nous écarter des leçons et des exemples du Maître ? Seuls les apôtres qui on le courage, malgré les protestations du monde, e revendiquer la transcendance de l’Évangile et les exigences du surnaturel convertissent les âmes. Ainsi pensait le Curé d’Ars.

Saint-Paul, s’il est permis d’employer une expression aussi enfantine, il semble même savoir dépassé son Maître dans son zèle à établir la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel et la supériorité sans borne de ce dernier sur l’autre.

Les Pères de l’Église, à leur tour, n’ont pas suivi d’autre méthode. Avec quelle vigueur constante ils affirmèrent dans la chaire et que les martyrs affirmaient dans les amphithéâtres, non loquendo sed moriendo : les exigences de la grâce ! Plus que personne ils ont travaillé à sauver les trésors de la civilisation humaine, les vérités de la sagesse naturelle, mais même dans un travail de géants, ils n’ont connu d’autre principe que celui de Jésus-Christ : ‘’ celui qui perd sa vie ( naturelle ) la trouvera, et celui qui garde sa vie la perdra.’’ Il sont cru que pour sauver ce qu’il y a de bon, de vrai, de sain dans la nature il fallait assurer et sauver la vie surnaturelle des âmes ; tout le reste arriverait par surcroît.

En effet, la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel est telle qu’on peut difficilement en prouver de plus profonde, puisqu’elle existe sous le rapport des quatre causes. Dans l’ordre naturel, la fin de l’homme est la possession de Dieu connue d’une façon discursive par la raison, tandis que dans l’ordre surnaturel, c’est la possession de Dieu par la vision intuitive et un amour du même genre, consécutif à cette connaissance, Dieu créateur de la nature est l’agent premier, dans l’ordre naturel, et l’homme dans les ressources de sa nature et de ses facultés. Dans l’ordre surnaturel, l’homme atteint sa fin par le moyen de la Révélation, de la grâce, des sacrements, et par l’exercice des vertus surnaturelles sous l’influence de la grâce actuelle. Enfin la grâce, participation ontologique à la nature même de Dieu, constitue une ordre de réalités essentiellement distinct de l’ordre naturel. ( Cf. Garrigou-lagrange, loc. cit. I.P.211.)

Qui ne voit quelle répercussion ces principes doivent avoir dans la pratique ?

III

Défenseur invincible de la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, le chrétien doit en outre maintenir l’absolue gratuité de notre élévation à l’ordre surnaturel et la supériorité en quelque sorte infinie, de la grâce sur la nature. ( I,II.q.110.a.3.)

Cette gratuité est telle qu’il ne peut y avoir dans notre nature la moindre exigence du surnaturel, pas même un désir inné, mais seulement une velléité et la capacité passive, que les théologiens appellent puissance obédientielle, d’être élevé à cet ordre supérieur. La conformité réelle du Christianisme avec nos aspirations naturelles ne doit pas nous faire oublier l’absolue gratuité du don de la grâce et l’élévation infinie de la grâce au-dessus de la nature. Cette élévation est telle que S.Thomais déclare le monde degré de grâce sanctifiante supérieur au bien naturel de toute l’univers des corps et des esprit, ‘’ bonum gratiae unius majus est quam bonum naturae totius unversi ‘’. ( O,II.q.a.9.) C’est pourquoi l’harmonie entre ces deux ordres, dont l’un est tellement élevé au-dessus de l’autre, est loin d’être évidente aux yeux des simples mortels. Les chrétiens en généra; voient plutôt une opposition constante entre la nature et la surnature. Où se trouve vraiment l’harmonie entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, et dans quel sens peut-on parler d’opposition ? Comment la langage de l’Évangile : bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui souffrent, etc., peut-il s’accorder avec celui de ma raison ; la richesse est un bien, la souffrance est un mal? Comment cette doctrine de la mort au monde, à soi-même et à tous les choses d’ici-bas peut –elle s’accorder avec une autre : la grâce ne détruit pas la nature ? En quoi au juste l’Évangile demande-t-il de se renoncer et qu’est –il permis de concéder à la nature, aux habitudes modernes, à l’esprit du monde ? La doctrine d’un saint Jean se la Croix sur le détachement des créatures et la nécessité de la purification est-elle vraie seulement pour les Carmes et les Carmélites ou bien l’est-elle aussi pour les simples fidèles ? La vie de saint François d’Assise est-une une ‘’ sublime folie ‘’ ou simplement la mise en pratique de l’Évangile ? Puis-je être chrétien et mondain à la fois ? Puis-je faire mon salut en me renonçant jusqu’a un certain point ou bien dois-je prendre au pied de la lettre la parole de Jésus-Christ : qui on renuntiat omnia quae possidet non potest meus esse disciplus ? Comment concilier ma vie surnaturelle et les exigences de mon commerce, de ma professions ?

C’est à la solution de ces problèmes, qui forment le fond de l’inquiétude moderne, que nous devons nous appliquer, car le maintient de la foi et la régénération chrétienne des peules en dépendent. Remarquons cependant cette parole e Garrigou-Lagrange : l’Harmonie entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel n’apparaît vraiment qu’après une profonde purification de la nature par la purification et la Croix .’’ ( Perf. Chrét., t.I.p.61.)

Le meilleur moyen de donner la vraie réponse au problème du surnaturel dans le monde, ne serait-ce pas l’étude et la méditation de l’Évangile et compagnie des grands écrivains spirituels, qui ont compris à fond l’Évangile, au premier rang desquels il faut placer saint Jean de la Croix, docteur de l’Église, et S.Thomas d’Aquin, et dans les temps modernes, le P. Garrigou-Lagrange, en particulier

Chapitre II : Nos Grandeurs

La vie chrétienne est le prolongement de la vie de Jésus-Christ.

1-

L’idée la plus exacte et la plus haute que nous puissions nous faire de la vie chrétienne c’est qu’elle est le prolongement et la continuation de la vie même de Jésus-Christ. Cette vérité repose sur l’autorité de la parole de Dieu.

A) Jésus l’a déclaré mainte fois dans l’Évangile : ‘’ Je suis la Vie… Je suis venue afin que vous ayez la vie… De même que je vis par mon Père, ainsi celui qui croit en moi vivra aussi par mois… En ce jour vous connaîtrez que je suis en mon Père, et vous en moi et moi en vous.. ‘’ c’est-à-dire, comme je suis en mon Père, vivant de la même vie que Lui, ainsi vous êtes en moi, vivant de ma vie, et je suis en vous, vous communiquant cette même vie, et ainsi je vie en vous e vous vivez en moi, par moi et en moi.

B) A son tour le Disciple bien –aimé, nous redit cent fois ‘’ que Dieu a envoyé son Fils au monde, afin que nous vivions par Lui : que Dieu nous a donné la vie éternelle ; que nous sommes nés de Dieu et que la vie du Fils est en nous ‘’. Tout cet admirable évangile de saint Jean est plein de cette idée ‘’ le Christ est la Vie et il est venu pour nous la donner avec surabondance.

c) Il est impossible de transcrire ici ce que le sublime apôtre S.Paul a dit sur ce sujet, dans ses quatorze épîtres, car c’est là peut –on dire le thème unique de sa prédication : ‘’ Le Père nous a vivifiés avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ… Mille fois l’Apôtre développe cette idée que le Christ vit en nous pour conclure que nous devons nous revêtir de ses sentiments et de ses dispositions et faire paraître la vie de Jésus-Christ dans toute notre conduite, ‘’ afin que le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit glorifié en nous et nous en lui ‘’

La Bonne Nouvelle apportée au monde par l’Évangile, c’est donc que Jésus-Christ vit en nous et que nous vivons en lui, que notre vie est une continuation, un prolongement de sa vie, que notre unique raison d’être en ce monde et dans l’éternité est de faire vivre et régner en nous Jésus-Christ, de nous assimiler ses dispositions, des sentiments, de reproduire ses vertus, d’enter dans ses états, de faire avec lui, en lui et par lui les mêmes actions et opérations.

2- Comment notre vie chrétienne est-elle le prolongement de la vie de Jésus-Christ.

A) A fin de mieux comprendre cette vérité fondamentale du christianisme, il faut remarquer que Notre-Seigneur Jésus-Christ a deux sortes de corps et deux sortes de vies ; son corps de chair qu’il a pris dans le sein de la Vierge Marie au moment de l’Incarnation, et la vie qu’il a vécue dans ce même corps, pensant qu,’ l était sur la terre ; et son corps mystique, qui réel que le premier, à savoir la sainte Église, que saint Paul appelle ‘’ corpus Christi, corps du Christ ‘’ ; sa seconde vie est ls vie q’il a dans ce corps, c’est -à –dire dans tous les vrais chrétiens qui sont membres de ce corps.

B). La vie passible et temporelle de Jésus-Christ a été accomplie et terminée au moment de sa mort sur la croix : mais il veut continuer cette même vie dans son corps mystiques, afin de glorifier son Père, par les vertus, les dispositions, les actions et les souffrances d’une vie mortelle, laborieuse et passible, non seulement durant l’espace de trente-trois ans, mais jusqu’à la fin du monde que le Père ne laisse subsister qu’en vue de cette gloire. Ainsi la vie passible et temporelle de Jésus a dans son corps mystique, c’est-à-dire dans les chrétiens n’est point encore terminée, mais elle s’accomplit de jour en jour et ne se terminera qu’à la fin des temps.

C) C’est pourquoi saint Paul dit ‘’qu’il accomplit ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ pour son corps qui est l’Église.’’ Ce que l’Apôtre dit de lui-même, on doit le dire de chaque vrai chrétien, lorsqu’il souffre quelque chose dans un esprit de soumission cet d’amour de Dieu. Et ce que saint Paul dit des souffrances, il faut le dire de toutes les autres actions qu’un chrétien fait pendant sa vie. Ainsi un vrai chrétien, membre de Jésus-Christ est uni à lui par sa grâce, continue et accomplit par toutes les actions qu’il fait en l’esprit de Jésus –Christ, les actions que le Sauveur a faites durant sa vie terrestre. De sorte que, quand un chrétien prie, il continue et accomplie l’oraison que Jésus-Christ à faite sur la terre ; lorsqu’il travaille, il continue et accomplie la vie laborieuse de Jésus-Christ a voulu avoir à toutes les nécessités, et ainsi de toutes les autres actions qui sont faites chrétiennement. Dans ce sens, saint Paul déclare que ‘’ nous concourons tous à la perfection de Jésus-Christ et à l’âge de sa plénitude ‘’, c’est-à-dire à son âge mystique qui en sera parfait qu’au jour du jugement.

II La renaissance spirituelle

1- La vie chrétienne est une participation réelle à la nature même de Dieu. Si surprenante que puisse parâtre cette affirmation, elle n’est pas mois une vérité de foi, enseignée par le Prince des Apôtre, en
termes si clairs qu’il ne laisse pas lieu au plus léger doute : ‘’ Par Jésus-Christ , dit-il, Dieu a communiqué les grandes et précieuses grâces qu’il nous avait promises, NOUS RENDANT PARTICIPANTS DE LA NATURE DIVINE, EFFICIAMINI DIVINAE NATURAE CONSORTIS’’. ( II., Pet.I.,4 ).

C’est pourquoi le don de la vie chrétienne est une merveille bien supérieure à la création des mondes, puisque par ce don nous entrons dans la famille même de Dieu, nous devenons son enfant, il devient notre Père. Nous pouvons le connaître et l’aimer comme il se connaît et s’aime, nous avons en espérance le même bonheur que lui ici-bas en attendant d’en jouir pleinement dans l’éternité, Notre –Seigneur a déclaré lui-même dans son entretient avec la Samaritaine que tel est vraiment ..le don de Dieu, donum Dei ‘’, son don par excellence.

2- Mai comment s’opère cette déification ? Par quel procédé merveilleux la vie divine nous est-elle communiquée ?

Cette vie nous est communiquée par le Saint Baptême qui est une génération véritable ayan t pour terme une vraie naissance. Génération incomparablement supérieure à la première, puisque au lieu d,une vie naturelle ou humaine, elle nous transmet une vie surnaturelle et divine ; naissance admirable qui fait de chacun de nous .. cet homme nouveau dont par S. Paul, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté véritable ,’’ ( Eph, IV.,24 ) ; génération spirituelle et pourtant bien réelle, dont le principe ‘’ n’est pas la chair, ni le sang, ni la volonté de l’homme ‘, ( Joan, I.,13 ). Mais le libre vouloir de Dieu : ‘, voluntarie genuit nos ‘’ ( Jac .,I..18) : naissance mystérieuse que la naissance naturelle peut cependant nous aider à comprendre, car elle en est l ’image ; génération et naissance aussi indispensable pour être chrétien que la génération et la naissance charnelle pour exister selon notre être naturel : ‘’ Quiconque ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair et ce qui est né de l’Esprit est esprit … (Joan. III, 5,6.)

Le Saint-Baptême, c’est .. le bain de la régénération .’’ (Tit. III.,3). C’est au Baptême que nous avons ..communiée à vivre selon notre être nouveau .., ( Jac. I..18 )

3- Ainsi par la grâce de notre Saint Baptême nous avons reçu une communication réelle de la nature divine, nous sommes devenus les enfants de Dieu, non pas seulement de nom, mais en réalité : ‘’ filli Dei nominamur et sumus ‘’, ( Joan. III,I..13 ). Cette participation est une reproduction en nous de ce qui est en Dieu, et une participation réelle à ce qui en Dieu selon notre manière de parler, est la racine, la source, le principe des opérations et des attributs divins. Aussi ce don merveilleux nous rend capable de connaître et d’aimer Dieu d’une connaissance et d’un amour semblables à la connaissance et à l’amour qu’il a de lui même.

Cette vérité que tout chrétien devrait avoir sans cesse devant les yeux est la vérité fondamentale du christianisme, elle contient l’énoncé de nos titres de noblesse de cette vie et les promesses de notre bonheur éternel. ‘’ Oui, mes biens-aimés, répétait l’apôtre S. jean, nous sommes dès à présent les enfants de Dieu ; mais ce que nous seront un jour ne parait pas encore. Nous savons que quand Dieu se montrera, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. Quiconque a cette espérance se sanctifie ‘’. ( I.Joan. III.,2 )

III
Ainsi les grandeurs du chrétien sont admirables,. Il est l’enfant de Dieu, un même corps mystique avec Jésus-Christ, dont il est le membre ; il es allié aux trois personnes de la Sainte Trinité et participe à la nature même de Dieu. Le chrétien a vraiment Dieu pour père ( II Pet.1,4 ) : et nous sommes ses enfants d’une façon plus réelle que nous sommes les enfants de ceux qui nous ont engendrés à la vie naturelle, ( Jean XXX’ 17 ). Le Fils de Dieu nous appelle ses frères ( Jean, XIV, 14-17 ) : le Père éternel nous a donné son Saint –Esprit : la Mère de Dieu est notre mère, tous les anges, ces sublimes esprits, sont à notre service. L a vie du Chrétien est une vie surnaturelle,( Heb.I.14 ). Une continuation de la vie même de Jésus. C’est pourquoi l’apôtre appelle la grâce du christianisme ‘’ un mystère caché aux siècle et aux générations passées.’’ ( Eph. II. )

1- Sentiments de reconnaissance.

Que tous les hommes bénissent donc le Seigneur de ce qu’il a fait paraître la magnificence de sa grâce en nous comblant en Jésus-Christ et par lui de richesses spirituelles incomparables ( Eph. III,8.) en nous transférant dans le royaume e son fils bien-aimé ( Col, 1, 26 ). Il est vrai que ces vérités ne peuvent être connues que par une lumière surnaturelle, ‘’ C’est une sagesse de Dieu qui est cachée, et que nul des sages de ce monde, dit l’Apôtre, n’a connue, mais que Dieu nous a révélé par son esprit ; car l’esprit pénètre ce e=qu’il y a de pus caché, même les profondeur de Dieu .’’ ( I.Cor. II.7).

Mais après cette révélation qui nous en a été faire, nous sommes inexcusables nous ne rendons pas à Dieu de continuelles action de grâce. Malheur à nous vraiment si, dans le plein midi des plus beaux jours de la grâce, alors que le soleil de justice s’état levé nous environne de toutes parts de ses célestes clartés, nos marchions encore dans le ténèbres, les yeux et le cœur rivés à la terre.

2- Christianisme intérieur

Pour un grand nombre, le christianisme consiste à éviter les péchés les plus honteux, comme l’impureté, l’injustice, le blasphème, l’ivrognerie ; à faire quelques exercices de piété un bout de prière matin et soir, l’assistance à la messe, la communion de temps en temps, quelques actes de charité aux pauvres. Toutes ces choses sont bonnes et nécessaires. On doit les accomplir. Mais réduire à cela la grâce du christianisme, c’est n’y rien comprendre.

Chrétien, enfants de lumière, connaissez bien l’excellence de votre vocation. La voici résumée dans un mont de l’Apôtre : ‘’ Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisé en sa mort.’’ ( Rom. V!,3). Ainsi par S, Paul aux premiers chrétiens. Ces mots ‘’ ne savez-vous pas ‘’ signifient qu’il serait vraiment honteux pour un chrétien d’ignorer la nature et le mystère du Saint baptême. A quoi nous servirait d’être instruits en toutes sortes de choses si nous ne le sommes pas des vérités de notre profession chrétienne ?

Nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ dans les eaux du Baptême pour mourir avec lui ,e t nous sommes ressuscités avec lui et comme lui afin de marcher dans une vie nouvelle, tous ceux donc qui ont reçu le Saint –baptême sont morts au péché, ayant été baptisé en sa mort ; tous ont été, ensevelis avec lui, afin que le corps de péché soit détruit ; tous ont été entés sur le Christ : expression forte et admirable de l’Apôtre, car si nous sommes entés en Jésus-Christ, nos devenons un seul corps avec lui, comme la branche devient une avec l’arbre où elle est entrée. Voilà la grâce de notre vocation chrétienne. On dira peut-être que ces vérités sont trop hautes, trop mystiques, pas pratique. Qu’on le dise tant qu’on voudra, il fait les enseigner sous peine de renoncer à enseigner le christianisme. A force de les dire, les chrétiens finiront par se familiariser avec elles.

3- Ignorance des chrétiens.

Qu’il est rare en effet de trouver des chrétiens qui connaissent la grandeur de leur vocation ; qui se regardent comme une même chose avec Jésus-Christ , sachant qu’ils doivent vivre comme il a vécu ( I Pet.I.15), qu’ils doivent être saints comme celui qui nous a appeler est disant ; qu’ils doivent mener une vie toute ressuscitée ( Col. III.I ) ; rechercher les choses qui sont en haut : la pureté du cœur, la compagnie des vrais chrétiens et non des mondains, détacher leur cœur des biens périssable, semer les plaisirs éphémères de la vie présente, fouler aux pieds les distinctions et les honneurs. ‘’ Ne vous trompez pas, dit l’Apôtre, on ne se moque pas de Dieu ‘’ ( gal.VI.7). À l’instant redoutable de la mort, les chrétiens qui auront vécu dans les passions déréglées comme des païens qui ne connaissent pas le Bon Dieu, seront condamnés aux flammes éternelle ( Mat. VII.22 )

Qui entend vraiment ces paroles que le grand Apôtre crie à tous les fidèles. Vous qui avez reçu le Baptême de Jésus-Christ, vous avez tous été revêtus de Jésus-Christ .. ( gal, III.27 ), ces divines parles ne s’adressent pas seulement aux religieux et aux religieuses, mais à tous ceux qui ont reçu le baptême, à tous les chrétiens sans exception, sans distinction d’âge, de sexe, de condition sociale. Tous doivent être revêtus de Jésus-Christ, s’ils ne veulent pas être des fantômes de chrétiens, Or, on ne voit pas les parties du corps qui sont vêtues, mais seulement l’habit qui les ouvre, c’est donc Jésus seul qui doit être vu dans les chrétiens, ce sont se vertus, ses dispositions qui doivent apparaître ne nous. ‘’’ Mais, nous dit un commentateur, on ne doit pas être revêtu de Jésus-Christ, comme d’une robe qui couvre l’extérieur, mais plutôt comme le corps es revêtue de l’ âme, comme toute matière l’est de sa forme, comme le fer chaud l’est du feu ; ce vêtement est propre à tout âge, à toute condition, ni Salomon, ni les lis ne sont si bien vêtus. ‘’

Écoutons l’Apôtre qui au milieu de ses chaînes nos supplie de vivre d’une manière digne de notre vocation ( II Thes. I.Ii), ne nous contentant pas de pratiques extérieures, de ces confessions sans changement de vie, de ces prières de routine et par manière d’acquit, sans véritable esprit, intérieur.

Ne cessons de prier Dieu, afin qu’il nous remplisse de la connaissance de sa volonté par les dons de sagesse et d’intelligence afin que nous vivions d’une manière digne de Dieu ; qu’ il éclaire les yeux de notre cœur . ( Ephes. I.18 ), c’est-à-dire que ces lumières soient accompagnées d’un véritable amours, afin que nous sachions quels biens sa vocations nous fait espérer, quelles sont les richesses de la gloire dans l’héritage des saints, et que le sachant d’une manière pratique, nous vivions de telle sorte que nous puissions en jouir un jour.

Chapitre III : L’Esprit Chrétien

1-Origines

1- ‘’ Le Saint-Esprit, écrit Bossuet, est en nous comme y venant du dehors, comme reçu par emprunt ; il n’est pas notre propre esprit ; mais il es le propre esprit de Jésus Christ.’’ Le Saint – Esprit est descendue dans le Verbe Incarné en plénitude et s’est répandue en lui sans mesure. ( Joan ., III. 34 ) C’est ce qu’avait entrevue le prophète Isaïe, lorsque parlant du Sauveur il dit ; ‘’ L’esprit du Seigneur se reposera sur lui, : l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de la piété, et sera remplie de l’esprit de la crainte de Dieu.’’ ( Is. XI,2 )

C’est l’onction même de cet Esprit Divin qui a fait le Christ. Ce n’est pas d’une huile matériel le qu’il a été oint, comme Élisée et les prophètes, comme David et les rois, comme Aaron et les pontifes. Bien qu’il soit roi prophète et pontife plus qu’eux, il n’a pas cependant été point de cette onction qui n’était qu’une ombre de la sienne, mas selon l’expression de l’Écriture : ‘’ Il a été point d’une huile excellente au-dessus de tous ceux qui sont appelés oints .’’ ( Pc. XLIV.8 ) Et cette onction encore une fois n’est autre que la communication du Saint-Esprit qui lui a été faire en plénitude et perfection.

2-Or, l’esprit chrétien est une participation à l’esprit de Jésus. Et celui-là seul mérite vraiment d’être appelé chrétien qui possède de l’esprit de Jésus-Christ et en vit : ‘’ Si quis Spiritum Christi non habet, hic non est ejus ; si quelqu’un n’a pas l’esprit u Christ il ne lui appartiens pas .’’ déclare nettement l’Apôtre . ( Rom, VIII,9) Toute notre application doit donc consister à acquérir cet esprit de Jésus-Christ.

Le jour de notre Saint Baptême, une première onction nous a communiqué cet esprit de Jésus, qui nous a rendu capable de penser, d’agir et de vivre comme lui, Depuis ce jour, Jésus-Christ habite en nous et nous avons été oints de l‘onction dont il a été oint lui-même, c’est-à-dire du Saint –Esprit qui demeurant en nous avec le Père y produit les inclinations, les sentiments et les dispositions mêmes de Jésus-Christ.

3-Mais nous restons libres de suivre l’esprit de Jésus ou de nous y opposer : d’éteindre en nous l’Esprit ‘’, comme s’exprime S. Paul, et de suivre les inclinations de la nature, du vieil homme et de la chair, Voilà pourquoi la lutte entre l’esprit de Jésus et notre esprit est de tous les instants. Là se situe proprement le combat de la vie chrétienne, au dedans de nous-mêmes, dans plus intime de nos âmes ; combat de la nature et de la grâce, combat du vieil homme et de l’homme nouveau, combat de l’Esprit du Christ contre l’esprit du monde. ‘’ La chair, dit S. Paul, lutte contre l’esprit et l’esprit conte la chair, ce sont deux adversaires ; haec enim subi invicem advesantur ‘’. ( gal, V. 17 ).

Telle est la difficile situation du chrétien en ce monde. D’un côté le Saint-Esprit, par le Baptême, vient reposer en nous, dans le fond de notre âme, pour y imprimer les inclinations, les sentiments et les dispositions du Christ. Il nous porte au détachement des biens crées, au mépris du monde, à l’amour de la croix, au culte et à l’amour du Bon Dieu. Mais d’un autre côté, nous gardons les inclinations de notre nature vers les biens d’ici-bas et les plaisirs duce monde. Notre âme peut se jeter du côté qu’il lui plait : ou bien adhérer à l’Esprit –Saint et vivre comme le Christ a vécu, ‘’ en crucifiant la chair avec tous es désirs, carnem suam crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis ; ‘’ ( gal.V.24 ) ou bien suivre les inclinaisons de la nature, faisait ses volontés, acquiesçant à tous ses désirs : ‘’ in desideriis carnis nostrae facientes volutatem carnis. ‘’ ( Eph. XI,3.)

C’est pour cela que Notre-Seigneur a mis l’abnégation, le renoncement à la base même de sa doctrine : ‘’ Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.’’

II

Caractère de la mentalité chrétienne.

1- Qu’est-ce que la mentalité chrétienne ? C’est une tournure d’esprit et une disposition du cœur qui nous porte à penser et agir, habituellement et sans difficulté, d’après l’enseignement de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Évangile. Elle suppose la grâce du Baptême qui nous a greffés sur le Christ, et nous a communiqué en germe sa vie et son esprit. Elle se nourrit d’une constate fidélité au Saint-Esprit, qui habite en nous, et nous porte à agir toujours pour des motifs surnaturels, par amour pour Le Bon Dieu, notre Père. Elle ne put se rencontrer, à son degré parfait, que chez les saints, en qui la grâce, les vertus surnaturelles et les dons du Saint-Esprit on atteint leur plein épanouissement, ce qui pourrait cepandant arriver très souvent, même chez de jeunes enfants, si leur éducation était faire scrupuleusement dans la ligne de leur Baptême.

La mentalité païenne au contraire est l’habitude de penser et d’agir d’après les dictées et les inclinations de notre nature d’animal raisonnable, blessée en outre par le péché originale et nos péchés personnels. Ces inclinations nous portent à jouir des choses créées et à mettre en elles et en nous-mêmes notre fin dernière. La grâce, ou la vie surnaturelle étant greffée sur cette nature, sans la détruire, devient en nous un principe de division, de lutte, de combat. Le tragique de la vie chrétienne est là, dans cette bataille intime et constante, entre la nature et la grâce, entre l ’Esprit-Saint et notre esprit. C’est pourquoi
‘’ Le chrétien écrit encore Monsieur Olier, n’est pas sur la terre pour son plaisir, il n’est point en ce monde pour chercher sa joie. Sa grande occupation est d’y mener une vie toujours crucifiée et d’imiter le Fils de Dieu, qui, ayant voulu être le modèle de notre vie en sa mort, nous a donné l’esprit même de sa mort par le Baptême… ‘’

C’est le premier effet de notre Baptême, sur lequel saint Paul revient à touts les pages de ses austère épîtres.

La grâce de notre Baptême en effet est une participation à la grâce du Christ, Or la grâce a été donnée à Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la fin même qui l’a fait descendre sur la terre. De là on doit conclure que l’abondance de sa grâce donnait à son âme une disposition et une inclination à obéir au décret de l‘Incarnation, selon les vues de l’Adorable Trinité. La croix était comprise dans ces décrets avec tous les autres circonstances effroyables propres à effectuer une satisfaction rigoureuse. Il est donc manifeste que l’un des effets de la grâce du Christ fut une inclination vers la croix. Il faut étudier sur ce point le beau livre du dominicain Louis Chardon ; ‘’La croix de Jésus ou les difficultés de la grâce et de la Croix.’’

Proportionnellement cette grâce à laquelle nos participons dans le Baptême produira en nous des effets semblables. Il ne faut pas s’étonner dès lors, si saint Paul et les Saints s’écrie qu’il s’est détaché de toute ce que le monde adore, et qu’il ne fait pas plus d’estime de tout l’univers que de la boue et du fumier, afin d’être uni à Jésus-Christ, non pas par une sainteté ajustée aux inclinations de la nature ‘’. ‘’ sed illam quae ex fide est Christi Jesus, quae ex Deo est justitia in fide ‘’. ( Phil. III-8)

3-Le caractère essentiel de la mentalité chrétienne est la recherche amoureuse et constante de Dieu. Notre-Seigneur en a fait la thèse dans son incomparable instruction du jeudi, veille de sa mort ( Jean XIV_XVIIII ) Saint Jean de la Croix a exposé, comme nul autre, se second aspect de la vie chrétienne, a spécialement dans l’’ La nuit obscure’’, et ‘’ le Cantique Spirituel ‘’. L’âme sortie de tout le crée, délivrée des appétits désordonnés pour le créatures, est prête à recevoir la lumière divine et à s’unir à son Créateur par l’amour.

‘’ Mon âme s’est employée avec toute ce qu’elle possède à son service. Je ne suis plus gardienne de troupeau Je n’ai plus d’autre office. Désormais ma seul occupation est d’aimer’’.

Notre religion est une religion d’amour. Notre règle de conduite, c’est l’amour. L’âme se sépare de toute autre objet crée pour aimer uniquement le Souverain Bien. Vivre d’amour, agir par amour et par ce pur motif, s’unir au Bien-Aimé par l’amour, telle est la vraie vie chrétienne, dont le développement apparaît dès lors comme illimité. Le propre de l’Esprit de Dieu est de tendre et de porter tous à Dieu : et comme ce Divin Esprit n’est lui-même qu’un désire perpétuel et une tendance infinie vers Dieu, c’est la même disposition qu’il opère dans les âmes où il a triomphé de la mort et des sens. Il creuse en nous l’abîme de l’amour divin ; il allume au cœur ce feu dévorant, il consume et unifie la vie dans l’amour. Il ne s’agit pas d’un simple amour de complaisance, mais, un amour de référence et de bienveillance, dont les caractères sont d’être actif, effectif et généreux. Cet l’amour nous porte à nous unir constamment au Bien-Aimé par une communion étroite d’idées, de sentiment, de volonté, à nous donner et à nous sacrifier pour Lui.

Développer la mentalité chrétienne d’une âme, c’est cultiver ces deux dispositions, déposées en nous par la grâce du Baptême. Le grand moyen pratique d’y arriver n’est autre que le renoncement, la semence de tout le créé. L’unique nécessaire, écrit saint Jean de la Croix, est de savoir se renoncer sincèrement, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et de se vouer pour le Christ à la souffrance et à l‘anéantissent le plus complet. C’est là l’exercice par excellence, où tous les autres sont éminemment compris et dont on retire d’incalculables profits. ( Montées du Carmel, Liv. II ch. VII.)

Chapitre IV : La Vraie Piété

1-

Il est peu e chrétiens, même permis les meilleurs, qui aient une juste idée de la vraie vertu, beaucoup la font consister dans une certaine ROUTINE DE PIETE, sans la fidélité à certaines pratiques extérieures. Si, avec cela, ils ont par intervalles quelques mouvements de DÉVOTION SENSIBLE ,sans discerner même si ces mouvements viennent de Dieu ou de leurs propres efforts, ils se croient solidement vertueux.

Cependant ils sont soumets à mille défauts dont ils ne s’aperçoivent pas et qu’on essayerait en vain de leur mettre sous les yeux. Ils sont PETITE, METICULEUX remplis d’estime pour eux-même, d’une extrême sensibilité, entêtés dans leur idées, concentrés dans leur amour propre, gênés ou affectés dans leurs manières ; attachés à toutes sortes de petits riens, et surtout à eux –mêmes, ils se préfèrent intérieurement aux autres, et souvent les méprisent , les condamnent, les persécutent. Rien n’est plus fréquent que cette vertu fausse et toute extérieure. Elle se rencontre en tous, très fréquemment, à des degrés divers, et il es rare de rencontrer des âmes parfaitement mortes à elles-mêmes, vivant pour Dieu seul.

Pour concevoir ce que c’est que la vraie vertu, c’est dans JÉSUS-CHRIST qu’il faut la considérer : il est notre unique modèle, il nous a été donnée comme tel, il s’est fait homme pour nous rendre la sainteté sensible et palpable. Toute sainteté qui n’est pas formée et moulée sur la sienne et FAUSSE ; elle déplait à Dieu, elle trompe les hommes, elle est tout au moins inutile pour le ciel. Étudions donc Jésus-Christ et pour le bien connaître, pour l’imiter ensuite, demandons-lui continuellement SA LUMIÈRE ET SES GRÂCES

2 – Caractères de la vraie piété.

1- N.S.J.C. ne s’est jamais recherché lui-m^me , jamais il n’a eu en vue ses propres intérêts ; ni temporels ni spirituels : il n’a jamais fiat une seule action pour plaire aux hommes, il ne s’est jamais abstenu d’aucune bonne oeuvre, dans la crainte de leur déplaire, DIEU SEUL, sa gloire et sa volonté , ont été l’unique objet de ses pensées et de ses sentiments, l’unique règle de sa conduite. Il a tout sacrifié, tout, sans aucune réserve, aux intérêts de son Père.

11- N.S.J.C. a fait consister la piété dans les DISPOSITIONS INTERIEURES, et non dans des sentiments vains et illusoires ; disposition d’en entier dévouement à Dieu, d’un continuel anéantissement de lui-même, d’une charité sans bornes envers les hommes ; tous les instants de sa vie ont été consacrés
à l’accomplissement de ces trois dispositions. Il n’a négligé l’observation d’un aucun point de la loi : mais en même temps il N’A CESSE DE RAPPELLER que cette observation devait venir d’un PRINCE INTÉRIEUR D’AMOUR, qui donne à cette observance toutes sa valeur.

III- N.S.J.C. a toujours regardé LA VIE PRÉSENTE comme un passage, un pèlerinage, un temps d’épreuve, uniquement estimé à témoigner à Dieu son amour, en LE PREFERANT à tous les choses créées qui nous entourent. Ce que est éternel l’a toujours occupé. Il a donné à la nature ce qui lui était nécessaire, sans jamais aller au-delà. Quoiqu’il n’eut rien à lui et que pour les besoins du corps, il fut dans une continuelle dépendance de la Providence, il n’a jamais été inquiet du lendemain ; et il a voulu éprouver plus d’une fois les souffrances de la pauvreté.

IV- N.S.J.C. a embrassé librement et par choix ce que nous avons le plus de peine à accepter. Il n’a pas réprouvé les riches, mais il a blâmé TOUT ATTACHE aux biens de ce monde, et leur a préféré la pauvreté. Il n’a pas condamné les distinctions, les honneurs que Dieu lui-même a établis parmi les hommes, mais il nous a appris qu’une une condition obscure, humble et cachée , était plus agréable à Dieu, plus favorable au salut ; et que se croire plus que les autres ( parce qu’on a autorité sur eux ), c’est une erreur et la source de bien des fautes. À L’EXCEPTION DES PLAISIRS NATURELS que le Créateur a attachés à certaines actions, et dont l’usage est soumis aux règles les plus sévères, il a méprisé absolument tous les autres genres de plaisir qu’on recherche avec tant de fureur, et il s’est interdit même plus innocents. Le travail, les courses apostolique, la prière, l’instruction de ses apôtres et des peuples ont remplie tous les moments de sa vie.

V.- N.S.J.C. a ÉTÉ SIMPLE, sans affectation dans es paroles et dans toutes ses actions. Il a enseigné avec toute l’autorité d’un Homme-Dieu les choses les plus sublimes. Mais il a proposé sa doctrine d’une manière aisées, familière, à la portée de tous. Ses Miracles divins en eux-mêmes, le sont encore plus par la manière dont il les a faits ( Salive, un signe, un mot…)

Il a voulu que le récit des évangélistes répondit à la simplicité de sa vie, Il est impossible d’exprimer avec mois de recherche des faits et des discours qui portent l’empreinte de la divinité.

VI.- N.S.J.C. a eu une TENDRE COMPASSION pour les pécheurs sincèrement humiliés et repentants de leurs fautes, .. Je suis venu pour les pécheurs, disait-il , et non pour les justes qui se confient en leur propre justice. ‘’ Le publicain Madeleine la femme adultère la Samaritaine sont traités par lui avec une bonté qui nous étonne. Mais l’orgueil, l’hypocrisie, l’avarice, l’envie, sont l’objet de sa censure et ses malédictions. Les péchés de l’esprit sont ceux qu’il condamne avec le plus de sévérité, parce qu’ils marquent plus d’aveuglement dans l’esprit et plus de corruption dans le cœur.

VII.- N.S.J.C. Aa supporté avec douceur LES DEFAUTS ET LA GROISSERETE des autres. A considérer les choses selon nos idées, combien ne devait-il pas souffrir d’avoir à vivre avec des hommes si imparfaits et si ignorants des choses de Dieu ? Le commerce avec le prochain est peut-être l’un des choses les plus difficiles. Cependant ce point est d’une pratique continuelle, et de la conduite qu’on tient à cet égard dépanne de qui rend la vertu aimable ou rebutante.

VIII.N.S.J.C. a souffert de la part de ses ennemis tous les genres de PERSÉCUTIONS. L’heure venue où il devait tomber entre leurs mains, il a laissé agir leurs passions, qu’il regardait comme des instruments de la justice divine, IL S’EST TU ; il n’a pas cherché à se justifier, ce qui lui eût été très facile ; il s’est laissé condamner ; il les a laissés jouir de leur triomphe ; il leur a pardonné, il a prié, il a versé son sang pour eux. Voilà le point le plus sublime et le plus difficile de la vie chrétienne.

Tel est l’idéal de la vie chrétienne auquel nous devons tendre :1- ‘’ Venez, suivez-moi !’’
2- ‘’ Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait .’’
3- ‘’ L’apôtre déclare ‘’ que tous ont été choisis pour devenir des saints .’’ Eph. I.4.
4- ‘’ Premier commandement : ‘’ Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur.’’

Le Vble M. OLIER, qui fut un grand directeur d’âmes, ne pouvait supporter l’opinion malheureusement si répandue dans le monde que la perfection n’est que pur les prêtres et les religieux et que les personnes du monde n’y sont pas obligées. ‘’ C’est là, disait-il, une des plus dangereuse illusions que le démon ait répandue dans les esprits. C’est un moyen que sa malice a inventé, pour les perdre, en les attirant à vie tiède et relâchée. Tous les chrétiens sont appelé à la perfection, ajoutait-il, parce que tous, étant enfants de Dieu, doivent être semblables à leur Père : tous étant membres de J.C. ayant une même mère qui est l’Église, une même loi qui est l’Évangile, une même nourriture, l’Eucharistie, les mêmes sacrements, et la même gloire à espérer, il n’en est pas qui ne doive tendre à aimer le Bon Dieu par-dessus tout ‘’. ( Esprit de Olier, Art 6. p.154 : A l’école de N.S.J.C. par le P. Girou.)

3- De la violence qu’il faut se faire.

‘’ Depuis les jours de Jean Bte, dit N.S.le royaume de cieux souffre violence, et ceux qui se FONT VIOLENCE qui en suivent pas par conséquent l’inclinaison naturelle le ravissent.’’

Si N.S.a rendu en vérité la voie du ciel PLUS FACILE par l’effusion abondante de ses grâces et par l’esprit d’amour qu’il a répandue sur ses disciples : d’un autre côté, il a rendu cette voie plus ÉTROITE, et il exige plus que sous la loi naturelle et la loi de Moise : .. Si votre justice, ne dépasse pas celle de Scribes et des Pharisiens, vous n’entrez pas dans le royaume des cieux.’’ Matt. V. Le christianisme étant ainsi très ÉLEVÉ au dessus de la NATURE, on comprend facilement dès lors que N.S. nous dise : ‘’le royaume des cieux souffre violence et ceux-là seuls qui se font violence le ravissent.’’

Cette parole est dure À LA NATURE corrompue parce que C’EST ELLE qu’il faut combattre, et cela sans TRÈVE ni REPOS. Le combat spirituel est avant tout contre NOUS-MÊME nos inclinations naturelles.

Si la vie chrétienne ne consistait que dans une certaine routine de dévotion, compatible avec une vie douce et commode, avec les recherches de l’amour-propre, la complaisance en soi-même, la recherche de tous les plaisirs permis, le nombre de vrais chrétiens seraient nombreux. Mais il n’en est pas ainsi. N.S.J.C. nous dit `’, Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. ‘’ Il met ce glaive en nos mais et il eut qu’on s’en serve pour retrancher sans pitié. Tous les penchants de la nature corrompue, pour se donner la mort, se séparer des occasions de péché, et ne laisser en nous aucune trace du vieil homme.

C’est là encore une fois, la DIFFICULTÉ de la VIE CHRÉTIENNE. Tant qu’il ne s’agit que de fait quelques prières, de visiter l’église le dimanche, de pratiquer quelques bonnes œuvres, d’éviter les gros péchés mortels, on ne trouve un bon nombre, mais lorsqu’il s’agit de corriger ses défauts, de vaincre le respect humain, de réformer son humeur, de tenir en bride tous les sentiments naturels, de vaincre se passions, de supporter patiemment les épreuves, de correspondre aux inspirations de la grâce, la chose devient plus difficile. Plusieurs prennent la fuite, comme Pierre pendant la passion. U n peu comme le patient qui verrait les outils avec lesquels on va l’opérer !

Il est certain cependant que c’est en cela que CONSISTE L’ESPRIT DU CHRITIANISME : se regarder sois-même comme son plus grand ennemi faire une guerre continuelle aux tendances de la nature blessée par le péché originel, selon les lumières et les grâces progressives que le Bon Dieu nous fait, PEU À PEU dans l’exécution : TOUT dans l’intention.

COMBIEN DE TEMPS DURERA CE COMBAT ? Aussi longtemps que la vie, car la nature ne sera jamais complètement vaincue en ce monde. Les saints ont lutté toute leur vie, Plus vous serez généreux, plus vite vous goûterez la paix. Mais les luttes de cette vie vous voudront un si grande gloire !…

Chapitre V : La Foi Pratique

Nous avons remarqué combien grande est notre ignorance des grandeurs de la vie chrétienne, de l’excellence incomparable de cette vocation par laquelle nous avons été faits enfants de Dieu et membres de Jésus-Christ. Sans ce temps où l’on a réduit trop souvent la pratique du christianisme à éviter les péchés monstrueux, indignes des païens eux-mêmes, bien peu s’élèvent à cette conception de la vie chrétienne, la seul vraie pourtant. Hélas, il faut ajouter que notre ignorance de VÉRITÉS PRATIQUES de notre religion est non moins grande. Prenons quelques exemples.

1- Jésus dit, dans l’Évangile : ‘’ Bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui souffrent et qui pleurent, heureux serez-vous lorsque les hommes vous haïront, vous chassent, vous diront toutes sortes d’injures etc… ( Luc, VI, 20) Croyons-nous vraiment ces vérités ? N’avons-nous pas plutôt des sentiments tout opposés ? Qu’on aille de vielle en ville, de village en village, où trouverons-nous des gens qui s’estiment heureux, ou d’être pauvres par leur naissance, ou de l’être par la perte de leur bien? Où trouvera-t-on des chrétiens qui au moins acceptent sans se plaindre, sans critiquer, les croix que la Providence leur envoie ? Comme nous sommes éloignées des pensées et des sentiments de Jésus-Christ !

2- Notre-Seigneur et Maître ,voulant toujours nous enseigner la voie que conduit au bonheur, après nous avoir ait connaître quels sont ceux qui sont vraiment bienheureux, nous apprend ceux qui sont malheureux. ‘’ Malheur à vous, riches, vous avez déjà votre consolation : malheur à vous, qui êtes rassasiés, parce que vous aurez faim; malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous gémirez et pleurez ; malheur à vous lorsque les hommes vous loueront …’’ ( Luc, , VI, 24 ) Penses-nous de cette manière ? Écoutons ce qui se dit quotidiennement dans les conversations : qui parle de la sorte ? Et si quelqu’un s’avisait de le faire, ne serait-il pas traité de fou ? Imagine-t-on nos gens dans les boutiques, dans les restaurants, au foyers disserter sur le bonheur des pauvres, des malades, des persécutés, et le malheurs des riches, de gens biens placés et haut cotés ? Entend-on souvent les chrétiens dire qu’un homme bien riche soit malheureux, que ce soit un malheur d’avoir de riches propriétés, de trop revenus, un grand train de vie ? S’entretient- on souvent parmi le chrétiens du malheur de ceux qui ont leurs aises en cette vie, qui peuvent ‘’ se la couler en douceur ‘’ et la passer dans les divertissements, les jeux, les courses en automobile, sur le plages, en un mot dans la satisfaction de leurs sens ?

Si l’on considère ce qui se passe, on verra qu’un grand nombre de chrétiens, de baptisés, ont des sentiments non seulement éloignés mais directement opposés à ceux de Jésus-Christ, ‘’ O Chrétien insensés, qui vous a charmés, pour ne pas obéir à la vérité, vous qui avez pourtant si bien que Jésus-Christ, votre chef, a été crucifié .’’ ( Gal. III.I). En effet, nous sommes obligés de croire également tous les vérités que le Fils de Dieu nous a révélés : si nous le croyons lorsqu’il nous révèle le mystère de la Sainte Trinité, le mystère de l’Eucharistie ; pourquoi ne leur croirons-nous pas lorsqu’il nous assure que les pauvres sont bienheureux, que les riches haï même et calomniée, de n’être pas populaire dans son entourage ? N’est–ce pas le même Dieu infaillible qui nous apprend les vérités pratiques aussi bien que le vérités dogmatiques de notre religion ? On rapporte, à ce sujet, dans la le vie de S. François de Sale, un trait remarquable. Une jeune fille ayant obtenue son admission à la Visitation, vient prier le Saint, avant d’entrer de lui faire abjurer son hérésie. La Saint fut surpris de cette démarche, sachant qu’elle était de famille catholique et qu’elle avait toujours fait professions de la vraie religion . ‘’ C’est que, lui dit la jeune fille, j’ai toujours crue jusqu’ici que les riches étaient bienheureux et les pauvres malheureux ; que c’était un bonheur de passer sa vie dans les plaisirs et les divertissements , et un malheur de vivre dans la souffrance ..’’

3- Notre-Seigneur ajoute encore, entre autre chose : ‘’ Ne résistez pas à ceux qui vous font du mal : si quelqu’un vous donne un soufflet sur la joue droite, présentez lui aussi l’autre, si quelqu’un veut vous faire un procès pur avoir votre robe, abandonnez-lui encore votre manteau… aimez vous ennemis ; bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent ‘’ ( Matt. V. 39-42 ). Vivons-nous cette doctrine du Maître ? Il nous apprend qu’il ne faut pas résister au mal ni vous venger. Est-ce le conseil que les parents donnent à leurs enfants dans la famille ? À peine les enfants commencent-ils à grandir qu’on leur enseigne à se défende, à ne pas souffrir qu’on leur fasse du mal.

Notre Maître nous dit encore : ‘’ si quelqu’un veut vous faire un procès pour avoir votre robe, abandonnez-lui votre manteau ‘’ Peut-on penser que les chrétiens croient à cette doctrine quand on voit le grand nombre de procès dans nos paroisses ; avec quelle facilité on les entreprend ; avec quel entêtement on les poursuit ; en même souvent avec quelle animosité et quelle haine.

4- Notre-Seigneur dit encore : ‘, Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce, prenne sa croix et me suive ‘’ ( Matt. V. ) A ceux qui veulent être ses disciples, ses prêtres : ‘’ Va tout ce que tu possède, vends-le , puis viens et suis –moi. ‘’ Est –ce vraiment dans cet esprit qu’on cultive les germes de vocation sacerdotale et religieuse ? N’entend-on pas souvent des parents répéter à leurs enfant s : ‘’Fais-toi prêtre, tu vas être bien ‘’ ou autre chose semblable. Au lieu de leur monter la vie sacerdotale pour ce qu’elle est réellement ; une longue et quotidienne immolation de sois au service de Dieu et des âmes. Avec cette mentalité fausse, quand les jeunes gens se trouvent en face de l’austère réalité, trompés par leurs parents, ils fuient devant les exigences de la vie sacerdotale. Ils étaient venue .. pour être bien.’’ , mais non, dans le sacerdoce il faut être chaste comme un ange, il faut vivre séparé du monde, de ses amusements, il faut travailler à une besogne que l’on n’a pas choisie mais qui nous est imposée d’autorité : il faut prier souvent et longtemps, il faut accepter d’être parfois méprisé, etc. Alors ceux à qui on a montré le sacerdoce comme une foie facile s’en vont… A qui la faute ?

L’Apôtre a écrit : ‘’ Il en est qui font profession de croire e Dieu et qui le renient par leurs actes ‘’, ( Tit. I., 16_ et non seulement par leurs actes, mais même pas leurs paroles, chose de leurs sentiments intérieures. Les chrétiens sont appelés FIDÈLES, parce qu’ils doivent vivre de la foi ; et celui qui vit de foi doit regarder les choses dans la lumières de Jésus-Christ et non des hommes.

Seigneur augmentez notre foi à toutes les vérité de votre Sainte Évangile.

Chapitre VI : Détachement des créatures

Pour bien orienter le travail de notre sanctification par nos exercices ascétiques et notre oraison, pour exercer une action puissante sur les âmes par notre apostolat et présenter au monde moderne la solution chrétienne des problèmes actuel, il importe avant tout de savoir exactement et d’une façon aussi nette que possible où se trouve la grande difficulté de la vie chrétienne. Or peu de chrétiens connaissent à la terre, et qui surpasse sans mesure toutes autres sagesse : Doctrina Christi omnes doctrinas Sanctorum proecellit . ( Imit., I.I ) Et du même coup la vraie difficulté du christianisme nous échappe. ‘’ Du haut du ciel, le Seigneur a regardé les hommes pour voir s’il y en a quelques-uns qui ont la vraie sagesse … Tous son égarés, et ne connaissent pas le chemin du salut .’, ( Ps. XIII .) Posons à nos chrétiens cette question : quel est, d’après vous, le caractère essentiel de la doctrine évangélique ? et nous aurons les réponses les plus diverses, tant le démon s’est acharné à embrouiller ce point pourtant mis dans une telle évidence par l’Évangile . Ne déplaçons-nous pas souvent le problème de la vie chrétienne ? nos difficultés, nos échecs, nos innombrables et douloureuses déceptions, dans le travail de notre sanctification et dans notre apostolat, ne viendraient-elles pas avant tout de ce que ‘’ nous donnons nos coups dans l’air ‘’ , comme disait saint Paul ? En toutes choses, il faut d’abord s’attarder au fondement. C’est l’ avertissement que Notre-Seigneur nous donne : ‘’ Qui de vous, voulant bâtir un tour, ne s’assied d’abord pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi l’achever… ou quel est le roi, qui allant faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour examiner s,il est capable, avec dix mille hommes, de faire face à qui s’avance contre lui avec vingt mille ? ‘’ ( Luc, XVI,25 .) Les saints ont commencé par là : saint Ignace à Manrèse : Saint Benoît à Subiaco : saint François à l’Alverne : Saint Jean de la Croix dans le cachot du Carmel de Tolède.

I

L’Évangile est éminemment une sagesse, Comme toute sagesse, il tend à considérer toutes choses à la lumière d‘un premier principe. Parce que l’Évangile est surtout une sagesse pratique, nous trouverons ses principes énoncés sous une forme pratique. En effet le principe ultime dans lequel se résume toute la sagesse de l’Évangile n’est autre que celui du détachement et toutes les choses créées, principe qui contient sans l’énoncer explicitement celui de la transcendance infinie et absolue de l ‘Être incréé. Mais l’évangile, visant un but pratique, va directement à la formule pratique. Heureux celui à qui le Saint –Esprit fera goûter expérimentalement dans l’oraison cette vérité si méconnue et partant si peu prêchée. C’est parce que l’Évangile est avant tout la doctrine du détachement des choses créés qu’elle est appelée la Sagesse de la Croix, ou mieux encore, pour employer la formule de saint Paul ‘’ la folie de la croix .. C’est l’ensemble de la doctrine chrétienne, vue sous son angle essentiel de doctrine surnaturelle, enseignant le détachement universel de tout ce qui n‘est pas Dieu, que l’Apôtre a voulue caractériser par cette forte expression. L’homme naturel ne comprenant rien et ne pouvant rien comprendre, l’évangile lui est apparu comme le comble même de la folie ; si les créatures sont bonnes, pourquoi y renoncer ? Animalis homo, i.e.homo naturalis, non percipit eg quae sunt Dei, stultitia enim est illi. ( I Cor., II, 14.) Vivre ainsi chaque jour, à ses propres yeux et aux yeux du monde, comme un fou, est proprement la croix du chrétien, et ce par quoi il apparaît vraiment comme n’étant plus de ce monde, quia vero de mundo non estis ( jean XV.19)

III

Nous disons donc que le principe et le fondement de la doctrine et de la vie chrétienne est le détachement de toues les choses créées. Il importe cependant de bine comprendre cet énoncé, et de savoir au juste en quoi consiste ce détachement, cette indifférence à l’égard e tous les objets créées, comme parle saint Ignace, en tête es Exercices Spirituels, et qu’il appelle lui aussi le principe et le foncement. ( L’indifférence, écrit le P. Longhaye,e st un mot à qui l’on pourrait donner comme synonyme pratique : détachement .) Parce que le premier principe de la métaphysique chrétienne, tout comme le premier principe de la métaphysique naturel, s’énonce sous une forme négative, il faut bien se garder de croire qu’il s’agit là d’un principe purement négatif. ‘’ Est negativum ita ut simul sit affirmativum ‘’. Écrit le P. Gredt. O.s.b., au sujet du premier principe de la raison naturelle, si justement appelé : ‘’ principe de contradiction ‘’. ( gredt, Elementa philosophiae. N.648 ) Il en est ainsi proportionnellement, du détachement évangélique. Véritable principe de contradiction, dans l’ordre surnaturel, il contient, sans ‘’ énoncer l’idée de la transcendance absolue de Dieu sut tout le créée, et pourrait s’exprimer dans sa forme positive : Dieu doit être préféré à tout le crée. Ce détachement est un acte positif de la volonté par lequel nous nous détournons des créatures pour nous tourner vers Dieu : aversion a creaturi et conversion ad Deum, pourrait-on dire. Il s’agit bien en effet d’un seul et même mouvement de la volonté, selon ce principe bien connue de saint Thomas : omne odium ni amore conra#rii boni fundatur, la haine d’une chose est toujours fondée sur l’amour de son contraire, v.g. le paresseux à la haine du travail parce qu’il aime son repos. Ce détachement en effet ne peut naître que d’une préférence, est ici la cause et l’effet sont tellement inséparables qu’on peut, sans erreur, dans le langage pratique, les identifier ( sur les lois du langage pratique, cf. Maritai : Les Degrés du Savoir, un vol. 900 p. passi,.) et dire : le renoncement n’est et ne peut être qu’une préférence, le renoncement à toutes créatures n’est et ne saurait être que la préférence accordée à celui qui transcende infiniment toute créature ; Dieu, l’Incréé, Il s’identifie en pratique avec l’exercice de l’amour de Dieu par-dessus toutes choses, ( voir les Entretiens Spirituels ch. VIII , et le fameux ch. XII du traité de l’Amour de Dieu, de S. François de Sales, ) dans les choses morales, le bien et le mal sont eux contraires, Or, comment la théologie a-t-elle défini le péchés ? Aversio a Deo et cnversio ad craturas, Le conraire d péché, la perfection,sera don : aversion a creaturis et conversio an Deum. ( Lire la première conférence de Marmion, Le Christ, Vie de l’âme.) De même que la vie du pécheur est une course vers les créatures, en s’éloignant de Dieu, ainsi la vie du véritable disciple de Jésus-Christ est une course vers Dieu en s’éloignant des créatures : quis mihi dabo pennas et volabo ? La sainteté est donc le vide des créatures comblé en nous par l’amour de Dieu, et la perversité est le vide de Dieu qu’on essaye de combler par le néant des créatures. Avec une plénitude incomparable, e grand contemplatif, Thomas d’Aquin écrit : Placé entre les choses de ce monde et les réalités surnaturelles, l’homme ne peut se rapprocher des unes sans s’éloigner des l’autres : est homo constitutus inter res mundi hujus, et spiritualia bona in quibus aeterna beatitudo consistit : ita quod quanto plus inhaeret uni eorum , tanto recedit ab altrero et e contrario. ( III. II.q.108.a.4.)

IV

L’Évangile ne s’arrête pas au jugement objectif que je dois porter sur les créatures, mais considère surtout la disposition de ma volonté à leur égard. Que les créatures soient des êtres, que ces êtres soient bons en eux-mêmes, l’Évangile ne s’arrête pas à ces considérations stériles, admises par tous eux qui sont saint d’esprit . .. La doctrine spirituelle de saint Jean la Croix, écrit J. Maritain, n’est pas métaphysique, elle est évangélique, elle est le pur corollaire et la pure explication de la bonne nouvelle de la rédemption ‘’, c’est caractériser du même coup la doctrine de Jésus-Christ, Jésus est venue donner le coup de mort au paganisme et à son esprit. L’Esprit du paganisme est tout entier dans l’attachement aux créatures aimées et recherchées pour elles –mêmes. Le paganisme est enfermé dans l’univers créée, Jésus nous enseigne à considérer la créature dans sa relation avec Dieu. Sans l’état actuel des choses les créatures sans exception, aussi bien celles que l’on appelle mauvaises que celles qu l’on appelle bonnes en soi sont les rivales de Dieu dans notre affection, aussi saint Thomas et l’on devrait bien le remarquer en définissent le péché, n’a pas dit : est conversio ad creaturas malas, mais bien simplicité est conversio ad creaturas. Plus les créatures même ne semblent bonnes, plus je dois m’en défier, étant par leur bonté même plus aptes à solliciter mon cœur. La pratique du ministère ne nous aura-t-elle pas appris que la perte es âmes commence presque toujours par l’attache à quelque créature bonne en elle-même ? Du reste que voulons-nous donc dire, lorsque, pour nous excuser, nous affirmons : Il n’y a pas de mal en soi à faire ceci ou cela. v.g. fumer, voyager, posséder des biens, des objets de luxe, etc, : à quoi s’opposer cet ‘’ en soi ‘’ que nous avons si souvent à la bouche ou dans l’esprit, sinon à quoad nos, par rapport à nous. Telle choses est bonne en elle-même, elle ne l’est pas par rapport à nous, Il n’y a pas de moral en soi à faire telle chose, il y en a pour nous à la faire. Le ‘’ en soi ‘, nous jetant dans la métaphysique naturelle est le cri du païen qui vie en nous et qui revendique se droits. Loin de nous évidemment la pensée, de faire croire qu’il n’y a pas des choses intrinsèquement mauvaise et d’autres intrinsèquement bonnes. Si nous n’insistons pas davantage sur plusieurs distinctions qu’ils serait utile de faire dans un traité, c’est que nous croyons que les lecteurs sauront lire ces pages dans l’esprit dans lequel elles ont été écrites. L’Évangile est la religion de l’Absolu. Il demande tout à celui qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple : quicumque non renuntiat omnia quae possidet non potest meus esse discipulus. Méditions ces paroles de Maritain : ‘’ Aujourd’hui, la naturalisme a tellement ruiné le subverti la nature qu’il n’est de guérison possible de la nature elle-même et de retour possible à l’ordre stable de la raison que moyennant la reconnaissance intégrale des droits du surnaturel et de l’absolu, des exigences de l’Évangile et de la foi vive. Nos mourons de faveur et de complaisances, de vérités diminuées et embourgeoisées, d’ue religion qui descend à notre mesure… Ce que nous mendions de saint Jean de la Croix disant tout simplement ici de l’Évangile c’est sa doctrine la plus intraitable, c’est l’exemple