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© + Sr Denise Ermite

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L’EAU BÉNITE
©Les Amis du Purgatoire,
2350 rue Bachand Sherbrooke, Québec Canada J1H 1V2

Un puissant secours pour les âmes du purgatoire

L’eau bénite, quand on en fait usage avec foi et confiance, est de la plus grande efficacité pour le corps et pour l’âme et peut merveilleusement venir en aide aux âmes du purgatoire. Chaque fois que le prêtre bénit l’eau pour en faire de l’eau bénite, il agit en qualité de représentant de l’Église dont le Sauveur accueille toujours les prières avec complaisance, quel que soit celui pour qui l’Église lui adresse des prières Par conséquent celui qui prend de l’eau bénite et s’asperge lui-même ou asperge d’autres objets présents ou absents peut être assuré que chaque fois la prière de l’Église montera vers le Ciel et attirera des grâces sur son corps, sur son âme, sur tous les objets touchés par l’eau bénite.Elle met en déroute la puissance des mauvais esprits. D’où le proverbe : ‘' Il a peur de ceci ou de cela, ..comme le diable de l’eau bénite. » C’est par millions que l’on pourrait énumérer les exemples qui prouvent de quelle indicible frayeur l’eau bénite remplit le démon.Mais comment se fait-il que l’on puisse donner de l’eau bénite à des personnes éloignées et aux âmes du purgatoire, et qu’ainsi on leur vienne en aide ?Ce que nous avons dit plus haut l’explique. Chaque fois que nous donnez de l’eau bénite à un enfant éloigné ou à un frère, la prière de l’Église qui y est attachée monte vers le Cœur de Jésus et l’engage à prendre sous sa protection vos parents corps et âmes. Il en est de même quand on jette de l’eau bénite aux pauvres âmes du purgatoire. Oh! Qui dira tout le soulagement qu’UNE SEULE GOUTTE D'EAU POURRAIT APPORTER AUX ÂMES QUI SOUFFRENT DANS LES FLAMMES.Le vénérable Dominique de Jésus, conformément à un usage dans l’ordre des Carmes, avait une tête de mort sur sa table. Un jour que le Vénérable lui avait jeté de l’eau bénite, cette tête se mit à parler et cria : « Encore plus, encore plus d’eau bénite? ». C’est que, ajouta –t-il, l’eau bénite éteint les flammes de ce feu crucifiant.

Oui, une goutte d’eau bénite est certainement souvent d’une plus grande efficacité qu’une longue prière parce que, hélas! notre prière n’est que trop fréquemment tiède, et pleine de distractions. Il en est tout autrement de la prière de l’Église attachée à l’eau bénite. Cette prière–là plaît au divin Sauveur, à chaque instant, en tout lieu et partout, chaque fois qu’elle lui est offerte, où que ce soit, par qui que ce soit. Voilà pourquoi les saintes âmes soupirent si fort après l’eau bénite, et si nous pouvions voir de quel tourment elles sont torturées, si nous pouvions percevoir un instant leur supplication : "Donnez-nous une goutte d’eau bénite ! " il n’est pas douteux que nous tâcherions au moins le matin et le soir, et plus souvent pendant le jour, de jeter de l’eau bénite aux âmes du purgatoire.Combien de fois ne devez-vous pas entrer et sortir! Que de courses dans une journée! Serait-ce donc pour vous un grand effort que de jeter une goutte d’eau bénite dans le purgatoire chaque fois que vous quittez la chambre. Quelle joie ne procureriez-vous pas aux âmes ? Quel service ne vous rendriez-vous pas à vous-même et aux vôtres en le faisant ! Car les âmes du purgatoire ne sont pas des ingrates! Au moment même où vous leur rendez un service, elles lèvent leurs mains vers le ciel et prient pour leurs bienfaiteurs avec une ferveur que les saintes créatures de la terre ne pourront jamais atteindre. Et Dieu écoute leurs prières avec autant de plaisir que celles que lui adressent les plus pures épouses d’ici-bas, et il envoie, dans les plus larges mesures, ses dons et ses grâces qui leur viennent en aide.Non, un chrétien ne devrait jamais quitter sa chambre sans donner trois gouttes d’eau bénite : une pour lui et pour les siens afin que Dieu les garde de tous dommages de l’âmeet du corps ; une deuxième pour les mourants, surtout pour les pécheurs mourants, afin que Dieu leur accorde encore, à la dernière heures, la grâce et la conversion ; et la troisième pour les âmes du purgatoire.Oh! Que de bénédictions et de garanties de salut, que de mérites et de grâces ne gagneriez-vous pas au cours de l’année pour vous, les vôtres et pour des hommes sans nombres, si vous vouliez pratiquer ce simple petit exercice de charité, sans compter que vous vous assureriez une foule d’intercesseurs dans la vie, à la mort et pour le purgatoire !

1- Si on savait que, à quelques heures de son pays, demeure un médecin qui fournit gratuitement la médecine, une médecine qui a déjà guéri un nombre infini de malades, mais qu’il faut aller chercher tous les huit jours chez ce médecin, quel empressement, ne mettraient pas les gens à faire cette démarche ? Croyez–moi, une médecine excellente c’est l’eau bénite : des milliers ont déjà été guéris, en s’en servant avec foi et l’accompagnant de prières, et ont éloigné le malheur de leur maison, de leur étable et de leurs champs.

2- Chaque jour, notre âme est exposée à des dangers de se perdre… nous avons donc besoin de grâces et de secours. Un des moyens les plus faciles et les plus efficaces de repousser les assauts de l’ennemi, c’est l’usage pieux de l’eau bénite.Toutes les fois que nous nous en servons, le Sauveur envoie secours, consolation et force pour que nous puissions faire le bien et éviter le mal

.3- Si vous entendiez sonner le tocsin et crier au feu, vraiment, vous partiriez à toutes jambes, pour procurer au plus tôt tout ce qui peut servir pour éteindre l’incendie.Mais voilà, vous n’êtes pas assez fermement convaincu qu’au purgatoire brûle un feu d’une incroyable violence et que des millions et des millions d’âmes sont exposées si longtemps à ce feu effroyable !Eh bien! Presque sans peine ni effort, nous pouvons venir en aide aux âmes dans les flammes, une goutte d’eau bénite est d'une si grande efficacité, et nous serions assez paresseux pour reculer devant cet effort ?


Distribution :

©Les Amis du Purgatoire,
2350 rue Bachand Sherbrooke, Québec Canada J1H 1V2

Sainte Angèle de Foligno
©Les Compagnons de Jésus et de Marie
2399, rue Iberville
Montréal, (Québec) H2K 3C8 1-514-526-227

Debout près de la croix de Jésus, avec Angèle de Foligno ( 1248-1309)

Comme on ne connaît aucun portrait authentique de sainte Angèle , nous pouvons facilement imaginer son attitude face à Jésus crucifié , en considérant cette crucifixion qui se trouve dans l’Église S. Maria in Vallicella à Rome

Courte Biographie

Sainte Angèle est née à Foligno (Italie) en 1248, Mariée, elle eut plusieurs enfants, et mena d’abord une vie très frivole;elle possédait des terres et un magnifique domaine. Vers 1285, après une apparition de saint François d’Assise, elle se convertir totalement au Seigneur, elle perdit la même année, en 1288, son mari et tous ses enfants. Alors, elle se dépouilla de tous ses biens. Pour s’affermir dans sa voie, elle se rendit en pèlerinage à Rome demander à saint Pierre la grâce de la plus extrême pauvreté.

En 1291, elle revêtit l’habit du tiers ordre de saint François d’Assise. Ce fut au cours de ce voyage, près de Spello, qu’elle reçut une connaissance expérimentale de la Sainte Trinité d’une rare profondeur. Dès lors, jusqu’à sa mort, le 4 janvier 1309, toute sa vie fut une incomparable imitation des vertus de Jésus pauvre et crucifié et une sorte d’extase prolongée pendant laquelle elle reçut ces communications de la Divine Sagesse que recevait et mettait par écrit son directeur spirituel et son confident. Fr. Arnaud, franciscain. Son culte a été approuvé par l’Église en 1701 et 1709; Pie X a fixé sa fête au 4 janvier.


L’œuvre complète d’Angèle de Foligno a été publiée en français sous le titre ; ‘ Le livre de L’Expérience des vrais fidèles ‘.. par M.J.Ferré et sous le titre : Le livre de la Bienheureuse Angèle de Foligno, par le P. Dancoeur .s.j. C’est l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la spiritualité catholique. On ne se rassasie pas de le lire et de le méditer.

Je reproduis ici seulement ce qui se rapporte à la Passion de Jésus, d’après la traduction de Ferré
©( Éditions droz. Paris 1927)

1- Pourquoi la Passion de Jésus fut si douloureuse

A- La connaissance très parfaite que Jésus avait de tout. Il y eut dans le Christ une douleur multiple inexprimable et cachée, une douleur indiciblement aiguë, que lui départit l’ineffable sagesse de Dieu. Unie au Christ depuis l’éternité d’une union qui défie le langage, cette ineffable et éternelle dispensation divine portait sa douleur au suprême degré. Plus, en effet, la dispensation divine fut admirable, plus la douleur du Christ fut aiguë et déchirante; si aiguë, si inexprimable et si extrême fut la douleur qui résultait de cette dispensation divine, qu’il n’a jamais existé d’intelligence assez vaste ni assez pénétrante pour que comprendre cette dispensation fut la source et l’origine de toutes les douleurs du Christ ; c’est en elle qu’elles commencent, en elle qu’elles finissent.

Il y eut aussi dans le Christ une douleur provenant de l’Ineffable lumière divine qui lui était donnée, Dieu qui est la lumière ineffable illuminait ineffablement le Christ : la dispensation divine l’unissant ineffable à Dieu, le transformait en cette lumière divine et accroissait sa douleur au-delà de toute expression, car le Christ voyait dans cette lumière qu’une inexprimable douleur lui était départie dans une mesure telle que son excès même, en défiant tout langage, la cacherait à toute créature. La source et l’Origine de cette douleur, conséquence de la lumière donnée au Christ, était la dispensation divine.

B. Son immense amour pour les hommes

Il y eut aussi dans le Christ une douleur très vive et très poignante née de son admirable compassion pour le genre humain qu’il aimait d’un si grand amour. Le Christ avait pour chaque homme une compassion d’autant plus douloureuse qu’il connaissait de science certaine ses fautes et les châtiments qu’elles lui faisaient ou lui avaient fait encourir. Aimant, en effet, chacun de ses élus, ineffablement et du fond de ses entrailles, le Christ sentait continuellement leurs offenses passées et futures, ainsi que la peine et les peines qu’ils devraient supporter en raison de ces offenses. Il les compatissait, il portait les peines qui leur étaient dues avec une douleur immense. Plus il entrait de tendresse dans l’amour qu’il leur portait, plus le Christ mettait la douloureuse compassion à prendre sur lui leurs douleurs et leurs peines. La cause en était dans la dispensation divine.

C- La conscience qu’il avait d’être l’agneau qui porte tous les péchés du monde.

Il y eut aussi dans le Christ une douleur de compassion pour lui-même. Le Christ compatissait à lui-même en raison de la peine indiciblement douloureuse qu’il voyait fondre sur lui. Se voyant envoyé par le Père afin de porter en lui-même les douleurs et les peines de tous ses élus, sachant que cet inexprimable loi de souffrances lui échouerait inévitablement, et qu’il était envoyé à cette seul fin, le Christ se prenait lui-même en compassion et en éprouvait une douleur extrême. Car donné à un homme la certitude absolue qu’il n’évitera plus le plus horrible des châtiments, faites repasser sans cesse sous ses yeux les tables des souffrances qui l’attendent, cet homme n’aura-t-il pas pour sa propre personne unie pitié proportionnée à la connaissance qu’il a de ses malheurs. Voyant donc une douleur inexprimable fondre sur lui, c’est de façon ineffable aussi que le Christ, transformé en une si grande douleur avait compassion de lui-même.

D- La vue des douleurs de sa Mère.

Il y eut dans le Christ une douleur de compassion pour sa très douce Mère. Le Christ aimait sa très douce Mère pa-dessus toute autre créature, parce que c’est d’elle seule qu’il avait tiré sa chair, et parce qu’étant donné la noblesse, la profondeur et l’excellence de ses facultés, sa mère avait compassion de lui, son vrai fils, beaucoup plus qu’aucune créature. C’est pourquoi, la voyant souffrir à l’extrême douleur, la mère de Dieu souffrait la douleur suprême, et le Dieu-Homme Jésus portait continuellement cette douleur en lui. Cette douleur avait pour fondement la dispensation divine.

E- La connaissance des souffrances indescriptibles de ses apôtres bien-aimés

Il y eu aussi dans le Christ une douleur de compassion pour ses apôtres et ses disciples, car il savait quelle immense douleur devait les torturer quand les immenses délices de sa présence corporelle, qui leur donnait tant de joies, leur seraient enlevées. C’est parce qu’en effet cette admirable présence corporelle était très aimable et délectable qu’elle leur fut ôtée au temps de la passion. La souffrance indicible qui étreignit alors sa mère, ses apôtres et tous ses disciples, le Dieu Homme Jésus la porta continuellement en soi.

F.. La perfection et la noblesse de son âme

Il y eut enfin dans le Christ une douleur véhémente et aiguë en raison de sa noblesse, et de la grandeur et de la délicatesse de son âme, car cette noblesse et cette délicatesses aiguisaient et augmentaient d’autant ses souffrances; cette âme souverainement noble s’affligeait d’une souveraine douleur. Toutes ces douleurs tiraient leur origine de l’Ineffable dispensation divine. Tu as dit aussi, Marie : ‘’ Et, en raison de l’union ineffable de l’âme et du corps, toutes ces douleurs ont, de par la dispensation divine, torturé l’âme du Christ de si profonde et de si intense manière que chacune de ses douleurs a sans cesse retenti dans son corps et l’a vivement affligé.

©Denise christiaenssens o.f.s.erm.

1- Les cinq poignards

Cinq genres de poignards ont sans cesse percé le Dieu Homme , le Christ.

Le premier genre de poignard fut la cruauté perverse des cœurs continuellement obstinés contre lui et toujours préoccupés de l’exterminer de la terre par les attentats les plus cruels et plus ignominieux.

le second genre de poignard fut la malice des langues vociférant contre lui. Parce qu’en effet les cœurs étant tourmentés, les langues répandaient contre lui le poison de la méchanceté et de la fourberie, résultat de l’obstination des âmes.

Le troisième genre de poignard fut celui des colères immenses, démesurées, qui faisaient éclater l’obstination des âmes dans leur désir de tuer le Christ et la méchanceté des langues acharnées à le déchirer; les pensés dirigées contre le Christ étaient autant de poignards enfoncés dans son âme : les paroles et les colères dirigées contre Lui autant de glaives qui lui perçaient continuellement le cœur.

Le quatrième gendre de poignard, ce fut l’œuvre qui consomma toute la maudite intention de ses ennemis. Ils firent contre lui tout ce qu’Ils voulurent.

Le cinquième genre de poignard dont le Christ fut frappé, ce furent les terribles clous avec lesquels ils le fixèrent cruellement à la croix. Ils prirent en effet des clous très gros, mais aiguisés rugueux, anguleux, afin de lui causer une douleur extrême et de mieux satisfaire leur malice; ces souffrances permettaient à Jésus Dieu-Homme de nous manifester un peu de son excessive et tout insondable douleur et de nous apprendre à pleurer sur nous-mêmes du plus profond de nos entrailles

2- Pourquoi Jésus a dit cette parole « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné »

Le Christ en croix eut trois raisons de crier cette parole : « Mon Dieu, mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous abandonné »

Il la cria, d’abord, pour prier, c’est-à-dire pour manifester Dieu et lui-même. Dieu ne peut être abandonné. Le Christ manifesta donc qu’il était homme lorsqu’il se déclara comme abandonné de Dieu dans ses douleurs.

Il la cria aussi pour manifester la douleur suraiguë et inexprimable qu’il endurait pour nous. Dieu le Père connaissait bien la douleur du Christ ; Jésus la connaissait semblablement puisqu’il l’endurait; c’est donc pour nous seuls qu’il a crié cette parole, c’est pour nous indiquer l’intolérable douleur continue qu’il dut porter à cause de nos fautes, c’est pour nous apprendre à pleurer sur nous-même. En effet la création et l’organisation du corps du Christ, l’infusion de l’âme, l’union avec le Verbe se produisirent au même instant et en une fois. Or en vertu de cette plus qu’admirable union, cette âme fut remplie d’une incomparable et ineffable sagesse; elle se rendait toutes choses présentes d’une intraduisible présence. Par suite, dès l’instant de sa création jusqu’au moment où elle se sépara de la chair, par la disposition même de la sagesse divine, l’âme du Christ endura totalement et continuellement toute l’indicible et intolérable douleur qu’elle se voyait appelée à souffrir indiciblement, et cela, les paroles même du Chris l’attestaient. Il dit souvent qu’il porte sa croix, qu’il la porte sur son dos; il dit encore à ses disciples, non pour lui mais pour eux et nous afin qu’eux et nous tirions notre salut, cette parole : » Mon âme est triste jusqu’à la mort «, signifiant à tous qu’ils doivent toujours souffrir de cette douleur.

Le Christ cria encore cette parole « Mon Dieu, mon Dieu…’ » pour nous donner l’espérance et nous affermir en elle, afin que s’Il nous arrive d’être affligés et de souffrir la tribulation, ou même en certaines douleurs de nous sentir abandonnés, nous ne défaillions pas de désespoir, mais que nous voyons très clairement par son exemple qu’il a tiré profit même de la tentation et qu’il est prêt à nous secourir.


4- Les trois compagnes de Jésus : La suprême pauvreté, les abaissements volontaires, la douleur ou la croix.

a- La suprême pauvreté

Depuis l’heure ou son âme fut créée et infusée à son corps très saint dans le sein de sa mère très pure, jusqu’à cette heure dernière ou cette très sainte âme sortit de ce très saint corps par la mort très cruelle de la croix. il ne demeura jamais sans la suprême pauvreté; celle-ci l’abandonna pas un instant; il ne fut pas de même pour les apôtres, non pour aucun des disciples, ni pour Jean l’évangéliste, ni même pour sa Mère, la très sainte Vierge Marie. Quelle compagne si fidèle, si assidue et si aimable pour lui ! Ce fut, me semble-t-il , celle que Dieu le Père très–Haut, selon sa dispensation, destina à son Fils en ce monde, ce fut la pauvreté parfaite, continuelle, absolue, telle fut la compagne qui suivit continuellement le Christ dans sa continuelle pénitence. Cette pénitence durant autant que sa vie en ce monde. C’est par elle qu’il monta au ciel en son humanité; c’est par elle que l’âme peut et doit marcher vers Dieu et en Dieu; en dehors d’elle, il n’y a pas d’autre voie, car il convient que les membres passent par où la tête a passé, que la compagne du chef soit aussi celle des membres.La société de notre chef, le Christ, fut, comme il a été dit, une volontaire, continuelle, extrême absolue pauvreté. Cette pauvreté eut trois degrés, un grand, un plus grand qui s’unit au premier; le troisième joint au premier et au second fut absolu, parfait. Dans le Christ la pauvreté a donc trois degrés, néanmoins elle est en lui souverainement et parfaitement une.

Voici le premier degré de la pauvreté très parfaite du Christ

, voie et maître de l’âme. Il voulut vivre et être pauvre, destitué de tous les biens temporels de ce monde jusqu’à ne se réserver ni maison, ni vigne, ni terre, ni possession, ni deniers, ni monnaie, ni ferme, ni écuelle, ni rien. Des choses de ce monde il ne reçut et ne voulut recevoir que l’extrême indigence dune vie qu’il passa dans le besoin, dans la faim et la soif, la chaleur et le froid, le travail, l’austérité, l’épreuve. Il n’usa point de choses délicates et recherchées ; il usa des produits les plus communs et les plus grossiers selon le temps, la saison, le lieu, fournis par le pays où il vivait et demeurait dans la plus grande pauvreté.

’La seconde pauvreté,

plus grande que la première, fut qu’il voulut vivre pauvre de parents, d’amis et de toute amitié temporelle. Il n’eut pas un ami, pas un parent qui lui obtint d’être délivré d’un seul percement de clous, d’un coup de verge ou de fouet, de l’éponge ou d'une seule injure. Il se détacha complètement de ses parents et de ses proches; ni pour mère, ni pour frère, ni pour ami, il ne sacrifia ni ne voulut sacrifier rien qui puisse plaire à la volonté de son Père très haut.

La troisième et suprême pauvreté

fut qu’il se dépouilla de lui-même, c’est à dire qu’il se fit pauvre de sa propre puissance, de sa propre sagesse et de sa propre gloire. Car, Dieu incréé, Dieu incarné, Dieu fait homme, Dieu souffrant, il voulut apparaître en ce monde comme un mendiant, comme un homme sans puissance, sans avoir, sans force, sans gloire, sans sagesse humaine. O pauvreté honnie ! ô pauvreté bannie aujourd’hui quasi à son de trompe par les gens de toutes conditions ! Trouverait-on de nos jours créature qui se glorifie d’être associée à une compagne si parfaite. Bienheureuse la créature qui, en esprit de pénitence, s’en glorifierait; le Christ l’a adoptée pour nous en donner l’exemple; mais comment nous agissons, nous ne le voyons, nous ne le savons que trop bien. Car non seulement nous usons des biens temporels pour notre nécessité avec une blâmable suffisance, mais nous ne nous contentons pas de notre juste part, il nous faut du superflu. Hélas! Hélas! NE SAVONS-NOUS PAS DE QUELS VÊTEMENTS Le Fils de Dieu a été paré, ne savons-nous pas dans quel lit et sur quel lit il a été couché sur la croix . Ne savons-nous pas de quel breuvage il fut rassasié. Ne savons-nous pas comment il fut renié de ses parents et amis, dans quelle compagnie il fut mis. Ne savons-nous pas commet il a voulu se défendre et s’élever, se faire protéger, se glorifier de sa puissance et de sa sagesse. Il eut pu le faire en toute vérité. car il possédait en soi et de soi la puissance, par essence, par grâce et par nature. Nous voulons nous autres, nous approprier par mensonge ce que nous ne possédons pas, nous faisons parade de ce que nous ne possédons pas. Notre pénitence ne suit pas la voie droite, elle s’écarte, elle s’éloigne de la première compagne du Christ, la sainte pauvreté.

B- Les abaissements volontaires

La seconde compagne qui ne quitta jamais le Christ en cette vie, fut l’abaissement volontaire et parfait. Il voulut vivre et il vécut en ce monde comme un esclave abject, vendu et non racheté : bien plus, comme un esclave méchant, vicieux, couvert d’opprobres, tourné en dérision, lié, frappé de verges, fustigé, flagellé, et enfin condamné et mis à mort sans aucun motif. Quand on voulut par hasard lui rendre quelque honneur temporel, il s’y opposa toujours ou par les paroles ou par les actes. Il a toujours fui les honneurs du monde, toujours recherché en ce monde la honte et le mépris, sans fournir par ses fautes de motif ni de raison plausibles.

Où donc trouver aujourd’hui une personne qui aime cette compagne du Christ qui, comme lui, fuit les honneurs , qui recherche la honte, qui veuille être méprisée, dédaignée en retour du bien qu’elle fait, qui refuse d’en être louée et honorée ! Pour moi, il n’y a de fidèle, que celui qui s’unit au Christ son chef dans un amour parfait. L’âme pleine d’amour pour le Christ, voyant que son chef aime et veut une telle compagne, l’aime et la veut pareillement. On en trouve bien qui disent : ‘J’aime le Christ, je veux le chérir, je n’ai cure de tous les honneurs du monde. Mais pas au point de vouloir, de désirer la honte, l’abjection : je vis au contraire dans un continuel combat, dans une crainte continuelle que les hommes ne me les fassent subir et que Dieu ne permette qu’elles m’arrivent . ‘’ C’est là évidemment le signe de bien peu de foi, de bien peu de justice, de bien peu d’amour et de beaucoup de tiédeur dans cette âme. Ou elle a commis des fautes qui la rendrent digne d’être confondue, châtiée, humiliée, c’est le cas de beaucoup, ou elle n’en a pas commis.

Si elle a commis de telles fautes publiques ou cachées, elle doit se préparer à en porter le poids avec patience, avec joie, avec plaisir du corps et de l’âme, elle le doit pour deux raisons :

Premièrement, le châtiment, la honte, délivrent l’âme de la peine qui lui est réservée à cause de son iniquité; deuxièmement, les châtiments de honte endurés et supportés avec patience, satisfont à Dieu et au prochain, conformément à la volonté de la justice divine. Si elle n’a péché ni en pensée ni en acte, elle doit, si c’est la permission de Dieu, souffrir cent fois plus et qu’avec plus de patience et de joie; car ce châtiment, cette confusion, cette honte lui valent un accroissement de grâce, qui augmente à son tour le mérite et la récompense dans la gloire.

—Mais nous craignons que Dieu bon ne nous fasse pas croître; nous ne craignons pas que nos fautes nous fassent décroître et diminuer.

__ En vérité, c’est de cette manière que croissent les âmes saintes amies de Dieu. Voilà pourquoi le Christ a aimé la honte, fui les honneurs, voilà pourquoi, conformément à la dispensation divine et sans avoir commis de faute, il a voulu de sa libre volonté être abaissé et méprisé dans sa vie, afin d’enseigner à ses amis comment ils peuvent croître en mérite et en grâce par l’amour. Telle est la seconde compagne du Christ dans touts sa vie. IL eut pour elle tant d’amour qu’il ne voulut jamais s’en séparer. Si nous considérons en effet le commencement, le milieu et la fin, bref tout le temps de la vie du Christ Fils de Dieu, nous n’y verrons qu’humilité; il vécut sans honneur, et il vécut souverainement méprisé.
C.- La douleur ou la croix

La troisième compagne, plus éprouvée, plus assidue, fut une souveraine douleur à laquelle l’âme du Christ fut dès d’abord associée. Unie avec son corps à la divinité, cette âme sainte fut remplie de la souveraine sagesse et le Christ réalisa dans sa personne la condition de l’homme en cette vie et celle des bienheureux dans le ciel. Déjà dans le sein de sa mère, cette âme sainte commença de sentir une suprême douleur morale comme devant satisfaire complètement à Dieu, non pour ses fautes, mais pour les fautes des hommes, parce qu’elle voyait, connaissait, pénétrait dans leur ensemble, dans leur détail tous les tourments et chacun des tourments qu’elle devrait endurer elle-même dans la chair, d’une douleur physique.

Elle voyait, elle connaissait aussi tous les couteaux des langues, c’est à dire toutes les paroles acérées qui la blesseraient un jour, elle savait quand, et combien, et comment, et par qui, et où elle devrait être attaquée. Elle connaissait et voyait comment le Christ , en tant qu’homme, devait être trahi, vendu, arrêté, abandonné, renié, lié, tourné en dérision, frappé de verges, flagellé, jugé, condamné comme un voleur, traîné à la croix, dépouillé, crucifié, mis à mort, blasphémé, frappé par la lance qui lui ouvrirait le côté, Cette âme sainte savait tous les coups des marteaux, toutes les blessures des clous , elle avait en soi et devant soi et connaissait toutes les douleurs, tous les soupirs, tous les sanglots toutes les déchirantes lamentation de sa mère; ainsi toute la vie du Christ fut associée à une continuelle douleur.

Comment la malheureuse âme qui veut surabonder de consolations en ce monde, marcherait-elle avec celui qui est la voie de la douleur ! En Vérité, l’âme parfaitement éprise du Christ, son aimé, ne voudrait pas d’autre lit ni d’autre état en ce monde, que ce qui fut donné au Christ en partage. Quand le Christ était gémissant et mourant sur la croix, Marie, sa mère qui le voyait, ne lui demandait, pas j’imagine, des consolations, elle lui demandait de sentir sa douleur. C’est dans une âme le signe de bien peu d’amour que d’attendre du Christ, en ce monde, autre chose que la douleur. Le bon maître, elle peut le savoir, préfère le pauvre qui le sert fidèlement, par affection sans salaire ni profit, au riche qui en retour de ses services reçoit chaque jour de grosses sommes et qui sert dans l’espoir d’une récompense spéciale De même l’âme qui court amoureusement à Dieu remplie des grandes consolations qu’Il lui donne à goûter, n’a pas tant de mérite que celle qui court à lui, qui le sert avec un égale et pareil amour, mais sans consolation dans une continuelle douleur. Voilà ,me semble-t-il , ce que m’enseigne la lumière divine émanée de la vie du Christ , unique voie par laquelle on accède à Dieu et en Dieu par l’amour. C’est par cette voie qu’est allé notre chef, le Christ; c’est par cette voie que doivent aller la main, le bras, l’épaule, le pied, la jambe, tous les membres. Par la pauvreté temporelle, l’âme arrivera aux richesses éternelles par le mépris et la honte au faîte de l’honneur et à la grandeur de la gloire, par une légère pénitence faite dans la peine et la douleur, la possession du souverain bien. Dieu éternel, dans une douceur et dans une consolation infinie. Mais, ne l’oublions pas, l’âme doit servir Dieu pour lui seul, parce qu’il est digne d’être aimé et doit être servi par toute créature raisonnable à cause de sa souveraine bonté.

5- Le livre de vie : Jésus crucifié contemplé

Ô fils très cher, si tu désires la lumière de la grâce divine, si tu désires éloigner ton cœur de toutes les sollicitudes, refréner les tentations nuisibles, être parfait dans la voie de Dieu, cours sans tarder à la croix du Christ. En vérité, il n’a pas été donné aux enfants de Dieu d’autre voie par où ils puissent trouver Dieu et, l’ayant trouvé, le garder, si ce n’est la voie et la vie de ce Dieu-Homme souffrant, qui comme j’ai la coutume de le dire et comme je l’affirme à nouveau, est le livre de vie.

Nul ne peut avoir accès à la délectation que par l’oraison continue. L’oraison continue illumine l’âme, l’élève, la transforme illuminée par la lumière perçue dans l’oraison; l’âme voit clairement la voie Crucifiée ; et, y courant d’un cœur dilaté, elle s’éloigne des lourds soucis du monde, elle s’élève au-dessus de soi-même à la jouissance de la douceur divine; ainsi élevée elle est embrasée d’un feu divin; et élevée, illuminée, embrasée de la sorte, elle est transformée dans le Dieu-Homme lui-même. L’Oraison continue trouve tout cela dans la contemplation de la croix.

ô mon très cher fils, réfugie-toi donc aux pieds de cette croix, demande à celui qui y meurt pour toi de t’illuminer afin que tu te connaisses pleinement et qu’abîmé dans la connaissance de tes propres défauts, tu puisses t’élever à une connaissance plus pleine de la bonté divine qui te paraissait incompréhensible, quand tu voyas Dieu t’élever, toi si plein de défauts à la dignité de fils et te promettre d’être ton père. Ne sois donc pas ingrat envers lui. Applique-toi à accomplir en tout la volonté d’un père si grand et si aimable. Car, si le bon plaisir de Dieu leur père ne s’accomplit dans les fils légitimes, comment s’accomplit-il dans les fils adultérins ! J’appelle fils adultérins ceux que leur infidélité à la croix égare à travers les désirs de la chair; fils légitimes ceux qui s’efforcent de se conformer en tout à leur maître et père souffrant pour eux, dans sa pauvreté, dans des douleurs, dans son abaissement; trois choses, mon très cher fils, que tu dois en toute certitude tenir pour le complément et le fondement de toute perfection. Ce sont ces trois choses qui éclairent véritablement l’âme, la parfont, la purifient et la préparent à la transformation divine.

Attention, si j'ai pas mis les bons liens sous les images
veiller m'envoyer @ pour corriger l'auteur de l'image Merci

Sainte Angèle de Foligno p. 53-55

Tirer du volume: Sainte Angèle de Foligno p. 53-55 du Père Raymond Christoflour
Édition Vision et Révélations Les Éditions du Soleil Levant.
Imprimatur Namurci, die 2a septembris 1958 F. Toussaint, v.g.

Sur le chemin de Saint-François, lors du premier entretien, il me dit:'' Qu'il est grand l'amour que je porte à l'âme qui m'aime avec simplicité!'' Et il me sembla qu'il voulait que l'âme, selon ses forces, ait un peu de l'amour qu'il a lui-même pour nous et que, si elle en avait seulement le désir, il le lui accorderait. "" Hélas il y a si peu de fidèles et il y a si peu de foi!" soupirait-il. Et il ajoutait : "" Qu'il est grand l'amour que je porte à l'âme qui m'aime avec simplicité; à une telle âme et à quiconque m'aimerait d'un amour vrai, j'accorderais dès maintenant plus de grâces qu'aux saints des temps passés, dont on raconte que Dieu a fait en eux de très grandes choses .'' Or, personne ne peut avoir d'excuse, car tout le monde peut l'aimer ; Dieu ne demande à l'âme que l'amour, car il aime, lui, il est l'amour de l'âme- Et elle me disait pendant que j'écrivais : ''Qu'elles sont profondes ces paroles : Dieu ne demande à l'âme que de l'amour! " - '' Qui donc pourrait garder pour soi quelque chose, s'il aimait? " Dieu aime l'âme, il est lui-même l'amour de l'âme. Il m'en fit voir une preuve éclatante dans sa venue et son abaissement sur la croix en dépit de sa souveraine grandeur, Il me disait : " Regarde bien, trouves-tu en moi autre chose que l'amour?" Et il me montrait qui l'avait envoyé, pourquoi il était venu et quelle est sa grandeur. Il m'expliquait tout ; et mon âme comprenait enfin qu'en effet il n'est rien autre chose qu'amour. Et il me semble qu'il se plaignait de trouver aujourd’hui si peu de personnes à qui donner sa grâce. Aussi disait-il que s'il trouvait aujourd'hui des âmes qui l'aiment, il leur conférerait beaucoup plus de grâces qu'aux saints du temps passé.

Puis elle me dit tandis que j'écrivais : '' J'aurais des scrupules de divulguer ces secrets si je n'avais entendu cette parole, que plus je parle et parlerai de ces mystères, plus il m'en restera."

LES LETTRES AGNÈS DE PRAGUE

La destinataire de ces lettres était fille du roi de Bohême, Ottokar, et de Constance de Hongrie. Née en 1205, plusieurs fois fiancée dès l'enfance, elle repoussa ensuite les demandes en mariage du roi d'Angleterre et de l'empereur d'Allemagne. En 1232, les premiers franciscains vinrent s'établir à Prague. Agnès leur construisit une église, puis fonda un hôpital et y adjoignit en /233 un couvent où elle entra elle-même l'année suivante. Sa correspondance avec sainte Claire dut être assez abondante. Nous n'en possédons malheureusement que quatre lettres, quatre réponses venues de Saint- Damien et révélatrices de l'âme de Claire. Ce sont de précieux témoignages à la fois de spiritualité et d'amitié, de délicatesse et de force dans les sentiments. On y remarque aussi une maîtrise de plume et une culture admirables chez une femme de cette époque, une connaissance de la Bible et une lucidité dans les conseils pour la vie religieuse, qui font de ces lettres de direction des chefs-d'oeuvre du genre.

La première lettre a du être envoyée peu avant l'entrée d'Agnès au monastère (donc avant la Pentecôte /234) ; Claire l'appelle encore " fille du roi de Bohême ", elle lui dit encore " vous ", ne fait aucune allusion aux soeurs de Prague; si elle la félicite de sa décision de renoncer au monde, elle ne lui parle de la pauvreté totale que comme si elle était seulement sur le point de s'y engager. (Certains voudraient retarder jusqu'en 1235 la date de cette lettre, parce que la première phrase parle de la renommée universelle d'Agnès, et qu'ils attribuent cette renommée à une lettre, datée de 1235, du pape Grégoire IX à Béatrice de Castille).

La deuxième lettre fut certainement écrite entre 1235 et 1239, puisque frère Elie s'y trouve mentionné comme ministre général et qu'il fut déposé en 1239. La troisième lettre date sans doute du début de 1238, époque à laquelle Agnès demanda aussi à Grégoire IX une nouvelle réglementation du jeûne, qui fut accordée le Il mai de cette année-Ià. La quatrième enfin fut écrite après une longue période de silence due à la maladie de Claire. Celle-ci salue Agnès de Prague de la part de sa propre soeur Agnès d'Assise ,. or cette dernière ne revint à Saint-Damien qu'au début de 1253. Il faut donc placer entre janvier et août 1253 la date de cette quatrième lettre. Sainte Claire était sans doute décédée lorsqu'Agnès reçut ce dernier message.

PREMIÈRE LETTRE A AGNÈS DE PRAGUE


A dame Agnès, vierge sainte et vénérable, fille de Son Excellence illustrissime le roi de Bohême, Claire, servante de Jésus-Christ, et inutile servante des Pauvres Dames recluses au monastère de Saint-Damien d'Assise, sa sujette et sa servante, exprime son respect tout particulier, se recommande toute à elle, et lui souhaite d'accéder à la gloire de l'éternel bonheur. La renommée de votre sainte conduite et de votre vie irréprochable est parvenue jusqu'à moi; elle est d'ailleurs répandue partout sur la surface de la terre. J'en suis transportée de joie et d'allégresse dans le Seigneur, comme le sont aussi tous ceux qui servent ou désirent servir Jésus-Christ. Lorsque vous auriez pu jouir de toutes les flatteries et de tous les honneurs du monde, et accéder même à la plus haute gloire en devenant l'épouse légitime de l'illustre empereur, union qui convenait à sa majesté et à la vôtre, vous avez renoncé à tout et vous avez opté, de tout l'élan de votre âme et de votre coeur, pour la très sainte pauvreté et pour le dénuement; vous avez choisi un époux de race plus noble encore: notre Seigneur Jésus-Christ, qui gardera toujours pure et intacte votre virginité. En l'aimant, vous resterez chaste; ses caresses vous rendent plus pure encore; sa possession consacre votre virginité. Sa puissance surpasse toute autre, son lignage est le plus doux qui soit, sa grâce la plus parfaite. Vous êtes désormais vouée à son étreinte, lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses, et suspendu à vos oreilles des diamants inestimables, lui qui vous a revêtue de joyaux étincelants comme le printemps, et qui a posé sur votre tête une couronne d'or aux armes de la sainteté.

2.
C'est pourquoi, sœur très chère, ou plutôt Dame que je ne saurais trop révérer puisque vous êtes à la fois épouse, mère et sœur de mon Seigneur Jésus-Christ ; armez-vous de courage pour le service de Dieu sous le glorieux étendard de l'inviolable virginité et de la très Sainte pauvreté; conservez au coeur le brûlant désir de vous unir au Christ pauvre et crucifié, qui a souffert pour nous tous le supplice de la croix, qui nous a ainsi arrachés à la puissance du prince des ténèbres dont la faute de nos premiers parents nous avait rendus esclaves, et qui nous a réconciliés avec Dieu son Père. O bienheureuse pauvreté, qui prodigue des richesses éternelles à ceux qui l'aiment et la pratiquent!. O sainte pauvreté, en échange de laquelle Dieu offre et promet formellement le royaume des cieux, la gloire éternelle et la vie bienheureuse! O chère pauvreté, que le Seigneur Jésus-Christ a daigné préférer à toute autre chose, lui qui, de toute éternité, régnait sur le ciel et sur la terre, lui qui a parlé et tout a été fait ! Les renards, disait-il, ont leur tanière, et les oiseaux du ciel leur nid, mais le Fils de l'Homme, c'est-à-dire le Christ, n'a pas trouvé où reposer sa tête; quand il a laissé reposer sa tête, ce fut pour jamais, et il rendit l'esprit..

Puisqu'un si grand et si glorieux Seigneur a voulu descendre dans le sein de la Vierge, puisqu'il a voulu apparaître au monde méprisé, nécessiteux et pauvre, afin que les hommes, indigents, nécessiteux et affamés de nourriture céleste, devinssent riches grâce à lui en prenant possession du royaume des cieux, exultez donc de joie, soyez épanouie d'un intense bonheur et d'allégresse spirituelle: en préférant le mépris aux honneurs du monde, et la pauvreté aux richesses matérielles, en ne confiant pas vos trésors à la terre mais au ciel, où ni la rouille ne les ronge, ni la moisissure ne les attaque, ni les voleurs ne s'en emparent, vous avez une ample récompense assurée dans le ciel, et vous avez bien mérité d'être appelée soeur, épouse et mère du Fils du Père très haut et de la Vierge glorieuse. Vous savez en effet, j'en suis certaine, que le royaume des cieux n'est promis et donné qu'aux pauvres par le Seigneur, car lorsqu'on s'attache à une chose d'ici-bas on perd le fruit de la charité. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon, car, ou bien l'un est aimé et l'autre détesté, ou bien l'un est servi et l'autre méprisé ; un homme habillé ne peut lutter contre un adversaire nu, car ses vêtements fournissant prise, il sera aussitôt renversé; on ne peut espérer vivre avec éclat dans ce monde, et régner avec le Christ dans l'autre ; un chameau passera par le trou d'une aiguille avant qu'un riche ait franchi la porte du ciel. C'est pourquoi vous avez rejeté ces vêtements que sont les richesses temporelles, afin de ne pas être vaincue dans la lutte, et vous avez choisi le chemin rude et la porte étroite, afin de pouvoir entrer dans le royaume des cieux. Quel échange merveilleux et admirable: laisser les biens de la terre pour ceux de l'éternité, mériter ceux-ci en abandonnant ceux-là, récolter cent pour un, et posséder à jamais le bonheur !

C'est pourquoi je supplie humblement votre majesté et votre sainteté, autant que je le puis, pour l'amour du Christ, de vous rendre vous-même toujours plus courageuse dans le service de Dieu, de progresser sans cesse en vertu, afin que Celui que vous aurez servi de tout votre coeur daigne vous donner la récompense que vous souhaitez. Je vous demande enfin dans le Seigneur de vouloir bien, dans vos prières, vous souvenir de moi, votre inutile servante, et des autres soeurs qui habitent avec moi ce monastère, et qui vous sont toutes dévouées: puissions-nous, avec le secours de vos prières, mériter la miséricorde de Jésus-Christ et jouir avec vous de sa vision sans fin ! Adieu dans le Seigneur, et priez pour moi.

DEUXIÈME LE1TRE A AGNÈS DE PRAGUE

A très noble Dame Agnès, fille du Roi des rois, servante du Seigneur des seigneurs, épouse très digne de Jésus-Christ, et parée, de ce fait, du titre de reine, Claire, inutile et indigne servante des Pauvres Dames, adresse ses salutations et lui souhaite de vivre toujours en parfaite pauvreté. Je rends grâce à l'Auteur de la grâce, à Celui de qui proviennent tout bien et toute perfection, de ce qu'il t'a ornée de tant de vertus et parée de tant de perfection, que tu es devenue imitatrice attentive et parfaite du Père qui est parfait, au point même que ses yeux ne peuvent discerner en toi rien d'imparfait. La voilà, cette perfection qui, dans les palais des cieux, scellera ton union avec le Roi lui-même qui siège dans la gloire sur un trône étoilé : cette perfection a consisté pour toi à mépriser les grandeurs d'un royaume terrestre; à juger indignes, en comparaison, les propositions d'un mariage avec l'empereur: à pratiquer la très sainte pauvreté et, avec tout l'élan de ton amour et de ton humilité, à suivre les traces de Celui aux noces duquel tu as mérité d'être conviée.

Je te sais parée de vertus, mais je ne veux pas t'importuner en t'accablant de louanges superflues, bien que, pour toi, rien ne soit superflu si tu peux en retirer quelque consolation. Or donc, puisqu'une seule chose est nécessaire , je m'y bornerai et je t'y exhorterai pour l'amour de Celui à qui tu t'es offerte comme une hostie sainte et agréable: souviens-toi de ta vocation et, comme une seconde Rachel , remets-toi toujours en mémoire les principes de base qui te font agir : ce que tu as acquis, conserve-le soigneusement; ce que tu fais, fais-le bien; ne recule jamais; hâte-toi au contraire et cours d'un pas léger, sans achopper aux pierres du chemin, sans même soulever la poussière qui souillerait tes pieds; va confiante, allègre et joyeuse. Avance avec précaution cependant sur le chemin du bonheur: ne te fie pas et ne te livre pas à quiconque voudrait te détourner de ta vocation, entraver ta course, et t'empêcher d'être fidèle au Très-Haut dans l'état de perfection où l'Esprit du Seigneur t'a appelée.
Pour marcher avec plus de sécurité dans la voie des commandements du Seigneur, suis les conseils de notre très révérend Père, frère Elie, Ministre général; place-les avant tous les autres conseils qu'on te donnera, et considère-les comme plus précieux pour toi que n'importe quel autre don. Et si quelqu'un te dit ou te suggère d'autres initiatives contraires à notre forme de perfection ou opposées à notre divine vocation, ne suis pas ses conseils, même s'ils proviennent d'un personnage très haut placé : c'est au Christ pauvre que, vierge pauvre, tu dois rester attachée. Vois comme il s'est rendu, pour toi, objet de mépris, et suis-le en te faisant, toi aussi, par amour pour lui, objet de mépris pour le monde. Ton époux, le plus beau des enfants des hommes , qui est devenu, pour te sauver, le dernier des humains, méprisé, frappé, tout le corps déchiré à coups de fouets, mourant enfin sur la croix dans les pires douleurs: regarde-le, illustre reine, médite-le, contemple-le, et n'aie d'autre désir que de l'imiter !
Si tu souffres avec lui, tu règneras avec lui; si tu pleures avec lui, tu partageras sa joie; si tu meurs avec lui au milieu des tortures de la croix, tu iras prendre possession des demeures célestes ; dans la splendeur des saints , ton nom sera inscrit au livre de vie et deviendra glorieux parmi les hommes, tu participeras pour toujours et dans l'éternité à la gloire du royaume des cieux pour avoir abandonné des biens terrestres et éphémères, et tu vivras dans les siècles des siècles. Adieu, soeur et Dame bien-aimée, adieu dans le Seigneur ton époux; n'oublie pas de nous recommander au Seigneur dans tes ferventes prières, mes sœurs et moi qui sommes si heureuses de tout le bien que le Seigneur , par sa grâce, opère en toi. Recommande-nous instamment aussi aux prières de tes soeurs. Adieu !

TROISIÈME LETTRE A AGNÈS DE PRAGUE


A sa Dame très honorée dans le Christ et soeur tendrement aimée, Agnès, soeur de l'illustre roi de Bohême, mais surtout soeur et épouse du souverain Roi des cieux, Claire, très humble et indigne servante du Christ et des Pauvres Dames, joie du salut dans l'Auteur du salut, et tout ce que l'on peut désirer de meilleur. Les heureuses nouvelles que je reçois de ton épanouissement spirituel et de tes progrès toujours plus prometteurs dans la course que tu as entreprise pour conquérir la récompense des cieux me remplissent d'une joie dans le Seigneur et d'une allégresse d'autant plus intenses, que j'y vois un merveilleux complément de la bien piètre imitation que mes soeurs et moi essayons de réaliser du Christ pauvre et humble.

J'ai donc bien sujet de me réjouir, et personne ne pourrait me ravir ma joie, quand je vois réalisé ce que dès cette terre je désire: tu triomphes d'une manière terrible et surprenante des ruses de l'ennemi, de l'orgueil qui a jeté tout le genre humain dans sa perte, de la vanité qui sème la folie au coeur de l'homme; tu en triomphes avec cette admirable sagesse que tu sembles tenir de la bouche même de Dieu ; de toute la force de ta foi, tu tiens dans tes bras de pauvre le trésor caché dans le champ du monde et du coeur humain, trésor incomparable puisqu'il est acheté à Celui qui a fait toutes choses de rien. Pour employer dans leur sens propre les termes de l'Apôtre ; je te considère comme une auxiliatrice de Dieu même, comme le soutien et le réconfort des membres abattus de son Corps ineffable. Qui donc m'interdirait de me réjouir à cette pensée ? Réjouis-toi donc toujours dans le Seigneur, toi aussi, soeur bien-aimée, et ne permets à aucune amertume, à aucun nuage, de venir assombrir ta joie; toi qui es ma Dame bien-aimée dans le Christ, toi la joie des anges et la couronne de tes soeurs.

Place ton esprit devant le miroir de l'éternité, laisse ton âme baigner dans la splendeur de la Gloire, unis-toi de coeur à Celui qui est l'incarnation de l'essence divine, et, grâce à cette contemplation, transforme-toi tout entière à l'image de sa divinité. Tu arriveras ainsi à ressentir ce que seuls perçoivent ses amis; tu goûteras la douceur cachée que Dieu lui-même a, dès le commencement, réservée à ceux qui l'aiment. Sans accorder même un seul regard à toutes les séductions trompeuses par lesquelles le monde enchaîne les pauvres aveugles qui s'attachent à lui, aime donc plutôt de tout ton être Celui qui, par amour pour toi, s'est aussi donné tout entier, lui dont le soleil et la lune admirent la beauté, lui qui prodigue des récompenses dont l'ampleur et la valeur sont sans bornes. Je veux parler du Fils du Très-Haut, que la Vierge enfante sans cesser d'être vierge. Attache-toi à cette très douce Mère qui a mis au monde cet enfant que les cieux ne pouvaient contenir ; elle, pourtant, l'a contenu dans le petit cloître de son ventre et l'a porté dans son sein virginal.

Qui ne se détournerait avec horreur de l'ennemi du genre humain et de ses ruses: il fait miroiter à nos yeux le prestige de gloires éphémères et trompeuses, et s'efforce par là de réduire à néant ce qui est plus grand que le ciel. Car l'âme d'un fidèle, qui est la plus digne de toutes les créatures, est évidemment rendue par la grâce de Dieu plus grande que le ciel: ce créateur, que les cieux immenses et toutes les autres créatures ne peuvent contenir, l'âme du fidèle à elle seule devient son séjour et sa demeure; il suffit pour cela de posséder ce que refusent les impies: la charité. Celui qui est la vérité même en témoigne : « Celui qui m'aime, mon Père l'aimera, moi aussi je l'aimerai, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure ».

•De même donc que la glorieuse Vierge des vierges l'a porté matériellement, de même toi tu pourras toujours le porter spirituellement dans ton corps chaste et virginal si tu suis ses traces, et particulièrement son humilité et sa pauvreté; tu pourras contenir en toi Celui qui te contient, toi et tout l'univers; tu le posséderas de façon bien plus réelle et plus concrète que tu ne pourrais posséder les biens périssables de ce monde. Beaucoup de rois et de reines de ce monde, dont l'orgueil voudrait s'élever jusqu'au ciel, jusqu'à toucher de la tête le firmament, se laissent au contraire abuser et séduire; et pourtant... ils finiront bien par être réduits en pourriture !

J'en viens maintenant aux explications que tu m'as demandées, et voici ce que je crois devoir te répondre. Il s'agit des jours de fête que notre glorieux Père saint François nous a prescrit de célébrer particulièrement, y compris, crois-tu, en ajoutant quelques aliments à notre ordinaire. Tu sauras ceci pour ta gouverne: sauf pour les malades et les soeurs particulièrement fragiles (auxquelles saint François nous a bien recommandé et ordonné de procurer avec le plus grand dévouement possible tous les aliments sans considération d'interdiction de règle), aucune de nous, pourvu qu'elle soit saine et valide, ne devrait jamais suivre un autre régime que celui du carême, et cela aussi bien les jours de fête que les féries ; le jeûne devrait être perpétuel, sauf le dimanche et le jour de Noël: ces jours-là, il nous est permis de prendre deux repas. Les jeudis ordinaires, le jeûne est laissé au gré de chaque soeur, et celle qui préférerait ne pas jeûner doit être laissée libre. Quant à nous qui nous portons bien, nous jeûnons tous les jours, sauf le dimanche et le jour de Noël. Nous ne sommes pas non plus obligées de jeûner durant le temps pascal ainsi que nous le savons par un billet de saint François, ni aux fêtes de sainte Marie et des saints Apôtres, à moins qu'elles ne tombent un vendredi. Comme je l'ai dit plus haut, nous qui sommes bien portantes et valides, nous nous contentons chaque jour des seuls aliments permis en carême. Cependant, nous n'avons pas un corps d'acier ni une solidité de granit; nous sommes faibles et sujettes aux infirmités de la nature. Aussi je te prie, soeur bien-aimée, de modérer avec sagesse et discernement la rigueur exagérée de ton abstinence dont j'ai eu des échos. Et je te demande dans le Seigneur de vivre pour le louer, de rendre raisonnables les hommages que tu lui rends, et de toujours assaisonner ton sacrifice du sel de la sagesse. Je te souhaite une santé aussi bonne que je puis le désirer pour moi-même. Souviens-toi, dans tes saintes prières, de mes sœurs et de moi.

QUATRIÈME LETTRE A AGNÈS DE PRAGUE

A celle qui est la moitié de son âme et l'objet de sa plus tendre affection, à l'illustre reine, épouse du Roi éternel: à Dame Agnès, mère bien-aimée et fille chère entre toutes, Claire indigne servante du Christ et servante inutile des servantes du Christ qui habitent le monastère de Saint-Damien à Assise, adresse ses salutations et souhaite le bonheur de chanter un cantique nouveau avec toutes les vierges saintes devant le trône de Dieu et de l'Agneau , et le bonheur de suivre l'Agneau coeur. Le seul obstacle à notre correspondance a été l'absence de courriers et l'insécurité des routes. 7 Aujourd'hui que se présente l'occasion de t'écrire, j'en suis tout heureuse pour toi, dans la joie de l'Esprit-Saint, et je me réjouis de ce que, à l'exemple de sainte Agnès, cette autre vierge très sainte, tu as délaissé toutes les vanités du monde pour tenir de façon incomparable à l'Agneau sans tache qui efface les péchés du monde. Heureuse celle à qui est accordée cette intimité du banquet divin! Heureuse si elle aime de tout son coeur Celui dont la beauté fait l'admiration des anges pour l'éternité, Celui dont l'amour rend plus heureux et la contemplation plus fort, Celui qui nous comble de sa bonté, qui nous imprègne de sa douceur, et dont le souvenir est si lumineux et si doux à notre âme, Celui dont le parfum fait revivre les morts et dont la vision comble de bonheur les habitants de la Jérusalem céleste, puisqu'il est la splendeur de la Gloire éternelle, l'éclat de la Lumière sans fin et le miroir sans tache..

Contemple chaque jour ce miroir, ô reine épouse de Jésus-Christ, et mire-toi continuellement pour savoir comment revêtir, intérieurement et extérieurement, tes plus beaux atours, comment te parer des fleurs de toutes les vertus et des ornements qui conviennent à ta qualité de fille et d'épouse chérie du Grand Roi. Ce miroir reflète la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité et l’ineffable amour: c'est là ce que tu pourras découvrir, avec la grâce de Dieu, sur toute la surface de ce miroir.

En haut du miroir, en effet, voici la pauvreté de l'Enfant couché dans la crèche et enveloppé de quelques méchants langes, humilité admirable et stupéfiante pauvreté: le Roi des anges, maître du ciel et de la terre, repose dans une mangeoire d'animaux ! -Au milieu du miroir, considère l'humilité, c'est-à-dire la bienheureuse pauvreté, les fatigues sans nombre et les injures qu'il a subies pour la rédemption de l'humanité. - Enfin, au bas du miroir, contemple l'ineffable amour qui l'a conduit jusqu'à vouloir souffrir sur le bois de la croix et à vouloir y mourir du genre de mort le plus infamant qui soit. Et ce miroir, du haut de la croix, attirait lui-même l'attention des passants sur ce qui devait faire l'objet de leur contemplation: O vous tous qui passez sur le chemin, arrêtez-vous et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne !À ce cri plaintif répondons toutes d'une seule voix et d'un même coeur: Ton souvenir ne me quitte pas, et l'angoisse étreint mon âme . Puisses-tu, reine du Roi du ciel, être chaque jour davantage embrasée de la ferveur de cet amour !Contemple encore l'indicible bonheur, les richesses et les honneurs sans fin qu'il procure, et tu lui crieras, de toute l'ardeur de ton désir et de ton amour : « Prends-moi avec toi, mon époux céleste, je te poursuis sur la trace de tes parfums. Je ne m'arrêterai de courir qu'une fois introduite au cellier. lorsque ton bras gauche soutiendra ma tête, que ta droite m'étreindra et que tu me donneras de ta bouche le délicieux baiser ».

Au milieu de cette contemplation, souviens-toi de ta pauvre mère, et dis-toi bien que j'ai gravé ton doux souvenir, de façon indélébile, au plus profond de mon coeur, car tu m'es chère entre toutes. Que te dire de plus ? La langue du corps est impuissante à exprimer l'affection que j'ai pour toi; c'est celle de l'esprit qui doit l'exprimer et parler. La langue du corps est défaillante à traduire pleinement l'amour que j'ai pour toi, ma fille bénie, mais la langue de l'esprit complètera ce que je n'ai exprimé qu'à moitié. Reçois mes paroles avec bienveillance et bonté; veuille n'y voir que mon amour maternel pour toi et pour tes filles; recommande-leur instamment dans le Christ mes filles et moi-même. Mes filles, et surtout notre très sage soeur Agnès, se recommandent aux tiennes de tout leur coeur. Adieu, très chère fille, adieu à toi et à tes soeurs en attendant le trône de gloire du Très-haut, priez toutes pour nous. Je recommande particulièrement à ta charité nos frères, porteurs de cette lettre, frère Aimé, cher à Dieu et aux hommes, et frère Bonaugure . Amen.
par la famille franciscaine Europe

©Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

" La Trinité est le Coeur de notre coeur "

L'Intériorité est cette brûlure au feu de Dieu.

L'Intériorité et Joie

Sur la route de l'Intériorité la joie jaillit du Coeur de Dieu.Joie de croire, d'espérer, joie d'aimer, d'être aimé.

Sur la route de l'Intériorité la joie brille aux clartés de Dieu. Joie du Transfiguré, joie transfigurante, joie lumineuse, radieuse.

Sur la route de l'Intériorité la joie grandit au feu de l'Esprit. Joie fécondée, joie partagée, joie durable intarissable.

Sur la route de l'Intériorité la joie surabonde aux démesures de Dieu.

Joie du Salut en Jésus, de la Parole vivante, joie du Banquet eucharistique, du Royaume déjà présent. Sur la route de l'Intériorité la joie retentit aux Alliances de Dieu. Joie de filiation au Père, de communion au Fils, d'unité en leur Esprit, joie de la fraternité.

De l'Ascèse.

Alors petit frère, petite soeur, creusons, creusons nos racines en vivant le moment présent,sans quoi nous serons papillonnants comme feuilles au gré du vent. Il est facile de papillonner, par maintes lumières être attiré.

Fixons sans cesse le but, ne le perdons pas de vue.

Plongée silencieuse supposant l'effort, mais le ravissement des profondeurs surpassera infiniment la peine de l'entraînement.

" Un instant, c'est un trésor." " Chaque instant, c'est une éternité de joie pour le ciel."Sainte Thérèse de l'Enfant - Jésus

Si le découragement t'assiège, reconnais son perfide manège.
Obstrue habilement la faille par laquelle il assaille. Oppose-lui l'humilité en louant Dieu dans sa bonté.

Devant Lui rappelle-toi n'être rien, tout Lui devoir, Lui ne doit rien. Apprends du Seigneur l'humilité, la douceur. Donne-Lui ton fardeau pour trouver le repos (Mt 11,28-29)

En respirant profondément prends la croix de ces moments et dans la louange attends l'espérance. Elle ne saurait tarder car le découragement désarmé capitulera, découragé."L'unique bonheur sur la terre, c'est de s'appliquer à toujours trouver délicieuse la part que Jésus nous donne."
Intériorité Silence Moment présent

"Chantez à Dieu de tout votre coeur et avec reconnaissance, des psaumes,des hymnes et des actions de grâces." Col 3,16

La louange naît de la fête intérieure; elle coule comme le lait et le miel,
en ferment de joie et de paix nourri aux fruits de l'Esprit.

La merveilleuse et divine louange introduit aussi à la fête intérieure.
Elle libère nos frontières, abat nos murs, nous recrée au souffle de l'Esprit.

Chantons, jouons pour le Seigneur, louons-Le dans tous ses attributs,

louons-Le pour toutes ses oeuvres dans ce langage du ciel, des anges et des saints." Peuples bénissez notre Dieu, donnez une voix à sa louange.' Ps 66, 8-9
L'Intériorité et Louange

Rendons grâce à Dieu à jamais; tout nous vient de Lui par grâce et par don.

Le quotidien donné en partage contient pour chacun le meilleur et le plus divin
.
Le pain de chaque jour nous est offert par la main maternelle d'un Dieu d'amour. De même chaque événement devient un sacrement de Dieu.

"Rendons grâce au Seigneur de la vie pour tous ses dons. Il a tout fait et tout ce qu'il a fait Il l'a donné. Grâces Lui soient rendues.

" Tiré de Noé, drame de Lanza Del Vasto.(1)Cassette Novalis "Mon nom est écrit dans le ciel".

Attention, si j'ai pas mis les bons liens sous les images
veiller m'envoyer @ pour corriger l'auteur de l'image Merci

L’homme qui marche
©Texte de Christian Bobin, 1995

Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit. Ce qu’on sait de lui, on le tient d’un livre. Avec l’oreille un peu plus fine, nous pourrions nous passer de ce livre et recevoir de ses nouvelles en écoutant le chant des particules de sable, soulevées par ses pieds nus. Rien ne se remet de son passage et son passage n’en finit pas. Ils sont d’abord quatre à écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l’événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille. Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d’avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d’elle-même. Deux mille ans après lui, c’est comme soixante. Il vient de passer et les jardins d’Israël frémissent encore de son passage, comme après une bombe, les ondes brûlantes d’un souffle. Il va tête nue. La mort, le vent, l’injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas. A croire que ce qui le tourmente n’est rien en regard de ce qu’il espère. A croire que la mort n’est guère plus qu’un vent de sable. A croire que vivre est comme il marche... sans fin L’humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous: c’est une des choses que dit cet homme. C’est l’unique chose qu’il cherche à nous faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l’autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance à cette venue. C’est ce qu’il s’épuise à nous dire, l’homme qui marche: ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire. Il va droit à la porte de l’humain. Il attend que cette porte s’ouvre. La porte de l’humain, c’est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un. Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient aux déportés de les regarder dans les yeux sous peine de mort immédiate. Celui dont je n’accueille plus le visage---et pour l’accueillir, il faut que je lave mon propre visage---celui-là, je le vide de son humanité et je m’en vide moi-même. Il est juif par sa mère, juif par son père, éternellement juif par cette façon d’aller partout sans trouver nulle part un abri, merveilleusement juif par son amour enfantin des devinettes---comme l’oiseau qui interroge par son chant et reçoit pour toute réponse une pierre et chante encore, même mort chante, encore, encore, encore, bien après que la pierre qui l’a tué est redevenue friable, poussière, silence, moins que silence, rien, et toujours cette vibration du chant pur dans le rien manifesté du monde.

La mort est économe, la vie est dépensière. Il ne parle que de la vie, avec ses mots à elle: il saisit des morceaux de la terre, les assemble dans sa parole, et c’est le ciel qui apparaît, un ciel avec des arbres qui volent, des agneaux qui dansent et des poissons qui brûlent, un ciel infréquentable, peuplé de prostituées, de fous et de noceurs, d’enfants qui éclatent de rire et de femmes qui ne rentrent plus à la maison, tellement de monde oublié par le monde et fêté là, tout de suite, maintenant, sur la terre autant qu’au ciel. C’est une pesanteur des sociétés marchandes---et toutes les sociétés sont marchandes, toutes ont quelque chose à vendre---que de penser les gens comme des choses, que de distinguer les choses suivant leur rareté, et les hommes suivant leur puissance. Lui, il a ce coeur d’enfant de ne rien savoir des distinctions. Le vertueux et le voyou, le mendiant et le prince, il s’adresse à tous de la même voix limpide, comme s’il n’y avait ni vertueux, ni voyou, ni mendiant, ni prince, mais seulement, à chaque fois, deux vivants face à face, et la parole dans le milieu des deux, qui va, qui vient. Ce qu’il dit est éclairé par des verbes pauvres; prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez. Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas: aimez-moi. Il dit: aimez-vous. Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un côté de l’abîme et nous restons de l’autre. C’et peut-être le seul homme qui ait jamais vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l’amour et de la plainte. C'est un homme qui va de la louange à la désaffection et de la désaffection à la mort, toujours allant, toujours marchant. Il ne fait pas de l’indifférence une vertu. Un jour il crie, un autre jour il pleure. Il traverse tout le registre de l’humain, la grande gamme émotive, si radicalement homme qu’il touche au dieu par les racines. Il est doux et abrupt. Il brise, il brûle et il réconforte. La bonté est