Sainte
Angèle de Foligno
©Les Compagnons de Jésus et de Marie
2399, rue Iberville
Montréal, (Québec) H2K 3C8 1-514-526-227
Debout
près de la croix de Jésus, avec Angèle
de Foligno ( 1248-1309)
Comme
on ne connaît aucun portrait authentique de sainte Angèle
, nous pouvons facilement imaginer son attitude face à
Jésus crucifié , en considérant cette crucifixion
qui se trouve dans l’Église S. Maria in Vallicella à
Rome
Courte
Biographie
Sainte Angèle est née à Foligno (Italie)
en 1248, Mariée, elle eut plusieurs enfants, et mena
d’abord une vie très frivole;elle possédait des
terres et un magnifique domaine. Vers 1285, après une
apparition de saint François d’Assise, elle se convertir
totalement au Seigneur, elle perdit la même année,
en 1288, son mari et tous ses enfants. Alors, elle se dépouilla
de tous ses biens. Pour s’affermir dans sa voie, elle se rendit
en pèlerinage à Rome demander à saint Pierre
la grâce de la plus extrême pauvreté.
En
1291, elle revêtit l’habit du tiers ordre de saint François
d’Assise. Ce fut au cours de ce voyage, près de Spello,
qu’elle reçut une connaissance expérimentale de
la Sainte Trinité d’une rare profondeur. Dès lors,
jusqu’à sa mort, le 4 janvier 1309, toute sa vie fut
une incomparable imitation des vertus de Jésus pauvre
et crucifié et une sorte d’extase prolongée pendant
laquelle elle reçut ces communications de la Divine Sagesse
que recevait et mettait par écrit son directeur spirituel
et son confident. Fr. Arnaud, franciscain. Son culte a été
approuvé par l’Église en 1701 et 1709; Pie X a
fixé sa fête au 4 janvier.
L’œuvre complète d’Angèle de Foligno a été
publiée en français sous le titre ; ‘ Le livre
de L’Expérience des vrais fidèles ‘.. par M.J.Ferré
et sous le titre : Le livre de la Bienheureuse Angèle
de Foligno, par le P. Dancoeur .s.j. C’est l’un des plus grands
chefs-d’œuvre de la spiritualité catholique. On ne se
rassasie pas de le lire et de le méditer.
Je
reproduis ici seulement ce qui se rapporte à la Passion
de Jésus, d’après la traduction de Ferré
©( Éditions droz. Paris 1927)
1-
Pourquoi la Passion de Jésus fut si douloureuse
A-
La connaissance très parfaite que Jésus avait
de tout. Il y eut dans le Christ une douleur multiple inexprimable
et cachée, une douleur indiciblement aiguë, que
lui départit l’ineffable sagesse de Dieu. Unie au Christ
depuis l’éternité d’une union qui défie
le langage, cette ineffable et éternelle dispensation
divine portait sa douleur au suprême degré. Plus,
en effet, la dispensation divine fut admirable, plus la douleur
du Christ fut aiguë et déchirante; si aiguë,
si inexprimable et si extrême fut la douleur qui résultait
de cette dispensation divine, qu’il n’a jamais existé
d’intelligence assez vaste ni assez pénétrante
pour que comprendre cette dispensation fut la source et l’origine
de toutes les douleurs du Christ ; c’est en elle qu’elles
commencent, en elle qu’elles finissent.
Il
y eut aussi dans le Christ une douleur provenant de l’Ineffable
lumière divine qui lui était donnée,
Dieu qui est la lumière ineffable illuminait ineffablement
le Christ : la dispensation divine l’unissant ineffable à
Dieu, le transformait en cette lumière divine et accroissait
sa douleur au-delà de toute expression, car le Christ
voyait dans cette lumière qu’une inexprimable douleur
lui était départie dans une mesure telle que
son excès même, en défiant tout langage,
la cacherait à toute créature. La source et
l’Origine de cette douleur, conséquence de la lumière
donnée au Christ, était la dispensation divine.
B.
Son immense amour pour les hommes
Il
y eut aussi dans le Christ une douleur très vive et
très poignante née de son admirable compassion
pour le genre humain qu’il aimait d’un si grand amour. Le
Christ avait pour chaque homme une compassion d’autant plus
douloureuse qu’il connaissait de science certaine ses fautes
et les châtiments qu’elles lui faisaient ou lui avaient
fait encourir. Aimant, en effet, chacun de ses élus,
ineffablement et du fond de ses entrailles, le Christ sentait
continuellement leurs offenses passées et futures,
ainsi que la peine et les peines qu’ils devraient supporter
en raison de ces offenses. Il les compatissait, il portait
les peines qui leur étaient dues avec une douleur immense.
Plus il entrait de tendresse dans l’amour qu’il leur portait,
plus le Christ mettait la douloureuse compassion à
prendre sur lui leurs douleurs et leurs peines. La cause en
était dans la dispensation divine.
C- La conscience qu’il avait d’être l’agneau qui porte
tous les péchés du monde.
Il
y eut aussi dans le Christ une douleur de compassion pour
lui-même. Le Christ compatissait à lui-même
en raison de la peine indiciblement douloureuse qu’il voyait
fondre sur lui. Se voyant envoyé par le Père
afin de porter en lui-même les douleurs et les peines
de tous ses élus, sachant que cet inexprimable loi
de souffrances lui échouerait inévitablement,
et qu’il était envoyé à cette seul fin,
le Christ se prenait lui-même en compassion et en éprouvait
une douleur extrême. Car donné à un homme
la certitude absolue qu’il n’évitera plus le plus horrible
des châtiments, faites repasser sans cesse sous ses
yeux les tables des souffrances qui l’attendent, cet homme
n’aura-t-il pas pour sa propre personne unie pitié
proportionnée à la connaissance qu’il a de ses
malheurs. Voyant donc une douleur inexprimable fondre sur
lui, c’est de façon ineffable aussi que le Christ,
transformé en une si grande douleur avait compassion
de lui-même.
D-
La vue des douleurs de sa Mère.
Il
y eut dans le Christ une douleur de compassion pour sa très
douce Mère. Le Christ aimait sa très douce Mère
pa-dessus toute autre créature, parce que c’est d’elle
seule qu’il avait tiré sa chair, et parce qu’étant
donné la noblesse, la profondeur et l’excellence de
ses facultés, sa mère avait compassion de lui,
son vrai fils, beaucoup plus qu’aucune créature. C’est
pourquoi, la voyant souffrir à l’extrême douleur,
la mère de Dieu souffrait la douleur suprême,
et le Dieu-Homme Jésus portait continuellement cette
douleur en lui. Cette douleur avait pour fondement la dispensation
divine.
E- La connaissance des souffrances indescriptibles de ses
apôtres bien-aimés
Il
y eu aussi dans le Christ une douleur de compassion pour ses
apôtres et ses disciples, car il savait quelle immense
douleur devait les torturer quand les immenses délices
de sa présence corporelle, qui leur donnait tant de
joies, leur seraient enlevées. C’est parce qu’en effet
cette admirable présence corporelle était très
aimable et délectable qu’elle leur fut ôtée
au temps de la passion. La souffrance indicible qui étreignit
alors sa mère, ses apôtres et tous ses disciples,
le Dieu Homme Jésus la porta continuellement en soi.
F.. La perfection et la noblesse de son âme
Il
y eut enfin dans le Christ une douleur véhémente
et aiguë en raison de sa noblesse, et de la grandeur
et de la délicatesse de son âme, car cette noblesse
et cette délicatesses aiguisaient et augmentaient d’autant
ses souffrances; cette âme souverainement noble s’affligeait
d’une souveraine douleur. Toutes ces douleurs tiraient leur
origine de l’Ineffable dispensation divine. Tu as dit aussi,
Marie : ‘’ Et, en raison de l’union ineffable de l’âme
et du corps, toutes ces douleurs ont, de par la dispensation
divine, torturé l’âme du Christ de si profonde
et de si intense manière que chacune de ses douleurs
a sans cesse retenti dans son corps et l’a vivement affligé.
©Denise
christiaenssens o.f.s.erm.
1- Les cinq poignards
Cinq
genres de poignards ont sans cesse percé le Dieu Homme
, le Christ.
Le
premier genre de poignard fut la cruauté perverse des
cœurs continuellement obstinés contre lui et toujours
préoccupés de l’exterminer de la terre par les
attentats les plus cruels et plus ignominieux.
le
second genre de poignard fut la malice des langues vociférant
contre lui. Parce qu’en effet les cœurs étant tourmentés,
les langues répandaient contre lui le poison de la méchanceté
et de la fourberie, résultat de l’obstination des âmes.
Le
troisième genre de poignard fut celui des colères
immenses, démesurées, qui faisaient éclater
l’obstination des âmes dans leur désir de tuer
le Christ et la méchanceté des langues acharnées
à le déchirer; les pensés dirigées
contre le Christ étaient autant de poignards enfoncés
dans son âme : les paroles et les colères dirigées
contre Lui autant de glaives qui lui perçaient continuellement
le cœur.
Le
quatrième gendre de poignard, ce fut l’œuvre qui consomma
toute la maudite intention de ses ennemis. Ils firent contre
lui tout ce qu’Ils voulurent.
Le
cinquième genre de poignard dont le Christ fut frappé,
ce furent les terribles clous avec lesquels ils le fixèrent
cruellement à la croix. Ils prirent en effet des clous
très gros, mais aiguisés rugueux, anguleux,
afin de lui causer une douleur extrême et de mieux satisfaire
leur malice; ces souffrances permettaient à Jésus
Dieu-Homme de nous manifester un peu de son excessive et tout
insondable douleur et de nous apprendre à pleurer sur
nous-mêmes du plus profond de nos entrailles
2-
Pourquoi Jésus a dit cette parole « Mon Dieu, Mon
Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné »
Le
Christ en croix eut trois raisons de crier cette parole : «
Mon Dieu, mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous abandonné »
Il
la cria, d’abord, pour prier, c’est-à-dire pour manifester
Dieu et lui-même. Dieu ne peut être abandonné.
Le Christ manifesta donc qu’il était homme lorsqu’il
se déclara comme abandonné de Dieu dans ses douleurs.
Il la cria aussi pour manifester la douleur suraiguë et
inexprimable qu’il endurait pour nous. Dieu le Père connaissait
bien la douleur du Christ ; Jésus la connaissait semblablement
puisqu’il l’endurait; c’est donc pour nous seuls qu’il a crié
cette parole, c’est pour nous indiquer l’intolérable
douleur continue qu’il dut porter à cause de nos fautes,
c’est pour nous apprendre à pleurer sur nous-même.
En effet la création et l’organisation du corps du Christ,
l’infusion de l’âme, l’union avec le Verbe se produisirent
au même instant et en une fois. Or en vertu de cette plus
qu’admirable union, cette âme fut remplie d’une incomparable
et ineffable sagesse; elle se rendait toutes choses présentes
d’une intraduisible présence. Par suite, dès l’instant
de sa création jusqu’au moment où elle se sépara
de la chair, par la disposition même de la sagesse divine,
l’âme du Christ endura totalement et continuellement toute
l’indicible et intolérable douleur qu’elle se voyait
appelée à souffrir indiciblement, et cela, les
paroles même du Chris l’attestaient. Il dit souvent qu’il
porte sa croix, qu’il la porte sur son dos; il dit encore à
ses disciples, non pour lui mais pour eux et nous afin qu’eux
et nous tirions notre salut, cette parole : » Mon âme
est triste jusqu’à la mort «, signifiant à
tous qu’ils doivent toujours souffrir de cette douleur.
Le Christ cria encore cette parole « Mon Dieu,
mon Dieu…’ » pour nous donner l’espérance et nous
affermir en elle, afin que s’Il nous arrive d’être affligés
et de souffrir la tribulation, ou même en certaines douleurs
de nous sentir abandonnés, nous ne défaillions
pas de désespoir, mais que nous voyons très clairement
par son exemple qu’il a tiré profit même de la
tentation et qu’il est prêt à nous secourir.
4- Les trois compagnes de Jésus : La suprême pauvreté,
les abaissements volontaires, la douleur ou la croix.
a-
La suprême pauvreté
Depuis
l’heure ou son âme fut créée et infusée
à son corps très saint dans le sein de sa mère
très pure, jusqu’à cette heure dernière
ou cette très sainte âme sortit de ce très
saint corps par la mort très cruelle de la croix. il
ne demeura jamais sans la suprême pauvreté; celle-ci
l’abandonna pas un instant; il ne fut pas de même pour
les apôtres, non pour aucun des disciples, ni pour Jean
l’évangéliste, ni même pour sa Mère,
la très sainte Vierge Marie. Quelle compagne si fidèle,
si assidue et si aimable pour lui ! Ce fut, me semble-t-il ,
celle que Dieu le Père très–Haut, selon sa dispensation,
destina à son Fils en ce monde, ce fut la pauvreté
parfaite, continuelle, absolue, telle fut la compagne qui suivit
continuellement le Christ dans sa continuelle pénitence.
Cette pénitence durant autant que sa vie en ce monde.
C’est par elle qu’il monta au ciel en son humanité; c’est
par elle que l’âme peut et doit marcher vers Dieu et en
Dieu; en dehors d’elle, il n’y a pas d’autre voie, car il convient
que les membres passent par où la tête a passé,
que la compagne du chef soit aussi celle des membres.La société
de notre chef, le Christ, fut, comme il a été
dit, une volontaire, continuelle, extrême absolue pauvreté.
Cette pauvreté eut trois degrés, un grand, un
plus grand qui s’unit au premier; le troisième joint
au premier et au second fut absolu, parfait. Dans le Christ
la pauvreté a donc trois degrés, néanmoins
elle est en lui souverainement et parfaitement une.
Voici
le premier degré de la pauvreté très parfaite
du Christ
,
voie et maître de l’âme. Il voulut vivre et être
pauvre, destitué de tous les biens temporels de ce monde
jusqu’à ne se réserver ni maison, ni vigne, ni
terre, ni possession, ni deniers, ni monnaie, ni ferme, ni écuelle,
ni rien. Des choses de ce monde il ne reçut et ne voulut
recevoir que l’extrême indigence dune vie qu’il passa
dans le besoin, dans la faim et la soif, la chaleur et le froid,
le travail, l’austérité, l’épreuve. Il
n’usa point de choses délicates et recherchées
; il usa des produits les plus communs et les plus grossiers
selon le temps, la saison, le lieu, fournis par le pays où
il vivait et demeurait dans la plus grande pauvreté.
’La seconde pauvreté,
plus grande que la première, fut qu’il voulut vivre pauvre
de parents, d’amis et de toute amitié temporelle. Il
n’eut pas un ami, pas un parent qui lui obtint d’être
délivré d’un seul percement de clous, d’un coup
de verge ou de fouet, de l’éponge ou d'une seule injure.
Il se détacha complètement de ses parents et de
ses proches; ni pour mère, ni pour frère, ni pour
ami, il ne sacrifia ni ne voulut sacrifier rien qui puisse plaire
à la volonté de son Père très haut.
La troisième et suprême pauvreté
fut qu’il se dépouilla de lui-même, c’est à
dire qu’il se fit pauvre de sa propre puissance, de sa propre
sagesse et de sa propre gloire. Car, Dieu incréé,
Dieu incarné, Dieu fait homme, Dieu souffrant, il voulut
apparaître en ce monde comme un mendiant, comme un homme
sans puissance, sans avoir, sans force, sans gloire, sans sagesse
humaine. O pauvreté honnie ! ô pauvreté
bannie aujourd’hui quasi à son de trompe par les gens
de toutes conditions ! Trouverait-on de nos jours créature
qui se glorifie d’être associée à une compagne
si parfaite. Bienheureuse la créature qui, en esprit
de pénitence, s’en glorifierait; le Christ l’a adoptée
pour nous en donner l’exemple; mais comment nous agissons, nous
ne le voyons, nous ne le savons que trop bien. Car non seulement
nous usons des biens temporels pour notre nécessité
avec une blâmable suffisance, mais nous ne nous contentons
pas de notre juste part, il nous faut du superflu. Hélas!
Hélas! NE SAVONS-NOUS PAS DE QUELS VÊTEMENTS Le
Fils de Dieu a été paré, ne savons-nous
pas dans quel lit et sur quel lit il a été couché
sur la croix . Ne savons-nous pas de quel breuvage il fut rassasié.
Ne savons-nous pas comment il fut renié de ses parents
et amis, dans quelle compagnie il fut mis. Ne savons-nous pas
commet il a voulu se défendre et s’élever, se
faire protéger, se glorifier de sa puissance et de sa
sagesse. Il eut pu le faire en toute vérité. car
il possédait en soi et de soi la puissance, par essence,
par grâce et par nature. Nous voulons nous autres, nous
approprier par mensonge ce que nous ne possédons pas,
nous faisons parade de ce que nous ne possédons pas.
Notre pénitence ne suit pas la voie droite, elle s’écarte,
elle s’éloigne de la première compagne du Christ,
la sainte pauvreté.
B- Les abaissements volontaires
La
seconde compagne qui ne quitta jamais le Christ en cette vie,
fut l’abaissement volontaire et parfait. Il voulut vivre et
il vécut en ce monde comme un esclave abject, vendu et
non racheté : bien plus, comme un esclave méchant,
vicieux, couvert d’opprobres, tourné en dérision,
lié, frappé de verges, fustigé, flagellé,
et enfin condamné et mis à mort sans aucun motif.
Quand on voulut par hasard lui rendre quelque honneur temporel,
il s’y opposa toujours ou par les paroles ou par les actes.
Il a toujours fui les honneurs du monde, toujours recherché
en ce monde la honte et le mépris, sans fournir par ses
fautes de motif ni de raison plausibles.
Où
donc trouver aujourd’hui une personne qui aime cette compagne
du Christ qui, comme lui, fuit les honneurs , qui recherche
la honte, qui veuille être méprisée, dédaignée
en retour du bien qu’elle fait, qui refuse d’en être louée
et honorée ! Pour moi, il n’y a de fidèle, que
celui qui s’unit au Christ son chef dans un amour parfait. L’âme
pleine d’amour pour le Christ, voyant que son chef aime et veut
une telle compagne, l’aime et la veut pareillement. On en trouve
bien qui disent : ‘J’aime le Christ, je veux le chérir,
je n’ai cure de tous les honneurs du monde. Mais pas au point
de vouloir, de désirer la honte, l’abjection : je vis
au contraire dans un continuel combat, dans une crainte continuelle
que les hommes ne me les fassent subir et que Dieu ne permette
qu’elles m’arrivent . ‘’ C’est là évidemment le
signe de bien peu de foi, de bien peu de justice, de bien peu
d’amour et de beaucoup de tiédeur dans cette âme.
Ou elle a commis des fautes qui la rendrent digne d’être
confondue, châtiée, humiliée, c’est le cas
de beaucoup, ou elle n’en a pas commis.
Si
elle a commis de telles fautes publiques ou cachées,
elle doit se préparer à en porter le poids avec
patience, avec joie, avec plaisir du corps et de l’âme,
elle le doit pour deux raisons :
Premièrement,
le châtiment, la honte, délivrent l’âme de
la peine qui lui est réservée à cause de
son iniquité; deuxièmement, les châtiments
de honte endurés et supportés avec patience, satisfont
à Dieu et au prochain, conformément à la
volonté de la justice divine. Si elle n’a péché
ni en pensée ni en acte, elle doit, si c’est la permission
de Dieu, souffrir cent fois plus et qu’avec plus de patience
et de joie; car ce châtiment, cette confusion, cette honte
lui valent un accroissement de grâce, qui augmente à
son tour le mérite et la récompense dans la gloire.
—Mais
nous craignons que Dieu bon ne nous fasse pas croître;
nous ne craignons pas que nos fautes nous fassent décroître
et diminuer.
__
En vérité, c’est de cette manière que croissent
les âmes saintes amies de Dieu. Voilà pourquoi
le Christ a aimé la honte, fui les honneurs, voilà
pourquoi, conformément à la dispensation divine
et sans avoir commis de faute, il a voulu de sa libre volonté
être abaissé et méprisé dans sa vie,
afin d’enseigner à ses amis comment ils peuvent croître
en mérite et en grâce par l’amour. Telle est la
seconde compagne du Christ dans touts sa vie. IL eut pour elle
tant d’amour qu’il ne voulut jamais s’en séparer. Si
nous considérons en effet le commencement, le milieu
et la fin, bref tout le temps de la vie du Christ Fils de Dieu,
nous n’y verrons qu’humilité; il vécut sans honneur,
et il vécut souverainement méprisé.
C.- La douleur ou la croix
La
troisième compagne, plus éprouvée, plus
assidue, fut une souveraine douleur à laquelle l’âme
du Christ fut dès d’abord associée. Unie avec
son corps à la divinité, cette âme sainte
fut remplie de la souveraine sagesse et le Christ réalisa
dans sa personne la condition de l’homme en cette vie et celle
des bienheureux dans le ciel. Déjà dans le sein
de sa mère, cette âme sainte commença de
sentir une suprême douleur morale comme devant satisfaire
complètement à Dieu, non pour ses fautes, mais
pour les fautes des hommes, parce qu’elle voyait, connaissait,
pénétrait dans leur ensemble, dans leur détail
tous les tourments et chacun des tourments qu’elle devrait endurer
elle-même dans la chair, d’une douleur physique.
Elle
voyait, elle connaissait aussi tous les couteaux des langues,
c’est à dire toutes les paroles acérées
qui la blesseraient un jour, elle savait quand, et combien,
et comment, et par qui, et où elle devrait être
attaquée. Elle connaissait et voyait comment le Christ
, en tant qu’homme, devait être trahi, vendu, arrêté,
abandonné, renié, lié, tourné en
dérision, frappé de verges, flagellé, jugé,
condamné comme un voleur, traîné à
la croix, dépouillé, crucifié, mis à
mort, blasphémé, frappé par la lance qui
lui ouvrirait le côté, Cette âme sainte savait
tous les coups des marteaux, toutes les blessures des clous
, elle avait en soi et devant soi et connaissait toutes les
douleurs, tous les soupirs, tous les sanglots toutes les déchirantes
lamentation de sa mère; ainsi toute la vie du Christ
fut associée à une continuelle douleur.
Comment
la malheureuse âme qui veut surabonder de consolations
en ce monde, marcherait-elle avec celui qui est la voie de la
douleur ! En Vérité, l’âme parfaitement
éprise du Christ, son aimé, ne voudrait pas d’autre
lit ni d’autre état en ce monde, que ce qui fut donné
au Christ en partage. Quand le Christ était gémissant
et mourant sur la croix, Marie, sa mère qui le voyait,
ne lui demandait, pas j’imagine, des consolations, elle lui
demandait de sentir sa douleur. C’est dans une âme le
signe de bien peu d’amour que d’attendre du Christ, en ce monde,
autre chose que la douleur. Le bon maître, elle peut le
savoir, préfère le pauvre qui le sert fidèlement,
par affection sans salaire ni profit, au riche qui en retour
de ses services reçoit chaque jour de grosses sommes
et qui sert dans l’espoir d’une récompense spéciale
De même l’âme qui court amoureusement à Dieu
remplie des grandes consolations qu’Il lui donne à goûter,
n’a pas tant de mérite que celle qui court à lui,
qui le sert avec un égale et pareil amour, mais sans
consolation dans une continuelle douleur. Voilà ,me semble-t-il
, ce que m’enseigne la lumière divine émanée
de la vie du Christ , unique voie par laquelle on accède
à Dieu et en Dieu par l’amour. C’est par cette voie qu’est
allé notre chef, le Christ; c’est par cette voie que
doivent aller la main, le bras, l’épaule, le pied, la
jambe, tous les membres. Par la pauvreté temporelle,
l’âme arrivera aux richesses éternelles par le
mépris et la honte au faîte de l’honneur et à
la grandeur de la gloire, par une légère pénitence
faite dans la peine et la douleur, la possession du souverain
bien. Dieu éternel, dans une douceur et dans une consolation
infinie. Mais, ne l’oublions pas, l’âme doit servir Dieu
pour lui seul, parce qu’il est digne d’être aimé
et doit être servi par toute créature raisonnable
à cause de sa souveraine bonté.
5- Le livre de vie : Jésus crucifié contemplé
Ô
fils très cher, si tu désires la lumière
de la grâce divine, si tu désires éloigner
ton cœur de toutes les sollicitudes, refréner les tentations
nuisibles, être parfait dans la voie de Dieu, cours sans
tarder à la croix du Christ. En vérité,
il n’a pas été donné aux enfants de Dieu
d’autre voie par où ils puissent trouver Dieu et, l’ayant
trouvé, le garder, si ce n’est la voie et la vie de ce
Dieu-Homme souffrant, qui comme j’ai la coutume de le dire et
comme je l’affirme à nouveau, est le livre de vie.
Nul
ne peut avoir accès à la délectation que
par l’oraison continue. L’oraison continue illumine l’âme,
l’élève, la transforme illuminée par la
lumière perçue dans l’oraison; l’âme voit
clairement la voie Crucifiée ; et, y courant d’un cœur
dilaté, elle s’éloigne des lourds soucis du monde,
elle s’élève au-dessus de soi-même à
la jouissance de la douceur divine; ainsi élevée
elle est embrasée d’un feu divin; et élevée,
illuminée, embrasée de la sorte, elle est transformée
dans le Dieu-Homme lui-même. L’Oraison continue trouve
tout cela dans la contemplation de la croix.
ô
mon très cher fils, réfugie-toi donc aux pieds
de cette croix, demande à celui qui y meurt pour toi
de t’illuminer afin que tu te connaisses pleinement et qu’abîmé
dans la connaissance de tes propres défauts, tu puisses
t’élever à une connaissance plus pleine de la
bonté divine qui te paraissait incompréhensible,
quand tu voyas Dieu t’élever, toi si plein de défauts
à la dignité de fils et te promettre d’être
ton père. Ne sois donc pas ingrat envers lui. Applique-toi
à accomplir en tout la volonté d’un père
si grand et si aimable. Car, si le bon plaisir de Dieu leur
père ne s’accomplit dans les fils légitimes, comment
s’accomplit-il dans les fils adultérins ! J’appelle fils
adultérins ceux que leur infidélité à
la croix égare à travers les désirs de
la chair; fils légitimes ceux qui s’efforcent de se conformer
en tout à leur maître et père souffrant
pour eux, dans sa pauvreté, dans des douleurs, dans son
abaissement; trois choses, mon très cher fils, que tu
dois en toute certitude tenir pour le complément et le
fondement de toute perfection. Ce sont ces trois choses qui
éclairent véritablement l’âme, la parfont,
la purifient et la préparent à la transformation
divine.
Attention,
si j'ai pas mis les bons liens sous les images
veiller m'envoyer @ pour corriger l'auteur de l'image Merci
Sainte Angèle de Foligno p. 53-55
Tirer
du volume: Sainte Angèle de Foligno p. 53-55 du Père
Raymond Christoflour
Édition Vision et Révélations Les Éditions
du Soleil Levant.
Imprimatur Namurci, die 2a septembris 1958 F. Toussaint, v.g.
Sur
le chemin de Saint-François, lors du premier entretien,
il me dit:'' Qu'il est grand l'amour que je porte à l'âme
qui m'aime avec simplicité!'' Et il me sembla qu'il voulait
que l'âme, selon ses forces, ait un peu de l'amour qu'il
a lui-même pour nous et que, si elle en avait seulement
le désir, il le lui accorderait. "" Hélas
il y a si peu de fidèles et il y a si peu de foi!"
soupirait-il. Et il ajoutait : "" Qu'il est grand
l'amour que je porte à l'âme qui m'aime avec simplicité;
à une telle âme et à quiconque m'aimerait
d'un amour vrai, j'accorderais dès maintenant plus de
grâces qu'aux saints des temps passés, dont on
raconte que Dieu a fait en eux de très grandes choses
.'' Or, personne ne peut avoir d'excuse, car tout le monde peut
l'aimer ; Dieu ne demande à l'âme que l'amour,
car il aime, lui, il est l'amour de l'âme- Et elle me
disait pendant que j'écrivais : ''Qu'elles sont profondes
ces paroles : Dieu ne demande à l'âme que de l'amour!
" - '' Qui donc pourrait garder pour soi quelque chose,
s'il aimait? " Dieu aime l'âme, il est lui-même
l'amour de l'âme. Il m'en fit voir une preuve éclatante
dans sa venue et son abaissement sur la croix en dépit
de sa souveraine grandeur, Il me disait : " Regarde bien,
trouves-tu en moi autre chose que l'amour?" Et il me montrait
qui l'avait envoyé, pourquoi il était venu et
quelle est sa grandeur. Il m'expliquait tout ; et mon âme
comprenait enfin qu'en effet il n'est rien autre chose qu'amour.
Et il me semble qu'il se plaignait de trouver aujourd’hui si
peu de personnes à qui donner sa grâce. Aussi disait-il
que s'il trouvait aujourd'hui des âmes qui l'aiment, il
leur conférerait beaucoup plus de grâces qu'aux
saints du temps passé.
Puis
elle me dit tandis que j'écrivais : '' J'aurais des scrupules
de divulguer ces secrets si je n'avais entendu cette parole,
que plus je parle et parlerai de ces mystères, plus il
m'en restera."
LES
LETTRES AGNÈS DE PRAGUE
La
destinataire de ces lettres était fille du roi de Bohême,
Ottokar, et de Constance de Hongrie. Née en 1205, plusieurs
fois fiancée dès l'enfance, elle repoussa ensuite
les demandes en mariage du roi d'Angleterre et de l'empereur
d'Allemagne. En 1232, les premiers franciscains vinrent s'établir
à Prague. Agnès leur construisit une église,
puis fonda un hôpital et y adjoignit en /233 un couvent
où elle entra elle-même l'année suivante.
Sa correspondance avec sainte Claire dut être assez abondante.
Nous n'en possédons malheureusement que quatre lettres,
quatre réponses venues de Saint- Damien et révélatrices
de l'âme de Claire. Ce sont de précieux témoignages
à la fois de spiritualité et d'amitié,
de délicatesse et de force dans les sentiments. On y
remarque aussi une maîtrise de plume et une culture admirables
chez une femme de cette époque, une connaissance de la
Bible et une lucidité dans les conseils pour la vie religieuse,
qui font de ces lettres de direction des chefs-d'oeuvre du genre.
La première lettre a du être envoyée
peu avant l'entrée d'Agnès au monastère
(donc avant la Pentecôte /234) ; Claire l'appelle encore
" fille du roi de Bohême ", elle lui dit encore
" vous ", ne fait aucune allusion aux soeurs de Prague;
si elle la félicite de sa décision de renoncer
au monde, elle ne lui parle de la pauvreté totale que
comme si elle était seulement sur le point de s'y engager.
(Certains voudraient retarder jusqu'en 1235 la date de cette
lettre, parce que la première phrase parle de la renommée
universelle d'Agnès, et qu'ils attribuent cette renommée
à une lettre, datée de 1235, du pape Grégoire
IX à Béatrice de Castille).
La deuxième lettre fut certainement écrite entre
1235 et 1239, puisque frère Elie s'y trouve mentionné
comme ministre général et qu'il fut déposé
en 1239. La troisième lettre date sans doute du début
de 1238, époque à laquelle Agnès demanda
aussi à Grégoire IX une nouvelle réglementation
du jeûne, qui fut accordée le Il mai de cette année-Ià.
La quatrième enfin fut écrite après une
longue période de silence due à la maladie de
Claire. Celle-ci salue Agnès de Prague de la part de
sa propre soeur Agnès d'Assise ,. or cette dernière
ne revint à Saint-Damien qu'au début de 1253.
Il faut donc placer entre janvier et août 1253 la date
de cette quatrième lettre. Sainte Claire était
sans doute décédée lorsqu'Agnès
reçut ce dernier message.
|
PREMIÈRE LETTRE A AGNÈS DE PRAGUE |
A dame Agnès, vierge sainte et vénérable,
fille de Son Excellence illustrissime le roi de Bohême,
Claire, servante de Jésus-Christ, et inutile servante
des Pauvres Dames recluses au monastère de Saint-Damien
d'Assise, sa sujette et sa servante, exprime son respect tout
particulier, se recommande toute à elle, et lui souhaite
d'accéder à la gloire de l'éternel bonheur.
La renommée de votre sainte conduite et de votre vie
irréprochable est parvenue jusqu'à moi; elle est
d'ailleurs répandue partout sur la surface de la terre.
J'en suis transportée de joie et d'allégresse
dans le Seigneur, comme le sont aussi tous ceux qui servent
ou désirent servir Jésus-Christ. Lorsque vous
auriez pu jouir de toutes les flatteries et de tous les honneurs
du monde, et accéder même à la plus haute
gloire en devenant l'épouse légitime de l'illustre
empereur, union qui convenait à sa majesté et
à la vôtre, vous avez renoncé à tout
et vous avez opté, de tout l'élan de votre âme
et de votre coeur, pour la très sainte pauvreté
et pour le dénuement; vous avez choisi un époux
de race plus noble encore: notre Seigneur Jésus-Christ,
qui gardera toujours pure et intacte votre virginité.
En l'aimant, vous resterez chaste; ses caresses vous rendent
plus pure encore; sa possession consacre votre virginité.
Sa puissance surpasse toute autre, son lignage est le plus doux
qui soit, sa grâce la plus parfaite. Vous êtes désormais
vouée à son étreinte, lui qui a orné
votre poitrine de pierres précieuses, et suspendu à
vos oreilles des diamants inestimables, lui qui vous a revêtue
de joyaux étincelants comme le printemps, et qui a posé
sur votre tête une couronne d'or aux armes de la sainteté.
2.
C'est pourquoi, sœur très chère, ou plutôt
Dame que je ne saurais trop révérer puisque vous
êtes à la fois épouse, mère et sœur
de mon Seigneur Jésus-Christ ; armez-vous de courage
pour le service de Dieu sous le glorieux étendard de
l'inviolable virginité et de la très Sainte pauvreté;
conservez au coeur le brûlant désir de vous unir
au Christ pauvre et crucifié, qui a souffert pour nous
tous le supplice de la croix, qui nous a ainsi arrachés
à la puissance du prince des ténèbres dont
la faute de nos premiers parents nous avait rendus esclaves,
et qui nous a réconciliés avec Dieu son Père.
O bienheureuse pauvreté, qui prodigue des richesses éternelles
à ceux qui l'aiment et la pratiquent!. O sainte pauvreté,
en échange de laquelle Dieu offre et promet formellement
le royaume des cieux, la gloire éternelle et la vie bienheureuse!
O chère pauvreté, que le Seigneur Jésus-Christ
a daigné préférer à toute autre
chose, lui qui, de toute éternité, régnait
sur le ciel et sur la terre, lui qui a parlé et tout
a été fait ! Les renards, disait-il, ont leur
tanière, et les oiseaux du ciel leur nid, mais le Fils
de l'Homme, c'est-à-dire le Christ, n'a pas trouvé
où reposer sa tête; quand il a laissé reposer
sa tête, ce fut pour jamais, et il rendit l'esprit..
Puisqu'un
si grand et si glorieux Seigneur a voulu descendre dans le sein
de la Vierge, puisqu'il a voulu apparaître au monde méprisé,
nécessiteux et pauvre, afin que les hommes, indigents,
nécessiteux et affamés de nourriture céleste,
devinssent riches grâce à lui en prenant possession
du royaume des cieux, exultez donc de joie, soyez épanouie
d'un intense bonheur et d'allégresse spirituelle: en
préférant le mépris aux honneurs du monde,
et la pauvreté aux richesses matérielles, en ne
confiant pas vos trésors à la terre mais au ciel,
où ni la rouille ne les ronge, ni la moisissure ne les
attaque, ni les voleurs ne s'en emparent, vous avez une ample
récompense assurée dans le ciel, et vous avez
bien mérité d'être appelée soeur,
épouse et mère du Fils du Père très
haut et de la Vierge glorieuse. Vous savez en effet, j'en suis
certaine, que le royaume des cieux n'est promis et donné
qu'aux pauvres par le Seigneur, car lorsqu'on s'attache à
une chose d'ici-bas on perd le fruit de la charité. On
ne peut servir à la fois Dieu et Mammon, car, ou bien
l'un est aimé et l'autre détesté, ou bien
l'un est servi et l'autre méprisé ; un homme habillé
ne peut lutter contre un adversaire nu, car ses vêtements
fournissant prise, il sera aussitôt renversé; on
ne peut espérer vivre avec éclat dans ce monde,
et régner avec le Christ dans l'autre ; un chameau passera
par le trou d'une aiguille avant qu'un riche ait franchi la
porte du ciel. C'est pourquoi vous avez rejeté ces vêtements
que sont les richesses temporelles, afin de ne pas être
vaincue dans la lutte, et vous avez choisi le chemin rude et
la porte étroite, afin de pouvoir entrer dans le royaume
des cieux. Quel échange merveilleux et admirable: laisser
les biens de la terre pour ceux de l'éternité,
mériter ceux-ci en abandonnant ceux-là, récolter
cent pour un, et posséder à jamais le bonheur
!
C'est pourquoi je supplie humblement votre majesté et
votre sainteté, autant que je le puis, pour l'amour du
Christ, de vous rendre vous-même toujours plus courageuse
dans le service de Dieu, de progresser sans cesse en vertu,
afin que Celui que vous aurez servi de tout votre coeur daigne
vous donner la récompense que vous souhaitez. Je vous
demande enfin dans le Seigneur de vouloir bien, dans vos prières,
vous souvenir de moi, votre inutile servante, et des autres
soeurs qui habitent avec moi ce monastère, et qui vous
sont toutes dévouées: puissions-nous, avec le
secours de vos prières, mériter la miséricorde
de Jésus-Christ et jouir avec vous de sa vision sans
fin ! Adieu dans le Seigneur, et priez pour moi.
|
DEUXIÈME LE1TRE A AGNÈS DE PRAGUE |
A
très noble Dame Agnès, fille du Roi des rois,
servante du Seigneur des seigneurs, épouse très
digne de Jésus-Christ, et parée, de ce fait, du
titre de reine, Claire, inutile et indigne servante des Pauvres
Dames, adresse ses salutations et lui souhaite de vivre toujours
en parfaite pauvreté. Je rends grâce à l'Auteur
de la grâce, à Celui de qui proviennent tout bien
et toute perfection, de ce qu'il t'a ornée de tant de
vertus et parée de tant de perfection, que tu es devenue
imitatrice attentive et parfaite du Père qui est parfait,
au point même que ses yeux ne peuvent discerner en toi
rien d'imparfait. La voilà, cette perfection qui, dans
les palais des cieux, scellera ton union avec le Roi lui-même
qui siège dans la gloire sur un trône étoilé
: cette perfection a consisté pour toi à mépriser
les grandeurs d'un royaume terrestre; à juger indignes,
en comparaison, les propositions d'un mariage avec l'empereur:
à pratiquer la très sainte pauvreté et,
avec tout l'élan de ton amour et de ton humilité,
à suivre les traces de Celui aux noces duquel tu as mérité
d'être conviée.
Je te sais parée de vertus, mais je ne veux pas t'importuner
en t'accablant de louanges superflues, bien que, pour toi, rien
ne soit superflu si tu peux en retirer quelque consolation.
Or donc, puisqu'une seule chose est nécessaire , je m'y
bornerai et je t'y exhorterai pour l'amour de Celui à
qui tu t'es offerte comme une hostie sainte et agréable:
souviens-toi de ta vocation et, comme une seconde Rachel , remets-toi
toujours en mémoire les principes de base qui te font
agir : ce que tu as acquis, conserve-le soigneusement; ce que
tu fais, fais-le bien; ne recule jamais; hâte-toi au contraire
et cours d'un pas léger, sans achopper aux pierres du
chemin, sans même soulever la poussière qui souillerait
tes pieds; va confiante, allègre et joyeuse. Avance avec
précaution cependant sur le chemin du bonheur: ne te
fie pas et ne te livre pas à quiconque voudrait te détourner
de ta vocation, entraver ta course, et t'empêcher d'être
fidèle au Très-Haut dans l'état de perfection
où l'Esprit du Seigneur t'a appelée.
Pour marcher avec plus de sécurité dans la voie
des commandements du Seigneur, suis les conseils de notre très
révérend Père, frère Elie, Ministre
général; place-les avant tous les autres conseils
qu'on te donnera, et considère-les comme plus précieux
pour toi que n'importe quel autre don. Et si quelqu'un te dit
ou te suggère d'autres initiatives contraires à
notre forme de perfection ou opposées à notre
divine vocation, ne suis pas ses conseils, même s'ils
proviennent d'un personnage très haut placé :
c'est au Christ pauvre que, vierge pauvre, tu dois rester attachée.
Vois comme il s'est rendu, pour toi, objet de mépris,
et suis-le en te faisant, toi aussi, par amour pour lui, objet
de mépris pour le monde. Ton époux, le plus beau
des enfants des hommes , qui est devenu, pour te sauver, le
dernier des humains, méprisé, frappé, tout
le corps déchiré à coups de fouets, mourant
enfin sur la croix dans les pires douleurs: regarde-le, illustre
reine, médite-le, contemple-le, et n'aie d'autre désir
que de l'imiter !
Si tu souffres avec lui, tu règneras avec lui; si tu
pleures avec lui, tu partageras sa joie; si tu meurs avec lui
au milieu des tortures de la croix, tu iras prendre possession
des demeures célestes ; dans la splendeur des saints
, ton nom sera inscrit au livre de vie et deviendra glorieux
parmi les hommes, tu participeras pour toujours et dans l'éternité
à la gloire du royaume des cieux pour avoir abandonné
des biens terrestres et éphémères, et tu
vivras dans les siècles des siècles. Adieu, soeur
et Dame bien-aimée, adieu dans le Seigneur ton époux;
n'oublie pas de nous recommander au Seigneur dans tes ferventes
prières, mes sœurs et moi qui sommes si heureuses
de tout le bien que le Seigneur , par sa grâce, opère
en toi. Recommande-nous instamment aussi aux prières
de tes soeurs. Adieu !
|
TROISIÈME LETTRE A AGNÈS DE PRAGUE |
A sa Dame très honorée
dans le Christ et soeur tendrement aimée, Agnès,
soeur de l'illustre roi de Bohême, mais surtout soeur
et épouse du souverain Roi des cieux, Claire, très
humble et indigne servante du Christ et des Pauvres Dames, joie
du salut dans l'Auteur du salut, et tout ce que l'on peut désirer
de meilleur. Les heureuses nouvelles que je reçois de
ton épanouissement spirituel et de tes progrès
toujours plus prometteurs dans la course que tu as entreprise
pour conquérir la récompense des cieux me remplissent
d'une joie dans le Seigneur et d'une allégresse d'autant
plus intenses, que j'y vois un merveilleux complément
de la bien piètre imitation que mes soeurs et moi essayons
de réaliser du Christ pauvre et humble.
J'ai donc bien sujet de me réjouir, et personne ne pourrait
me ravir ma joie, quand je vois réalisé ce que
dès cette terre je désire: tu triomphes d'une
manière terrible et surprenante des ruses de l'ennemi,
de l'orgueil qui a jeté tout le genre humain dans sa
perte, de la vanité qui sème la folie au coeur
de l'homme; tu en triomphes avec cette admirable sagesse que
tu sembles tenir de la bouche même de Dieu ; de toute
la force de ta foi, tu tiens dans tes bras de pauvre le trésor
caché dans le champ du monde et du coeur humain, trésor
incomparable puisqu'il est acheté à Celui qui
a fait toutes choses de rien. Pour employer dans leur sens propre
les termes de l'Apôtre ; je te considère comme
une auxiliatrice de Dieu même, comme le soutien et le
réconfort des membres abattus de son Corps ineffable.
Qui donc m'interdirait de me réjouir à cette pensée
? Réjouis-toi donc toujours dans le Seigneur, toi aussi,
soeur bien-aimée, et ne permets à aucune amertume,
à aucun nuage, de venir assombrir ta joie; toi qui es
ma Dame bien-aimée dans le Christ, toi la joie des anges
et la couronne de tes soeurs.
Place ton esprit devant le miroir de l'éternité,
laisse ton âme baigner dans la splendeur de la Gloire,
unis-toi de coeur à Celui qui est l'incarnation de l'essence
divine, et, grâce à cette contemplation, transforme-toi
tout entière à l'image de sa divinité.
Tu arriveras ainsi à ressentir ce que seuls perçoivent
ses amis; tu goûteras la douceur cachée que Dieu
lui-même a, dès le commencement, réservée
à ceux qui l'aiment. Sans accorder même un seul
regard à toutes les séductions trompeuses par
lesquelles le monde enchaîne les pauvres aveugles qui
s'attachent à lui, aime donc plutôt de tout ton
être Celui qui, par amour pour toi, s'est aussi donné
tout entier, lui dont le soleil et la lune admirent la beauté,
lui qui prodigue des récompenses dont l'ampleur et la
valeur sont sans bornes. Je veux parler du Fils du Très-Haut,
que la Vierge enfante sans cesser d'être vierge. Attache-toi
à cette très douce Mère qui a mis au monde
cet enfant que les cieux ne pouvaient contenir ; elle, pourtant,
l'a contenu dans le petit cloître de son ventre et l'a
porté dans son sein virginal.
Qui ne se détournerait avec horreur de l'ennemi du genre
humain et de ses ruses: il fait miroiter à nos yeux le
prestige de gloires éphémères et trompeuses,
et s'efforce par là de réduire à néant
ce qui est plus grand que le ciel. Car l'âme d'un fidèle,
qui est la plus digne de toutes les créatures, est évidemment
rendue par la grâce de Dieu plus grande que le ciel: ce
créateur, que les cieux immenses et toutes les autres
créatures ne peuvent contenir, l'âme du fidèle
à elle seule devient son séjour et sa demeure;
il suffit pour cela de posséder ce que refusent les impies:
la charité. Celui qui est la vérité même
en témoigne : « Celui qui m'aime, mon Père
l'aimera, moi aussi je l'aimerai, et nous viendrons à
lui et nous ferons en lui notre demeure ».
•De même donc que la glorieuse Vierge des vierges
l'a porté matériellement, de même toi tu
pourras toujours le porter spirituellement dans ton corps chaste
et virginal si tu suis ses traces, et particulièrement
son humilité et sa pauvreté; tu pourras contenir
en toi Celui qui te contient, toi et tout l'univers; tu le posséderas
de façon bien plus réelle et plus concrète
que tu ne pourrais posséder les biens périssables
de ce monde. Beaucoup de rois et de reines de ce monde, dont
l'orgueil voudrait s'élever jusqu'au ciel, jusqu'à
toucher de la tête le firmament, se laissent au contraire
abuser et séduire; et pourtant... ils finiront bien par
être réduits en pourriture !
J'en viens maintenant aux explications que tu m'as demandées,
et voici ce que je crois devoir te répondre. Il s'agit
des jours de fête que notre glorieux Père saint
François nous a prescrit de célébrer particulièrement,
y compris, crois-tu, en ajoutant quelques aliments à
notre ordinaire. Tu sauras ceci pour ta gouverne: sauf pour
les malades et les soeurs particulièrement fragiles (auxquelles
saint François nous a bien recommandé et ordonné
de procurer avec le plus grand dévouement possible tous
les aliments sans considération d'interdiction de règle),
aucune de nous, pourvu qu'elle soit saine et valide, ne devrait
jamais suivre un autre régime que celui du carême,
et cela aussi bien les jours de fête que les féries
; le jeûne devrait être perpétuel, sauf le
dimanche et le jour de Noël: ces jours-là, il nous
est permis de prendre deux repas. Les jeudis ordinaires, le
jeûne est laissé au gré de chaque soeur,
et celle qui préférerait ne pas jeûner doit
être laissée libre. Quant à nous qui nous
portons bien, nous jeûnons tous les jours, sauf le dimanche
et le jour de Noël. Nous ne sommes pas non plus obligées
de jeûner durant le temps pascal ainsi que nous le savons
par un billet de saint François, ni aux fêtes de
sainte Marie et des saints Apôtres, à moins qu'elles
ne tombent un vendredi. Comme je l'ai dit plus haut, nous qui
sommes bien portantes et valides, nous nous contentons chaque
jour des seuls aliments permis en carême. Cependant, nous
n'avons pas un corps d'acier ni une solidité de granit;
nous sommes faibles et sujettes aux infirmités de la
nature. Aussi je te prie, soeur bien-aimée, de modérer
avec sagesse et discernement la rigueur exagérée
de ton abstinence dont j'ai eu des échos. Et je te demande
dans le Seigneur de vivre pour le louer, de rendre raisonnables
les hommages que tu lui rends, et de toujours assaisonner ton
sacrifice du sel de la sagesse. Je te souhaite une santé
aussi bonne que je puis le désirer pour moi-même.
Souviens-toi, dans tes saintes prières, de mes sœurs
et de moi.
|
QUATRIÈME LETTRE A AGNÈS DE PRAGUE |
A celle qui est la moitié de
son âme et l'objet de sa plus tendre affection, à
l'illustre reine, épouse du Roi éternel: à
Dame Agnès, mère bien-aimée et fille chère
entre toutes, Claire indigne servante du Christ et servante
inutile des servantes du Christ qui habitent le monastère
de Saint-Damien à Assise, adresse ses salutations et
souhaite le bonheur de chanter un cantique nouveau avec toutes
les vierges saintes devant le trône de Dieu et de l'Agneau
, et le bonheur de suivre l'Agneau coeur. Le seul obstacle à
notre correspondance a été l'absence de courriers
et l'insécurité des routes. 7 Aujourd'hui que
se présente l'occasion de t'écrire, j'en suis
tout heureuse pour toi, dans la joie de l'Esprit-Saint, et je
me réjouis de ce que, à l'exemple de sainte Agnès,
cette autre vierge très sainte, tu as délaissé
toutes les vanités du monde pour tenir de façon
incomparable à l'Agneau sans tache qui efface les péchés
du monde. Heureuse celle à qui est accordée cette
intimité du banquet divin! Heureuse si elle aime de tout
son coeur Celui dont la beauté fait l'admiration des
anges pour l'éternité, Celui dont l'amour rend
plus heureux et la contemplation plus fort, Celui qui nous comble
de sa bonté, qui nous imprègne de sa douceur,
et dont le souvenir est si lumineux et si doux à notre
âme, Celui dont le parfum fait revivre les morts et dont
la vision comble de bonheur les habitants de la Jérusalem
céleste, puisqu'il est la splendeur de la Gloire éternelle,
l'éclat de la Lumière sans fin et le miroir sans
tache..
Contemple
chaque jour ce miroir, ô reine épouse de Jésus-Christ,
et mire-toi continuellement pour savoir comment revêtir,
intérieurement et extérieurement, tes plus beaux
atours, comment te parer des fleurs de toutes les vertus et
des ornements qui conviennent à ta qualité de
fille et d'épouse chérie du Grand Roi. Ce miroir
reflète la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité
et l’ineffable amour: c'est là ce que tu pourras
découvrir, avec la grâce de Dieu, sur toute la
surface de ce miroir.
En
haut du miroir, en effet, voici la pauvreté de l'Enfant
couché dans la crèche et enveloppé de quelques
méchants langes, humilité admirable et stupéfiante
pauvreté: le Roi des anges, maître du ciel et de
la terre, repose dans une mangeoire d'animaux ! -Au milieu du
miroir, considère l'humilité, c'est-à-dire
la bienheureuse pauvreté, les fatigues sans nombre et
les injures qu'il a subies pour la rédemption de l'humanité.
- Enfin, au bas du miroir, contemple l'ineffable amour qui l'a
conduit jusqu'à vouloir souffrir sur le bois de la croix
et à vouloir y mourir du genre de mort le plus infamant
qui soit. Et ce miroir, du haut de la croix, attirait lui-même
l'attention des passants sur ce qui devait faire l'objet de
leur contemplation: O vous tous qui passez sur le chemin, arrêtez-vous
et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne !À
ce cri plaintif répondons toutes d'une seule voix et
d'un même coeur: Ton souvenir ne me quitte pas, et l'angoisse
étreint mon âme . Puisses-tu, reine du Roi du ciel,
être chaque jour davantage embrasée de la ferveur
de cet amour !Contemple encore l'indicible bonheur, les richesses
et les honneurs sans fin qu'il procure, et tu lui crieras, de
toute l'ardeur de ton désir et de ton amour : «
Prends-moi avec toi, mon époux céleste, je te
poursuis sur la trace de tes parfums. Je ne m'arrêterai
de courir qu'une fois introduite au cellier. lorsque ton bras
gauche soutiendra ma tête, que ta droite m'étreindra
et que tu me donneras de ta bouche le délicieux baiser
».
Au
milieu de cette contemplation, souviens-toi de ta pauvre mère,
et dis-toi bien que j'ai gravé ton doux souvenir, de
façon indélébile, au plus profond de mon
coeur, car tu m'es chère entre toutes. Que te dire de
plus ? La langue du corps est impuissante à exprimer
l'affection que j'ai pour toi; c'est celle de l'esprit qui doit
l'exprimer et parler. La langue du corps est défaillante
à traduire pleinement l'amour que j'ai pour toi, ma fille
bénie, mais la langue de l'esprit complètera ce
que je n'ai exprimé qu'à moitié. Reçois
mes paroles avec bienveillance et bonté; veuille n'y
voir que mon amour maternel pour toi et pour tes filles; recommande-leur
instamment dans le Christ mes filles et moi-même. Mes
filles, et surtout notre très sage soeur Agnès,
se recommandent aux tiennes de tout leur coeur. Adieu, très
chère fille, adieu à toi et à tes soeurs
en attendant le trône de gloire du Très-haut, priez
toutes pour nous. Je recommande particulièrement à
ta charité nos frères, porteurs de cette lettre,
frère Aimé, cher à Dieu et aux hommes,
et frère Bonaugure . Amen.
par la famille franciscaine Europe
©Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.
" La Trinité est le Coeur de notre coeur "
L'Intériorité
est cette brûlure au feu de Dieu.
| L'Intériorité
et Joie
Sur
la route de l'Intériorité la joie jaillit
du Coeur de Dieu.Joie de croire, d'espérer, joie
d'aimer, d'être aimé.
Sur la route de l'Intériorité la joie
brille aux clartés de Dieu. Joie du Transfiguré,
joie transfigurante, joie lumineuse, radieuse.
Sur
la route de l'Intériorité la joie grandit
au feu de l'Esprit. Joie fécondée, joie
partagée, joie durable intarissable.
Sur la route de l'Intériorité la joie
surabonde aux démesures de Dieu.
Joie du Salut en Jésus, de la Parole vivante,
joie du Banquet eucharistique, du Royaume déjà
présent. Sur la route de l'Intériorité
la joie retentit aux Alliances de Dieu. Joie de filiation
au Père, de communion au Fils, d'unité
en leur Esprit, joie de la fraternité. |
De
l'Ascèse.
Alors petit frère, petite soeur, creusons, creusons
nos racines en vivant le moment présent,sans
quoi nous serons papillonnants comme feuilles au gré
du vent. Il est facile de papillonner, par maintes lumières
être attiré.
Fixons sans cesse le but, ne le perdons pas de vue.
Plongée silencieuse supposant l'effort, mais
le ravissement des profondeurs surpassera infiniment
la peine de l'entraînement.
" Un instant, c'est un trésor." "
Chaque instant, c'est une éternité de
joie pour le ciel."Sainte Thérèse
de l'Enfant - Jésus
Si le découragement t'assiège, reconnais
son perfide manège.
Obstrue habilement la faille par laquelle il assaille.
Oppose-lui l'humilité en louant Dieu dans sa
bonté.
Devant Lui rappelle-toi n'être rien, tout Lui
devoir, Lui ne doit rien. Apprends du Seigneur l'humilité,
la douceur. Donne-Lui ton fardeau pour trouver le repos
(Mt 11,28-29)
En respirant profondément prends la croix de
ces moments et dans la louange attends l'espérance.
Elle ne saurait tarder car le découragement désarmé
capitulera, découragé."L'unique bonheur
sur la terre, c'est de s'appliquer à toujours
trouver délicieuse la part que Jésus nous
donne." |
Intériorité
Silence Moment présent
"Chantez à Dieu de tout votre coeur et avec
reconnaissance, des psaumes,des hymnes et des actions
de grâces." Col 3,16
La louange naît de la fête intérieure;
elle coule comme le lait et le miel,
en ferment de joie et de paix nourri aux fruits de l'Esprit.
La merveilleuse et divine louange introduit aussi à
la fête intérieure.
Elle libère nos frontières, abat nos murs,
nous recrée au souffle de l'Esprit.
Chantons, jouons pour le Seigneur, louons-Le dans tous
ses attributs,
louons-Le pour toutes ses oeuvres dans ce langage du
ciel, des anges et des saints." Peuples bénissez
notre Dieu, donnez une voix à sa louange.' Ps
66, 8-9 |
L'Intériorité
et Louange
Rendons grâce à Dieu à jamais; tout
nous vient de Lui par grâce et par don.
Le quotidien donné en partage contient pour chacun
le meilleur et le plus divin
.
Le pain de chaque jour nous est offert par la main maternelle
d'un Dieu d'amour. De même chaque événement
devient un sacrement de Dieu.
"Rendons grâce au Seigneur de la vie pour
tous ses dons. Il a tout fait et tout ce qu'il a fait
Il l'a donné. Grâces Lui soient rendues.
" Tiré de Noé, drame de Lanza Del
Vasto.(1)Cassette Novalis "Mon nom est écrit
dans le ciel". |
Attention,
si j'ai pas mis les bons liens sous les images
veiller m'envoyer @ pour corriger l'auteur de l'image Merci
L’homme qui marche
©Texte de Christian Bobin, 1995
Il
marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là.
Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long,
trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que
le repos lui est interdit. Ce qu’on sait de lui, on le
tient d’un livre. Avec l’oreille un peu plus fine,
nous pourrions nous passer de ce livre et recevoir de ses nouvelles
en écoutant le chant des particules de sable, soulevées
par ses pieds nus. Rien ne se remet de son passage et son passage
n’en finit pas. Ils sont d’abord quatre à
écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante
ans de retard sur l’événement de son passage.
Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille.
Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard
sur lui. Il garde une foulée d’avance et sa parole
est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement
de tout donner d’elle-même. Deux mille ans après
lui, c’est comme soixante. Il vient de passer et les jardins
d’Israël frémissent encore de son passage,
comme après une bombe, les ondes brûlantes d’un
souffle. Il va tête nue. La mort, le vent, l’injure,
il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas.
A croire que ce qui le tourmente n’est rien en regard
de ce qu’il espère. A croire que la mort n’est
guère plus qu’un vent de sable. A croire que vivre
est comme il marche... sans fin L’humain est ce qui va
ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue
de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus
grand que nous: c’est une des choses que dit cet homme.
C’est l’unique chose qu’il cherche à
nous faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu
est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot
de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité,
ça se mange. Voir l’autre dans sa noblesse de solitude,
dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans
le mouvement de venir, dans la confiance à cette venue.
C’est ce qu’il s’épuise à nous
dire, l’homme qui marche: ne me regardez pas, moi. Regardez
le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire.
Il va droit à la porte de l’humain. Il attend que
cette porte s’ouvre. La porte de l’humain, c’est
le visage. Voir face à face, seul à seul, un à
un. Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient
aux déportés de les regarder dans les yeux sous
peine de mort immédiate. Celui dont je n’accueille
plus le visage---et pour l’accueillir, il faut que je
lave mon propre visage---celui-là, je le vide de son
humanité et je m’en vide moi-même. Il est
juif par sa mère, juif par son père, éternellement
juif par cette façon d’aller partout sans trouver
nulle part un abri, merveilleusement juif par son amour enfantin
des devinettes---comme l’oiseau qui interroge par son
chant et reçoit pour toute réponse une pierre
et chante encore, même mort chante, encore, encore, encore,
bien après que la pierre qui l’a tué est
redevenue friable, poussière, silence, moins que silence,
rien, et toujours cette vibration du chant pur dans le rien
manifesté du monde.
La
mort est économe, la vie est dépensière.
Il ne parle que de la vie, avec ses mots à elle: il saisit
des morceaux de la terre, les assemble dans sa parole, et c’est
le ciel qui apparaît, un ciel avec des arbres qui volent,
des agneaux qui dansent et des poissons qui brûlent, un
ciel infréquentable, peuplé de prostituées,
de fous et de noceurs, d’enfants qui éclatent de
rire et de femmes qui ne rentrent plus à la maison, tellement
de monde oublié par le monde et fêté là,
tout de suite, maintenant, sur la terre autant qu’au ciel.
C’est une pesanteur des sociétés marchandes---et
toutes les sociétés sont marchandes, toutes ont
quelque chose à vendre---que de penser les gens comme
des choses, que de distinguer les choses suivant leur rareté,
et les hommes suivant leur puissance. Lui, il a ce coeur d’enfant
de ne rien savoir des distinctions. Le vertueux et le voyou,
le mendiant et le prince, il s’adresse à tous de
la même voix limpide, comme s’il n’y avait
ni vertueux, ni voyou, ni mendiant, ni prince, mais seulement,
à chaque fois, deux vivants face à face, et la
parole dans le milieu des deux, qui va, qui vient. Ce qu’il
dit est éclairé par des verbes pauvres; prenez,
écoutez, venez, partez, recevez, allez. Il ne parle pas
pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce
qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le
veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions
de vivre ensemble. Il ne dit pas: aimez-moi. Il dit: aimez-vous.
Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un
côté de l’abîme et nous restons de
l’autre. C’et peut-être le seul homme qui
ait jamais vraiment parlé, brisé les liens de
la parole et de la séduction, de l’amour et de
la plainte. C'est un homme qui va de la louange à la
désaffection et de la désaffection à la
mort, toujours allant, toujours marchant. Il ne fait pas de
l’indifférence une vertu. Un jour il crie, un autre
jour il pleure. Il traverse tout le registre de l’humain,
la grande gamme émotive, si radicalement homme qu’il
touche au dieu par les racines. Il est doux et abrupt. Il brise,
il brûle et il réconforte. La bonté est
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