Titre de la série :

St-Benoit-Labre-ofm.

Titre de la page:
L-ensevelissement-exaltation-Guérisons
Nom de l'auteur:

Jean-Mantenay

 

CHAPITRE IX

— L'ensevelissement.
— Concours immense.
— Toutes les classes confondues.
— L'exaltation du peuple romain
— Guérisons extraordinaires

Cependant Zaccarelli procédait à l'ensevelissement du corps qu'il enveloppait, non de linceul et le suaire, mais d'un vêtement de lin et du sac des Pénitents blancs, accordé par ces religieux avec empressement à la demande que Pierre-Paul, heureusement inspiré, leur en avait faite. Dès l'aube du Jeudi saint, la maison de Zaccarelui était assiégée par une foule impatiente de voir, de contempler le saint pauvre, que les uns avaient connu, et dont les autres avaient entendu parler avec éloge. On accourait des quartiers les plus éloignés....

De la bouche de tous ces visiteurs tombaient des paroles émues, des excl amations touchantes. C'était un concert d'admiration auquel se mêlait la voix des enfants curieux qui, sans souci du silence, répétaient comme la veille : « Le saint est mort, le saint est mort. » Ces voix se répercutaient dans les plus humbles demeures, pénétraient dans les palais, de telle sorte que l'on pouvait dire avec saint Jean Chrysostome : « La ville entière est ébranlée ». On laissait sa maison, on suspendait son commerce, dans les magasins et sur les places publiques (détails à peine croyables, mais très authentiques) pour se diriger vers la demeure du boucher Zaccarelli.

Dans cette procession ininterrompue, grossissant d'heure en heure, se confondaient tous les rangs de la société, le pauvre et le riche, le noble et l'artisan, les femmes du peuple et les dames de la plus haute aristocratie. On peut dire qu'au premier jour de son décès Benoît Labre fut canonisé par ces multitudes. Jamais notre vieil adage : « La voix du peuple est la voix de Dieu » ne reçut une application plus complète et plus juste. La chambre mortuaire devint une sorte de chapelle ardente, moins par les cierges liturgiques qui entouraient le défunt que par la ferveur qui s'exhalait de toutes les poitrines. On y entrait avec recueillement comme en un sanctuaire. On ne se lassait pas de contempler le saint pauvre, celui dont la physionomie rappelait si bien celle de Jésus, et la louange ne tarissait pas dans l'assemblée.

« Il est mort comme un ange », s'écriait l'abbé Mélis, en laissant couler ses larmes sur la couche odorante du bienheureux défunt.

« Odorante », avons-nous dit, et le mot est exactement vrai, et ce n'est pas l'une des moindres caractéristiques de la sainteté de Benoît Labre. A l'encontre des autres cadavres qui bientôt exhalent une odeur fétide, le corps du saint pauvre exhalait un parfum, comme d'un mélange de fleurs; il n'était pas décomposé; il conservait sa chaleur et la flexibilité de ses membres ; on respirait autour de lui un air de vie. Tel est le témoignage rendu par le frère Silvani sur ce fait extraordinaire.

Nous avons mieux encore :

Peu après la mort du Vénérable, le même abbé Mélis eut la pensée de rechercher les chaussures qu'il lui avait fait quitter en échange de moins mauvaises; il alla demander au cordonnier de les lui céder, mais il ne put en obtenir qu'une, qui parut exhaler un suave parfum, ainsi qu'au P. Piccilli auquel il en référa.

Au monastère de Monte-Lupone, un prodige révéla la présence d'une relique dont on ne se doutait pas.

avait dont s'était servi Benoît, à son pas-

ait été mêlée avec les autres qui étaient à l'usage (les étrangers. Après sa mort, on sentit une odeur des plus suaves s'exhaler du lieu oh elles étaient déposées. Les religieuses, pour discerner la source de cette odeur, se mirent à flairer chacune de ces cuillers : une seule odorait ainsi : celle qui avait servi au saint pèlerin deux ans auparavant.

L'abbesse Éléonore, en donnant connaissance du fait à l'abbé Mancini, le confirma par un autre tout semblable, arrivé chez ces paysans du voisinage qui avaient donné asile au Vénérable pendant une nuit de grande pluie. L'assiette dans laquelle il avait mangé la polenta donna, aussitôt après sa mort, une odeur agréable qu'ils ne purent attribuer qu'à l'usage que le saint pèlerin en avait fait.

Instinctivement, les visiteurs s'agenouillaient devant ce corps inanimé, les uns lui faisaient touche leurs chapelets, d'autres lui baisaient avec respect  les pieds et les mains; combien pleuraient  d'attendrissement et eussent souhaité emporter  quelques-unes de ses reliques! Heureusement on avait enlevé et mis en lieu sûr ses pauvres haillons, ses livres et tout ce qui était à son usage. Une pareille affluence rendait inhabitable la demeure des Zaccarelli ; il fallut assurer un service d'ordre en plaçant des sentinelles corses l'entrée de la maison et de la chambre mortuaire. Cette mesure prise, Zaccarelli put s'occuper des funérailles de son saint ami.

Une question se posait. Où serait-il enseveli? L'hospice Saint-Martin réclamait son pensionnaire ; le curé de Saint-Sauveur revendiquait son droit pastoral; enfin l'église Notre-Dame- des-Monts semblait toute désignée, et de préférence, pour recevoir les restes mortels du saint pauvre. C'était le désir de Zaccarelli, qui finit par triompher de toutes les oppositions. Le peuple, qui a le vrai sens religieux, avait accueilli ce projet avec joie; il se passionnait pour sa réalisation, tant il trouvait naturel que le pauvret de Notre-Dame-des­Monts fût enterré là, sous le regard de la Vierge Marie.

Le soir, un peu avant le coucher du soleil, selon la coutume romaine, le corps fut enlevé de la chambre mortuaire et placé sur un brancard, vêtu comme il était du sac de la pénitence et le visage découvert. Mais la maison étant littéralement assiégée par les femmes, il fallut doubler la garde pour ouvrir le passage au convoi. Autour des péni­tents blancs, qui n'avaient voulu céder à personne l'honneur de porter le corps, se groupaient les moines de Saint-Martin, les vicaires de la paroisse, un nombreux clergé, puis un peuple immense don­nant au cortège funèbre l'apparence d'un véritable triomphe.

Dès que la bière apparut, plusieurs femmes se mirent à crier : « Oh ! qu'il est beau! oh! qu'il est beau! »

Ce fut le signal des applaudissements. On sentait cette foule, heureuse de pouvoir donner enfin un libre cours à son admiration pour les vertus du Bienheureux; on rappelait sa pauvreté volontaire, ses jeùnes continuels et ses pénitences excessives; sa piété, son admirable modestie, son amour pour la Sainte Vierge et pour son divin Fils, et comme les regards suivaient les mouvements de la bière qui s'avançait lentement, le même cri se faisait entendre dans tous les rangs : « Oh! qu'il est beau! » Puis, à cette exclamation se joignait encore la voix des enfants : « Le saint est mort ; le saint est mort. » C'était un concert saisissant.

De la maison de Zaccarelli à Notre-Dame-des­Monts le trajet est court. Les hommes massés devant le portail attendaient le convoi, voulant faire au saint pauvre une chaleureuse ovation par des vivats répétés, accompagnés de battements des mains, en signe d'allégresse. Ces hommes avaient, eux aussi, compris la vertu de Benoît Labre; en lui ils glorifiaient un héros sur la terre et un Bienheureux au ciel. « Quel triomphe, n'est-ce pas? s'écrie l'abbé Rosière. Et comme il nous serait bon d'appliquer la parole de l'apôtre : « O mort, où est donc ta victoire ? » Cependant, ce triomphe du premier jour ne que leprélude de celui que Notre-Dame-des- Monts esttt ménage à son bien-aimé serviteur les jours suivants

Le Vendredi saint, l'église était à peine; ouverte que la foule, qui eu assiégeait les portes, se précipitait autour du lit mortuaire où reposait Benoît Labre. Mêmes impressions que la veille dans tous les esprits, même émotion dans les coeurs et un égal besoin de rappeler les vertus du Bienheureux, dans cette enceinte où il venait prier tous les matins, sous cette voûte antique vers laquelle s'élevaient comme un parfum, les ardentes prières du saint pénitent. A l'église on ne pouvait se rassasier de regarder ce cadavre; nul ne voulait céder sa place aux nouveaux venus qui essayaient de se frayer un passage, voulant approcher à tout prix. Ce flux et ce reflux ne discontinuant pas, on ne put songer à fermer l'église à midi, encore moins à procéder à la cérémonie de l'inhumation.

Lorsque les fossoyeurs se présentèrent pour la seconde fois, le P. Palma répondit qu'il n'était plus maitre de la place et qu'il y ;avait lieu d'en référer au cardinal-vicaire. Celui-ci, instruit de ce prodigieux mouvement populaire que rien, pas même les menaces et la violence, ne pouvait réprimer, dut permettre de surseoir à la sépulture. Enhardis sans doute dans leur dévotion, d'aucuns ne se bornèrent pas à jeter sur la couche funèbre des regards attendris; de nombreux larcins, que la conscience, à tort ou à raison, légitime toujours en pareil cas, furent commis sur la personne et sur la couche (lu saint pauvre. On s'en prit à ses cheveux et à sa barbe ; il n'en restait plus trace dans la soirée ; penchés sur ses pieds pour les baiser, certains se taillaient une relique dans le sac dont il était revêtu. Les fleurs et les rubans dont on le couvrait étaient aussitôt saisis et distribués par le garde, qui avait grand'peine à protéger cercueil. Et que l'on ne croie pas qu'il n'y eût là que le peuple avide et inconscient : on y voyait apparaître les hautes personnalités de la ville; telle la princesse Éléonore Rospigliosi, grande admiratrice du saint pauvre, qui était venue se prosterner auprès du défunt.

 Telle la duchesse Poli qui, tandis qu'elle priait, s'apercevant qu'une légère sueur transpirait de la face du cadavre, l'essuya dévotieusement avec un mouchoir qu'elle conserva comme une précieuse relique. Des marques de cette nature s'étaient déjà produites sur le corps du saint pauvre. Lorsqu'on l'eut transporté, le soir, dans un oratoire contigu à la sacristie, les frères lais s'aperçurent qu'une sueur abondante coulait du front, du visage, et baignait les cheveux et la barbe, comme si t'eût été un corps vivant. Ou crut d'abord que c'étaient des gouttes d'eau bénite, mais quand on les eut épongées, le visage transpira de nouveau, et ce phénomène se renouvela plusieurs fois. C'est ce qui donna sans doute au chirurgien Valetti la pensée d'essayer une saignée, et il vit que le sang n'était pas entièrement figé. On eût dit que la mort n'osait pas exercer tout son empire sur ce juste, selon l'expression de l'abbé Rosière. Parmi les innombrables visiteurs de ce jour, la femme Bombled, française, devait être une des plus empressées ; accourue dans l'après-midi, elle prit la main du Bienheureux, la baisa ; elle était tiède moite, en sorte qu'il lui semblait voir un homme endormi.

Quatre jours après le décès, le dimanche de Pâques, en présence des médecins, ce corps fut reconnu exempt de toute corruption, aussi flexible et aussi palpable que s'il venait d'expirer. On poussa la précaution jusqu'à mettre des chalumeaux dans sa bouche, et en pompant l'air qu'on avait introduit dans ses entrailles, il n'en sortit aucune mauvaise odeur. Ainsi parle J.-B. Alegiani, avocat de la cause du Bienheureux.

En ville, toutes les conversations roulaient sur Benoît Labre, la politique était interrompue, les affaires suspendues. Les scènes qui se déroulaient à Notre-Dame-des-Monts, et que l'on racontait partout, produisaient sur chacun une impression souveraine, et surtout troublaient, la grâce aidant, plus d'une âme coupable. Tel cet homme de bonne condition, mais connu publiquement pour ses moeurs dépravées ; à la vue du convoi, il se mêle au cortège, s'approche de la bière, saisit et presse la main du défunt ; ce contact produit en lui une sorte de commotion si violente qu'il se sent transformé et se convertit sur-le-champ, en allant faire l'aveu de ses fautes à dom Marconi, le confesseur de Benoît Labre, et publiant partout qu'il devait au Bienheureux la grâce de sa conversion. Le Samedi saint, le concours des fidèles, bien loin de diminuer, s'accrut d'une façon plus considérable que la veille. Les récits miraculeux, qui se passaient de bouche en bouche, piquaient la curiosité des plus indifférents ; on accourait, cédant h l'entraînement, à Notre-Dame-des-Monts.

L'office eucharistique du Jeudi saint, les chants lugubres du Vendredi saint avaient imposé une certaine retenue dans la Basilique ; aujourd'hui. devant les autels dépouillés et le tabernacle vider chacun se laissait aller à son inspiration et au choix des moyens pour aborder le cercueil. Voici l'une des notes écrites sur place par dom Marconi : « Pour satisfaire plus aisément aux voeux du public, on exposa le corps en divers endroits de l'église, on doubla la garde, on ne laissa que deux portes ouvertes, l'une pour entrer et l'autre pour sortir. Mais toutes ces précautions ne maintinrent pas l'ordre ; l'église était toujours comble, les environs étaient pleins d'une foule immense, les places et les rues voisines ne suffisaient pas aux voitures : je ne crains pas de le répéter, de mémoire d'homme, on n'a rien vu qui se puisse comparer au spectacle dont nous avons été témoins.

Pressés de tous côtés, les soldats corses ne voulaient cependant pas maltraiter cette masse de fidèles si édifiants, si pleins de confiance dans les mérites du saint et dans sa puissance auprès du Seigneur, car voici qu'un miracle de guérison venait de s'accomplir dans la matinée sur une jeune malade nommée Angélique, bien connue du voisinage. Une terrible chute du haut d'un escalier avait eu pour résultat de lui donner une commotion des plus graves. Pas un organe qui ne fût atteint et ne la soumît aux plus horribles souffrances. Entre la vie et la mort depuis quatre ans, elle restait un pro­blème pour la science, qui avait épuisé sur elle toutes ses ressources. Le ciel avait ses desseins. La pieuse Angélique apprend le décès de Benoît Labre ; loin de s'attrister de cette nouvelle, elle s'en réjouit, persuadée qu'elle sera guérie par son intercession. En vain sa soeur veut l'en dissuader et la retenir, elle demande avec instance qu'on la conduise auprès du corps exposé dans l'église ; reproduisons son récit : « Enfin, dit-elle, vint le moment fortuné où je pus m'approcher. Je vois le saint pauvre : la tête inclinée vers lui et les lèvres collées sur sa main, je le prie avec confiance de nie rendre la santé. Soudain, j'éprouvai une sensation délicieuse et comme un sentiment de bien-être général qui me fit m'écrier d'une voix sonore : « Bienheureux Benoît! je vous remercie ! Ma sœur, je suis guérie ! »

Le cortège de ses maux et de ses souffrances avait disparu ; plus de palpitations, plus de douleurs, plus de difformités, plus de plaies. Elle parlait : on se pressait autour d'elle, on la félicitait : « Oh ! vous êtes heureuse ! Quel miracle ! Bien­heureux Benoit ! » On peut s'imaginer à quels transports de joie se livra toute l'assistance, déjà si prédisposée à la laisser éclater : « Grâce! grâce ! s'écriait-on en signe de remerciement, grâce ! miracle ! miracle ! » Avant que le soleil fût couché, l'écho de cette guérison éclatante et instantanée s'était répandu dans la Ville éternelle ; chacun alors de se précipiter vers Notre-Dame-des-Monts. Les rues regorgaient de monde ; à mesure que l'on avançait, la foule grossissait. Chacun luttait pour entrer dans l'église : mais arrivé là, il fallait livrer un nouvel assaut afin de s'approcher du cadavre, le contempler, le toucher même, s'il était possible, dérober au moins quelque fil au sac de pénitence dont il était enveloppé. Hommes, femmes, bourgeois, artisans, prêtres, religieux étaient confondus pêle-mêle, subissant cette pression patiemment, jusqu'à ce que le désir de chacun fût satisfait. Les cardinaux, les généraux d'ordre, les prélats de divers degrés, partageant l'émotion générale, se mêlaient au mouvement religieux et concouraient ainsi pour leur part à cette ovation inouïe de l'humble serviteur de Dieu. Ce soir-là encore, il ne fut pas possible de fermer, à l'heure habituelle, les portes de l'église ; on dut même employer la force pour transporter le corps dans une chambre contiguë à la sacristie.

Contraints de sortir, les fidèles ne voulaient cependant pas rentrer chez eux sans y rapporter quelque souvenir du Bienheureux. Ils se dirigèrent alors vers la maison des Zaccarelli, sollicitant la faveur de visiter la chambre où le saint pauvre était décédé, de toucher et de baiser ses haillons, son chapelet, son bréviaire, son écuelle fêlée, ses chaussures en loques. Tout ce qui avait été de l'appartenance et à l'usage de ce pauvre, hier encore objet de répulsion pour plusieurs, était aujourd'hui sans prix, recherché, admiré, convoité. L'un de ces visiteurs, c'était un pauvre, aborde Zaccarelli dans la rue et veut lui baiser la main en signe de reconnaissance. « Mais, mon ami, je ne vous connais pas; de quoi nous remerciez-vous ? » Et le pauvre lui raconte que n'ayant pu approcher du cercueil dans l'église, il est venu chez lui; on a eu la charité de le laisser monter dans la chambre du Bienheureux défunt. Il était perclus, mais après avoir prié il s'est relevé alerte, ingambe. Et c'est de quoi il remerciait le bienfaiteur de saint Benoît Labre.

L'hospice Saint-Martin, qui avait eu la gloire d'hospitaliser le pauvre Benoît Labre, recevait aussi des visites sans nombre : on demandait à voir la place qu'il occupait au dortoir, à la chapelle ; on s'agenouillait là où lui-même avait prié ; on interrogeait ses compagnons de pauvreté, qui ne se lassaient pas de raconter ses actions héroïques, ses paroles édifiantes, mêlant à leur récit des larmes de regret et de véritable affection. D'autres enfin s'enquéraient des églises, des chapelles fréquentées naguère par le défunt, et partout des prières ardentes lui étaient adressées. Cependant, le triomphe du lendemain, jour de Pagnes, devait surpasser celui des jours précédents. En cette solennité, le triomphe de Benoît Labre allait se mêler à celui même du Christ :ressuscité. Bien avant l'aube, les femmes romaines, non moins empressées que celles de Jérusalem courant au Calvaire, avaient quitté leurs demeures et envahi le quartier des Monts. Dès que l'église fut ouverte, le flot populaire y fit irruption ; ce ne fut plus un concours, une assemblée de fidèles dont on peut compter les membres, mais — disent les témoins — ce fut un torrent, une inondation, un déluge de peuple. La foule était hors de sens, pleurant, priant, acclamant le saint et le voulant voir. On aurait dit qu'un feu de Pentecôte brûlait les âmes et faisait de chaque assistant un apôtre, un apologiste du Bienheureux.

C'était, on le savait, le dernier jour de l'exposition du corps du Vénérable. Par ordre du cardinal-vicaire, la fosse avait été creusée dans l'église et l'inhumation devait se faire le soir, après les offices; chacun voulait, à tout prix, ne pas laisser se fermer la bière sans voir ce visage de saint, en contempler les traits et en garder dans la mémoire la fidèle empreinte. Les plus intrépides arrivaient à leur but : mais combien durent se retirer, déçus dans leur espérance! Sur la place, de groupe en groupe, on célèbre à l'envi les vertus du Bienheureux et les merveilles qu'il accomplit, avant même qu'il soit descendu dans la tombe. Plusieurs guérisons miraculeuses, en effet, avaient été signalées, et chacune d'elles soulevait d'enthousiasme cette population romaine si expansive en ses dévotions. Ce fut, entre autres, la guérison d'une femme aveugle que l'on avait conduite dans la chambre mortuaire de Benoît Labre.

Après avoir prié avec ferveur, elle avait recouvré la vue graduellement, jusqu'à ce qu'enfin, distinguant toute chose, jusqu'aux nuances des objets, elle pût se retirer seule et sans guide. Au milieu de cette mer houleuse, aucune messe n'avait pu être célébrée dans l'église de Notre-Dame­des-Monts. Il en fut ainsi de l'office des vêpres. A l'heure où l'on a coutume de les chanter, les Pères gardiens de la basilique, préoccupés de l'inhumation, firent transporter le corps à la sacristie afin qu'un peintre pût en reproduire les traits; après lui, un artiste mouleur prit l'empreinte du visage. On dût se hâter pour cette double opérations car la foule grondait dans l'église; la prudence commanda même d'y reporter sans retard le corps crier vénéré. Dès que la foule l'aperçut, elle se mit à crier. « Le Saint, voici le Saint! nous voulons voir le Saint! » Résister à cette voix de tout un peuple n'était pas possible, on bravait les gardes et, sans nul souci des convenances, sans aucune crainte d'accidents, ceux qui se trouvaient plus éloignés montaient sur les bancs, sur les confessionnaux, et jusque sur les autels. Écoutons un témoin tout à fait digne de foi, Madeleine Majo :

« Les soldats étaient nombreux, dit-elle, mais ne suffisaient pas; il leur fallut employer la bastonnade; et encore ceux qui la recevaient criaient : « Frappez, frappez, pourvu que j'aie la consolation de voir le corps saint. » Quelques-uns ajoutaient : « Mort ou vif, je veux arriver. » C'était du délire. » Ce qui mit le comble à l'exaltation de la foule, ce fut un nouveau miracle obtenu dans ce court intervalle. Une femme nommée Madeleine Félicie, souffrait depuis dix ans de douleurs névralgiques que rien ne pouvait calmer, ni la nuit, ni le jour. Informée des merveilleuses guérisons accomplies par saint Benoît Labre, elle n'hésita pas à venir se réclamer de sa protection. La foule compatissante lui fraye un passage. Parvenue auprès du corps, elle se précipite sur lui, et saisit l'une de ses mains sur laquelle elle appuie son visage. A ce contact la douleur disparaît soudain; et l'heureuse femme de s'écrier : Grâce! Grâce! » Alors éclatent de toutes parts les acclamations qui glorifiaient le Seigneur, et en même temps son serviteur Benoît- Joseph Labre. Après cette guérison publique, notoire, spontanée, précédée, déjà, d'un si grand nombre d'au tres, une confiance sans bornes en saint Benoît

Labre saisit tous les coeurs et poussa vers son cercueil cette multitude. Les mères y amenaient leurs enfants et y déposaient leurs prières suppliantes. Tous les malades espéraient leur guérison et leur confiance était fondée, si l'on songe que dans ces quelques jours, plus de deux cents guérisons furent obtenues, par l'intercession du Bienheureux Benoît Labre. On accourait à lui comme autrefois on allait au Sauveur.

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