Pendant
sa vie mortelle, Marie a beaucoup parlé à Dieu
et peu aux hommes, complices de son humilité, les Évangélistes
ne nous ont conservé de notre divine Mère que
sept paroles : «Deux d’entre elles, remarque saint
Bernardin de Sienne, sont adressées à l’Ange
Gabriel ; deux à sainte Élisabeth, deux à
son Fils, une enfin aux hommes. » (1)
Ces paroles de la très sainte Vierge sont sept perles
d’un prix inestimable et un magnifique héritage
légué par elle à ses enfants. Depuis
des siècles, les peuples vénèrent en
certains lieux des reliques insignes de la Mère de
Dieu : A Chartres, par exemple, on garde le voile de Marie,
ce voile, présent des Mages et symbole de la modestie
de la Vierge des Vierges ; à Courtrai et à Lille,
dans de riches reliquaires d’or et d’argent ciselé,
on conserve quelques-uns de ses cheveux. Et ce sont là
de rares trésors dont la possession fait justement
l’orgueil de vieilles cathédrales. Mais les sept
paroles de la sainte Vierge, ne sont-elles pas incomparablement
plus précieuses encore, enchâssées dans
l’Évangile, comme dans un reliquaire d’or
très pur ?
Plusieurs
des reliques conservées en d’illustres sanctuaires
n’ont qu’une authenticité douteuse. En
permettant de les honorer, l’Église ne fait que
leur reconnaître la possession de titres vénérables,
sans garantir la vérité de ces titres. Quand
aux paroles de Marie, leur authenticité est plus lumineuse
que le soleil ; pas un nuage ne saurait en ternir l’éclat.
Il cesserait d’être chrétien celui qui
en croirait pas de toutes son âme que ces paroles sont
vraiment tombées des lèvres très pure
de la divine Mère de Dieu.
Les reliques des cathédrales sont infiniment dignes
de respect, sans doute ; mais enfin, elles ne sont que des
objets matériels, qui ont été à
l’usage de la sainte Vierge. Pour ses paroles recueillies
dans l’Évangile, il en est tout autrement : elles
sortent de sont cœur et elles résument tout son
âme.
Elles
sortent de son Cœur, car la parole est l’écho
des pensés intimes : «La bouche parle de l’abondance
du cœur. De corde exeunt cogitationes, » disant
Notre-Seigneur. Et le divin Maître ajoutait ; «Celui
qui est bon tire de bonnes choses du bon trésor de
son cœur. » (2) Mais qui jamais fut meilleur que
Marie ? Y eut-il jamais sur terre un trésor plus précieux
que son Cœur ? Et par conséquent, conclut saint
Bernardin de Sienne, «puisque c’est de cette fournaise
du divin amour que la Vierge tira ces paroles, » oh
! Qu’elles doivent été délicieuses
et ravissantes, et qui saurait les estimer à leur juste
prix !
Mais la suprême raison de l’Excellence de ces
paroles, c’est qu’elles résument toute
l’âme de Marie. Le propre de la parole, en effet,
c’est d’être le miroir du cœur ; elle
exprime au dehors les pensées intimes et les sentiments
les plus profonds. Cela est si vrai qu’il suffit parfois
d’une seule parole pour nous révéler une
âme et résumer toute une vie. (3) Que d grands
hommes dont l’histoire ne connaît qu’un
mot, mais un seul mot sublime qui dira à tous les siècles
l’héroïsme de leurs pensées ! Que
de saints dont le nom seul évoque le souvenir d’une
phrase, d’une devise dans laquelle ils ont condensé
toute leur vertu !
C’est saint Michel mettant si
pleinement tout son âme dans son exclamation : «
Qui est comme Dieu ?-Quis ut Deus ? » en hébreu,
« Michael »(4) que ce cri est devenue paru l’éternité
son nom propre et l’histoire de sa sainteté !
C’est le bon Larron dont l’Évangile ne
nous apprend que deux choses, sa vie criminelle, justement
punie due dernier supplice et sa suprême parole si resplendissante
de vertus sublimes, que l’Église a salué
et lui le type du pécheur pénitent, effaçant
tous ses crimes pour la toute-puissante efficacité
du repenti ! C’est saint Ignace faisant converger touts
ses œuvres à la réalisation de sa devise
: « Tout pour la plus grande gloire de Dieu ! »
Que si de pauvres mortels ont su résumer leur âme
dans une grande pensée, la Vierge l’a fait mieux
que personne, car elle n’avait rien de nos lamentables
inconstances. Toujours docile aux inspirations divines, elle
allait croissant en éclat et en splendeur comme le
soleil ; et ses paroles exprimées un jour, reflétaient
la pensée constante de son Cœur : Toujours elle
en cessa de redire à Dieu son vœux de virginité
! Toujours elle se glorifiait d’être la Servante
du Seigneur ! Toujours elle fut patiente et résignée
dans la douleur ! Toujours elle se montra compatissante pour
nos misères, et toujours sur terre comme dans les cieux,
elle chante sans se lasser l’hymne de la reconnaissance
et de l’amour !
Il
y a plus encore : Ces paroles de Marie sont vraiment divines,
et cela à un double titre. D’abord parce que
c’est Dieu qui les a inspirées à la sainte
Vierge, puis parce que c’est Dieu qui les a fait inscrire
pour nous dans l’Évangile.
Quand
le bon Larron disait à Notre-Seigneur « Seigneur,
souvenez-vous de moi quand vous serez dan votre royaume(5)
ou encore quand saint Étienne mourant priait pour ses
bourreaux, nous reconnaissons là l’action évidente
du saint Esprit. À plus forte raison devons-nous vénérer
cette impulsion divine dans les paroles de la sainte Vierge
; car Marie a toujours parfaitement correspondu à toutes
les inspirations d’en-haut ; elle était comme
une lyre, d’une merveilleuse perfection, vibrant avec
une docilité incomparable, sous le souffle de l’Esprit
-Saint. Et par conséquent, dans toutes des paroles
comme dans toutes ses actions, nous pouvons admirer comme
un reflet des pensées de Dieu et un écho de
sa sagesse : « Votre parole et comme un vin exquis,
» pouvons-nous lui dire avec le Cantique des Cantiques,
(VII, 9) ; c’est un breuvage digne de mon bien-aimé
et qui mérite d’être savouré à
loisir. » Marie elle-même disait à sainte
Brigitte : » Mes paroles sont comme de belles et bonnes
fleurs : elles sont aux sages plus douces que le miel, plus
perçantes et plus aigues que les flèches, et
puissantes pour aider l’homme à parvenir è
l’éternelle récompense. »(6)
Ces
paroles sacrées de notre Mère, c’est Dieu
Lui-même qui a inspiré aux Évangélistes
de les recueillir pour nous dans l’Évangile.
Ici plaisons-nous à nous rappeler les enseignements
des Docteurs et de la foi vive des premiers chrétiens.
Ils aimaient à considérer les saintes Écritures
comme une lettre écrite par Dieu lui-même, et
destinée non pas seulement à l’humanité
en général, mais à chacun de nous en
particulier. Quelle n’est pas l’émotion
d’un bon fils quand il reçoit d’un ami
le récit des derniers instants et des suprêmes
paroles de sa mère ? Mais ici c’est l’Esprit-Saint
lui-même qui a dicté pour nous aux écrivains
sacrés les paroles les plus remarquables de Marie.
O Dieu, avec quel suprême respect et avec quel amour
devons-nous méditer ces incomparable leçons
!
Un jour, raconte un missionnaire, je fus mandé par
un vieillard dont la vie n’avait été qu’un
long tissu de désordres et de scandales. A peine ais-je
arrivé qu’il jette à pieds en disant ;
« Mon Père, je suis un abominable pécheur,
sauvez-moi ! » et aussitôt il commence sa confession
qu’il accompagne des marques du plus sincère
repentir, touché d’un retour si consolant, après
avoir purifié son âme par la sainte absolution,
je lui demande ce qui a peu éveiller en lui ces pieux
sentiments.
-Je l’ignore absolument.
-Avez-vous pu suivre mes instructions ?
-Pas du tout ; j’étais retenu au lit, et quand
même…
Vous alliez sans doute quelquefois aux offices ?
-Jamais !
Tout à coup, j’aperçois à la muraille
un tableau de la sainte Vierge : » Quoi, m’écriai-je,
un tel tableau chez vous !...
-Et ! Oui, mon Père, c’est un précieux
souvenir de ma mère, sur son lit de mort, elle me l’a
légué et m’a fait promettre de réciter
chaque soir un « Ave Maria ! » Cette recommandation
suprême de ma pauvre mère, je ne l’ai jamais
oubliée, et c’est la seul pratique de dévotion
que j’ai gardée.
-Ah ! Cher ami, n’en doutez pas, c’est là
ce qui explique votre conversion. C’est à Marie
que vous devez votre salut ! »
Si les derniers avis d’une mère ont si puissants
sur le cœur des pécheurs endurcis, avec quelle
filiale dévotion ne devons-nous pas recevoir les leçons
de notre Mère du Ciel ?
Si
nous les méditons bien, nous y trouverons un code simple
de spiritualité : « Ces sept paroles de la sainte
Vierge, dit encore saint Bernardin, sont comme sept flammes
d’amour s’échappant de la fournaise brûlante
de son Coeur immaculé, sept flammes merveilleusement
graduées et ordonnées, résumant tout
le travail de la divine charité :
La première, « Je ne connais point d’homme,
» c’est l’amour se séparent de toute
affection terrestre par la chasteté : « Flamma
amoris separantis. »
-La
deuxième, «Je suis la servante du Seigneur, »
c’est l’amour s’unissant à Dieu et
se transformant en lui par la conformité à sa
volonté sainte : « Flamma amoris transformantis.
»
-La
troisième, «Le salut de Marie à Élisabeth,
» c’est l’amour communiquant à Jean
et aux élus les grâces de la Rédemption
: » Flamma amoris communicantis’ »
-4-La
quatrième, «le Magnificat, » c’est
l’amour s’exhalant, par l’humilité
et la reconnaissance, en saints transports de joie : »
Flamma amoris jubilatis. »
-5-La
cinquième, «Mon fils, pourquoi en avez-vous agi
de la sorte ? » C’est l’amour rendant savoureux,
par une tendre familiarité avec Jésus, le fruit
amer de l’épreuve ; « Flamma amoris saporantis.
»
-6-
La sixième, «Ils n’ont plus de vin, »
c’est l’amour compatissant, avec une maternelle
miséricorde aux détresses humaines : «
Flamma amoris compatientis. »
-7-
« Faites tout ce qu’il vous dira, » c’est
l’amour élevant les élus à la consommation
de la sainteté par l’obéissance à
Dieu : « Flamma amoris consummatis. »
Saint
Vincent de Paul aimait à redire : O Jésus, quel
bonheur d’être vos écoliers ! » Quel
bonheur aussi d’être guidé sur le chemin
du ciel par notre bonne Mère ! O Marie, faites-moi
la grâce de goûter vos saintes paroles, et de
les méditer, de les comprendre et de les mettre en
pratique. Amen