Titre de la série :

St-Benoit-Labre-ofm.


Titre de la page:

Canonisation-Beatification-Saint
Nom de l'auteur:

Jean-Mantenay



Chapitre X I I

 

La canonisation

 

Cette solennité eut lieu le 8 décembre 1883. La foule était immense et dans l'église, et sur la place Saint-Pierre, car à Rome le bienheureux Labre est le plus populaire des saints. Lorsque le pape parut, porté sur la Sedia Gesta toria, et suivi des cardinaux, archevêques et évêques, tous en chape et en mitre blanche, pendant que la garde suisse faisait la haie, le cardinal Bartolini, postulateur de la canonisation, commença ses postulations. Cette invocation suprême terminée, le [pape monte sur son trône. Là, il prononce, mitre en tête comme docteur infaillible et chef de l'Église universelle, le décret d'après lequel Benoît-Joseph Labre est inscrit dans le catalogue des « saints », et que sa mémoire doit être célébrée chaque année avec une pieuse dévotion par l'Église universelle le 16 avril.

Tout était dit; le décret solennel était promulgué. A toute volée sonnaient les cloches de la cité sainte auxquelles répondaient les trompettes d'argent de Saint-Pierre.


Chapitre X I I I


Les quatre sanctuaires de Saint Benoît-Joseph Labre à  Rome . — Le pèlerinage en France .

 

 


Le premier de ces sanctuaires est la maison du boucher Zaccarelli où le Bienheureux mourut. Une porte intérieure est surmontée d'une croix avec une inscription ; l'escalier de bois, en deux volées, est remplacé par des marches d'une pierre marbrée, et orné de quatre tableaux.

Le premier représente Zaccarelli offrant à Benoît Labre, en partance pour Lorette, où il allait tous les ans faire ses Pâques, une paire de souliers et un chapeau tricorne ; c'était la coiffure du temps. Benoît refuse ; tout cela est trop beau pour lui, pour un pauvre de son espèce.

Le second tableau montre le Bienheureux en prière à Sainte-Marie-des-Monts. Il est absorbé dans son oraison, les mains jointes sur la poitrine.

Le troisième reproduit la scène de Benoît Labre gravissant l'escalier, soutenu par le fils Zaccarelli et plusieurs autres jeunes gens.

La quatrième figure la mort du Bienheureux. Il est revêtu de sa tunique couleur marron, ses bas sont d'un gris bleu ; il a les jambes croisées, la tête penchée sur l'épaule droite ; la main gauche repose sur son coeur, tandis que l'autre tient son chapelet. La figure est décharnée, longue, couverte d'une barbe peu épaisse et blonde, comme la chevelure.

Le second sanctuaire est Notre-Dame-des-Monts. Il y avait là, autrefois, un couvent de Clarissesi:le dont le réfectoire avait été converti en fenil. Le 26 avril 1579, un ouvrier remuant du foin frappa le mur de sa fourche, et entendit distinctement ces mots: Prenez garde, ne me blessez pas ! » Un peu après, comme cet homme continuait sa la même voix reprit : Epargnez du moins mon fils ». On découvrit alors, sur la muraille, une madone portant l'enfant Jésus ; plusieurs guérisons miraculeuses ayant eu lieu, le pape Grégoire XIII fit bâtir une église sous le vocable de Notre-Dame-des­Monts. L'ancien pan de muraille où la Vierge est peinte sert de retable au maître-autel. On y voit encore la trace des deux coups de fourche que la Mère et l'Enfant ont reçus au xvie siècle. Pèlerin de bien des sanctuaires, Benoît Labre avait donné ses préférences à Notre-Dame-des­Monts, située aux environs du Colysée. Il s'y rendait tous les matins et y passait dans une extase les plus longues heures de ses journées. On comprend dès lors que le peuple ait spontanément  sollicité la faveur de l'inhumation dans de la Madone ; chacun pressentait les honneurs réservés au saint pauvre ; clergé et fidèles de  la paroisse voulaient s'assurer un protecteur au ciel.

Une cinquantaine de pas séparent de l'église la maison des Zaccarelli. Aux fêtes de la béatification de Benoît Labre, un vieillard de quatre-vingt-dix ans racontait que le bon pauvre se plaisait à jeter des miettes aux oiseaux du Colysée, ils s'approchaient familièrement de lui comme d'un autre saint François d'Assise.

Le troisième sanctuaire est l'oratoire du postulateur, rue des Crociféri.20.

Enfin, le quatrième sanctuaire est l'église Sacré Coeur, place Navone. Énumérons maintenant les pèlerinages en France . Le premier est celui d'Amettes où, nous l'avons dit, naquit le Bienheureux. Voici l'église d'Amettes ; la flèche effilée de son clocher apparaît comme une sentinelle à l'entrée de la paroisse, Benoît a parcouru ces chemins en se rendant à l'école ou aux offices. L'église se compose de deux parties distinctes : l'ancienne nef du xvte siècle est vaste, bien éclairée, et de style ogival. Les nervures de la voûte sont remarquables ; on dirait une gerbe s'élevant de chaque pilier pour s'épanouir au ciel. Voici, dans l'angle occidental qui suit le porche, les fonts baptismaux, c'est là que l'enfant de bénédiction reçut de l'Église notre mère la vie de la grâce qui l'a conduit aux sublimes sommets de la perfection.

La chaire de la vérité est celle-là même au pied de laquelle Benoît Joseph venait assidûment entendre la parole de Dieu. Ce meuble en bois de chêne verni à cul-de-lampe, est sculpté sur les six panneaux qui la composent, l'un d'eux représente saint Jean prêchant au désert. Sous le vaste arceau qui sépare les deux parties de l'église, se trouvait la Table de Communion de l'ancien sanctuaire ; Benoît s'y agenouilla sou­vent pour y recevoir l'Eucharistie. Dans la chapelle de gauche est un autel dédié jadis à Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Benoît se consacra de bonne heure au service de la Vierge Marie ; il aimait, dit la légende, à y venir prier et réciter son chapelet. C'est maintenant l'autel des défunts. Un tableau du temps représente un prêtre disant la sainte Messe, élevant l'Hostie, et les âmes délivrées du Purgatoire montant au ciel. Le vitrail figure Notre­Dame-du-Scapulaire délivrant aussi les pauvres âmes.

Dans la même chapelle se trouve encore le con­fessionnal, en chêne sculpté, comme la chaire ; au fronton, le Bon Pasteur chargé de sa brebis ; Benoît Labre y vint plus d'une fois accuser ses péchés et témoigner par ses larmes, de la sincérité de sa contrition. A droite, se trouvait l'ancien maître-autel dédié à Saint Sulpice patron de la paroisse. Benoît, en­fant de choeur, aimait à y servir la messe. L'abside de l'église s'est transformée en un beau sanctuaire orné de riches peintures et de douze vitraux très remarquables, rappelant les principales circonstances de la vie du Bienheureux. Dans le tombeau de l'autel, on aperçoit une sta­tue couchée, image de Benoît Labre expirant sur la paillasse des Zaccarelli, laquelle a été donnée à l'église d'Amettes et apportée de Rome par le zouave pontifical Arthur Guillemin, que le Bienheureux avait miraculeusement guéri.

D'autres reliques sont ainsi désignées (ex stra­gulo) de la couverture du lit mortuaire ; mauvaise serge verte et grise, usée, déchirée ; (Ex arca sepulcrali) du cercueil de saint Benoît Labre, deux gros fragments de l'oreiller de paille sur lequel sa tête repose. Mais la plus considérable et la plus précieuse relique est un fragment de rotule, gros à peu près comme le pouce ; puis divers fragments des petites côtes, de la tête, des ossements ; le tout renfermé dans un beau reliquaire. Enfin, un morceau du cordon du Tiers-Ordre de saint François, un morceau de son vêtement et un livre de dévotion.

Quittons la maison de Dieu, et allons visiter celle du saint.

On y entre en traversant le pré appelé autrefois et maintenant encore la pâture; elle faisait partie du patrimoine des Labre avec ses annexes : grange, remise, écuries. Le précieux héritage acheté par M. Decroix, curé de la paroisse, est devenu la propriété du Grand Séminaire d'Arras. La pièce principale de cet immeuble a servi•tour à tour de cuisuine et de magasin de mercerie. On y voit une pendule antique. A droite, la grande chambre à coucher où naquit Benoit-Joseph. On y lit ces paroles du saint : « Je remercie Dieu d'être né dans la foi et d'avoir été élevé par des parents chrétiens » . A gauche, la chambre appelée le Fournil, on y conserve une armoire de famille, un buffet à étagères pour la vaisselle. A côté et en dehors, un couloir ajouté postérieurement à la maison pour donner accès aux pèlerins dans la chambre de Benoît Labre, sans traverser les autres pièces. Cette mansarde, ménagée dans le grenier, mesure quatre mètres carrés sur deux mètres de haut. Des bannières et des ex-voto couvrent les murs blanchis, avec ces paroles appro­priées et déjà citées : « Oh ! ne vous fâchez pas, ma chère maman, Dieu m'appelle à la vie austère de la Trappe ; ne faut-il pas que je m'habitue avant de l'entreprendre ? Je me prépare à suivre les voies de Dieu ».

On a installé clans la mansarde un petit autel où les prêtres offrent le Saint Sacrifice. Enfin, après être descendu de la demeure sanctifiée, le pèlerin est invité à suivre les stations d'un monumental chemin de croix circulant autour de la pâture et aboutissant au cimetière. Certes, le souvenir de Benoît Labre, faisant le chemin de croix du sombre Colysée, enflamme votre dévotion privée, mais comment dire l'émotion qui vous envahit lorsque dix mille pèlerins, massés dans la pâture, écoutent les paroles que le prédicateur fait entendre à chaque station, et remplissent l'air des chants qui les accompagnent ! Que de larmes sont alors versées sur la voie douloureuse ! Que d'actes d'amour et de contrition vont toucher le coeur de Jésus sur sa croix victorieuse ! Au bord de la pâture et au fond d'une grange où Benoît Labre se retirait pour prier, un oratoire a été bâti autour duquel on lit ces pieuses sentences : Riche des biens du ciel — Héros de la Pénitence — Modèle de douceur — Patron des pèlerins — Ange de pureté — Dévot des Quarante-Heures — Amant de la Croix.

Le second pèlerinage est à Conteville. C'est lorsque la cause de Benoît fut introduite en cour de Rome que le souvenir de son séjour à Conte ville fut réveillé dans le diocèse. On voulut visiter le presbytère témoin de tant d'actes de vertu. On comprit que cette pauvre demeure était digne de respect et méritait d'être précieusement conservée. Le ciel inspira une personne bienfaisante de racheter l'immeuble et de construire tout auprès une élégante chapelle qui abriterait les reliques de saint Benoît Labre. Dès lors, Conteville devint, avec Arnettes, distant l'un de l'autre de six kilomètres, un centre de pèlerinage. C'est là certainement qu'il faut aller, après le pays natal du Bienheureux, pour retrouver ses traces les plus nombreuses et les plus édifiantes. On arrive à Conteville par Saint-I'ol, dont l'église paroissiale a gardé mémoire du passage de Benoît Labre, ou bien par la gare de Wavrans, en remontant la vallée sèche et pittoresque qui descend d'Hestrus (la paroisse) vers la Ternoise , jusqu'au plateau boisé où est bâti Conteville. Le presby­tère et l'église sanctifiés par la présence de notre Bienheureux appellent naturellement les premières visites du pèlerin. Le presbytère ou, comme on dit dans le pays, la maison de saint Benoît ressemble exactement à celle qui l'a vu naître, on les dirait bâties par le même architecte sur un plan uniforme.

La chapelle au style gothique donne entrée, par un escalier de quelques marches, à la mansarde qu'habitait Benoît Labre, dans le grenier du pres­bytère. On ne monte pas ces degrés et l'on ne pé­nètre pas dans ce mystérieux réduit sans émotion. On v trouve, en effet, le même plancher vermoulu sur lequel il s'agenouillait des heures entières, la nuit pour prier ; l'étroite fenêtre percée dans le même toit de chaume, et jusqu'à l'image de son pauvre lit. Sur les murs blanchis à la chaux, se lisent plusieurs inscriptions, entre autres, ces paroles de l'ancien vicaire de Conteville :

« J'ai toujours remarqué en lui beaucoup de piété, de penchant à l'austérité et d'ardeur pour la lecture des bons livres ». A l'intérieur, conservé avec soin, dans une grande pièce qui devait servir de cuisine et de salle à manger, on lit cette étrange inscription : « Ici, dans cette maison, M. Vincent, ayant donné tous ses meubles, s'asseyait avec son saint neveu sur les rebords d'un trou pratiqué dans le milieu du sol ». La cheminée où l'on faisait cuire la soupe avec le bois de la charité, rappelle aussi ces paroles de M. Vincent: « Allons, mon neveu, nous avons la santé, un morceau de pain peut nous suffire, et, dans le village, il y a des infirmes et de pauvres malades qui ont besoin d'autres nourritures ». Alors, le digne neveu d'un tel oncle portait potage, viande, légumes, dans deux cannes (terme du pays pour désigner un vase en terre cuite), aux nécessiteux. A côté de cette chambre se trouve une autre pièce dont on voit la destination quand on lit sur la muraille : « Ici, M. Vincent faisait l'école ». L'église de Conteville, pour n'être pas un monument, n'en a pas moins son caractère; son clocher de bois, ses fenêtres à meneaux, sa voûte à arêtes, les colonnes torses qui soutiennent sa tribune, et jusqu'à son transept disproportionné lui donnent un cachet rustique très curieux. Mais son charme principal vient du souvenir qui s'en exhale concernant Benoît Labre : ses pieds ont foulé le pavé de cette enceinte; que de visites il fit au Saint-Sacrement! avec quelle piété il servait la messe de son oncle! Quelle édification il donnait aux fidèles qui le voyaient si recueilli en Dieu! Une main pieuse a eu soin de marquer, à la Table de Communion, du côté de l'Épitre, la place où il se mettait à genoux. Les pèlerins se font un devoir de s'y agenouiller aussi, soit pour commu­nier, soit pour prier. L'Ecce Homo ou Jésus flagellé paraît être l'objet d'une dévotion chère aux paroissiens. C'est peut-être là, au pied de la sanglante image, que le jeune Benoît a puisé son amour si tendre pour les souffrances de l'Homme-Dieu. Inutile de dire que parmi les statues qui décorent l'église, celle du Bienheureux a sa place d'honneur. On y vénère aussi ses Saintes Reliques.

Conteville a donc conservé le souvenir de saint Benoît Labre. C'est pour mieux entretenir cette dévotion qu'à la fin de juin de chaque année (presque toujours le dernier dimanche) à la suite et comme clôture d'une neuvaine de prières, a lieu une procession qui attire, avec bon nombre de prêtres, une foule de fidèles accourus du voisinage. Boulogne-sur-Mer est un des pèlerinages les plus suivis. Une image conservée aux archives de la paroisse représente le vénérable serviteur de Dieu visitant Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer; le Saint est agenouillé, les bras croisés sur la poitrine, un chapelet à la main, les yeux fixés sur la céleste madone. Tant de souvenirs et tant de titres recommandaient le Bienheureux lui-même à la piété des Boulonnais, qu'ils résolurent de lui dédier un autel à côté de celui de Notre-Dame dans la nouvelle église cathédrale. Une somme importante ayant été recueillie dans la ville et envoyée à Rome pour les frais de la Canonisation , le R. P. Virili, fit don d'une relique insigne provenant du bras du Saint. Elle est renfermée dans un reliquaire en bronze argenté et placée sur l'autel de Benoît Labre. Deux autres reliquaires en bronze doré, que l'on expose à la vénération des fidèles les jours de fête renferment des parcelles d'ossements, un fragment du coeur, des morceaux de vêtement et du bois du lit sur lequel le Saint a rendu son âme à Dieu. Au-dessus de l'autel fort riche, un tableau nous montre le Saint distribuant l'aumône à d'autres pauvres dans le Colysée.

Deux anges apportent du Ciel une couronne de roses. Ce tableau, peint à Rome, a été appendu dans la basilique de saint Pierre pendant les fêtes de la Béatification en 186o. Le pape Pie IX en fit don à Mgr Haffreingue pour l'église Notre-Dame de Boulogne; mais une copie de ce même tableau orne l'autel de Saint-Benoît dans l'église de Sainte­Marie-des-Monts. Signalons maintenant Marcey-Saint-Labre dans le diocèse de Poitiers . Touchante histoire que celle du culte de saint Benoît Labre et de son pèlerinage à Marçay. La Providence a tout fait; l'homme n'est pour rien dans cette oeuvre, sinon qu'un élément docile sous la main du Seigneur. Cet homme, ce prêtre, c'était feu M. l'abbé F. Joseph Joanneau. Quelques mois après les célèbres fêtes romaines, raconté M. l'abbé Rosière, le curé de Marçay se laissait entraîner dans la villle Éternelle, par un ami intime, M. Charles de S.... Tandis que le premier faisait une retraite de quelques jours à Sainte-Sabine, le second allait vénérer les reliques de saint Benoît Labre, à l'oratoire du postulateur, qui le reçut avec une touchante bienveillance. Le gentilhomme poitevin parle de son compagnon de voyage.

Quoi, s'écrie le Révérend Père, il y a ici à Rome , un curé du diocèse de Poitiers, un prêtre de Mgr Pie, qui a parlé en termes si magnifiques de notre Saint, dans son discours d'Arras !... Oh! vous ne savez pas l'admiration et la reconnaissance que je garde à l'évêque de Poitiers ! Si ce prêtre était venu avec vous, j'aurais été heureux de témoigner ma gratitude à son évêque, en lui don­nant pour son église une relique insigne! » Ce qu'apprenant, l'abbé Joanneau se rend au plus vite, rue des Crociféri, 20. Le 11.-P. Virili lui propose l'option entre une partie considérable de l'une des côtes du Bienheureux, ou une partie relativement importante, mais plus petite, de son coeur. D'accord avec son pieux compagnon, l'abbé Joanneau n'hésita pas, il choisit le plus petit volume, mais aussi combien le plus précieux! En livrant ce trésor, avec une joie expansive, le vénéré postulateur voulut y joindre un tableau sur toile, reproduisant le type adopté pour les fêtes de la Béatification. C'est ce tableau, qui est exposé depuis lors à Marçay, au-dessus de la Sainte- Relique, tableau admiré des artistes et, plus encore, vénéré des pèlerins. Qui pourrait dire le bonheur du jeune curé en emportant ce double souvenir, en pressant sur son coeur, durant le voyage, le coeur même de saint Benoît Labre !

Ce fut avec une émotion visible que le grand évêque de Poitiers apprit tous ces détails de la bouche des deux pèlerins de Rome. Voici les paroles textuelles qu'il adressa au curé de Marçay et qu'a recueillies M. l'abbé Rosière dans le beau livre qu'il a écrit en collaboration avec M. l'abbé F. Audiger : « Mon cher enfant, inaugurez solennellement chez vous cette précieuse Relique. Prêchez à vos paroissiens et à tous ceux qui vous entendront le saint Pauvre et Pénitent ; faites-le comprendre et prier. » Et, après un court silence, il ajouta : « On ne sait pas ce qui peut arriver un jour. » Quelques semaines après, selon le désir du Prélat, l'inauguration de la précieuse Relique se fit solennellement dans l'église de Marçay. Bientôt la piété des fidèles s'échauffe à ce contact. On brûle des cierges à l'autel du Bienheureux ; on y fait des neuvaines, isolément d'abord, par familles ensuite; son nom est béni, acclamé dans les châteaux et dans les chaumières; tous comprennent la valeur du trésor dont ils viennent d'être enrichis. Cependant, depuis seize ans, le culte de saint Benoît Labre à Marçay restait essentiellement paroissial. Le pasteur n'avait rien rêvé de plus que d'user de ce nouveau patronage, au profit de son troupeau. En constater les heureux effets par des guérisons évidentes et des grâces non moins sensibles, suffisait à sa félicité. Mais Dieu qui, en toutes ses oeuvres, dit l'Écriture, agit avec douceur et fermeté pour atteindre ses fins », avait résolu d'étendre ce culte béni au delà des limites de la paroisse et même du diocèse. Son heure allait enfin sonner. Un jour quelques vaillants chrétiens de la ville épiscopale viennent proposer au pasteur de les recevoir en pèlerinage. La proposition est accueillie. L'évêque y avait d'avance applaudi. Le dimanche 21 mai 1876, le premier pèlerinage diocésain arrivait à Marçay, offrant au Bienheureux l'hommage public de sa vénération, de sa confiance et de son amour.

Cantate composée, parole et mélodie, par deux prêtres poitevins, sermon donné par un religieux, procession recueillie dans le parc d'un château voisin, chants liturgiques, rien n'a manqué à l'éclat de ce premier pèlerinage, couronné par la bénédiction du Très-Saint-Sacrement. Depuis lors, il s'accomplit exactement chaque année, le lundi de la Pentecôte , avec la même ferveur et le concours croissant des fidèles. Prélats, religieux, séminaires, pensionnats, viennent à deux genoux baiser ces reliques et toucher d'un front respectueux la belle statue du saint Pénitent. Mais alors l'église paroissiale était un sanctuaire trop petit pour recevoir l'assemblée des pèlerins. Impossible, cependant d'élargir ses nefs. On résolut d'édifier en rase campagne une église votive splendide, de faire à ce Pèlerin au teint hâlé, une tente magnifique, de couper en plein drap, pour ce Pauvre, un habit plus riche que ceux des rois de ce monde. Tel était le projet suscité par de nombreux amis du saint Pauvre, et que le curé de Marçay allait mettre à exécution : construire à ce nouveau prince de l'église triomphante la première église votive, au nom de la France , sa patrie reconnaissante. L'évêque de Poitiers acquiesce à ce dessein, car il en comprend toute la beauté et en devine les conséquences sociales : le nouveau sanctuaire aura pour les fidèles diocésains et étrangers une attraction particulière; cette église sera le centre du Pèlerinage qui, déjà, s'accentue avec ferveur.

Muni de lettres approbatives de son évêque, vivement encouragé déjà par le pieux évêque d'Anthédon, Mgr Charles Gay, soutenu par la presse catholique qui, dans l'Univers, en particulier, lui prodigue ses éloges et lui prédit le succès, le curé de Marçay se met en route, le 19 mars 1884, fête de saint Joseph, son patron, afin de recommander son oeuvre aux évêques, aux chefs d'Ordres, aux séminaires, partout. Il est seul, comment pourrait-il l'entreprendre sans argent? Mais il y a de la dévotion dans les coeurs, les bourses se délieront sans effort : voyez Lourdes , La Saiette , Montmartre ... des millions s'y entassent; qui l'eût prévu ? Il y en aura à Marçay, toute proportion gardée. Une personne de la haute société de Poitiers, offre de payer les vitraux du sanctuaire, 10 000 francs. Une autre fait don de la même somme pour l'autel majeur. Toutefois, avec l'offrande du riche, le pasteur sollicite celle du pauvre, il y attache le plus grand prix, comme Jésus à l'obole de la Veuve. Il crée donc la carte du Petit sou. Benoît pauvre, à Rome , ne voulait recevoir que quelques baroques à la fois. Qui, chez nous, peut refuser un sou à un pauvre ? Le 20 avril 1884, Mgr Bellot des Minières bénis­sait solennellement la première pierre de l'édifice. L'église est construite, moins le clocher qui la doit couronner, et donner au pèlerin comme une vision de la Basilique de Lourdes, avec sa flèche aérienne.

Le curé de Marçay entretenait correspondance avec des milliers de personnes qui, de tous les points de la France et de l'étranger, se recommandaient aux prières de l'oeuvre, et sollicitaient des grâces spéciales auprès du saint Pauvre. Les prières étaient promises, messes et neuvaines étaient acquittées. Ces lettres multipliées, qui révélaient presque toutes les secrets de la douleur, de l'épreuve, de la maladie, inspirèrent au pasteur d'établir entre ces âmes une association de prières, que saint Benoît Labre serait chargé de présenter au Seigneur et de faire exaucer. Mais comme la prière ne produit tout son effet que si elle est accompagnée de la pénitence, il soumit à qui de droit, aux maîtres en spiritualité, aux Ordres contemplatifs, un projet d'association de ,prière et de pénitence, pour le triomphe de l'Église, le salut de la France et la conversion des pécheurs, sous le patronage et par l'intercession de saint Benoît-Joseph Labre, le grand pénitent des temps modernes, le saint providentiel de l'expiation et de la réparation. Soixante évêques avec celui de Poitiers , donnèrent à ce projet leur approbation en termes pressants.

Bénie par le Souverain Pontife qui l'a enrichie d'indulgences, l'oeuvre est devenue l'instrument de beaucoup de grâces et compte plusieurs milliers d'associés dans tous les diocèses de France. L'abbé F. Joseph Joanneau n'est plus, nous l'avons dit, mais il a pour successeur l'Abbé F. Audiger qui s'est consacré, avec un zèle infatigable, au culte de saint Labre. Citons encore Saint-Hilaire-Lalbenque dans le diocèse de Cahors. L'institution de ce pèlerinage est de date assez récente (1898). Il a déjà son histoire, et il nous plaît d'en reproduire ici la première page, elle est on ne peut plus édifiante. Un prêtre, l'abbé Bos, caché dans une humble paroisse du Quercy, sans ressources pécuniaires, sans autre appui que la bénédiction de son évêque, se sent inspiré d'établir un pèlerinage de saint Benoît Labre, en son église paroissiale. A cet effet, pèlerin lui-même, il se rend à Marçay, où il tient à vénérer la précieuse Relique du coeur du Bienheureux. M. l'abbé Joanneau le reçoit avec joie, lui fait don d'une relique du saint Pauvre, et l'engage, s'il veut enrichir son pieux écrin, à s'adresser à Mgr Virili, à Rome.

Après avoir prié, écrit l'abbé Bos, avec beaucoup de ferveur, le patron des pèlerins, lui recommandant mon projet et le conjurant de le bénir, je suis reparti pour le Quercy, emportant « Mon Trésor » et résolu de travailler, corps et âme, à fonder le pèlerinage. « J'ai donc annoncé, que du dimanche de Quasimodo à celui du Bon Pasteur, il y aurait de grandes fêtes à Saint-Hilaire, en l'honneur de saint Benoît Labre, avec des exercices de retraite donnés par un Père Capucin. Ce qui eut lieu. Plusieurs paroisses d'alentour sont accourues; mon église, suffisante pour une population de six cents âmes, était, dans la circonstance, trois fois trop petite. J'estime que, pendant ces huit jours de retraite, il y a eu deux mille à deux mille cinq cents pèlerins. C'est vraiment prodigieux. « Le pèlerinage est fondé ; la foi seule de nos populations y a suffi, car aucun journal ne l'avait annoncé. « Je n'ai pas encore d'autel à saint Labre ; je veux lui bâtir une chapelle dans mon église. Les ressources me manquent. Mes paroissiens sont généreux, ils me donnent 200 francs pour la propagation de la Foi , mais ils sont très pauvres, le pays étant ruiné par le phylloxéra. « Parlerai-je des faveurs obtenues, guérisons et conversions? Elles sont déjà nombreuses. « A signaler : Un jeune poitrinaire condamné, guéri; une jeune fille mortellement atteinte par la rougeole, guérie ; une autre paralysée, guérie, etc.

« Quant aux conversions, c'est plus consolant encore. J'avais dix ou douze hommes qui ne se confessaient pas depuis longtemps; eh bien! tous, oui, tous sont venus à la Sainte Table , je leur ai donné la communion; le bon Père les avait confessés. Ne sont-ce pas des prodiges? « Saint Labre a un pèlerinage à Amettes, son village natal, au nord de la France ; un autre à Marçay, au centre de la France ; le troisième doit au second ses principales inspirations, à Saint­Hilaire-Lalbenque, au midi de la France. Je suis heureux et fier de cette filiation spirituelle. Toutefois, mon ambition n'est pas satislaite; je voudrais que saint Labre fût connu et aimé dans la France entière. Je me sens une vocation pour propager son culte; je veux la suivre. C'est lui qui m'a inspiré de lui faire visite à Marçay, d'où je suis parti le coeur enflammé pour sa gloire. » Voici maintenant Dampvalley-les-Colombes dans le Diocèse de Dijon. A droite de la grande route de Paris à Bâle, qui conduit à Notre-Dame des Ermites, à six kilomètres de Vesoul, au doyenné de Noroy-l'Archevêque, se trouve, caché dans un val enchanteur, Dampvalley­les-Colombes.

Bâti sur une colline tapissée de bois, arrosé par la poétique rivière de la Colombine , ce petit village n'a que cent cinquante habitants. C'est toute la paroisse. Si elle n'enrichit guère le fisc du produit de ses impôts, elle réjouit le ciel par ses vertus. Tous ceux qui la composent, en effet, sont de vaillants chrétiens; aussi leur pasteur, l'abbé Courtot, qui a voué à saint Benoît Labre un culte de reconnaissance pour d'insignes faveurs personnellement obtenues, fut inspiré de le faire connaître à son troupeau fidèle, persuadé que cette dévotion, entretenue par un pèlerinage, serait pour le pays une source de gràces et de bénédictions. Pour ce fait, il obtint de Mgr Virili une relique précieuse du saint Pauvre, tandis qu'une main charitable laissait tomber dans la sienne un billet de banque qui lui permettait de faire l'acquisition d'une très belle statue de saint Benoît Labre. La statue fut solennellement bénite, et le Pèlerinage inauguré, avec le concours empressé de plusieurs prêtres et d'un groupe de personnes pieuses venues fle Luxeuil et de Vesoul. Ce fut grande fête à Dampvalley

Le saint Pauvre ne tarda pas à prouver combien il avait pour agréable ce nouveau pèlerinage. « A peine la statue était-elle inaugurée dans mon église, écrit l'abbé Courtot, qu'une jeune fille de seize ans, ayant les mains percluses et ne pouvant plus travailler, fut guérie après une neuvaine à saint Benoît Labre. Sa mère, veuve avec trois enfants, n'était soutenue que par cette fille aînée qui gagnait deux francs par jour, en brodant pour nourrir la famille. « Gloire à saint Benoît Labre. » L'année suivante, l'heureux pasteur écrivait : « Le culte du saint pauvre se propage autour de nous ; ce dont Dieu soit loué! J'ai, de temps à autre, des pèlerins qui viennent demander des grâces à saint Benoît Labre et• le remercier de ses faveurs. De ce nombre est Mme P... qui vient d'échapper à une mort certaine. Partie en voiture, avec son neveu, elle suivait une route percée dans la colline et surplombant un ravin profond. Soudain, le cheval pris de peur se cabre et se détourne de sa voie ; Mine P..., violemment jetée hors de sa voiture, se trouve assise sur un roc bordant le chemin, tandis que voiture, cheval et conducteur sont précipités dans le ravin. « Or, à la vue du danger et d'une mort imminente, Mme P... avait invoqué saint Benoît Labre; elle se voit sauvée ; mais son neveu ? Sauvé aussi, àpart quelques légères blessures ; salivé même le cheval qui est sur pied. « Saint Benoît Labre fait bien toute chose. Il a entendu le cri de détresse et de confiance de Mme P... et il a protégé les voyageurs qui ne sauront jamais assez lui témoigner leur reconnaissance.

« De l'aveu de tous les habitants, ils ont été l'objet d'une préservation miraculeuse. » N'oublions pas le pèlerinage de Gaverland dans le diocèse de Gand en Belgique. La Flandre faisait autrefois partie, on le sait, du royaume de France. Le célèbre pèlerinage de Notre-Dame de Gaverland avait attiré la piété de Benoît Labre. Il s'y rendit, et, d'après une tradition ancienne, y passa neuf jours, couchant dans la grange d'un pieux chrétien, nommé Joseph Van-Broeck, laissant sur son passage et dans l'esprit de ses hôtes, témoins de ses pénitences et de sa piété, l'impression de sainteté qui s'attachait partout à sa personne. Depuis lors, cette grange a été convertie en chapelle. D'autre part, une statue de saint Labre est exposée dans l'église d'un monastère de religieuses, voisin de Gaverland. Arrivons à Montmartre . Benoît Labre a-t-il fait le pèlerinage des Martyrs qui, aux premiers siècles de l'Église, arrosèrent de leur sang la célèbre colline dédiée aujourd'hui au Sacré-Coeur de Jésus ? Nous ne saurions l'affirmer. Quoi qu'il en soit, le ciel a permis que le bienheureux eût, dans la basilique sacrée une chapelle privilégiée, située à droite de la sacristie. Ses reliques et sa statue sont offertes à la dévotion des pèlerins. Quels honneurs rendus à cet humble! Il les avait fuis pendant sa vie, ils lui sont imposés par l'Église après sa mort. Ainsi, Dieu justifie la parole du Magnificat : le Seigneur a exalté les humble's, exaltavit humiles.

Placé en face de l'autel majeur où le Saint- Sacrement est, nuit et jour, exposé dans sa gloire, le bienheureux semble continuer ses adorations et ses extases : on dirait encore « le pauvre des Quarante Heures ». Il est là, dans l'assemblée des princes, des rois et des reines, saint Louis, sainte Radegonde, etc., qui forment la couronne rayonnante du Roi des rois. En le rendant à la France , sa patrie, l'Eglise l'a porté sur le pinacle du temple le plus élevé de la ville la plus luxueuse du monde; et à cette société qui ne rêve que l'or et le plaisir, elle donne saint Benoît Labre comme modèle achevé de pénitence et de pauvreté.... Le plus antique de tous les pèlerinages, celui de Notre-Dame-de-Chartres, au diocèse de ce nom, ne pouvait manquer de compter au nombre de ses visiteurs le pauvre Benoît Labre. Il y est venu, en effet, vénérer Notre-Dame-de - Soubs - Terre, la Vierge noire honorée par les Druides, « qui devait enfanter » et nous donner le Sauveur, suivant la prophétie d'Isaïe. Un vénérable prêtre, apparenté à saint Benoît Labre, a écrit que le saint recevait à Chartres l'hospitalité chez une cousine, laquelle avait soin de laver elle-même le linge du pieux pèlerin. En ce temps-là, l'on n'était pas bien fier de toucher par quelque côté à Benoît-Joseph Labre. Mais, depuis lors, quelle joie dans cette famille chrétienne qui conserve, avec son souvenir, un des premiers portraits du bienheureux.

Sa famille pourra s'éteindre et le portrait disparaître, mais le culte que lui a voué l'Église de Chartres traversera les âges : elle a érigé une statue ns la crypte de Notre-Dame au fidèle serviteur de Notre-Dame-des-Monts. Que de prières sont exaucées dans ce mystérieux rendez-vous de la piété auprès du saint pauvre ! Les Chartrains pourraient-ils oublier que L'un des premiers miracles accomplis par le bienheureux après son décès, a été la guérison subite de soeur Antoinette Boulard, supérieure de la Providence de Chartres, par la simple application de l'image du serviteur de Dieu ? Voici maintenant le pèlerinage de Notre-Dame­de-Brebières, à Albert, dans le diocèse d'Amiens. Le pèlerinage de Notre-Dame-de-Brebières, ou « des brebis », date du xne siècle. Il n'a pas cessé d'attirer les foules auxquelles se sont mêlés de glorieux personnages; au xve siècle, sainte Colette de Corbie ; au xvi, Jacques d'Humières ; au xvue, saint Vincent de Paul; au xvine, Benoît Labre. Cependant, l'antique sanctuaire ne pouvant plus contenir la multitude des pèlerins, un homme, un prêtre, M. l'abbé, aujourd'hui Mgr Godin, curé d'Albert, entreprit d'ériger, avec les seules ressources de la charité publique, le plus beau, le plus riche des sanctuaires dédiés de nos jours à la très sainte Vierge. Il peut rivaliser avec Lourdes, quant à sa structure et aussi quant aux merveilles qui s'y accomplissent. « C'est la Lourdes du Nord, » avait dit le pape Léon XIII, au récit de ces merveilles.

Saint Benoît Labre, étant l'une des gloires du pèlerinage de Brebières, devait avoir sa chapelle et son autel dans la nouvelle basilique. La principale et très précieuse relique qui se trouve attachée à ce sanctuaire, est le chapelet du bienheureux. Mentionnons encore Sainte-Céronne dans le diocèse de Séez. — On se souvient que Benoît Labre, voulant à tout prix quitter le monde pour mener une vie de pénitence, résolut de se rendre à la Grande Trappe de Mortagne (Orne) ; mais on se rappelle qu'il eut le chagrin de se voir refuser Ventrée du monastère, la règle ne permettant pas d'y être admis avant l'âge de vingt-cinq ans ; il n'en avait alors que vingt et un. Ce voyage toutefois ne fut ni sans profit spirituel ni sans consolation. Tout près de Mortagne, en effet, se trouve une petite paroisse placée sous le patronage de Sainte-Céronne et centre d'un pèlerinage très fréquenté aujourd'hui comme autrefois. Benoît Labre ne pouvait manquer de se rendre au sanctuaire vénéré; il y revint même plusieurs fois, recevant l'hospitalité chez un fermier dont la propriété avoisine l'église. La famille s'estimait heureuse de posséder ce jeune religieux déjà connu par ses mortifications, son assiduité à la prière et par certains conseils prophétiques que l'on fut tout heureux de suivre et de voir se réaliser.

Ces souvenirs oubliés ayant été portés à la connaissance du curé de Sainte-Céronne, il en fit part à ses paroissiens pour leur édification et se proposa sur le champ d'ériger une statue au bienheureux. En lui donnant droit de cité et en ravivant son culte, Sainte-Céronne peut compter sur les graces spirituelles et temporelles de ce puissant protecteur. Nous relevons maintenant sur notre liste : Cousance dans le diocèse de Saint-Claude. — A l'orée des grands bois de chêne qui couvrent les ondulations mouvantes du Jura, jadis un enfant du pays promenait souvent le troupeau confié à sa garde. Ayant, bien jeune, perdu sa mère, son coeur candide s'attachait davantage à la sainte Vierge Marie, comme à une seconde mère. Cette piété naïve et forte devait être bientôt récompensée. Un jour, vint à passer un pauvre pèlerin, en bien piètre équipage; c'était Benoît-Joseph Labre. Il n'avait rien, ce semble, pour attirer les regards du public, mais le berger sut le deviner; il s'attache à lui, s'édifie de ses discours et le supplie de l'accepter comme compagnon de route à Rome et à Lorette. Benoît cède, contre son habitude, et les voici, pèlerins de la sainte Vierge, partant pour la Ville Éternelle. Il fallut bien se séparer. Mais de là-bas (de Rome) le berger rapporta une modeste Vierge de bois bénite par le Souverain Pontife Clément XI. Afin de la soustraire à l'impiété révolutionnaire, il la cacha dans le pied d'un vieux chêne. La paix étant rendue à l'église de France, la dévotion des fidèles s'accrut devant la sainte image, en raison des faveurs que l'on obtenait de Notre-Dame-du­Chêne.

A titre de reconnaissance, une chapelle fut construite près du grand chêne ; devenue insuffisante, on résolut de la remplacer par une autre plus spacieuse. Comme saint Benoît Labre avait été l'instrument providentiel de ce pèlerinage, sa statue devait avoir une place de choix à côté de celle de la Reine du ciel. Le pasteur de Cousance ayant ensuite exprimé le désir de posséder quelques reliques du Bienheureux, elles lui furent expédiées par l'abbé Rosière. Splendide fut la cérémonie d'inauguration, et tout fait espérer que les paroissiens de Cousance sauront apprécier les bienfaits de cet insigne et nouveau patronage. Voici maintenant le pèlerinage de Courtomer, dans le diocèse de Séez. — Benoît Labre tenta deux fois, nous l'avons dit, d'être admis à l'abbaye de la Grande Trappe de Mortagne. Ce fut à l'une de ces deux époques, peut-être aux deux, qu'il passa par le bourg de Saint-Laumer, aujourd'hui réuni à Courtomer, le chef-lieu de canton. L'église de Saint-Laumer était alors bien pauvre, mais un souvenir, précieux entre tous, s'attache à ce sanctuaire disparu. Saint Benoît Labre s'y était arrêté pour prier et entendre la messe. Or, une pieuse mère y assistant aussi un matin, voici que tout à coup elle se penche vers sa jeune enfant pour lui dire : « Regarde, ma fille, ce pauvre qui prie si bien ; ce n'est pas un pauvre ordinaire, c'est un saint. »

L'enfant n'oublia jamais cette parole impressionnante qu'elle aimait à répéter dans un âge très avancé. Combien d'autres souvenirs du saint pauvre sont conservés dans cette paroisse ! Aussi, la piété des fidèles lui a érigé une statue ; des reliques ont enrichi son autel, et, chaque dimanche, au prône, on lui adresse cette fervente invocation : Sancte Benedicte, ora pro nobis! Citons encore Clavas, dans le diocèse du Puy. — Il y avait là jadis une abbaye de nobles recluses Bernardines ; l'abbesse était nommée par le roi et mise en possession par une bulle du Pape. L'abbaye a disparu, moins la chapelle devenue église paroissiale et enrichie bientôt de nombreuses reliques soustraites au vandalisme révolutionnaire. Ces reliques, auxquelles on attribue différentes vertus, attirent les chrétiennes populations de ce pays. On vient y faire son voyage pour demander et obtenir telle ou telle guérison intéressant le pèlerin. Or, le pieux curé de Clavas, l'abbé Pouly, épris de dévotion pour saint Benoît Labre, eut la bonne fortune d'obtenir, à Rome, un tableau, une statue et plusieurs reliques du Bienheureux.

Le tableau, exposé à l'entrée de l'église, porte cette inscription : « Saint Benoît Labre, patron des pèlerins, priez pour nous ! — La statue est, à l'autel de la sainte Vierge, renfermée dans une châsse avec les reliques obtenues de Mgr Virili. Devant la châsse brûle assez souvent une petite lampe, témoignage sensible de la dévotion populaire envers notre Bienheureux. Le nom que nous relevons maintenant sur nos notes est celui de Saint-Bertrand-de-Comminges, dans le diocèse de Toulouse . Le tombeau de saint Bertrand, évêque de Comminges, était, au moyen âge, un centre de pèlerinage si considérable et si édifiant, que le pape Clément V octroya à cette basilique la faveur d'un jubilé ou Pardon. Ce fut le premier Pardon accordé à une église particulière : de Saint-Jacques-de- Compostelle. Le Pardon de Saint-Bertrand-de-Comminges est resté célèbre. Encore aujourd'hui, on y vient de tout le midi pour gagner la grande indulgence, et telle est l'affluence des pèlerins, que l'on mobilise jusqu'à soixante et quatre-vingts prêtres pour entendre les confessions. De plus, l'antique sanctuaire est le siège d'une archiconfrérie de saint Bernard, dont les plus éminents personnages, dans toute l'Europe, tenaient autrefois à honneur de faire partie. Dès lors, faut-il s'étonner de retrouver, dans un pareil lieu de dévotion, le grand pèlerin Benoît- Joseph Labre ?

Les traditions locales de Comminges ont conservé le souvenir du pauvre pèlerin prisonnier. On continue toujours à se montrer et à vénérer la très étroite geôle pratiquée dans l'épaisseur d'une des portes de la ville où le saint fut enfermé comme un vulgaire malfaiteur, mais où les consuls de la cité vinrent lui offrir des excuses, et d'où ils le ramenèrent en triomphe. On montre également, avec la même vénération, l'hospice où il voulut ensuite soigner les malades. Dans l'antique cathédrale, le souvenir du passage de saint Benoît a été relaté sur le marbre. Enfin, une statue du saint et une relique insigne rapportée de Borne par le cardinal Desprez, reçoivent les prières et les ex-voto des pieux pèlerins. Citons encore Aix. — « Là où passent les saints, disait le curé d'Ars — aujourd'hui Bienheureux ils laissent sur leurs traces comme une bonne odeur de Jésus-Christ. » Le saint pauv're a embaumé le pays des Aixois de son souvenir et de ses vertus. Souvenir de la ferme des Anges où il recevait la soupe et dont il édifiait les hôtes par ses austérités — il passait ses nuits dans une grotte sauvage. Souvenir du catéchisme qu'il faisait aux enfants, après les heures de prières et d'adoration. Souvenir très populaire, béni, aimé, que celui du pauvre pèlerin chez les Provençaux.

Touchante est leur reconnaissance pour le Bienheureux. A l'entrée du vallon qu'arrose la petite rivière de l'Arc, à trois kilomètres de l'enceinte de la ville, la piété des Aixois a élevé sur le bord de la route un modeste oratoire ; les fidèles se plai­saient alors à s'y rendre en groupes particuliers ; le voyageur peut y faire halte et invoquer la douce image du saint pèlerin. En outre, tous les ans, à une date qui varie, les fidèles sont convoqués en pèlerinage pour honorer le saint pauvre. Le rendez-vous est fixé à l'église, ancien prieuré de Saint-Jean-de-Malte, c'est la partie aristocratique de la ville. Une chapelle et un autel sont dédiés là au Bienheureux. On y expose solennellement ses reliques. Le soir, au milieu d'un auditoire toujours nombreux, un orateur est chargé de prononcer le panégyrique et de glorifier, devant ses frères, cet humble, ce pauvre qui avait tant de respect pour les prêtres, qu'il se croyait indigne de les approcher et de toucher leurs vêtements. A Toulouse, la susception d'une relique obtenue comme celle de Marçay, lors de la béatification de Benoît-Joseph, a donné naissance au culte du pauvre. Un pieux laïque, feu M. Lafeuillade, pendant quarante ans au service des pauvres dont il était l'ami et la providence, avait eu l'heureuse inspiration de les placer sous le béni patronage de saint Benoît Labre. Sans parler de la réunion qui se faisait chaque mois au petit séminaire : messe le matin, vêpres l'après-midi, suivies d'une procession avec la bannière du saint pauvre, le pieux aumônier laïque organisait une fête solennelle, le lundi de Pâques, dans la basilique même de Saint-Sernin. Il était beau d'entendre, dès six heures du matin, l'admirable carillon, mettre en joie cinq cents pauvres qui, des quatre coins de la ville, arrivaient pour entendre la messe, chanter au son des grandes orgues, le refrain des cantiques et, guidés par le vaillant organisateur, s'avancer à la sainte Table pour y accomplir leur devoir pascal. Avec quels regards de complaisance saint Benoît Labre, du haut du ciel, devait contempler ce spectacle, lui rappelant ces jours de fêtes à l'oeuvre évangélique de Rome, où lui aussi se trouvait mêlé à des centaines de pauvres qu'il édifiait par son obéissance et sa ferveur !

Enfin, mentionnons Marseille. — A vingt kilo­mètres de la grande cité que baignent les flots de la Méditerranée , au village de Garguier, presque à l'entrée de la riante vallée de Saint-Pons, s'élève, sur les ruines de deux temples païens, une église dédiée depuis le xve siècle, à saint Jean-Baptiste. Une relique précieuse y attire particulièrement le jour de sa fête, les nombreux habitants des paroisses environnantes. Cette relique consiste en une vertèbre cervicale paraissant encore porter les traces du fer tranchant qui fit du saint précurseur le premier martyr de la foi et de l'amour de Jésus-Christ. Autour du nouveau sanctuaire vinrent s'établir les religieux franciscains, gardiens de la relique sacrée et directeurs de l'important pèlerinage. Or, trois fois, d'après la tradition, Benoît-Joseph Labre, se rendant à Rome par Marseille, vint, pèlerin fervent, vénérer les reliques de saint Jean- Baptiste, dont il était, sur bien des points, l'admirable imitateur. Son souvenir est encore vivant parmi les anciens du pays : ils se rappellent avoir entendu raconter la foi ardente, l'édifiante modestie du pauvre pèlerin, promettant à ceux qui lui faisaient l'aumône, des bénédictions célestes, devenues abondantes pour leurs familles dès ici-bas.

A gauche du portail donnant accès à la cour du cloître, on aperçoit une masure que le temps destructeur a providentiellement respectée. C'est là, dans ce réduit aux murs grossiers, aux solives noircies, que le pèlerin Benoît-Joseph fut abrité, grâce à la charité des fils de saint François. Eux aussi, à l'exemple de leur séraphique père, aimaient les pauvres et les accueillaient dans une pièce destinée aux voyageurs en détresse ; cependant, la famille d'Alliaud de Caseneuve, propriétaire de l'ancien couvent, avait à coeur de réparer cette chambre décrépie et de la convertir en oratoire. L'évêque souscrivit en partie à ce pieux désir, autorisa l'érection d'un autel pour le saint sacrifice, et d'une statue de saint Benoît Labre, niais il voulut, malgré les pressantes instances des intéressés, que l'on conservât au mémorable abri, son caractère de pauvreté intérieure et extérieure. Un autel en marbre y est donc présentement élevé ; il est surmonté d'une élégante niche où est déposée la statue. La bénédiction de la sainte image s'est accom­plie solennellement, le 4 novembre 1893, sous la présidence de M. le Vicaire Général Payan d'Angéry, avec le concours des élèves du grand séminaire, de leurs directeurs et du clergé de toute la contrée, qu'une foule de fidèles accompagnaient en mêlant leurs voix enthousiastes au chant des cantiques composés pour la circonstance.

Inoubliable fête, pendant laquelle le saint pauvre a été acclamé et invoqué pour le diocèse, pour l'Église et pour la France . Chaque année, le 24 juin, les pélerins de saint Jean-Baptiste, dont l'affluence est considérable, tiennent à visiter l'oratoire du saint pauvre, et à lui offrir leurs prières, tandis que les prêtres ont la consolation d'y célébrer la sainte messe. Terminons cette longue énumération par Lourdes . — Notre-Dame de Lourdes ! N'est-ce pas que ce mot fait tressaillir nos âmes, tout autant, sinon plus que celui du Sacré-Cœur de Montmartre ? Lourdes et Montmartre sont, au nord et au midi, les deux citadelles protectrices de la France ; les saints en sont les gardes d'honneur. Ici et là, nous retrouvons notre saint pèlerin. A Lourdes , une statue de bronze monumentale lui a été dressée, à la porte de la crypte de la basilique.

Comme c'est bien là la place que le saint pauvre eût lui-même choisie de préférence !

On peut dire que, nulle part, saint Benoît Labre ne reçoit plus d'honneurs qu'à Lourdes , précisément en raison de l'incessante affluence des pèlerins de Notre-Dame.

Comme l'a dit excellemment l'abbé Rosière, il est là dans son élément, au milieu d'une société d'élite....

Fini
1
7
2
8
3
9
4
10
5
11
6
   
       

Pour lire les tweets du Pape François cliquer sur ce logo

ou

Pour lire les textes du Pape François cliquer sur ce logo

ou

  Menu-Pape-Francois-L-Ensemble-des-tweets-du-jour
1 Menu-Pape-Francois-L-Ensemble-des-Series.
2 Menu-Pape-Francois-L-Ensemble-des-Series-1000-2000
 

 


SI VOUS VOULEZ LES TROUVER PAR TERMES




SI VOUS VOULEZ LES TROUVER PAR AUTEURS

 

  Cliquer en tout temps, pour aller voir les autres auteurs ermitedelacroixofs@live.ca