| Contenue
de cette page.
1- Avis sur les quatre premières méditations fondamentales
des Exercices.
Première
méditation fondamentale :
De la grandeur
infinie de Dieu qu’il faut concevoir comme la première
vérité de toutes, afin d’y puiser une profonde
et éminente estime de Sa Majesté, de Sa gloire,
de Son service et de tout ce qu’il Le regarde.
a- Préparation
b- Considération 1 : De la grandeur de l’être
de Dieu.
c- Considération 2 : De l’infinité des perfections
divines, Source des perfections qui se trouvent dans les créatures.
d- Considération 3 : Que Dieu seul est véritablement.
Deuxième
méditation fondamentale :
Du néant de toutes les
créatures : fondement de l’abnégation que
l’on en doit faire, et en laquelle on doit vivre pour
tendre à la perfection.
a- Préparation
b- Considération 1 : D’elle-même et en elle-même,
la créature est véritablement un rien.
c- Considération 2 : La créature n’es ni
aimable, ni digne d’estime.
d- Considération 3 : De notre néant et abjection,
qui est notre seul apanage.
Troisième
méditation fondamentale :
De
la fin pour laquelle notre âme a été crée.
a-
Considération 1 : Toute la noblesse de notre âme
et de notre être consiste à avoir pour fin la gloire
de Dieu.
b- Considération 2 : Dieu a particulièrement et
surnaturellement anobli notre âme, l’ayant ordonnée,
avec les anges, à une fin si haute, que de lui communier
Sa propre gloire en la béatitude éternelle.
c- Considération 3 : Le but auquel nous devons tendre
sans cesse en cette vie est la pureté de l’âme.
Quatrième
méditation fondamentale :
De l’horrible mal du pêché
: pour s’établir en une horreur souveraine de sa
laideur.
a-
Préparation
b- Considération 1 : De l’abomination du péché.
c- Considération 2 : Tous les maux quels qu’ils
soient sont préférable du péché.
d- Considération 3 : La seule occasion, l’ombre
même de péché doit faire peur à l’âme.
Première étape
de l’âme :
Des lumières divines et du début
de la conversion de l’âme.
a-
Préparation
b- Considération 1 : De l’état d’une
âme qui set dans les ténèbres du péché
mortel.
c- Considération 2 : Comment la bonté de Dieu
répand dans lumière en l’âme pécheresse
toute ténébreuse.
d- Considération 3 : Ce que ce rayon divin fait voir
à l’âme quand elle le reçoit comme
il faut.
d- Considération 4 : De la correspondances de l’âme
à la divine lumière.
Méditation accessoire
Les quatre fins dernières de l’homme.
a-
Préparation
b- Considération 1 : De la mort, et de cette vie mortelle
qui y même.
c- Considération 2 : Du jugement général
et universel.
d- Considération 3 : De l’enfer
e- Considération 4 : Des gloires et félicités
du paradis.
Deuxième Étape
:
Des sentiments divins ou de la conversion pleine
et entière d e l’âme.
a- Préparation
b- Considération 1 : De l’étrange faiblesse
du pécheur.
c- Considération 2 : Du doux et suave attouchement divin
sur notre cœur, et de sa force.
d- Considération 3 : Des premiers effets que ce sentiment
divin opère en notre cœur.
e- Considération 4 : De la promptitude avec laquelle
l’âme doit répondre au sentiment divin.
Troisième Étape :
De la première purification qui est le
renoncement au péché de l’amour par lequel
la sainte pénitente Magdeleine délesta ses péchés.
a- Préparation
b- Considération 1 : Du premier effet de l’amour
divin, qui est l’abolition de tout péché.
c- Considération 2 : Du second effet de l’amour
qui est de faire délester le péché plus
que tous les maux.
d- Considération 3 : Du troisième effet de l’amour
de Dieu, qui est de détruire les suites du péché.
e- Considération 4 : Du quatrième effet du saint
amour dans l’âme, qui est de la pousser à
une parfaite pénitence.
Quatrième
Étape :
De la seconde purification qui est l’abnégation
de toutes choses.
Du
détachement parfait de la Magdeleine, ou de l’abnégation
total de l’âme pour réformer tous les désordres
produits dans les affections du cœur par l’amour-propre
(qui est la cicatrice qui demeure en la volonté, même
après la guérison de la blessure que le péché
à faite). C’est la seconde purgation que l’amour
de Dieu opérer en l’âme.
a- Préparation
b- Considération 1 : L’amour de Jésus opère
la divine résolution de se mortifier, et de faire abnégation
de soi en toutes choses jusqu’à mort complète
de l’amour-propre.
c- Considération 2 : L’amour divin opère
l’abnégation de richesse, honneurs et plaisir du
monde.
d- Considération 3 : L’amour de Dieu engendre l’abnégation,
voir le mépris et la haine du corps et de tout ce qui
le regarde.
e- Considération 4 : De l’abnégation de
l’amour-propre. |
| 1-
Avis sur les quatre premières méditations fondamentales
des Exercices.
Toute
la vie spirituelle est fondées et, établie sur
quatre premiers principes, lesquels contiennent quatre premières,
grandes et suprêmes vérités, qui doivent
être imprimées en l’âme qui veut commencer
à bâtir l’édifie spirituel de la perfection.
La première de ces
vérités est l’immensité et l’infinité
de Dieu. La seconde est le néant de toutes les créatures.
La troisième et que Dieu est la fin de toute notre vie.
La quatrième est le néant épouvantable
du péché.
Avant
toutes choses l’âme doit prendre une haute et sublime
pensée de Dieu ; ensuite elle viendra à une profonde
mésestimes de la créature, issue de la de sa nullité,
du néant de son être ; enfin, elle formera en elle
une haine profonde du péché, abominable choisira
comme fin très unique (abandonnant toutes créatures)
l’infinie gloire de Dieu.
Afin que l’âme se pénètre de ces pensées
si importantes, il faut qu’elle s’exerce aux méditations
fondamentales qui lui proposent ces quatre vérités
premières, principes de tous les autres. Elles sont un
peu abstraites, et c’est pourquoi il sera difficile à
l’âme qui commence d’avoir sur elles beaucoup
de lumières de former des discours ou d’avoir des
idées à leur sujet. Elle ne doit pas pourtant
à cause de cela renoncer à commencer par elles
pour fonder et établir en son esprit le divin édifice
de l’amour, mais il suffira, en ce commencement de vie
spirituelle, qu’elle fasse vivement et fermement des actes
de foi, et qu’elle prenne une grande affection à
connaître et à remplir son esprit de ces vérités,
afin qu’il demeure tout convaincue et affermi en la certitudes
de leur extrême importance et fécondité.
La moindre petite lumière et connaissance de foi que
l’âme recueillera par la méditation de ces
vérités, lui donnera semple et très grande
ouverture sur tout ce qui semple le plus difficile en la voie
de Dieu, toute la difficulté qui s’y trouve provient
de ce que l’âme passe sa vie dans une totale obscurité
à l’égard de ces vérités,
ne faisait jamais (quoi qu’elle en ait la foi ou la science),
aucune réflexion sur elles. Il n’y que facilité
et tout ce qui paraît le plus épineux pour peu
d’attention qu’on veuille y donner au commencement. |
Première
méditation fondamentale :
De
la grandeur infinie de Dieu qu’il faut concevoir comme
la première vérité de toutes, afin d’y
puiser une profonde et éminente estime de Sa Majesté,
de Sa gloire, de Son service et de tout ce qu’il Le
regarde.
a- Préparation
Il
faut élever tout son esprit è Dieu, se constituant
en Sa présence, plutôt par une simple acte de
foi que par l’imagination ; L’adorer profondément
de toutes ses puissances, les Lui offrant pour faire oraison,
pour Son seul amour et Sa gloire, sans autre intention que
d’en tirer Son pour amour et de servir Sa volonté
; s’humilier et faire une acte d’abaissement de
toute soi-même, se réputant indigne d’être
reçu en la présence de Dieu, de s’y tenir
et d’y demeurer ; se reconnaître infirme et impuissant
à bien faire oraison sans une assistance particulière,
de la grâce divine, laquelle il faut implorer très
humblement, disant le Veni Cretor. Appuyé sur la confiances
en cette grâce, il faut faire un désaveu ferme
et constant de toute pensée étrangère
au sujet proposer )à moins que l’on ne soit fortement
et pleinement attiré à Dieu par quelque trait
(1) particulier, manière
dont Dieu use peu à l’égard des commençants,
et qu’il faudrait exposer au Directeur après
l’oraison afin de se soumettre à son avis), et,
puis à l’instant tourner la vue de l’Esprit
sur cette grande et haute vérité : qu’en
Dieu seul se trouve la plénitude de l’être.
Référence-1
|
| b-
Considération 1 : De la grandeur de l’être
de Dieu. |
De
la grandeur de l’être de Dieu, Dieu est tout l’être,
essentiellement, naturellement et nécessairement existant
de soi-même par soi-même et pour soi-même.
Il contient en Soi l’être et la perfection de toutes
les créatures et d’une infinité d’autres
qu’Il pourrait produire et qu’IL retient en l’infinité
de Son essence. Il est une plénitude et un abîme
d’être, de perfection et de béatitude, Saint
Paul (/1 Timothée 6,) Le dit seul bienheureux, grand,
puisant, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, ayant seul
un être constant, immuable immortel.
L’incompréhensible
mystère de la très sainte Trinité des
Personnes divines, qui sont un seul Dieu, mystère qui
appartient à la constitution de Dieu, nous montre très
efficacement que Dieu est un Océan d’essence
et d’être, qui porte l’étendue de
son infinité au delà de toutes essences, de
tout être, de toute substance, au delà de la
capacité de tout esprit et de tout, entendement créé.
Partant, il faut adorer cette infinité d’être
en la très sainte Trinité par la foi, l’esprit
suspendu en admiration sur cette grandeur, incapable d’autre
chose que de croire et de confesser son impuissance : bien
aise et joyeux d’être vaincue par la grandeur
de son Dieu, en l’Infinie perfection, béatitude
et plénitude duquel il veut se complaire, bénissant
ce Dieu excellent de ce qu’il est en la plus que très
assurée possession de tout l’être.
Oh ! Que
cette pensée de la grandeur de Dieu est belle, aimable,
et douce ! C’est celle qui occupa notre très
saint et séraphique Père pendant tout une nuit,
au commencement de sa conversion, lui faisant répéter
cent et cent fois : Deus meus et omnia! Mon Dieu et mon tout
! Mon Dieu qui m’est toutes choses !
O âme,
quelles actions de grâces rendras-tu à ton Dieu
de t’avoir donnée et enseigné une si haute
et subi sublime vérité ? Mais ne déploreras-tu
point la misère, père demeurée tant de
temps, jusqu’à présent, vide d’une
conception si importante, et d’avoir vécu sans
Dieu, selon l’expression du divin saint Paul, vivat
comme s’il n’y en eût point eu ? De là
tant de fautes et d’imperfections dont tu t’es
souillée, tant de péchés commis par toi
contre une si admirable Majesté. Hélas ! ayant
mis Dieu, et ton Dieu, en oublie, que te pouvait-il arriver
de bon, et que mal pouvais-tu éviter ?
|
| c-
Considération 2 : De l’infinité des perfections
divines, Source des perfections qui se trouvent dans les créatures. |
Dieu
est la puissance, la sagesse, la bonté essentielle, c’est
lui qui communique à toutes les créatures tout
l’être qu’elles ont. Il est leur auteur, leur
conservateur, leur gouverneur, leur appui, leur soutien ; c’est
Lui qui les retient sans cesse sur le bord et l’abîme
d’où Il les a tirées, afin de les empêcher
de retourner au non-être auquel elles penchent d’elles-mêmes.
Il est l’unique et essentielle beauté et bonté
des anges et des hommes, auxquels, il porte un amour très
pur sincère et fidèle, constant et à l’abri
de tout changement amour plein d’une très exacte
et particulière providence dont les effets s’étendent
à chacun de nous ; amour plein de miséricorde.
Il est infiniment juste contre ceux qui l’offensent. Il
est la justice essentielle.
O mon Dieu, je Vous adore en votre puissance, je Vous admire
ne votre sagesse, et Vous aime uniquement en votre essentielle
beauté et bonté. Je donne et j’offre tout
l’amour de mon cœur à l’essentiel
et fidèle amour que Vous me portez. Je veux et consens
que mon être, dépende entièrement de Vous.
Vous êtes mon appui, puisque Vous êtes existant
inébranlablement, quand ma nature tomber en quelque
défaillance d’être, par infirmité,
ma maladie ou quelque autre misère, je ne dois point
craindre de descendre au désastre du non-être,
puisque je suis appuyé sur Vous et porté par
Vous, êtes immuablement existant et que je suis en Vous.
O mon âme, apprends à ne craindre désormais
que ton Dieu seul, terrible en Sa puissance et Sa justice,
qui peut t’anéantir, ou te faire pâtir
des peines infinies. O grande vérité ! O mon
Dieu, Vous êtes donc notre tout, c’est donc vous
sel que nous devons aimer souverainement, c’est à
Vous Seul qu’est dû tout honneur, respect, Gloire
et louange. C’est Vous seul que chacun de vos créatures
doit glorifier, aimer et servir de toutes ses forces et de
toutes ses puissances. C’est à Vous seul que
nous devons entièrement et absolument nous soumettre,
nous abandonnant amoureusement au soin de votre Providence.
Faites-nous la grâce que cette pensée s’imprime
bien avant en notre esprit.
|
| d-
Considération 3 : Que Dieu seul est véritablement. |
Puisque
Dieu emplit de son être l’être de toues les
créatures, lesquelles ne subsistent , que par Son être
infinie, tout plein et tout parfait, puisqu’Il est leur
beauté, leur bonté et leur perfection, il faut,
à l’égard de chacune d’elles, reconnaître
cette vérité : que Dieu seul est absolument. Et
par conséquent, il ne faut point remplir son esprit de
choses créées, mais de Dieu seul. Il faut remplir
et nourrir son entendement de ce concept, que Dieu seul est,
afin d’acquérir une estime éminente de Dieu
et de Sa grandeur, et de vire désormais en cette estime,
toujours prêt den son intérieur à l’adorer,
Le servir, Lui procure tout gloire, l’Aimer et tendre
à lui comme à notre unique fin.
O mon Dieu et mon tout, qui êtes tout
en Vous-même et en toutes choses, j’adire, abîmé
sous la grandeur de Votre immense Majesté, Votre plénitude,
Votre totalité d’être et de perfection.
Car avant que la terre et tout cet univers fussent formés
par Vos mains toutes-puissantes, Vous étiez préexistant
è touts les siècles, pour être et demeurer
dans Votre éternité pendant le cours de ces
siècles. Les cieux et la terre ont un être fluide
et périssable : Vous seul êtes véritablement,
et constamment. Faites-moi la grâce que cette vérité
demeure tellement empreinte en mon âme que la pensée
n’en soit jamais effacé.
|
| Deuxième
méditation fondamentale :
Du néant de toutes les créatures
: fondement de l’abnégation que l’on en doit
faire,
et en laquelle on doit vivre pour tendre à la perfection.
a- Préparation
|
La
perfection consiste en l’union de notre cœur avec
Dieu, et nous n’y pouvons par venir que par la désunion
et abnégation de toutes les créatures et de nous-mêmes.
Cette abnégation et désunion n’est point
fâcheuse ni désagréable, si nous considérons
que par elle nous allons nous approchant de Dieu, et notre unique
but, par le chemin que Lui-même, qui est notre unique
Maître, Docteur et Exemplaire, nous a enseignée.
Celui,
dit-il, qui veut venir après Moi, qu’il se renonce,
et s’enfuie de soi-même et de toutes les créatures
(qu’il aime par affection déréglée,
en elles-mêmes et pour elles-mêmes) et, qu’il
Me suive.
Il renferme
en deux points le chemin de la perfection :
1- Se renoncer, se fuir, faire abnégation de soi-même
et de toutes les créatures
2- Le suivre par le chemin des vertus.
Préparation
:
Les mêmes
actes qu’en la précédente méditation
; puis tourner la vue de l’esprit, sur cette vérité
: que les créatures ne sont rien. Vérité
qu’il faut entendre par la foi, vérité
divine et révélée de Dieu, qu’il
est très important de connaître, et dont il n’est
nécessaire d’avoir une vive pensée. Il
faut donc enflammer son affection du désir de la comprendre,
soumettre son entendement à la lumière divine,
et demander humblement cette connaissance à Dieu.
Le Royal
Prophète, inspiré de l’Esprit de Dieu,
confesse devant la divine majesté qu’il est comme
un rien, Dieu nous enseigne, par son prophète Isaïe,
que tous les peuples les pompes et grandeurs de la terre ne
sont rien.
|
| b-
Considération 1 : D’elle-même et en elle-même,
la créature est véritablement un rien. |
Le
nom de la créature est : Je ne suis pas ; car d’elle-même
elle n’est rien, ne tend à rien, n’est proche
que du rien, tout entière environnée de néant,
sujette à une infinité de défauts et de
néants. Partant, elle n’est point bonne ni aimable
d’elle-même, et est tout à fait impropre
à être aimée. Elle n’a en elle-même
aucune excellence ni grandeur qui la puisse rendre estimable
ni la faire priser pour elle-même.
La créature
ne peut ni rassasier nos désirs, ni emplir notre esprit,
ni combler nos nécessités, ni nous relever de
nos misères, ni nous secourir dans les diverses vicissitudes
de cette vie ; c’est Dieu seul qui le fait par elle,
et c’est par elle que Dieu veut que nous allions à
Lui. Toutes les créatures et le monde qui les porte
ne sont qu’une échelle qu’Il a tendue à
notre faiblesse, pour nous permettre de monter à Lui.
C’est par l’intermédiaire des créatures
que nous devons apprendre à Lui obéir, à
Le servir, à l’Honorer et à L’aimer.
Celui qui s’attache par affection à quelque créature
que ce soit, s’arrête à son Dieu qu’Il
doit uniquement aimer et servir. C’est à Dieu
seul qu’il se faut arrêter, car c’est à
lui seul qu’est dû tout honneur, toute gloire,
toute servie et amour. C’est à Lui seul que nous
devons donner toute notre vie et notre activité, n’usant
des créatures qu’autant qu’IL veut, ne
les aimant qu’en Lui et pour Lui, puisqu’en elles-mêmes
elles ne sont pas dignes de notre amour, lequel doit être
tout entier donné à Lui et consacré à
son infinie Bonté. (1)
Référence
-2
|
c-
Considération 2 : La créature n’es ni aimable,
ni digne d’estime. |
Les
créatures en elles-mêmes et d‘elles-mêmes
ne sont rien, elles doivent donc nous être des riens,
des quels nous soyons tout à fait vides, quant à
l’affection.
Car pourquoi
les aimerions-nous en elles-mêmes, si elles n’ont
point en elles de bonté (2)
pour être aimées ? Pourquoi les estimerions-nous,
puisqu’elles n’ont ni grandeur, ni excellence,
ni gloire ? Pourquoi dépendrions-nous d’elles,
puisqu’elles ne peuvent ajouter ni retrancher un seul
cheveu de notre tête ?
Cette
vérité doit être empreinte bien avant
dans notre âme, pour la dépouiller de toutes
l’estime qu’elle a faite jusqu’à
présente des créatures en elles-mêmes,
et de toute l’opinion qu’elle a eu de leur bonté,
beauté ou grandeur apparentes, toutes choses qui ne
sont que superficielles, et non pas véritablement ce
qu’elles paraissent. Car quoiqu’en l’étendue
de toute ce grand univers il y a un si grand nombre de créatures
qui paraissent admirablement belles, merveilleusement bonnes
et utiles et grandement agréables et charmantes, nous
nous trompons toutefois si nous les séparons de leur
Auteur, si nous les considérons ou aimons hors de la
dépendance de Son être infinie, de Ses perfections,
de Sa toute-puissance et de Sa volonté, par lesquelles
elles sont et ont tout cela, et non pas autrement.
C’est
pourquoi, lorsqu’on considère l’univers,
ou quelque créature contenue en lui, par rapport à
son auteur, l’on voit éclater en l’être
de cette créature la Toute-puissance, en son ordre
l’infinie, Sagesse, en sa vertu de se communiquer aux
autres, la toute Bonté de son Créateur. Sans
ce rapport avec Celui qui l’a faite, elle n’est
qu’un masque d’être, et sa réalité
n’est qu’une vaine apparence. Elle n’est
qu’une ombre de bonté, de beauté et d’utilité,
car la considérer en dehors de ce rapport, c’est
en quelque sorte la retrancher de l’être qu’elle
aperçu de son Auteur, et hors duquel elle n’est
rien. Et c’est tout ce que chaque créature, tacitement
nous dit elle-même par les paroles du Royale Prophète
: C’est Lui qui nous a faites, et non pas nous-mêmes.
O hommes, notre bonté, notre beauté, notre utilité
sont de Lui et à Lui seul, car de nous-mêmes
nous ne sommes rien.
Cette
vérité doit être profondément gravée
dans l’âme, et elle y doit sans cesse revenir
si elle veut vivre dans l’abnégation et le mépris
de toute l’estime que sa volonté dépravée
lui veut faire concevoir des créatures.
Référence
-3 |
| d-
Considération 3 : De notre néant et abjection,
qui est notre seul apanage. |
Il
faut que nous-mêmes, qui sommes du nombre des créatures,
et, même parmi les plus infirmes d’entre elles,
nous soyons bien convaincus de notre néant. Car que sommes-nous,
puisque de rien nous avons été créés
? Puisque nous penchons et tirions continuellement au néant,
Dieu nous supportant et retenant sans cesse pour que nous ne
retombions pont dans l’abîme du non-être ?
N’avons-pas point une très grande expérience
de notre indigence, faiblesse, infirmité, abjection,
nous qui sommes perpétuellement en nécessité
de toutes choses, tout chargés de désirs et de
besoins ? Considérons qu’en regard de l’ensemble
des vivants, des anges, des saints et de Dieu, nous sommes beaucoup
moins qu’une goutte d’eau, qu’un grain de
sable et de poussière, et quelque sorte de perfection
naturelle et surnaturelle, que nous voudrons nous considérer.
Songeons qu’il y a quelque temps, nous n’étions
rien, que de toute éternité nous n’avions
jamais été, et que nous ne serions encore absolument
rien si Dieu, par Sa bonté, ne nous eût donné
l’être. Pensons que le monde a existé pendant,
plusieurs milliers d’années avant que nous ne
fussions, et que, tandis que nous étions ainsi dans
l’’abîme du rien, personne ne pensait à
nous, ni aucun n’avait de désir que nous fussions
au monde. Toutes les affaires se faisaient aussi bien que
maintenant que nous sommes au monde, et se feraient encore
aussi bien si nous n’y étions pas ; le cours
des créatures du monde et de toutes choses allait aussi
bien, voire peut-être mieux, car par nos péchés
nous troublons l’ordre de l’univers, et nous n’y
sommes point utiles, n’y portant aucun fruit, parc que
nous vivons tout attachés à nous-mêmes
et ainsi nous sommes semblables, au milieu du champ du monde,
à l’arbre sec qui mérite d’être
arrachée et jeté au feu.
Cette
vérité doit demeurer bien fortement empreinte
en nous, nous la devons bien considérer, bien peser,
puis il nous faut sans cesse revenir à cette évidence
de notre misère et de l’abjection de notre origine
: non, noue ne provenons point de quelque haut lieu, et nous
n’avons point été tiré de quelque
excellent matière, mais simplement du pour rien. Il
nous faut, dis-je, fixer cette vérité profondément
en notre esprit si nous voulons vivre détachés
de nous-mêmes et dans le renoncement parait à
toutes les propriétés et satisfactions propres,
comme telles ; c’est elle qui nous fera demeurer en
nous-mêmes plus humbles et plus bas que la terre et
que la poussière même ( car nous n’avons
point de nous-mêmes autant d’être que la
terre et la vie poussière en a reçu de son Dieu
), et abandonner tout le soin que nous prenons de nous-mêmes
avec tant de sollicitude et d’empressement, pour nous
laisser tout entiers à Dieu, duquel notre être
est dérivé, et auquel il appartient.
|
Troisième
méditation fondamentale :
De la fin pour laquelle notre âme a été
crée.
Mêmes
actes qu’aux précédentes médiations
; puis tourner la vue de l’esprit, sur cette vérité
: que nous sommes à Dieu et pour Dieu, qu’IL
est notre fin à laquelle nous devons tendre avec autant
de continuité et de vitesse que les fleuves et les
torrents courant à la mer. Cette vérité
est divine et surnaturelle, enseignée de Dieu comme
très nécessaire, et d’une connaissance
très importante.
|
a-
Considération 1 : Toute la noblesse de notre âme
et de notre être consiste à avoir pour fin la gloire
de Dieu. |
Puisque
l’ouvrage, dit le divin saint Paul, est pour la gloire
de l’ouvrier, et que nous sommes l’ouvrage des mains
de Dieu, il faut que notre dernière fin soit la gloire
de Dieu, au service duquel il faut que nous rapportions tout
notre être, notre vie, nos actions et nos mouvements.
Combien nobles cette fin qui nous retire de notre bassesse et
de l’abjection de notre être, nous nous élever
à un aussi haut office, que celui de glorifier Dieu,
de L’aimer et de Le servir !
Dieu a
eu de toute éternité la volonté de nous
donner l’être que nous avons, non pas qu’IL
fût obligé de le faire, ou qu’IL ne se
pût passer de nous, ni être aussi bienheureux,
aussi pleinement suffisant en Lui-même sans nous créer
qu’en nous tirant du néant, mais parce qu’Il
est bon. Oui, c’est par pure bonté que Dieu nous
a donné l’être que nous avons, afin que
nous puissions Le servir, Le glorifier, et L’aimer,
et par ce service, cette gloire et cet amour, tendre à
Lui comme à notre origine première et trouver
en Lui notre béatitude.
Notre
âme n’à point d’autre noblesse que
celle qu’elle puise en cette fin, à la quelle,
avec les anges, elle st particulièrement ordonnée.
Car bien que Dieu ait fait toutes les créatures pour
Sa grandeur et la splendeur de Sa gloire, comme dit le sage,
toutefois, il a fait notre âme pour en être glorifié,
une manière absolument singulière, et pour l’associer
elle-même à cette gloire, afin qu’elle
soit glorifiée de la gloire même dont elle glorifié
son Créateur. C’est la raison pour laquelle Il
lui a donné plus de facultés, de puissances,
des races et de perfections ( les anges exceptés) qu’à
toute autre créature sortie de Ses mains : Il en voulait
recevoir plus de gloire. C’est la même raison
qui a incliné toute la sainte Trinité non seulement
à notre me. Son image et Sa ressemblance, afin que
l’âme représentât en toute son être,
son pouvoir et son action, la gloire infinie et l’excellence
très grande d’une si immense Majesté.
Le Père a buriné son image dans la mémoire,
le Fils. Sa ressemblance dans l’entendement, et le Saint-Esprit,
l’expression de Son amour dans la volonté.
O mon
âme, considère que tu as été créée
par ton Dieu, non pour être une pierre, ou un arbre,
ou un serpent, ou quelque autre animal ou créature
sans intelligence, mais pour Le connaître et pour l’aimer.
Et pourtant, de quelle manière as-tu vécu jusqu’
à présent ? Hélas ! Comme une bête
! Toi, créée à la même fin que
les anges, pour rendre gloire à ton Dieu sur la terre,
comme ils la Lui rendirent, dès le premier instant,
de leur création dans le ciel, selon que ton Dieu en
témoigne dans Job, tu as vécu comme une bête,
sans considération de cette fin si parfaite et si noble.
O mon
Dieu, qu’ai-je fait ? A quoi ai-je employé tout
le temps que Vous m’aviez donné paru Vous servir
? Comment ai-je perdu toues mes actions, ne les ayant point
ordonnées à Votre gloire ? Non, je ne suis point
demeuré fixé à cette considération
salutaire : qu‘est pour Vous que je suis crée.
Malheur à moi qui ai méprisé une fin
si admirable, pour faire la plupart de mes actions sans autre
intention que moi-même, mes propres intérêts
e mon propre contentement. Oh ! Malheureux, qu’ai-je
ait, d’avoir dérobé à mon Dieu
Sa gloire ? je me suis fait de moi-même et de la créature
(qui n’est rien que puanteur et ignominie pour moi,
quand je l’aime pour elle seule) ma fin suprême,
la préférant à mon Dieu, ne l’ordonnant
point à Lui, sans lequel et hors duquel elle n’est
rien.
O mon
âme, tu t’es rendu pire que les choses inanimées
et insensibles, les quelles servent toutes à cette
gloire de ton Dieu, tandis que toi, au contraire, tu as blasphémé
ton Dieu par tes péchés.
O mon
Dieu, faites-moi la grâce d’avoir toujours, désormais,
cette fin toute divine (pour laquelle Il Vous a plus de me
créer ) devant les yeux et d’y ordonner toutes
mes actions et intentions.
|
b-
Considération 2 : Dieu a particulièrement et surnaturellement
anobli notre âme, l’ayant ordonnée, avec
les anges, à une fin si haute, que de lui communier Sa
propre gloire en la béatitude éternelle. |
| La
gloire de Dieu pour la quelle nous sommes créés
resplendit principalement dans les bienheureux, que notre Seigneur,
par Son infinie bonté, remplit et rassasie de Sa divinité
et de la plénitude de tous les biens, de même que
les anges.
Dieu
a créée nos âmes, non comme le reste des
créatures inférieures pour en retirer une gloire
ignorante d’elle-même, mais pour leur communiquer
le moyen et la capacité de Le glorifier et de Lui rendre
honneur et service par un propos délibéré,
rapportant elles-mêmes, par la connaissance qu’elles
en auraient et par le mouvement de leur volonté libre,
leur être à cette fin très noble : la gloire
de Dieu. Il les a aussi ordonnées, elles seulement avec
les anges, pour être bienheureuses et Le glorifier éternellement
dans leur béatitude : de manière que la félicité
état éternelle (qui est comme un très claire
miroir de la gloire de Dieu) en laquelle Dieu est très
parfaitement, glorifié par les bienheureux, est la fin
de notre âme, selon que nous l’affirme le divin
apôtre saint Paul.
O fin toute sublime, comme de toutes vraies richesses, sujets
unique de toutes sortes contentements, que ne nous vais ai-je
plutôt connue, pour travailler à vous acquérir
et me bien garder de vous perdre ! Ou bien, vous connaissant,
pourquoi ma pensée ne s’est-elle point occupée
exclusivement de vous, l’unique objet tous les bons désirs
? Pourquoi ne vous ai-je point toujours eue devant les yeux,
pour courir en toutes mes actions après vous ?
Considère, ô mon âme, que c’est pour
nous faire parvenir è cette glorieuse félicité
que Dieu nous a appelés, en cette vie, à la participation
de Sa grâce, qu’IL a envoyé Son cher Fils
dans la chair humaine, l’associant à nous pour
nous associer à Lui. Songe que c’est pour nous
recouvrer cette gloire que notre doux Seigneur est mort, que
c’est pour nous rendre participants un jour qu’Il
nous a fait chrétiens par Sa seule grâce, pour
cela qu’Il a fondé son Église, nous en faisant
les membres, qu’IL a institué Ses sacrements comme
autant de fontaines où nous pourrions boire les eaux
de la vie éternelle. C’est pour nous faire parvenir
à cette même fin de Sa gloire et de notre béatitude
glorieuse, qu’ll nous a assigné un ange gardien
qui nous conduise en toutes nos voies, qu’IL nous a donné
tant de saints pour patrons, et une infinité d’autres
aides, tant au milieu du monde que dans la vie religieuse.
O mon Dieu, que de grâces ! Quel nombre immense de bienfaits
! Quand les pourrai-je reconnaître ? Mais, ô malheureux
que je suis, j’avais tenue toutes ces merveilles en oubli
jusqu’à maintenant. O juste Juge, ne me ferez-Vous
point rendre compte de tant de talents, reçus de Vous
pour acheter votre gloire ? Je suis fermement résolut
désormais à les faire valoir, et à les
employer pour acquérir la béatitude éternelle.
Dès à présent je Vous rends et veux Vous
rendre d’infinies actions de grâces, ô mon
Dieu si riche en miséricorde, de m’avoir ordonnée
à la même fin ineffable, que celle pour laquelle
Vous avez créée les ans, de m’avoir préparé
en Votre gloire tant de félicité et d’allégresses.
Faites-moi la grâce, ô Dieu très bon, que
je conforme tellement ma vie à Vos saints commandements
et aux obligations de mon état, que je puisse parvenir
très sûrement à cette fin tant heureuse. |
c-
Considération 3 : Le but auquel nous devons tendre sans
cesse en cette vie est la pureté de l’âme. |
Il faut
considérer que la félicité susdite qui
est la fin de nos âmes leur est donnée après
la mort, comme la récompense de nos services et de
nos bonnes œuvres. Nous devons y tendre par les travaux
de cette vie, si nous voulons l’obtenir.
La vie
présente a pour but la purification de l’entière
sanctification de l’âme (comme dit saint Paul),
sans laquelle il est impossible que nous parvenions à
la gloire, cette pureté, cette sainteté est
la fin de la profession chrétienne.
O Dieu
plein de miséricorde, Vous m’avez fait la grâce
de naître de parents chrétiens, de recevoir le
baptême et d’être membre de Votre sainte
Église. Votre amour, par une grâce singulière,
m’a séparé des païens, des juifs,
des infidèles et des hérétiques pour
me placer sans le refuge assuré de Votre Église
bien-aimée, conduisez-moi donc à la pureté
et à la sainteté, puisque tous les chrétiens
sont appelés à être saints, comme l’affirme
Votre très grand apôtre.
Mais c’est
la vie religieuse, ô mon souverain Maître, que
Vous avez particulièrement institué et planté
au milieu de Votre Église comme une école d’entière
et universelle purification pour les âmes (1)
C’est
la toute gratuite et débonnaire miséricorde
Dieu qui appelle à la vie religieuse ceux qu’il
Lui plaît, les retirant de la lie du monde, pour les
replanter dans le jardin de la parfaite pureté. Nous
étions tous engouffrés dans la vanité
du monde, le démon nous avait déjà dévorés
en espérances, nous étions environnés
d’une infinité de lacets et de dangers, le péché
avait déjà submergé notre âme et
nous étions semblables à des naufragées,
lorsque Dieu (et non quelque prince ou quelque ange) étendit
la main pour nous tirer, par une vocation spéciale
et ineffable, des griffes du péché à
la bienheureuse vie de religion.
Nous
étions vils pécheurs. Ses ennemis, comme tant
d’autres mondains, voire plus qu’une infinité
d’autres, lorsque Sa pure grâce vint me tirer
de mon aveuglement (ô excellente, singulière
et grande miséricorde !) et qu’il m’appela
à Lui de préférence à un grand
nombre et ceux de ma compagnie et de ma connaissance, qui
étaient cent fois meilleurs que moi.
Ma pour
quelle fin, ô très cher et libéral Bienfaiteur,
m’avez-Vous fait une grâce si magnifique ? Serait-ce
afin que je vécusse en cette sainte compagnie pour
satisfaire mes propres désirs et affections, et pour
vivre en toute liberté ? Mais quoi, faudra-t-il donc
qu’ayant quitté le monde, il me regagne encore,
et me perdre plus désastreusement ce que si je ne l’eusse
jamais quittée ? Me souillerais-je dans les affections
de vanité, de sensualité, d’ambition et
d’orgueil, qui m’avaient tant noirci dans le monde,
et des quelles j’avais lavé mon âme en
entrant dans la vie religieuses ? Ayant été
appelé particulièrement à la religion,
faudra-t-il, que j’y vivre comme un mondains ? Mais
sera-ce assez, ô mon Dieu, de me garder, comme les bons
mondains des plus grands péchés, par crainte
de la damnation ?
De quoi
me servirait-il onc d’avoir une vocation toute sainte,
et de faire profession de sainteté ?
Regarde,
ô mon âme, tu n’est point venue en religion
pour satisfaire tes propres volontés et accomplir tes
désirs : ce serait être religieux d’habit
et non d’esprit. Considère que ce n’est
point assez d’avoir été appelé
à la vie religieuse et d’en porter l’habit
; non, non, que cela seul ne te rassure point, car il y a
beaucoup d’appelé, dit le souverain Maître,
mais peu d’élus. Qui veut être au nombre
des élus de la religion, comme il s’est trouvé
parmi les appelés, celui-là
doit vivre selon les règles de sa religion ; qu’il
imite les saints en perfection et les anges en pureté,
car c’est là la fin pour laquelle Dieu nous a
appelés et nous a faits religieux.
O mon
Dieu, combien ne suis-je point obligé à la pureté
et à la sainteté de vie ? J’y suis obligé
comme homme, comme chrétien, et comme religieux, poussé
et pressé par les innombrables prévenances de
Votre suave miséricorde.
Si donc
ô mon âme, le but auquel tu dois viser en toute
ta vie est la pureté que tu dois acquérir par
le continuel exercice de la mortification de la charité,
comment vis-tu parmi les plaisirs et les contentements du
monde, lâchant la bride toute large à tes appétits
? Considère qu’ayant si longtemps cheminé
parmi les ordures de tant d’imperfections et de péchés,
tu t’es bien souillée, résous-toi donc
au plutôt à te purifier, puisque rien de souillé
ne pénètre dans le ciel.
O pureté,
c’est vous qui êtes la robe blanche avec laquelle
nous entrons au ciel, pour y suivre l’Agneau immaculé
dans les sentiers de Sa gloire. Oh ! Que vous êtes belle
et lumineuse ! Et que mon doux Sauveur Jésus-Christ,
qui vous a le premier revêtues, et, qui en a embelli
Sa sainte Mère, vous a rendue admirable et honorable
! Les anges se glorifient de vous comme du plus riche et du
plus précieux ornement qu’ils possèdent.
C’est par vos que nous leur sommes fait semblables.
O mon
doux Sauveur, Roi des anges, et Auteur de toute la pureté
qui est en eux et en toutes les âmes, qui êtes
le miroir sans tache du Père, faites-moi la grâce
de former en moi la résolution efficace de sortir de
mes souillures et de tendre de toutes mes forces à
la pureté angélique que Vous désirez
de moi.
Références
-4
|
Quatrième
méditation fondamentale :
De l’horrible mal du pêché : pour s’établir
en une horreur souveraine de sa laideur.
|
a-
Préparation
Les
mêmes actes que ci-dessus. Et porter son esprit sur la
vue de cette vérité : que le péché
est un mal souverain |
b-
Considération 1 : De l’abomination du péché.
|
Le
péché est un souverain rien, opposé à
Dieu, à Sa bonté, à Sa volonté ;
un rien, détruisant et anéantissant la sainte
volonté de Dieu et nous ; une laideur, une turpitude
horribles, effaçant toute les beautés de la divine
Sagesse en nous ; une furie enragée et félonne,
qui chasse Dieu de Son palais et de Son trône qu’est
notre âme une faiblesse, une infirmité souveraine,
et néanmoins volontaire, qui contrecarre et combat la
toute-puissance de Dieu par laquelle Il se soumet toutes choses.
C’est un rien qui anéantit l’âme,
non seulement selon l’être et l’ordre de
la grâce et des vertus infuses mais même selon
l’ordre de la nature, l’anéantissant (moralement
parlant) et la réduisant à un pour rien en la
détournant de Dieu, de sa création et de sa
conversion.
Le péché
offense Dieu, non seulement en tant qu’Auteur de la
grâce et du salut, mais encore en tant qu’auteur
de la nature, car il sépare l’âme de Celui
qui est son principe, et isolée duquel elle n’est
plus que néant. Le pêché est destructeur
de Dieu en ce qu’il est destructeur de l’être,
et destructeur du souverain bien de l’âme qui
est d’être unie à Dieu. C’est pourquoi
l’âme pécheresse (et nous-mêmes qui
avons péché) doit être estimée
plus vile, plus abjecte, plus semblable au néant que
la poussière et la boue, que les choses les plus abominables
et les plus méprisés du monde.
|
c-
Considération 2 : Tous les maux quels qu’ils soient
sont préférable du péché. |
Tous
les maux imaginables privations, pertes, tourments, confusions,
hontes, horreurs, maux temporels et éternel, doivent
être préférés au moindre péché.
Il faudrait mieux laisser se consommer la ruine du monde, dit
saint Augustin, que de commettre le moindre péché
qui soit.
C’est
pourquoi il faudrait volontiers passer par les flammes éternelle
pour l’éviter ; et quand on se trouve dans l’État
de péché, il faut être disposé
à ne rein omettre qui puise être nécessaire
pour en sorti, fallût-il perdre tous ses biens, son
honneur, sa réputation, et sa vie même.
|
d-
Considération 3 : La seule occasion, l’ombre même
de péché doit faire peur à l’âme. |
| Cette
vérité de l’horrible et abominable néant
du péché, qui nous séparer de notre Dieu,
notre Tout, doit être très vivement empreinte dans
notre esprit ; elle doit nous faire vivre dans la répulsion,
la haine et la détestation continuelle du péché,
dans la fuite rigoureuse de tous les occasions que nous pourrions
avoir de le commettre, en l’abnégation ferme, actuelle
et constante de toute ce qui pourrait, ou médiatement,
ou immédiatement, nous prédisposer à la
chute.
Le
seul nom du péché doit nous faire trembler, tant
doit être vivre la conception qu’il nous en faut
avoir. Le Péché véniel dispose au péché
mortel ; il faut donc combattre en nous, non seulement les péchés
graves, mais encore les moindres fautes, et même jusqu’aux
moindre mouvements de la nature et de l’amour-propre,
qui peuvent tant si peu incliner l’âme au péché.
Avis
pour les méditations suivantes |
| Après
ces quatre méditations fondamentales sur les premières
et générales vérités de toute
la vie spirituelle, suivent celles qui traitent des premières
Étapes de l’âme dans la vie spirituelle
: elles vont l’éclairer sur les vérités
particulières de la vie intérieure, et la
conduire de degré en degré, par la voie de
l’amour de Dieu fondé sur l’abnégation
de soi-même, à la vie illuminative, qui elle-même
l’acheminera vers les souverain et dernier sommet
de l’amour d’union, et lequel consiste la perfection
chrétienne.
Ces progrès et démarche en la voie de l’amour
nous sont très expressément représentés
en la conversion, les progrès, et la perfection
de saint Magdeleine. C’est pourquoi elle doit nous
servir de guide, afin que, dans la course de la vie spirituelle,
vie de l’amour de Dieu, nous ayons devant les yeux
un exemple que nous puisions aisément suivre, et
sur lequel nous apprendrons plus brièvement tous
les mouvements de la vie intérieure pour nous y
conformer. |
|
| Première
étape de l’âme :
Des lumières divines et du début de la conversion
de l’âme.
a-
Préparation
|
Les
mêmes actes qu’aux précédentes méditations.
Puis tourner le regard de l’esprit vers le premier rayon
que le Soleil de justice darde sur une âme pécheresse
dont Il veut commencer la conversion.
Ce rayon
est un effet de Sa miséricorde et de Son amour. C’est
une vérité bien douce autant que très
certaine, et qui appartient à la foi, que Dieu commence
la conversion des âmes par les lumières qu’Il
leur communique.
O mon Dieu, je crois cette vérité, et je soumets
mon esprit à Votre lumière pour en avoir l’intelligence
et me disposer par elle à me retirer de mes péchés,
me convertissant à Vous. Faites-moi donc la grâce
de la bien comprendre.
|
b-
Considération 1 : De l’état d’une
âme qui set dans les ténèbres du péché
mortel. |
C’est
une charogne corrompue, dit le Roi-Prophète ; et qui
se corrompt encore de jour en jour, dit le divin Apôtre,
par les vains désirs du monde menteur qu’elle entretient
en elle. Elle est puante et rendue abominable, véritablement
morte, ennemie jurée de Dieu, sujette à toutes
les rigueurs de Sa vengeance, car elle a détruit en soi
Sa toute-puissance, flagellé Sa bonté, méprisé
si dédaigneusement Son amour jusqu’à n’en
tenir aucun compte. C’est une épouse adultère,
qui a rompue et violé la fidélité qu’elle
devait à son Dieu-Époux et qu’elle lui ait
promise au baptême. C’est un sujet qui s’est
rebellé contre son Prince. C’est un fils qui a
tâché de tuer son père. C’est un home
furieux qui a blessé et tué, autant qu’il
en était capable. Celui-là même qui le tenait
envie et fortifiait sa main.
O Cieux, dit le Seigneur par la bouche de
Son prophète, considérez ce qu’a fait
l’âme ! Elle m’a abandonné, elle
m’a frappé du pied, chassé de mon royaume
et fait tomber de mon trône. Oh ! Qu’est devenue
ce beau Palais royal destiné et ordonné à
être le temple du Roy éternel ! Il est devenu
la caverne et l’antre des vices et des mauvais désirs,
larrons de l’amour et de la gloire de Dieu. L’habitation
sainte est convertie en un repaire de bêtes sauvages
tout rempli de serpents et de crapauds. C’est la demeure
des démons, lesquels, par le péché, se
rendre maîtres de l’âme (ni plus ni moins
que par possession ils prennent droit sur le corps) pour lui
imprime tous les mouvements qu’ils veulent.
O pauvre pécheresse Magdeleine, ton
âme est asservie, dit l’Évangéliste,
à sept furies enragées.
L’âme pécheresse, étant
faite ennemie de Dieu, est abominables aux anges et à
toutes les créatures, qui sont prêtes à
venger sur elle l’injure faite à leur Créateur.
La terrible chute de Lucifer est des autres apostats nous
montre assez l’extrême malheur où tombe
le pécheur qui se sépare de Dieu : du plus haut
sommet du ciel de la grâce, de la dignité d’enfant
de Dieu et d’ange de lumières, il s’écroule
dans l’Abîme de toute ignominie et de toute confusion
! Les innombrables misères d’Adam et de la nature
humaine qu’il nous a transmises, nous expriment bien
vivement le malheureux était du pécheur.
Le péché,
hélas, comme un torrent de feu, a ravagé, ravage
et dévore encore tous les jours la justice originelle,
toute l’innocence de l‘âme, toute la grâce,
toutes les vertus infuses qui l’accompagnent, altère
et blesse toutes les puissances et les facultés naturelles,
ruine le corps et le livre en proie à une infinité
de maladies et de douleurs.
Voyez-vous
l’enfant prodigue ? Il est devenu tout misérable,
puant et pourri entre les pourceaux, abandonné de tous.
Il meurt de faim, dit L’Écriture, et toutefois
il ne se trouve créature quelconque qui lui veuille
donner à manger, car il est entre les mains et en la
possession d’y tyran qui est le diable lui-même.
O misérable
et piteux état de l’âme pécheresse,
possédée du démon, délaissée
des anges, abandonnée aux ignobles pourceaux de ses
mauvais désirs ! Le plus grand mal de tous, c’est
qu’elle est tout environnée et replie de ténèbres,
marchant au milieu d’une nuit profonde. La lumière,
même naturelle, des ses yeux ne lui sert plus de rien
(selon que s’en plaint le royal prophète) car
sa raison est devenue toute ténébreuse et obscure,
de manière que de sa faute lui échappe. Les
ténèbres qui l’environnement, sont si
épaisse, que même la lumière divine ne
parvient plus à se faire jour en elle.
O Père
des lumières, s’il Vous plaît-il, tirez-nous
de ces ténèbres !
De l’éclat
déplorable d’un religieux qui vit dans l’imperfection
et le dégoût des choses spirituelles.
Les religieux
sont très misérables, qui abandonnent le soin
et le culte de leur vie intérieure, Ils ont de trois
sortes :
1- Les uns vivent hors de la discipline régulière,
sans règles, et la liberté des enfants du siècle.
2- Les autres observent leur s règles par coutume et
habitude, parce qu’on vit ainsi dans la religion en
laquelle ils sont.
3- Les troisièmes sont bien rigides observateurs de
toutes les ordonnances et coutumes, qu’ils respectent
dans l’intention de servir Dieu par elle, mais ils abandonnent
tout le soin de leur intérieur, ne faisant aucun cas
des choses spirituelles, vivant dans le péché
véniel et l’imperfection comme les poissons dans
la mer, gouvernés, conduis et agités par leurs
propres désirs, jugements, intérêts et
volontés. S’ils obéissent c’est
pour se maintenir en l‘observance extérieur et
de l’obédience ; s’ils se gardent des péchés
mortels, c’est par une crainte servile, nourrie par
l’amour-propre, sans que jamais, ou bine rarement, l’amour
de Dieu entre dans leur cœur impur pour chasser cette
crainte.
Ces religieux sont
dans un très déplorable état. Ce sont
des ombres de piété, qui n’ont du religieux
que la figure sans en avoir ni l’âme ni l’Esprit.
Ils sont endurcis le plus souvent dans leur misère
par la fréquentation des sacrements qui ne leur servent
de rien pour l’ordinaire, leur intérieur n’étant
presque jamais bien disposé pour recevoir les effets.
Cet intérieur est tout souillé, et comme ils
n’y entrent presque point, il demeure toujours fermé
aux grâces divines. Ils se rendent incapables de recevoir
ces grâces, étant élongées de cette
intimité que Dieu a avec les bons religieux, de là
vient qu’ils prennent en dégoût la pensée
des choses spirituelles. Vient-on à la leur proposer,
ils repoussent et rejettent ces aliments si doux à
l’âme et en quelques manières aux sens
eux-mêmes : le goût de leur esprit est perverti,
par cette union d’un intérieure corrompu à
un extérieur religieux. Et en cet état ils sont
en aussi grand danger de se damner que les mondains mauvais.
Ils sont tièdes, et Dieu les vomira.
Peur
leur état misérables ils sont en tout temps
disposé au péché mortel. S’ils
ne le commentent pas, c’est faute d’occasion ou
pour quelque raison ou criante extérieure, plutôt
que pour l’amour de Dieu. Plein d’amour-propre
et d’attaches, avec le dérèglement de
l’appétit intérieur, ils ont en eux le
principe du péché mortel et sont sur la pente
de l’abîme, prêt à tomber. Ils font
leurs examens de conscience par manière d’acquit
et ne se dépouillent pas de leurs passions. Et il est
à craindre que déjà ils soient enveloppés
dans le péché mortel et reçoivent en
cet état les sacrements, sans même y prendre
garde.
Les religieux
plongés en les épaisses ténèbres
des péchés véniels, passions et impuretés,
et peut-être dans des péchés mortels cachés,
ont autant besoin d’une conversion nouvelle que les
pécheurs du monde. Ils sont aveugles et n’y voient
goutte. C’est pourquoi il est grandement nécessaire
que le Soleil de justice darde sur eux un de Ses rayons afin
de les convertir, comme Il fit sur Magdeleine.
O Mon
Dieu, que voilà un triste et lamentable état
! Je crois, je tremble, ô juste Juge des mauvais religieux,
quand je me considère en mes misères, négligences
et tiédeurs à Votre service ! O misérable
que je suis, d’avoir ainsi vécu en de si lourdes
ténèbres. O mon âme, n’aurais-tu
point été mise hors de la ténébreuse
Egypte du monde et replantée dans la Religion, qui
est un royaume de lumière ? D’où te vient
donc une si grande obscurité quant aux choses spirituelles
? A ! Mon Dieu, c’est le mépris que j’ai
fait, ainsi par mépris, méconnaissance et négligence,
la grâce singulière de la vocation religieuse,
par laquelle j’avais été appelé
avec tant de prédilection au pur, spirituel et véritable
service de mon Dieu !
|
c-
Considération 2 : Comment la bonté de Dieu répand
dans lumière
en l’âme pécheresse toute ténébreuse. |
L’âme
pécheresse qui est en péché mortel, et l’âme
religieuse dans les péchés véniels, imperfections,
passions et affections parmi les quelles elle vit, est tellement
accablée et aveuglée par les épaisses ténèbres
du mal, qu’elle ne peut pas même discerner par elle-même
le triste état dans lequel elle est plongée, ni
par conséquent désirer et chercher la lumière
du
divin Soleil qui la doit éclairer.
O mon Jésus, Soleil de mon cœur,
c’est Vous qui allez, par Votre rayon, trouver cette âme
jusque sur le lit de ses misères, et, l’y trouvant
endormie, lui cirez : Lève-toi, voici le jour venu, ouvre
les fenêtres afin que je t’éclaire de ma
céleste lumière.
Toutes comme ce beau soleil matériel
fait, passer par les trous et fentes des fenêtres closes,
quelque claire rayon qui annonce le jour à ceux qui dorment
dans la chambre fermée, de même en agir le Sauveur
à l’Égard des âmes pécheresses
; quoique par leurs péchés elles Lui tiennent
fermée les fenêtres de leurs puissances afin qu’Il
n’y puisse pénétrer, Sa très douce
bonté Le pousse à faire passer quelques eau rayon
de Sa lumière par la fente de quelque bonne inclination
qu’ailleurs a donnée en les créant, et de
laquelle il demeure encore quelque reste en l’âme
après la blessure du péché.
C’est ainsi, ô mon doux Maître,
que Vous avez doucement et amoureusement éclairé
la Magdeleine, par la disposition naturelle de son inclination
amoureuse, lui faisait voir tout d’un coup que Vous étiez
le seul et unique objet d’amour, et non les créatures
frivoles et vaines.
O
douce clarté, ô amoureux rayon, qui as ainsi déployé
ta belle lumière sur mon âme pour lui faire voir
la vanité et la brutalité de ses affections terrestres
et déréglées, découvre-toi entièrement
à elle ! |
d-
Considération 3 : Ce que ce rayon divin fait voir à
l’âme quand elle le reçoit comme il faut. |
Ce
rayon fait voie à l’âme d’une merveilleuse
manière toutes ses ordures, turpitudes et vilenies, lui
représentant qu’elle a mérité d’être
à jamais séparée de son Dieu, rejetée
de Lui pour toute l’éternité, puisqu’elle
a rompu si traîtreusement l’étroite alliance
qu’il avait contractée avec elle au baptême
; il lui fait comprendre tout ce que qu’il y a de terrible
dans cette communication, cette privation de Dieu, le Tout-être
et, la Toute-bonté de toutes choses ; il lui découvres
les horribles peines qu’a préparés, en ce
monde et dans l’enfer, pour la punir de ses péchés,
l’indignation irritée de Dieu si bon, mais outragé
si cruellement par la révolte et l’ingratitude
de Sa créature privilégiée. Enfin ce rayon,
pénétrant toujours plus avant, lui montre clairement
l’infinie, l’Ineffable bonté de son Dieu
épanchée sur elle par une infinité de grâces
et de bienfaits. Oh ! Ceci surpasse toute admiration ! Cette
même Bonté, tant offensée, caresse encore
l’âme pécheresse par ce doux rayon, pour
la faire revenir à elle ! O Bonté plus qu’ineffable,
quand sera-ce que je connaître a les pertes et, les ruines
que le péché à casée à mon
âme ?
Mais ce rayon, passant encore plus outre,
découvre à l’âme la très
bénigne douceur de son Sauveur Jésus-Christ,
tout navré et crucifié pour elle, et tout prêt
à l’embrasser et à la recevoir entre les
bras de Son amour si elle veut se repentir ; tout prêt
à la protéger, à la défendre,
à lui pardonner comme il fit à la sainte pénitente
Magdeleine.
Alors,
d’enténébrée, l’âme
devient lumineuse, et le cœur s‘ouvre à
la Sagesse. O Jésus ! Ô vrai Soleil du monde
et mon unique lumière ! Je Vous rends grâces
infinies de m’avoir donné part aux clartés
dont Vous illuminez les saints. Continuez, ô Sagesse,
incréée, de répandre vos splendeurs sacrés
sur moi, et que je dissipent entièrement les ombres
de la nuit.
|
d-
Considération 4 : De la correspondances de l’âme
à la divine lumière. |
Le
rayon divin ayant passé par la fente de quelque bonne
et vertueuse inclination naturelle, ou s’étant
adapté à notre disposition présente (car
c’est ainsi que la grâce agit efficacement tout
en respectant notre libéré), l’office de
l’âme est d’ouvrir à ce rayon toutes
ses puissances et facultés, pour faire entrer le plein
jour de la lumière céleste dans la chambre de
son cœur.
Ouvrir à la lumière de Dieu,
c’est faire que la volonté, retirant l’esprit
de toutes autres chose, l’applique à voir pleinement
ce que cette lumière veut lui monter, sans l’empêcher
de voir ce qui est contraire à ses appétits
et mauvaise affections.
Quelques âmes n’ouvrent point
du tout, et ce sont celle qui sont rebelles à la lumière
; d’autres ouvrent un peu, la volonté retenue
par quelque méchante affection, empêchant l’esprit
de s’applique à voir ce que cette divine lumière
lui veut montre ; d’autres encore ouvrent à demi
: ce sont celles qui ouvrent assez pour se connaître
et craindre dans le péché mortel le péril
de se damner, mais point assez ( leurs affections désordonnées
les en empêchant) pour en comprendre l’horreur,
et de là venir à s’en éloigner
infiniment, se défaisant même des péchés
véniels, des occasions de pécher, des imperfections,
désirs vains, volontés propres et chose semblables,
qui sont les principes du péché mortel. Que
ces âmes ouvrent ainsi imparfaitement à la lumière
divine, provient de ce qu’elles n’ont point du
tout ou fort peu de connaissance de l’état plus
que très misérable auquel le pêcheur est
réduite par le péché.
O combien heureuse commencez-vous d’être,
ma bien-aimée pénitente Magdeleine, d’ouvrir
non seulement toutes les fenêtres, mais toutes les portes
et entrées de votre âme, pour faire pénétrer
pleinement, la lumière divine dans tous les plus petits
recoins de votre cœur, afin qu’il n’y demeure
aucune vestige de ténèbres, et qu’aucun
ennemi de vote bien ne s’y tienne caché à
l’abri de l’amour de vous-même.
O mon âme, puisque tu es encore si obscure,
c’est signe que tu n’as pas bien ouvert dès
le commencement ton cœur à la lumière,
et que tu as retenu propre, qui est cause de toutes les ténèbres.
Prends donc une forte résolution de demeurer entièrement
ouverte à cette douce lumière que t’envoie
ton Seigneur pour te sauver, en sorte que dans ton oraison
tu t’appliques à connaître pleinement,
grâce à cette lumières, la volonté
de Dieu suer toi. Et en quelque occasion qu’elle se
présente à toi, ouvre-lui toujours de plus en
plus les fenêtres de ton cœur.
Me voilà,
mon doux Soleil, beau Jour de mon âme, je me rends tout
à votre lumière, faites-moi la grâce qu’elle
soit toujours efficace en moi.
|
Méditation
accessoire
Les quatre fins dernières de l’homme.
a-
Préparation
|
Les
quatre fins dernières ont un même but : engendrer
la crainte. C’est le fruit qu’on en doit tirer :
l’âme, par leur méditation, concevra une
grande crainte de la justice divine.
Une fois
établie en cette crainte salutaire, elle pourra passer
aux méditations suivantes, où elle recevra les
suaves impressions de l’amour divin par laquelle elle
achèvera sa conversion.
|
b-
Considération 1 : De la mort, et de cette vie mortelle
qui y même. |
Les
mêmes actes que ci-dessus ; puis tourner à vue
et la pensée sur la mort comme sur une peine infligée
par la justice divine à tous les hommes, à cause
du péché. C’est une vérité
divine, révélée de Dieu par saint Paul
: Par le péché la mort est entrée dans
le monde.
1- Considérez les misères de
la vie humaine, qu’il faudrait appeler une vie mourante
plutôt qu’une véritable vie, Voyez comme
elle est frappée de septe grandes calamités.
La première est la brièveté.
Elle est bornée à soixante-dix ou quatre-vingts
ans au plus : ceux qui vent davantage sont plutôt en
travail de mort et de douleur qu’en vie. Si vous rabattez
de ce temps l’enfance, que est plutôt une vie
de pauvre bête que d’homme, et tout le temps employé
à dormir, pendant lequel nous n’avons pas l’usage
de la raison qui nous fait hommes, vous trouverez le temps
beaucoup plus bref qu’il ne semble. Que si vous voulez
le comparer avec l’éternité du siècle
à venir, il ne vaudra pas une minute. Jugez par là
combien se fourvoient ceux qui, pour jouir un moment d’une
si courte vie, hasardent le repos d’une éternité.
En deuxième, Remarquez ensuite l’incertitude
de cette vie (qui est ne seconde misère) : car ce n’est
pas tout qu’elle soit si courte de si, mais ce peu qu’elle
dure est incertain et douteux. Combien s’en trouve-t-il
qui vivent jusqu’à soixante-dix et quatre-vingts
ans ? Combien sont étouffés à l’entrée
de la vie ! Combien qui meurent en feuille ou en fleur ! Vous
ne savez, dit Jésus, quand votre Seigneur viendra,
è minuit, à l’aube du jour, ou au matin.
En troisième lieu pensez à la
fragilité de cette vie, et vous trouverez qu’il
n’y a verre si délicat, puisqu’une vapeur
d’un air corrompu, le soleil, un peu d’eau, un
jeûne, un simple accès de fièvre nous
la peuvent faire perdre : ne voyons-nous pas tous les jours
des hommes, dans la fleur de l’âge, terrassés
par semblables accidents ?
L’inconstance de cette vie est sa quatrième
misère : considérez combien elle est muable,
dans pouvoir, d’aucune façon, demeurer en même
état, regardes les variations de nos corps, qui ne
jouissent jamais, d’un jour à l’autre,
d’une disposition ni d’une santé identiques
; mais voyez bien plus celles de nos âmes, qui sont
toujours enflées de vagues comme une mer courroucée
et battus de vents divers, de passions, d’appétits,
de pensées ondoyantes qui nos troublent à tout
propos ; et enfin les changements de ce qu’on appelle
la fortune, qui ne permet jamais que les conditions de la
vie humaine ne restent tant soit peu dans un même état
de postérité ou de bonheur, mais comme une roue,
sans cesse roule et renverse tout cela ses dessus dessous.
Notre vie ressemble à la lampe qui se consume peu à
peu, et qui, plus elle brûle plus elle faiblit ; elle
st comme la fleur, qui éclot le matin, se flétrit
à midi et se dessèche au soir.
Considérez en cinquième lieu
combien cette vie est trompeuse ( c’est là peut-être
ce qu’il y a de pire en elle, qu’elle reçoive
tant et tant d’amoureux aveugles qui se fient à
elle) : quoiqu’elle soit laide nous la trouvons belle
à notre grés elle est pleine d’amertume,
et pourtant elle nous semble douce ; elle est courte, et chacun
croit la sienne longue ; et quoiqu’elle soit misérable,
elle nous paraît si aimable qu’il n’y a
péril ni fatigue auxquels on ne s’expose pour
l’amour d’elle, jusqu’à se mettre
en danger de perdre la vie éternelle par égard
pour cette vie mortelle.
Considérez sixièmement, qu’outre
sa brièveté et les autres conditions susdites,
ce peu qui reste de vie est sujet à tant de misères
spirituelles, et corporelles, qu’on peut la dire un
vrai torrent de larmes et un océan infini d’ennuis.
Réfléchissez sur les infirmités et les
labeurs du corps, les passions, doutes et soucis d e l’esprit,
les périls, les tristesses et les deuils qui se rencontrent
en tous les états comme en tous les âges de l’homme,
et vous verrez qu’il y a plus de maux en cette vie qu’il
n’y a de grains de sable sur les plages des mers, et
, ayant bien reconnu ce qu’on peut attendre du monde,
vous le mépriserez plus résolument avec tout
ce qui dépend de lui.
De ses misères la mort est la dernière
et, tant pour le corps que pour l’âme, la plus
terrible de toutes : car en ce moment-là le corps se
trouve dénué entièrement, et l’âme
et sur le point de savoir ce qu’elle deviendra pour
jamais.
Ces choses
vous apprendront combien la gloire du monde est brève
d’autre condition que celle-là, bien qu’ils
en fassent un merveilleux cas : et cela vous donnera la mesure
du mépris et de la haine que vous lui devez.
2- La
mort est une très violente séparation de l’âme
d’avec le corps, et d’avec toutes les choses visibles
et corporelles parmi lesquelles nous vivons. Cette séparation
a des cause diverses et s’opère de diverses matières
: quelque fois soudainement, le plus souvent lentement, et
toujours horriblement, avec d’extrêmes angoisses,
anxiétés, et inquiétudes. La mort est
ignominieuse à l’homme devant Dieu est devant
les anges, parce qu’elle est un supplice qui lui est
imposé en punition du péché par la justice
du souverain Juge. Cette ignominie accroît son horreur.
3- «Les
riches vomiront, | |