Série 9-8 pages

La voie d'Amour auteur P.Séverin Rubéric récollet

 De la vie purgative

Contenue de cette page.
1- Avis sur les quatre premières méditations fondamentales des Exercices.

Première méditation fondamentale :
De la grandeur infinie de Dieu qu’il faut concevoir comme la première vérité de toutes, afin d’y puiser une profonde et éminente estime de Sa Majesté, de Sa gloire, de Son service et de tout ce qu’il Le regarde.
a- Préparation
b- Considération 1 : De la grandeur de l’être de Dieu.
c- Considération 2 : De l’infinité des perfections divines, Source des perfections qui se trouvent dans les créatures.
d- Considération 3 : Que Dieu seul est véritablement.

Deuxième méditation fondamentale :
Du néant de toutes les créatures : fondement de l’abnégation que l’on en doit faire, et en laquelle on doit vivre pour tendre à la perfection.

a- Préparation
b- Considération 1 : D’elle-même et en elle-même, la créature est véritablement un rien.
c- Considération 2 : La créature n’es ni aimable, ni digne d’estime.
d- Considération 3 : De notre néant et abjection, qui est notre seul apanage.

Troisième méditation fondamentale :
De la fin pour laquelle notre âme a été crée.
a- Considération 1 : Toute la noblesse de notre âme et de notre être consiste à avoir pour fin la gloire de Dieu.
b- Considération 2 : Dieu a particulièrement et surnaturellement anobli notre âme, l’ayant ordonnée, avec les anges, à une fin si haute, que de lui communier Sa propre gloire en la béatitude éternelle.
c- Considération 3 : Le but auquel nous devons tendre sans cesse en cette vie est la pureté de l’âme.

Quatrième méditation fondamentale :
De l’horrible mal du pêché : pour s’établir en une horreur souveraine de sa laideur.
a- Préparation
b- Considération 1 : De l’abomination du péché.
c- Considération 2 : Tous les maux quels qu’ils soient sont préférable du péché.
d- Considération 3 : La seule occasion, l’ombre même de péché doit faire peur à l’âme.


Première étape de l’âme :
Des lumières divines et du début de la conversion de l’âme.


a- Préparation
b- Considération 1 : De l’état d’une âme qui set dans les ténèbres du péché mortel.
c- Considération 2 : Comment la bonté de Dieu répand dans lumière en l’âme pécheresse toute ténébreuse.
d- Considération 3 : Ce que ce rayon divin fait voir à l’âme quand elle le reçoit comme il faut.
d- Considération 4 : De la correspondances de l’âme à la divine lumière.

Méditation accessoire
Les quatre fins dernières de l’homme.
a- Préparation
b- Considération 1 : De la mort, et de cette vie mortelle qui y même.
c- Considération 2 : Du jugement général et universel.
d- Considération 3 : De l’enfer
e- Considération 4 : Des gloires et félicités du paradis.

Deuxième Étape :
Des sentiments divins ou de la conversion pleine et entière d e l’âme.
a- Préparation
b- Considération 1 : De l’étrange faiblesse du pécheur.
c- Considération 2 : Du doux et suave attouchement divin sur notre cœur, et de sa force.
d- Considération 3 : Des premiers effets que ce sentiment divin opère en notre cœur.
e- Considération 4 : De la promptitude avec laquelle l’âme doit répondre au sentiment divin.

Troisième Étape :

De la première purification qui est le renoncement au péché de l’amour par lequel la sainte pénitente Magdeleine délesta ses péchés.
a- Préparation
b- Considération 1 : Du premier effet de l’amour divin, qui est l’abolition de tout péché.
c- Considération 2 : Du second effet de l’amour qui est de faire délester le péché plus que tous les maux.
d- Considération 3 : Du troisième effet de l’amour de Dieu, qui est de détruire les suites du péché.
e- Considération 4 : Du quatrième effet du saint amour dans l’âme, qui est de la pousser à une parfaite pénitence.

Quatrième Étape :
De la seconde purification qui est l’abnégation de toutes choses.

Du détachement parfait de la Magdeleine, ou de l’abnégation total de l’âme pour réformer tous les désordres produits dans les affections du cœur par l’amour-propre (qui est la cicatrice qui demeure en la volonté, même après la guérison de la blessure que le péché à faite). C’est la seconde purgation que l’amour de Dieu opérer en l’âme.
a- Préparation
b- Considération 1 : L’amour de Jésus opère la divine résolution de se mortifier, et de faire abnégation de soi en toutes choses jusqu’à mort complète de l’amour-propre.
c- Considération 2 : L’amour divin opère l’abnégation de richesse, honneurs et plaisir du monde.
d- Considération 3 : L’amour de Dieu engendre l’abnégation, voir le mépris et la haine du corps et de tout ce qui le regarde.
e- Considération 4 : De l’abnégation de l’amour-propre.

1- Avis sur les quatre premières méditations fondamentales des Exercices.

Toute la vie spirituelle est fondées et, établie sur quatre premiers principes, lesquels contiennent quatre premières, grandes et suprêmes vérités, qui doivent être imprimées en l’âme qui veut commencer à bâtir l’édifie spirituel de la perfection. La première de ces
vérités est l’immensité et l’infinité de Dieu. La seconde est le néant de toutes les créatures. La troisième et que Dieu est la fin de toute notre vie. La quatrième est le néant épouvantable du péché.

Avant toutes choses l’âme doit prendre une haute et sublime pensée de Dieu ; ensuite elle viendra à une profonde mésestimes de la créature, issue de la de sa nullité, du néant de son être ; enfin, elle formera en elle une haine profonde du péché, abominable choisira comme fin très unique (abandonnant toutes créatures) l’infinie gloire de Dieu.

Afin que l’âme se pénètre de ces pensées si importantes, il faut qu’elle s’exerce aux méditations fondamentales qui lui proposent ces quatre vérités premières, principes de tous les autres. Elles sont un peu abstraites, et c’est pourquoi il sera difficile à l’âme qui commence d’avoir sur elles beaucoup de lumières de former des discours ou d’avoir des idées à leur sujet. Elle ne doit pas pourtant à cause de cela renoncer à commencer par elles pour fonder et établir en son esprit le divin édifice de l’amour, mais il suffira, en ce commencement de vie spirituelle, qu’elle fasse vivement et fermement des actes de foi, et qu’elle prenne une grande affection à connaître et à remplir son esprit de ces vérités, afin qu’il demeure tout convaincue et affermi en la certitudes de leur extrême importance et fécondité.

La moindre petite lumière et connaissance de foi que l’âme recueillera par la méditation de ces vérités, lui donnera semple et très grande ouverture sur tout ce qui semple le plus difficile en la voie de Dieu, toute la difficulté qui s’y trouve provient de ce que l’âme passe sa vie dans une totale obscurité à l’égard de ces vérités, ne faisait jamais (quoi qu’elle en ait la foi ou la science), aucune réflexion sur elles. Il n’y que facilité et tout ce qui paraît le plus épineux pour peu d’attention qu’on veuille y donner au commencement.

Première méditation fondamentale :
De la grandeur infinie de Dieu qu’il faut concevoir comme la première vérité de toutes, afin d’y puiser une profonde et éminente estime de Sa Majesté, de Sa gloire, de Son service et de tout ce qu’il Le regarde.

a- Préparation

Il faut élever tout son esprit è Dieu, se constituant en Sa présence, plutôt par une simple acte de foi que par l’imagination ; L’adorer profondément de toutes ses puissances, les Lui offrant pour faire oraison, pour Son seul amour et Sa gloire, sans autre intention que d’en tirer Son pour amour et de servir Sa volonté ; s’humilier et faire une acte d’abaissement de toute soi-même, se réputant indigne d’être reçu en la présence de Dieu, de s’y tenir et d’y demeurer ; se reconnaître infirme et impuissant à bien faire oraison sans une assistance particulière, de la grâce divine, laquelle il faut implorer très humblement, disant le Veni Cretor. Appuyé sur la confiances en cette grâce, il faut faire un désaveu ferme et constant de toute pensée étrangère au sujet proposer )à moins que l’on ne soit fortement et pleinement attiré à Dieu par quelque trait (1) particulier, manière dont Dieu use peu à l’égard des commençants, et qu’il faudrait exposer au Directeur après l’oraison afin de se soumettre à son avis), et, puis à l’instant tourner la vue de l’Esprit sur cette grande et haute vérité : qu’en Dieu seul se trouve la plénitude de l’être.

Référence-1

b- Considération 1 : De la grandeur de l’être de Dieu.
De la grandeur de l’être de Dieu, Dieu est tout l’être, essentiellement, naturellement et nécessairement existant de soi-même par soi-même et pour soi-même. Il contient en Soi l’être et la perfection de toutes les créatures et d’une infinité d’autres qu’Il pourrait produire et qu’IL retient en l’infinité de Son essence. Il est une plénitude et un abîme d’être, de perfection et de béatitude, Saint Paul (/1 Timothée 6,) Le dit seul bienheureux, grand, puisant, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, ayant seul un être constant, immuable immortel.

L’incompréhensible mystère de la très sainte Trinité des Personnes divines, qui sont un seul Dieu, mystère qui appartient à la constitution de Dieu, nous montre très efficacement que Dieu est un Océan d’essence et d’être, qui porte l’étendue de son infinité au delà de toutes essences, de tout être, de toute substance, au delà de la capacité de tout esprit et de tout, entendement créé. Partant, il faut adorer cette infinité d’être en la très sainte Trinité par la foi, l’esprit suspendu en admiration sur cette grandeur, incapable d’autre chose que de croire et de confesser son impuissance : bien aise et joyeux d’être vaincue par la grandeur de son Dieu, en l’Infinie perfection, béatitude et plénitude duquel il veut se complaire, bénissant ce Dieu excellent de ce qu’il est en la plus que très assurée possession de tout l’être.

Oh ! Que cette pensée de la grandeur de Dieu est belle, aimable, et douce ! C’est celle qui occupa notre très saint et séraphique Père pendant tout une nuit, au commencement de sa conversion, lui faisant répéter cent et cent fois : Deus meus et omnia! Mon Dieu et mon tout ! Mon Dieu qui m’est toutes choses !

O âme, quelles actions de grâces rendras-tu à ton Dieu de t’avoir donnée et enseigné une si haute et subi sublime vérité ? Mais ne déploreras-tu point la misère, père demeurée tant de temps, jusqu’à présent, vide d’une conception si importante, et d’avoir vécu sans Dieu, selon l’expression du divin saint Paul, vivat comme s’il n’y en eût point eu ? De là tant de fautes et d’imperfections dont tu t’es souillée, tant de péchés commis par toi contre une si admirable Majesté. Hélas ! ayant mis Dieu, et ton Dieu, en oublie, que te pouvait-il arriver de bon, et que mal pouvais-tu éviter ?

c- Considération 2 : De l’infinité des perfections divines, Source des perfections qui se trouvent dans les créatures.
Dieu est la puissance, la sagesse, la bonté essentielle, c’est lui qui communique à toutes les créatures tout l’être qu’elles ont. Il est leur auteur, leur conservateur, leur gouverneur, leur appui, leur soutien ; c’est Lui qui les retient sans cesse sur le bord et l’abîme d’où Il les a tirées, afin de les empêcher de retourner au non-être auquel elles penchent d’elles-mêmes. Il est l’unique et essentielle beauté et bonté des anges et des hommes, auxquels, il porte un amour très pur sincère et fidèle, constant et à l’abri de tout changement amour plein d’une très exacte et particulière providence dont les effets s’étendent à chacun de nous ; amour plein de miséricorde. Il est infiniment juste contre ceux qui l’offensent. Il est la justice essentielle.

O mon Dieu, je Vous adore en votre puissance, je Vous admire ne votre sagesse, et Vous aime uniquement en votre essentielle beauté et bonté. Je donne et j’offre tout l’amour de mon cœur à l’essentiel et fidèle amour que Vous me portez. Je veux et consens que mon être, dépende entièrement de Vous. Vous êtes mon appui, puisque Vous êtes existant inébranlablement, quand ma nature tomber en quelque défaillance d’être, par infirmité, ma maladie ou quelque autre misère, je ne dois point craindre de descendre au désastre du non-être, puisque je suis appuyé sur Vous et porté par Vous, êtes immuablement existant et que je suis en Vous.

O mon âme, apprends à ne craindre désormais que ton Dieu seul, terrible en Sa puissance et Sa justice, qui peut t’anéantir, ou te faire pâtir des peines infinies. O grande vérité ! O mon Dieu, Vous êtes donc notre tout, c’est donc vous sel que nous devons aimer souverainement, c’est à Vous Seul qu’est dû tout honneur, respect, Gloire et louange. C’est Vous seul que chacun de vos créatures doit glorifier, aimer et servir de toutes ses forces et de toutes ses puissances. C’est à Vous seul que nous devons entièrement et absolument nous soumettre, nous abandonnant amoureusement au soin de votre Providence. Faites-nous la grâce que cette pensée s’imprime bien avant en notre esprit.

 d- Considération 3 : Que Dieu seul est véritablement.
Puisque Dieu emplit de son être l’être de toues les créatures, lesquelles ne subsistent , que par Son être infinie, tout plein et tout parfait, puisqu’Il est leur beauté, leur bonté et leur perfection, il faut, à l’égard de chacune d’elles, reconnaître cette vérité : que Dieu seul est absolument. Et par conséquent, il ne faut point remplir son esprit de choses créées, mais de Dieu seul. Il faut remplir et nourrir son entendement de ce concept, que Dieu seul est, afin d’acquérir une estime éminente de Dieu et de Sa grandeur, et de vire désormais en cette estime, toujours prêt den son intérieur à l’adorer, Le servir, Lui procure tout gloire, l’Aimer et tendre à lui comme à notre unique fin.

O mon Dieu et mon tout, qui êtes tout en Vous-même et en toutes choses, j’adire, abîmé sous la grandeur de Votre immense Majesté, Votre plénitude, Votre totalité d’être et de perfection. Car avant que la terre et tout cet univers fussent formés par Vos mains toutes-puissantes, Vous étiez préexistant è touts les siècles, pour être et demeurer dans Votre éternité pendant le cours de ces siècles. Les cieux et la terre ont un être fluide et périssable : Vous seul êtes véritablement, et constamment. Faites-moi la grâce que cette vérité demeure tellement empreinte en mon âme que la pensée n’en soit jamais effacé.

Deuxième méditation fondamentale :
Du néant de toutes les créatures : fondement de l’abnégation que l’on en doit faire,
et en laquelle on doit vivre pour tendre à la perfection.


a- Préparation

 La perfection consiste en l’union de notre cœur avec Dieu, et nous n’y pouvons par venir que par la désunion et abnégation de toutes les créatures et de nous-mêmes. Cette abnégation et désunion n’est point fâcheuse ni désagréable, si nous considérons que par elle nous allons nous approchant de Dieu, et notre unique but, par le chemin que Lui-même, qui est notre unique Maître, Docteur et Exemplaire, nous a enseignée.

Celui, dit-il, qui veut venir après Moi, qu’il se renonce, et s’enfuie de soi-même et de toutes les créatures (qu’il aime par affection déréglée, en elles-mêmes et pour elles-mêmes) et, qu’il Me suive.

Il renferme en deux points le chemin de la perfection :
1- Se renoncer, se fuir, faire abnégation de soi-même et de toutes les créatures
2- Le suivre par le chemin des vertus.

Préparation :

Les mêmes actes qu’en la précédente méditation ; puis tourner la vue de l’esprit, sur cette vérité : que les créatures ne sont rien. Vérité qu’il faut entendre par la foi, vérité divine et révélée de Dieu, qu’il est très important de connaître, et dont il n’est nécessaire d’avoir une vive pensée. Il faut donc enflammer son affection du désir de la comprendre, soumettre son entendement à la lumière divine, et demander humblement cette connaissance à Dieu.

Le Royal Prophète, inspiré de l’Esprit de Dieu, confesse devant la divine majesté qu’il est comme un rien, Dieu nous enseigne, par son prophète Isaïe, que tous les peuples les pompes et grandeurs de la terre ne sont rien.

b- Considération 1 : D’elle-même et en elle-même, la créature est véritablement un rien.
Le nom de la créature est : Je ne suis pas ; car d’elle-même elle n’est rien, ne tend à rien, n’est proche que du rien, tout entière environnée de néant, sujette à une infinité de défauts et de néants. Partant, elle n’est point bonne ni aimable d’elle-même, et est tout à fait impropre à être aimée. Elle n’a en elle-même aucune excellence ni grandeur qui la puisse rendre estimable ni la faire priser pour elle-même.

La créature ne peut ni rassasier nos désirs, ni emplir notre esprit, ni combler nos nécessités, ni nous relever de nos misères, ni nous secourir dans les diverses vicissitudes de cette vie ; c’est Dieu seul qui le fait par elle, et c’est par elle que Dieu veut que nous allions à Lui. Toutes les créatures et le monde qui les porte ne sont qu’une échelle qu’Il a tendue à notre faiblesse, pour nous permettre de monter à Lui. C’est par l’intermédiaire des créatures que nous devons apprendre à Lui obéir, à Le servir, à l’Honorer et à L’aimer. Celui qui s’attache par affection à quelque créature que ce soit, s’arrête à son Dieu qu’Il doit uniquement aimer et servir. C’est à Dieu seul qu’il se faut arrêter, car c’est à lui seul qu’est dû tout honneur, toute gloire, toute servie et amour. C’est à Lui seul que nous devons donner toute notre vie et notre activité, n’usant des créatures qu’autant qu’IL veut, ne les aimant qu’en Lui et pour Lui, puisqu’en elles-mêmes elles ne sont pas dignes de notre amour, lequel doit être tout entier donné à Lui et consacré à son infinie Bonté. (1)

Référence -2

c- Considération 2 : La créature n’es ni aimable, ni digne d’estime.

Les créatures en elles-mêmes et d‘elles-mêmes ne sont rien, elles doivent donc nous être des riens, des quels nous soyons tout à fait vides, quant à l’affection.

Car pourquoi les aimerions-nous en elles-mêmes, si elles n’ont point en elles de bonté (2) pour être aimées ? Pourquoi les estimerions-nous, puisqu’elles n’ont ni grandeur, ni excellence, ni gloire ? Pourquoi dépendrions-nous d’elles, puisqu’elles ne peuvent ajouter ni retrancher un seul cheveu de notre tête ?

Cette vérité doit être empreinte bien avant dans notre âme, pour la dépouiller de toutes l’estime qu’elle a faite jusqu’à présente des créatures en elles-mêmes, et de toute l’opinion qu’elle a eu de leur bonté, beauté ou grandeur apparentes, toutes choses qui ne sont que superficielles, et non pas véritablement ce qu’elles paraissent. Car quoiqu’en l’étendue de toute ce grand univers il y a un si grand nombre de créatures qui paraissent admirablement belles, merveilleusement bonnes et utiles et grandement agréables et charmantes, nous nous trompons toutefois si nous les séparons de leur Auteur, si nous les considérons ou aimons hors de la dépendance de Son être infinie, de Ses perfections, de Sa toute-puissance et de Sa volonté, par lesquelles elles sont et ont tout cela, et non pas autrement.

C’est pourquoi, lorsqu’on considère l’univers, ou quelque créature contenue en lui, par rapport à son auteur, l’on voit éclater en l’être de cette créature la Toute-puissance, en son ordre l’infinie, Sagesse, en sa vertu de se communiquer aux autres, la toute Bonté de son Créateur. Sans ce rapport avec Celui qui l’a faite, elle n’est qu’un masque d’être, et sa réalité n’est qu’une vaine apparence. Elle n’est qu’une ombre de bonté, de beauté et d’utilité, car la considérer en dehors de ce rapport, c’est en quelque sorte la retrancher de l’être qu’elle aperçu de son Auteur, et hors duquel elle n’est rien. Et c’est tout ce que chaque créature, tacitement nous dit elle-même par les paroles du Royale Prophète : C’est Lui qui nous a faites, et non pas nous-mêmes. O hommes, notre bonté, notre beauté, notre utilité sont de Lui et à Lui seul, car de nous-mêmes nous ne sommes rien.

Cette vérité doit être profondément gravée dans l’âme, et elle y doit sans cesse revenir si elle veut vivre dans l’abnégation et le mépris de toute l’estime que sa volonté dépravée lui veut faire concevoir des créatures.

Référence -3
d- Considération 3 : De notre néant et abjection, qui est notre seul apanage.
Il faut que nous-mêmes, qui sommes du nombre des créatures, et, même parmi les plus infirmes d’entre elles, nous soyons bien convaincus de notre néant. Car que sommes-nous, puisque de rien nous avons été créés ? Puisque nous penchons et tirions continuellement au néant, Dieu nous supportant et retenant sans cesse pour que nous ne retombions pont dans l’abîme du non-être ? N’avons-pas point une très grande expérience de notre indigence, faiblesse, infirmité, abjection, nous qui sommes perpétuellement en nécessité de toutes choses, tout chargés de désirs et de besoins ? Considérons qu’en regard de l’ensemble des vivants, des anges, des saints et de Dieu, nous sommes beaucoup moins qu’une goutte d’eau, qu’un grain de sable et de poussière, et quelque sorte de perfection naturelle et surnaturelle, que nous voudrons nous considérer.

Songeons qu’il y a quelque temps, nous n’étions rien, que de toute éternité nous n’avions jamais été, et que nous ne serions encore absolument rien si Dieu, par Sa bonté, ne nous eût donné l’être. Pensons que le monde a existé pendant, plusieurs milliers d’années avant que nous ne fussions, et que, tandis que nous étions ainsi dans l’’abîme du rien, personne ne pensait à nous, ni aucun n’avait de désir que nous fussions au monde. Toutes les affaires se faisaient aussi bien que maintenant que nous sommes au monde, et se feraient encore aussi bien si nous n’y étions pas ; le cours des créatures du monde et de toutes choses allait aussi bien, voire peut-être mieux, car par nos péchés nous troublons l’ordre de l’univers, et nous n’y sommes point utiles, n’y portant aucun fruit, parc que nous vivons tout attachés à nous-mêmes et ainsi nous sommes semblables, au milieu du champ du monde, à l’arbre sec qui mérite d’être arrachée et jeté au feu.

Cette vérité doit demeurer bien fortement empreinte en nous, nous la devons bien considérer, bien peser, puis il nous faut sans cesse revenir à cette évidence de notre misère et de l’abjection de notre origine : non, noue ne provenons point de quelque haut lieu, et nous n’avons point été tiré de quelque excellent matière, mais simplement du pour rien. Il nous faut, dis-je, fixer cette vérité profondément en notre esprit si nous voulons vivre détachés de nous-mêmes et dans le renoncement parait à toutes les propriétés et satisfactions propres, comme telles ; c’est elle qui nous fera demeurer en nous-mêmes plus humbles et plus bas que la terre et que la poussière même ( car nous n’avons point de nous-mêmes autant d’être que la terre et la vie poussière en a reçu de son Dieu ), et abandonner tout le soin que nous prenons de nous-mêmes avec tant de sollicitude et d’empressement, pour nous laisser tout entiers à Dieu, duquel notre être est dérivé, et auquel il appartient.

Troisième méditation fondamentale :
De la fin pour laquelle notre âme a été crée.

Mêmes actes qu’aux précédentes médiations ; puis tourner la vue de l’esprit, sur cette vérité : que nous sommes à Dieu et pour Dieu, qu’IL est notre fin à laquelle nous devons tendre avec autant de continuité et de vitesse que les fleuves et les torrents courant à la mer. Cette vérité est divine et surnaturelle, enseignée de Dieu comme très nécessaire, et d’une connaissance très importante.

a- Considération 1 : Toute la noblesse de notre âme et de notre être consiste à avoir pour fin la gloire de Dieu.
Puisque l’ouvrage, dit le divin saint Paul, est pour la gloire de l’ouvrier, et que nous sommes l’ouvrage des mains de Dieu, il faut que notre dernière fin soit la gloire de Dieu, au service duquel il faut que nous rapportions tout notre être, notre vie, nos actions et nos mouvements. Combien nobles cette fin qui nous retire de notre bassesse et de l’abjection de notre être, nous nous élever à un aussi haut office, que celui de glorifier Dieu, de L’aimer et de Le servir !

Dieu a eu de toute éternité la volonté de nous donner l’être que nous avons, non pas qu’IL fût obligé de le faire, ou qu’IL ne se pût passer de nous, ni être aussi bienheureux, aussi pleinement suffisant en Lui-même sans nous créer qu’en nous tirant du néant, mais parce qu’Il est bon. Oui, c’est par pure bonté que Dieu nous a donné l’être que nous avons, afin que nous puissions Le servir, Le glorifier, et L’aimer, et par ce service, cette gloire et cet amour, tendre à Lui comme à notre origine première et trouver en Lui notre béatitude.

Notre âme n’à point d’autre noblesse que celle qu’elle puise en cette fin, à la quelle, avec les anges, elle st particulièrement ordonnée. Car bien que Dieu ait fait toutes les créatures pour Sa grandeur et la splendeur de Sa gloire, comme dit le sage, toutefois, il a fait notre âme pour en être glorifié, une manière absolument singulière, et pour l’associer elle-même à cette gloire, afin qu’elle soit glorifiée de la gloire même dont elle glorifié son Créateur. C’est la raison pour laquelle Il lui a donné plus de facultés, de puissances, des races et de perfections ( les anges exceptés) qu’à toute autre créature sortie de Ses mains : Il en voulait recevoir plus de gloire. C’est la même raison qui a incliné toute la sainte Trinité non seulement à notre me. Son image et Sa ressemblance, afin que l’âme représentât en toute son être, son pouvoir et son action, la gloire infinie et l’excellence très grande d’une si immense Majesté. Le Père a buriné son image dans la mémoire, le Fils. Sa ressemblance dans l’entendement, et le Saint-Esprit, l’expression de Son amour dans la volonté.

O mon âme, considère que tu as été créée par ton Dieu, non pour être une pierre, ou un arbre, ou un serpent, ou quelque autre animal ou créature sans intelligence, mais pour Le connaître et pour l’aimer. Et pourtant, de quelle manière as-tu vécu jusqu’ à présent ? Hélas ! Comme une bête ! Toi, créée à la même fin que les anges, pour rendre gloire à ton Dieu sur la terre, comme ils la Lui rendirent, dès le premier instant, de leur création dans le ciel, selon que ton Dieu en témoigne dans Job, tu as vécu comme une bête, sans considération de cette fin si parfaite et si noble.

O mon Dieu, qu’ai-je fait ? A quoi ai-je employé tout le temps que Vous m’aviez donné paru Vous servir ? Comment ai-je perdu toues mes actions, ne les ayant point ordonnées à Votre gloire ? Non, je ne suis point demeuré fixé à cette considération salutaire : qu‘est pour Vous que je suis crée. Malheur à moi qui ai méprisé une fin si admirable, pour faire la plupart de mes actions sans autre intention que moi-même, mes propres intérêts e mon propre contentement. Oh ! Malheureux, qu’ai-je ait, d’avoir dérobé à mon Dieu Sa gloire ? je me suis fait de moi-même et de la créature (qui n’est rien que puanteur et ignominie pour moi, quand je l’aime pour elle seule) ma fin suprême, la préférant à mon Dieu, ne l’ordonnant point à Lui, sans lequel et hors duquel elle n’est rien.

O mon âme, tu t’es rendu pire que les choses inanimées et insensibles, les quelles servent toutes à cette gloire de ton Dieu, tandis que toi, au contraire, tu as blasphémé ton Dieu par tes péchés.

O mon Dieu, faites-moi la grâce d’avoir toujours, désormais, cette fin toute divine (pour laquelle Il Vous a plus de me créer ) devant les yeux et d’y ordonner toutes mes actions et intentions.

b- Considération 2 : Dieu a particulièrement et surnaturellement anobli notre âme, l’ayant ordonnée, avec les anges, à une fin si haute, que de lui communier Sa propre gloire en la béatitude éternelle.
La gloire de Dieu pour la quelle nous sommes créés resplendit principalement dans les bienheureux, que notre Seigneur, par Son infinie bonté, remplit et rassasie de Sa divinité et de la plénitude de tous les biens, de même que les anges.

Dieu a créée nos âmes, non comme le reste des créatures inférieures pour en retirer une gloire ignorante d’elle-même, mais pour leur communiquer le moyen et la capacité de Le glorifier et de Lui rendre honneur et service par un propos délibéré, rapportant elles-mêmes, par la connaissance qu’elles en auraient et par le mouvement de leur volonté libre, leur être à cette fin très noble : la gloire de Dieu. Il les a aussi ordonnées, elles seulement avec les anges, pour être bienheureuses et Le glorifier éternellement dans leur béatitude : de manière que la félicité état éternelle (qui est comme un très claire miroir de la gloire de Dieu) en laquelle Dieu est très parfaitement, glorifié par les bienheureux, est la fin de notre âme, selon que nous l’affirme le divin apôtre saint Paul.

O fin toute sublime, comme de toutes vraies richesses, sujets unique de toutes sortes contentements, que ne nous vais ai-je plutôt connue, pour travailler à vous acquérir et me bien garder de vous perdre ! Ou bien, vous connaissant, pourquoi ma pensée ne s’est-elle point occupée exclusivement de vous, l’unique objet tous les bons désirs ? Pourquoi ne vous ai-je point toujours eue devant les yeux, pour courir en toutes mes actions après vous ?

Considère, ô mon âme, que c’est pour nous faire parvenir è cette glorieuse félicité que Dieu nous a appelés, en cette vie, à la participation de Sa grâce, qu’IL a envoyé Son cher Fils dans la chair humaine, l’associant à nous pour nous associer à Lui. Songe que c’est pour nous recouvrer cette gloire que notre doux Seigneur est mort, que c’est pour nous rendre participants un jour qu’Il nous a fait chrétiens par Sa seule grâce, pour cela qu’Il a fondé son Église, nous en faisant les membres, qu’IL a institué Ses sacrements comme autant de fontaines où nous pourrions boire les eaux de la vie éternelle. C’est pour nous faire parvenir à cette même fin de Sa gloire et de notre béatitude glorieuse, qu’ll nous a assigné un ange gardien qui nous conduise en toutes nos voies, qu’IL nous a donné tant de saints pour patrons, et une infinité d’autres aides, tant au milieu du monde que dans la vie religieuse.

O mon Dieu, que de grâces ! Quel nombre immense de bienfaits ! Quand les pourrai-je reconnaître ? Mais, ô malheureux que je suis, j’avais tenue toutes ces merveilles en oubli jusqu’à maintenant. O juste Juge, ne me ferez-Vous point rendre compte de tant de talents, reçus de Vous pour acheter votre gloire ? Je suis fermement résolut désormais à les faire valoir, et à les employer pour acquérir la béatitude éternelle. Dès à présent je Vous rends et veux Vous rendre d’infinies actions de grâces, ô mon Dieu si riche en miséricorde, de m’avoir ordonnée à la même fin ineffable, que celle pour laquelle Vous avez créée les ans, de m’avoir préparé en Votre gloire tant de félicité et d’allégresses. Faites-moi la grâce, ô Dieu très bon, que je conforme tellement ma vie à Vos saints commandements et aux obligations de mon état, que je puisse parvenir très sûrement à cette fin tant heureuse.

c- Considération 3 : Le but auquel nous devons tendre sans cesse en cette vie est la pureté de l’âme.

Il faut considérer que la félicité susdite qui est la fin de nos âmes leur est donnée après la mort, comme la récompense de nos services et de nos bonnes œuvres. Nous devons y tendre par les travaux de cette vie, si nous voulons l’obtenir.

La vie présente a pour but la purification de l’entière sanctification de l’âme (comme dit saint Paul), sans laquelle il est impossible que nous parvenions à la gloire, cette pureté, cette sainteté est la fin de la profession chrétienne.

O Dieu plein de miséricorde, Vous m’avez fait la grâce de naître de parents chrétiens, de recevoir le baptême et d’être membre de Votre sainte Église. Votre amour, par une grâce singulière, m’a séparé des païens, des juifs, des infidèles et des hérétiques pour me placer sans le refuge assuré de Votre Église bien-aimée, conduisez-moi donc à la pureté et à la sainteté, puisque tous les chrétiens sont appelés à être saints, comme l’affirme Votre très grand apôtre.

Mais c’est la vie religieuse, ô mon souverain Maître, que Vous avez particulièrement institué et planté au milieu de Votre Église comme une école d’entière et universelle purification pour les âmes (1)

C’est la toute gratuite et débonnaire miséricorde Dieu qui appelle à la vie religieuse ceux qu’il Lui plaît, les retirant de la lie du monde, pour les replanter dans le jardin de la parfaite pureté. Nous étions tous engouffrés dans la vanité du monde, le démon nous avait déjà dévorés en espérances, nous étions environnés d’une infinité de lacets et de dangers, le péché avait déjà submergé notre âme et nous étions semblables à des naufragées, lorsque Dieu (et non quelque prince ou quelque ange) étendit la main pour nous tirer, par une vocation spéciale et ineffable, des griffes du péché à la bienheureuse vie de religion.

Nous étions vils pécheurs. Ses ennemis, comme tant d’autres mondains, voire plus qu’une infinité d’autres, lorsque Sa pure grâce vint me tirer de mon aveuglement (ô excellente, singulière et grande miséricorde !) et qu’il m’appela à Lui de préférence à un grand nombre et ceux de ma compagnie et de ma connaissance, qui étaient cent fois meilleurs que moi.

Ma pour quelle fin, ô très cher et libéral Bienfaiteur, m’avez-Vous fait une grâce si magnifique ? Serait-ce afin que je vécusse en cette sainte compagnie pour satisfaire mes propres désirs et affections, et pour vivre en toute liberté ? Mais quoi, faudra-t-il donc qu’ayant quitté le monde, il me regagne encore, et me perdre plus désastreusement ce que si je ne l’eusse jamais quittée ? Me souillerais-je dans les affections de vanité, de sensualité, d’ambition et d’orgueil, qui m’avaient tant noirci dans le monde, et des quelles j’avais lavé mon âme en entrant dans la vie religieuses ? Ayant été appelé particulièrement à la religion, faudra-t-il, que j’y vivre comme un mondains ? Mais sera-ce assez, ô mon Dieu, de me garder, comme les bons mondains des plus grands péchés, par crainte de la damnation ?

De quoi me servirait-il onc d’avoir une vocation toute sainte, et de faire profession de sainteté ?

Regarde, ô mon âme, tu n’est point venue en religion pour satisfaire tes propres volontés et accomplir tes désirs : ce serait être religieux d’habit et non d’esprit. Considère que ce n’est point assez d’avoir été appelé à la vie religieuse et d’en porter l’habit ; non, non, que cela seul ne te rassure point, car il y a beaucoup d’appelé, dit le souverain Maître, mais peu d’élus. Qui veut être au nombre des élus de la religion, comme il s’est trouvé parmi les appelés, celui-là
doit vivre selon les règles de sa religion ; qu’il imite les saints en perfection et les anges en pureté, car c’est là la fin pour laquelle Dieu nous a appelés et nous a faits religieux.

O mon Dieu, combien ne suis-je point obligé à la pureté et à la sainteté de vie ? J’y suis obligé comme homme, comme chrétien, et comme religieux, poussé et pressé par les innombrables prévenances de Votre suave miséricorde.

Si donc ô mon âme, le but auquel tu dois viser en toute ta vie est la pureté que tu dois acquérir par le continuel exercice de la mortification de la charité, comment vis-tu parmi les plaisirs et les contentements du monde, lâchant la bride toute large à tes appétits ? Considère qu’ayant si longtemps cheminé parmi les ordures de tant d’imperfections et de péchés, tu t’es bien souillée, résous-toi donc au plutôt à te purifier, puisque rien de souillé ne pénètre dans le ciel.

O pureté, c’est vous qui êtes la robe blanche avec laquelle nous entrons au ciel, pour y suivre l’Agneau immaculé dans les sentiers de Sa gloire. Oh ! Que vous êtes belle et lumineuse ! Et que mon doux Sauveur Jésus-Christ, qui vous a le premier revêtues, et, qui en a embelli Sa sainte Mère, vous a rendue admirable et honorable ! Les anges se glorifient de vous comme du plus riche et du plus précieux ornement qu’ils possèdent. C’est par vos que nous leur sommes fait semblables.

O mon doux Sauveur, Roi des anges, et Auteur de toute la pureté qui est en eux et en toutes les âmes, qui êtes le miroir sans tache du Père, faites-moi la grâce de former en moi la résolution efficace de sortir de mes souillures et de tendre de toutes mes forces à la pureté angélique que Vous désirez de moi.

Références -4

Quatrième méditation fondamentale :
De l’horrible mal du pêché : pour s’établir en une horreur souveraine de sa laideur.

a- Préparation
Les mêmes actes que ci-dessus. Et porter son esprit sur la vue de cette vérité : que le péché est un mal souverain
b- Considération 1 : De l’abomination du péché.
Le péché est un souverain rien, opposé à Dieu, à Sa bonté, à Sa volonté ; un rien, détruisant et anéantissant la sainte volonté de Dieu et nous ; une laideur, une turpitude horribles, effaçant toute les beautés de la divine Sagesse en nous ; une furie enragée et félonne, qui chasse Dieu de Son palais et de Son trône qu’est notre âme une faiblesse, une infirmité souveraine, et néanmoins volontaire, qui contrecarre et combat la toute-puissance de Dieu par laquelle Il se soumet toutes choses.

C’est un rien qui anéantit l’âme, non seulement selon l’être et l’ordre de la grâce et des vertus infuses mais même selon l’ordre de la nature, l’anéantissant (moralement parlant) et la réduisant à un pour rien en la détournant de Dieu, de sa création et de sa conversion.

Le péché offense Dieu, non seulement en tant qu’Auteur de la grâce et du salut, mais encore en tant qu’auteur de la nature, car il sépare l’âme de Celui qui est son principe, et isolée duquel elle n’est plus que néant. Le pêché est destructeur de Dieu en ce qu’il est destructeur de l’être, et destructeur du souverain bien de l’âme qui est d’être unie à Dieu. C’est pourquoi l’âme pécheresse (et nous-mêmes qui avons péché) doit être estimée plus vile, plus abjecte, plus semblable au néant que la poussière et la boue, que les choses les plus abominables et les plus méprisés du monde.

c- Considération 2 : Tous les maux quels qu’ils soient sont préférable du péché.
Tous les maux imaginables privations, pertes, tourments, confusions, hontes, horreurs, maux temporels et éternel, doivent être préférés au moindre péché. Il faudrait mieux laisser se consommer la ruine du monde, dit saint Augustin, que de commettre le moindre péché qui soit.

C’est pourquoi il faudrait volontiers passer par les flammes éternelle pour l’éviter ; et quand on se trouve dans l’État de péché, il faut être disposé à ne rein omettre qui puise être nécessaire pour en sorti, fallût-il perdre tous ses biens, son honneur, sa réputation, et sa vie même.

d- Considération 3 : La seule occasion, l’ombre même de péché doit faire peur à l’âme.
Cette vérité de l’horrible et abominable néant du péché, qui nous séparer de notre Dieu, notre Tout, doit être très vivement empreinte dans notre esprit ; elle doit nous faire vivre dans la répulsion, la haine et la détestation continuelle du péché, dans la fuite rigoureuse de tous les occasions que nous pourrions avoir de le commettre, en l’abnégation ferme, actuelle et constante de toute ce qui pourrait, ou médiatement, ou immédiatement, nous prédisposer à la chute.

Le seul nom du péché doit nous faire trembler, tant doit être vivre la conception qu’il nous en faut avoir. Le Péché véniel dispose au péché mortel ; il faut donc combattre en nous, non seulement les péchés graves, mais encore les moindres fautes, et même jusqu’aux moindre mouvements de la nature et de l’amour-propre, qui peuvent tant si peu incliner l’âme au péché.

Avis pour les méditations suivantes
Après ces quatre méditations fondamentales sur les premières et générales vérités de toute la vie spirituelle, suivent celles qui traitent des premières Étapes de l’âme dans la vie spirituelle : elles vont l’éclairer sur les vérités particulières de la vie intérieure, et la conduire de degré en degré, par la voie de l’amour de Dieu fondé sur l’abnégation de soi-même, à la vie illuminative, qui elle-même l’acheminera vers les souverain et dernier sommet de l’amour d’union, et lequel consiste la perfection chrétienne.

Ces progrès et démarche en la voie de l’amour nous sont très expressément représentés en la conversion, les progrès, et la perfection de saint Magdeleine. C’est pourquoi elle doit nous servir de guide, afin que, dans la course de la vie spirituelle, vie de l’amour de Dieu, nous ayons devant les yeux un exemple que nous puisions aisément suivre, et sur lequel nous apprendrons plus brièvement tous les mouvements de la vie intérieure pour nous y conformer.

Première étape de l’âme :
Des lumières divines et du début de la conversion de l’âme.


a- Préparation
Les mêmes actes qu’aux précédentes méditations. Puis tourner le regard de l’esprit vers le premier rayon que le Soleil de justice darde sur une âme pécheresse dont Il veut commencer la conversion.

Ce rayon est un effet de Sa miséricorde et de Son amour. C’est une vérité bien douce autant que très certaine, et qui appartient à la foi, que Dieu commence la conversion des âmes par les lumières qu’Il leur communique.

O mon Dieu, je crois cette vérité, et je soumets mon esprit à Votre lumière pour en avoir l’intelligence et me disposer par elle à me retirer de mes péchés, me convertissant à Vous. Faites-moi donc la grâce de la bien comprendre.

b- Considération 1 : De l’état d’une âme qui set dans les ténèbres du péché mortel.
C’est une charogne corrompue, dit le Roi-Prophète ; et qui se corrompt encore de jour en jour, dit le divin Apôtre, par les vains désirs du monde menteur qu’elle entretient en elle. Elle est puante et rendue abominable, véritablement morte, ennemie jurée de Dieu, sujette à toutes les rigueurs de Sa vengeance, car elle a détruit en soi Sa toute-puissance, flagellé Sa bonté, méprisé si dédaigneusement Son amour jusqu’à n’en tenir aucun compte. C’est une épouse adultère, qui a rompue et violé la fidélité qu’elle devait à son Dieu-Époux et qu’elle lui ait promise au baptême. C’est un sujet qui s’est rebellé contre son Prince. C’est un fils qui a tâché de tuer son père. C’est un home furieux qui a blessé et tué, autant qu’il en était capable. Celui-là même qui le tenait envie et fortifiait sa main.

O Cieux, dit le Seigneur par la bouche de Son prophète, considérez ce qu’a fait l’âme ! Elle m’a abandonné, elle m’a frappé du pied, chassé de mon royaume et fait tomber de mon trône. Oh ! Qu’est devenue ce beau Palais royal destiné et ordonné à être le temple du Roy éternel ! Il est devenu la caverne et l’antre des vices et des mauvais désirs, larrons de l’amour et de la gloire de Dieu. L’habitation sainte est convertie en un repaire de bêtes sauvages tout rempli de serpents et de crapauds. C’est la demeure des démons, lesquels, par le péché, se rendre maîtres de l’âme (ni plus ni moins que par possession ils prennent droit sur le corps) pour lui imprime tous les mouvements qu’ils veulent.

O pauvre pécheresse Magdeleine, ton âme est asservie, dit l’Évangéliste, à sept furies enragées.

L’âme pécheresse, étant faite ennemie de Dieu, est abominables aux anges et à toutes les créatures, qui sont prêtes à venger sur elle l’injure faite à leur Créateur. La terrible chute de Lucifer est des autres apostats nous montre assez l’extrême malheur où tombe le pécheur qui se sépare de Dieu : du plus haut sommet du ciel de la grâce, de la dignité d’enfant de Dieu et d’ange de lumières, il s’écroule dans l’Abîme de toute ignominie et de toute confusion ! Les innombrables misères d’Adam et de la nature humaine qu’il nous a transmises, nous expriment bien vivement le malheureux était du pécheur.

Le péché, hélas, comme un torrent de feu, a ravagé, ravage et dévore encore tous les jours la justice originelle, toute l’innocence de l‘âme, toute la grâce, toutes les vertus infuses qui l’accompagnent, altère et blesse toutes les puissances et les facultés naturelles, ruine le corps et le livre en proie à une infinité de maladies et de douleurs.

Voyez-vous l’enfant prodigue ? Il est devenu tout misérable, puant et pourri entre les pourceaux, abandonné de tous. Il meurt de faim, dit L’Écriture, et toutefois il ne se trouve créature quelconque qui lui veuille donner à manger, car il est entre les mains et en la possession d’y tyran qui est le diable lui-même.

O misérable et piteux état de l’âme pécheresse, possédée du démon, délaissée des anges, abandonnée aux ignobles pourceaux de ses mauvais désirs ! Le plus grand mal de tous, c’est qu’elle est tout environnée et replie de ténèbres, marchant au milieu d’une nuit profonde. La lumière, même naturelle, des ses yeux ne lui sert plus de rien (selon que s’en plaint le royal prophète) car sa raison est devenue toute ténébreuse et obscure, de manière que de sa faute lui échappe. Les ténèbres qui l’environnement, sont si épaisse, que même la lumière divine ne parvient plus à se faire jour en elle.

O Père des lumières, s’il Vous plaît-il, tirez-nous de ces ténèbres !

De l’éclat déplorable d’un religieux qui vit dans l’imperfection et le dégoût des choses spirituelles.

Les religieux sont très misérables, qui abandonnent le soin et le culte de leur vie intérieure, Ils ont de trois sortes :
1- Les uns vivent hors de la discipline régulière, sans règles, et la liberté des enfants du siècle.
2- Les autres observent leur s règles par coutume et habitude, parce qu’on vit ainsi dans la religion en laquelle ils sont.
3- Les troisièmes sont bien rigides observateurs de toutes les ordonnances et coutumes, qu’ils respectent dans l’intention de servir Dieu par elle, mais ils abandonnent tout le soin de leur intérieur, ne faisant aucun cas des choses spirituelles, vivant dans le péché véniel et l’imperfection comme les poissons dans la mer, gouvernés, conduis et agités par leurs propres désirs, jugements, intérêts et volontés. S’ils obéissent c’est pour se maintenir en l‘observance extérieur et de l’obédience ; s’ils se gardent des péchés mortels, c’est par une crainte servile, nourrie par l’amour-propre, sans que jamais, ou bine rarement, l’amour de Dieu entre dans leur cœur impur pour chasser cette crainte.

Ces religieux sont dans un très déplorable état. Ce sont des ombres de piété, qui n’ont du religieux que la figure sans en avoir ni l’âme ni l’Esprit. Ils sont endurcis le plus souvent dans leur misère par la fréquentation des sacrements qui ne leur servent de rien pour l’ordinaire, leur intérieur n’étant presque jamais bien disposé pour recevoir les effets. Cet intérieur est tout souillé, et comme ils n’y entrent presque point, il demeure toujours fermé aux grâces divines. Ils se rendent incapables de recevoir ces grâces, étant élongées de cette intimité que Dieu a avec les bons religieux, de là vient qu’ils prennent en dégoût la pensée des choses spirituelles. Vient-on à la leur proposer, ils repoussent et rejettent ces aliments si doux à l’âme et en quelques manières aux sens eux-mêmes : le goût de leur esprit est perverti, par cette union d’un intérieure corrompu à un extérieur religieux. Et en cet état ils sont en aussi grand danger de se damner que les mondains mauvais. Ils sont tièdes, et Dieu les vomira.

Peur leur état misérables ils sont en tout temps disposé au péché mortel. S’ils ne le commentent pas, c’est faute d’occasion ou pour quelque raison ou criante extérieure, plutôt que pour l’amour de Dieu. Plein d’amour-propre et d’attaches, avec le dérèglement de l’appétit intérieur, ils ont en eux le principe du péché mortel et sont sur la pente de l’abîme, prêt à tomber. Ils font leurs examens de conscience par manière d’acquit et ne se dépouillent pas de leurs passions. Et il est à craindre que déjà ils soient enveloppés dans le péché mortel et reçoivent en cet état les sacrements, sans même y prendre garde.

Les religieux plongés en les épaisses ténèbres des péchés véniels, passions et impuretés, et peut-être dans des péchés mortels cachés, ont autant besoin d’une conversion nouvelle que les pécheurs du monde. Ils sont aveugles et n’y voient goutte. C’est pourquoi il est grandement nécessaire que le Soleil de justice darde sur eux un de Ses rayons afin de les convertir, comme Il fit sur Magdeleine.

O Mon Dieu, que voilà un triste et lamentable état ! Je crois, je tremble, ô juste Juge des mauvais religieux, quand je me considère en mes misères, négligences et tiédeurs à Votre service ! O misérable que je suis, d’avoir ainsi vécu en de si lourdes ténèbres. O mon âme, n’aurais-tu point été mise hors de la ténébreuse Egypte du monde et replantée dans la Religion, qui est un royaume de lumière ? D’où te vient donc une si grande obscurité quant aux choses spirituelles ? A ! Mon Dieu, c’est le mépris que j’ai fait, ainsi par mépris, méconnaissance et négligence, la grâce singulière de la vocation religieuse, par laquelle j’avais été appelé avec tant de prédilection au pur, spirituel et véritable service de mon Dieu !

c- Considération 2 : Comment la bonté de Dieu répand dans lumière
en l’âme pécheresse toute ténébreuse.
L’âme pécheresse qui est en péché mortel, et l’âme religieuse dans les péchés véniels, imperfections, passions et affections parmi les quelles elle vit, est tellement accablée et aveuglée par les épaisses ténèbres du mal, qu’elle ne peut pas même discerner par elle-même le triste état dans lequel elle est plongée, ni par conséquent désirer et chercher la lumière du
divin Soleil qui la doit éclairer.

O mon Jésus, Soleil de mon cœur, c’est Vous qui allez, par Votre rayon, trouver cette âme jusque sur le lit de ses misères, et, l’y trouvant endormie, lui cirez : Lève-toi, voici le jour venu, ouvre les fenêtres afin que je t’éclaire de ma céleste lumière.

Toutes comme ce beau soleil matériel fait, passer par les trous et fentes des fenêtres closes, quelque claire rayon qui annonce le jour à ceux qui dorment dans la chambre fermée, de même en agir le Sauveur à l’Égard des âmes pécheresses ; quoique par leurs péchés elles Lui tiennent fermée les fenêtres de leurs puissances afin qu’Il n’y puisse pénétrer, Sa très douce bonté Le pousse à faire passer quelques eau rayon de Sa lumière par la fente de quelque bonne inclination qu’ailleurs a donnée en les créant, et de laquelle il demeure encore quelque reste en l’âme après la blessure du péché.

C’est ainsi, ô mon doux Maître, que Vous avez doucement et amoureusement éclairé la Magdeleine, par la disposition naturelle de son inclination amoureuse, lui faisait voir tout d’un coup que Vous étiez le seul et unique objet d’amour, et non les créatures frivoles et vaines.

O douce clarté, ô amoureux rayon, qui as ainsi déployé ta belle lumière sur mon âme pour lui faire voir la vanité et la brutalité de ses affections terrestres et déréglées, découvre-toi entièrement à elle !

d- Considération 3 : Ce que ce rayon divin fait voir à l’âme quand elle le reçoit comme il faut.
Ce rayon fait voie à l’âme d’une merveilleuse manière toutes ses ordures, turpitudes et vilenies, lui représentant qu’elle a mérité d’être à jamais séparée de son Dieu, rejetée de Lui pour toute l’éternité, puisqu’elle a rompu si traîtreusement l’étroite alliance qu’il avait contractée avec elle au baptême ; il lui fait comprendre tout ce que qu’il y a de terrible dans cette communication, cette privation de Dieu, le Tout-être et, la Toute-bonté de toutes choses ; il lui découvres les horribles peines qu’a préparés, en ce monde et dans l’enfer, pour la punir de ses péchés, l’indignation irritée de Dieu si bon, mais outragé si cruellement par la révolte et l’ingratitude de Sa créature privilégiée. Enfin ce rayon, pénétrant toujours plus avant, lui montre clairement l’infinie, l’Ineffable bonté de son Dieu épanchée sur elle par une infinité de grâces et de bienfaits. Oh ! Ceci surpasse toute admiration ! Cette même Bonté, tant offensée, caresse encore l’âme pécheresse par ce doux rayon, pour la faire revenir à elle ! O Bonté plus qu’ineffable, quand sera-ce que je connaître a les pertes et, les ruines que le péché à casée à mon âme ?

Mais ce rayon, passant encore plus outre, découvre à l’âme la très bénigne douceur de son Sauveur Jésus-Christ, tout navré et crucifié pour elle, et tout prêt à l’embrasser et à la recevoir entre les bras de Son amour si elle veut se repentir ; tout prêt à la protéger, à la défendre, à lui pardonner comme il fit à la sainte pénitente Magdeleine.

Alors, d’enténébrée, l’âme devient lumineuse, et le cœur s‘ouvre à la Sagesse. O Jésus ! Ô vrai Soleil du monde et mon unique lumière ! Je Vous rends grâces infinies de m’avoir donné part aux clartés dont Vous illuminez les saints. Continuez, ô Sagesse, incréée, de répandre vos splendeurs sacrés sur moi, et que je dissipent entièrement les ombres de la nuit.

d- Considération 4 : De la correspondances de l’âme à la divine lumière.
Le rayon divin ayant passé par la fente de quelque bonne et vertueuse inclination naturelle, ou s’étant adapté à notre disposition présente (car c’est ainsi que la grâce agit efficacement tout en respectant notre libéré), l’office de l’âme est d’ouvrir à ce rayon toutes ses puissances et facultés, pour faire entrer le plein jour de la lumière céleste dans la chambre de son cœur.

Ouvrir à la lumière de Dieu, c’est faire que la volonté, retirant l’esprit de toutes autres chose, l’applique à voir pleinement ce que cette lumière veut lui monter, sans l’empêcher de voir ce qui est contraire à ses appétits et mauvaise affections.

Quelques âmes n’ouvrent point du tout, et ce sont celle qui sont rebelles à la lumière ; d’autres ouvrent un peu, la volonté retenue par quelque méchante affection, empêchant l’esprit de s’applique à voir ce que cette divine lumière lui veut montre ; d’autres encore ouvrent à demi : ce sont celles qui ouvrent assez pour se connaître et craindre dans le péché mortel le péril de se damner, mais point assez ( leurs affections désordonnées les en empêchant) pour en comprendre l’horreur, et de là venir à s’en éloigner infiniment, se défaisant même des péchés véniels, des occasions de pécher, des imperfections, désirs vains, volontés propres et chose semblables, qui sont les principes du péché mortel. Que ces âmes ouvrent ainsi imparfaitement à la lumière divine, provient de ce qu’elles n’ont point du tout ou fort peu de connaissance de l’état plus que très misérable auquel le pêcheur est réduite par le péché.

O combien heureuse commencez-vous d’être, ma bien-aimée pénitente Magdeleine, d’ouvrir non seulement toutes les fenêtres, mais toutes les portes et entrées de votre âme, pour faire pénétrer pleinement, la lumière divine dans tous les plus petits recoins de votre cœur, afin qu’il n’y demeure aucune vestige de ténèbres, et qu’aucun ennemi de vote bien ne s’y tienne caché à l’abri de l’amour de vous-même.

O mon âme, puisque tu es encore si obscure, c’est signe que tu n’as pas bien ouvert dès le commencement ton cœur à la lumière, et que tu as retenu propre, qui est cause de toutes les ténèbres. Prends donc une forte résolution de demeurer entièrement ouverte à cette douce lumière que t’envoie ton Seigneur pour te sauver, en sorte que dans ton oraison tu t’appliques à connaître pleinement, grâce à cette lumières, la volonté de Dieu suer toi. Et en quelque occasion qu’elle se présente à toi, ouvre-lui toujours de plus en plus les fenêtres de ton cœur.

Me voilà, mon doux Soleil, beau Jour de mon âme, je me rends tout à votre lumière, faites-moi la grâce qu’elle soit toujours efficace en moi.

Méditation accessoire
Les quatre fins dernières de l’homme.

a- Préparation

Les quatre fins dernières ont un même but : engendrer la crainte. C’est le fruit qu’on en doit tirer : l’âme, par leur méditation, concevra une grande crainte de la justice divine.

Une fois établie en cette crainte salutaire, elle pourra passer aux méditations suivantes, où elle recevra les suaves impressions de l’amour divin par laquelle elle achèvera sa conversion.

b- Considération 1 : De la mort, et de cette vie mortelle qui y même.
Les mêmes actes que ci-dessus ; puis tourner à vue et la pensée sur la mort comme sur une peine infligée par la justice divine à tous les hommes, à cause du péché. C’est une vérité divine, révélée de Dieu par saint Paul : Par le péché la mort est entrée dans le monde.

1- Considérez les misères de la vie humaine, qu’il faudrait appeler une vie mourante plutôt qu’une véritable vie, Voyez comme elle est frappée de septe grandes calamités.

La première est la brièveté. Elle est bornée à soixante-dix ou quatre-vingts ans au plus : ceux qui vent davantage sont plutôt en travail de mort et de douleur qu’en vie. Si vous rabattez de ce temps l’enfance, que est plutôt une vie de pauvre bête que d’homme, et tout le temps employé à dormir, pendant lequel nous n’avons pas l’usage de la raison qui nous fait hommes, vous trouverez le temps beaucoup plus bref qu’il ne semble. Que si vous voulez le comparer avec l’éternité du siècle à venir, il ne vaudra pas une minute. Jugez par là combien se fourvoient ceux qui, pour jouir un moment d’une si courte vie, hasardent le repos d’une éternité.

En deuxième, Remarquez ensuite l’incertitude de cette vie (qui est ne seconde misère) : car ce n’est pas tout qu’elle soit si courte de si, mais ce peu qu’elle dure est incertain et douteux. Combien s’en trouve-t-il qui vivent jusqu’à soixante-dix et quatre-vingts ans ? Combien sont étouffés à l’entrée de la vie ! Combien qui meurent en feuille ou en fleur ! Vous ne savez, dit Jésus, quand votre Seigneur viendra, è minuit, à l’aube du jour, ou au matin.

En troisième lieu pensez à la fragilité de cette vie, et vous trouverez qu’il n’y a verre si délicat, puisqu’une vapeur d’un air corrompu, le soleil, un peu d’eau, un jeûne, un simple accès de fièvre nous la peuvent faire perdre : ne voyons-nous pas tous les jours des hommes, dans la fleur de l’âge, terrassés par semblables accidents ?

L’inconstance de cette vie est sa quatrième misère : considérez combien elle est muable, dans pouvoir, d’aucune façon, demeurer en même état, regardes les variations de nos corps, qui ne jouissent jamais, d’un jour à l’autre, d’une disposition ni d’une santé identiques ; mais voyez bien plus celles de nos âmes, qui sont toujours enflées de vagues comme une mer courroucée et battus de vents divers, de passions, d’appétits, de pensées ondoyantes qui nos troublent à tout propos ; et enfin les changements de ce qu’on appelle la fortune, qui ne permet jamais que les conditions de la vie humaine ne restent tant soit peu dans un même état de postérité ou de bonheur, mais comme une roue, sans cesse roule et renverse tout cela ses dessus dessous. Notre vie ressemble à la lampe qui se consume peu à peu, et qui, plus elle brûle plus elle faiblit ; elle st comme la fleur, qui éclot le matin, se flétrit à midi et se dessèche au soir.

Considérez en cinquième lieu combien cette vie est trompeuse ( c’est là peut-être ce qu’il y a de pire en elle, qu’elle reçoive tant et tant d’amoureux aveugles qui se fient à elle) : quoiqu’elle soit laide nous la trouvons belle à notre grés elle est pleine d’amertume, et pourtant elle nous semble douce ; elle est courte, et chacun croit la sienne longue ; et quoiqu’elle soit misérable, elle nous paraît si aimable qu’il n’y a péril ni fatigue auxquels on ne s’expose pour l’amour d’elle, jusqu’à se mettre en danger de perdre la vie éternelle par égard pour cette vie mortelle.

Considérez sixièmement, qu’outre sa brièveté et les autres conditions susdites, ce peu qui reste de vie est sujet à tant de misères spirituelles, et corporelles, qu’on peut la dire un vrai torrent de larmes et un océan infini d’ennuis. Réfléchissez sur les infirmités et les labeurs du corps, les passions, doutes et soucis d e l’esprit, les périls, les tristesses et les deuils qui se rencontrent en tous les états comme en tous les âges de l’homme, et vous verrez qu’il y a plus de maux en cette vie qu’il n’y a de grains de sable sur les plages des mers, et , ayant bien reconnu ce qu’on peut attendre du monde, vous le mépriserez plus résolument avec tout ce qui dépend de lui.

De ses misères la mort est la dernière et, tant pour le corps que pour l’âme, la plus terrible de toutes : car en ce moment-là le corps se trouve dénué entièrement, et l’âme et sur le point de savoir ce qu’elle deviendra pour jamais.

Ces choses vous apprendront combien la gloire du monde est brève d’autre condition que celle-là, bien qu’ils en fassent un merveilleux cas : et cela vous donnera la mesure du mépris et de la haine que vous lui devez.

2- La mort est une très violente séparation de l’âme d’avec le corps, et d’avec toutes les choses visibles et corporelles parmi lesquelles nous vivons. Cette séparation a des cause diverses et s’opère de diverses matières : quelque fois soudainement, le plus souvent lentement, et toujours horriblement, avec d’extrêmes angoisses, anxiétés, et inquiétudes. La mort est ignominieuse à l’homme devant Dieu est devant les anges, parce qu’elle est un supplice qui lui est imposé en punition du péché par la justice du souverain Juge. Cette ignominie accroît son horreur.

3- «Les riches vomiront,