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Pour bien comprendre la Messe


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Les prières au bas de l'autel
- l'Introit



Nom de l'auteur:
Dom-Pius-Parsch  traduit  par l'abbé M. GRANDCLAUDON
   
 

Chapitre 05



Les prières au bas de l'autel 1- Les gestes du prêtres
2- J'entrerai
3- Le psaume, un pèlerinage
4- La confession des péchés
5- Le baisement de l'autel


1- Les gestes du prêtres


Nous allons maintenant décrire exactement les diverses parties de l'avant-messe ; voyons donc de plus près les prières au bas de l'autel.

Le prêtre sort de la sacristie, portant le calice dans ses deux mains, il est précédé du servant. Si le Saint Sacrement est dans le tabernacle de l'autel, il fait une génuflexion sur le degré inférieur, sinon il s'incline profondément, après avoir remis sa barrette au servant ; il monte à l'autel, dépose le calice sur l'autel, déplie le corporal (carré de toile blanche) et y pose le calice. Puis il se rend du côté de l'épître, ouvre le missel, revient au milieu, incline la tête et redescend les marches de l'autel pour demeurer debout devant la marche inférieure ; le servant aussi s'agenouille devant cette marche et tous deux récitent alternativement les prières. Ils font ensemble le signe de la croix et récitent d'abord le verset-antienne : « Je vais entrer jusqu'à l'autel de Dieu, de Dieu qui réjouit ma jeunesse. »

Puis ils récitent le psaume 42 qui contient également ce verset ; ils terminent le psaume par le « Gloire au Père » et répètent encore une fois le verset-antienne, si bien que ce verset a été récité trois fois.

Puis ils récitent ce court verset : « Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. » Le prêtre fait une profonde inclinaison et récite la confession des péchés (Confiteor), il se frappe trois fois la poitrine aux mots mea culpa (c'est ma faute) ; le servant récite le Misereatur (Que Dieu vous fasse miséricorde) le prêtre dit Amen et le servant profondément incliné récite à son tour la même confession des péchés ; le prêtre termine par deux courtes prières. Alors le prêtre et le servant font une inclinaison médiocre et récitent alternativement deux versets qui expriment leur confiance en le pardon des péchés. En disant Dominus vobiscum, le prêtre remonte à l'autel et récite en chemin une prière pour obtenir le pardon des péchés : « Écartez de nous, nous vous en supplions, Seigneur, nos iniquités, afin que nous méritions de nous approcher du Saint des saints avec des âmes pures. Par le Christ, Notre-Seigneur. Amen. » Sur cette prière prennent fin les prières du bas de l'autel. Elles commencent et se terminent par le même mot introibo-introire, c'est-à-dire entrer.


2- J'entrerai


Cette description des gestes extérieurs qui accompagnent les prières du bas de l'autel nous fait voir deux parties : le psaume et la confession des péchés. Le psaume a pour but de nous mettre dans de bonnes dispositions pour prier.

Avant de jouer du violon ou du luth, il nous faut d'abord accorder l'instrument. Avant de jouer sur la harpe de la prière, il faut l'accorder. C'est ce que veut faire le psaume 42 avec son verset-antienne. Relisons donc ce psaume.

Prenons d'abord le verset-antienne : « J'entrerai jusqu'à l'autel de Dieu... » C'est le verset le plus important de tout le psaume. Qu'est-ce qu'il signifie ? Une bonne intention, une ferme résolution : je veux offrir bien et dignement le saint sacrifice. Vous devez apprendre ce verset par coeur et si vous n'avez pas de livre de messe avec vous, répétez-le deux ou trois fois, tandis que le prêtre récite les prières du bas de l'autel et prenez la résolution de bien assister à la messe ; cela suffit amplement.


3- Le psaume, un pèlerinage


Passons à l'explication du psaume. Figurez-vous que vous allez à la messe. Deux forces vous encerclent, l'âme inférieure et l'âme supérieure. Elles luttent maintenant au dedans de vous. Le monde, le démon et le moi inférieur s'unissent pour empêcher notre voyage. Alors nous faisons cette prière : « Séparez ma cause de celle d'une nation impie ; délivrez-moi de l'homme méchant et trompeur. » Il s'agit donc de livrer un rude combat « où l'ennemi me serre de près ». Pouvons-nous nous représenter cette lutte intérieure ? Mais Dieu dans ce combat est « ma force » et je puis commencer victorieusement ce pèlerinage spirituel. Je ne vais pas seul ; deux anges me conduisent et me guident. Un de ces anges s'appelle Lumière et l'autre Fidélité divine. Sous leur conduite je m'avance, comme jadis les Hébreux dans le désert furent guidés par la colonne de nuée et de feu. Et les anges me conduisent « à votre sainte montagne et à vos tabernacles », c'est-à-dire à l'autel, au calvaire, à l'arche d'alliance et au tabernacle à la fois. Et « avec joie j'avancerai jusqu'à l'autel de Dieu » et « je louerai le Seigneur sur la harpe » de mon coeur. Arrière la tristesse et le trouble ! C'est avec une profonde confiance en Dieu que j'approcherai de l'autel de Dieu.

Ainsi le psaume peut nous transporter dans le véritable esprit de prière ; il nous facilite le passage du monde au sanctuaire.

Dans l'ancienne Église les nouveaux baptisés chantaient, durant la nuit de Pâques, ce psaume avec ce verset-antienne, lorsqu'ils allaient en procession des fonts baptismaux à l'autel, pour y recevoir la sainte communion. Alors le verset-antienne convenait très bien : « Je vais entrer jusqu'à l'autel de Dieu, de Dieu qui réjouit ma jeunesse » par le corps du Seigneur. Si nous nous en souvenons, alors le psaume reçoit un sens émouvant : il est une rénovation du baptême. Chaque messe est un développement de la grâce baptismale. Quel contenu profond reçoit le verset-antienne ! l'eucharistie doit amener à maturité la vie divine qui a été communiquée par le baptême. Mais parce que notre robe baptismale n'est pas demeurée immaculée, elle va être purifiée par le repentir dans la confession des péchés (Confiteor) qui va suivre.


4- La confession des péchés


Après le psaume 42, le prêtre et le servant, au nom de la communauté des fidèles, récitent la confession des péchés, cette prière commence par le mot latin Confiteor.

Si dans le Confiteor les motifs de contrition ne sont pas formulés expressément, cette prière est cependant extrêmement dramatique. Elle représente une scène de tribunal en deux actes.

Nous sommes transportés dans le ciel devant le trône du Souverain Juge ; autour de lui sont rassemblés tous les saints, nous y apercevons les plus éminents : la Très Sainte Vierge, le chef des armées célestes saint Michel, le précurseur saint Jean-Baptiste, les princes des apôtres saint Pierre et saint Paul. Nous sommes là devant eux, ils me regardent et m'accusent d'être devenu infidèle à la grâce de mon baptême ; je me sens devenir de plus en plus petit, au point que je voudrais m'enfoncer sous terre. « C'est par ma faute, c'est par ma faute, c'est par ma très grande faute. » Voilà le point culminant ou plutôt le plus profond de toute la prière, c'est le bassin où se déversent les flots de repentir.

Maintenant arrive un brusque changement, le deüxième acte : les mêmes saints qui étaient mes accusateurs ne me regardent plus d'un air sévère, ils se sont tournés vers le trône de Dieu, ils deviennent à présent mes intercesseurs et mes défenseurs. Je les vois supplier le Juge tout puissant de m'accorder son pardon. Tel est le drame magnifique du Confiteor.

Remarquons l'attitude du prêtre pendant cette prière : il est debout au bas de l'autel, profondément incliné il n'ose pas regarder vers l'autel, il se frappe trois fois la poitrine pour punir le coeur mauvais qui est le siège de toute infidélité. Ce que fait le prêtre, nous aussi nous devons le faire en esprit. Le Confiteor est récité tour à tour par le prêtre et par le servant comme représentant du peuple chrétien ; il est donc en même temps une confession réciproque des péchés ? Dans les cloîtres, aujourd'hui encore, lors de ce que l'on nomme la coulpe, les religieux confessent publiquement leurs défauts et leurs manquements à la règle.

Le Confiteor est suivi également d'une demande réciproque de pardon qui est inspirée par l'amour du prochain. Nous prions les uns pour les autres. « Que le Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde, et qu'après nous avoir pardonné nos péchés, il nous conduise à la vie éternelle. » Pour finir le prêtre prononce une absolution impétratoire à la différence de l'absolution juridique et sacramentelle de la pénitence. Les expressions apparentées : pardon, absolution et rémission, sont une gradation pour montrer que la miséricorde divine peut effacer entièrement les péchés.

Puis viennent quelques versets que le prêtre et le servant récitent à moitié inclinés ; ainsi s'exprime la confiance que Dieu a pardonné : Dieu tourne de nouveau son visage vers nous, alors la vie vient dans nos membres et avec la vie arrive la joie. Après le froid hivernal du péché le soleil printanier de la grâce ramène la vie et la joie.

Le prêtre : « O Dieu, vous nous rendrez de nouveau la vie. »

Le servant : « Et votre peuple se réjouira en vous. »

Le prêtre : « Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde. »

Le servant : « Et donnez-nous votre salut. »

Maintenant le prêtre, soulagé et plein de ferveur, gravit les marches de l'autel et demande la permission d'entrer avec un coeur pur dans le Saint des saints. Le Saint des saints du Temple où le grand prêtre ne pouvait entrer qu'une fois dans l'année est l'image de l'autel chrétien. Nous pouvons y entrer chaque jour. Cette prière termine les prières du bas de l'autel.


5- Le baisement de l'autel


La première chose que fait le prêtre, après avoir gravi les degrés de l'autel, est de baiser la pierre sacrée. A la messe solennelle il met de l'encens dans l'encensoir et encense l'autel, puis il se rend au côté de l'épître, fait un signe de croix et récite l'Introït.

Demandons-nous d'abord ce que signifie le baisement de l'autel. Le prêtre récite, en baisant l'autel, la prière suivante : « Nous vous prions, Seigneur, par les mérites de vos saints (ici il baise l'autel dont les reliques sont ici et de tous les saints de daigner me pardonner tous mes péchés. Amen. » Cette prière nous apprend donc que, par ce baiser, le prêtre vénère les reliques contenues dans la pierre de l'autel.

Lors de la consécration d'une église, l'évêque doit déposer dans l'autel des reliques des saints martyrs. Cet usage remonte à l'antiquité et rappelle l'habitude des premiers chrétiens de célébrer la sainte messe sur les tombeaux des martyrs. Chaque autel doit être regardé comme une chose sainte, car c'est un tombeau de martyrs.

Mais le baisement de l'autel a encore une signification plus profonde. Le baisement de l'autel est le baiser de l'Église à son époux le Christ. L'autel, dans l'antiquité chrétienne, n'était pas seulement vénéré comme tombeau de martyrs, il était aussi vénéré par l'Église en tant qu'image du Christ, et même en tant que le Christ lui-même. A la consécration il était oint avec le saint chrême et depuis il était un symbole de l'Oint ( le Christ). Actuellement se trouve d'ordinaire sur le maître-autel un tabernacle avec le Très Saint Sacrement. Jadis ce n'était pas le cas ; le Saint Sacrement était conservé à la sacristie, plus tard on le conserva dans l'armoire spéciale appliquée au mur de l'église. Cependant même alors l'autel était vénéré comme symbole du Christ. Rappelons-nous la cérémonie du vendredi-saint ; lorsque le prêtre, en ornements noirs, se rend à l'autel, le tabernacle est vide et ouvert et pourtant il se prosterne au pied de l'autel et adore le Christ. Malheureusement le culte de l'autel nous fait défaut à nous chrétiens actuels. L'autel est le lieu le plus saint de toute l'église et non pas le rétable avec ses images, qui n'est que l'accessoire, mais l'autel en tant que table du sacrifice, entant que calvaire ; l'autel est donc le symbole du Christ.

Le prêtre occupe à la messe une double place, il est intermédiaire entre Dieu et l'homme Souvent il représente le Christ ; songeons à la consécration où il dit, avec les paroles mêmes du Sauveur : Ceci est mon corps. » Mais il est aussi le représentant des fidèles, de l'Église que le Christ lui-même a appelée son épouse. A présent, en montant à l'autel il représente l'Église et le baiser qu'il donne à l'autel est le baiser donné par l'Église à son divin Époux. A chaque messe se réalise l'oeuvre de la rédemption. On la représente volontiers sous l'image d'une union nuptiale ; ainsi le baisement de l'autel est un symbole de la rédemption et du sacrifice de la messe. Après la prière de contrition au bas de l'autel, nous pouvons aussi l'expliquer comme le baiser de réconciliation du Christ avec l'âme. Le baiser donné à l'autel est le baiser nuptial de l'Église au Christ, de l'âme au Christ. Mon âme aussi s'unit à la messe de nouveau au Christ. — Quelle profonde signification présentent les cérémonies, apparemment sans importance, de l'Église !

A la messe solennelle le prêtre met de l'encens dans l'encensoir et le bénit en disant : « Soyez béni par Celui en l'honneur de qui vous serez brûlé » (c'est-à-dire en l'honneur de Dieu). Le prêtre prend l'encensoir et encense l'autel. L'autel est vénéré en tant que place du sacrifice, en même temps le Christ est adoré. Dans les vapeurs de l'encens notre prière aussi s'élève vers Dieu.


Chapitre 06
l'Introit

Après avoir gravi les marches de l'autel et baisé l'autel, le prêtre passe du côté de l'épître, fait un signe de croix et récite l'Introït.

Transportons-nous en esprit à Rome, il y a environ 1400 ans ; le pape officie dans une des basiliques, disons à Saint-Pierre. Examinons la célébration de la sainte messe. La sacristie à cette époque n'était pas comme actuellement près du maître-autel, mais près de la porte d'entrée de l'église. Le pape est arrivé à la sacristie et a revêtu ses ornements. Les chantres se sont rangés en deux choeurs devant l'autel. Alors commence le cortège du pape avec les prêtres et les évêques pour se rendre à l'autel. Pendant cette procession, les chantres et le peuple chantent alternativement un psaume avec un verset-refrain. Ce psaume est chanté jusqu'à l'arrivée du cortège à l'autel et le commencement de la messe. Il n'y avait pas alors les prières du bas de l'autel. Ce chant était l'Introït.

Quel psaume chantait-on ? Certainement un psaume adapté à la messe. Si la messe a lieu pendant le carême ou la Passion, on chantait un psaume austère. A Pâques ou à Noël on choisissait un cantique d'allégresse. Quel était donc le but de ce chant ? De mettre toute l'assistance dans l'état d'esprit convenable, c'est d'ailleurs la tâche du chant. En outre il devait accompagner l'entrée solennelle du clergé et le commencement de la messe.

Au cours du moyen âge vinrent s'ajouter aux cérémonies de la messe les prières du bas de l'autel qui furent dites avant l'Introït. Dès lors, on renonça à l'entrée solennelle du clergé ; du reste la sacristie se trouvait près du maître-autel. Ainsi ce long chant d'introduction devint de plus en plus court et actuellement il n'est plus qu'une petite prière que le prêtre récite du côté de l'épître, après les prières du bas de l'autel.

Présentement cette prière se compose de quatre parties :

1- l'antienne (c'est l'ancien verset-refrain chanté par le peuple après chaque verset du psaume) ;

2- le verset qui est le commencement d'un psaume (autrefois c'était le psaume entier, ou du moins une grande partie, qui était chanté, aujourd'hui on se contente du premier verset);

3- le « Gloire au Père » qui terminait le psaume.

4- on répète l'antienne.

Bien que l'Introït ait perdu son ancienne signification en tant que chant d'introduction, il n'est cependant pas totalement sans valeur. C'est avec lui que commence la célébration proprement dite de la messe, car les prières précédentes ont été dites au pied de l'autel ; c'est pour­quoi le prêtre fait en commençant l'Introït un signe de croix qui doit indiquer le début de la messe. Aujourd'hui encore l'Introït doit nous mettre dans l'atmosphère de la messe. Mais nous le comprendrons mieux, si nous nous représentons toujours l'entrée du clergé.

Prenons par exemple l'Introït du 18e dimanche après la Pentecôte. Le contenu principal de cette messe est la préparation au voyage du ciel : Allez dans votre maison. Représentez-vous l'entrée solennelle du clergé dans l'ancienne Église. Quand il s'avance vers l'autel, c'est comme si nous voyons la procession du ciel, comme s'il se rendait en procession vers le ciel. Il convient bien à ce cortège, le psaume 121 qui commence ainsi : « Je me suis réjoui de ce qui m'a été dit : nous irons dans la maison du Seigneur. » Le psaume est un chant des Juifs se rendant en procession au Temple de Jérusalem. Ce psaume a été chanté par Notre-Seigneur, par la Sainte Vierge, par les apôtres, lorsqu'ils se rendaient au Temple en pèlerinage. Ce psaume est donc un véritable Introït, un véritable chant d'entrée, non plus dans le Temple, mais dans la maison de Dieu et aussi dans le ciel.


   
 
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